Regarde Oh oui regarde Lève les yeux Oublie L’ombre épaisse des mauvais rêves De tes nuits agitées Glisse Penche-toi en riant A la fenêtre des absents Regarde Oh oui regarde La lumière est si belle Elle s’étire doucement Entre les tendres bras Du matin des amants Ecoute Oh oui écoute Tu l’entends te dire Je t’attends…
Je republie quelques unes de mes « tribunes » sur le thème de la norme et la beauté…
Où l’on découvre que norme et beauté ont parfois un peu de mal à s’entendre, à se comprendre. Aujourd’hui nous retrouvons une norme « étonnée » pour ne pas dire irritée. Elle a convoqué une beauté libérée et l’interroge sur ses mauvaises fréquentations.
Norme : Que fais-tu ici ? Regarde autour de toi, ouvre les yeux, tu le vois bien, ici il n’y a rien que tu puisses regarder.
Beauté : Ce que je fais ici ? Mais je ne fais rien, je suis, je sens, je ressens. Et toi tu ne vois rien ? Ici je suis bien, ici je suis invitée. Alors tu vois, même pour quelques instants je vais m’installer…
Norme : Invitée ? Invitée ? Toi la beauté ? Mais regarde, ici tout est laid, qui t’aurait donc invité ?
Beauté : Du laid, du laid ? Suis-je à ce point aveuglée, que je n’ai rien vu de tout ce laid que tu as décidé de m’inventer. Moi je n’ai rien vu, et ici, tout, oui tout me plait. Toi tu restes enfermée entre les murs lisses de tes lignes droites. Regarde la douceur de ces courbes, c’est si simple, ici je suis bien.
Norme : Tu n’as rien vu et moi je n’ai rien su. Tu le sais, tu ne peux l’ignorer, jamais tu ne dois distribuer de la beauté sans que j’en sois informée. La beauté m’appartient, tu n’es que messagère.
Beauté : Oui je le sais, et je l’ai voulu, je suis venu et je ne t’ai rien dit. Peut-être pour que tu ne puisses rien abîmer. Ici vit un gris, un si beau gris oublié, il s’est souvenu de qui il était, alors il m’a appelé et sans hésiter je suis venue.
Norme : Un gris oublié ? Mais tu t’égares ma pauvre beauté. Regarde autour de toi, regarde ce que je vois, ce n’est que du terne, avec un gris qui nous désespère. Ici tout est sale, et si plein de triste.
Beauté : Mais ce que tu vois, ma pauvre, ce n’est que ce que tu crois. Ouvre les portes, aère-toi, regarde avec l’arrière de tes yeux et alors tu comprendras.
Norme : Cela suffit ! Je te le rappelle une dernière fois, tu ne peux pas décider n’importe quoi. Remballe tes couleurs, range ton gris oublié et rentre chez toi.
Beauté : Moi tu vois, c’est ce qui me plait, ici. A cette table je me sens vivante. Ici tout est riant. Regarde, ouvre-toi, tout est surprenant. Ici personne ne m’attend.
Norme : Je veux bien, mais juste quelques instants, je ne veux pas d’incidents
J’ai toujours beaucoup aimé que les angles puissent être ronds. Histoire qu’une fois au moins dans sa triste et droite vie aux figures imposées la géométrie se permette un rond de jambe, ou mieux encore une pirouette. Une belle et ronde pirouette. Ce serait chouette d’étudier la pirouette, d’en connaître toutes les formules, celle du périmètre, de la surface.
Mais revenons à notre angle qui défie par son rondeur la sévérité pointue de toutes les équerres. Il s’en moque et il est même fier tous les matins de me proposer de suivre le chemin qu’il me propose, tout en douceur.
Et par dessus tout il y a ces fameux angles morts qu’on vous signale, on vous met en garde : « attention aux angles morts ». Je me questionne, mais de quoi sont-ils morts, qui sont les vils auteurs de ce crime géométrique ? Et s’ils sont morts, ils ne sont plus, ils n’existent pas alors pourquoi nous dire de faire attention, que nous réserve t’ils ?
Le jour se lève me dites-vous ? Était-il donc endormi ? Comment ? Assoupi, simplement… Tiens donc… Étrange, n’est-ce pas ? Je n’ai rien vu. J’ai cherché, vous dis-je. J’ai cherché sans un bruit, Me perdant Jusqu’aux bords mauves De votre trop longue nuit Et ne l’ai point rencontré. Vous doutez ? C’est tant pis : Je n’irai plus déranger Les belles couleurs de votre ennui…
Il y a parfois un oiseau dans ma tête, Un oiseau aux mille couleurs qui étouffent le gris de mes yeux, Un oiseau qui plane au-dessus des plaines de ma mémoire. Au matin levant, il frémit des ailes. Les perles de rosée glissent sur la plume dorée, Tout doucement la nuit s’est effacée. L’oiseau dans ma tête a chanté. Il est l’heure de réveiller les couleurs. Au bout de mes yeux la lumière s’est étirée. Au bord de mes yeux quelques larmes de beauté. C’est un matin sans saison, le froid ne pique pas Il est une caresse souriante qui imite la douce fraicheur. Ce matin j’ai un oiseau dans la tête, Tout doucement de la plume de mes mains
Quand vient le soir, Quand tombent les premières gouttes de nuit. Quand les fenêtres se ferment, Quand les regards se taisent, Quand les mots se font rares et lents, Alors, Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué, Et sur les façades à la blancheur inventée On aperçoit quelques trous de lumière. Entends-les, ils scintillent, Entends-les, ils t’invitent à rentrer.
Le monde est à terre. Pâle d’ennui, Il chante à mots bas. Entends ce long murmure, Dans le souffle de mes bras. Il s’étire jusqu’à demain. Enroulés dans un lourd drap de brume, Nos enfants chagrins Pleurent au large. Leurs cris se glissent. Entre les plis de ton visage…
Samedi ? Et bien, c’est dit, je m’accorde une pause en prose. Oui bien sûr, vous me direz que peu de différences vous ne voyez, si ce n’est la modeste preuve de ma paresse, à pêcher de la rime au bout de ma ligne. C’est vrai, j’en conviens il est des jours, comme celui-ci, ou rien ne mord. Dans ma boîte à appâts j’avais ce matin, un bel échantillon : des illes, des ouches, des oules, des oins, et bien d’autres « queues de vers » toutes bien fraîches, prêtes pour la pêche du samedi. Je les ai préparées, et à mon hameçon les ai accrochées. Une première j’ai lancée. Au passage, j’avoue être assez fier du rond dans l’eau, bien plus réussi qu’un rondeau.
J’ai ensuite choisi d’appâter avec une ille, car mon intention était de prendre du gros. Du gros mot évidemment ! Ciel, ça mord ! Vite, je mouline ! Déception, pas de bille, ni de quille, encore mois de grille. Autant vous dire que j’ai tenté avec une ouche, une oule, et même un petit oin et au bout de la ligne : rien ! Oh tant pis, me dis-je, c’est samedi, je fais une pause. Point à la ligne…
Pour le vendredi, Une recette osée je vous ai préparée. Une marmite à mots, Sur le feu j’ai posé, Quelques mots piquants, Dans son fond beurré, Doucement j’ai fait revenir, Une fois dorés Le feu j’ai baissé. Hum…. Ça grésille, Ça pétille, Ça frétille, Les mots sont à points, C’est le moment, Il faut pimenter… Pour commencer : Un souffle de vent, Trois pincées de brumes, Et bien sûr, j’allais l’oublier : Un chant d’oiseau… Fou l’oiseau, De préférence évidemment… Remuez délicatement… Ne brusquez pas les mots, Soyez prudent, je vous en prie… Fermez les yeux, Sentez, Ouvrez les yeux, Ressentez. Rien ne monte ? Tout est plat ? Allez, on y va ! C’est vendredi, Il faut oser. Arrosez le tout, De ce doux vin mauve Que vous gardez en réserve Depuis lundi. Et, Laissez mijoter… Jusqu’au samedi…
L’usine a fermé, Pas un homme pour cisailler l’épaisseur du silence Pas un homme pour entailler la longue surface de gris La broussaille avance, les cheminées ne rêvent plus D’atteindre de leurs soupirs métalliques un ciel au bleu oublié Le monstre s’est affalé, les cris sont avalés Ne reste plus qu’une odeur de terre Une odeur de terre orpheline des fers qui l’ont abîmée Muette de la rouille qui la faisait chanter Ne reste plus qu’un chant d’oiseau, c’est beau Ne reste plus qu’un soupir de trop
Il m’arrive assez régulièrement de dire, de me dire, que ce monde est devenu fou, qu’il ne tourne pas rond. Et je regrette immédiatement mon propos et j’en viens même à m’excuser auprès de ce monde qui continue à tourner invariablement sur lui-même. Et je plonge alors dans une réflexion sur le sens qu’ont les mots et celui qu’on leur donne. De quoi parle t’on lorsqu’on parle du monde : de la terre, de cette planète qui nous abrite et qui convenons-en est ronde ou tout au moins sphérique? Oui elle est sphérique, c’est plutôt une boule. Mais on préfère quand même dire que la terre est ronde. Ce n’est pas grave, et oui n’en déplaise aux infâmes bigots et complotistes : la terre est ronde et elle tourne sur elle-même.
On appelle cela une révolution…Tiens donc, il faudra que je me penche sur ces révolutions qui durent depuis plusieurs milliards d’années…Mais revenons à ce monde qui ne tourne pas rond…Peut-être, finalement que lorsque je parle du monde il s’agit de celles et ceux qui vivent sur cette terre. Quand il n’y a personne on se contente de dire qu’il n’y a personne et plus ces personnes remplissent ce qu’on croit être le vide de cette terre plus on dit qu’il y a du monde…Et quand il y a beaucoup de monde, voire trop on ressent vite que tout cela ne tourne pas bien rond…Que font-ils, que disent-ils, où vont-ils ? Je n’en sais rien. Je ne dis rien. Moi aussi je fais, je dis, je vais et surtout je tourne en rond…
Ce qui est triste et surtout dangereux dans ce monde qui n’est déjà plus celui du demain mais celui du jamais c’est qu’on ne parle plus, on ne se parle plus. On ne se parle plus parce qu’on ne sait plus on ne veut plus s’écouter. Les mots qui sortent de votre bouche et qui essaient alors avec cette fière humilité de s’assembler pour former une pensée, de formuler un avis, un point de vue voire même d’exprimer une conviction ne sont plus écoutés, ils sont simplement entendus comme un bruit de plus dans cette monstrueuse cacophonie médiatique. Ils sont alors immédiatement passés au gros tamis des réactions claniques qui s’estiment supérieures parce qu’elles sont persuadées d’être nourries d’idéologies qui ne sont rien d’autres que des dogmes. On ne cherche pas qui tu es lorsque tu parles mais on s’intéresse à ce que tu es pour t’enfermer dans une cage ou une pensée différente devient la preuve d’une trahison. On cherche à te dire à qui tu appartiens où à qui tu dois désormais appartenir. C’est ainsi qu’aujourd’hui se construit le soit disant débat politique. Lorsque je formule des idées lorsque j’exprime des convictions que j’ai pris le temps de construire avec exigence et respect je suis immédiatement renvoyé dans des périmètres idéologiques que je combat pourtant de la même manière depuis toujours. C’est par exemple ce qui se produit lorsque je parle de ma vision de la laïcité. En conséquence et ce post est une rare exception je me tais et je m’épanouis dans l’expression poétique qui pour quelques temps est préservée…
Courbé, visage fermé Je portais encore sur les épaules rentrées L’infâme poids d’une nuit Au sommeil délabré Impatient, le pas traînant J’ai tiré le long rideau de ma lourde insomnie Le beau matin est arrivé Dans un fragile bleuté De bords mauves éclairés
Amies et amis poètes, je vous souhaite, je nous souhaite une belle année poétique, pleine de rimes, de rires, de mots doux et tendres, d’espiègles virgules, d’accents graves et doux. A nous toutes et tous, apaisons ce monde morose, à nous tous dessinons des sourires radieux…
C’est dit, c’est décidé, il le faut, vous le voulez, vous devez parler ! Oui c’est cela, pas de doute, il faut que vous vous exprimiez, vous le ressentez. C’est très fort, presque un réflexe. Il faut que cela sorte ! C’est bien, c’est normal… Mais attention au mauvais réflexe ! Il peut conduire à une fausse route…
Voici donc quelques conseils.
Avant tout, il faut que vous respiriez, que vous ressentiez, que vous réfléchissiez. Ceci fait, vous descendrez tranquillement dans votre réserve à mots. Vous seul connaissez le chemin qui y conduit. Et là, attention, vous entrez sans frapper ! Pas de cris, pas de brusque lumière. Un mot qu’on surprend est un mot qui bondit, qui rugit. Un réveil brutal et il vous saute à la gorge.
Finies les courbes qui ondulent, oubliées les rondes voyelles. Le mot mal choisi est aigre, et coupant.
Entrez, éveillez chacun avec le ton qui lui convient. Et surtout, surtout, pensez à ce que vous vouliez dire, à ce que vous souhaiteriez partager. Attention, il ne faut pas vous précipiter. Comparez, et si vous le pouvez : goûtez ! Il faut que l’accord soit parfait.
Votre casier à mots ainsi garni de bons et beaux mots, refermez (toujours sans claquer la porte ), remontez, et bien sûr dégustez.
Nous ne sommes pas rentrés tout de suite, nous avons marché dans les rues. Même la grande rue, d’habitude si droite, si austère s’est sentie obligée de composer avec les courbes harmonieuses que décrivait notre amour retrouvé. Nous nous sentions fous, nous nous sentions vrais, comme si nous étions les explorateurs d’un premier pays. La ville nous entourait, comme un relief involontaire. Nous la forcions à s’habituer à nous. De toutes ces avenues rectilignes, nous faisions des chemins, des rivières. Les gens qui nous croisaient, nous les épinglions à notre tableau de chasse de la tendresse. La ville avait disparu, elle était entrée dans notre déclinaison de bonheur.
Je ne pourrais pas raconter ces deux jours. Il n’y a pas encore de mots suffisamment affranchis de leurs lourdeurs grammaticales pour mériter de figurer en bonne place dans le compte rendu de ces émotions. Lorsqu’elle est repartie à la fin de ce week‑end, j’étais heureux, j’avais hâte de me retrouver seul pour jouir égoïstement de chacun de nos souvenirs. Tout s’était enchaîné si intensément, violemment presque, que j’en étais essoufflé. J’avais besoin de tout relire, de m’imprégner plusieurs fois des plus belles pages que nous avions écrites. Je ne lui ai pas parlé de mes angoisses. Elle ne m’a pas parlé de son soleil. Nous nous sommes contentés de nous-mêmes et nous sommes aperçus que c’était déjà beaucoup.
Pendant quelques temps nos week‑end se sont succédé comme s’ils étaient plus nombreux. Les semaines n’étaient même pas de simples parenthèses, elles n’étaient plus que les inspirations obligées que nous prenions avant notre remontée à la surface. Héléna me paraissait de plus en plus proche de moi. Je voyais en elle tout ce dont je m’étais persuadé au cours de mes brèves accalmies optimistes. Je m’efforçais de l’apprendre par cœur chaque fin de dimanche pour me la réciter au cours de mes nuits solitaires. Mais je me plaisais à oublier un peu d’elle, pour la redécouvrir avec passion à chacun de ses retours. Je lui parlais de plus en plus, avec douceur, avec lenteur. Sa personne flottait toujours en moi, comme une présence discrète et de plus en plus indispensable. Tout était si nouveau, tout était si simple. Nous sommes presque arrivés au bout de notre parcours. Héléna pourra bientôt revenir dans la région. Elle a fait ses preuves et n’aurait pas de mal à obtenir une nouvelle mutation. Il ne nous reste plus que deux ou trois week‑end et nous serons à nouveau ensemble, à plein poumon. Aujourd’hui, Héléna est bizarre, sa présence ne paraît pas être totale. Il y a dans le balancement de ses regards une espèce d’aller retour vers un ailleurs dont j’essaie de supprimer l’apparence géographique. Je ne suis pas inquiet, je me dis qu’elle est en train de réaliser que bientôt nous n’aurons plus besoin de ce quai de gare.
Héléna, cette nuit notre rêve était si beau. Héléna, tu es venue un matin, c’était dans mon rêve mais je m’en souviens, je te sens encore tout près, t’es venue un matin, t’as ouvert ma porte et tu m’as dit : « je viens te chercher, on va partir, on va s’aimer tous les deux ». Tu avais une voiture, on est monté en souriant, et tu as démarré. Tu as dit que tu voulais voir la mer, celle d’en haut quand on est dans la montagne, quand on s’aime en fermant les yeux et qu’on l’entend bouger tout en bas. On a roulé jusqu’au sommet, la voiture glissait. Au bord, des deux côtés de la route il avait des sapins. Des grands, des bien droits, de ceux qu’on prenait pour faire les mâts des bateaux. Les bateaux qui vont sur la mer. La mer dans mon rêve, on l’entend, elle passe par les vitres, et il y a le vent qui cherche à nous effrayer. On s’est arrêter une première fois. Pour écouter, pour regarder. On a fait quelques pas sur la route et on se tient par la main pour ne rien se dire, parce que nos doigts se parlent, parce qu’on est bien. On est au milieu d’une clairière, la clairière du poète et tout autour il y la forêt qui fait semblant d’avancer. L’herbe est fraîche, elle sent bon, comme tes cheveux, comme cette peau qui t’entoure, qui t’enveloppe. Elle sent bon comme le creux de ton épaule. On s’est assis et tu m’as embrassé. Héléna notre rêve était si beau, cette nuit je t’aimais. Cette nuit je te caressais les cuisses, je les effleurais, comme l’herbe qui nous entoure. Tu as un peu froid et je sens ta peau qui se crispe. Je te serre contre moi, je sens tes mains qui m’irriguent la nuque. Ton corps est étendu, il fait un peu frais et je ne te déshabille pas. Il me suffit de te regarder. Je n’en peux plus de me remplir les yeux de ta beauté. Je m’en veux de ne pas pouvoir tout retenir. La nuit est si courte Héléna et notre rêve est si beau.
Une belle et ronde marmite vous choisirez Sur le bord d’une fenêtre Tournée vers l’ouest Délicatement vous la poserez Vous l’oublierez Vous rêverez Quand le silence aura mijoté Débordé Vous la retrouverez La ramènerez Sur le feu doux et impatient
Quelques mots doux et sucrés Vous aurez épelés Au fond de la casserole vous les jetterez Votre bouquet de rimes épicées Vous ajouterez Couvrez Chantez Salez Sautez
Et pour finir Servez
Oui j’allais oublier D’un vin blond au souffle long et coquin Vous l’arroserez
Texte extrait du recueil « les mains libres » avec une illustration de Man Ray
L’aventure Prends garde c’est l’instant où se rompent les digues C’est l’instant échappé aux processions du temps Où l’on joue une aurore contre une naissance Bats la campagne Comme un éclair Répands tes mains Sur un visage sans raison Connais ce qui n’est pas à ton image Doute de toi Connais la terre de ton cœur Que germe le feu qui te brûle Que fleurisse ton œil Lumières.
Rêvons Ô oui rêvons du risque de joie Belle et bleue Elle roule sur la vitre de mes oublis Simple joie Jaillit dans le soudain Du tendresse matin Regarde elle brûle et brille Au coin mauve D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes Odeurs de lilas Aux angles durs des rancœurs de l’hiver Rondissent en fleurant Elle est là Sautillante Frissonnante Fondue dans le brise chagrin Du lourd glacier de nos mémoires pour demain
Louis vient d’ouvrir les volets. En effet, il neige fort depuis plusieurs heures. Le silence prend de plus en plus de place, tout est étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’est l’empire du coton. Louis n’a pas envie de sortir préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pull et manteau.
Il va poursuivre son hibernation. Parfois, il tire un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout est simple. Marie ne tardera pas à oublier ses projets…
Louis agit comme si de rien n’était, il prend le temps d’allumer une belle flambée.
Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui, ployant sous le poids de cette neige lourde, n’ont pas résisté. Non, ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….
Il appelle Marie
Ecoute Marie…
Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici en montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Ils vont sortir. Pour voir, pour entendre.
Ils mettent beaucoup de temps à s’habiller, pas pressés de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige.
Ils sont à l’extérieur, ils font le tour de la maison, pas très rapidement, ils s’enfoncent. Le son des bottes quand ils lèvent la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche, est magnifique. C’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens, s ’il devait l’écrire, il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « onfk ». Qu’est-ce que tu en penses Marie ?
Ils ont fait le tour. Derrière leur maison, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois, on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…
La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.
« Onfk ! » Incroyableune mouette vient de s’envoler. Elle s’était posée sur la neige fraîche. Il s’est avancé, il y a encore les traces de ses pattes.
Viens voir Marie !
Au-dessus d’eux la mouette plane, on dirait qu’elle rit. Marie s’est approchée, elle frissonne un peu. Louis s’est accroupi, il gratte la neige, juste à l’endroit où la mouette s’est posée. Regarde Marie, il y a un message. Elle se penche au-dessus de son épaule, elle le voit déplier un papier,
Tiens Marie, lis, lis ce qu’elle nous a écrit…
Elle saisit le bout de papier en souriant. Louis ne se retourne pas.
Allez Marie, je t’écoute, qu’est-ce que tu lis ?
Marie prend sa plus belle voix.
C’est amusant mon Louis, je lis : « Bienvenue en terre inconnue ! ».
Louis s’est redressé, il secoue les quelques flocons qui se sont accumulés sur sa veste, il regarde Marie tendrement.
C’est décidé, aujourd’hui Jules achètera une boussole. Il a besoin de vérifier quelque chose. Il faut dire que depuis quelques temps on lui reproche régulièrement d’être complétement déboussolé, d’avoir perdu le Nord. On lui a même dit la semaine dernière : « mon pauvre Jules tu est complétement perdu, tu ne sais plus où tu habites… ». Tout cela parce qu’il est totalement déconcerté par un monde qui ne tourne plus vraiment rond. Jules est de ceux qui reste résolument optimiste, il veut croire en un avenir meilleur, et il arrive fréquemment lors de débats en famille ou avec des amis qu’il dise : « tout va s’arranger, l’essentiel est de savoir où on va et ce que l’on veut… » Ses propos sont généralement mal compris, il arrive même qu’ils suscitent un profond étonnement. Cela va même jusqu’à la colère, lorsqu’il ajoute qu’il faudrait ne se contenter que de donner des bonnes nouvelles. C’est là qu’on lui explique qu’il a perdu sa boussole. C’est la raison pour laquelle il a cherché un magasin spécialisé en boussoles et autres instruments de mesure. Il explique ce qu’il recherche, à savoir une boussole lui permettant de savoir où il se situe car on ne cesse de lui dire qu’il a perdu le nord. Le vendeur l’écoute attentivement et lui explique qu’il a ce qu’il lui faut. « C’est un nouvel appareil, qui lorsque vous la tiendrez dans la main se connectera immédiatement avec votre boussole interne et qui par l’intermédiaire de son écran numérique, vous dira quelle est votre position… ». Jules est surpris d’apprendre qu’un simple objet connecté va être capable de connaitre sa position alors que lui-même n’a généralement pas d’avis, non qu’il soit neutre, mais surtout parce qu’il ne souhaite pas s’enfermer. Bref, il veut bien acheter ce gadget « magique ». Il ne l’essaie même pas dans le magasin. Il a confiance. Rentré chez lui, il s’installe confortablement dans le canapé de son salon, il sort la boussole et comme l’indique le mode d’emploi, il la pose bien à plat sur la paume de sa main. Il sent comme un étrange picotement, et en quelques secondes un message s’affiche sur l’écran. « Votre position n’est pas claire. Il semble que vous ayez perdu le nord, mais le relevé de vos dernières positions connues indique que vous êtes complétement à l’ouest. Nous vous invitons à vous rendre sans tarder gare de l’Est, en y entrant par la porte Sud »
Il y a bien longtemps que norme et beauté ne s’étaient rencontrées. Il est vrai que l’une comme l’autre avaient pris soin sur les injonctions de la police sanitaire de prendre et surtout de garder de la distance. Mais ce qui devait arriver arriva et les deux rivales ont fini par se retrouver. La norme dont on sait déjà qu’elle aime tout contrôler a donc pris la décision de convoquer la beauté.
– Gardez vos distances beauté ou alors restez masqué. En aucun cas vous ne devez me contaminer.
– Ne vous inquiétez pas je resterai masquée et ainsi vous n’aurez pas à supporter mon sourire bucolique…
– Bien, ceci étant dit chère beauté, encore une fois quel besoin aviez vous d’aller vous compromettre en ce lieu que je vous ai déjà interdit. Un parking de supermarché, et pourquoi pas un immeuble désaffecté quand on y est ?
-Voyez vous madame la norme, contrairement à vous je n »ai aucun problème avec ces lieux dont on dit, je le sais, qu’ils sont laids. Je ne les méprise pas et surtout je ne les oublie pas et quand je le peux, je veux dire quand vous êtes occupée à rédiger vos règles académiques et surtout à les contrôler, voyez vous, moi je vis : tout simplement. J’ouvre les yeux, et quand je sens que mon cœur est léger, je cherche s’il me reste un peu de ces belles couleurs que vous gardez enfermées.
-Je vous entends, l’intention est bonne et je ne nie pas que vous faites ce que vous pouvez, mais à l’avenir quand vous vous égarerez dans un supermarché, je vous en prie faites une détour au rayon beauté !
Le jour se lève me dites-vous ? Était-il donc endormi ? Comment ? Assoupi, simplement… Tiens donc… Étrange, n’est-ce pas ? Je n’ai rien vu. J’ai cherché, vous dis-je. J’ai cherché sans un bruit, Me perdant Jusqu’aux bords mauves De votre trop longue nuit Et ne l’ai point rencontré. Vous doutez ? C’est tant pis : Je n’irai plus déranger Les belles couleurs de votre ennui…
Dans la rousse lande D’une île du Ponant, Hommes en berne, Cueillent un bouquet de silence. De vagues en vagues, Pleurant l’ami emporté, Au fond du vase l’ont déposé. Une à une, fleurs engluées, Ivres de brume, se sont dressées. Sous le vent levant, De vert se sont poudrées. Hiver est là, sec, pressé. Hommes en pleurs Sous une lourde pierre Deux larmes ont posé…
Voilà bien longtemps que je n’avais écrit une rubrique du tribunal académique, une des rubriques de ce blog qui a eu, en son temps, un certain succés…
C’est une nouvelle session du tribunal académique qui vient de s’ouvrir : la session d’hiver. Celle où se juge toutes les affaires qu’on a oublié pendant l’été. Le président du tribunal est entré dans la salle d’audience en traînant un peu les pieds, il est fatigué, et souhaite vivement que la séance de ce jour ne traîne pas en longueur. En baillant, il s’adresse au premier assesseur qui, lui aussi, semble un peu ailleurs.
– Qu’avons-nous au menu, cher ami, aujourd’hui ?
– Comment ? Vous ne vous souvenez pas ? Nous allons devoir répondre aux accusations d’un collectif un peu particulier…
-Dites m’en plus, j’ai totalement oublié.
-La parole est au plaignant : je lis ici, qu’il s’agit du Collectif Pour Retrouver la Mémoire Perdue : le CPRLMP. Comme le dossier est un peu vide, je vais vous demander d’expliquer à la cour, brièvement, l’objet de votre plainte en précisant quelles sont vos requêtes. Le représentant du CPRLMP s’approche de la barre. Il a l’air un peu perdu.
-Et bien, à vrai dire, je ne me souviens plus
-Monsieur, nous sommes tous un peu fatigués et je vous invite à ne pas prendre ce tribunal pour une salle de spectacle. Nous aimons rire, mais notre temps est un peu compté.
-Monsieur le président, si vous le permettez, je vais lire le document que les membres de l’association m’ont demandé de vous lire.
-Nous vous écoutons… Le représentant du CPRLMP s’éclaircit la gorge, et cherche dans toutes ses poches le fameux document.
-Désolé, je suis confus, j’ai un trou, je ne me souviens plus dans quelle poche je l’ai mis…
-Et bien cher ami si vous avez un trou dans votre poche, il sera tombé… Personne ne rit à cette plaisanterie. Le président du tribunal académique s’impatiente et s’apprête à lever son maillet pour lever la séance.
-Ça y est, je l’ai. Voilà le texte, je vous le lis : « Le collectif pour retrouver la mémoire perdue a décidé à l’unanimité de déposer plainte pour vol et dégradation de propriété individuelle. En effet, l’ensemble des membres s’est aperçu récemment qu’ils et elles avaient toutes et tous un trou de mémoire. Ce trou de mémoire engloutissant en permanence tout ce dont nous devons nous souvenir, nous sommes aujourd’hui dans l’incapacité de vivre sans assistance. Nous exigeons que l’état nous attribue, à titre de réparation du préjudice subi, un aide-mémoire ou à défaut un bouche trou »
-La cour vous remercie et va se réunir et rendra un jugement dans l’heure qui suit. Une heure plus tard, le président revient, et debout face au micro lit l’arrêt que la cour vient de prendre. « La cour a répondu favorablement à la demande du CPRLMP, et à l’unanimité a décidé d’attribuer à chaque membre du collectif un aide-mémoire qualifié qui sera chargé comme le stipule la réglementation européenne d’accompagner les requérants dans toutes leurs démarches et activités nécessitant d’utiliser la mémoire. Monsieur le président du CPRLMP avez-vous quelque chose à ajouter ? » Le président du CPRLMP revient à la barre, l’air ahuri…
-Je vous remercie Monsieur, mais je dois vous avouer que je ne comprends pas ce que je fais là, et encore moins ce qu’est ce fameux CPRLMP. Avec votre autorisation, Monsieur le Président je souhaite retirer ma plainte, et je m’engage devant cette noble cour, si je retrouve la mémoire de vous la restituer dans l’état où elle était avant d’être trouée…
Louis vient d’ouvrir les volets. En effet, il neige fort depuis plusieurs heures. Le silence prend de plus en plus de place, tout est étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’est l’empire du coton. Louis n’a pas envie de sortir préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pull et manteau.
Il va poursuivre son hibernation. Parfois, il tire un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout est simple. Marie ne tardera pas à oublier ses projets…
Louis agit comme si de rien n’était, il prend le temps d’allumer une belle flambée.
Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui, ployant sous le poids de cette neige lourde, n’ont pas résisté. Non, ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….
Il appelle Marie
Ecoute Marie…
Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici en montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Ils vont sortir. Pour voir, pour entendre.
Ils mettent beaucoup de temps à s’habiller, pas pressés de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige.
Ils sont à l’extérieur, ils font le tour de la maison, pas très rapidement, ils s’enfoncent. Le son des bottes quand ils lèvent la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche, est magnifique. C’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens, s ’il devait l’écrire, il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « onfk ». Qu’est-ce que tu en penses Marie ?
Ils ont fait le tour. Derrière leur maison, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois, on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…
La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.
« Onfk ! » Incroyableune mouette vient de s’envoler. Elle s’était posée sur la neige fraîche. Il s’est avancé, il y a encore les traces de ses pattes.
Viens voir Marie !
Au-dessus d’eux la mouette plane, on dirait qu’elle rit. Marie s’est approchée, elle frissonne un peu. Louis s’est accroupi, il gratte la neige, juste à l’endroit où la mouette s’est posée. Regarde Marie, il y a un message. Elle se penche au-dessus de son épaule, elle le voit déplier un papier,
Tiens Marie, lis, lis ce qu’elle nous a écrit…
Elle saisit le bout de papier en souriant. Louis ne se retourne pas.
Allez Marie, je t’écoute, qu’est-ce que tu lis ?
Marie prend sa plus belle voix.
C’est amusant mon Louis, je lis : « Bienvenue en terre inconnue ! ».
Louis s’est redressé, il secoue les quelques flocons qui se sont accumulés sur sa veste, il regarde Marie tendrement.
Quand vient le soir, Quand tombent les premières gouttes de nuit. Quand les fenêtres se ferment, Quand les regards se taisent, Quand les mots se font rares et lents, Alors, Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué, Et sur les façades à la blancheur inventée On aperçoit quelques trous de lumière. Entends-les, ils scintillent, Entends-les, ils t’invitent à rentrer.
Le monde pleure doucement Dans le creux des longues larmes Roulent des gouttes d’ennui Sur la vitre sale du hier sans fin J’ai gratté de mon ongle rongé d’impatience Une vieille trace de mémoire
J’ai toujours beaucoup aimé que les angles puissent être ronds. Histoire qu’une fois au moins dans sa triste et droite vie aux figures imposées la géométrie se permette un rond de jambe, ou mieux encore une pirouette. Une belle et ronde pirouette. Ce serait chouette d’étudier la pirouette, d’en connaître toutes les formules, celle du périmètre, de la surface.
Mais revenons à notre angle qui défie par son rondeur la sévérité pointue de toutes les équerres. Il s’en moque et il est même fier tous les matins de me proposer de suivre le chemin qu’il me propose, tout en douceur.
Et par dessus tout il y a ces fameux angles morts qu’on vous signale, on vous met en garde : « attention aux angles morts ». Je me questionne, mais de quoi sont-ils morts, qui sont les vils auteurs de ce crime géométrique ? Et s’ils sont morts, ils ne sont plus, ils n’existent pas alors pourquoi nous dire de faire attention, que nous réserve t’ils ?
Et demain j’écrirai une page de rire Elle contera l’histoire d’un presque rien Qui remonte à la source D’un fleuve de soupirs Le ciel est bas et ouvre ses vannes Trois gouttes de peu roulent vers la lointaine mer Ma page frissonne sous l’œil du torrent Il est venu le temps de la feuille qui se tourne J’ai la plume qui sursaute Je trempe un reste de mon impatience Dans un pot de brume mauve Et pose sur sans trembler trois points d’inattention
Dans le silence mou d’un matin bleu On s’arrête Là Dans le plein rêve D’un monde heureux On s’arrête Là Juste au-dessus du vague soupir Las On n’entend plus la douce mélodie On respire, on espère On hésite, on appelle Oh rien Ou si peu Juste le mot Juste un seul Léger Goutte à goutte Rivière l’épelle On baisse les yeux Plus un souffle d’air Tout se fige Une par une flaques d’eau S’assèchent Et sur la surface lisse d’un vague ruisseau Le temps s’est achevé Nous ne l’attraperons plus
Ecoute petit homme, Ecoute. Il est si beau ce monde qui ne dit rien. Il est si beau ce monde, Il te parle, c’est le tien.
Regarde petit homme heureux, Regarde ces furieux, Fanatiques, frénétiques, Ils ont le cœur électrique.
Ils préparent la prière, Hymne cathodique Aux rimes numériques, C’est le matin du malin.
Nuques raides, regards vides, Les impatients sont livides, Epuisés, lessivés, Un long sommeil les a lavés.
Ô Nuit blanche et câline, Ne t’épuise plus à blanchir Ces haines rances à mourir. Semées sur l’écran creux De leurs rêves sans bleu.
La nuit les a libérés. Il est l’heure, Affamés, ils attendent La victime par eux condamnée. Leurs mots sont prêts Ils vibrent, affutés, aiguisés, Ils vont frapper !
Pas un regard pour ton monde qui sourit. Ils attendent leurs matins numériques.
Rien ne brille, rien ne bouge
Hystériques ils cliquent, ils cliquent Ils cliquent, Et ce matin, petit homme, C’est une claque, Une claque pour les creux. Les écrans sont lisses et vides.
Les nouvelles du jour ? Parties, envolées, manipulées, falsifiées ? Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…
Le monde les voit Il pleure de cette embolie Il rit de cette folie
Mais cette nuit, petit homme, Le monde a agi. Le monde ne regrette rien Il le fallait, il l’a fait.
C’est si simple, Petit homme La poubelle était pleine, Le monde l’a vidée, Et dehors l’a laissée.