
Sous les sourires froissés
D’un nuage ivre de mauvais gris
J’attends seul et titubant
Le vent de la page
Qui se lève et me frissonne

Sous les sourires froissés
D’un nuage ivre de mauvais gris
J’attends seul et titubant
Le vent de la page
Qui se lève et me frissonne

Dans l’eau trouble de l’automne
Le reflet ocre d’une lumière fatiguée
D’un si long été à étirer ses longues marées
Peu à peu l’horizon s’efface sous la gomme
D’une lourde brume sous le ciel abandonné

C’est inquiétant voyez vous… Le monde se fait beau et il ne pense même pas à bien faire. Il sait qu’on ne le verra pas, il sait que ses couleurs ne seront pas comprises, il sait que l’humanité a la nuque courbée. Mais il essaie. Il appelle : j’existe dit-il, ouvrez les portes de votre fabrique à sourires !
Rien ! Le silence…Un silence mou sans le moindre espoir de rimes…

Réfléchir avant d’agir…
Oui bien sûr, je suis d’accord, il faut réfléchir avant d’agir mais ce que je voudrais savoir c’est à partir de quand je puis considérer qu’il ne faut plus réfléchir et qu’il faut agir. Que se passe t’il si je réfléchis trop, ou à l’inverse pas assez ? Qui me le dit et comment je le sais ? Et admettons d’une part que je réfléchisse tout le temps avant d’agir et admettons que réfléchir est une action, cela signifie-t’-il que je réfléchis toujours avant de réfléchir ? Mais alors à quoi faut-il que je réfléchisse avant de réfléchir ? A rien me dites-vous ? Mais si je ne réfléchis à rien comment puis-je agir ?
Ouille j’ai mal à la tête

Je, tu, il, elle, on, vous, ils
Sur la page blanche de mes chaque matin
Je cherche
Je cherche
Qui va parler
A qui m’adresser
Que et quoi vous dire
Ce dont je ne doute pas
C’est le comment
Je choisis dans ma boîte à plumes
La fine et belle encore endormie
Je la lisse et la trempe dans les encres grises
De mes restes de nuit
Entends la qui crisse en glissant
Sur la première ligne de ton jour qui sourit

Derrière la ligne flou de mes rêves salés
On devine une terre à inventer
Elle étire ses longues plaines
Jusqu’à la promesse d’un sommet oublié
J’ai pris la route sans cartes ni papier
Ou vas-tu m’a-t-on demandé ?
Je marche et ne sais où j’irai
Il est si beau ce bout de blanche brume
Demain peut-être j’y glisserai
Une fine page aux mots légers…
29.10.2024

Rêvons
Ô oui rêvons du risque de joie
Belle et bleue
Elle roule sur la vitre de mes oublis
Simple joie
Jaillit dans le soudain
Du tendresse matin
Regarde elle brûle et brille
Au coin mauve
D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes
Odeurs de lilas
Aux angles durs des rancœurs de l’hiver
Rondissent en fleurant
Elle est lÃ
Sautillante
Frissonnante
Fondue dans le brise chagrin
Du lourd glaciers de nos mémoires pour demain

Il arrive que le temps soit à la contemplation
Simple inattendue fraîche
Elle débarque sans crier sur les rives des matins communs
Et les soupirs de l’impatience sont apaisés
O


Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là , au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà , il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

Il suffit je ne me lève plus a dit le jour somnolent
Mais ce n’est pas possible tu es condamné
A répondu une nuit tremblante et pressée d’engloutir
Le trou de lumière par elle creusé
Encore un effort je t’en prie
Le jour s’est tourné et retourné
Il a râlé
Au pied du lit de pierre a posé un pied puis deux
Et s’est levé l’œil mauvais
Sur un ton sec et irrité à la nuit a répondu
C’est bon une fois encore je le fais
Je le fais pour toi
Tu me fais tant pitié
23 décembre

La révolte était devenue
Une autre décoration de combats intellectuels
Pour le snobisme
De ceux qui flirtaient avec l’angoisse
Du pauvre
Qu’ils achetaient
Chez les bradeurs d’inhumanité
Qui vendent
Du sourire aux enchères du sentiment
Et qui cultivent des jardins d’utilité
Des jardins de pitié
Pour le botin du beau monde
Qui pissent leur ba ba quotidien
En rotant la nuit qu’ils ont volée
Aux autres
Aux angoissés
Aux vrais
L’uniforme de leur porcherie
Leur fait peur
Parce qu’ils se sentent loin
Parce qu’ils se sentent loin
Alors ils trichent
Ils se déguisent
Ils prostituent la vérité
En l’obligeant à coucher
Avec ceux qui l’ont déjà tuée
En l’oubliant
Ils s’écologisent le dimanche
En se confessant à la rivière
Qu’ils assassinent à petites semaines
Mais y savent pas
Eux ils comptent
Eux ils produisent…
Juin 1980

Il est des matins roux
Qui emplissent de rêves
Les fonds de faille
De nuits ocres aux angles droits
Ils posent légers
De douces caresses
Sur nos joues creusées
27octobre

Dans le jardin des mémoires de demain
J’ai semé un vieux fond de graines de rires faciles
C’est la bonne saison
Je le sais je le sens
C’est le temps
Le temps si rond si long
De la bonne raison
Il le faut on attend
Regarde
Les granges débordent de molles pailles
Oubliées de vieilles moissons
Entends les pleurs des rides sèches de la terre
Aux prochains soleils levés
Tu cueilleras ta première fleur au sourire câlin…

Voir le monde à travers une fenêtre de 15 cm par 8 cm c’est la triste réalité de tant de touristes. Je suis stupéfait et irrité par l’incapacité qu’ont tant de personnes à mobiliser tous leurs sens pour emplir l’armoire à mémoire. Pour ma part quand je découvre un lieu nouveau j’aime être pénétré avant de figer un tout petit bout de ce que je viens de voir…

Si peu de choses à dire
Il faut descendre dans la réserve à souvenirs
LÃ tout au fond des casiers sont vides
Y étaient les flacons de mémoires vieillies
Ils sont les premiers à être partis
Disparus à la table des bons amis
Tant pis
Je chercherai pour ce jour aux couleurs jolies
Un doux vin jeune et fleuri
Un inédit avec comme inspiration déclenchante cette photographie de l’Atomium prise à Bruxelles…
Tête perdue dans une bouillie de nuages
Ivre d’un presque rien
Englouti à l’angle mou d’un bleu incertain
Je noie vos doutes géométriques
Dans une orgie de courbes vagues poétiques
J’entends les roulements de colères inventées
Ils abîment les velours usés
Par les éboulis de larmes mauves
Neiges éternelles de nos peines fauves
Et j’oublie les lourdes morales académiques
Pour écrire sans freins ni lois
De longues pages de vents froissés

Et je prends la route qui mène aux pays du hier
J’y trouve quelques cailloux que j’ai semés en silence
Tête basse, la brume du lointain passé fuit le souffle de mes mots
J’entends soudain le chant rauque des gorges serrées
25 octobre

C’est d’une plume aiguisée à la pierre de brume
Trempée dans de l’encre grise d’automne
Kafka que je découvre ton oeil brillant
Ton souffle court dans la ruelle du château
Page à page tu inspires ces quelques lignes humides
21 octobre

A l’ouest de mes mémoires salées
L’écume de tes mots
Douce caresse
Rime tendresse
Ta trace est lÃ
Trait de lumière
Perce l’ombre creuse
De ton absence
Je souris et t’entends
Tu es là à ne rien dire
Vague fleur séchée
Sur la crête de ton océan

Il faut rester liés
Peu importe la couleur, la matière, l’âge, ce qui nous lie est plus fort ce qui nous sépare. La haine, les haines qui déferlent aujourd’hui sans aucune limites, sans aucun garde fous me donnent la nausée. Les mots sont abîmés. La pensée n’existe plus. Seul le réflexe compulsif domine. Je n’entends plus que des vociférations. Il nous manque tant celles et ceux qui loin de leurs narcissiques écrans éclairaient les chemins noirs, ( Camus je pense à toi… ).
De ci de là des paroles posées, qui sortent de cette permanente mélasse où tout est confondu : la politique et ses bassesses, l’histoire et ses blessures, et la haine sans limites pour des peuples errants qui souffrent en silence d’être les otages des apprentis sorciers qui occupent et salissent nos espaces de vie…

Il est des mots dont la rime hésite entre larmes et bleu
Dans les aubes grises et mauves
Aux fenêtres ouvertes on entend leurs toux fauves
Les silences de la nuit ont éteint le feu
Au creux de l’épaule du beau matin
Ils posent la tendre joue de leurs rires malins

Lorsque l’attente frise le bitume
J’entends la lame bleue des impatiences
Qui s’aiguise à la pierre de ton regard
Il n’est jamais loin le doux froissement
Des étoffes de nos embrassades
Tout est dans le presque fini
Il me reste à refermer l’angle de nos peurs

J’ai soudain faim
Je coupe une belle tranche de rire
Dans une tourte à la croûte chatouilleuse
Je croque et craque
Le chant doux de la mie
Glisse dans le creux de mon oreille
Une rime à la miette dorée

Parfois, euh souvent, et vous le savez bien lectrices et lecteurs de ce blog j’aime regarder la vie qui défile à travers une vitre ferroviaire.
A travers cette grise vitre, je vois ce précieux temps qui s’enfuit vite, très vite. Et je reste immobile, figé dans la contemplation. Immobile dans un monde qui avance…
Je retrouve un peu de cette sensation pleine de poésie de se trouver les pieds ballants au bord du monde et attendre indéfiniment d’être gagné par la sensation de la vitesse de rotation de la terre. Quarante mille kilomètres en 24 heures, on finira bien par le ressentir…
Bref, je prends le temps de regarder le temps qui passe, qui pousse, qui file, qui glisse… Et j’accepte enfin de perdre du temps…
Oui depuis quelques temps j’aime cette idée, cette fausse idée de perdre du temps. Temps qui coule à travers mes poches trouées, temps qui fuit qui s’enfuit…
» Arrête de perdre du temps » aurais-je dit il y a peu… Et aujourd’hui je savoure cette idée de ce temps qu’on croit perdu, parce qu’on l’a rempli de quelques petits riens, petits cailloux éphémères.
Je ne perd plus mon temps, mieux encore je le trouve, le retrouve. Il est là , par petits bouts. Je le ramasse, le garde tout contre moi, bien au chaud et me dis que je le trouverai demain ou plus tard et je passerai du bon temps…

Le voyage
Dans la station de métro.
Le coude à coude entre les affiches
dans une lumière morte au regard égaré.
Le train arriva pour emmener
les visages et les porte-documents.
À la prochaine, l’obscurité. Nous étions assis
comme des statues dans ces voitures
qui dérapaient dans les cavernes.
Contraintes, rêveries, servitudes.
On vendait les nouvelles de la nuit
aux arrêts situés sous le niveau de la mer.
Les gens étaient en mouvement, chagrins et
taciturnes sous le cadran des horloges.
Le train transportait
les pardessus et les âmes.
Dans tous les sens, des regards
lors du voyage dans la montagne.
Et nul changement en vue.
Près de la surface pourtant, les bourdons
de la liberté s’étaient mis à vrombir.
Nous sortîmes de terre.
Une seule fois, le pays battit
des ailes avant de s’immobiliser
à nos pieds, vaste et verdoyant.
Les épis de blé arrivaient en vol
au-dessus des quais.
Terminus! J’étais allé
bien au-delà .
Combien étions-nous encore? Quatre,
cinq, Ã peine plus.
Et les maisons, les routes, les nuages,
les criques bleues et les montagnes
ouvrirent leurs fenêtres.

Sur une rive de fausses pierres
D’une gare oubliée
Un homme seul
Un rêve bleu s’est inventé
Il parle sans rien dire
Au peuple des absents
Presque marins abîmés
Dans le fracas d’un dernier train
Il surgissent en glissant
Sur la crête salée
D’une vague de fer

Elles sont pâles blanches les rimes en belle
Contre le mur de nos silences se brisent les ailes
Deux à doux elles glissent un œil câlin
Et les mots pour toi s’envolent à tire d’aile
Ils fuient en riant la camisole de lourd papier
Et j’effeuille de ma plume légère
Fleur en flammes
Aux ivres senteurs d’un autre Rimbaud

Courbé, visage fermé
Je portais encore sur les épaules rentrées
L’infâme poids d’une nuit
Au sommeil délabré
Impatient, le pas traînant
J’ai tiré le long rideau de ma lourde insomnie
Le beau matin est arrivé
Dans un fragile bleuté
De bords mauves éclairés

Entre les longs silences
Des dernières secondes qui s’étirent
J’entends les pas lourds
De fragiles impatiences
Le temps est à l’attente
Sur les quais des souvenirs métalliques
J’entends les chÅ“urs des hommes blessés

Entre le fleuve et la ville
C’est une histoire un peu floue
Une ombre se noie dans le gris débordant
On entend le souffle court d’un tourment de vent
Epuisé le ciel s’est affaissé
Il repose sans un bruit dans le creux d’une belle nuit…
13 octobre

Au tableau noir du rêve attendu
Tu écris les mots songes
Restes d’une longue et blanche nuit
La craie crisse et glisse
Au bout de cette ligne tracée
A l’encre grise de ton insomnie
Lettres légères rimes rondes
Se noient dans la marge profonde
D’une mémoire abîmée
J’ai écrit ce texte il y a quarante ans, avec vraisemblablement comme fond musical, le stéphanois de Bernard Lavilliers, la photo est beaucoup plus récente….

Samedi soir
Nouveau départ
Nouvelle chute
Pour une inconnue
De rires
Liquides
Béquilles pour s’éclater
Dans les rues
Des comme nous
Qui traînent leur habitude
De la petite semaine
Qu’ils ont brûlée
Dans des pauvres jeux quotidiens
Qu’ils continuent encore
Parce que c’est bon
Parce que le siècle s’éssouffle
Et ne veut plus d’eux
Ils sont nés pendant l’épidémie
Ils subsistent pendant l’agonie
Alors ils s’en foutent
Ils veulent aller plus vite
Parce qu’autrement
Ils n’auront plus que leur ombre cerceuil
A simuler
On les montre du doigt
Quand ils s’exagèrent
On les ignore quand ils se terrent
Ils traînent tous ensemble
A construire un monde
Qui s’écroule à chaque aurore
Regarde les dans les villes qui s’enterrent
Regarde les dans les villes qu’ils aiment
Par la multitude des autres
Des ceux qui sont comme eux
Regarde les
T’es comme eux
Regarde les….

Écoutez peuple des riants
C’est la marée lasse du soir tombant
Partout le bruit des roulettes
Sur le chemin des partants
On se presse on s’attend on s’éprend
Ils sont loins nos beaux rires d’enfants

La faim d’écrire est forte, très forte, peut-être trop forte. Le garde-manger est plein, il déborde, il dégouline, de mots, de phrases déjà prêtes, qui attendent simplement la chaude caresse de la feuille que je leur ouvrirai.
Je n’ai pas besoin de les garder au frais. Ils se conservent très bien, mais sont peut-être trop nombreux. Je ne sais lequel choisir. J’ouvre la porte de la réserve. J’entends d’abord comme un murmure : « il est là , c’est lui, il va me choisir, c’est mon tour ». Ils attendent patiemment tous ces mots que j’aime. Certains sont couchés, bien à plat, à l’abri des regards mauvais, ce sont mes grands crus. Je reconnais libellule, il est seul, couvert de poussière, cela fait bien longtemps qu’il vieillit, peut-être trop ; il faudra que je me décide à en faire quelque chose. Au-dessus, mes préférés tout une rangée de flacons, de balbutiements, de mauves. Les casiers de brumes et de gris sont presque vides ; j’en ai peut-être trop consommé ces derniers temps. Dans le placard du fond j’ai stocké quelques phrases, toutes faites, toutes fraîches, mais je ne l’ouvre pas, je ne veux pas qu’elles s’échappent, il n’est pas encore temps, je dois chercher, encore, le menu, et tous les magnifiques plats qui le composeront. Je referme la porte de ma réserve, doucement pour ne pas éveiller les endormis, celles et ceux vers qui je ne vais jamais, parce que je les ai oubliés. Demain, peut-être je les retrouverai…
Peut-être.

Dans un long tremblement de ciel
Tu as plongé le feu de ton regard
Au bout de ce qui te reste de terre noire
Claque le drap plissé du sombre agonisant
La bataille du rêve s’est achevée
Dans la raideur du corps qui s’étire
Ils sont si beaux les retours qui se suivent
Que ton encore première marche
Est souple comme une naissance

Une ville ça bouge
Une ville ça vit
Ville mémoire
Ville histoire
Ça cahote
Ça secoue
Ça grince
Sous chaque pavé
Un peu de sable
Trace muette
De ce lointain printemps
11 octobre

Je cherche dans le fond humide de ma réserve à mots, un verbe qui pourrait survivre sans complément, sans adverbe, sans tous ces parasites qui au mieux affadissent au pire empoisonnent l’essence première du mot, cette saveur originelle qui lorsqu’elle fut la première fois utilisée suffisait, exprimait à elle seule ce qui était ressenti, c’est-à -dire vu, entendu, touché, goûté.
Ces mots verbes existent je le sais, je les cherche, je les traque. Mais il y a aussi ceux que la grammaire a décidé d’entrer dans la catégorie des noms communs. A-t-on pris le temps de s’interroger sur la signification de ce commun, qu’on ajouter pour désigner ce qui pourtant désigne à lui seul l’essentiel. Peut-être s’agit-il d’une juste opposition au qualificatif propre. Serait-ce la propreté ou la propriété qu’on veut opposer au commun, au collectif. Il y aurait donc le mot qui appartient à un seul et ce qui est à tous ; pourquoi pas ! Mais le commun peut aussi être vu comme le banal, comme le courant, qui n’a aucune aspérité, aucune singularité. Ne dit-on pas d’un vin qu’il est commun pour éviter de dire qu’il n’est pas bon…
Le vin, le ciel, le vent, la brume, le mauve, l’amour, que de noms communs qui dans ma réserve occupent une place singulière…

J’ai dû rattraper un reste du bel été
Palette lisse et sèche sous le bras
Il s’enfuyait pour le long sommeil
De la triste saison
Ne t’en vas-pas dresseur de sauvages soleils
Ne nous laisse-pas à nos seuls frissons
Il nous reste tant de rires en rayon

Au soir bruinant
On attend
Sur la pointe des pieds
Cou tendu
Pour voir le loin
On attend
Tram ou tramway
C’est le chant de la ville
On l’attend, on l’entend, on l’écoute
Bruit mécanique
Espéranto du vacarme
On croirait un presque train
Il faut rentrer
Il faut revenir
Il faut se retrouver
Les artères pavées s’emplissent de silences fatigués
De joies contenues
De rencontres imprévues
Les lumières glissent en grinçant
Et cherchent le bel accord
Avec une longue note d’acier

Voir la vie en rose !
Il faut, ou faudrait, nous dit-on voir la vie en rose. Enfin je commets peut-être une erreur, il est possible qu’il soit conseillé de voir la vie en roses. Encore une fois tout est une affaire de nature, voire de genre, puisqu’on peut parler d’une rose, on peut aussi évoquer le rose, et enfin on peut enrichir un autre mot en le gratifiant généreusement du qualificatif rose. On pourra ainsi parler d’une rose dont le rose est si rose qu’on pourrait y voir à travers comme s’il était blanc, on dirait alors qu’il est rosé, à ne pas confondre avec le rosé qu’il faut éviter avant de cueillir quelques belles roses, à offrir à sa promise afin de la faire rougir. Certes la couleur rose, tout comme la fleur, incite à l’optimisme voire à la gaieté mais reconnaissons quand même que certaines roses après avoir été piquantes (comme un mauvais rosé) sont désormais fanées. Et il y a des roses au rose si clair qu’elles en sont un peu transparentes. La vie de toute façon n’est ni une fleur, ni une couleur, et toutes ces injonctions ont le don de me faire monter le rouge au front…

Au premier pas du jeune matin
Les essoufflés des courtes nuits
Replient les draps fripés de rides noircies
Ils sourient au timide soleil
Retrouvent une promesse de douce lumière
Dans une flaque de sourires
Pendue au cou raide d’un jour au rose attendu
10 octobre

La ville bouge et brille
La pierre des pavés est luisante
De longs rails irriguent les rues
D’un acier trempé à la sueur des fondeurs
Des lourds palais endormis s’envolent le murmure
De lointaines mélodies aux notes arrondies
Les regards qui attendent se croisent en silence
Ils parlent la belle langue des frères humains…
9 octobre

Je vous assure, il m’a lancé un regard, franchement je m’en remets difficilement. Lancer un regard, ce ne doit quand même pas être des plus simples, il faut évidemment savoir viser, car lancer un regard sans savoir vers qui l’envoyer c’est un peu comme un coup d’épée dans l’eau. Encore qu’un coup d’épée dans l’eau a au moins deux vertus celle de faire de provoquer des remous (même si on ne veut pas dans ce cas précis faire de vague) et celle de trancher dans le vif, surtout s’il s’agit d’eau courante. Mais revenons à nos moutons, revenons à ce regard lancé, et qui semble t’il a atteint sa cible (puisque la personne victime du jet prétend qu’on lui a lancé un regard), est ce que ce regard est vif, acéré, aiguisé, perçant même. Imaginons les dégâts provoqués par un regard qui en plus d’avoir été lancé est aussi perçant. La personne, appelons-là la victime, risque de se retrouver comme le disait Corneille « percée jusqu’au fond du cœur d’une atteinte imprévue » …. En conclusion, ce que je crois c’est qu’un regard n’est jamais lancé au hasard, à l’aveugle dirions-nous car il faut être clair une fois lancé le regard ne peut revenir en arrière, ce n’est pas un boomerang et le lanceur doit autant que possible avoir les yeux en face des trous s’il ne veut pas rater sa cible.
 

L’œil du presque matin s’ouvre doucement
Paupière lourde raidie du rêve inachevé
Dans un souffle teinté de mauve
L’aube bleue rabote les restes de nuit
9 octobre…

Il est des rencontres qui pétillent
D’autres qui bouillonnent
De s’enfuir rêve la rivière
Mais sage elle se retient
De tant de larmes elle se souvient
Aux hommes qui l’aiment
Elle raconte son chemin…
8 octobre

Je cherche une rime au rouge
Et ne trouve rien
Pas un mot ne bouge
Rime rame
Rouge drame
Rires louches
Au bout des lèvres
Roule le rouge

Derrière le souffle court du matin qui danse
J’entends la mitraille des gouttes pressées
Elles houspillent le morne silence
Les pluies d’automne ont commencé
Il faudra rentrer les rires insouciants
Les bonnes nouvelles ont perdu leurs couleurs d’été
Il est l’heure des épaules rentrées et des regards fuyants
Il pleut partout dans ce monde fatigué
8 octobre 2024

Il y a dans le vif roulement de cette rivière
Les tourbillons d’une histoire
Qui laisse ses traces sur les rives des mémoires
On entend des cris des mouettes en mal de mer
Elles ajoutent des vagues de bleus au gris du ciel…Â
7 octobre