
La dernière page est tournée
Au bout de la ligne essoufflée
J’entends le souffle
De nos larmes salées
C’était hier
Dans le fleuve gris
De ses jeunes années
Une tache d’encre s’est retirée

La dernière page est tournée
Au bout de la ligne essoufflée
J’entends le souffle
De nos larmes salées
C’était hier
Dans le fleuve gris
De ses jeunes années
Une tache d’encre s’est retirée

Petit matin au parfum sucré
Feuilles fleurs sont en beauté
Patience du fruit
Au vert frisonnant

Fenêtre ouverte
Sur le rond silence bleu
Du matin frileux
J’attends les mots blancs
Qui frappent sur les vitres endormies
J’entends la pointe dure du stylo
Elle crisse et glisse
Sur ma belle feuille fripée
De sa longue nuit agitée
6 mai

Dans l’angle mort d’une histoire en pointillé
J’ai trouvé un vieux reste de lumière figée
Le bavard au cœur creux
Sans rien dire l’a abandonné
Dans l’onde dodue
Des ronds de mes rires bleus
Je l’ai jeté pour un dernier souvenir ricochet

Au carrefour des impatiences
J’attends serein le signe de belle vie
Il est si bon l’espoir aux rires lointains
Dans ma réserve aux beaux futurs
Je n’ai plus assez de soleils matin

Traverser en douceur les épaisseurs de l’attente
Respirer les bras ballants ce bel air apaisé
Mes rêves pour demain sont en sursis
Un souffle d’enfance soudain a sautillé
Espoir en garde à vue qui s’étire

Pas une ride sur la plaine de mes mers du dedans
A la marée montante de mes inspirations
On entend le chant du dernier oiseau
Il siffle la fin du dernier couplet
Je le vois seul et sans rime
Dans le dernier souffle creux de mon vague à l’âme

Ici, un bout de ce monde habité,
Terre déchiquetée,
Vagues emmêlées,
Hommes de l’intérieur
Retournez vous !
A l’ouest de vos mémoires encombrées,
Il y a le vent.
Vent qui souffle sur vos nuques.
Vent qui s’engouffre
Derrière vos yeux étonnés.
Avancez encore un peu,
Tendez votre oreille
Entendez son chant,
Il vous murmure
Toutes ces histoires oubliées

Vincent van Gogh, La chambre, détail (musée AIC Chicago)
Les Fenêtres
Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?

Trois fois rien
Me dites-vous ?
Oui trois fois rien,
Et c’est tout !
Cela suffit pour mon peu de bonheur…
Non vous dis-je !
Ce n’est pas assez,
Vous le regretterez…
Oh non, rien de plus,
Je vous en prie !
Pas de rose,
Plus de mauves,
Laissez les bleus en paix.
Je n’ai besoin que de terres grises
Pour écrire mes rêves bariolés.

Homme de moins que rien
Visage mou
Regard moite
Poisseux d’aigres sueur
Qui s’incruste entre les rires innocents
Homme de moins que rien
Expire le mauvais parfum
De la suffisance des quelques siens
Il était de ces bavards inutiles
Qui encombre les salons
Homme de moins que rien
Creuse en soufflant
Un gras sillon de silences aigris
Ils étaient tant à le suivre
Roses fanées à la boutonnière
Oublieux de ses arrogances
Dans ce monde aux sourires sucrés
Ignobles, infâmes
Ont repris en cœur
L’hymne gris de leurs violences cachées
Une découverte, récente pour moi. Le texte est juste magnifique ainsi que son interprétation

Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs
Dès sa plus tendre enfance
Elle ne savait pas parler autrement
Qu’en criant tout bas, pas faute d’essayer
De les retenir, ces cris et ces larmes
Qui les faisaient temps
Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs
En grandissant, rien ne s’est calmé
Petite tempête s’est trouvée
Des raisons de pleuvoir autant
Qui pourrait l’aimer franchement ?
Personne n’aimerait se retrouver
Au cœur d’une tempête, avouez
Il y a des raisons de pleurer
Elle a ses raisons, mais
Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi si j’étais un oiseau, j’irais danser sous l’orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J’écouterais sous la pluie, la symphonie des éclairs
Quand la tempête a su
Que des mélodies pouvaient s’échapper du vent
Et se retrouver dans le cœur des gens
Celle-ci s’est dit
Nulle raison d’envier le soleil
Je ferai danser les gens au rythme de mes pleurs
La tourmente de mes chants viendra réchauffer les cœurs
Réchauffer mon cœur
Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi je suis de ces oiseaux qui nous font danser sous l’orage
Je traverserai tous les nuages pour trouver la lumière
En chantant sous la pluie, la symphonie des éclairs

Fenêtre ouverte
Sur le rond silence bleu
Du matin frileux
J’attends les mots blancs
Qui frappent sur les vitres endormies
J’entends la pointe dure du stylo
Elle crisse et glisse
Sur ma belle feuille fripée
De sa longue nuit agitée
7

« De toutes nos machines réunies, de toutes nos routes kilométrées, de tous nos tonnages accumulés, de tous nos avions juxtaposés, de nos règlements, de nos conditionnements, on ne saurait réussir le moindre sentiment. Cela est d’un autre ordre, et réel, et infiniment plus élevé.
De toutes vos pensées fabriquées, de tous vos concepts triés, de toutes vos démarches concertées, ne saurait résulter le moindre frisson de civilisation vraie. Cela est d’un autre ordre, infiniment plus élevé et sur-rationnel.
Je n’ai pas fini d’admirer le grand silence antillais, notre insolente richesse, notre pauvreté cynique.
Vous avez encerclé le globe. Il vous reste à l’embrasser. Chaudement.
Les vraies civilisations sont des saisissements poétiques : saisissement des étoiles, du soleil, de la plante, de l’animal, saisissement du globe rond, de la pluie, de la lumière, des nombres, saisissement de la vie, saisissement de la mort.
Depuis le temple du soleil, depuis le masque, depuis l’Indien, depuis l’homme d’Afrique trop de distance a été calculée ici, consentie ici, entre les choses et nous.
La vraie manifestation de la civilisation est le mythe.
L’organisation sociale, la religion, les compagnies, les philosophes, les mœurs, l’architecture, la sculpture sont figuration et expression de mythe.
La civilisation meurt dans le monde entier, parce que les mythes sont ou morts ou moribonds ou naissants.
Il faut attendre qu’éclate le gel poussiéreux des mythes périmés ou émaciés. Nous attendons la débâcle.
…Et nous nous accomplirons.
Dans l’état actuel des choses, le seul refuge avoué de l’esprit mythique est la poésie.
Et la poésie est insurrection contre la société parce que dévotion au mythe déserté ou éloigné ou oblitéré.
On ne bâtit pas une civilisation à coups d’écoles, à coups de cliniques, à coups de statistiques.
Seul l’esprit poétique corrode et bâtit, retranche et vivifie. »
Aimé Césaire, Appel au magicien – Mai 1944, Haiti

Regarde
Oh oui regarde
Lève les yeux
Oublie
L’ombre épaisse des mauvais rêves
De tes nuits agitées
Glisse
Penche-toi en riant
A la fenêtre des absents
Regarde
Oh oui regarde
La lumière est si belle
Elle s’étire doucement
Entre les tendres bras
Du matin des amants
Ecoute
Oh oui écoute
Tu l’entends te dire
Je t’attends…

C’était l’heure des sans amis
Penché vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rêvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rêvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marché jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle était là
Seule et perdue
Vêtue d’une longue trainée de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventées
Je t’avais inventé

Pas une ride sur la plaine de mes mers du dedans
A la marée montante de mes inspirations
On entend le chant du dernier oiseau
Il siffle la fin du dernier couplet
Je le vois seul et sans rime
Dans le dernier souffle creux de mon vague à l’âme

Je suis à la fenêtre
Du si simple rêve
Qui se pose au matin
Sur la palette de mes envies
Le temps est au sourire
Douce main du peintre endormi
Caresse du bout des doigts éblouis
Blanche toile d’un soleil assagi

C’est un matin barbouillé
Repue d’un lourd gris huilé
La nuit mauvaise s’est retirée
La lumière à marée basse oubliée
Nous attend entre les plis du ciel froissé
Lumière est à marée basse

Trois fois rien
Me dites-vous ?
Oui trois fois rien,
Et c’est tout !
Cela suffit pour mon peu de bonheur…
Non vous dis-je !
Ce n’est pas assez,
Vous le regretterez…
Oh non, rien de plus,
Je vous en prie !
Pas de rose,
Plus de mauves,
Laissez les bleus en paix.
Je n’ai besoin que de terres grises
Pour écrire mes rêves bariolés.
Voici le texte que les éditions des embruns avaient retenu pour leur ouvrage « Avis de tempête »

Homme d’en bas,
Regarde le visage de l’océan.
Sur son front salé,
C’est la tempête qu’on lit.
Les rides se sont creusées,
Le regard s’est assombri.
De belles longues vagues blanches,
Entrent dans les terres usées
Elles s’étirent en criant,
Et offrent leurs bouquets d’écume
Aux récifs abandonnés.
Regarde les qui entrent dans la danse.
Écoute les !
Elles chantent avec le vent
Ferme les yeux,
Laisse entrer l’ocean.
C’est la tempête à Ouessant
2 novembre 2019

Au sommet d’un reste de mémoire enneigée
Sur le maigre mât des souvenirs tant de fois répétés
Flotte le chiffon fripé
De deux doux sourires enfouis
Je sens le souffle salé
Des embruns oubliés
Sur la façade lisse de cette longue histoire partagée

Sur le tableau noir de mes désirs d’écriture
J’ai tracé quelques lettres de brumes
Des mots bleus se sont envolés
A tire ligne jusqu’au bord d’une blanche feuille
Que j’avais attendue
Une phrase est là, en suspens
Une autre aussi qui l’attend
Je les regarde heureux
Elle se sont aimées
Avec mon consentement

Je voudrais écrire,
Oh oui, je le veux…
Écrire pour deux,
Pour toi, pour eux.
Je voudrais écrire
Heureux,
Entre deux lourdes marges en feu.
Oh, je voudrai tant écrire,
Ce mot qui caresse,
Là, seul,
Il attend, rien ne presse.
Je voudrais tant écrire
Tendresse,
Sur une feuille d’automne
Aux rimes mauves
Sur le titre accrochées.
Je voudrais tant…
Tremper ma plume
Dans une flaque de rires jolis.
Je voudrais tant entendre
De longs mots aux ailes bleues.
Ils chantent, ils dansent,
C’est eux, ils sont arrivés.
10 février 2020

Rêvons
Ô oui rêvons du risque de joie
Belle et bleue
Elle roule sur la vitre de mes oublis
Simple joie
Jaillit dans le soudain
Du tendresse matin
Regarde elle brûle et brille
Au coin mauve
D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes
Odeurs de lilas
Aux angles durs des rancœurs de l’hiver
Rondissent en fleurant
Elle est là
Sautillante
Frissonnante
Fondue dans le brise chagrin
Du lourd glacier de nos mémoires pour demain

C’est un matin au gris surpris
Je ne l’attendais plus
Au creux d’une nuit de songes soleil
Je riais à n’en plus rêver
De ces rideaux levés sur des mots enfants
Mots pirouette
Mots cabrioles
Qui bondissent rougissent
Te tiennent d’une main épuisée du sucre interdit
Je ne l’entendais plus
Ce long cri de ce toujours dernier jour
Enfoui sous les draps d’une mémoire oubliée
Un vieux texte écrit juste après les confinements liés au COVID, c’était une de mes premières sorties…

Il y a bien longtemps que norme et beauté ne s’étaient rencontrées. Il est vrai que l’une comme l’autre avaient pris soin sur les injonctions de la police sanitaire de prendre et surtout de garder de la distance. Mais ce qui devait arriver arriva et les deux rivales ont fini par se retrouver. La norme dont on sait déjà qu’elle aime tout contrôler a donc pris la décision de convoquer la beauté.
– Gardez vos distances beauté ou alors restez masqué. En aucun cas vous ne devez me contaminer.
– Ne vous inquiétez pas je resterai masquée et ainsi vous n’aurez pas à supporter mon sourire bucolique…
– Bien, ceci étant dit chère beauté, encore une fois quel besoin aviez vous d’aller vous compromettre en ce lieu que je vous ai déjà interdit. Un parking de supermarché, et pourquoi pas un immeuble désaffecté quand on y est ?
-Voyez vous madame la norme, contrairement à vous je n »ai aucun problème avec ces lieux dont on dit, je le sais, qu’ils sont laids. Je ne les méprise pas et surtout je ne les oublie pas et quand je le peux, je veux dire quand vous êtes occupée à rédiger vos règles académiques et surtout à les contrôler, voyez vous, moi je vis : tout simplement. J’ouvre les yeux, et quand je sens que mon cœur est léger, je cherche s’il me reste un peu de ces belles couleurs que vous gardez enfermées.
-Je vous entends, l’intention est bonne et je ne nie pas que vous faites ce que vous pouvez, mais à l’avenir quand vous vous égarerez dans un supermarché, je vous en prie faites une détour au rayon beauté !

Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond. Ce monde est malade on le sait. Mais celles et ceux qui se disent à son chevet le sont encore plus. On parle, on glose, on discourt, on désigne, on accuse, on exécute. Les experts du clic compulsif ont l’œil vitreux du colporteur de haines. On s’indigne du presque rien et on oublie l’essentiel.
– Des êtres humains me dites-vous ?
– Oui bien sûr, ils sont partout, ils attendent…
– Pouvez vous me les décrire ?
– Les décrire n’est pas possible l’ami ils existent c’est tout…
– Je n’en connais pas, je n’ai pas le temps et il faudrait que je lève la tête.
– Et bien l’ami je vous invite à le faire.
– ….
– Oui là, comme ça c’est très bien parfait. Redressez vous, regardez autour il y a des vivants.
– Oui je les vois mais voyez vous on dirait qu’ils tournent en rond.
– Non l’ami ils ne tournent pas en rond, ils dansent. C’est tout.

Le ciel ?
Bleu, dites-vous ?
Un instant, je vous prie :
Je lève les yeux…
Silence…
Je cherche les mots :
Des beaux, des doux,
Des qui font du bien.
Où sont-ils ?
Perdus ?
Abîmés, oubliés, échappés,
Sur ma marge rouge
Un ou deux,
Se sont posés.
Regarde :
Ville brille et brûle.
Entends son chant fauve,
Voix brisée aux éclats de nuit
Elle les a attrapés.
Revenez, gémit-elle.
Je vous en prie,
Prenez ma main…
Allons,
Doucement,
Nous serons si bien.
A deux,
Il est déjà demain…

Au fond de mes poches,
Quelques miettes de ciel.
Dans le creux de ma paume pressée,
J’ai pris quelques cailloux mauves.
En riant les ai semés.
Une à une, bulles légères
Sautillent, pétillent
Dans long couloir sans écume
Foule sans sillage,
N’entend pas le chant du large.

Le jour se lève me dites-vous ?
Était-il donc endormi ?
Comment ?
Assoupi, simplement…
Tiens donc…
Étrange, n’est-ce pas ?
Je n’ai rien vu.
J’ai cherché, vous dis-je.
J’ai cherché sans un bruit,
Me perdant
Jusqu’aux bords mauves
De votre trop longue nuit
Et ne l’ai point rencontré.
Vous doutez ?
C’est tant pis :
Je n’irai plus déranger
Les belles couleurs de votre ennui…

C’était l’heure des sans amis
Penché vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rêvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rêvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marché jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle était là
Seule et perdue
Vêtue d’une longue trainée de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventées
Je t’avais inventé

On a tous un rêve de flaques
Longue et large
Petite mer des belles amitiés
Comme l’enfant insouciant
Au rire parfum d’océan
Les deux pieds joints
Tu sautes avec la jolie joie
Oui celle qui éclabousse
On rit on pleure
Il pleut on s’ébroue
Gouttes de pluie perlent de lui
Larmes salées parlent d’une si belle
Et je sème une suite de cailloux
Pour nos lendemains un peu fous

J’ai plongé la main,
Dans le fond mauve de ma poche à sourires.
Il y restait quelques miettes d’air marin ;
Dans le doux creux de ma paume de cire
J’entends, elles chuchotent un chant câlin.
Ô si beaux ces mots loin du pire.
Lavés, salés, à ma bouche les ai portés, comme le bon pain.
Les yeux j’ai fermés : la mer est entrée, elle a tant à me dire…

Dans l’erreur de déclenchement
Parfois l’incompréhensible beauté
Clin d’œil du hasard
Habillé de rien
Sorti d’un nulle part
Où le gris invite les mauves oubliés
A valser au son d’une fanfare de cuivres fous
Je sais des matins aux rires retenus
Qui attendent qu’on ne leur dise rien

Lorsque j’écris, sur le papier, avec un stylo-bille des plus commun, je ressens très fort la sensation de l’écriture. C’est un acte physique, qui laisse des traces. Et je me souviens alors de cette toute première phrase que j’avais écrite il y a quarante six ans lorsque je décidai d’écrire un roman, mon premier roman, première pierre d’un chantier qui ne s’est jamais fermé, même dans les pires moments, ceux où l’inspiration est ballottée dans les intempéries de la vie.
Je me souviens, j’avais 19 ans et j’écrivais : « J’ai la tête qui bourdonne, les mains moites. Mes jointures gardent en mémoire les arêtes du stylo. »
En ce moment, presque tous les soirs mes doigts gardent en mémoire les arêtes de mon stylo.

Non ne lève pas les yeux
Ils te fabriquent du demain noir
Oiseaux lourds
Accrochés aux branches maigres et nues
D’un arbre qui attend un bel envol bleu

Écoutez peuple des riants
C’est la marée lasse du soir tombant
Partout le bruit des roulettes
Sur le chemin des partants
On se presse on s’attend on s’éprend
Ils sont loins nos beaux rires d’enfants

Il arrive que le temps soit à la contemplation
Simple inattendue fraîche
Elle débarque sans crier sur les rives des matins communs
Et les soupirs de l’impatience sont apaisés

Fin du jour
Lumière bleue métallique
Dans l’angle lourd
Pâle envie d’Amérique
Bouillon de silences
Traîne un sac à mots rances
Brouillon de rimes en fête
Entends les cris qu’on répète
Au bord du soir chante danse espère
Et grincent grands oiseaux de fer

Traverser en douceur les épaisseurs de l’attente
Respirer les bras ballants ce bel air apaisé
Mes rêves pour demain sont en sursis
Un souffle d’enfance soudain a sautillé
Espoir en garde à vue qui s’étire

Regarde
Oh oui regarde
Lève les yeux
Oublie
L’ombre épaisse des mauvais rêves
De tes nuits agitées
Glisse
Penche-toi en riant
A la fenêtre des absents
Regarde
Oh oui regarde
La lumière est si belle
Elle s’étire doucement
Entre les tendres bras
Du matin des amants
Ecoute
Oh oui écoute
Tu l’entends te dire
Je t’attends…

Rien ne sort
C’est le calme plat
Pas une rime pas une ride
A la surface d’une mer sans brume
Page blanche
Nuit grise
Demain peut-être

Mémoire rouillée par des rafales de vieux chagrin
Abandonnée à la casse des souvenirs inutiles
Je ne t’ai pas oublié tu verras tu viendras
A la table fleurie de mes rêves pour demain

Je, tu, il, elle, on, vous, ils
Sur la page blanche de mes chaque matin
Je cherche
Je cherche
Qui va parler
A qui m’adresser
Que et quoi vous dire
Ce dont je ne doute pas
C’est le comment
Je choisis dans ma boîte à plumes
La fine et belle encore endormie
Je la lisse et la trempe dans les encres grises
De mes restes de nuit
Entends la qui crisse en glissant
Sur la première ligne de ton jour qui sourit

Face à face
En février, la vie était à l’arrêt.
Les oiseaux volaient à contrecœur et l’âme
raclait le paysage comme un bateau
se frotte au ponton où on l’a amarré.
Les arbres avaient tourné le dos de ce côté.
L’épaisseur de la neige se mesurait aux herbes mortes.
Les traces de pas vieillissaient sur les congères.
Et sous une bâche, le verbe s’étiolait.
Un jour, quelque chose s’approcha de la fenêtre;
Le travail s’arrêta, je levai le regard.
Les couleurs irradiaient. Tout se retournait.
Nous bondîmes l’un vers l’autre, le sol et moi.
Je republie quelques unes de mes « tribunes » sur le thème de la norme et la beauté…

Où l’on découvre que norme et beauté ont parfois un peu de mal à s’entendre, à se comprendre. Aujourd’hui nous retrouvons une norme « étonnée » pour ne pas dire irritée. Elle a convoqué une beauté libérée et l’interroge sur ses mauvaises fréquentations.
Norme : Que fais-tu ici ? Regarde autour de toi, ouvre les yeux, tu le vois bien, ici il n’y a rien que tu puisses regarder.
Beauté : Ce que je fais ici ? Mais je ne fais rien, je suis, je sens, je ressens. Et toi tu ne vois rien ? Ici je suis bien, ici je suis invitée. Alors tu vois, même pour quelques instants je vais m’installer…
Norme : Invitée ? Invitée ? Toi la beauté ? Mais regarde, ici tout est laid, qui t’aurait donc invité ?
Beauté : Du laid, du laid ? Suis-je à ce point aveuglée, que je n’ai rien vu de tout ce laid que tu as décidé de m’inventer. Moi je n’ai rien vu, et ici, tout, oui tout me plait. Toi tu restes enfermée entre les murs lisses de tes lignes droites. Regarde la douceur de ces courbes, c’est si simple, ici je suis bien.
Norme : Tu n’as rien vu et moi je n’ai rien su. Tu le sais, tu ne peux l’ignorer, jamais tu ne dois distribuer de la beauté sans que j’en sois informée. La beauté m’appartient, tu n’es que messagère.
Beauté : Oui je le sais, et je l’ai voulu, je suis venu et je ne t’ai rien dit. Peut-être pour que tu ne puisses rien abîmer. Ici vit un gris, un si beau gris oublié, il s’est souvenu de qui il était, alors il m’a appelé et sans hésiter je suis venue.
Norme : Un gris oublié ? Mais tu t’égares ma pauvre beauté. Regarde autour de toi, regarde ce que je vois, ce n’est que du terne, avec un gris qui nous désespère. Ici tout est sale, et si plein de triste.
Beauté : Mais ce que tu vois, ma pauvre, ce n’est que ce que tu crois. Ouvre les portes, aère-toi, regarde avec l’arrière de tes yeux et alors tu comprendras.
Norme : Cela suffit ! Je te le rappelle une dernière fois, tu ne peux pas décider n’importe quoi. Remballe tes couleurs, range ton gris oublié et rentre chez toi.
Beauté : Moi tu vois, c’est ce qui me plait, ici. A cette table je me sens vivante. Ici tout est riant. Regarde, ouvre-toi, tout est surprenant. Ici personne ne m’attend.
Norme : Je veux bien, mais juste quelques instants, je ne veux pas d’incidents

Dans le vide de mes mémoires enfouies
Parfois le frisson d’une ride
Grossie au souffle des rires d’hier
Je pose le lourd bagage d’une nuit de grises vagues
Des angoisses gravées à l’épaisse lame
De la peur attendent dans la longue plaine
De l’homme seul à la tête baissée
J’arrive au carrefour de ces souvenirs
Aux douces couleurs qui caressent
J’hésite un instant
Mon regard cherche le chemin de l’apaisant
Je le vois il est là
Au pied de cet autre matin impatient

Dans le décharnement solitaire
De l’arbre contraint à la nudité automnale
Il y a toute la violence d’une lente agonie
Comme un cri de douleur retenue
Comme un cri de couleur disparue
La sève figée entre les maigres bras
D’une brume fragile
Attend des demains
Paisibles et fleuris

Non ne lève pas les yeux
Ils te fabriquent du demain noir
Oiseaux lourds
Accrochés aux branches maigres et nues
D’un arbre qui attend un bel envol bleu

J’ai toujours beaucoup aimé que les angles puissent être ronds. Histoire qu’une fois au moins dans sa triste et droite vie aux figures imposées la géométrie se permette un rond de jambe, ou mieux encore une pirouette. Une belle et ronde pirouette. Ce serait chouette d’étudier la pirouette, d’en connaître toutes les formules, celle du périmètre, de la surface.
Mais revenons à notre angle qui défie par son rondeur la sévérité pointue de toutes les équerres. Il s’en moque et il est même fier tous les matins de me proposer de suivre le chemin qu’il me propose, tout en douceur.
Et par dessus tout il y a ces fameux angles morts qu’on vous signale, on vous met en garde : « attention aux angles morts ». Je me questionne, mais de quoi sont-ils morts, qui sont les vils auteurs de ce crime géométrique ? Et s’ils sont morts, ils ne sont plus, ils n’existent pas alors pourquoi nous dire de faire attention, que nous réserve t’ils ?
Mystère…

C’est un matin barbouillé
Repue d’un lourd gris huilé
La nuit mauvaise s’est retirée
La lumière à marée basse oubliée
Nous attend entre les plis du ciel froissé
Lumière est à marée basse

Trou de lumière
Pour nuit au souffre court
Larmes d’un fade soir à éviter
Une à une sur une paupière fatiguée
Perles de rire se sont enroulées

Le jour se lève me dites-vous ?
Était-il donc endormi ?
Comment ?
Assoupi, simplement…
Tiens donc…
Étrange, n’est-ce pas ?
Je n’ai rien vu.
J’ai cherché, vous dis-je.
J’ai cherché sans un bruit,
Me perdant
Jusqu’aux bords mauves
De votre trop longue nuit
Et ne l’ai point rencontré.
Vous doutez ?
C’est tant pis :
Je n’irai plus déranger
Les belles couleurs de votre ennui…

Il y a parfois un oiseau dans ma tête,
Un oiseau aux mille couleurs qui étouffent le gris de mes yeux,
Un oiseau qui plane au-dessus des plaines de ma mémoire.
Au matin levant, il frémit des ailes.
Les perles de rosée glissent sur la plume dorée,
Tout doucement la nuit s’est effacée.
L’oiseau dans ma tête a chanté.
Il est l’heure de réveiller les couleurs.
Au bout de mes yeux la lumière s’est étirée.
Au bord de mes yeux quelques larmes de beauté.
C’est un matin sans saison, le froid ne pique pas
Il est une caresse souriante qui imite la douce fraicheur.
Ce matin j’ai un oiseau dans la tête,
Tout doucement de la plume de mes mains

Quand vient le soir,
Quand tombent les premières gouttes de nuit.
Quand les fenêtres se ferment,
Quand les regards se taisent,
Quand les mots se font rares et lents,
Alors,
Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué,
Et sur les façades à la blancheur inventée
On aperçoit quelques trous de lumière.
Entends-les, ils scintillent,
Entends-les, ils t’invitent à rentrer.

Fantastique
Le mot est là
Somnambule
Depuis six mois
Tout se remonte
Mécanique
Existante
Absolue
Pour la noirceur
D’une virginité
Epuisée
De son silence
De papier
Aligné

Lorsque l’attente frise le bitume
J’entends la lame bleue des impatiences
Qui s’aiguise à la pierre de ton regard
Il n’est jamais loin le doux froissement
Des étoffes de nos embrassades
Tout est dans le presque fini
Il me reste à refermer l’angle de nos peurs

Le monde est à terre.
Pâle d’ennui,
Il chante à mots bas.
Entends ce long murmure,
Dans le souffle de mes bras.
Il s’étire jusqu’à demain.
Enroulés dans un lourd drap de brume,
Nos enfants chagrins
Pleurent au large.
Leurs cris se glissent.
Entre les plis de ton visage…

Samedi ? Et bien, c’est dit, je m’accorde une pause en prose. Oui bien sûr, vous me direz que peu de différences vous ne voyez, si ce n’est la modeste preuve de ma paresse, à pêcher de la rime au bout de ma ligne. C’est vrai, j’en conviens il est des jours, comme celui-ci, ou rien ne mord. Dans ma boîte à appâts j’avais ce matin, un bel échantillon : des illes, des ouches, des oules, des oins, et bien d’autres « queues de vers » toutes bien fraîches, prêtes pour la pêche du samedi. Je les ai préparées, et à mon hameçon les ai accrochées. Une première j’ai lancée. Au passage, j’avoue être assez fier du rond dans l’eau, bien plus réussi qu’un rondeau.
J’ai ensuite choisi d’appâter avec une ille, car mon intention était de prendre du gros. Du gros mot évidemment ! Ciel, ça mord ! Vite, je mouline ! Déception, pas de bille, ni de quille, encore mois de grille. Autant vous dire que j’ai tenté avec une ouche, une oule, et même un petit oin et au bout de la ligne : rien ! Oh tant pis, me dis-je, c’est samedi, je fais une pause. Point à la ligne…

Pour le vendredi,
Une recette osée je vous ai préparée.
Une marmite à mots,
Sur le feu j’ai posé,
Quelques mots piquants,
Dans son fond beurré,
Doucement j’ai fait revenir,
Une fois dorés
Le feu j’ai baissé.
Hum….
Ça grésille,
Ça pétille,
Ça frétille,
Les mots sont à points,
C’est le moment,
Il faut pimenter…
Pour commencer :
Un souffle de vent,
Trois pincées de brumes,
Et bien sûr, j’allais l’oublier :
Un chant d’oiseau…
Fou l’oiseau,
De préférence évidemment…
Remuez délicatement…
Ne brusquez pas les mots,
Soyez prudent, je vous en prie…
Fermez les yeux,
Sentez,
Ouvrez les yeux,
Ressentez.
Rien ne monte ?
Tout est plat ?
Allez, on y va !
C’est vendredi,
Il faut oser.
Arrosez le tout,
De ce doux vin mauve
Que vous gardez en réserve
Depuis lundi.
Et,
Laissez mijoter…
Jusqu’au samedi…

J’absorbe une tâche d’ennui
Avec l’épais buvard d’un début de nuit
Dans la marge un début de cri
Et toi tu n’entends rien
Inlassablement tu écris

Non, non, pitié,
Pas aujourd’hui,
Je vous en supplie,
Mon rire s’est enfui.
Pas de jeu de mots,
Pas de rimes en i.
N’insistez pas, je vous le dis.
Comment ?
Dommage, me dites-vous ?
Vous aviez de bons mots ?
Et bien tant pis,
Je cède, allons-y !
Je n’en prendrai qu’un :
Je le veux bref et poli.
En avant mon ami,
Je suis tout ouïe.
Par quoi commencerez-vous ?
Comment par i ?
Paris ?
Malheur,
C’est bien ce que je dis,
Comment, que me dites-vous ?
Ce que je dis ?
Ce que je dis,
C’est jeudi…
Vivement vendredi…

Dans l’étirement des bras de plomb
Vers un bleu de ciel privé d’horizon
J’attends un zeste de souffle marin
Dans le vide rien de ce pauvre matin

Souviens-toi passager,
Souviens-toi,
C’est un mardi,
Un petit mardi
Aux bords affaissés.
Tout va si vite,
Tant de terres traversées
Tant de terres séparées…
Souviens-toi,
Derrière la vitre,
C’est un homme qui pleure,
Personne ne le voit.
Chacun est à son clic,
Les larmes ne s’affichent pas.
L’homme regarde le monde,
Les autres ne le voient pas,
Rides sur le front,
Ils habitent le monde numérique.
L’homme pleure le monde perdu,
Son monde frissonne et boite bas.

L’usine a fermé,
Pas un homme pour cisailler l’épaisseur du silence
Pas un homme pour entailler la longue surface de gris
La broussaille avance, les cheminées ne rêvent plus
D’atteindre de leurs soupirs métalliques un ciel au bleu oublié
Le monstre s’est affalé, les cris sont avalés
Ne reste plus qu’une odeur de terre
Une odeur de terre orpheline des fers qui l’ont abîmée
Muette de la rouille qui la faisait chanter
Ne reste plus qu’un chant d’oiseau, c’est beau
Ne reste plus qu’un soupir de trop

C’est un matin au froid qui frise
Feuilles frétillantes
Feuilles frissonnantes
Chant du gel matin
Les rires tremblent
Je les entends
Si loin

Le ciel ne trouve pas d’issue
Dans l’aurore aux heures glacées
Il cherche un chemin vers les rondes lumières
Tout est si loin dans sa mémoire brûlée

Sur le cadran mou de mes heures englouties
Je fixe d’un œil qui plisse
Les traces floues de flèches qui filent
La jeunesse rêche des années enfouies
Derrière la lourde porte de mes vagues écrits
J’entends l’amer papier nuit
Qui se froisse dans le vent des soudains

Il m’arrive assez régulièrement de dire, de me dire, que ce monde est devenu fou, qu’il ne tourne pas rond. Et je regrette immédiatement mon propos et j’en viens même à m’excuser auprès de ce monde qui continue à tourner invariablement sur lui-même. Et je plonge alors dans une réflexion sur le sens qu’ont les mots et celui qu’on leur donne. De quoi parle t’on lorsqu’on parle du monde : de la terre, de cette planète qui nous abrite et qui convenons-en est ronde ou tout au moins sphérique? Oui elle est sphérique, c’est plutôt une boule. Mais on préfère quand même dire que la terre est ronde. Ce n’est pas grave, et oui n’en déplaise aux infâmes bigots et complotistes : la terre est ronde et elle tourne sur elle-même.
On appelle cela une révolution…Tiens donc, il faudra que je me penche sur ces révolutions qui durent depuis plusieurs milliards d’années…Mais revenons à ce monde qui ne tourne pas rond…Peut-être, finalement que lorsque je parle du monde il s’agit de celles et ceux qui vivent sur cette terre. Quand il n’y a personne on se contente de dire qu’il n’y a personne et plus ces personnes remplissent ce qu’on croit être le vide de cette terre plus on dit qu’il y a du monde…Et quand il y a beaucoup de monde, voire trop on ressent vite que tout cela ne tourne pas bien rond…Que font-ils, que disent-ils, où vont-ils ? Je n’en sais rien. Je ne dis rien. Moi aussi je fais, je dis, je vais et surtout je tourne en rond…

Pardonne moi ô mer oubliée
Pardonne moi il est long et gris
Ce temps abandonné aux vagues ennuis
Tu es là rassure-toi
Rime sableuse de mes insomnies
J’entends ton roulis
Dans le creux de mes houles nocturnes
Il ondule et glisse en sifflant
Ne crains rien tu sais je t’entends
Le chant mauve de ton écume
Se pose doucement sur la tendre plaine de mes encres apaisées

Fracture du soleil
Hier j’épousai le vaisseau neuf
seconde après seconde
fracture du soleil
nous armés de poinçons
faisions de petits trous dans la mer
aux longues lieues
comme des virgules.
Aujourd’hui les galets au coeur
j’étincelle
quelle veine à mon poignet
bat
et
le rejoindra ?
« Les fenêtres bleues »

Écoutez peuple des riants
C’est la marée lasse du soir tombant
Partout le bruit des roulettes
Sur le chemin des partants
On se presse on s’attend on s’éprend
Ils sont loins nos beaux rires d’enfants

Ce qui est triste et surtout dangereux dans ce monde qui n’est déjà plus celui du demain mais celui du jamais c’est qu’on ne parle plus, on ne se parle plus.
On ne se parle plus parce qu’on ne sait plus on ne veut plus s’écouter. Les mots qui sortent de votre bouche et qui essaient alors avec cette fière humilité de s’assembler pour former une pensée, de formuler un avis, un point de vue voire même d’exprimer une conviction ne sont plus écoutés, ils sont simplement entendus comme un bruit de plus dans cette monstrueuse cacophonie médiatique.
Ils sont alors immédiatement passés au gros tamis des réactions claniques qui s’estiment supérieures parce qu’elles sont persuadées d’être nourries d’idéologies qui ne sont rien d’autres que des dogmes.
On ne cherche pas qui tu es lorsque tu parles mais on s’intéresse à ce que tu es pour t’enfermer dans une cage ou une pensée différente devient la preuve d’une trahison. On cherche à te dire à qui tu appartiens où à qui tu dois désormais appartenir. C’est ainsi qu’aujourd’hui se construit le soit disant débat politique. Lorsque je formule des idées lorsque j’exprime des convictions que j’ai pris le temps de construire avec exigence et respect je suis immédiatement renvoyé dans des périmètres idéologiques que je combat pourtant de la même manière depuis toujours. C’est par exemple ce qui se produit lorsque je parle de ma vision de la laïcité.
En conséquence et ce post est une rare exception je me tais et je m’épanouis dans l’expression poétique qui pour quelques temps est préservée…

Courbé, visage fermé
Je portais encore sur les épaules rentrées
L’infâme poids d’une nuit
Au sommeil délabré
Impatient, le pas traînant
J’ai tiré le long rideau de ma lourde insomnie
Le beau matin est arrivé
Dans un fragile bleuté
De bords mauves éclairés

C’est dimanche soir.
Il me faut chercher une rime en oir.
Noir, espoir, devoir, lavoir, isoloir ?
Non, ce soir ces oir ne me vont pas…
Alors, euh,
Oui euh, c’est cela ajoute un e !
Poire, foire, armoire, baignoire, bouilloire ?
J’essaie…
Rien ne va, je jette le manche.
C’est un dimanche qui je le crois rime en anche ;
Avalanche, branche, tranche, revanche ?
Ça marche !
Ô quelle belle tranche de dimanche,
Tout me branche,
Il est l’heure blanche,
Celle où je prends ma revanche !
Bof, je trouve que c’est mal emmanché
Cette histoire de rimes ;
Vivement lundi…

Dans ma boîte à mots
Je prends une lettre
Belle, ronde, légère.
La pose sur une feuille
Que le vent a oublié.
Soupir,
Une boucle se forme
La lettre est fermée.
Seule, elle s’ennuie.
Lettre te réclame un ami.
Regarde !
Lui dis-tu,
Prends ce mot
Il est à toi, il t’attend,
Il sourit.
Heureuse,
Lettre E s’est approchée
Contre lui s’est adossé
Des mots doux lui a murmuré,
Dans un cours E s’est invité
Dans ma boîte à cœurs,
Une lettre j’ai postée…

J’ai sauté l’épais mur des haines communes
Le vert mou d’une prairie m’amortit
Ma main caresse cette terre oubliée
Pas de bruits inutiles
Pas de foule qui souffle sur les braises de nos colères
Ils sont loin les bavardages gluants
Ici tout se sent et s’entend
Tout se tait
On se regarde étonnés
On écoute apaisés
C’est fini tout est oublié
4 janvier

Amies et amis poètes, je vous souhaite, je nous souhaite une belle année poétique, pleine de rimes, de rires, de mots doux et tendres, d’espiègles virgules, d’accents graves et doux. A nous toutes et tous, apaisons ce monde morose, à nous tous dessinons des sourires radieux…

Dans l’étirement des bras de plomb
Vers un bleu de ciel privé d’horizon
J’attends un zeste de souffle marin
Dans le vide rien de ce pauvre matin

J’arrache un à un des pétales de rire à la fleur grise de mes angoisses
Les vents mauvais s’écrasent sur les digues de mémoires effacées
J’ouvre grand les bras aux passeurs de sourire
Les regards coupants s’épuisent sur les angles ronds des murmures disparus
J’entends la caresse d’un refrain aux douces rimes retrouvées

L’air est si vif et coupant
Il crisse en glissant
Sur peaux raides et sêches,
S’accroche au sol gisant,
S’infiltre en soufflant,
Chasse sur les terres
Depuis hier abandonnées
Du bel été envolé.
Rides de la terre écartelées
Bardées de blanc
Se sont figées.
De vagues en vagues,
Le champ a ondulé
Longues franges gelées
Herbes folles ont avalé.
Armé d’une douce poudre blanche
Hiver a explosé

Chaque soir à la tombée des basses heures
Je reprends la mer sur mon navire d’acier
Dans le sillage de mes pensées du jour
Frétille une mousse de mots légers
J’entends le cri riant d’une mouette oubliée
Il est l’heure du vent dormant

J’arrache un à un des pétales de rire à la fleur grise de mes angoisses
Les vents mauvais s’écrasent sur les digues de mémoires effacées
J’ouvre grand les bras aux passeurs de sourire
Les regards coupants s’épuisent sur les angles ronds des murmures disparus
J’entends la caresse d’un refrain aux douces rimes retrouvées

Je vous en prie chers amis, faites, faites
Oui c’est cela faites donc
Puisqu’il est dit que c’est jour de fête
Je le sais vous aimez faire la fête
Mais au fait
Quand vous serez parvenu au faîte
Que d’en haut vous nous regarderez
Je vous en prie restez en aux faits
Et alors peut-être ce sera la fête
25.12.2025

C’est dit, c’est décidé, il le faut, vous le voulez, vous devez parler ! Oui c’est cela, pas de doute, il faut que vous vous exprimiez, vous le ressentez. C’est très fort, presque un réflexe. Il faut que cela sorte ! C’est bien, c’est normal… Mais attention au mauvais réflexe ! Il peut conduire à une fausse route…
Voici donc quelques conseils.
Avant tout, il faut que vous respiriez, que vous ressentiez, que vous réfléchissiez. Ceci fait, vous descendrez tranquillement dans votre réserve à mots. Vous seul connaissez le chemin qui y conduit. Et là, attention, vous entrez sans frapper ! Pas de cris, pas de brusque lumière. Un mot qu’on surprend est un mot qui bondit, qui rugit. Un réveil brutal et il vous saute à la gorge.
Finies les courbes qui ondulent, oubliées les rondes voyelles. Le mot mal choisi est aigre, et coupant.
Entrez, éveillez chacun avec le ton qui lui convient. Et surtout, surtout, pensez à ce que vous vouliez dire, à ce que vous souhaiteriez partager. Attention, il ne faut pas vous précipiter. Comparez, et si vous le pouvez : goûtez ! Il faut que l’accord soit parfait.
Votre casier à mots ainsi garni de bons et beaux mots, refermez (toujours sans claquer la porte ), remontez, et bien sûr dégustez.

Au bout du couloir bleu de la folle nuit
D’un oiseau heureux
S’ouvre la brume porte
D’une cage plume
Aux chants graves des rêves qui grincent
On accroche la douce caresse
De l’aile mauve d’une mésange joyeuse
Entends la mélodie qui glisse et chuinte
Elle te racontre la belle histoire
Des matins qui pépillent…
23.12.2025

Nous ne sommes pas rentrés tout de suite, nous avons marché dans les rues. Même la grande rue, d’habitude si droite, si austère s’est sentie obligée de composer avec les courbes harmonieuses que décrivait notre amour retrouvé. Nous nous sentions fous, nous nous sentions vrais, comme si nous étions les explorateurs d’un premier pays. La ville nous entourait, comme un relief involontaire. Nous la forcions à s’habituer à nous. De toutes ces avenues rectilignes, nous faisions des chemins, des rivières. Les gens qui nous croisaient, nous les épinglions à notre tableau de chasse de la tendresse. La ville avait disparu, elle était entrée dans notre déclinaison de bonheur.
Je ne pourrais pas raconter ces deux jours. Il n’y a pas encore de mots suffisamment affranchis de leurs lourdeurs grammaticales pour mériter de figurer en bonne place dans le compte rendu de ces émotions. Lorsqu’elle est repartie à la fin de ce week‑end, j’étais heureux, j’avais hâte de me retrouver seul pour jouir égoïstement de chacun de nos souvenirs. Tout s’était enchaîné si intensément, violemment presque, que j’en étais essoufflé. J’avais besoin de tout relire, de m’imprégner plusieurs fois des plus belles pages que nous avions écrites. Je ne lui ai pas parlé de mes angoisses. Elle ne m’a pas parlé de son soleil. Nous nous sommes contentés de nous-mêmes et nous sommes aperçus que c’était déjà beaucoup.
Pendant quelques temps nos week‑end se sont succédé comme s’ils étaient plus nombreux. Les semaines n’étaient même pas de simples parenthèses, elles n’étaient plus que les inspirations obligées que nous prenions avant notre remontée à la surface. Héléna me paraissait de plus en plus proche de moi. Je voyais en elle tout ce dont je m’étais persuadé au cours de mes brèves accalmies optimistes. Je m’efforçais de l’apprendre par cœur chaque fin de dimanche pour me la réciter au cours de mes nuits solitaires. Mais je me plaisais à oublier un peu d’elle, pour la redécouvrir avec passion à chacun de ses retours. Je lui parlais de plus en plus, avec douceur, avec lenteur. Sa personne flottait toujours en moi, comme une présence discrète et de plus en plus indispensable. Tout était si nouveau, tout était si simple. Nous sommes presque arrivés au bout de notre parcours. Héléna pourra bientôt revenir dans la région. Elle a fait ses preuves et n’aurait pas de mal à obtenir une nouvelle mutation. Il ne nous reste plus que deux ou trois week‑end et nous serons à nouveau ensemble, à plein poumon. Aujourd’hui, Héléna est bizarre, sa présence ne paraît pas être totale. Il y a dans le balancement de ses regards une espèce d’aller retour vers un ailleurs dont j’essaie de supprimer l’apparence géographique. Je ne suis pas inquiet, je me dis qu’elle est en train de réaliser que bientôt nous n’aurons plus besoin de ce quai de gare.

Dans le peuple de l’aube
Pas un qui ne bouge
Sur la table basse
De la nuit qui s’achève
Quelques restes de silence
Une odeur de café
Charme les papilles endormies
Battement d’ailes
Les paupières s’étirent
C’est un matin qui sourit

L’heure est grasse me dites-vous
Il est bien tard pour un fendeur d’aurores
Ne cherchez pas l’excuse du mauvais réveil
Vous dormiez voilà tout…

J’ai soudain faim
Je coupe une belle tranche de rire
Dans une tourte à la croûte chatouilleuse
Je croque et craque
Le chant doux de la mie
Glisse dans le creux de mon oreille
Une rime à la miette dorée

J’aime le sifflement qu’invente au matin le silence rompu
Ce matin la feuille est d’une blancheur maladive
Je pose la paume de mes mains sur la plage de papier
Je sens sous mes doigts engourdis
Le grincement de mots aux rimes endormies

J’ai posé le pied sur une terre inconnue
Les rires sont longs
Les peurs sont blanches
Les aubes grises ouvrent un oeil mauve
C’est le chant bleu
De mon soleil heureux

Héléna, cette nuit notre rêve était si beau. Héléna, tu es venue un matin, c’était dans mon rêve mais je m’en souviens, je te sens encore tout près, t’es venue un matin, t’as ouvert ma porte et tu m’as dit : « je viens te chercher, on va partir, on va s’aimer tous les deux ». Tu avais une voiture, on est monté en souriant, et tu as démarré. Tu as dit que tu voulais voir la mer, celle d’en haut quand on est dans la montagne, quand on s’aime en fermant les yeux et qu’on l’entend bouger tout en bas.
On a roulé jusqu’au sommet, la voiture glissait. Au bord, des deux côtés de la route il avait des sapins. Des grands, des bien droits, de ceux qu’on prenait pour faire les mâts des bateaux. Les bateaux qui vont sur la mer. La mer dans mon rêve, on l’entend, elle passe par les vitres, et il y a le vent qui cherche à nous effrayer. On s’est arrêter une première fois. Pour écouter, pour regarder. On a fait quelques pas sur la route et on se tient par la main pour ne rien se dire, parce que nos doigts se parlent, parce qu’on est bien. On est au milieu d’une clairière, la clairière du poète et tout autour il y la forêt qui fait semblant d’avancer. L’herbe est fraîche, elle sent bon, comme tes cheveux, comme cette peau qui t’entoure, qui t’enveloppe. Elle sent bon comme le creux de ton épaule. On s’est assis et tu m’as embrassé.
Héléna notre rêve était si beau, cette nuit je t’aimais. Cette nuit je te caressais les cuisses, je les effleurais, comme l’herbe qui nous entoure. Tu as un peu froid et je sens ta peau qui se crispe. Je te serre contre moi, je sens tes mains qui m’irriguent la nuque. Ton corps est étendu, il fait un peu frais et je ne te déshabille pas. Il me suffit de te regarder. Je n’en peux plus de me remplir les yeux de ta beauté. Je m’en veux de ne pas pouvoir tout retenir. La nuit est si courte Héléna et notre rêve est si beau.

Une belle et ronde marmite vous choisirez
Sur le bord d’une fenêtre
Tournée vers l’ouest
Délicatement vous la poserez
Vous l’oublierez
Vous rêverez
Quand le silence aura mijoté
Débordé
Vous la retrouverez
La ramènerez
Sur le feu doux et impatient
Quelques mots doux et sucrés
Vous aurez épelés
Au fond de la casserole vous les jetterez
Votre bouquet de rimes épicées
Vous ajouterez
Couvrez
Chantez
Salez
Sautez
Et pour finir
Servez
Oui j’allais oublier
D’un vin blond au souffle long et coquin
Vous l’arroserez

Quand le soir est aux rides
J’entends le doux grincement
Des restes roux
D’un bel acier trempé

Sur le cadran mou de mes heures englouties
Je fixe d’un œil qui plisse
Les traces floues de flèches qui filent
La jeunesse rêche des années enfouies
Derrière la lourde porte de mes vagues écrits
J’entends l’amer papier nuit
Qui se froisse dans le vent des soudains
Texte extrait du recueil « les mains libres » avec une illustration de Man Ray

L’aventure
Prends garde c’est l’instant où se rompent les digues
C’est l’instant échappé aux processions du temps
Où l’on joue une aurore contre une naissance
Bats la campagne
Comme un éclair
Répands tes mains
Sur un visage sans raison
Connais ce qui n’est pas à ton image
Doute de toi
Connais la terre de ton cœur
Que germe le feu qui te brûle
Que fleurisse ton œil
Lumières.

Écrire une histoire de peu
Avec de l’encre lourde de sens
Demain trace belle à suivre

Il y a un trou de mémoire bleue
Dans le ciel chargé des souvenirs gris
De tous ceux qui furent tant heureux
C’était hier
Oh je le sais
C’est si vieux
Et si peu
Mais ne dis rien je t’en prie
Lève toi et ouvre les yeux