Les couleurs ont disparu…

Parce qu’il ne faut pas vivre que sur ses réserves, même si elles sont « copieuses », je publie ce soir un inédit, tout chaud, terminé à l’instant…

Avalées en trois souffles de gris,

Qu’une pluie froide dilue

Les couleurs ont disparu.

Goutte à goutte,

Le ciel se pose,

Il s’étend, s’étire,

Prend ses aises.

Les yeux se plissent,

Ils cherchent le bout.

Les yeux se plissent,

Ils redressent les courbes.

La route devient molle,

Elle glisse,

Dans les bras de la brume.

La nuit n’est plus très loin,

Elle attend, là-bas,

Après le bout,

Après le tout.  

Tu baisses les paupières,

Doucement,

Petites billes de lumières,

Étouffent l’hiver au tournant.

Carnets : pluie…

Il pleut à seau, il pleut des cordes, il pleut comme vache qui pisse, il tombe des trombes d’eau. Bref il pleut. J’aime beaucoup la poésie qu’engendre la pluie, il y a toujours cette idée du débordement, du torrent, du dégoulinement. Et pour être sincère c’est souvent la vérité. Mais quand la pluie est légère, qu’elle n’est pas un long sanglot désespéré, mais une simple et douce larme qui s’écoule en caressant la joue, on est, me semble-t-il, moins prolixe. Il existe pourtant de belles pluies, douces, fines, caressantes, reposantes. Des pluies qui donnent le sourire quand elles sont attendues, des pluies mélodieuses, qui chantent, qui clapotent, qui cliquettent. Et parfois dans le panier à mot de cette pluie on trouve des paroles heureuses aux rimes pluvieuses…

Jeudi…

Aujourd’hui en réunion, vue sur l’école militaire

Non, non, pitié,

Pas aujourd’hui,

Je vous en supplie,

Mon rire s’est enfui.  

Pas de jeu de mots,

Pas de rimes en i.

N’insistez pas, je vous le dis.

Comment ?

Dommage, me dites-vous ?

Vous aviez de bons mots ?

Et bien tant pis,

Je cède, allons-y !

Je n’en prendrai qu’un :

Je le veux bref et poli.

En avant mon ami,

Je suis tout ouïe.

Par quoi commencerez-vous ?

Comment par i ?

Paris ?

Malheur,

C’est bien ce que je dis,

Comment, que me dites-vous ?

Ce que je dis ?

Ce que je dis,

C’est jeudi…

Vivement vendredi…

Mes Everest, Aimé Césaire…

Tu n’es pas un toit. Tu ne supportes pas de couvreurs. Tu n’es pas une tombe. Tu ignores tout silo dont tu n’éclates le ventre. Tu n’es pas une paix. Ta meule sans cesse aiguise juste un courroux suprême de couteaux et de coraux. D’ailleurs en un certain sens tu n’es pas autre que l’élan sauvage de mon sang qu’il m’est donné de voir et qui vient de très loin lorsque le rire silencieux du men-fenil s’avance en clapotant du fond funèbre de la gorge de l’horizon. Et voilà qu’en cou de cheval en colère je me vois, en grand serpent. Je m’enroule je me déroule je bondis. Je suis un vrai coursier déplié vers une éclatante morsure. Je ne tombe pas. Je frappe, je brise, toute porte je brise et hennissant, absolu, cervelle, justice, enfance je me brise. Climat climats connaissance du cri, ta dispersion au moins s’épanouirait-elle et au-delà de toute épouvante ? Cependant telle une chevelure l’âpre vin de fort Kino monte l’escarpement des falaises très fort jusqu’à la torpeur tordue des coccolobes.

Lundi matin…

Jules avait pris l’habitude, tous les matins, d’aller chercher une baguette de pain frais chez le nouveau boulanger. Il ne lui fallait guère plus de dix minutes, en comptant évidemment l’ignoble côte derrière chez lui. C’était deux-cents mètres qu’on avait hâte de franchir et qu’on finissait généralement essoufflé. Le lundi matin, il lui avait semblé que cela montait plus que d’habitude, et surtout que c’était plus long. Il n’avait pas l’œil constamment rivé sur le cadran le sa montre, mais il lui semblait qu’il avait bien mis cinq minutes de plus. Le mardi, bien décidé à ne pas mettre plus de temps que la veille, il prit soin de déclencher son chronomètre. La côte était comme d’habitude mais, il fut bien obligé de constater, arrivé au sommet, qu’il était en sueur et surtout qu’il avait mis plus de temps pour ce simple franchissement. En poussant la porte de la boulangerie, il a regardé machinalement sa montre : cela faisait dix-neuf minutes qu’il était parti. Que s’est-il passé ? Pain croustillant sous le bras, il rentre gaiement ayant déjà oublié sa contre-performance. Le lendemain, le mercredi, le verdict est sans appel, puisque son chronomètre affiche vingt-cinq minutes. Nous sommes jeudi, Jules veut comprendre, il est plutôt en bonne forme physique en ce moment. C’est trente minutes après son départ qu’il arrive chez le boulanger.

  • Désolé, il faudra patienter un peu, la fournée n’est pas tout à fait cuite !  
  • C’est curieux j’aurai pourtant pensé que j’étais arrivé plus tard qu’hier…
  • Vous êtes venu hier ? Je ne me souviens pas vous avoir vu, c’est avant-hier plutôt ? D’ailleurs non je suis certain de ne pas vous avoir vu depuis lundi, j’ai même pensé que vous étiez peut-être malade.

Jules ne répond pas, il se presse de rentrer, il a certainement besoin d’un bon café. Sa femme est déjà assise, elle l’attend.

  • Et bien tu en as mis du temps…
  • Ah bon je ne me rends pas compte
  • Bon ce n’est pas grave, je vais pas râler, c’est quand même la première fois que tu vas chercher le pain, en plus un lundi matin !

Matinales…

Au carrefour des impatiences

J’attends serein le signe de belle vie

Il est si bon l’espoir aux rires lointains

Dans ma réserve aux beaux futurs

Je n’ai plus assez de soleils matin

Mes Everest : Jim Harrison, »berceuse pour une petite fille »…

Dors. La nuit est une houillère
noyée d’eau noire –
la nuit est un nuage sombre
gorgé de pluie tiède.

Dors. La nuit est une fleur
lasse des abeilles –
la nuit est une mer verte
grosse de poissons.

Dors. La nuit est une lune blanche
montant sa jument –
la nuit est un soleil éclatant
noir et calciné.

Dors,
la nuit est là,
jour du chat,
jour de la chouette,
festin de l’étoile,
la lune règne sur
son doux sujet, obscure.

Flash…

Face au mur des angoisses futures

Je serre les dents en souriant

Ils sont si beaux les rêves à finir

Et s’étirent les lourds nœuds de nos lierres pesant

Rien…

J’écris beaucoup de nouvelles en ce moment, notamment des micro-nouvelles. Cela me donne l’envie de tenter l’expérience du trés très court, avec pourquoi pas une nouvelle rubrique….

Comme tous les matins, il ouvre la fenêtre. Ce besoin de savoir à quoi s’attendre…Stupeur : le paysage a disparu. Rien :  le vide. Ce n’est pas gris, ce n’est pas une nouvelle brume. Non ce n’est rien. Il sait très bien qu’il ne dort pas, on ne pourra pas lui faire le coup du « mais tu as rêvé… » Trop simple, trop classique. C’est simple il n’y a rien, plus rien. Autour de la table du petit déjeuner il n’en parle à personne. Il plaisante, il est de bonne humeur. Et soudain sa fille reste figée devant son écran.  

  • Papa, maman, je viens de recevoir une alerte !

Il pose tranquillement sa tartine.

  • Ah bon, et que dit-elle cette alerte ?
  • Et bien c’est ça qui est bizarre, elle ne dit rien !

Il ne répond pas mais se dit qu’il faudrait qu’il aille vérifier s’il a bien fermé la fenêtre…

28.01.2025

Vide matin…

Dans l’étirement des bras de plomb

Vers un bleu de ciel privé d’horizon

J’attends un zeste de souffle marin

Dans le vide rien de ce pauvre matin

Le monde boite bas

Souviens-toi passager,

Souviens-toi,

C’est un mardi,

Un petit mardi

Aux bords affaissés.

Tout va si vite,

Tant de terres traversées

Tant de terres séparées…

Souviens-toi,  

Derrière la vitre,

C’est un homme qui pleure,

Personne ne le voit.

Chacun est à son clic,

Les larmes ne s’affichent pas.  

L’homme regarde le monde,

Les autres ne le voient pas,

Rides sur le front,

Ils habitent le monde numérique.

L’homme pleure le monde perdu,  

Son monde frissonne et boite bas.

Lundi frileux…

Ce matin 7 h 10

C’est un lundi frileux

Tu le sens, tu l’entends,

Ton souffle sonne creux.

Tu pousses la porte

Le froid est là, vif et bleu.

Il est prêt et attend.

C’est long une nuit de feu

A se prendre au sérieux.

Il est là, nu et noir brillant,

Il te tend deux bras noueux

Prends un peu de temps et regarde le…

Mémoires…

En remontant aux sources d’ombres claires
J’ai bu l’eau fraîchie d’une mémoire première
Aux pierres rondes qui bombent le torse
S’accrochent des plaques de mousses vertes
J’ai trempé la main dans un écoulement des hiers finis
Et deux gouttes d’en haut m’ont parlé de demain…

Flash…

J’absorbe une tâche d’ennui

Avec l’épais buvard d’un début de nuit

Dans la marge un début de cri

Et toi tu n’entends rien

Inlassablement tu écris

Billets d’humeur : la traîtrise…

La trahison est partout, elle devient le dénominateur commun qu’utilise les indignés frénétiques. Ce qui est frappant aujourd’hui c’est de constater à quel point, nombreux sont celles et ceux, qui ont l’indécence de se poser la veille en ardent défenseur de la justice dans ce qu’elle a de plus noble, la prise de temps, le recul, la réflexion, l’analyse circonstanciée, le droit à la défense et le lendemain se permettent en quelques dizaines de caractères, généralement écrits sous X de se transformer en enquêteur, en accusateur et pour finir en bourreau. Evidemment nous savons tous aujourd’hui que le temps de la réaction est tellement réduit qu’il ne correspond même plus au temps de la respiration. Dans un seul souffle, parfois aigre et coupant, on frappe, on tranche, on élimine, bref en réalité on refuse tout ce qui n’est pas en mesure de trouver une place dans l’étroite bulle cognitive dans laquelle on vit. Et c’est ainsi que chacune et chacun, peut au détour, d’un mot, d’une réflexion, d’une pensée, d’une émotion se retrouver cloué au pilori, et se voir accusé de traitrise sans même n’avoir eu le temps de réaliser ce qui se passait. Penser autrement c’est déjà le signe qu’on pense…

L’usine a fermé…

L’usine a fermé,
Pas un homme pour cisailler l’épaisseur du silence
Pas un homme pour entailler la longue surface de gris
La broussaille avance, les cheminées ne rêvent plus
D’atteindre de leurs soupirs métalliques un ciel au bleu oublié
Le monstre s’est affalé, les cris sont avalés
Ne reste plus qu’une odeur de terre
Une odeur de terre orpheline des fers qui l’ont abîmée
Muette de la rouille qui la faisait chanter
Ne reste plus qu’un chant d’oiseau, c’est beau
Ne reste plus qu’un soupir de trop

Soutien à Boualem Sansal…

Ecrire c’est se libérer

Lire ce que d’autres ont écrit c’est partager leur liberté

Un écrivain enfermé

C’est notre liberté enchaînée

Dialogue inspiré…

Je ne trouve pas l’inspiration…

Comment tu ne trouves pas ? Explique-moi, je t’en prie… Tu prétends que tu ne trouves pas ? Admettons, je veux bien, mais cela signifie, enfin je l’espère, que tu as cherché, et probablement cherches-tu encore !

Oui c’est cela, je cherche, je cherche… Et ne trouve rien…

Étonnant tout de même : je te connais…Il t’en faut si peu : un train qui passe, une flaque d’eau sur un quai, un rayon de lumière derrière une vitre grise, une vague qui grossit et d’un coup, d’un seul, tu as la main qui tremble et le regard qui luit…

Oui je le sais, tu as raison. Je crois comprendre ce qui m’arrive. Je ne dois plus chercher. Il faut que je sois saisi, surpris. Les trains sont loin, toutes les marées sont basses. La lumière elle-même est étonnée de toute cette lenteur, et le ciel, ce ciel tellement étonné qu’on se mette à le regarder…

Et bien tu vois, tu as trouvé, tu es inspiré…

Oui c’est vrai, mais où sont les rimes, où sont les vers, les images, les…

Mais comment tu ne les vois pas, tu ne les entends pas ?

Non je t’en prie dis-moi ?

Chut, ne dis rien, le silence est la rime d’aujourd’hui…

Chuuuuint…

Anton se souvient quand ils ont pris la voiture avec Marcel son père. Il était très tôt quand ils sont entrés sur l’A7. Ils ont roulé près de deux heures sans rien dire avec simplement le bruit du moteur et les chuintements des autres voitures, plus rapides, et qui vous doublent en produisant ce souffle, chuuuinnt, si caractéristique quand la vitre est légèrement ouverte. Ce bruit, Marcel dit que c’est un chuintement. C’est vrai que c’est un mot qui va bien, parce que si on ouvre la vitre plus grand, c’est pas pareil ça ne chuinte plus, c’est autre chose, un autre son qu’on ne retient pas, qu’on n’arrive pas à capturer dans sa mémoire pour en faire un joli mot.

Il se souvient. Ils se sont arrêtés sur une aire, il faisait chaud, il y avait le bruit des camions et on entendait les premières cigales. L’A7 c’est le sud et le sud c’est les cigales. Le sud : l’air est sec, les cigales vibrent, les chuintements se gravent dans la mémoire, les camions rugissent au loin. Anton regarde Marcel qui s’étire dans un sourire. Ils sont sortis de la voiture, sans rien dire, parce que dans ces moments-là, il ne faut rien dire pour ne pas prendre le risque d’abîmer ce qui va entrer en vous. Ils sont sortis et il y a eu le claquement simultané des deux portières, bruit de métal et de cuir, enfin il pense que le cuir c’est ce bruit là que ça fait. Ils ont marché quelques dizaines de mètres et maintenant les odeurs prennent toute la place dans la machine à émotions.

Les odeurs sur une aire d’autoroute : il y a l’essence bien sûr, le caoutchouc un peu chaud aussi, un mélange qui se marie avec les bruits qu’on entend. Marcel et Anton sont bien mais ne le disent pas, ils le savent, le comprennent sans se regarder, c’est écrit dans le silence tranquille qui s’est posé entre eux. Anton a quand même levé la tête, son regard a croisé celui de Marcel, et aujourd’hui Anton se souvient. C’est ce jour-là, il avait une dizaine d’années, qu’il a commencé à comprendre ce que c’était qu’être un autre, être différent, il a compris que c’est accepter de se jeter dans les bras de l’émotion, entièrement, sans réfléchir, sans s’interdire, y compris dans ces moments et ces lieux que tous ceux qui discourent sur le bonheur, sur le beau rejettent et abandonnent sur les rives bleues de leur vie. 

Ces marcheurs de rêve vous vendent des plages blanches, des couchers de soleil et soudain vous êtes là sur une aire d’autoroute, un peu après Montélimar. Votre voiture n’a pas d’acajou, les sièges sentent la chaleur, mais quand vous sortez, là, avec votre père, votre père cet incroyable personne qui vous a dit : « pas d’interdit, ne retiens pas, laisse-toi aller, ne trie pas tes émotions ». Et les émotions entrent à plein bouillons. Bien sûr une voix bien-pensante est là pour vous rappeler que ce n’est pas normal, ridicule même. Mais vous vous moquez, vous laissez entrer et ça fait comme une vague et c’est la première fois que Anton s’est dit : « ça y est j’ai compris, je suis un autre… »

Extrait de mon quatrième roman

Mémoires

Homme pressé sur un banc s’est assis

Il regarde en souriant

Le temps qui file en grinçant

Homme pressé pour un instant s’est libéré

Matinales…

Brest…

J’aime le décalage. Montrer ce qui est oublié, enfoui. Brest fait partie de ces villes où la mémoire est partout. Ville du bout du monde, porte de l’océan. Le gris est partout il est une trace, une cicatrice, un rappel. J’ai un lien fort, affectif, émotionnel avec cette ville, ce lien qui m’accroche aux silences, aux zones grises, elles aussi, de mon grand père qui prit la mer en 1914 sur un navire de la marine nationale, de mon père qui portait en lui des traces de ces mémoires enfouies…

Mes Everest, Marc Rombaut. « Il se leva… »

Marc Rombaut est un romancier belge, également journaliste de radio, critique d’opéra, poète, enseignant et essayiste.

Il a passé son enfance à Bordeaux. Après des études universitaires à Bruxelles, il a fait de la recherche et a enseigné en Afrique de l’Ouest.

Il se leva

Il se leva, raidi dans sa chair. Lentement, craquant de toute sa peur, le poids de la nuit dans sa gorge, il se porta vers le soleil. Son visage écrasé s’ouvrit laissant entrevoir des yeux blottis dans leurs larmes. De ses mains il parcourut le ciel givré dans sa blancheur et se retira comme dépossédé d’un rêve. Son visage se plia délicatement.

Flash…

Dans le fleuve des espoirs à venir

J’ai jeté ma ligne de fil mauve

Pas un rire n’a mordu à la mouche éphémère

Seuls deux ou trois ronds dans l’eau

Tentent la vaine traversée

Sur l’autre rive aux herbes pointues

On devine l’étreinte des retrouvés

La mer et la brume…

Je ferme les yeux,
Doucement, tout doucement.
Derrière les paupières lumière si douce.
Légère, fraiche, caresse que mon regard entend.
Et derrière mes yeux, ton regard brillant
Tes yeux, mes yeux nos regards mémoires.
Mes yeux, tes yeux, nos yeux qui s’effleurent et s’entendent.
Dans nos regards, la mer et la brume.
Dans nos regards un bouquet de souvenirs.
Regarde petite, regarde…
Regarde à l’intérieur de ton coffret à images
Quelques bijoux brillent pour deux.
Ecoute, petite, écoute.
Dans le creux de ta main,
Il y a le bruit de la mer
Ils ne sont deux à l’entendre.
Il est loin.
La caresse de ses mots sèche les larmes
Au coin de son regard, le sel a séché,
C’est beau, c’est si bon à caresser.

Matinales…

Sous les cendres d’une nuit tremblante

Les impatientes braises de l’aube

Attendent notre premier sautillement

Poèmes de jeunesse. « Ici » 2

Ici,

Ici tu viens pour apprendre

Que tu n’es rien

Pour comprendre

Que les hommes dehors

Sont passés par là

Alors, alors

Le sens du message

Te gicle à la face

Équation française :

Moyen, moyenne

Nation

Mais ici ils n’ont que ta silhouette déguisée

Jamais ils ne pénétreront dans ce qui est fait de toi

Jamais ils n’auront la part du rêve qui t’appartient

Parce qu’il est fait des autres, que tu aimes

Et qui les fait rien

Jamais ils ne découperont tes souvenirs en pointillé

Parce qu’eux sont nés avec la préhistoire

Ils ont oublié d’avancer

Alors ils se sont améliorés

Organisés

Et ils affranchissent tous leurs mots

De cinq lettres

A-R-M-E-E

Mais alors toi il faut que tu te battes

Bats toi !

Pas contre eux

Ils seraient trop heureux d’exister

Bats toi, contre toi

Fais que ta silhouette ne soit qu’ombre

Fais que ta parole ne soit là bas , que branche morte

Pour que vivent les racines

Les seules

Celles de ta vie

Celles qu’ils n’auront jamais

Alors ils pourriront

Peut-être

Poèmes de jeunesse . « Ici » 1

Je publie en deux parties, un texte écrit le 11 novembre 1982, j’étais alors soldat du contingent, le temps était gris, l’ennui était grand… Ce n’est pas un texte antimilitariste, car je ne l’ai jamais été fondamentalement, c’est encore un texte profondément mélancolique.

Ici,

Ici tout pue

Même le désespoir est carré

Toujours cette odeur angoissante

Où la ressemblance kaki

Se marie si bien

Avec un automne

Sans fin, ni feuille

Ici,

Ici le vide

Perpétuel engrais

D’une varice

Sur un monde

Qui attend le grand cri

Pour enfin dire non

Ici,

Ici j’étouffe

Je ne comprends plus

Ou trop

Je ne peux risquer un

Pourquoi ?

Ici les réponses n’existent pas

Elles pourrissent dans l’antiquité des ordres

Ici le masculin est toujours sujet

Le féminin neutre s’ajoute

Comme trois points de suspension

Ici,

Ici tu viens pour servir

Un bout de chiffon

Lange trouée

D’une république à répétition

Mitraillette de la honte

Ici,

Ici tu ne dois pas pleurer

Ça fait désordre

Ici tu dois sourire béatement

L’extase est dans l’alignement

On te déplace

Et toi tu bouges

Tu t’aperçois que marcher

C’est soustraire tes pas

A ton propre chemin

Cadence infernale

Et toi tu retiens ton souffle

Et tu le rajoutes à ta haine

A l’ailleurs de derrière tes yeux

T’as peur

Et tu pourrais craquer

Poèmes de jeunesse : cri…

C’est en 1982 que j’ai écrit ce texte, j’étais alors appelé du contingent, je n’en pouvais plus des trains de bidasses et du comportement bestial de mes congénères dés qu’une fille, une femme, passait dans le champ de leurs regards… Il semble me souvenir que c’est à cette occasion que j’ai écrit ce texte….

« Le cri de Munch »

Attachés à un poteau de médiocrité

C’est ainsi que je vous vois

Miroir sans teint de ma propre haine

Vous avez dans la bouche

Un coton de couleur gris foule

Et c’est moi qui vous étouffe

Quand vous subsistez

Dans l’encore

Et pour le toujours

Du pourri qui vous entoure

Crevez vous dis-je

Je n’ai pas de honte à vous ignorer

Votre laideur c’est tout ce qui se sent

Quand on a le cœur entre parenthèses

C’est de vous rendre au tiercé

De beloter

De roter

Un doigt dans le nez

Et l’autre pour crever l’œil

De cette fausse pauvreté

Qui vous gratte le dos

Vous puez le nouveau-né

Et pourtant vous êtes armés

De cette virilité costumière

Que vous tenez

Chien en laisse, obéissant….

Votre virilité il faut qu’elle se soulage

Dans le ventre d’une aveugle du samedi soir

Vous videz

Et vous frappez

C’est le seul orifice

D’où s’échappe

L’engrais fétide de votre personnalité

Amputée d’humanité

Elle se contente de l’odeur de la chair

Cruelle

Dans vos têtes

Des marionnettes sans yeux ni coeur…

Pouvoir

Dans les leurs

Dans les celles de ceux qui ne veulent pas rêver

Des ceux qui se disent que l’enfance n’est pas un handicap

Il y a la peur

La haine

Et l’amour….

Mes poèmes de jeunesse…

Aux adultes en sursis d’enfance

Un enfant passe

Une histoire l’attaque

le rabote l’assoiffe et l’affame

Le pousse

Au supplice du sentiment d’habitude

Devant les adultes majuscules

Qui ont mal conjugué

Leur verbe aimer

Et il est tombé

Dans un trou

Où les ombres s’ennuient

Par manque d’éternité

Texte écrit en 1979…

Poèmes de jeunesse

Je fouille, je fouille, je cherche et je trouve encore quelques textes, très anciens, expériences anciennes de mon laboratoire poétique…

Photo prise par Alice Nédélec

Je suis d’ une autre grammaire que la vôtre

Je n’ai pas de proposition principale

Je ne parle qu’en subordonné

Au temps présent qui s’écoule

Et qui m’attend

Les plaintes ne nourrissent pas la vérité

Elles ont brûlé mon trop plein d’espoir.

Poèmes de jeunesse : « le mot est là… »

Fantastique.

Le mot est là.

Somnambule.

Depuis six mois

Tout se remonte.

Mécanique

Existante.

Absolue…

Pour la noirceur

D’une virginité

Epuisée

De son silence

De papier

Aligné.

Août 1980

Poèmes de jeunesse

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Rêve à finir

C’est une guerre où les hommes périront

Systématisés

Calcinés

Par l’addition

D’une angoisse planétaire

Qui les fait

Terreurs

Mes poèmes de jeunesse…

Lorsque j’ai décidé d’ouvrir une nouvelle rubrique en publiant de très vieux textes, la plupart ont plus de quarante ans j’ai été tout autant frappé par les maladresses et les envolées lyriques que par la « permanence » du style…

Ecoute,

Ca craque petite

Ecoute,

Ca bouge.

Arrête de rire petite

Ecoute.

Tout tremble,

Tout se désespère.

Vent de panique,

Regarde petite,

Regarde !

Année 1977…

Matinale glacée…

C’est un matin au froid qui frise

Feuilles frétillantes

Feuilles frissonnantes

Chant du gel matin

Les rires tremblent

Je les entends

Si loin

Mes Everest, Jules Supervielle : encore frissonnant …

Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Flash…

Il faut rester liés

Peu importe la couleur, la matière, l’âge, ce qui nous lie est plus fort ce qui nous sépare. La haine, les haines qui déferlent aujourd’hui sans aucune limites, sans aucun garde fous me donnent la nausée. Les mots sont abîmés. La pensée n’existe plus. Seul le réflexe compulsif domine. Je n’entends plus que des vociférations. Il nous manque tant celles et ceux qui loin de leurs narcissiques écrans éclairaient les chemins noirs, ( Camus je pense à toi… ).

De ci de là des paroles posées, qui sortent de cette permanente mélasse où tout est confondu : la politique et ses bassesses, l’histoire et ses blessures, et la haine sans limites pour des peuples errants qui souffrent en silence d’être les otages des apprentis sorciers qui occupent et salissent nos espaces de vie…

Flous…

C’est fou ce flou

C’est flou c’est fou

Chut l’ami doux

Entends le frou frou

C’est si doux ce frou flou

Je n’en vois plus le bout

Matinales…

Le ciel ne trouve pas d’issue

Dans l’aurore aux heures glacées

Il cherche un chemin vers les rondes lumières

Tout est si loin dans sa mémoire brûlée

Flash…

Écoutez peuple des riants

C’est la marée lasse du soir tombant

Partout le bruit des roulettes

Sur le chemin des partants

On se presse on s’attend on s’éprend

Ils sont loins nos beaux rires d’enfants

Flash…

Dans le décharnement solitaire

De l’arbre contraint à la nudité automnale

Il y a toute la violence d’une lente agonie

Comme un cri de douleur retenue

Comme un cri de couleur disparue

La sève figée entre les maigres bras

D’une brume fragile

Attend des demains

Paisibles et fleuris

Mes Everest, Victor Hugo, « En hiver la terre pleure »

En hiver la terre pleure ;
Le soleil froid, pâle et doux,
Vient tard, et part de bonne heure,
Ennuyé du rendez-vous.

Leurs idylles sont moroses.

Soleil ! aimons ! – Essayons.
O terre, où donc sont tes roses ?

Astre, où donc sont tes rayons ?

Il prend un prétexte, grêle,
Vent, nuage noir ou blanc,
Et dit : – C’est la nuit, ma belle ! –
Et la fait en s’en allant ;

Comme un amant qui retire
Chaque jour son cœur du nœud,
Et, ne sachant plus que dire,
S’en va le plus tôt qu’il peut.

Victor Hugo

Et si nous prenions le temps…

Sur le chemin de mes inspirations je jette parfois quelques cailloux en prose. Réflexions, interrogations, que sais-je, elles traversent furtivement, je les saisis au passage. C’est tout…

Et si nous prenions le temps.

Oui c’est cela qu’il nous faut : prendre le temps ; le prendre avec envie, avec désir, avec tendresse. On oublie parfois que dans une expression comme celle-ci le choix des mots est essentiel : il n’est jamais le fruit du hasard. Pourquoi prendre le temps ? S’agit-il de le prendre, de le saisir, de le tenir contre soi charnellement, pour qu’il se sente bien, en sécurité. Prendre le temps contre soi, c’est peut-être comme prendre la main, prendre comme serrer, embrasser, étreindre, caresser aimer…Le temps passe, coule, s’enfuit. Il faut le retenir ! Oh non pas pour stopper sa longue marche inéluctable mais simplement pour le sentir, le ressentir, entendre le battement de son cœur.

Oui je veux prendre le temps

Matinales…

Dans le presque bout
Du pâle gris
D’un lointain matin
Coquin
Câlin
J’ai posé
La belle couleur
Du rire malin

Billets d’humeur : traîtrise…

Il n’est pas rare d’entendre parler de traîtrise quand il s’agit de qualifier le comportement de quelqu’un qui, notamment en politique, décide, pour de bonnes ou mauvaises raisons, de changer d’avis ou dont les positions évoluent. S’il peut être légitime et compréhensible de considérer comme une trahison le fait de briser le lien de confiance qui pouvait exister, il me semble qu’il y a aujourd’hui une utilisation abusive de ce terme.

Il s’agit dès lors de considérer comme un traître celui ou celle qui refuse de se laisser emprisonner dans ce que j’appelle une camisole idéologique excluante. Il est heureux, je le pense sincèrement, que des personnes ne s’interdisent pas de penser par elles-mêmes, ce qui peut avoir pour conséquence d’émettre un avis, une opinion divergente, différente, voire simplement complémentaire. Ce n’est non seulement pas grave, mais c’est surtout un signe de vitalité pour la liberté de penser et d’agir. Il m’est d’ailleurs arrivé, à l’époque où j’étais comme on dit « encarté », de partager tout ou partie des points de vue de celles et ceux que j’aurai du aveuglément combattre, pour la simple et bonne raison qu’ils n’appartenaient pas à la même écurie. Et se produit alors, ce phénomène un peu perturbant, quand on est persuadé d’être fondamentalement attachée à la liberté d’expression qui est celui de l’auto-censure. Il y a quelques années j’ai donc décidé de ne plus me contraindre à n’écouter qu’une seule mélodie, ou plutôt un seul refrain. Je commence donc par réfléchir avec les quelques outils que j’ai à ma disposition et je m’exprime librement. Et je ne m’en porte que mieux.

Matinales ?

Matinales nous dis-tu ?

Il est plutôt cette heure bancale

Qui hésite entre le presque et le déjà

L’heure de la petite faim

L’heure des glaçons

Qui tintent dans les verres polissons

Bref il est presque midi

11 janvier

Mes Everest, Grégoire Delacourt…

L’extrait que je vous propose est comment dire d’une intensité poétique qui provoque des vibrations.

/… Sa famille.

Des cultivateurs dans le Cambrésis. Vingt hectares de lecture fourragère. Quelques bêtes. Des nuits de peu d’heures, des mains usées, des ongles noirs, comme des griffes, la peau tannée, un vieux cuir craquelé. Jamais de vacances, jamais de premier mai parfumé au muguet ; la terre, toujours, la terre exigeante, capricieuse ; et la mer, une fois, une seule, pour mes sept ans, a-t-il précisé, mais pas vraiment la mer, une plage plutôt, celle des Argales, à Rieulay, du sable fin au bord d’un lac artificiel sur un ancien terril ; mes parents n’avaient pas voulu me décevoir : ils avaient dit qu’il n’y avait pas de vagues ce jour là, une histoire de lune, de planètes, je ne sais plus, et je les avais bien crus, bien que l’eau ne soit pas salée, ah ça ! disait mon père à propos du sel, ça dépend des courants, des marées et même de la lune, André, c’est très compliqué, tu sais, tout ce bazar, et plus tard j’ai compris qu’ils avaient voulu m’écrire une histoire unique, m’enseigner que l’imagination fait advenir tous les voyages, exhausse toutes les enfances. Ils ne se plaignaient jamais, ni du gel ni des pluies qui pourrissaient tout ; ils sillonnaient et façonnaient la terre comme des sculpteurs, comme des amants ; ils lui parlaient, ils la remerciaient les jours de grande récoltes , la consolaient lorsque le froid la fendillait et la gerçait ; ils aimaient que le temps marque les choses. Ils attendaient les printemps comme on attend un pardon. /…

Matinales…

Sur le cadran mou de mes heures englouties

Je fixe d’un œil qui plisse

Les traces floues de flèches qui filent

La jeunesse rêche des années enfouies

Derrière la lourde porte de mes vagues écrits

J’entends l’amer papier nuit

Qui se froisse dans le vent des soudains

Mes Everest : Marguerite Duras

Un texte tiré de l’ouvrage « l’été 80″. Cet extrait est l’introduction de  » Gdansk est déjà dans l’avenir « .

…Le temps s’était couvert et la tempête est arrivée portée par le vent du nord. Ce vent était très fort, d’un seul tenant, sans trêve aucune, un mur, lisse et droit. Et la mer de nouveau s’est déchaînée. De la pluie est venue pendant la nuit et elle a été chassée par la force du vent. Toute la nuit ce vent a hurlé, sous les portes, dans les failles des murs, dans la tête, les vallées, le cœur, le sommeil. De même la chambre de laquelle je vous écris a été toute la nuit dans le grondement sombre et massif de la mer. Entre ses eaux, des déplacements s’opéraient, terribles, des fracassements, des éboulements aussitôt colmatés que survenus et dont la violence s’évanouissait dès la surface atteinte, à peine l’air touché, dans un déferlement d’une énorme blancheur…

Carnets…

Ce qui est triste et surtout dangereux dans ce monde qui n’est déjà plus celui du demain mais celui du jamais c’est qu’on ne parle plus, on ne se parle plus.
On ne se parle plus parce qu’on ne sait plus on ne veut plus s’écouter. Les mots qui sortent de votre bouche et qui essaient alors avec cette fière humilité de s’assembler pour former une pensée, de formuler un avis, un point de vue voire même d’exprimer une conviction ne sont plus écoutés, ils sont simplement entendus comme un bruit de plus dans cette monstrueuse cacophonie médiatique.
Ils sont alors immédiatement passés au gros tamis des réactions claniques qui s’estiment supérieures parce qu’elles sont persuadées d’être nourries d’idéologies qui ne sont rien d’autres que des dogmes.
On ne cherche pas qui tu es lorsque tu parles mais on s’intéresse à ce que tu es pour t’enfermer dans une cage ou une pensée différente devient la preuve d’une trahison. On cherche à te dire à qui tu appartiens où à qui tu dois désormais appartenir. C’est ainsi qu’aujourd’hui se construit le soit disant débat politique. Lorsque je formule des idées lorsque j’exprime des convictions que j’ai pris le temps de construire avec exigence et respect je suis immédiatement renvoyé dans des périmètres idéologiques que je combat pourtant de la même manière depuis toujours. C’est par exemple ce qui se produit lorsque je parle de ma vision de la laïcité.
En conséquence et ce post est une rare exception je me tais et je m’épanouis dans l’expression poétique qui pour quelques temps est préservée…

L’oiseau s’est envolé…

Pour participer à un concours de micro nouvelles j’ai retravaillé un ancien texte que j’avais écrit pendant le confinement.

Ce matin Jules s’est levé en sueur.
« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! ».
Ces paroles ne le quittent pas. Elles sont là, résonnent, chantent au fond de son crâne douloureux.
Jules se souvient rarement de ses rêves. Mais ce matin, il sait, il sent, il ressent. Il est certain que ce sont des paroles qu’il a entendues cette nuit, dans son sommeil. Il lui semble reconnaître cette voix : une voix douce et gaie.
Il faut dire que Jules vit seul, et débute sa journée comme il l’a finie : dans le silence. C’est pour cette raison qu’il aime tant cette compagnie sonore, comme une caresse qui réconforte.
Tous les matins, depuis dix jours, il prend le temps de faire le tour de son appartement avec ce nécessaire regard d’explorateur, comme s’il découvrait à chaque fois, un territoire inconnu. Oh ce n’est pas très grand, mais il a suffisamment d’imagination pour s’inventer à chacune de ses tournées des aventures nouvelles. Il s’attend toujours à être surpris, à découvrir, qui sait, un coin encore vierge, dans une des quatre pièces de son logement. Intérieurement il sourit de sa naïveté : comme si les lois de la géométrie pouvaient à la faveur de ce confinement être bouleversées. Ce serait incroyable que je sois le premier à découvrir que dans certains rectangles, on peut trouver un cinquième coin. Pauvre Jules, il est seul et ne sait plus quoi inventer pour s’aérer, pour s’obliger à ne pas rester enfermé entre ces quatre murs. Quatre murs ? Il faudra peut-être que je recompte se dit-il ?
« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! ».
Toujours ce refrain qu’il entend, petite voix familière. Il a l’impression qu’elle se rapproche.
Après avoir traversé le long couloir – sans faire de pause s’il vous plaît- Jules se trouve désormais devant sa bibliothèque.
Il commence par un long moment d’admiration, presque de la contemplation. Il est vrai qu’il a un côté maniaque qu’il assume totalement. Il ne se passe pas de journée, en période normale, sans qu’il ne caresse les dos alignés de ses très nombreux livres. Il les bouge parfois, légèrement, souffle sur le dessus, persuadé que la poussière s’est encore invitée et va coloniser les pages.
Jules aime les livres, nous l’aurons compris. Et depuis le début de cet enferment imposé, Jules accomplit son rite plusieurs fois dans la journée. Nous ne sommes pas loin, reconnaissons-le, de l’obsession.
Bref, Jules après la longue traversée du couloir sombre et aride est là, raide et rigide, plantée devant les rayons de sa belle bibliothèque bien garnie.
« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! ». La voix semble se rapprocher.
Jules aime les livres bien sûr, mais Jules aime aussi les oiseaux. Il est même passionné ET aime les observer, les écouter, et surtout, par-dessus tout ce que Jules aime c’est quand ils s’envolent…
Nous avons donc compris, que comme Jules aime les livres et aime aussi les oiseaux, Jules a beaucoup, mais alors beaucoup de livres sur les oiseaux. Il arrive d’ailleurs assez souvent à Jules de dire que dans une bibliothèque les livres, sont en cage, et qu’il faut de temps à autre les libérer, ouvrir portes et fenêtres et les laisser s’envoler. C’est une image bien entendu ajoute t’il car n’oublions pas qu’il est maniaque et qu’il redoute par-dessous tout que ses livres ne lui échappent.
« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! ».
Soudain Jules comprend. Les livres, les oiseaux, la fenêtre fermée. Jules saisit un de ses livres. Il aime tant le feuilleter. C’est un grand livre sur les oiseaux de mer, à la couverture bleutée. Il caresse délicatement la couverture et l’ouvre, lentement, très lentement…
Il aime le doux contact du papier. Il frissonne. Les oiseaux sont là, figés. Mouettes et goélands, sont posés. Il effleure les plumes de papier glacé.
Jules ferme les yeux et entend la mer. Il l’entend et la sent. Sa main glisse sur la page. Il sent un souffle, une vibration, il connait ce livre. Les pages suivantes abritent l’albatros. C’est le plus grand, le plus beau. Un oiseau des océans qui ne se pose jamais. Jules hésite, pose son livre à plat sur la table se lève, ouvre la fenêtre, orientée plein ouest et retourne s’asseoir.
La page se tourne, dans un souffle. Jules entend le vent du large.
« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! ».
Jules calmé s’est endormi.
La page est tournée, l’oiseau s’est envolé.

Matinales…

Pardonne moi ô mer oubliée

Pardonne moi il est long et gris

Ce temps abandonné aux vagues ennuis

Tu es là rassure-toi

Rime sableuse de mes insomnies

J’entends ton roulis

Dans le creux de mes houles nocturnes

Il ondule et glisse en sifflant

Ne crains rien tu sais je t’entends

Le chant mauve de ton écume

Se pose doucement sur la tendre plaine de mes encres apaisées

Flash…

Douceur animale du soir

Blond regard qui caresse

Souffle chaud

Mémoires fauves

On est si bien

Sans le bruit du mauvais loin

Billets d’humeur : réagir…

Il faut réagir !

J’ai, une fois de plus, beaucoup de difficultés avec une période où il est demandé, que dis-je, où on « somme » chacune et chacun de réagir. Réagir à tout, et à n’importe quoi. Et, comme à chaque fois où cette question de la réaction refait surface, je pense à Albert Camus qui s’inquiétait que le réflexe ait remplacé la réflexion, que l’on pensait à coup de slogans et surtout surtout que la méchanceté se prenait trop souvent pour de l’intelligence.

Aujourd’hui qu’il s’agisse de la nomination d’un premier ministre, d’un pénalty raté par Mbappé, de la sortie d’un film bon ou mauvais, d’un événement international ou local, il faut réagir. Alors oui pourquoi pas, c’est même souvent nécessaire mais ce qui est généralement exigé c’est une réaction immédiate, instantanée. Une réaction brute de décoffrage quoi. Je suis désolé, mais je revendique le droit à prendre le temps, de réfléchir avant d’agir, de prendre le temps de m’interroger si oui ou non une réaction est utile, légitime et ce qu’elle pourra apporter. En ce qui me concerne, je préfère cantonner mes réactions au seul champ de mes émotions. Certes vous me direz justement qu’une émotion est une réaction (je préférerai dire qu’elle est une expression). Ainsi, pour être juste et éviter d’être jugé sur des réactions émotionnelles, j’ai donc choisi de réagir par le biais de la poésie notamment lorsque j’observe en ouvrant ma fenêtre, le matin, un magnifique ciel d’hiver. Et d’une manière générale le résultat de cette réaction est gratuitement beau et émouvant même s’il suscite parfois certaines réactions….

Matinales…

Courbé, visage fermé
Je portais encore sur les épaules rentrées
L’infâme poids d’une nuit
Au sommeil délabré
Impatient, le pas traînant
J’ai tiré le long rideau de ma lourde insomnie
Le beau matin est arrivé
Dans un fragile bleuté
De bords mauves éclairés

Mes Everest : Michel Merlen

Fracture du soleil

Hier j’épousai le vaisseau neuf

seconde après seconde

fracture du soleil

nous armés de poinçons

faisions de petits trous dans la mer

aux longues lieues

comme des virgules.

Aujourd’hui les galets au coeur

j’étincelle

quelle veine à mon poignet

bat

et

le rejoindra ?

« Les fenêtres bleues »

Billet…

Il m’arrive assez régulièrement de dire, de me dire, que ce monde est devenu fou, qu’il ne tourne pas rond. Et je regrette immédiatement mon propos et j’en viens même à m’excuser auprès de ce monde qui continue à tourner invariablement sur lui-même. Et je plonge alors dans une réflexion sur le sens qu’ont les mots et celui qu’on leur donne. De quoi parle t’on lorsqu’on parle du monde : de la terre, de cette planète qui nous abrite et qui convenons-en est ronde ou tout au moins sphérique? Oui elle est sphérique, c’est plutôt une boule. Mais on préfère quand même dire que la terre est ronde. Ce n’est pas grave, et oui n’en déplaise aux infâmes bigots et complotistes : la terre est ronde et elle tourne sur elle-même.

On appelle cela une révolution…Tiens donc, il faudra que je me penche sur ces révolutions qui durent depuis plusieurs milliards d’années…Mais revenons à ce monde qui ne tourne pas rond…Peut-être, finalement que lorsque je parle du monde il s’agit de celles et ceux qui vivent sur cette terre. Quand il n’y a personne on se contente de dire qu’il n’y a personne et plus ces personnes remplissent ce qu’on croit être le vide de cette terre plus on dit qu’il y a du monde…Et quand il y a beaucoup de monde, voire trop on ressent vite que tout cela ne tourne pas bien rond…Que font-ils, que disent-ils, où vont-ils ? Je n’en sais rien. Je ne dis rien. Moi aussi je fais, je dis, je vais et surtout je tourne en rond…

N’oublie pas…

Janvier 2015, janvier 2025, dix ans après on n’oublie pas les victimes de Charlie Hebdo

Dans l’hiver bleu
De ta mémoire encombrée
N’oublie pas
Les lourdes traces
Que la haine a laissées.
Dans les flammes ocres
De tes souvenirs douloureux
N’oublie pas
Les douces braises
Que l’humanité a attisées.
Sur la route mauve
De ta liberté écartelée
N’oublie pas
Les regards effarés
Des plumes qui se sont envolées…

Mes Everest, Jules Supervielle : encore frissonnant …

Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Flash…

J’ai sauté l’épais mur des haines communes

Le vert mou d’une prairie m’amortit

Ma main caresse cette terre oubliée

Pas de bruits inutiles

Pas de foule qui souffle sur les braises de nos colères

Ils sont loin les bavardages gluants

Ici tout se sent et s’entend

Tout se tait

On se regarde étonnés

On écoute apaisés

C’est fini tout est oublié

4 janvier

Billets d’humeur : Alerte…

Alerte, nous vous prévenons que nous allons avoir une alerte qui nous préviendra d’un événement dont on peut considérer qu’il est alertant…

Je pense sérieusement qu’il n’y en a plus pour longtemps avant de voir apparaître une application qui émettra des alertes jaunes, rouges, et autres couleurs à inventer pour nous prévenir de l’imminence de l’arrivée sur nos smartphones d’une alerte, destinée à nous prévenir de tout autre chose. Oui il faut prévenir, il faut nous prévenir. Mais, même si je suis convaincu que, par exemple en matière d’événements météorologiques rares, il est nécessaire de prévenir les populations, n’est ce pas devenu une obsession que de tout vouloir anticiper, que d’absolument vouloir éviter l’imprévu. On nous prévient désormais pour la moindre pluie, pour le moindre courant d’air, pour la moindre toux, on nous prévient de l’imminence d’un ralentissement, on nous prévient de l’arrivée du pollen, du soleil, de la nuit même. Et je ne parle pas de la profusion des alertes qui parce que nous sommes en permanence connectés, nous invite à surveiller notre alimentation, notre poids, notre sommeil, notre rythme cardiaque, notre nombre de pas, notre taux de gluten. Attention devient presque le premier mot à apprendre par un enfant. Et pourtant, et pourtant l’inattendu reste toujours merveilleux. J’aime lorsque j’ouvre ma fenêtre le matin être étonné par la couleur du ciel, j’aime être surpris par la rencontre avec quelqu’un que je ne connaissais pas, j’aime tomber de sommeil alors que j’ai bien dormi la veille, j’aime saliver devant une assiette de charcuterie. Bref j’aime vivre  

Matinales…

Il faut se rendre à l’évidence

Les lignes droites ont disparu

Fatiguées

Elles se sont courbées

Pour entendre les murmures des coins de ciel  

Rien n’est à souligner

Il est inutile d’insister

Il faut se laisser dériver

On finira bien par rêver

Mes Everest, Arthur Rimbaud…

Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.

Messire Belzébuth tire par la cravate
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d’un vieux Noël !

Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles
Se heurtent longuement dans un hideux amour.

Hurrah ! les gais danseurs, qui n’avez plus de panse !
On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs !
Hop ! qu’on ne sache plus si c’est bataille ou danse !
Belzébuth enragé racle ses violons !

Ô durs talons, jamais on n’use sa sandale !
Presque tous ont quitté la chemise de peau ;
Le reste est peu gênant et se voit sans scandale.
Sur les crânes, la neige applique un blanc chapeau :

Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées,
Un morceau de chair tremble à leur maigre menton :
On dirait, tournoyant dans les sombres mêlées,
Des preux, raides, heurtant armures de carton.

Hurrah ! la bise siffle au grand bal des squelettes !
Le gibet noir mugit comme un orgue de fer !
Les loups vont répondant des forêts violettes :
A l’horizon, le ciel est d’un rouge d’enfer…

Holà, secouez-moi ces capitans funèbres
Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés
Un chapelet d’amour sur leurs pâles vertèbres :
Ce n’est pas un moustier ici, les trépassés !

Oh ! voilà qu’au milieu de la danse macabre
Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou
Emporté par l’élan, comme un cheval se cabre :
Et, se sentant encor la corde raide au cou,

Crispe ses petits doigts sur son fémur qui craque
Avec des cris pareils à des ricanements,
Et, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.

Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.

Rime en anche…

C’est dimanche soir.

Il me faut chercher une rime en oir.

Noir, espoir, devoir, lavoir, isoloir ?

Non, ce soir ces oir ne me vont pas…

Alors, euh,

Oui euh, c’est cela ajoute un e !

Poire, foire, armoire, baignoire, bouilloire ?

J’essaie…

Rien ne va, je jette le manche.

C’est un dimanche qui je le crois rime en anche ;

Avalanche, branche, tranche, revanche ?

Ça marche !

Ô quelle belle tranche de dimanche,

Tout me branche,

Il est l’heure blanche,

Celle où je prends ma revanche !

Bof, je trouve que c’est mal emmanché

Cette histoire de rimes ;  

Vivement lundi…

Dans ma boîte à coeurs…

Dans ma boîte à mots

Je prends une lettre

Belle, ronde, légère.

La pose sur une feuille

Que le vent a oublié.

Soupir,

Une boucle se forme

La lettre est fermée.

Seule, elle s’ennuie.

Lettre te réclame un ami.

Regarde !

Lui dis-tu,

Prends ce mot

Il est à toi, il t’attend,

Il sourit.

Heureuse,

Lettre E s’est approchée

Contre lui s’est adossé

Des mots doux lui a murmuré,

Dans un cours E s’est invité

Dans ma boîte à cœurs,

Une lettre j’ai postée…

11 décembre

Mots en boîtes

Regarde petite…

Inédit, à partir d’une photo prise par ma fille Chloé, ma petite fille Lisa est de dos, elle rêve à demain…

Regarde petite, regarde

A l’ouest de tes espoirs

Brillent de beaux lendemains

Ils attendent en silence

Que tu leur montres le chemin

Regarde petite, regarde

Ils ne sont pas loin de ce doux soir

Rires chauds et chants câlins

Vibrent d’impatience

Entre les lignes de tes mains

Mes Everest, Colette, extrait de la vagabonde…

Cher intrus, que j’ai voulu aimer, je t’épargne. Je te laisse ta seule chance de grandir à mes yeux : je m’éloigne. Tu n’auras, à lire ma lettre, que du chagrin. Tu ne sauras pas à quelle humiliante confrontation tu échappes, tu ne sauras pas de quel débat tu fus le prix, le prix que je dédaigne…
Car je te rejette, et je choisis… tout ce qui n’est pas toi. Je t’ai déjà connu, et je te reconnais. N’es-tu pas, en croyant donner, celui qui accapare ? Tu étais venu pour partager ma vie… Partager, oui : prendre ta part ! Être de moitié dans mes actes, t’introduire à chaque heure dans la pagode secrète de mes pensées, n’est-ce pas ? Pourquoi toi plutôt qu’un autre ? Je l’ai fermée à tous.
Tu es bon, et tu prétendais, de la meilleure foi du monde, m’apporter le bonheur, car tu m’as vue dénuée et solitaire. Mais tu avais compté sans mon orgueil de pauvresse : les plus beaux pays de la terre, je refuse de les contempler, tout petits, au miroir amoureux de ton regard…
Le bonheur ? Es-tu sûr que le bonheur me suffise désormais ?… Il n’y a pas que le bonheur qui donne du prix à la vie. Tu me voulais illuminer de cette banale aurore, car tu me plaignais⁹ obscure. Obscure, si tu veux : comme une chambre vue du dehors. Sombre, et non obscure. Sombre, et parée par les soins d’une vigilante tristesse ; argentée et crépusculaire comme l’effraie, comme la souris soyeuse, comme l’aile de la mite. Sombre, avec le rouge reflet d’un déchirant souvenir… Mais tu es celui devant qui je n’aurais plus le droit d’être triste…
Je m’échappe, mais je ne suis pas quitte encore de toi, je le sais. Vagabonde, et libre, je souhaiterai parfois l’ombre de tes murs… Combien de fois vais-je retourner à toi, cher appui où je me repose et me blesse ? Combien de temps vais-je appeler ce que tu pouvais me donner, une longue volupté, suspendue, attisée, renouvelée… la chute ailée, l’évanouissement où les forces renaissent de leur mort même… le bourdonnement musical du sang affolé… l’odeur de santal brûlé et d’herbe foulée… Ah ! tu seras longtemps une des soifs de ma route !
Je te désirerai tour à tour comme le fruit suspendu, comme l’eau lointaine, et comme la petite maison bienheureuse que je frôle… Je laisse, à chaque lieu de mes désirs errants, mille et mille ombres à ma ressemblance, effeuillées de moi, celle-ci sur la pierre chaude et bleue des combes de mon pays, celle-là au creux moite d’un vallon sans soleil, et cette autre qui suit l’oiseau, la voile, le vent et la vague. Tu gardes la plus tenace : une ombre nue, onduleuse, que le plaisir agite comme une herbe dans le ruisseau… Mais le temps la dissoudra comme les autres, et tu ne sauras plus rien de moi, jusqu’au jour où mes pas s’arrêteront et où s’envolera de moi une dernière petite ombre….

Flash…

J’ai posé le pied sur une flaque de pluie

Pas de flic

Pas de floc

Un son sec qui choque

J’ai glissé sur une flaque gelée

Fini l’éclabousse

Ça craque

Ça claque

L’hiver est à nos trousses

Billets d’humeur : concertation…

Vous avez dit concertation ? Il faut de la concertation… Ce qui nous manque c’est la concertation…Il faut parvenir à un compromis. Et voici encore un mot qui est aujourd’hui en tête de gondole des supermarchés du commentaire et de l’injonction péremptoire (tiens il faudra qu’on en parle de ces deux-là). Et d’entendre que ce qu’il manque, c’est de la concertation, qu’il faut accepter la concertation, qu’on a tenté de se concerter. Mais, car il y a évidemment un mais, que signifier vraiment ce terme…. On sait tous, plus ou moins, que la concertation, se concerter, c’est prendre mutuellement l’avis des uns et des autres, en vue d’un projet commun. Il y a bien quelque chose à voir, me semble-t-il, avec l’écoute.
Cette idée, que dis-je, ce principe directeur de l’écoute m’apparaît comme essentiel et permet de faire le lien avec la racine première de ce mot, puisqu’il s’agit évidemment de concert, lui même dérivé de l’italien concertare. Attention j’ai bien dit concertare qui signifie se concerter et qui n’a rien à voir avec un concert de tarés… Même si, j’en conviens, il peut arriver que la douce harmonie du concert soit troublée par la fausse note d’un allergique à la mélodie commune. On dit d’ailleurs que déconcerter c’est troubler un concert (Il ne faut qu’une voix discordante pour déconcerter toutes les autres.) Ces pérégrinations étymologiques m’amusent beaucoup dans le contexte. Cette proximité avec la musique, avec le concert, m’amène quand même à m’interroger sur la volonté commune de jouer dans le même orchestre, il semblerait que certains instruments, notamment ceux qui produisent du vent, cherchent à prendre le dessus, à tel point que c’est toujours le même petit son de flûte qu’on entend… Et surtout, encore tout ému de la beauté du film « en fanfare » je ne peux m’empêcher de penser que ce qu’il manque c’est un bon chef d’orchestre, ou tout au moins un chef d’orchestre qui ne se contente pas de jouer sa seule partition.
Je vous adresse toutes mes sincères concertations….

Matinales…

Regarde homme pressé

Au cadran des belles surprises

Il est l’heure de l’étonnement

Sur la lente pente des minutes molles

Un clin d’œil s’est invité au croisement

Des impatiences et soulagements

Il te raconte en riant

Une belle histoire de rimes sans fin

4.01.2025

Mes Everest, René Char…

O le blé vert dans une terre qui n’a pas encore sué, qui n’a fait que grelotter!
A distance heureuse des soleils précipités des fins de vie.
Rasant sous la longue nuit.
Abreuvé d’eau sur sa lumineuse couleur.
Pour garde et pour viatique deux poignards de chevet : l’alouette, l’oiseau qui se pose, le corbeau, l’esprit qui se grave.

Flash…

Chaque soir à la tombée des basses heures

Je reprends la mer sur mon navire d’acier

Dans le sillage de mes pensées du jour

Frétille une mousse de mots légers

J’entends le cri riant d’une mouette oubliée

Il est l’heure du vent dormant

3.01.2025

Nouvelle rubrique : billets d’humeur…

Comme à chaque début d’années, il est d’usage de s’engager sur de bonnes ( ou mauvaises…) résolutions. Je ne vais pas déroger à cette régle et tente donc une nouvelle rubrique que je vais nommer ( peu d’originalité j’en conviens ) : « billets d’humeur ». Il s’agira, de réagir, de s’étonner, avec humour, et beaucoup d’ironie et parfois une pincée de provocation, sur les actualités et plus particulièrement sur les mots qui accompagnent cette même actualité.

Instabilité

Instabilité ! L’instabilité semble être, depuis quelques mois, le terme consacré pour définir la situation politique en France. Et ce mot que, pour ma part, j’associe souvent à l’équilibre, pour la simple raison que c’est un déséquilibre (une différence de hauteur, de niveau, un vent violent) qui met à mal la stabilité souvent recherchée, peuple toutes les conversations, commentaires, analyses et autres bavardages. On analyse sans fin ce qui peut expliquer cette instabilité, on recherche les responsables ou plus souvent le responsable, car lorsqu’il est singulier, il devient par magie le coupable. On s’interroge sur ce qu’il faudrait, ce qu’il ne faudrait plus, on propose, on suppose, on glose… Et sur ce sujet, comme tant d’autres, on ne prend pas le temps de s’interroger tranquillement sur le sens premier des mots. La stabilité qui, rappelons-le quand même, caractérise ce qui tend à rester dans un état permanent, immuable, qui ne change pas et qui résiste à toutes les contraintes extérieures, pour ma part me semble parfois bien ennuyeuse, et fort peu annonciatrice de changements, d’innovations, de fantaisie, de poésie. Si l’écriture était dans un état de stabilité permanent nous en serions encore figés dans des académismes ennuyeux. Oui, mais il s’agit de politique me direz-vous, et là c’est quand même sérieux, nous avons besoin de stabilité. Oui d’accord, il vaut mieux éviter le chaos, la pagaille, mais vous conviendrez avec moi que s’il est nécessaire que les fondations soient solides, il est agréable parfois qu’il y ait un peu de vent dans les voiles…

3.01.2025

Matinales…

Je file grand vent sous les brumes bleues
Du vieil océan des hivers paresseux
Et je glisse sur les plaques de froids
Aux longues lames d’acier trempé

Mes Everest, Louis Aragon…

Amour d’Elsa…

         J’ai des peurs épouvantables

         Pour trois lignes de sa main

         Ses gants posés sur la table

         Un chat noir sur mon chemin

         L’oiseau l’étoile ou l’échelle

         Tout m’est présage glaçant

         Tout un monde parle d’elle

         Un langage menaçant

         Ce que vendredi me laisse

         Qu’en fera le samedi

         Je crains qu’un mot ne la blesse

         Je crains tout ce qu’on lui dit

         Tout d’un coup pourquoi se taire

         Dans la chambre d’à côté

         Son silence est un mystère

         Que je ne puis supporter

         Je crains d’une crainte affreuse

         Tout ce qui peut arriver

         Une phrase malheureuse

         Les ardoises les pavés

         Elle dort je la crois morte

         Encore un pressentiment

         Mon cœur bat comme une porte

         Quand elle sort un moment

         Le monde est plein d’escarbilles

         Le chien mord le cheval rue

         Es-tu folle Tu t’habilles

         Tu vas sortir dans la rue

         Tu vas sortir Quelle aventure

         Sortir sans moi le vilain jeu

         J’ai la terreur des voitures

         Je crains l’eau comme le feu

         Mes jours entiers sont faits d’elle

         L’univers est son reflet

         Derrière les hirondelles

         Le ciel reste ce qu’il est

         Perversité des pervenches

         Ses yeux à travers ses doigts

         Quand le froid fait ses mains blanches

         Comme la neige des toits

         Jaloux des gouttes de pluie

         Qui trop semblent des baisers

         Les yeux de tout ce qui luit

         Sont raison de jalouser

         Jaloux jaloux des miroirs

         Des morsures de l’abeille

         De l’oubli de la mémoire

         De l’abandon du sommeil

         Du trottoir qu’elle a choisi

         Des mains frôleuses du vent

         Ma vivante jalousie

         Qui me réveille en rêvant

         Jaloux d’un chant d’une plainte

         D’un souffle à peine un soupir

         Jaloux jaloux des jacinthes

         D’un parfum d’un souvenir

         Jaloux jaloux des statues

         Au regard vide et troublant

         Jaloux quand elle s’est tue

         Jaloux de son papier blanc

         D’un rire ou d’une louange

         D’un frisson quand c’est l’hiver

         De la robe qu’elle change

         Au printemps des arbres verts

         De la voir aimer le feu

         D’une branche qui la suit

         D’un peigne dans ses cheveux

         À l’aurore de minuit

         De qui donc est-elle éprise

         Qu’elle porte ses turquoises

         Ah la nuit me martyrise

         Avec ses ombres narquoises

         Jaloux en toute saison

         Traversé de mille clous

         À perdre toute raison

         D’un parfum d’un souvenir

         Jaloux de toute la terre

         Quand elle arrive un peu tard

         Tous ses gestes sont mystère

         Jaloux jaloux des guitares

Bonne année poétique…

Amies et amis poètes, je vous souhaite, je nous souhaiteune belle année poétique, pleine de rimes, de rires, de mots doux et tendres. A nous tous, apaisons ce monde morose, à nous tous dessinons des sourires radieux…