
Fantastique
Le mot est là
Somnambule
Depuis six mois
Tout se remonte
Mécanique
Existante
Absolue
Pour la noirceur
D’une virginité
Epuisée
De son silence
De papier
Aligné

Fantastique
Le mot est là
Somnambule
Depuis six mois
Tout se remonte
Mécanique
Existante
Absolue
Pour la noirceur
D’une virginité
Epuisée
De son silence
De papier
Aligné

La liste de tes dégoûts
Dépassaient l’infini de ta soif
T’ajoutes de la pluie
A tes yeux secs
Ton soleil brillait
Le soir à intervalles réguliers
Entre deux cris de présence
Tu filtrais les paroles
En enfilant des vers
Sur des fils sans bouts…
Septembre 1980

La révolte était devenue
Une autre décoration de combats intellectuels
Pour le snobisme
De ceux qui flirtaient avec l’angoisse
Du pauvre
Qu’ils achetaient
Chez les bradeurs d’inhumanité
Qui vendent
Du sourire aux enchères du sentiment
Et qui cultivent des jardins d’utilité
Des jardins de pitié
Pour le botin du beau monde
Qui pissent leur ba ba quotidien
En rotant la nuit qu’ils ont volée
Aux autres
Aux angoissés
Aux vrais
L’uniforme de leur porcherie
Leur fait peur
Parce qu’ils se sentent loin
Parce qu’ils se sentent loin
Alors ils trichent
Ils se déguisent
Ils prostituent la vérité
En l’obligeant à coucher
Avec ceux qui l’ont déjà tuée
En l’oubliant
Ils s’écologisent le dimanche
En se confessant à la rivière
Qu’ils assassinent à petites semaines
Mais y savent pas
Eux ils comptent
Eux ils produisent…
Juin 1980

Un enfant passe
Une histoire l’attaque
le rabote l’assoiffe et l’affame
Le pousse
Au supplice du sentiment d’habitude
Devant les adultes majuscules
Qui ont mal conjugué
Leur verbe aimer
Et il est tombé
Dans un trou
Où les ombres s’ennuient
Par manque d’éternité
Texte écrit en 1979…
Je fouille, je fouille, je cherche et je trouve encore quelques textes, très anciens, expériences anciennes de mon laboratoire poétique…

Je suis d’ une autre grammaire que la vôtre
Je n’ai pas de proposition principale
Je ne parle qu’en subordonné
Au temps présent qui s’écoule
Et qui m’attend
Les plaintes ne nourrissent pas la vérité
Elles ont brûlé mon trop plein d’espoir.

C’est une guerre où les hommes périront
Systématisés
Calcinés
Par l’addition
D’une angoisse planétaire
Qui les fait
Terreurs

Il ne voyait plus que des cartes d’identité
Et il avait vendu la sienne
Au satyre des bois
Il avait commencé à temporiser des gouttes d’horreur
A jouer une mélodie du malheur
Avec des cordes pendues
Pour des oreilles d’adoption
Qui se cramponnent sur les murs de sa cellule d’apparence
Il avait attrapé la maladie
Similitude de sa ressemblance
Comme les autres
Il était comme les autres
Quand il vit son miroir devenir la foule
Des solitaires qui se tenaient par le bout du sourire
Il eut peur
Il se vit nu
Vieux
Au milieu d’une mare aux cloportes
Il se sentait différent
Et se voyait identique
Il en mourut
Et les autres le lui pardonnèrent
Parce qu’eux aussi ils mourront
Avant qu’on ne l’oublie
Dans le cercle restreint
Des ceux qui le voyaient
S’enflammer sur la négation
Des ratés
Sur la lâcheté
Des entraîneurs de foire à sexualité
Il avait écrit des pleines pages
Du même mot
En rêvant à elle
Et sa répétition
Devenait
Un sanglot entrecoupé
De crachats
A la face
Des faux indifférents
Qui lui avaient offerts des lauries
Il n’avait jamais dit au revoir
Il disait Adieu
Pour montrer qu’il avait peur
Comme les autres
Et il en était mort
Comme les autres…
Ecrit pendant l’année 1979

Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience
Lui grattait la mémoire
Aux vues de la crasse géographique
Pour empailler le regard officiel
Des touristes canonisés
Il aimait une de celles
Que les autres haïssaient
Parce qu’elle ne ressemblait
A personne
Sinon à l’ombre qui s’accrochait à elle
Comme sa misère
Il aimait sans définitions
Il aimait sans projets
Il aimait
Et c’était vrai
Et tant pis pour les ceux qui restaient
A attendre qu’il craque
Et il haïssait les égoutiers de l’amour
Il voulait oublier les romantiques d’imitation
Anachroniques
Il était de ceux qui découvrait
Il était de ceux qui attendaient…
Un jour il m’a semblé plus vieux que jamais
Deux béquilles lui tenaient la main
Il ne rencontrait plus personne…

Il traversait les rues
Comme on entonne un cantique
De travers
Et ça les faisait rire
Il avait choisi de ne pas se déguiser
Et les autres le sifflaient
Manequin
Il nourrissait son désespoir
A grands coups de musique qui crient
Qu’elles ont peur de ne pas être entendues
Il avait rencontré des gens
D’un jour
Qui lui promettaient la gratuité
Des regards
Et qui se firent bagnards
Dans les supermarchés
Où sont empilées des plaques d’hypocrisie
Pour isoler leurs murs de solitude
Egoïstes
Il parlait des autres comme je parle de toi
Avec des mots lames de rasoir
Qui tranchaient la peur
Des ceux qui subsistent
Dans les ombres des encapés
Du verbe
Il lançait des signes
A ceux qui attendaient
Comme lui
Le quelque chose qui aura toujours
Un retard d’habitude
Il ne voyageait pas pour
S’encylopédiser
Il était trop triste
Pour apprendre le faux
Qui enrichit
Les amputés du verbe
Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience
Lui grattait la mémoire

…Et on t’a dit que les morts étaient tranquilles
Et toi t’as vu qu’ils pleuraient
Et toi t’as dit
Il n’y a plus rien à rater
Tous les murs sont debout
On t’a dit de ne plus regarder
Que les silhouettes de similitude
Et toi tu as scié des arbres de vérité
On t’a dit de ne plus regarder les autres
Et toi tu l’as rencontré
Il avait le ciel au niveau du front
Des yeux lui servaient de nuages
Pour barrer la route à la lumière
Atomique
Qui dispersait la poussière
De son reste d’apparence
Ses mains lui pendaient aux bras
Comme deux points d’interrogation
Il avait enveloppé sa tristesse dans un drap de dégoût
Et les autres lui vomissaient de la mauvaise haine
Qui les avaient attachés dans l’antiquité de leurs regards
Paroissiaux
Il était habillé de l’indifférence similitude
Qui le faisait ressembler
A ceux qui passent leur route pour n’y plus revenir
Sa barbe datait de la dernière guerre
Celle qui n’avait pas eu lieu
Parce qu’il l’avait rêvée
Le jour où tous parlaient de paix
Il avait voulu se faire baptiser
Par les enfants de la rue aux rats niés
Qui s’en foutaient
De leurs pères et de ceux des autres
Parce qu’ils n’en avaient qu’un
La misère qui ne les guidait même plus
Et il est devenu le fou du village
L’amazonien du caniveau

…Ceux qui rêvaient
Dans l’ailleurs d’un autre pays…
Déjà une vague de désespoir
Toujours une marée de misère
Neige éternelle
Calaminée par le crachat d’une ville tuberculeuse
Où s’ennuient par milliers
Par grappes d’angoissés
Des vendeurs d’horizons
Au rabais
A l’étalage de leur mort
Grappe d’avenirs
Ils se comptent par solitude
Déjà…
On sent le regard d’une foule
Qui se meurtrit de bizarreries
Regards placardés
Sur les singes aux bouquins
Cacahuètes culturelles
Cage de mots
D’où on entend toujours une musique
Qui vrillerait le souffle
Des bouffeurs de chrono
Tout vacille
Quille…
Ton camarade suivant est mort
D’avoir été trop jeune
Pour savoir qu’il fallait vivre
Un pied devant l’autre
Qui suit
Indifférent
Et on t’a dit de regarder ta route
Qui mène tout droit
Où elle est toujours allée
Comme les autres
Et toi t’as vu
Et toi tu savais
Alors t’as trouvé
Encore…
Un texte, très long, écrit en 1980 que je republie une nouvelle fois en quatre ou cinq parties….

Je l’aurai rencontré un jour de mensonge
Un jour comme tant d’autres
Je l’aurai rencontré le jour où l’on pouvait partir
Pour d’autres villes
Je l’aurai rencontré dans ce port sans bateau
Dans ce port sans eau
Dans ce trop long canal où coulent des compromis
Pour rêver
Rêver
Où l’on traîne le regard
Avec une liasse de souvenirs identiques
Avec une liasse de remords
A imprimer
Avec l’énergie du cafard
Enjoliveur de mode
Pour les mélancoliques du soir sans muses…
Déjà des caves aux fenêtres de l’ombre
Enfumées
Vident leurs morts
Vivent leur mort
Banale
Hivernale
Pleins à craquer des affreux qui comptent
Sur leurs doigts seringues
Les intervalles de leurs soupirs
Mécaniques
Pour minuter
Leur éternel motif d’impatience
Pour le trop bref retour de ceux qu’ils rêvaient…
Mars 1980

Un souffle
De vie.
Pour longtemps.
Deux sourires,
Soudain.
En format souvenir.
Une joie,
Qui cogne
Aux fenêtres d’un civilisé du retard.
Rapide,
Un regard qui dure.
Deux regards qui tremblent
Et ils comptent
Sur leurs échiquiers intérieurs
Les fous qui leur jouent
Un hymne de mots
Pour un soir
Qui dure
Et ils trouvent ensemble
La route des autres
Et ils s’aiment
Vite
Je termine aujourd’hui la publication de ce très long texte, commis il y a plus de quarante ans et auquel j’avais donné le titre ronflant de » Avant que ne meurent les victoires écorchées… »

Avant que ne meurent les victoires écorchées
Avant que ne s’entendent les discours du hasard
Tu regardes
Pour savoir
Pour l’espoir
Dans la foule pas un qui ne bouge
Pas un qui ne songe à remuer son poids de graisse
Alphabétique
Pas un qui n’oublie son anonymat
Pas un qui n’épèle son nom
Pas un pour croire qu’il y autre chose
Au dessus d’eux
Pas un qui n’ait un visage qui se reconnaît
Parce que tous attendent le lendemain
Qui suivra leur journée d’adoption
Qui passe en les tuant
Par paquets de minutes
Qu’ils ont volés à la pendule de ceux qui veulent pas
Mais qui sont morts
Pour l’instant ils ne marchent pas
Ils avancent
Mécaniques amnésiques
D’un mot qui revient
Sur toutes les lèvres pincées
Des ceux qu’on dit gagnants
Alors toi t’as plus que tes amis
Derrière d’autres fenêtres
Alors tu te dis que les leurs vont s’ouvrir
Et t’entends déjà le frémissement d’une autre foule
La foule aux visages ouverts
Alors tu joues une dernière fois à perdre l’espoir
Pour accroître ta haine
Pour que ton amour pousse
Au rythme des humains
Tu t’en fous que les fusils
Soient les croix des cimetières
Parce que toi tu veux te mettre à la fenêtre
Sans avoir la face éclaboussée
Par une flaque de calamité
Parce que toi tu veux revenir de ton voyage
Avec pour tout bagage
Le seul mot que tu auras rencontré
Parce que toi tu veux voir ce que tu as choisi
Voir deux amis se rencontrer
Voir deux années se raconter
Voir ou les hommes pleurent de joie
Voir où les enfants rient
D’avoir trop pleuré
Ailleurs
Voir les chefs mourir
Voir la beauté sans miroir
Voir des sourires sans bénéfices
Voir
Tout voir
Te voir
Novembre 1979

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce-qu’on t’a dit
Que tu étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment
Tes mains ne sont plus des amies pour celles des autres
Ce sont déjà des armes pour ceux qu’ont les bottes
Tu sens déjà ta bouche pourrir
A s’attarder sur leurs mots de pierre
Que leur construisent des temples d’enfer…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce qu’on t’a dit
Que t’étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu te dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment

…T’aurais voulu la mort
Qui tuera les blessures de ta croûte sénile
Parce qu’à force de vouloir t’éviter
Tu finiras par te condamner
Au repos ahurissant
Des travaux forcés
Du bagne de la ville qui étouffe
Les ceux qu’on dit poète
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu devrais réapprendre le regard
Qui fait avouer le vrai
Pour partir loin d’ici
Dans un rêve qui ne finit jamais
Partir sans visage
Amnésique
Voyager dans le creux de la vague
Que forment les désespoirs
De ceux qui restent
Parce qu’ils veulent pas
Voyager sur le trottoir d’en face
Où l’histoire s’est faite avec ces foutus
Que t’as failli rencontrer
Tu devrais voyager avec ceux que les autres oublient
Parce qu’ils sont habillés de refus
Tu devrais connaître le paysage de leur mort
Le labyrinthe de leur vie
Pour qu’eux aussi ils sachent
Que t’as peur
Que t’as peur quand t’es suivi
Par ceux qui fusillent
Les habitués de l’ombre de l’histoire
Mais il est trop tard

…Tu te dis que ça fait déjà longtemps
Que tu ne sais plus lui parler
T’as fini par croire que tu t’étais trompé
T’as fini par vouloir accepter
Que c’était un jeu perdu d’avance pour toi
Et puis t’as reculé
T’as refusé d’y croire
T’as recommencé
Et on dirait que t’as plus peur
Et déjà t’attends
T’attends la proclamation d’une mort générale
Pour ceux qui obéissent
Et qui disent qu’ils sont seuls
T’écoutes la plainte du nombre
De ceux qui pourrissent de honte
Parce qu’ils ont perdu la force d’aimer
Et de recommencer
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
T’aurais voulu te raconter
Parce que t’as entendu dire
Que quelqu’un finirait par parler
De ceux que tu détestais
T’aurais voulu leur parler
Pour leur dire qu’ils existent
Pour leur dire qu’ils subsistent…

…Tu devrais oublier les autres
Parce qu’ils ont leur ombre
Parce que tu as la tienne
On t’a dit que tu étais né
Comme les autres
Et toi tu joues au différent
Parce que tu sais que tu n’es rien
Parce que tu connais la mort
Tu l’as découverte
En l’église des paumés de l’angoisse
Où l’on ne prie pas
Mais où l’on crie qu’on a peur
Dans ce bal costumé qui n’en finit jamais
Il faut que tu assistes à la messe
Des ceux qui sont condamnés à attendre le verbe
Pour soupçonner le vrai
Ils te rajeuniront de ceux que tu ignores
Parce qu’ils savent eux aussi
Que tu les as trouvés
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu pourrais écrire des tragédies larmoyantes
Symptômes de vie
Paresseux mensonges d’une fausse mélancolie
Tu te portes au secours d’une angoisse
Qui s’agglutine
Par plaques de paumés
Sur les regards de ceux qui naviguent
Sans tickets
Tu devrais partir sans clefs
Pour nulle part
Et pour que si tu te perds
Tu saches où aller
Tu devrais être l’instant l’instant présent
Et qui passe plus vite qu’on l’oublie
Tu devrais écrire un poème
Où la rime qui s’entend
Est un baiser qu’on espère…

A grands coups d’épithètes vainqueurs des armateurs du silence
T’as vendu ta folie à un colporteur de passage
Qui soufflait des mensonges
Il ne te reste plus que ta citoyenneté ombilicale
Pour motif de mort
A force de vouloir subsister tu t’es pendu
Avec une corde de similitude
T’as pris au piège de ton histoire un mot de ton invention
Et il est devenu compagnon d’une dernière passion qui te dispersera.
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu t’inventes une bouche
Fleur pleine
D’assoiffés aux peurs qui survivent…
Un très long texte écrit entre 1979 et 1980 , comme chaque année depuis l’ouverture de ce blog je vais le republier en plusieurs parties, pour, je l’espère, que vous preniez le temps de l’apprécier…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées,
Avant que ne meurent les discours du hasard,
Tu t’inocules dans les veines un poison qui n’existe pas
Sinon pour ceux qui peuvent en souffrir.
Tu vois des chefs piétinant des pelouses d’enfants
Avec un artiste à leur trousse,
Pour que leurs morts s’ajoutent.
Tu insultes la silhouette d’un muscle
D’institutions barbelées
Qui sert d’ombre à des gladiateurs de cirques kakis.
T’ajoutes ta larme à celle du clown au chômage.
Tu espères toujours la parole à ceux qui ont peur,
Parce qu’elle les trompe,
De sourires en sourires,
Passés à boucher des trous d’obscurité.
J’ai écrit ce texte il y a quarante quatre ans, avec vraisemblablement comme fond musical, le stéphanois de Bernard Lavilliers, la photo est beaucoup plus récente….

Samedi soir
Nouveau départ
Nouvelle chute
Pour une inconnue
De rires
Liquides
Béquilles pour s’éclater
Dans les rues
Des comme nous
Qui traînent leur habitude
De la petite semaine
Qu’ils ont brûlée
Dans des pauvres jeux quotidiens
Qu’ils continuent encore
Parce que c’est bon
Parce que le siècle s’éssouffle
Et ne veut plus d’eux
Ils sont nés pendant l’épidémie
Ils subsistent pendant l’agonie
Alors ils s’en foutent
Ils veulent aller plus vite
Parce qu’autrement
Ils n’auront plus que leur ombre cerceuil
A simuler
On les montre du doigt
Quand ils s’exagèrent
On les ignore quand ils se terrent
Ils traînent tous ensemble
A construire un monde
Qui s’écroule à chaque aurore
Regarde les dans les villes qui s’enterrent
Regarde les dans les villes qu’ils aiment
Par la multitude des autres
Des ceux qui sont comme eux
Regarde les
T’es comme eux
Regarde les….

Mais on y croit encore
Parce que l’unique s’immobilise
Parce que la règle est identique
Parce que les textes gravent leurs mots
Pour s’en souvenir
Et pour que les autres disent
Qu’ils ont bu
Une autre chose
Une autre dose
Qui oublie le hasard
Du verbe sans sommeil
Qui oublie le remords
Du jour sans soleil
A vanter des histoires
On finit par crever
Alors toi tu t’inventes une mort
Pour les lèvres de celle qui t’écoute
Et tu lui parles d’une autre
Partie pour là-bas
Et elle te tient la main
Parce qu’elle sait que t’as peur
Et toi tu as envie de lui dire
Que tu l’aimes
Parce que c’est vrai
Mais tu as peur
Parce qu’elle est trop proche
Parce qu’elle ressemble trop
Au souvenir
Que tu as voulu oublier
Mais qui appartient aussi à d’autres
A celles que tu n’as pas prévues
Mais que tu arrives à rencontrer
Février 1980
Je reviens avec mes poèmes de jeunesse : en voici un nouveau que je viens de redécouvrir et que je publie en deux parties…

Gueule de vagabond
Esprit moribond
Ton oeil se perd dans ta mémoire
Comme ta larme
A l’horizon de ton regard
S’est noyée
Dans un voyage sans retour…
Partie, finie
Totalité sans remords
Pour un fou qui s’en fout
Dans l’histoire de son rêve
Qui s’étouffe en recherchant
Partie, finie
Jouet d’un regard
Qui dit toujours non
Parce qu’il a peur du champ
Où ils ont cultivé son indifférence
Et où il a disparu
Emporté par une affreuse ressemblance
Avec la mort
Des ceux qui le lui ont dit…
Mais pourquoi
Pourquoi ?
Il m’en reste encore, que je retrouve de ci, de là…. En voici un, une pépite, écrite en 1981…

La liste de tes dégoûts
Dépassaient l’infini de ta soif
T’ajoutes de la pluie
A tes yeux secs
Ton soleil brillait
Le soir à intervalles réguliers
Entre deux cris de présence
Tu filtrais les paroles
En enfilant les vers
Sur des fils sans bouts

Feuille blanche
Nuit blanche
L’Avoriaz du papier
Dans une seconde
De demi-silence
Se grouperont
Des sur-mots
Février 1980
Parmi mes nombreux poèmes de jeunesse, il y a en a de très longs comme celui que j’ai publié en plusieurs parties et parfois de très courts comme celui -ci écrit aussi il y a quarante ans

Parce que c’était triste sans mensonges
Il était né sur un papier qui attendra la poubelle
Il avait vécu sur une croûte de vie qu’avait produite
L’histoire du malheur de ses frères
Qu’il ne rencontrerait jamais
Parce qu’eux aussi, ils se sentaient si seuls
Qu’ils oublient parfois d’en regarder
Ailleurs…

Un enfant passe
Une histoire l’attaque
le rabote l’assoiffe et l’affame
Le pousse
Au supplice du sentiment d’habitude
Devant les adultes majuscules
Qui ont mal conjugué
Leur verbe aimer
Et il est tombé
Dans un trou
Où les ombres s’ennuient
Par manque d’éternité
Texte écrit en 1979…



Tu devrais plus souvent être seul
T’es trop souvent avec lui
Il est tricheur
Parce qu’il perd souvent
Quand il veut
Il est frimeur
Parce qu’il a toujours peur
Parle lui
Dis lui qu’on le vire
Dis lui qu’il ne se correspond pas
Qu’il est autre
Comme ceux qu’il a créés
Comme ceux qu’il a jugés
Dis lui qu’il est dépassé
Mais lui il s’en fout
Il le sait
Mais il faut s’aider
Parce qu’on est rien
Parce qu’on ne peut entendre sa raison
Parce qu’on ne peut attendre que ça passe
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
Tu peux être peureux
De supposer
Que finalement t’es pas là pour rien
Tu sais que l’unique ne peut exister
Sinon chez les théoriciens
Masturbateurs de cerveaux
Sinon chez les jardiniers
Du sentiment des autres
Tu ne peux pas passer ta vie à imaginer l’homme
Sans savoir s’il existe réellement
Comme les autres
Tu ne peux pas passer ta vie
A t’imaginer
Dans ton rêve
Sans savoir s’il est tien
Sans savoir s’il est réalité
Sauf peut-être pour d’autres
Pour elles
Pour eux
Veux tu encore construire de l’amour
Parce que c’est un jeu entre deux fous
Parce qu’on invente des règles
Parce qu’on recommence
Toujours les mêmes règles
Mêmes conneries
Jamais le même prudent
Jamais le même perdant
Et de toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
On dirait que tu cours après ceux qui te fuient
Parce qu’ils ont vu l’image
Parce qu’ils ont tourné la page
Parce qu’ils s’en foutent
Et toi tu t’essouffles à espérer
Quelquefois
Suicide toi
Meurs un peu
Fabrique toi une fin
Les yeux fermés
Sans les autres parce tu aurais peur
De toute façon demain tu seras peut-être écrasé par un tramway
Tu t’es peut-être trompé
Tu veux peut-être te lever de ton lits de songes
Qu’est ce que tu attends pour enfin distribuer ton portrait
Sans le faire payer au prix de tes mots d’avenir
Qu’est ce que tu attends pour te raconter
A ton auteur
Sans te mettre à trembler
Tu touches la vie
Comme celle que tu aimes
Tu veux la faire aimer
Tu veux qu’elle te réponde
Mais elle se tait
Parce qu’elle s’en fout
Parce qu’il est trop tard
Et toi t’es pas d’accord
Alors tu continue
Parce qu’autrement tu te ferais écrasé par un tramway.

…T’es sûr qu’aimer n’est pas original
C’est peut-être le mot qui pue
Mais t’es sûr d’autre chose
Parce que tu le cherches
Tu en parles pourtant
Comme les autres
Mais tu t’en fous
Ou tu fais semblant
Comme les autres
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
On dirait que t’as peur
De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste
Et pourtant tu ris derrière ton enterrement
Tu ris
Et les autres savent pas
Que tu trembles
Pour qui t’a tué
Pour qui t’a oublié
Tu trembles
Et les autres croient qu’il n’y a qu’une réalité
Celle de l’utile apparence
Et pourtant tu voudrais leur dire
Et pourtant tu voudrais craquer
Mais tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu attends
Parce que tu attends la fin de ton rêve
Heureux tu l’as trouvé
Et c’était pas mieux
Tu veux revenir au début
Parce que tu hais les fins
Qui n’existent pas
Tu veux revenir au début
Pour que les autres sachent
Qu’il y a autre chose
Que tu l’as trouvé
Déjà tu vas plus vite
Que ton rêve
Je crois que tu vas laisser tomber
Pas les autres
Eux aussi ils cherchent
Ils te croisent
Vite
Toujours le rêve
Ils sont ailleurs
Tu les fais tien
Et tu les oublies
Ils sont autres

…Et pourtant on sent que t’as peur
Pour elle
Du silence
De ses questions sans secrets
Et pourtant elle ne veut rien te dire
Et pourtant elle tue tes rêves
Et pourtant elle te tue
Parce que tu ne dis rien
Parce que tu parles avec celle qui est en toi
Parce qu’elle n’est pas celle là
Parce que c’est déjà une autre
Parce qu’elle est déjà dans le rêve d’un plus étrange que toi
Et toi tu parlais avec ton rêve
Et tu t’en foutais d’être né
Tu vois la réalité
Alors tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu sais qu’elle s’est échappée
Parce que tu t’es trompé
T’as encore peur
T’es un peu paumé
Je crois que tu finiras par comprendre
Que les autres t’oublieront
Parce que tu n’es que toi-même
Parce que tu n’es qu’un autre
Tu n’es que l’infime particule
D’un sentiment qui appartient
A ceux que tu n’as pas revus
A ceux qu tu n’as pas prévus
Tu veux pas réussir
Comme les autres
T’es sûr qu’il y a mieux
T’es sûr de trouver
T’es sûr qu’aimer n’est pas original
Un texte, très long celui ci aussi, écrit entre 1978 et 1979, je le publierai en plusieurs fois : son titre « tu t’en foutais d’être né… »

Tu t’en foutais d’être né
Dis tu t’en foutais
Tu rêvais pas
Ou tu t’en souviens pas
Et maintenant t’as peur
T’as peur
Et tu sais pourquoi
Le chaque jour de ta vie
Est un bagne de rêves
Et tu veux pas t’évader
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
Sors du foetus
Arrête de dire que t’es né
Pour ta liberté
Comprends qu’ils t’ont condamné
Comprends que le code t’a accouché
Pour que les lois puissent t’élever
T’en avais pris pour une vie
Et t’as cru t’échapper
T’as failli tout perdre parce que t’as cru être le plus fort
Arrête de dire que les autres ont tort
Parce qu’ils déracinent ton arbre de vérité
Arrête de conjuguer les autres à la troisième personne
Arrête de te déchirer sur leur indifférence
Criminelle
Un jour peut-être on parlera de toi au futur
Un jour peut-être…

Mais on y croit encore
Parce que l’unique s’immobilise
Parce que la règle est identique
Parce que les textes gravent leurs mots
Pour s’en souvenir
Et pour que les autres disent
Qu’ils ont bu
Une autre chose
Une autre dose
Qui oublie le hasard
Du verbe sans sommeil
Qui oublie le remords
Du jour sans soleil
A vanter des histoires
On finit par crever
Alors toi tu t’inventes une mort
Pour les lèvres de celle qui t’écoute
Et tu lui parles d’une autre
Partie pour là-bas
Et elle te tient la main
Parce qu’elle sait que t’as peur
Et toi tu as envie de lui dire
Que tu l’aimes
Parce que c’est vrai
Mais tu as peur
Parce qu’elle est trop proche
Parce qu’elle ressemble trop
Au souvenir
Que tu as voulu oublier
Mais qui appartient aussi à d’autres
A celles que tu n’as pas prévues
Mais que tu arrives à rencontrer
Février 1980
Je reviens avec mes poèmes de jeunesse : en voici un nouveau que je viens de redécouvrir et que je publie en deux parties…

Gueule de vagabond
Esprit moribond
Ton oeil se perd dans ta mémoire
Comme ta larme
A l’horizon de ton regard
S’est noyée
Dans un voyage sans retour…
Partie, finie
Totalité sans remords
Pour un fou qui s’en fout
Dans l’histoire de son rêve
Qui s’étouffe en recherchant
Partie, finie
Jouet d’un regard
Qui dit toujours non
Parce qu’il a peur du champ
Où ils ont cultivé son indifférence
Et où il a disparu
Emporté par une affreuse ressemblance
Avec la mort
Des ceux qui le lui ont dit…
Mais pourquoi
Pourquoi ?

Condamné à mourir
Brebis galeuse
Du troupeau des indifférents
Il les observait
Et la honte lui plantait
Un couteau dans le rien
Honte pour eux
Flux, reflux éternel
Grande armée de médiocrité
Honte pour lui
Galet usé
Galet piétiné
Galet oublié

Un souffle
De vie.
Pour longtemps.
Deux sourires,
Soudain.
En format souvenir.
Une joie,
Qui cogne
Aux fenêtres d’un civilisé du retard.
Rapide,
Un regard qui dure.
Deux regards qui tremblent
Et ils comptent
Sur leurs échiquiers intérieurs
Les fous qui leur jouent
Un hymne de mots
Pour un soir
Qui dure
Et ils trouvent ensemble
La route des autres
Et ils s’aiment
Vite
Il m’en reste encore, que je retrouve de ci, de là…. En voici un, une pépite, écrite en 1981…

La liste de tes dégoûts
Dépassaient l’infini de ta soif
T’ajoutes de la pluie
A tes yeux secs
Ton soleil brillait
Le soir à intervalles réguliers
Entre deux cris de présence
Tu filtrais les paroles
En enfilant les vers
Sur des fils sans bouts

Ici,
Ici tu viens pour apprendre
Que tu n’es rien
Pour comprendre
Que les hommes dehors
Sont passés par là
Alors, alors
Le sens du message
Te gicle à la face
Équation française :
Moyen, moyenne
Nation
Mais ici ils n’ont que ta silhouette déguisée
Jamais ils ne pénétreront dans ce qui est fait de toi
Jamais ils n’auront la part du rêve qui t’appartient
Parce qu’il est fait des autres, que tu aimes
Et qui les fait rien
Jamais ils ne découperont tes souvenirs en pointillé
Parce qu’eux sont nés avec la préhistoire
Ils ont oublié d’avancer
Alors ils se sont améliorés
Organisés
Et ils affranchissent tous leurs mots
De cinq lettres
A-R-M-E-E
Mais alors toi il faut que tu te battes
Bats toi !
Pas contre eux
Ils seraient trop heureux d’exister
Bats toi, contre toi
Fais que ta silhouette ne soit qu’ombre
Fais que ta parole ne soit là bas , que branche morte
Pour que vivent les racines
Les seules
Celles de ta vie
Celles qu’ils n’auront jamais
Alors ils pourriront
Peut-être
Je publie en deux parties, un texte écrit le 11 novembre 1982, j’étais alors soldat du contingent, le temps était gris, l’ennui était grand… Ce n’est pas un texte antimilitariste, car je ne l’ai jamais été fondamentalement, c’est encore un texte profondément mélancolique.

Ici,
Ici tout pue
Même le désespoir est carré
Toujours cette odeur angoissante
Où la ressemblance kaki
Se marie si bien
Avec un automne
Sans fin, ni feuille
Ici,
Ici le vide
Perpétuel engrais
D’une varice
Sur un monde
Qui attend le grand cri
Pour enfin dire non
Ici,
Ici j’étouffe
Je ne comprends plus
Ou trop
Je ne peux risquer un
Pourquoi ?
Ici les réponses n’existent pas
Elles pourrissent dans l’antiquité des ordres
Ici le masculin est toujours sujet
Le féminin neutre s’ajoute
Comme trois points de suspension
Ici,
Ici tu viens pour servir
Un bout de chiffon
Lange trouée
D’une république à répétition
Mitraillette de la honte
Ici,
Ici tu ne dois pas pleurer
Ça fait désordre
Ici tu dois sourire béatement
L’extase est dans l’alignement
On te déplace
Et toi tu bouges
Tu t’aperçois que marcher
C’est soustraire tes pas
A ton propre chemin
Cadence infernale
Et toi tu retiens ton souffle
Et tu le rajoutes à ta haine
A l’ailleurs de derrière tes yeux
T’as peur
Et tu pourrais craquer
C’est en 1982 que j’ai écrit ce texte, j’étais alors appelé du contingent, je n’en pouvais plus des trains de bidasses et du comportement bestial de mes congénères dés qu’une fille, une femme, passait dans le champ de leurs regards… Il semble me souvenir que c’est à cette occasion que j’ai écrit ce texte….

Attachés à un poteau de médiocrité
C’est ainsi que je vous vois
Miroir sans teint de ma propre haine
Vous avez dans la bouche
Un coton de couleur gris foule
Et c’est moi qui vous étouffe
Quand vous subsistez
Dans l’encore
Et pour le toujours
Du pourri qui vous entoure
Crevez vous dis-je
Je n’ai pas de honte à vous ignorer
Votre laideur c’est tout ce qui se sent
Quand on a le cœur entre parenthèses
C’est de vous rendre au tiercé
De beloter
De roter
Un doigt dans le nez
Et l’autre pour crever l’œil
De cette fausse pauvreté
Qui vous gratte le dos
Vous puez le nouveau-né
Et pourtant vous êtes armés
De cette virilité costumière
Que vous tenez
Chien en laisse, obéissant….
Votre virilité il faut qu’elle se soulage
Dans le ventre d’une aveugle du samedi soir
Vous videz
Et vous frappez
C’est le seul orifice
D’où s’échappe
L’engrais fétide de votre personnalité
Amputée d’humanité
Elle se contente de l’odeur de la chair
Cruelle
Dans vos têtes
Des marionnettes sans yeux ni coeur…
Pouvoir
Dans les leurs
Dans les celles de ceux qui ne veulent pas rêver
Des ceux qui se disent que l’enfance n’est pas un handicap
Il y a la peur
La haine
Et l’amour….

Un enfant passe
Une histoire l’attaque
le rabote l’assoiffe et l’affame
Le pousse
Au supplice du sentiment d’habitude
Devant les adultes majuscules
Qui ont mal conjugué
Leur verbe aimer
Et il est tombé
Dans un trou
Où les ombres s’ennuient
Par manque d’éternité
Texte écrit en 1979…
Je fouille, je fouille, je cherche et je trouve encore quelques textes, très anciens, expériences anciennes de mon laboratoire poétique…

Je suis d’ une autre grammaire que la vôtre
Je n’ai pas de proposition principale
Je ne parle qu’en subordonné
Au temps présent qui s’écoule
Et qui m’attend
Les plaintes ne nourrissent pas la vérité
Elles ont brûlé mon trop plein d’espoir.

Fantastique.
Le mot est là.
Somnambule.
Depuis six mois
Tout se remonte.
Mécanique
Existante.
Absolue…
Pour la noirceur
D’une virginité
Epuisée
De son silence
De papier
Aligné.
Août 1980

Rêve à finir
C’est une guerre où les hommes périront
Systématisés
Calcinés
Par l’addition
D’une angoisse planétaire
Qui les fait
Terreurs
Lorsque j’ai décidé d’ouvrir une nouvelle rubrique en publiant de très vieux textes, la plupart ont plus de quarante ans j’ai été tout autant frappé par les maladresses et les envolées lyriques que par la « permanence » du style…

Ecoute,
Ca craque petite
Ecoute,
Ca bouge.
Arrête de rire petite
Ecoute.
Tout tremble,
Tout se désespère.
Vent de panique,
Regarde petite,
Regarde !
Année 1977…

Mais on y croit encore
Parce que l’unique s’immobilise
Parce que la règle est identique
Parce que les textes gravent leurs mots
Pour s’en souvenir
Et pour que les autres disent
Qu’ils ont bu
Une autre chose
Une autre dose
Qui oublie le hasard
Du verbe sans sommeil
Qui oublie le remords
Du jour sans soleil
A vanter des histoires
On finit par crever
Alors toi tu t’inventes une mort
Pour les lèvres de celle qui t’écoute
Et tu lui parles d’une autre
Partie pour là-bas
Et elle te tient la main
Parce qu’elle sait que t’as peur
Et toi tu as envie de lui dire
Que tu l’aimes
Parce que c’est vrai
Mais tu as peur
Parce qu’elle est trop proche
Parce qu’elle ressemble trop
Au souvenir
Que tu as voulu oublier
Mais qui appartient aussi à d’autres
A celles que tu n’as pas prévues
Mais que tu arrives à rencontrer
Février 1980
Je reviens avec mes poèmes de jeunesse : en voici un nouveau que je viens de redécouvrir et que je publie en deux parties…

Gueule de vagabond
Esprit moribond
Ton oeil se perd dans ta mémoire
Comme ta larme
A l’horizon de ton regard
S’est noyée
Dans un voyage sans retour…
Partie, finie
Totalité sans remords
Pour un fou qui s’en fout
Dans l’histoire de son rêve
Qui s’étouffe en recherchant
Partie, finie
Jouet d’un regard
Qui dit toujours non
Parce qu’il a peur du champ
Où ils ont cultivé son indifférence
Et où il a disparu
Emporté par une affreuse ressemblance
Avec la mort
Des ceux qui le lui ont dit…
Mais pourquoi
Pourquoi ?

Rêve à finir
C’est une guerre où les hommes périront
Systématisés
Calcinés
Par l’addition
D’une angoisse planétaire
Qui les fait
Terreurs

Il ne voyait plus que des cartes d’identité
Et il avait vendu la sienne
Au satyre des bois
Il avait commencé à temporiser des gouttes d’horreur
A jouer une mélodie du malheur
Avec des cordes pendues
Pour des oreilles d’adoption
Qui se cramponnent sur les murs de sa cellule d’apparence
Il avait attrapé la maladie
Similitude de sa ressemblance
Comme les autres
Il était comme les autres
Quand il vit son miroir devenir la foule
Des solitaires qui se tenaient par le bout du sourire
Il eut peur
Il se vit nu
Vieux
Au milieu d’une mare aux cloportes
Il se sentait différent
Et se voyait identique
Il en mourut
Et les autres le lui pardonnèrent
Parce qu’eux aussi ils mourront
Avant qu’on ne l’oublie
Dans le cercle restreint
Des ceux qui le voyaient
S’enflammer sur la négation
Des ratés
Sur la lâcheté
Des entraîneurs de foire à sexualité
Il avait écrit des pleines pages
Du même mot
En rêvant à elle
Et sa répétition
Devenait
Un sanglot entrecoupé
De crachats
A la face
Des faux indifférents
Qui lui avaient offerts des lauries
Il n’avait jamais dit au revoir
Il disait Adieu
Pour montrer qu’il avait peur
Comme les autres
Et il en était mort
Comme les autres…
Ecrit pendant l’année 1979

Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience
Lui grattait la mémoire
Aux vues de la crasse géographique
Pour empailler le regard officiel
Des touristes canonisés
Il aimait une de celles
Que les autres haïssaient
Parce qu’elle ne ressemblait
A personne
Sinon à l’ombre qui s’accrochait à elle
Comme sa misère
Il aimait sans définitions
Il aimait sans projets
Il aimait
Et c’était vrai
Et tant pis pour les ceux qui restaient
A attendre qu’il craque
Et il haïssait les égoutiers de l’amour
Il voulait oublier les romantiques d’imitation
Anachroniques
Il était de ceux qui découvrait
Il était de ceux qui attendaient…
Un jour il m’a semblé plus vieux que jamais
Deux béquilles lui tenaient la main
Il ne rencontrait plus personne…

Il traversait les rues
Comme on entonne un cantique
De travers
Et ça les faisait rire
Il avait choisi de ne pas se déguiser
Et les autres le sifflaient
Manequin
Il nourrissait son désespoir
A grands coups de musique qui crient
Qu’elles ont peur de ne pas être entendues
Il avait rencontré des gens
D’un jour
Qui lui promettaient la gratuité
Des regards
Et qui se firent bagnards
Dans les supermarchés
Où sont empilées des plaques d’hypocrisie
Pour isoler leurs murs de solitude
Egoïstes
Il parlait des autres comme je parle de toi
Avec des mots lames de rasoir
Qui tranchaient la peur
Des ceux qui subsistent
Dans les ombres des encapés
Du verbe
Il lançait des signes
A ceux qui attendaient
Comme lui
Le quelque chose qui aura toujours
Un retard d’habitude
Il ne voyageait pas pour
S’encylopédiser
Il était trop triste
Pour apprendre le faux
Qui enrichit
Les amputés du verbe
Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience
Lui grattait la mémoire

…Et on t’a dit que les morts étaient tranquilles
Et toi t’as vu qu’ils pleuraient
Et toi t’as dit
Il n’y a plus rien à rater
Tous les murs sont debout
On t’a dit de ne plus regarder
Que les silhouettes de similitude
Et toi tu as scié des arbres de vérité
On t’a dit de ne plus regarder les autres
Et toi tu l’as rencontré
Il avait le ciel au niveau du front
Des yeux lui servaient de nuages
Pour barrer la route à la lumière
Atomique
Qui dispersait la poussière
De son reste d’apparence
Ses mains lui pendaient aux bras
Comme deux points d’interrogation
Il avait enveloppé sa tristesse dans un drap de dégoût
Et les autres lui vomissaient de la mauvaise haine
Qui les avaient attachés dans l’antiquité de leurs regards
Paroissiaux
Il était habillé de l’indifférence similitude
Qui le faisait ressembler
A ceux qui passent leur route pour n’y plus revenir
Sa barbe datait de la dernière guerre
Celle qui n’avait pas eu lieu
Parce qu’il l’avait rêvée
Le jour où tous parlaient de paix
Il avait voulu se faire baptiser
Par les enfants de la rue aux rats niés
Qui s’en foutaient
De leurs pères et de ceux des autres
Parce qu’ils n’en avaient qu’un
La misère qui ne les guidait même plus
Et il est devenu le fou du village
L’amazonien du caniveau

…Ceux qui rêvaient
Dans l’ailleurs d’un autre pays…
Déjà une vague de désespoir
Toujours une marée de misère
Neige éternelle
Calaminée par le crachat d’une ville tuberculeuse
Où s’ennuient par milliers
Par grappes d’angoissés
Des vendeurs d’horizons
Au rabais
A l’étalage de leur mort
Grappe d’avenirs
Ils se comptent par solitude
Déjà…
On sent le regard d’une foule
Qui se meurtrit de bizarreries
Regards placardés
Sur les singes aux bouquins
Cacahuètes culturelles
Cage de mots
D’où on entend toujours une musique
Qui vrillerait le souffle
Des bouffeurs de chrono
Tout vacille
Quille…
Ton camarade suivant est mort
D’avoir été trop jeune
Pour savoir qu’il fallait vivre
Un pied devant l’autre
Qui suit
Indifférent
Et on t’a dit de regarder ta route
Qui mène tout droit
Où elle est toujours allée
Comme les autres
Et toi t’as vu
Et toi tu savais
Alors t’as trouvé
Encore…
Un texte, très long, écrit en 1980 que je republie en quatre ou cinq parties….

Je l’aurai rencontré un jour de mensonge
Un jour comme tant d’autres
Je l’aurai rencontré le jour où l’on pouvait partir
Pour d’autres villes
Je l’aurai rencontré dans ce port sans bateau
Dans ce port sans eau
Dans ce trop long canal où coulent des compromis
Pour rêver
Rêver
Où l’on traîne le regard
Avec une liasse de souvenirs identiques
Avec une liasse de remords
A imprimer
Avec l’énergie du cafard
Enjoliveur de mode
Pour les mélancoliques du soir sans muses…
Déjà des caves aux fenêtres de l’ombre
Enfumées
Vident leurs morts
Vivent leur mort
Banale
Hivernale
Pleins à craquer des affreux qui comptent
Sur leurs doigts seringues
Les intervalles de leurs soupirs
Mécaniques
Pour minuter
Leur éternel motif d’impatience
Pour le trop bref retour de ceux qu’ils rêvaient…
Mars 1980

Feuille blanche
Nuit blanche
L’Avoriaz du papier
Dans une seconde
De demi-silence
Se grouperont
Des sur-mots
Février 1980

Ecoute
Ça craque petite
Ecoute
Ça bouge
Arrête de rire petite
Ecoute
Tout tremble
Tout se désespère
Vent de panique
Regarde petite
Regarde
Février 1978
Je continue de fouiller mes archives et là, j’ai trouvé ce petit texte sur une feuille volante, écrit à la plume, je pense qu’il date de 1979…

C’est le soir comme tous les jours
Un homme se meurt
Ou il périt noyé dans l’océan
De tortures
Un homme aime
Ou il pleure sur sa compagne
Finale
Point à la ligne
Un homme naît
Ou il crie parce qu’il ne connait
Personne
Pas même en rêve
Un homme tue
Ou triche contre ses règles
Très propre
Bien baptisé
Un homme hurle
Il a peur
Alors il écrit
Tout droit
Au cœur
Peut-être

La révolte était devenue
Une autre décoration de combats intellectuels
Pour le snobisme
De ceux qui flirtaient avec l’angoisse
Du pauvre
Qu’ils achetaient
Chez les bradeurs d’inhumanité
Qui vendent
Du sourire aux enchères du sentiment
Et qui cultivent des jardins d’utilité
Des jardins de pitié
Pour le botin du beau monde
Qui pissent leur ba ba quotidien
En rotant la nuit qu’ils ont volée
Aux autres
Aux angoissés
Aux vrais
L’uniforme de leur porcherie
Leur fait peur
Parce qu’ils se sentent loin
Parce qu’ils se sentent loin
Alors ils trichent
Ils se déguisent
Ils prostituent la vérité
En l’obligeant à coucher
Avec ceux qui l’ont déjà tuée
En l’oubliant
Ils s’écologisent le dimanche
En se confessant à la rivière
Qu’ils assassinent à petites semaines
Mais y savent pas
Eux ils comptent
Eux ils produisent…
Juin 1980
J’ai écrit ce texte il y a quarante ans, avec vraisemblablement comme fond musical, le stéphanois de Bernard Lavilliers, la photo est beaucoup plus récente….

Samedi soir
Nouveau départ
Nouvelle chute
Pour une inconnue
De rires
Liquides
Béquilles pour s’éclater
Dans les rues
Des comme nous
Qui traînent leur habitude
De la petite semaine
Qu’ils ont brûlée
Dans des pauvres jeux quotidiens
Qu’ils continuent encore
Parce que c’est bon
Parce que le siècle s’éssouffle
Et ne veut plus d’eux
Ils sont nés pendant l’épidémie
Ils subsistent pendant l’agonie
Alors ils s’en foutent
Ils veulent aller plus vite
Parce qu’autrement
Ils n’auront plus que leur ombre cerceuil
A simuler
On les montre du doigt
Quand ils s’exagèrent
On les ignore quand ils se terrent
Ils traînent tous ensemble
A construire un monde
Qui s’écroule à chaque aurore
Regarde les dans les villes qui s’enterrent
Regarde les dans les villes qu’ils aiment
Par la multitude des autres
Des ceux qui sont comme eux
Regarde les
T’es comme eux
Regarde les….
Je continue de fouiller mes archives et là, j’ai trouvé ce petit texte sur une feuille volante, écrit à la plume, je pense qu’il date de 1979…

C’est le soir comme tous les jours
Un homme se meurt
Ou il périt noyé dans l’océan
De tortures
Un homme aime
Ou il pleure sur sa compagne
Finale
Point à la ligne
Un homme naît
Ou il crie parce qu’il ne connait
Personne
Pas même en rêve
Un homme tue
Ou triche contre ses règles
Très propre
Bien baptisé
Un homme hurle
Il a peur
Alors il écrit
Tout droit
Au cœur
Peut-être

Rêve à finir
C’est une guerre où les hommes périront
Systématisés
Calcinés
Par l’addition
D’une angoisse planétaire
Qui les fait
Terreurs

Mais on y croit encore
Parce que l’unique s’immobilise
Parce que la règle est identique
Parce que les textes gravent leurs mots
Pour s’en souvenir
Et pour que les autres disent
Qu’ils ont bu
Une autre chose
Une autre dose
Qui oublie le hasard
Du verbe sans sommeil
Qui oublie le remords
Du jour sans soleil
A vanter des histoires
On finit par crever
Alors toi tu t’inventes une mort
Pour les lèvres de celle qui t’écoute
Et tu lui parles d’une autre
Partie pour là-bas
Et elle te tient la main
Parce qu’elle sait que t’as peur
Et toi tu as envie de lui dire
Que tu l’aimes
Parce que c’est vrai
Mais tu as peur
Parce qu’elle est trop proche
Parce qu’elle ressemble trop
Au souvenir
Que tu as voulu oublier
Mais qui appartient aussi à d’autres
A celles que tu n’as pas prévues
Mais que tu arrives à rencontrer
Février 1980
Je reviens avec mes poèmes de jeunesse : en voici un nouveau que je viens de redécouvrir et que je publie en deux parties…

Gueule de vagabond
Esprit moribond
Ton oeil se perd dans ta mémoire
Comme ta larme
A l’horizon de ton regard
S’est noyée
Dans un voyage sans retour…
Partie, finie
Totalité sans remords
Pour un fou qui s’en fout
Dans l’histoire de son rêve
Qui s’étouffe en recherchant
Partie, finie
Jouet d’un regard
Qui dit toujours non
Parce qu’il a peur du champ
Où ils ont cultivé son indifférence
Et où il a disparu
Emporté par une affreuse ressemblance
Avec la mort
Des ceux qui le lui ont dit…
Mais pourquoi
Pourquoi ?
Je termine aujourd’hui la publication de ce très long texte, commis il y a plus de quarante ans et auquel j’avais donné le titre ronflant de » Avant que ne meurent les victoires écorchées… »

Avant que ne meurent les victoires écorchées
Avant que ne s’entendent les discours du hasard
Tu regardes
Pour savoir
Pour l’espoir
Dans la foule pas un qui ne bouge
Pas un qui ne songe à remuer son poids de graisse
Alphabétique
Pas un qui n’oublie son anonymat
Pas un qui n’épèle son nom
Pas un pour croire qu’il y autre chose
Au dessus d’eux
Pas un qui n’ait un visage qui se reconnaît
Parce que tous attendent le lendemain
Qui suivra leur journée d’adoption
Qui passe en les tuant
Par paquets de minutes
Qu’ils ont volés à la pendule de ceux qui veulent pas
Mais qui sont morts
Pour l’instant ils ne marchent pas
Ils avancent
Mécaniques amnésiques
D’un mot qui revient
Sur toutes les lèvres pincées
Des ceux qu’on dit gagnants
Alors toi t’as plus que tes amis
Derrière d’autres fenêtres
Alors tu te dis que les leurs vont s’ouvrir
Et t’entends déjà le frémissement d’une autre foule
La foule aux visages ouverts
Alors tu joues une dernière fois à perdre l’espoir
Pour accroître ta haine
Pour que ton amour pousse
Au rythme des humains
Tu t’en fous que les fusils
Soient les croix des cimetières
Parce que toi tu veux te mettre à la fenêtre
Sans avoir la face éclaboussée
Par une flaque de calamité
Parce que toi tu veux revenir de ton voyage
Avec pour tout bagage
Le seul mot que tu auras rencontré
Parce que toi tu veux voir ce que tu as choisi
Voir deux amis se rencontrer
Voir deux années se raconter
Voir ou les hommes pleurent de joie
Voir où les enfants rient
D’avoir trop pleuré
Ailleurs
Voir les chefs mourir
Voir la beauté sans miroir
Voir des sourires sans bénéfices
Voir
Tout voir
Te voir
Novembre 1979

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce-qu’on t’a dit
Que tu étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment
Tes mains ne sont plus des amies pour celles des autres
Ce sont déjà des armes pour ceux qu’ont les bottes
Tu sens déjà ta bouche pourrir
A s’attarder sur leurs mots de pierre
Que leur construisent des temples d’enfer…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce qu’on t’a dit
Que t’étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu te dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment

…T’aurais voulu la mort
Qui tuera les blessures de ta croûte sénile
Parce qu’à force de vouloir t’éviter
Tu finiras par te condamner
Au repos ahurissant
Des travaux forcés
Du bagne de la ville qui étouffe
Les ceux qu’on dit poète
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu devrais réapprendre le regard
Qui fait avouer le vrai
Pour partir loin d’ici
Dans un rêve qui ne finit jamais
Partir sans visage
Amnésique
Voyager dans le creux de la vague
Que forment les désespoirs
De ceux qui restent
Parce qu’ils veulent pas
Voyager sur le trottoir d’en face
Où l’histoire s’est faite avec ces foutus
Que t’as failli rencontrer
Tu devrais voyager avec ceux que les autres oublient
Parce qu’ils sont habillés de refus
Tu devrais connaître le paysage de leur mort
Le labyrinthe de leur vie
Pour qu’eux aussi ils sachent
Que t’as peur
Que t’as peur quand t’es suivi
Par ceux qui fusillent
Les habitués de l’ombre de l’histoire
Mais il est trop tard
Je continue la publication de ce très long ( trop…) poème écrit il y a quarante ans. Pour en permettre une lecture sans coupure j’ai créé une nouvelle catégorie ajoutée au menu, avec le titre suivant : » les victoires écorchées… »

…Tu te dis que ça fait déjà longtemps
Que tu ne sais plus lui parler
T’as fini par croire que tu t’étais trompé
T’as fini par vouloir accepter
Que c’était un jeu perdu d’avance pour toi
Et puis t’as reculé
T’as refusé d’y croire
T’as recommencé
Et on dirait que t’as plus peur
Et déjà t’attends
T’attends la proclamation d’une mort générale
Pour ceux qui obéissent
Et qui disent qu’ils sont seuls
T’écoutes la plainte du nombre
De ceux qui pourrissent de honte
Parce qu’ils ont perdu la force d’aimer
Et de recommencer
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
T’aurais voulu te raconter
Parce que t’as entendu dire
Que quelqu’un finirait par parler
De ceux que tu détestais
T’aurais voulu leur parler
Pour leur dire qu’ils existent
Pour leur dire qu’ils subsistent…

…Tu devrais oublier les autres
Parce qu’ils ont leur ombre
Parce que tu as la tienne
On t’a dit que tu étais né
Comme les autres
Et toi tu joues au différent
Parce que tu sais que tu n’es rien
Parce que tu connais la mort
Tu l’as découverte
En l’église des paumés de l’angoisse
Où l’on ne prie pas
Mais où l’on crie qu’on a peur
Dans ce bal costumé qui n’en finit jamais
Il faut que tu assistes à la messe
Des ceux qui sont condamnés à attendre le verbe
Pour soupçonner le vrai
Ils te rajeuniront de ceux que tu ignores
Parce qu’ils savent eux aussi
Que tu les as trouvés
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu pourrais écrire des tragédies larmoyantes
Symptômes de vie
Paresseux mensonges d’une fausse mélancolie
Tu te portes au secours d’une angoisse
Qui s’agglutine
Par plaques de paumés
Sur les regards de ceux qui naviguent
Sans tickets
Tu devrais partir sans clefs
Pour nulle part
Et pour que si tu te perds
Tu saches où aller
Tu devrais être l’instant l’instant présent
Et qui passe plus vite qu’on l’oublie
Tu devrais écrire un poème
Où la rime qui s’entend
Est un baiser qu’on espère…

…Tu te surprends
Pleurant l’attente
Du troubadour jouant le désir
Sans aumône
T’entends déjà le fourmillement d’une foule
Qui arrive par paquets de bottes
Tu te soulignes à grands traits de rencontres
Avec des fossoyeurs d’esprit littéraire
Alors tu crois oublier les bottes
Parce qu’elles sont derrière la porte
De celui qui t’ouvre les yeux
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Sois sur que t’as aimé
Pour que le jour où tu animeras ton absence
Les suicidés de l’ennui
N’oublient pas que tu étais avec eux..

A grands coups d’épithètes vainqueurs des armateurs du silence
T’as vendu ta folie à un colporteur de passage
Qui soufflait des mensonges
Il ne te reste plus que ta citoyenneté ombilicale
Pour motif de mort
A force de vouloir subsister tu t’es pendu
Avec une corde de similitude
T’as pris au piège de ton histoire un mot de ton invention
Et il est devenu compagnon d’une dernière passion qui te dispersera.
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu t’inventes une bouche
Fleur pleine
D’assoiffés aux peurs qui survivent…
Un très long texte écrit entre 1979 et 1980 , comme chaque année depuis l’ouverture de ce blog je vais le republier en plusieurs parties, pour, je l’espère, que vous preniez le temps de l’apprécier…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées,
Avant que ne meurent les discours du hasard,
Tu t’inocules dans les veines un poison qui n’existe pas
Sinon pour ceux qui peuvent en souffrir.
Tu vois des chefs piétinant des pelouses d’enfants
Avec un artiste à leur trousse,
Pour que leurs morts s’ajoutent.
Tu insultes la silhouette d’un muscle
D’institutions barbelées
Qui sert d’ombre à des gladiateurs de cirques kakis.
T’ajoutes ta larme à celle du clown au chômage.
Tu espères toujours la parole à ceux qui ont peur,
Parce qu’elle les trompe,
De sourires en sourires,
Passés à boucher des trous d’obscurité.

Un souffle
De vie.
Pour longtemps.
Deux sourires,
Soudain.
En format souvenir.
Une joie,
Qui cogne
Aux fenêtres d’un civilisé du retard.
Rapide,
Un regard qui dure.
Deux regards qui tremblent
Et ils comptent
Sur leurs échiquiers intérieurs
Les fous qui leur jouent
Un hymne de mots
Pour un soir
Qui dure
Et ils trouvent ensemble
La route des autres
Et ils s’aiment
Vite

Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience
Lui grattait la mémoire
Aux vues de la crasse géographique
Pour empailler le regard officiel
Des touristes canonisés
Il aimait une de celles
Que les autres haïssaient
Parce qu’elle ne ressemblait
A personne
Sinon à l’ombre qui s’accrochait à elle
Comme sa misère
Il aimait sans définitions
Il aimait sans projets
Il aimait
Et c’était vrai
Et tant pis pour les ceux qui restaient
A attendre qu’il craque
Et il haïssait les égoutiers de l’amour
Il voulait oublier les romantiques d’imitation
Anachroniques
Il était de ceux qui découvrait
Il était de ceux qui attendaient…
Un jour il m’a semblé plus vieux que jamais
Deux béquilles lui tenaient la main
Il ne rencontrait plus personne…

Il traversait les rues
Comme on entonne un cantique
De travers
Et ça les faisait rire
Il avait choisi de ne pas se déguiser
Et les autres le sifflaient
Manequin
Il nourrissait son désespoir
A grands coups de musique qui crient
Qu’elles ont peur de ne pas être entendues
Il avait rencontré des gens
D’un jour
Qui lui promettaient la gratuité
Des regards
Et qui se firent bagnards
Dans les supermarchés
Où sont empilées des plaques d’hypocrisie
Pour isoler leurs murs de solitude
Egoïstes
Il parlait des autres comme je parle de toi
Avec des mots lames de rasoir
Qui tranchaient la peur
Des ceux qui subsistent
Dans les ombres des encapés
Du verbe
Il lançait des signes
A ceux qui attendaient
Comme lui
Le quelque chose qui aura toujours
Un retard d’habitude
Il ne voyageait pas pour
S’encylopédiser
Il était trop triste
Pour apprendre le faux
Qui enrichit
Les amputés du verbe
Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience
Lui grattait la mémoire

…Et on t’a dit que les morts étaient tranquilles
Et toi t’as vu qu’ils pleuraient
Et toi t’as dit
Il n’y a plus rien à rater
Tous les murs sont debout
On t’a dit de ne plus regarder
Que les silhouettes de similitude
Et toi tu as scié des arbres de vérité
On t’a dit de ne plus regarder les autres
Et toi tu l’as rencontré
Il avait le ciel au niveau du front
Des yeux lui servaient de nuages
Pour barrer la route à la lumière
Atomique
Qui dispersait la poussière
De son reste d’apparence
Ses mains lui pendaient aux bras
Comme deux points d’interrogation
Il avait enveloppé sa tristesse dans un drap de dégoût
Et les autres lui vomissaient de la mauvaise haine
Qui les avaient attachés dans l’antiquité de leurs regards
Paroissiaux
Il était habillé de l’indifférence similitude
Qui le faisait ressembler
A ceux qui passent leur route pour n’y plus revenir
Sa barbe datait de la dernière guerre
Celle qui n’avait pas eu lieu
Parce qu’il l’avait rêvée
Le jour où tous parlaient de paix
Il avait voulu se faire baptiser
Par les enfants de la rue aux rats niés
Qui s’en foutaient
De leurs pères et de ceux des autres
Parce qu’ils n’en avaient qu’un
La misère qui ne les guidait même plus
Et il est devenu le fou du village
L’amazonien du caniveau

…Ceux qui rêvaient
Dans l’ailleurs d’un autre pays…
Déjà une vague de désespoir
Toujours une marée de misère
Neige éternelle
Calaminée par le crachat d’une ville tuberculeuse
Où s’ennuient par milliers
Par grappes d’angoissés
Des vendeurs d’horizons
Au rabais
A l’étalage de leur mort
Grappe d’avenirs
Ils se comptent par solitude
Déjà…
On sent le regard d’une foule
Qui se meurtrit de bizarreries
Regards placardés
Sur les singes aux bouquins
Cacahuètes culturelles
Cage de mots
D’où on entend toujours une musique
Qui vrillerait le souffle
Des bouffeurs de chrono
Tout vacille
Quille…
Ton camarade suivant est mort
D’avoir été trop jeune
Pour savoir qu’il fallait vivre
Un pied devant l’autre
Qui suit
Indifférent
Et on t’a dit de regarder ta route
Qui mène tout droit
Où elle est toujours allée
Comme les autres
Et toi t’as vu
Et toi tu savais
Alors t’as trouvé
Encore…
Un autre de mes textes, très long aussi, écrit en 1980 que je republie en quatre ou cinq parties….

Je l’aurai rencontré un jour de mensonge
Un jour comme tant d’autres
Je l’aurai rencontré le jour où l’on pouvait partir
Pour d’autres villes
Je l’aurai rencontré dans ce port sans bateau
Dans ce port sans eau
Dans ce trop long canal où coulent des compromis
Pour rêver
Rêver
Où l’on traîne le regard
Avec une liasse de souvenirs identiques
Avec une liasse de remords
A imprimer
Avec l’énergie du cafard
Enjoliveur de mode
Pour les mélancoliques du soir sans muses…
Déjà des caves aux fenêtres de l’ombre
Enfumées
Vident leurs morts
Vivent leur mort
Banale
Hivernale
Pleins à craquer des affreux qui comptent
Sur leurs doigts seringues
Les intervalles de leurs soupirs
Mécaniques
Pour minuter
Leur éternel motif d’impatience
Pour le trop bref retour de ceux qu’ils rêvaient…
Mars 1980
Parmi mes nombreux poèmes de jeunesse, il y a en a de très longs comme celui que j’ai publié en plusieurs parties et parfois de très courts comme celui -ci écrit aussi il y a quarante ans

Parce que c’était triste sans mensonges
Il était né sur un papier qui attendra la poubelle
Il avait vécu sur une croûte de vie qu’avait produite
L’histoire du malheur de ses frères
Qu’il ne rencontrerait jamais
Parce qu’eux aussi, ils se sentaient si seuls
Qu’ils oublient parfois d’en regarder
Ailleurs…



Tu devrais plus souvent être seul
T’es trop souvent avec lui
Il est tricheur
Parce qu’il perd souvent
Quand il veut
Il est frimeur
Parce qu’il a toujours peur
Parle lui
Dis lui qu’on le vire
Dis lui qu’il ne se correspond pas
Qu’il est autre
Comme ceux qu’il a créés
Comme ceux qu’il a jugés
Dis lui qu’il est dépassé
Mais lui il s’en fout
Il le sait
Mais il faut s’aider
Parce qu’on est rien
Parce qu’on ne peut entendre sa raison
Parce qu’on ne peut attendre que ça passe
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
Tu peux être peureux
De supposer
Que finalement t’es pas là pour rien
Tu sais que l’unique ne peut exister
Sinon chez les théoriciens
Masturbateurs de cerveaux
Sinon chez les jardiniers
Du sentiment des autres
Tu ne peux pas passer ta vie à imaginer l’homme
Sans savoir s’il existe réellement
Comme les autres
Tu ne peux pas passer ta vie
A t’imaginer
Dans ton rêve
Sans savoir s’il est tien
Sans savoir s’il est réalité
Sauf peut-être pour d’autres
Pour elles
Pour eux
Veux tu encore construire de l’amour
Parce que c’est un jeu entre deux fous
Parce qu’on invente des règles
Parce qu’on recommence
Toujours les mêmes règles
Mêmes conneries
Jamais le même prudent
Jamais le même perdant
Et de toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
On dirait que tu cours après ceux qui te fuient
Parce qu’ils ont vu l’image
Parce qu’ils ont tourné la page
Parce qu’ils s’en foutent
Et toi tu t’essouffles à espérer
Quelquefois
Suicide toi
Meurs un peu
Fabrique toi une fin
Les yeux fermés
Sans les autres parce tu aurais peur
De toute façon demain tu seras peut-être écrasé par un tramway
Tu t’es peut-être trompé
Tu veux peut-être te lever de ton lits de songes
Qu’est ce que tu attends pour enfin distribuer ton portrait
Sans le faire payer au prix de tes mots d’avenir
Qu’est ce que tu attends pour te raconter
A ton auteur
Sans te mettre à trembler
Tu touches la vie
Comme celle que tu aimes
Tu veux la faire aimer
Tu veux qu’elle te réponde
Mais elle se tait
Parce qu’elle s’en fout
Parce qu’il est trop tard
Et toi t’es pas d’accord
Alors tu continue
Parce qu’autrement tu te ferais écrasé par un tramway.

…T’es sûr qu’aimer n’est pas original
C’est peut-être le mot qui pue
Mais t’es sûr d’autre chose
Parce que tu le cherches
Tu en parles pourtant
Comme les autres
Mais tu t’en fous
Ou tu fais semblant
Comme les autres
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
On dirait que t’as peur
De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste
Et pourtant tu ris derrière ton enterrement
Tu ris
Et les autres savent pas
Que tu trembles
Pour qui t’a tué
Pour qui t’a oublié
Tu trembles
Et les autres croient qu’il n’y a qu’une réalité
Celle de l’utile apparence
Et pourtant tu voudrais leur dire
Et pourtant tu voudrais craquer
Mais tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu attends
Parce que tu attends la fin de ton rêve
Heureux tu l’as trouvé
Et c’était pas mieux
Tu veux revenir au début
Parce que tu hais les fins
Qui n’existent pas
Tu veux revenir au début
Pour que les autres sachent
Qu’il y a autre chose
Que tu l’as trouvé
Déjà tu vas plus vite
Que ton rêve
Je crois que tu vas laisser tomber
Pas les autres
Eux aussi ils cherchent
Ils te croisent
Vite
Toujours le rêve
Ils sont ailleurs
Tu les fais tien
Et tu les oublies
Ils sont autres

…Et pourtant on sent que t’as peur
Pour elle
Du silence
De ses questions sans secrets
Et pourtant elle ne veut rien te dire
Et pourtant elle tue tes rêves
Et pourtant elle te tue
Parce que tu ne dis rien
Parce que tu parles avec celle qui est en toi
Parce qu’elle n’est pas celle là
Parce que c’est déjà une autre
Parce qu’elle est déjà dans le rêve d’un plus étrange que toi
Et toi tu parlais avec ton rêve
Et tu t’en foutais d’être né
Tu vois la réalité
Alors tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu sais qu’elle s’est échappée
Parce que tu t’es trompé
T’as encore peur
T’es un peu paumé
Je crois que tu finiras par comprendre
Que les autres t’oublieront
Parce que tu n’es que toi-même
Parce que tu n’es qu’un autre
Tu n’es que l’infime particule
D’un sentiment qui appartient
A ceux que tu n’as pas revus
A ceux qu tu n’as pas prévus
Tu veux pas réussir
Comme les autres
T’es sûr qu’il y a mieux
T’es sûr de trouver
T’es sûr qu’aimer n’est pas original
Je republie ce texte, écrit entre 1978 et 1979, je le publierai en plusieurs fois : son titre « tu t’en foutais d’être né… »

Tu t’en foutais d’être né
Dis tu t’en foutais
Tu rêvais pas
Ou tu t’en souviens pas
Et maintenant t’as peur
T’as peur
Et tu sais pourquoi
Le chaque jour de ta vie
Est un bagne de rêves
Et tu veux pas t’évader
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
Sors du foetus
Arrête de dire que t’es né
Pour ta liberté
Comprends qu’ils t’ont condamné
Comprends que le code t’a accouché
Pour que les lois puissent t’élever
T’en avais pris pour une vie
Et t’as cru t’échapper
T’as failli tout perdre parce que t’as cru être le plus fort
Arrête de dire que les autres ont tort
Parce qu’ils déracinent ton arbre de vérité
Arrête de conjuguer les autres à la troisième personne
Arrête de te déchirer sur leur indifférence
Criminelle
Un jour peut-être on parlera de toi au futur
Un jour peut-être…
Je retrouve encore dans mes multiples carnets, cahiers ou feuilles qui flottent au vent de vieux textes. J’avais moins de vingt ans…
Ils aiment ce qu’il faut
Condamné à mourir
Brebis galeuse
Du troupeau des indifférents
Il les observait
Et la honte lui plantait
Un couteau dans le rien
Honte pour eux
Flux, reflux éternel
Grande marée de médiocrité
Honte pour lui
Galet usé
Galet piétiné
Galet oublié.
J’ai écrit ce texte il y a quarante six ans avec vraisemblablement comme fond musical, le stéphanois de Bernard Lavilliers, la photo est beaucoup plus récente….

Samedi soir
Nouveau départ
Nouvelle chute
Pour une inconnue
De rires
Liquides
Béquilles pour s’éclater
Dans les rues
Des comme nous
Qui traînent leur habitude
De la petite semaine
Qu’ils ont brûlée
Dans des pauvres jeux quotidiens
Qu’ils continuent encore
Parce que c’est bon
Parce que le siècle s’éssouffle
Et ne veut plus d’eux
Ils sont nés pendant l’épidémie
Ils subsistent pendant l’agonie
Alors ils s’en foutent
Ils veulent aller plus vite
Parce qu’autrement
Ils n’auront plus que leur ombre cerceuil
A simuler
On les montre du doigt
Quand ils s’exagèrent
On les ignore quand ils se terrent
Ils traînent tous ensemble
A construire un monde
Qui s’écroule à chaque aurore
Regarde les dans les villes qui s’enterrent
Regarde les dans les villes qu’ils aiment
Par la multitude des autres
Des ceux qui sont comme eux
Regarde les
T’es comme eux
Regarde les….

Mais on y croit encore
Parce que l’unique s’immobilise
Parce que la règle est identique
Parce que les textes gravent leurs mots
Pour s’en souvenir
Et pour que les autres disent
Qu’ils ont bu
Une autre chose
Une autre dose
Qui oublie le hasard
Du verbe sans sommeil
Qui oublie le remords
Du jour sans soleil
A vanter des histoires
On finit par crever
Alors toi tu t’inventes une mort
Pour les lèvres de celle qui t’écoute
Et tu lui parles d’une autre
Partie pour là-bas
Et elle te tient la main
Parce qu’elle sait que t’as peur
Et toi tu as envie de lui dire
Que tu l’aimes
Parce que c’est vrai
Mais tu as peur
Parce qu’elle est trop proche
Parce qu’elle ressemble trop
Au souvenir
Que tu as voulu oublier
Mais qui appartient aussi à d’autres
A celles que tu n’as pas prévues
Mais que tu arrives à rencontrer
Février 1980
Je reviens avec mes poèmes de jeunesse : en voici un nouveau que je viens de redécouvrir et que je publie en deux parties…

Gueule de vagabond
Esprit moribond
Ton oeil se perd dans ta mémoire
Comme ta larme
A l’horizon de ton regard
S’est noyée
Dans un voyage sans retour…
Partie, finie
Totalité sans remords
Pour un fou qui s’en fout
Dans l’histoire de son rêve
Qui s’étouffe en recherchant
Partie, finie
Jouet d’un regard
Qui dit toujours non
Parce qu’il a peur du champ
Où ils ont cultivé son indifférence
Et où il a disparu
Emporté par une affreuse ressemblance
Avec la mort
Des ceux qui le lui ont dit…
Mais pourquoi
Pourquoi ?
Parmi mes nombreux poèmes de jeunesse, il y a en a de très longs comme celui que j’ai publié en plusieurs parties et parfois de très courts comme celui -ci écrit aussi il y a quarante ans

Parce que c’était triste sans mensonges
Il était né sur un papier qui attendra la poubelle
Il avait vécu sur une croûte de vie qu’avait produite
L’histoire du malheur de ses frères
Qu’il ne rencontrerait jamais
Parce qu’eux aussi, ils se sentaient si seuls
Qu’ils oublient parfois d’en regarder
Ailleurs…

Vite
Les mains frappent
Se crochettent
La saleté s’anime
La solitude s’excuse
La foule des anonymes
Au cul empaillé
D’une frime végétative
Souffle son merdique venin
Ça pue
Ça suinte la honte à quatre sous
Ça sent le tragique déguisé
Le soi-disant devient la vérité
Obstruée
Par le non horizon
Par le non avenir
Le naturel ne se cueille pas sur les rires
C’est un accouplement de médiocrité
Dans un orgasme de haines
Antihumains
De ce côté tu ne sais pas si c’est devant
Ou si c’est nulle part
Parce que tu n’y vas plus
C’est ton miroir déformant qui se brise
Tu pisses contre un arbre
Tu ne retournes pas
Et il tombe
Il n’a plus de racines
Il se soutient par lâcheté
Alors tu comprends de plus en plus
Et soudain
Soudain
Ton rêve déchire l’hontosphère
Tes yeux calaminent les regards mielleux
Tu marches à reculons
D’abord
Et tu cours
Ton histoire, elle est pas là-bas
Tu veux pas pourrir comme les autres
Tu veux mourir pour les autres
Le soudain, l’attendu
Arrive une fois
Ailleurs
Par hasard
C’est les yeux que tu cherches
C’est la voix qui te creuse
Ton odeur est encore celle d’hier
T’avais une plaie sur le ciel de tes yeux
Une plaie ouverte
A coeur ouvert
Toutes les nuits tu réalises l’imposture
L’imposture du noir
Qui coulait aussi de tes veines
Ta joie était à l’honneur
Fête nationale dans le calendrier de l’horreur
1980

Jeudi noir
Jeudi soir
Jeudi
Tu l’as vu
Alors tu te rappelles d’hier
Tu te rappelles du hier
Il y a celui à qui tu te confesses
Et l’autre qui voulait te finir
T’étais seul au milieu de cette cible d’hypocrisie
Et tu revois les flèches amères, en plein cœur
Et toi tu riais ta mort à pleine peur
Devant une forêt noire et stupide
Une forêt qui s’essouffle à plein siècles
Dans les silences du sablier sanguinaire
Des lueurs
Des odeurs
Et toi tu marchais
Tes branches t’écorchaient le sourire
Qu’ils ont honte de voir
Parce que tu t’en fous ou tu fais semblant
Alors tu te retournes, toujours
Derrière
Pour toi devant il n’y a plus rien
Sauf ce nuage couleur médiocre
Tu sais que c’est d’ailleurs que tout vient
Tu sais que t’es peut-être oublié
Que le hasard est encore vivant
Qu’il veut te rattraper
Alors tu te retournes de plus en plus souvent
Tu creuses ton chemin à pas mûrs
Un chemin pour croire
Ton testament est un cul de sac
Sur le néant
Alors reviens
Vite…
Je termine aujourd’hui la publication de ce très long texte, commis il y a plus de quarante ans et auquel j’avais donné le titre ronflant de » Avant que ne meurent les victoires écorchées… »

Avant que ne meurent les victoires écorchées
Avant que ne s’entendent les discours du hasard
Tu regardes
Pour savoir
Pour l’espoir
Dans la foule pas un qui ne bouge
Pas un qui ne songe à remuer son poids de graisse
Alphabétique
Pas un qui n’oublie son anonymat
Pas un qui n’épèle son nom
Pas un pour croire qu’il y autre chose
Au dessus d’eux
Pas un qui n’ait un visage qui se reconnaît
Parce que tous attendent le lendemain
Qui suivra leur journée d’adoption
Qui passe en les tuant
Par paquets de minutes
Qu’ils ont volés à la pendule de ceux qui veulent pas
Mais qui sont morts
Pour l’instant ils ne marchent pas
Ils avancent
Mécaniques amnésiques
D’un mot qui revient
Sur toutes les lèvres pincées
Des ceux qu’on dit gagnants
Alors toi t’as plus que tes amis
Derrière d’autres fenêtres
Alors tu te dis que les leurs vont s’ouvrir
Et t’entends déjà le frémissement d’une autre foule
La foule aux visages ouverts
Alors tu joues une dernière fois à perdre l’espoir
Pour accroître ta haine
Pour que ton amour pousse
Au rythme des humains
Tu t’en fous que les fusils
Soient les croix des cimetières
Parce que toi tu veux te mettre à la fenêtre
Sans avoir la face éclaboussée
Par une flaque de calamité
Parce que toi tu veux revenir de ton voyage
Avec pour tout bagage
Le seul mot que tu auras rencontré
Parce que toi tu veux voir ce que tu as choisi
Voir deux amis se rencontrer
Voir deux années se raconter
Voir ou les hommes pleurent de joie
Voir où les enfants rient
D’avoir trop pleuré
Ailleurs
Voir les chefs mourir
Voir la beauté sans miroir
Voir des sourires sans bénéfices
Voir
Tout voir
Te voir
Novembre 1979

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce-qu’on t’a dit
Que tu étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment
Tes mains ne sont plus des amies pour celles des autres
Ce sont déjà des armes pour ceux qu’ont les bottes
Tu sens déjà ta bouche pourrir
A s’attarder sur leurs mots de pierre
Que leur construisent des temples d’enfer…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce qu’on t’a dit
Que t’étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu te dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment

…T’aurais voulu la mort
Qui tuera les blessures de ta croûte sénile
Parce qu’à force de vouloir t’éviter
Tu finiras par te condamner
Au repos ahurissant
Des travaux forcés
Du bagne de la ville qui étouffe
Les ceux qu’on dit poète
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu devrais réapprendre le regard
Qui fait avouer le vrai
Pour partir loin d’ici
Dans un rêve qui ne finit jamais
Partir sans visage
Amnésique
Voyager dans le creux de la vague
Que forment les désespoirs
De ceux qui restent
Parce qu’ils veulent pas
Voyager sur le trottoir d’en face
Où l’histoire s’est faite avec ces foutus
Que t’as failli rencontrer
Tu devrais voyager avec ceux que les autres oublient
Parce qu’ils sont habillés de refus
Tu devrais connaître le paysage de leur mort
Le labyrinthe de leur vie
Pour qu’eux aussi ils sachent
Que t’as peur
Que t’as peur quand t’es suivi
Par ceux qui fusillent
Les habitués de l’ombre de l’histoire
Mais il est trop tard
Je continue la publication de ce très long ( trop…) poème écrit il y a quarante ans. Pour en permettre une lecture sans coupure j’ai créé une nouvelle catégorie ajoutée au menu, avec le titre suivant : » les victoires écorchées… »

…Tu te dis que ça fait déjà longtemps
Que tu ne sais plus lui parler
T’as fini par croire que tu t’étais trompé
T’as fini par vouloir accepter
Que c’était un jeu perdu d’avance pour toi
Et puis t’as reculé
T’as refusé d’y croire
T’as recommencé
Et on dirait que t’as plus peur
Et déjà t’attends
T’attends la proclamation d’une mort générale
Pour ceux qui obéissent
Et qui disent qu’ils sont seuls
T’écoutes la plainte du nombre
De ceux qui pourrissent de honte
Parce qu’ils ont perdu la force d’aimer
Et de recommencer
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
T’aurais voulu te raconter
Parce que t’as entendu dire
Que quelqu’un finirait par parler
De ceux que tu détestais
T’aurais voulu leur parler
Pour leur dire qu’ils existent
Pour leur dire qu’ils subsistent…

…Tu devrais oublier les autres
Parce qu’ils ont leur ombre
Parce que tu as la tienne
On t’a dit que tu étais né
Comme les autres
Et toi tu joues au différent
Parce que tu sais que tu n’es rien
Parce que tu connais la mort
Tu l’as découverte
En l’église des paumés de l’angoisse
Où l’on ne prie pas
Mais où l’on crie qu’on a peur
Dans ce bal costumé qui n’en finit jamais
Il faut que tu assistes à la messe
Des ceux qui sont condamnés à attendre le verbe
Pour soupçonner le vrai
Ils te rajeuniront de ceux que tu ignores
Parce qu’ils savent eux aussi
Que tu les as trouvés
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu pourrais écrire des tragédies larmoyantes
Symptômes de vie
Paresseux mensonges d’une fausse mélancolie
Tu te portes au secours d’une angoisse
Qui s’agglutine
Par plaques de paumés
Sur les regards de ceux qui naviguent
Sans tickets
Tu devrais partir sans clefs
Pour nulle part
Et pour que si tu te perds
Tu saches où aller
Tu devrais être l’instant l’instant présent
Et qui passe plus vite qu’on l’oublie
Tu devrais écrire un poème
Où la rime qui s’entend
Est un baiser qu’on espère…

…Tu te surprends
Pleurant l’attente
Du troubadour jouant le désir
Sans aumône
T’entends déjà le fourmillement d’une foule
Qui arrive par paquets de bottes
Tu te soulignes à grands traits de rencontres
Avec des fossoyeurs d’esprit littéraire
Alors tu crois oublier les bottes
Parce qu’elles sont derrière la porte
De celui qui t’ouvre les yeux
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Sois sur que t’as aimé
Pour que le jour où tu animeras ton absence
Les suicidés de l’ennui
N’oublient pas que tu étais avec eux..