Ciels…

Sous les sourires froissés

D’un nuage ivre de mauvais gris

J’attends seul et titubant

Le vent de la page

Qui se lève et me frissonne

Flash d’automne…

Dans l’eau trouble de l’automne

Le reflet ocre d’une lumière fatiguée

D’un si long été à étirer ses longues marées

Peu à peu l’horizon s’efface sous la gomme

D’une lourde brume sous le ciel abandonné

Flash…

C’est inquiétant voyez vous… Le monde se fait beau et il ne pense même pas à bien faire. Il sait qu’on ne le verra pas, il sait que ses couleurs ne seront pas comprises, il sait que l’humanité a la nuque courbée. Mais il essaie. Il appelle : j’existe dit-il, ouvrez les portes de votre fabrique à sourires !

Rien ! Le silence…Un silence mou sans le moindre espoir de rimes…

Carnets 12…

Réfléchir avant d’agir…

Oui bien sûr, je suis d’accord, il faut réfléchir avant d’agir mais ce que je voudrais savoir c’est à partir de quand je puis considérer qu’il ne faut plus réfléchir et qu’il faut agir. Que se passe t’il si je réfléchis trop, ou à l’inverse pas assez ? Qui me le dit et comment je le sais ? Et admettons d’une part que je réfléchisse tout le temps avant d’agir et admettons que réfléchir est une action, cela signifie-t’-il que je réfléchis toujours avant de réfléchir ? Mais alors à quoi faut-il que je réfléchisse avant de réfléchir ? A rien me dites-vous ? Mais si je ne réfléchis à rien comment puis-je agir ?

Ouille j’ai mal à la tête

Matinales…

Je, tu, il, elle, on, vous, ils

Sur la page blanche de mes chaque matin

Je cherche

Je cherche

Qui va parler

A qui m’adresser

Que et quoi vous dire

Ce dont je ne doute pas

C’est le comment

Je choisis dans ma boîte à plumes

La fine et belle encore endormie

Je la lisse et la trempe dans les encres grises

De mes restes de nuit

Entends la qui crisse en glissant

Sur la première ligne de ton jour qui sourit

Flash…

Derrière la ligne flou de mes rêves salés

On devine une terre à inventer

Elle étire ses longues plaines

Jusqu’à la promesse d’un sommet oublié

J’ai pris la route sans cartes ni papier

Ou vas-tu m’a-t-on demandé ?  

Je marche et ne sais où j’irai

Il est si beau ce bout de blanche brume

Demain peut-être j’y glisserai

Une fine page aux mots légers…

29.10.2024

Belle et bleue…

Rêvons

Ô oui rêvons du risque de joie

Belle et bleue

Elle roule sur la vitre de mes oublis

Simple joie

Jaillit dans le soudain

Du tendresse matin

Regarde elle brûle et brille

Au coin mauve

D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes

Odeurs de lilas

Aux angles durs des rancœurs de l’hiver

Rondissent en fleurant

Elle est là

Sautillante

Frissonnante

Fondue dans le brise chagrin

Du lourd glaciers de nos mémoires pour demain

Matinales..

Il arrive que le temps soit à la contemplation

Simple inattendue fraîche

Elle débarque sans crier sur les rives des matins communs

Et les soupirs de l’impatience sont apaisés

O

Il a senti la mer…

Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cÅ“ur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

Matinales…

Il suffit je ne me lève plus a dit le jour somnolent
Mais ce n’est pas possible tu es condamné
A répondu une nuit tremblante et pressée d’engloutir
Le trou de lumière par elle creusé
Encore un effort je t’en prie
Le jour s’est tourné et retourné
Il a râlé
Au pied du lit de pierre a posé un pied puis deux
Et s’est levé l’œil mauvais
Sur un ton sec et irrité à la nuit a répondu
C’est bon une fois encore je le fais
Je le fais pour toi
Tu me fais tant pitié

23 décembre

Poèmes de jeunesse : « la révolte »

La révolte était devenue

Une autre décoration de combats intellectuels

Pour le snobisme

De ceux qui flirtaient avec l’angoisse

Du pauvre

Qu’ils achetaient

Chez les bradeurs d’inhumanité

Qui vendent

Du sourire aux enchères du sentiment

Et qui cultivent des jardins d’utilité

Des jardins de pitié

Pour le botin du beau monde

Qui pissent leur ba ba quotidien

En rotant la nuit qu’ils ont volée

Aux autres

Aux angoissés

Aux vrais

L’uniforme de leur porcherie

Leur fait peur

Parce qu’ils se sentent loin

Parce qu’ils se sentent loin

Alors ils trichent

Ils se déguisent

Ils prostituent la vérité

En l’obligeant à coucher

Avec ceux qui l’ont déjà tuée

En l’oubliant

Ils s’écologisent le dimanche

En se confessant à la rivière

Qu’ils assassinent à petites semaines

Mais y savent pas

Eux ils comptent

Eux ils produisent…

Juin 1980

Matinales…

Il est des matins roux
Qui emplissent de rêves
Les fonds de faille
De nuits ocres aux angles droits
Ils posent légers
De douces caresses
Sur nos joues creusées

27octobre

Semailles…

Dans le jardin des mémoires de demain

J’ai semé un vieux fond de graines de rires faciles

C’est la bonne saison

Je le sais je le sens

C’est le temps

Le temps si rond si long

De la bonne raison

Il le faut on attend

Regarde

Les granges débordent de molles pailles

Oubliées de vieilles moissons

Entends les pleurs des rides sèches de la terre

Aux prochains soleils levés

Tu cueilleras ta première fleur au sourire câlin…

Une semaine à Prague 8

Voir le monde à travers une fenêtre de 15 cm par 8 cm c’est la triste réalité de tant de touristes. Je suis stupéfait et irrité par l’incapacité qu’ont tant de personnes à mobiliser tous leurs sens pour emplir l’armoire à mémoire. Pour ma part quand je découvre un lieu nouveau j’aime être pénétré avant de figer un tout petit bout de ce que je viens de voir…

Matinales…

Si peu de choses à dire
Il faut descendre dans la réserve à souvenirs
Là tout au fond des casiers sont vides
Y étaient les flacons de mémoires vieillies
Ils sont les premiers à être partis
Disparus à la table des bons amis
Tant pis
Je chercherai pour ce jour aux couleurs jolies
Un doux vin jeune et fleuri

Une bouillie de nuages…

Un inédit avec comme inspiration déclenchante cette photographie de l’Atomium prise à Bruxelles…

Tête perdue dans une bouillie de nuages
Ivre d’un presque rien
Englouti à l’angle mou d’un bleu incertain
Je noie vos doutes géométriques
Dans une orgie de courbes vagues poétiques
J’entends les roulements de colères inventées
Ils abîment les velours usés
Par les éboulis de larmes mauves
Neiges éternelles de nos peines fauves
Et j’oublie les lourdes morales académiques
Pour écrire sans freins ni lois
De longues pages de vents froissés

Matinales…

Et je prends la route qui mène aux pays du hier

J’y trouve quelques cailloux que j’ai semés en silence

Tête basse, la brume du lointain passé fuit le souffle de mes mots

J’entends soudain le chant rauque des gorges serrées

25 octobre

Une semaine à Prague 7…

C’est d’une plume aiguisée à la pierre de brume

Trempée dans de l’encre grise d’automne

Kafka que je découvre ton oeil brillant

Ton souffle court dans la ruelle du château

Page à page tu inspires ces quelques lignes humides

21 octobre

Matinales

A l’ouest de mes mémoires salées

L’écume de tes mots

Douce caresse

Rime tendresse

Ta trace est là

Trait de lumière

Perce l’ombre creuse

De ton absence

Je souris et t’entends

Tu es là à ne rien dire

Vague fleur séchée

Sur la crête de ton océan

Flash…

Il faut rester liés

Peu importe la couleur, la matière, l’âge, ce qui nous lie est plus fort ce qui nous sépare. La haine, les haines qui déferlent aujourd’hui sans aucune limites, sans aucun garde fous me donnent la nausée. Les mots sont abîmés. La pensée n’existe plus. Seul le réflexe compulsif domine. Je n’entends plus que des vociférations. Il nous manque tant celles et ceux qui loin de leurs narcissiques écrans éclairaient les chemins noirs, ( Camus je pense à toi… ).

De ci de là des paroles posées, qui sortent de cette permanente mélasse où tout est confondu : la politique et ses bassesses, l’histoire et ses blessures, et la haine sans limites pour des peuples errants qui souffrent en silence d’être les otages des apprentis sorciers qui occupent et salissent nos espaces de vie…

Matinales…

Il est des mots dont la rime hésite entre larmes et bleu

Dans les aubes grises et mauves

Aux fenêtres ouvertes on entend leurs toux fauves

Les silences de la nuit ont éteint le feu

Au creux de l’épaule du beau matin

Ils posent la tendre joue de leurs rires malins

Matinales…

Lorsque l’attente frise le bitume

J’entends la lame bleue des impatiences

Qui s’aiguise à la pierre de ton regard

Il n’est jamais loin le doux froissement

Des étoffes de nos embrassades

Tout est dans le presque fini

Il me reste à refermer l’angle de nos peurs

Flash…

J’ai soudain faim

Je coupe une belle tranche de rire

Dans une tourte à la croûte chatouilleuse

Je croque et craque

Le chant doux de la mie

Glisse dans le creux de mon oreille

Une rime à la miette dorée

Carnets :  » perdre du temps »…

Parfois, euh souvent, et vous le savez bien lectrices et lecteurs de ce blog j’aime regarder la vie qui défile à travers une vitre ferroviaire.

A travers cette grise vitre, je vois ce précieux temps qui s’enfuit vite, très vite. Et je reste immobile, figé dans la contemplation. Immobile dans un monde qui avance…

Je retrouve un peu de cette sensation pleine de poésie de se trouver les pieds ballants au bord du monde et attendre indéfiniment d’être gagné par la sensation de la vitesse de rotation de la terre. Quarante mille kilomètres en 24 heures, on finira bien par le ressentir…

Bref, je prends le temps de regarder le temps qui passe, qui pousse, qui file, qui glisse… Et j’accepte enfin de perdre du temps…

Oui depuis quelques temps j’aime cette idée, cette fausse idée de perdre du temps. Temps qui coule à travers mes poches trouées, temps qui fuit qui s’enfuit…

 » Arrête de perdre du temps » aurais-je dit il y a peu… Et aujourd’hui je savoure cette idée de ce temps qu’on croit perdu, parce qu’on l’a rempli de quelques petits riens, petits cailloux éphémères.

Je ne perd plus mon temps, mieux encore je le trouve, le retrouve. Il est là, par petits bouts. Je le ramasse, le garde tout contre moi, bien au chaud et me dis que je le trouverai demain ou plus tard et je passerai du bon temps…

Mes Everest, Tomas Tranströmer

Le voyage

Dans la station de métro.
Le coude à coude entre les affiches
dans une lumière morte au regard égaré.

Le train arriva pour emmener
les visages et les porte-documents.

À la prochaine, l’obscurité. Nous étions assis
comme des statues dans ces voitures
qui dérapaient dans les cavernes.
Contraintes, rêveries, servitudes.

On vendait les nouvelles de la nuit
aux arrêts situés sous le niveau de la mer.
Les gens étaient en mouvement, chagrins et
taciturnes sous le cadran des horloges.

Le train transportait
les pardessus et les âmes.

Dans tous les sens, des regards
lors du voyage dans la montagne.
Et nul changement en vue.

Près de la surface pourtant, les bourdons
de la liberté s’étaient mis à vrombir.
Nous sortîmes de terre.

Une seule fois, le pays battit
des ailes avant de s’immobiliser
à nos pieds, vaste et verdoyant.

Les épis de blé arrivaient en vol
au-dessus des quais.
Terminus! J’étais allé
bien au-delà.

Combien étions-nous encore? Quatre,
cinq, à peine plus.

Et les maisons, les routes, les nuages,
les criques bleues et les montagnes
ouvrirent leurs fenêtres.

Mémoires ferroviaires…

Sur une rive de fausses pierres

D’une gare oubliée

Un homme seul

Un rêve bleu s’est inventé

Il parle sans rien dire

Au peuple des absents

Presque marins abîmés

Dans le fracas d’un dernier train

Il surgissent en glissant

Sur la crête salée

D’une vague de fer

Flous…

Elles sont pâles blanches les rimes en belle
Contre le mur de nos silences se brisent les ailes
Deux à doux elles glissent un œil câlin
Et les mots pour toi s’envolent à tire d’aile
Ils fuient en riant la camisole de lourd papier
Et j’effeuille de ma plume légère
Fleur en flammes
Aux ivres senteurs d’un autre Rimbaud

Matinales…

Courbé, visage fermé
Je portais encore sur les épaules rentrées
L’infâme poids d’une nuit
Au sommeil délabré
Impatient, le pas traînant
J’ai tiré le long rideau de ma lourde insomnie
Le beau matin est arrivé
Dans un fragile bleuté
De bords mauves éclairés

Mémoires ferroviaires…

Entre les longs silences

Des dernières secondes qui s’étirent

J’entends les pas lourds

De fragiles impatiences

Le temps est à l’attente

Sur les quais des souvenirs métalliques

J’entends les chÅ“urs des hommes blessés

Une semaine à Prague 6…

Entre le fleuve et la ville

C’est une histoire un peu floue

Une ombre se noie dans le gris débordant

On entend le souffle court d’un tourment de vent

Epuisé le ciel s’est affaissé

Il repose sans un bruit dans le creux d’une belle nuit…

13 octobre

Matinales…

Au tableau noir du rêve attendu

Tu écris les mots songes

Restes d’une longue et blanche nuit

La craie crisse et glisse

Au bout de cette ligne tracée

A l’encre grise de ton insomnie

Lettres légères rimes rondes

Se noient dans la marge profonde

D’une mémoire abîmée

Poèmes de jeunesse : « dans la nuit d’un samedi stéphanois »

J’ai écrit ce texte il y a quarante ans, avec vraisemblablement comme fond musical, le stéphanois de Bernard Lavilliers, la photo est beaucoup plus récente….

Nuit stéphanoise

Samedi soir

Nouveau départ

Nouvelle chute

Pour une inconnue

De rires

Liquides

Béquilles pour s’éclater

Dans les rues

Des comme nous

Qui traînent leur habitude

De la petite semaine

Qu’ils ont brûlée

Dans des pauvres jeux quotidiens

Qu’ils continuent encore

Parce que c’est bon

Parce que le siècle s’éssouffle

Et ne veut plus d’eux

Ils sont nés pendant l’épidémie

Ils subsistent pendant l’agonie

Alors ils s’en foutent

Ils veulent aller plus vite

Parce qu’autrement

Ils n’auront plus que leur ombre cerceuil

A simuler

On les montre du doigt

Quand ils s’exagèrent

On les ignore quand ils se terrent

Ils traînent tous ensemble

A construire un monde

Qui s’écroule à chaque aurore

Regarde les dans les villes qui s’enterrent

Regarde les dans les villes qu’ils aiment

Par la multitude des autres

Des ceux qui sont comme eux

Regarde les

T’es comme eux

Regarde les….

Flash…

Écoutez peuple des riants

C’est la marée lasse du soir tombant

Partout le bruit des roulettes

Sur le chemin des partants

On se presse on s’attend on s’éprend

Ils sont loins nos beaux rires d’enfants

La faim d’écrire

La faim d’écrire est forte, très forte, peut-être trop forte. Le garde-manger est plein, il déborde, il dégouline, de mots, de phrases déjà prêtes, qui attendent simplement la chaude caresse de la feuille que je leur ouvrirai.
Je n’ai pas besoin de les garder au frais. Ils se conservent très bien, mais sont peut-être trop nombreux. Je ne sais lequel choisir. J’ouvre la porte de la réserve. J’entends d’abord comme un murmure : « il est là, c’est lui, il va me choisir, c’est mon tour ». Ils attendent patiemment tous ces mots que j’aime. Certains sont couchés, bien à plat, à l’abri des regards mauvais, ce sont mes grands crus. Je reconnais libellule, il est seul, couvert de poussière, cela fait bien longtemps qu’il vieillit, peut-être trop ; il faudra que je me décide à en faire quelque chose. Au-dessus, mes préférés tout une rangée de flacons, de balbutiements, de mauves. Les casiers de brumes et de gris sont presque vides ; j’en ai peut-être trop consommé ces derniers temps. Dans le placard du fond j’ai stocké quelques phrases, toutes faites, toutes fraîches, mais je ne l’ouvre pas, je ne veux pas qu’elles s’échappent, il n’est pas encore temps, je dois chercher, encore, le menu, et tous les magnifiques plats qui le composeront. Je referme la porte de ma réserve, doucement pour ne pas éveiller les endormis, celles et ceux vers qui je ne vais jamais, parce que je les ai oubliés. Demain, peut-être je les retrouverai…
Peut-être.

Matinales…

Dans un long tremblement de ciel
Tu as plongé le feu de ton regard
Au bout de ce qui te reste de terre noire
Claque le drap plissé du sombre agonisant
La bataille du rêve s’est achevée
Dans la raideur du corps qui s’étire
Ils sont si beaux les retours qui se suivent
Que ton encore première marche
Est souple comme une naissance

Une semaine à Prague 5…

Une ville ça bouge

Une ville ça vit

Ville mémoire

Ville histoire

Ça cahote

Ça secoue

Ça grince

Sous chaque pavé

Un peu de sable

Trace muette

De ce lointain printemps

11 octobre

Carnets…

Je cherche dans le fond humide de ma réserve à mots, un verbe qui pourrait survivre sans complément, sans adverbe, sans tous ces parasites qui au mieux affadissent au pire empoisonnent l’essence première du mot, cette saveur originelle qui lorsqu’elle fut la première fois utilisée suffisait, exprimait à elle seule ce qui était ressenti, c’est-à-dire vu, entendu, touché, goûté.
Ces mots verbes existent je le sais, je les cherche, je les traque. Mais il y a aussi ceux que la grammaire a décidé d’entrer dans la catégorie des noms communs. A-t-on pris le temps de s’interroger sur la signification de ce commun, qu’on ajouter pour désigner ce qui pourtant désigne à lui seul l’essentiel. Peut-être s’agit-il d’une juste opposition au qualificatif propre. Serait-ce la propreté ou la propriété qu’on veut opposer au commun, au collectif. Il y aurait donc le mot qui appartient à un seul et ce qui est à tous ; pourquoi pas ! Mais le commun peut aussi être vu comme le banal, comme le courant, qui n’a aucune aspérité, aucune singularité. Ne dit-on pas d’un vin qu’il est commun pour éviter de dire qu’il n’est pas bon…
Le vin, le ciel, le vent, la brume, le mauve, l’amour, que de noms communs qui dans ma réserve occupent une place singulière…

Matinales…

J’ai dû rattraper un reste du bel été

Palette lisse et sèche sous le bras

Il s’enfuyait pour le long sommeil

De la triste saison

Ne t’en vas-pas dresseur de sauvages soleils

Ne nous laisse-pas à nos seuls frissons

Il nous reste tant de rires en rayon  

Une semaine à Prague 4…

Au soir bruinant

On attend

Sur la pointe des pieds

Cou tendu

Pour voir le loin

On attend

Tram ou tramway

C’est le chant de la ville

On l’attend, on l’entend, on l’écoute

Bruit mécanique

Espéranto du vacarme

On croirait un presque train

Il faut rentrer

Il faut revenir

Il faut se retrouver

Les artères pavées s’emplissent de silences fatigués

De joies contenues

De rencontres imprévues

Les lumières glissent en grinçant

Et cherchent le bel accord

Avec une longue note d’acier

Carnets : 5, voir la vie en rose…

Voir la vie en rose !


Il faut, ou faudrait, nous dit-on voir la vie en rose. Enfin je commets peut-être une erreur, il est possible qu’il soit conseillé de voir la vie en roses. Encore une fois tout est une affaire de nature, voire de genre, puisqu’on peut parler d’une rose, on peut aussi évoquer le rose, et enfin on peut enrichir un autre mot en le gratifiant généreusement du qualificatif rose. On pourra ainsi parler d’une rose dont le rose est si rose qu’on pourrait y voir à travers comme s’il était blanc, on dirait alors qu’il est rosé, à ne pas confondre avec le rosé qu’il faut éviter avant de cueillir quelques belles roses, à offrir à sa promise afin de la faire rougir. Certes la couleur rose, tout comme la fleur, incite à l’optimisme voire à la gaieté mais reconnaissons quand même que certaines roses après avoir été piquantes (comme un mauvais rosé) sont désormais fanées. Et il y a des roses au rose si clair qu’elles en sont un peu transparentes. La vie de toute façon n’est ni une fleur, ni une couleur, et toutes ces injonctions ont le don de me faire monter le rouge au front…

Matinales…

Au premier pas du jeune matin
Les essoufflés des courtes nuits
Replient les draps fripés de rides noircies
Ils sourient au timide soleil
Retrouvent une promesse de douce lumière
Dans une flaque de sourires
Pendue au cou raide d’un jour au rose attendu

10 octobre

Une semaine à Prague 3

La ville bouge et brille

La pierre des pavés est luisante

De longs rails irriguent les rues

D’un acier trempé à la sueur des fondeurs

Des lourds palais endormis s’envolent le murmure

De lointaines mélodies aux notes arrondies

Les regards qui attendent se croisent en silence

Ils parlent la belle langue des frères humains…

9 octobre

Carnets, 13 : « il m’a lancé un regard… »

Photo : Alice Nédélec

Je vous assure, il m’a lancé un regard, franchement je m’en remets difficilement. Lancer un regard, ce ne doit quand même pas être des plus simples, il faut évidemment savoir viser, car lancer un regard sans savoir vers qui l’envoyer c’est un peu comme un coup d’épée dans l’eau. Encore qu’un coup d’épée dans l’eau a au moins deux vertus celle de faire de provoquer des remous (même si on ne veut pas dans ce cas précis faire de vague) et celle de trancher dans le vif, surtout s’il s’agit d’eau courante. Mais revenons à nos moutons, revenons à ce regard lancé, et qui semble t’il a atteint sa cible (puisque la personne victime du jet prétend qu’on lui a lancé un regard), est ce que ce regard est vif, acéré, aiguisé, perçant même. Imaginons les dégâts provoqués par un regard qui en plus d’avoir été lancé est aussi perçant. La personne, appelons-là la victime, risque de se retrouver comme le disait Corneille « percée jusqu’au fond du cœur d’une atteinte imprévue » …. En conclusion, ce que je crois c’est qu’un regard n’est jamais lancé au hasard, à l’aveugle dirions-nous car il faut être clair une fois lancé le regard ne peut revenir en arrière, ce n’est pas un boomerang et le lanceur doit autant que possible avoir les yeux en face des trous s’il ne veut pas rater sa cible.
 

Matinales…

L’œil du presque matin s’ouvre doucement

Paupière lourde raidie du rêve inachevé

Dans un souffle teinté de mauve

L’aube bleue rabote les restes de nuit

9 octobre…

Une semaine à Prague, 2

Il est des rencontres qui pétillent
D’autres qui bouillonnent
De s’enfuir rêve la rivière
Mais sage elle se retient
De tant de larmes elle se souvient
Aux hommes qui l’aiment
Elle raconte son chemin…

8 octobre

Rouge…

Je cherche une rime au rouge

Et ne trouve rien

Pas un mot ne bouge

Rime rame

Rouge drame

Rires louches

Au bout des lèvres

Roule le rouge

Matinales…

Derrière le souffle court du matin qui danse  

J’entends la mitraille des gouttes pressées

Elles houspillent le morne silence

Les pluies d’automne ont commencé

Il faudra rentrer les rires insouciants

Les bonnes nouvelles ont perdu leurs couleurs d’été

Il est l’heure des épaules rentrées et des regards fuyants

Il pleut partout dans ce monde fatigué

8 octobre 2024

Une semaine à Prague…

Il y a dans le vif roulement de cette rivière

Les tourbillons d’une histoire

Qui laisse ses traces sur les rives des mémoires

On entend des cris des mouettes en mal de mer

Elles ajoutent des vagues de bleus au gris du ciel… 

7 octobre