Les habitués de mon blog connaissent cette rubrique humoristique, après une longue hibernation et après avoir republié quelques uns des jugements de ce tribunal, elle va revenir, je l’espère régulièrement.
Le tribunal académique, après ce long et salutaire retrait, reprend ses séances. Quelques évolutions sont à souligner. C’est désormais une présidente qui dirige les débats et décide des sanctions. A ce qui se dit, elle est d’une intransigeance sans failles. Outre sa formation juridique, elle suivi une formation en « émotologie ». Il s’agit d’une nouvelle discipline qui étudie les émotions à travers les mots.
Désormais les plaignants, lorsqu’ils formulent un recours doivent produire un argumentaire, expliquant en quoi l’usage incongru, intempestif et inapproprié de tel ou tel mot, terme ou expression est de nature à perturber l’ordre public, poétique et politique. C’est ce qui est appelé la règle du « POPPP ». La Perturbation de l’Ordre Public, Poétique et Politique. Le tribunal académique est chargée de ce contrôle. Si la présidente du tribunal est la seule habilitée à prononcer le jugement elle s’appuie désormais sur un véritable conseil de l’ordre, le « COPPP », le conseil de l’ordre public, poétique et politique. Composé de 12 membres ce conseil siège désormais de façon permanente, ce qui va permettre enfin d’améliorer la réactivité de cette instance. Nous venons enfin de prendre connaissance de l’identité des 12 titulaires. La voici : afin de ne pas mettre en danger la vie de ces courageux conseillers, seules les initiales nous ont été transmises ainsi que la profession de ces éminentes personnes.
MB : astiqueur de cor de chasse et autres cuivres culinaires
BR : dresseuse de mèches rebelles
GF : soudoyeur de fonds de cuve
RL : danseuse sur pilotis
TT : accordeur d’escabeaux
HP : rééducatrice en ventriloquie
PP : coiffeur pour cascadeurs
OG : Regardeuse d’horizons
AV : Pilote d’essais infructueux
FD : Chanteuse pour crabes à raie
RT : Perceur de secrets
SL : Répétitrice de silences de plomb
Dans les prochaines semaines les premiers jugements vont être rendus. Ils devraient concerner, entre autres, les mots suivants : « dissolution, bienveillance, grave, sociétal, connecté, télétravail, retraite, dictature…
Tu souris dans l’invisible. O douce âme inaccessible, Seul, morne, amer, Je sens ta robe qui flotte Tandis qu’à mes pieds sanglote La sombre mer.
La nuit à mes chants assiste. Je chante mon refrain triste A l’horizon. Ange frissonnant, tu mêles Le battement de tes ailes A ma chanson.
je songe à ces pauvres êtres, Nés sous tous ces toits champêtres, Dont le feu luit, Barbe grise, tête blonde, Qu’emporta cette eau profonde Dans l’âpre nuit.
Je pleure les morts des autres. Hélas ! leurs deuils et les nôtres Ne sont qu’un deuil. Nous sommes, dans l’étendue, La même barque perdue Au même écueil.
Le tribunal académique, une fois de plus et nous en sommes vraiment désolés, est resté silencieux pendant quelques semaines. Il faut dire que le greffier du dit tribunal a été testé positif au Clownvid 001. Il s’agirait selon les désinformations que nous avons survolées d’un nouveau virus non encore répertorié par les principaux logiciels de reconnaissance de mauvais caractère. Les symptômes les plus caractéristiques de cette nouvelle maladie sont très inquiétants. Il est évident que tout sera mis en œuvre pour éviter la contamination. Le premier symptôme est celui de la parole. Les personnes atteintes, et ce fut le cas de ce malheureux greffier, se mettent soudain à parler, à voix haute et intelligible. Il convient pour ne pas commettre d’erreur de diagnostic de ne pas confondre avec le syndrome un peu plus connu dit du « monologue ». En effet les personnes infectées non seulement s’expriment à voix haute, mais il se trouve qu’elles le font consciemment et en s’adressant à une ou plusieurs autres personnes. Ce qui peut dans les cas extrêmes (au passage il s’agit du premier indice d’une contamination) conduire à un dialogue. Le deuxième symptôme est tout aussi surprenant et inquiétant, puisque plusieurs études montrent que tout en parlant ces personnes sourient. Et lorsque l’échantillon- ou groupe test- de ces personnes souriantes et bavardes est comparé à un groupe témoin de personnes non infectées c’est-à-dire non souriantes et muettes ou tout au moins totalement concentrées dans les limites numériques de leur environnement protégé et aseptisé selon les protocoles en vigueur, le constat est limpide. Parler en souriant nécessite d’ouvrir 67 fois plus la bouche en une minute que de ne rien dire en restant concentré sur les parois de sa bulle cognitive, ce qui vous l’aurez aisément compris, augmente de façon exponentielle le risque de transmission du dit virus et le risque de l’installation d’un climat de bonne humeur dont on sait qu’il est contre indiqué par les principaux fabricants d’anti-inflammatoires. En conséquence le tribunal académique reste silencieux pour quelques jours encore, mais n’en pense pas moins…
Larmes au bord des yeux Rouges braises d’une tristesse étoilée, La pluie est à l’intérieur, D’émotions le trop plein est empli. Et déverse des flaques de gris. De chaque couleur il est l’ennemi. Tu attends le soleil qui fige la surface. Voile de lueurs, Apaisent ombres de l’intérieur. Demain, Dans le peut-être du futur apaisé Petite flamme bleue Danse et luit, Douce lumière scintille, Et rit au fond de tes yeux.
…Des guirlandes d’étoiles descendaient du ciel noir au-dessus des palmiers et des maisons. Elle courait le long de la courte avenue, maintenant déserte, qui menait au fort. Le froid, qui n’avait plus à lutter contre le soleil, avait envahi la nuit ; l’air glacé lui brûlait les poumons. Mais elle courait, à demi aveugle dans l’obscurité. Au sommet de l’avenue, pourtant, des lumières apparurent, puis descendirent vers elle en zigzaguant. Elle s’arrêta, perçut un bruit d’élytres et, derrière les lumières qui grossissaient, vit enfin d’énormes burnous sous lesquels étincelaient des roues fragiles de bicyclettes. Les burnous la frôlèrent ; trois feux rouges surgirent dans le noir derrière elle, pour disparaître aussitôt. Elle reprit sa course vers le fort. Au milieu de l’escalier, la brûlure de l’air dans ses poumons devint si coupante qu’elle voulut s’arrêter. Un dernier élan la jeta malgré elle sur la terrasse, contre le parapet qui lui pressait maintenant le ventre. Elle haletait et tout se brouillait devant ses yeux. La course ne l’avait pas réchauffée, elle tremblait encore de tous ses membres. Mais l’air froid qu’elle avalait par saccades coula bientôt régulièrement en elle, une chaleur timide commença de naître au milieu des frissons. Ses yeux s’ouvrirent enfin sur les espaces de la nuit.
Si belles gouttes de pluie Doucement ont retrouvé le chant du clapotis Les feuilles ont la goutte qui espère Odeurs de terre assoiffée reviennent Elles se souviennent C’était écrit sur cet humide et doux papier Pattes de mouches ivres de ce vert aimé
Il était annoncé, il devait se réunir, mais des circonstances exceptionnelles ont contraint le tribunal académique à reporter plusieurs séances extraordinaires. Il a été décidé eu égard à l’urgence de la situation et à la nature du mot à juger que le 14 juillet serait au bout du compte une date idéale. Après une longue enquête, les juges resté seuls pendant de longs mois ont décidé de poursuivre « ensemble » et une fois sa culpabilité attestée de le traduire devant le jury populaire du tribunal académique. Pour prendre cette décision, ils eurent de nombreuses réunions à plusieurs mais à distance bien sûr, et ce pour éviter cette toute nouvelle maladie : « la maladie de l’homme seul ». Cette affection est très particulière, avec quelques symptômes peu courants : le plus significatif étant pour les personnes atteintes l’impossibilité de prononcer les mots suivants : tu, il, elle, nous vous, ils, elles. Bref vous l’aurez compris les contaminés, commencent toutes leurs phrases, et elles sont rares, par Je. Le président du tribunal (dont certains pensent qu’il a été contaminé), a convoqué sept jurés. Ils entrent seuls, dans le tribunal et prennent place. Il y a là un chanteur d’opéra, une danseuse étoile, un ventriloque, une cartomancienne, un conducteur de monoplace et une lanceuse de javelot. La salle est presque vide. Seuls les quatre coins sont occupés par des journalistes spécialistes des droits individuels. Le président ouvre la séance.
Gardes, faites entrer l’accusé !
Les gardiens de la paix, inquiets à l’idée d’être contaminés, poussent sans ménagement ensemble dans la salle d’audience et s’éclipsent en vitesse, chacun de son côté.
Ensemble levez-vous !
L’accusé, seul sur son banc se lève. Mais il n’est pas le seul puisque dans un bruit de chaises métalliques les quatre journalistes aux quatre coins se lèvent comme un seul homme.
Non messieurs je vous en prie, asseyez-vous, et en silence ou je fais évacuer la salle.
Une évacuation qui au passage ne prendrait que peu de temps, compte tenu de l’affluence… Le président lit l’acte d’accusation.
Ensemble je serai bref, vous avez à plusieurs reprises pendant cette période été vu accompagné de nombreuses personnes seules et vous avez, nous rapporte-t-on, formé des groupes, des collectifs, des familles, que sais-je encore, et ce au mépris total de la loi sanitaire et solitaire dite « loi du seul ». En conséquence et après un vote individuel qui a suivi une discussion de chacun avec personne, vous êtes condamné à rester définitivement triste. Vous purgerez votre peine, seul, dans une salle tapissée d’écrans continuellement connectés sur d’autres personnes seules. Dans six mois nous aurons une télé-conversation avec vous et vous ne serez libéré qu’à la condition de répondre à toutes les questions que nous ne vous poserons pas par : je…
J’aime cette timide fraîcheur Elle entre en riant par la petite fenêtre Une grue grince au sommet du village J’entends le son creux des masses sur les coffrages Les maçons sont à la tâche Le chant du coucou comme une caresse d’horloge Je suis si bien dans ce presque silence
La terre a tremblé Dans ce pays que nous avons tant aimé Des larmes coulent sur les ocres failles La terre a tremblé et nous sommes secoués C’est dans le toujours loin Que même les rimes Sont en ruine C’est dans le toujours trop loin Que s’entendent les longs chagrins
On a toutes et tous sur le chemin de nos vies Une belle flaque de ces amitiés qui éclaboussent Comme l’enfant oiseau sautillant On y saute parfois les deux pieds joints en riant On ruisselle de ces pleines gouttes On rit on pleure on s’ébroue Nos sourires sont ébouriffés Viens suis moi et cherche avec moi Cette longue suite des frêles cailloux Qui chantent les meilleurs refrains Sur nos routes de demain
Le tribunal académique ne se réunit que très rarement en semaine. Une vieille tradition qu’on explique difficilement, tant les avis sont divergents.
Certains racontent que la première affaire que ce tribunal ait eu à juger fut « l’affaire du week-end ». Les plaignants de l’époque (ils étaient sept) avaient déposé un recours visant à suspendre l’utilisation de l’expression week-end prétextant d’une part qu’il s’agissait d’un anglicisme, et d’autre part que ce terme était impropre dans la mesure où il n’aurait pas été possible de parler de fin de semaine ( le samedi matin par exemple ) , alors que celle-ci n’est officiellement et réellement achevée que le dimanche à minuit.
Cette affaire qui était, rappelons-le, la première qu’eut à juger ce nouveau tribunal fut mal préparée et si les plaignants furent déboutés sur la première requête, le jury qui avait été constitué à la va vite s’égara totalement sur le deuxième point. Faute d’être en mesure de rendre un jugement clair et acceptable de tous, il prononça une décision dont on peut dire aujourd’hui qu’elle était sans queue ni tête, ce qui permit à la défense de requérir une réparation.
Celle-ci, tel que le stipule le règlement intérieur du tribunal académique donne le droit au plaignant s’il n’est pas satisfait de demander réparation en formulant dans un délai de sept jours un souhait ou plutôt une exigence exécutable dans l’heure.
Personne ne peut certifier que c’est pour cette seule raison que le tribunal académique siège le samedi ou le dimanche, mais nous avons pu lire le compte rendu de cette toute première audience qui s’est tenue le mercredi 14 novembre 1973.
Nous passerons sur les détails protocolaires de l’installation officielle de cette nouvelle instance judiciaire pour nous intéresser à la composition du jury et au rendu de la décisio
Ce premier jury était constitué de sept personnes, en comptant évidemment le président. Il y avait autour de la table un trompettiste bègue, un géomètre myope, un pasteur itinérant, une dompteuse d’enfants rois, une coiffeuse à plumes et une cantatrice fauve.
Voici comment le président du tribunal concluait cette séance du 14 novembre 1973.
Considérant que l’usage du terme week-end ne semble poser un problème qu’aux plaignants qui, ils l’ont précisé eux-mêmes développent une forme d’allergie urticante pour tout ce qui de près ou de loin s’apparente à un anglicisme, le jury a décidé à l’unanimité de débouter les plaignants. Le jury, indulgent et compréhensif, assortit cette décision d’une obligation de soins cutanés à pratiquer dans une station thermale située sur la côte Ouest des Iles Britanniques et avec laquelle l’académie française dont dépend ce tribunal a signé une convention linguistique et dermatologique.
Le compte rendu précise qu’au rendu de cette décision les plaignants se sont furieusement grattés tout en disant : « oh my god »
Poursuivons avec la deuxième partie de la décision ;
Sur la deuxième requête des plaignants le jury n’est pas parvenu à un accord. Une partie d’entre nous considérant que la fin de la semaine commence au début du week-end et l’autre partie estimant que le début de la semaine suivante commence à la fin du week-end , ce qui démontre en d’autres termes que rien n’est clair, et que pour reprendre les termes de plusieurs jurés : « de toute façon on s’en fout ».
En conséquence et en application de l’article 34-9 du règlement intérieur du tribunal académique, en l’absence d’une réponse claire et circonstanciée, les plaignants sont en droit dans un délai de sept jours ouvrables, de formuler oralement une exigence à l’encontre de ce tribunal qui la rendra exécutable, au début de la semaine suivante.
La séance est levée.
L’explication vaut ce qu’elle vaut, mais il semblerait bien que les plaignants vexés et surtout couverts d’exéma, exigèrent dès le mercredi suivant que désormais le tribunal académique ne se réunisse qu’entre le début et la fin du week-end.
Il ne reste de toi qu’une trace amputée de ses hauteurs de vue On entend le chant rauque des nœuds fragiles de ta longue histoire Tu racontes la douceur lointaine de ces mains qui se sont croisées A l’ombre que tu offrais quand les cœurs se mettent à battre Tes racines sont loin et tu attends la douce étreinte d’une prochaine marée
Dans ma réserve à émotions, Dorment quelques ports, Aux couleurs métalliques. Pas une voile, pas un visage buriné. Dans ma réserve à poésie, Tant de terres oubliées, Tant de beautés condamnées. De mots en mots, J’accoste sur des rives étonnées, Je cueille les couleurs abandonnées. Une à une, je les inspire, Feuille à feuille, Elles peuplent ma mémoire de papier
Ces dernières semaines le tribunal académique n’ayant rien eu à d’extraordinaire à traiter nous n’avons pas jugé utile d’en faire les comptes-rendus. Nous sommes suffisamment encombrés d’informations qui n’en sont pas mais que pourtant tous commentent, surtout quand il n’y a rien à dire. C’est alors le royaume du conditionnel, des conjectures en tous genres, des mines graves et entendues qui rivalisent en contorsions grimacières pour évidemment conclure qu’en l’absence de certitudes, on ne se contente que de ce peu qu’on tartine sur les écrans à longueur de journées. Et lorsque le vide des existences ne se remplit que du vide des insuffisances on finit par être endormis par des indigestions de rien… Mais je m’égare…
Cette semaine, c’est pourtant une affaire assez inédite que le tribunal académique a eu à régler. C’est en effet un collectif de 727 citoyens se présentant comme le CCCC, le 4 C : le Collectif de Contrôle des Conjonctions de Coordination qui a déposé un recours visant purement et simplement à exclure le mais des conjonctions de coordination. Leur requête est simple : « sortons le mais, et ne retenons plus que or ou et donc ni car ! »
Affaire un peu délicate, s’il en est une, pour le tribunal académique. Pour l’occasion le président a constitué un jury exceptionnel. Sont réunis autour de la table de délibération : un mathématicien incertain, un perchiste timide, une aiguiseuse de couteaux, une bibliothécaire déprimée, un apprenti coffreur et une stagiaire sexagénaire.
Le président du tribunal expose rapidement, comme à son habitude les faits et la requête.
-L’examen attentif du dossier que nous a transmis le CCCC, nous montre, qu’en effet, l’usage du mais est depuis quelques temps devenu incontrôlé. Il n’est plus possible aujourd’hui d’admettre que mais appartienne encore à la famille de ceux qui coordonnent, qui relient, qui rassemblent. Tous les exemples fournis pour ce collectif nous montrent bien que le mais éloigne, sépare, exclut et en cherchant à atténuer ne se contente que de nier les évidences.
– Mais… se risque le mathématicien incertain.
– Pas de mais je vous en prie, soyez clair, précis et surtout concis lui répond le président.
Le mathématicien toujours plus incertain, baisse la tête et ne dit rien.
– En conséquence et après un vote, le jury à l’unanimité moins une voix a pris la décision suivante. A compter d’aujourd’hui et pour une période d’un an, il n’y aura plus de mais qui tienne. Chacune et chacun lorsqu’il ressentira une envie, un besoin irrésistible de mais, devra tourner sa dite langue treize fois dans sa bouche et une fois la gorge asséchée finira pas se taire. Si malgré cette recommandation, un mais devait s’échapper, le contrevenant sera évidemment arrêté et passera en comparution immédiate devant le tribunal des exceptions… Ce dit tribunal créé pour l’occasion proposera un éventail de sanctions proportionnées à l’usage du mais. La peine la plus courante étant l’interdiction de s’abonner aux chaînes d’information en continu
Ami regardeur Ne cherche pas un sens A chaque bouquet de couleurs Si tu le peux Si tu as le temps Attrape quelques éclats des rires ocres et roses On te parle avec envie du doux peuple des fleurs Mais toi tu ne saisis rien aux ordres du beau Tu n’obéis plus Entre deux portes de tes vieilles peurs Tu fabriques ce beau présent Aux mille bonheurs
Le tribunal académique s’est réuni aujourd’hui dans son format le plus restreint. Car oui, il a bien fallu se résoudre à le convoquer. Une fois de plus, le cas qui lui est soumis aujourd’hui est un peu particulier.
Le plaignant est un personnage à part, chacun le connaît et pense l’avoir déjà rencontré. Mais rares sont celles et ceux qui peuvent le décrire, si ce n’est pour dire : « oui je l’ai vu, mais il est passé, si vite que je n’ai même pas eu le temps de lui parler. »
Vous l’aurez peut-être compris, le plaignant est le présent. Et évidemment, quand le président du tribunal procède à l’appel, il commence toujours par dire : « à l’énoncé de votre nom, je vous demanderai de bien vouloir répondre présent ».
Et il débute son appel.
Présent ?
…
Je répète : présent ?
C’est l’avocat de la partie civile, c’est-à-dire, de présent qui répond.
Présent est absent, monsieur le président, mais comme la loi m’y autorise je le représente…
Le président du tribunal soupire : il sait déjà que la séance va être compliquée. Il demande à la cour en formation restreinte d’être attentive car il va procéder à la lecture de la plainte déposée par le présent.
« Le présent, absent aujourd’hui, mais représenté par son mandataire, ici présent, a déposé une plainte pour je cite : oubli du présent, falsification du passé, escroquerie sur le futur et surtout, utilisation abusive d’un temps vaporeux, à savoir le conditionnel. »
« Le jury après avoir délibéré, informe le présent que s’il n’a pas été en mesure de prendre une décision concernant tous les temps, il a toutefois considéré que dans cette période, un peu particulière, les conditionnels suivants : il faudrait, il aurait fallu, nous aurions dû, ne pourront plus être employés qu’après avoir pris le temps de les prononcer dix fois de suite en se regardant fixement face à une glace. »
Il y a des mois que j’écoute Les nuits et les minuits tomber Et les camions dérober La grande vitesse à la route Et grogner l’heureuse dormeuse Et manger la prison les vers Printemps étés automnes hivers Pour moi n’ont aucune berceuse Car je suis inutile et belle En ce lit où l’on n’est plus qu’un Lasse de ma peau sans parfum Que pâlit cette ombre cruelle La nuit crisse et froisse des choses Par le carreau que j’ai cassé Où s’engouffre l’air du passé Tourbillonnant en mille poses C’est le drap frais le dessin mièvre Léchant aux murs le reposoir C’est la voix maternelle un soir Où l’on criait parmi la fièvre Le grand jeu d’amant et maîtresse Fut bien pire que celui-là C’est lui pourtant qui reste là Car je suis nue et sans caresse Mais veux dormir ceci annule Les précédents Ah m’évader Dans les pavots ne plus compter Les pas de cellule en cellule
Il y a parfois un trou dans le vide que laissent les absents On y passe discrètement une tête On laisse son œil se poser sur cette trace profonde On attend doucement Sans rien dire sans attendre Là juste derrière le dernier souvenir On entend le long murmure D’un si beau fou rire…
Le tribunal académique est, une nouvelle fois, confronté à un cas épineux. Il doit, en effet, répondre à la plainte qui a été déposé par un mot, que les lois académiques, poétiques et bucoliques protègent envers et contre tous. Contre tous, oui mais, nous allons le voir pas contre tout, et surtout pas contre ces nouvelles lois numériques, aux contenus faméliques dont le code ne se résume qu’à un clic.
Et c’est bien là qu’est le hic…
C’est pour cette seule et unique raison que le tribunal académique est aujourd’hui réuni dans sa formation plénière. Ce qui signifie qu’autour du président, outre les assesseurs habituels ont été convoqués un troubadour, une poétesse, un clown au chômage, un tourneur fraiseur sur tour à commande poétique, une chanteuse boulangère et quelques autres trublions dont j’ai oublié le nom.
Le président du tribunal, se tourne vers la salle, emplie d’un côté d’amoureux heureux et de l’autre, de solitaires éconduits.
« Mesdames et messieurs, nous allons aujourd’hui étudier la plainte qu’a déposée, ce mot que sur toutes vos lèvres je lis, oui vous m’avez compris c’est de j’aime que je veux parler. »
« Aime, vous êtes venus accompagné de votre compagnon j’et c’est donc à vous deux que je m’adresse. Je ne vous demanderai pas, vu les circonstances, de vous lever, et je vous invite donc à écouter ce que le tribunal a décidé. »
« Considérant que j’aime est devenu aujourd’hui un signe que chacun utilise sans aucune réflexion, sans aucune émotion, aussi bien pour signifier son intérêt pour une pizza aux anchois, pour un article sur la crise boursière à Hong Kong, pour tout, pour n’importe quoi, le meilleur et surtout le pire, le tribunal a pris la décision suivante, exécutable immédiatement. »
« A l’unanimité, moins une voix, celle du banquier jongleur, nous instaurons à compter de ce jour une taxe exceptionnelle, dite « taxe qu’on aime ». Chaque clic sur un pouce levé, donnera lieu à une taxe à l’aimant imposé. Son montant sera de un euro par clic. Les sommes collectées grâce à cet impôt qu’on aime seront affectées à la construction d’un nouveau service public que nous avons décidé d’appeler : la MSP : « la Maison du Sourire Public »
Je t’ai rencontré par hasard Ici ailleurs ou autre part, Il se peut que tu t’en souviennes Sans se connaître on s’est aimé Et même si ce n’est pas vrai Il faut croire à l’histoire ancienne Je t’ai donné ce que j’avais, De quoi chanter, de quoi rêver, Et tu croyais en ma bohème, Mais si tu pensais à vingt ans, Qu’on peut vivre de l’air du temps, Ton point de vue n’est plus le même.
Cette fameuse fin du mois Qui depuis qu’on est toi et moi Nous reviens sept fois par semaine Et nos soirées sans cinéma, Et mon succès qui ne vient pas Et notre pitance incertaine Tu vois je n’ai rien oublié Dans ce bilan triste à pleurer, Qui constate notre faillite. Il te reste encor’ de beau jours Profites-en mon pauvre amour, Les belles années passent vite.
Et maintenant tu vas partir, Tous les deux nous allons vieillir, Chacun pour soi comme c’est triste Tu peux remporter le phono, Moi je conserve le piano, Je continue ma vie d’artiste. Plus tard sans trop savoir pourquoi, Un étranger un maladroit, Lisant mon nom sur une affiche, Te parlera de mes succès, Mais un peu triste, toi qui sait, Tu lui diras que je m’enfiche.
Flash J’ai tiré le rideau noir de mes lointains souvenirs Sourires en fleurs Pleurs en pire Lumières mauves sur la scène Regarde et lève-toi Elles te saluent les traces Du bel hier
Voici bien longtemps que le tribunal académique ne s’était réuni. Le problème à traiter est on ne peut plus d’actualité….
Le tribunal académique s’est réuni ce matin en sa forme plénière et consultative. Il vient, en effet, d’être saisi par un grand nombre de citoyens, et a rendu un avis important, difficile, mais ô combien urgent. Pour cette occasion, exceptionnelle, un collège de jurés a été constitué. Sa composition est, convenons- en un peu particulière. Y siègent : un poète, une militaire, un adolescent, une militante, un amoureux éconduit, un clown au chômage, une dresseuse d’ours, un cruciverbiste, et une religieuse défroquée… Revenons aux faits : depuis quelques temps deux mots, et non des moindres, posent un problème. Deux mots qui, si on n’y prête garde, pourraient se ressembler. Il suffit d’ailleurs de les entendre. Deux mots, aussi, qui lorsqu’on écrit sur une feuille de papier un peu verglacée peuvent déraper…
Le président du tribunal résume en quelques mots la décision qui vient d’être rendue. « Mesdames et Messieurs les jurés, chères et chers collègues, nous nous sommes réunis ce matin pour examiner, vous le savez : Haine et Aime… Les débats ont été animés mais sans haine et c’est cela que j’aime. » « Aime et Haine vous le savez, vous le constatez, sont proches à l’oreille, ils le sont aussi à l’écrit et nous ne devons plus courir le risque qu’ils soient confondus… »
« A l’oreille, donc, les deux mots sont si proches qu’on les croirait, tout droit, sortis de l’alphabet. M est devant N, c’est un fait. Mais pouvons-nous, acceptons-nous d’en dire autant de Aime et de Haine. Cette promiscuité est nauséabonde, préjudiciable et disons le « inacceptable ». En conséquence nous exigeons, que N soit isolé et relégué à la place qu’il mérite et qui lui revient, en dernière position après le Z. Décision exécutable immédiatement. »
« L’autre problème est le risque de dérapage à l’écrit. Certes nous conviendrons que ce n’est pas courant, mais le collège des jurés souhaite ne prendre aucun risque. Qu’un distrait oublie le H de haine et que la main tremble et ajoute une jambe au n et le mal est fait. Les deux mots doivent, c’est impératif être séparés, distingués. En conséquence, le tribunal décide que quiconque décide d’utiliser ou d’écrire le mot haine doit, au préalable, adresser une demande écrite au collège des jurés qui à compter de ce jour devient un jury permanent. Cette demande devra indiquer les raisons pour lesquels le demandant envisage d’utiliser ce mot. Les jurés ont précisé que cette demande devrait être adressé sur une feuille de papier fleuri, et que la police utilisée serait le colibri… Le demandant sera ensuite convoqué et devra sous contrôle et avec le sourire écrire 100 fois le mot AIME..
Ces quelques lignes signées René Char « ouvrent » un livre qu’il a écrit dans les années 50 avec Albert Camus : « la postérité du soleil »
Pourquoi ce chemin plutôt que cet autre ? Où mène-t-il pour nous solliciter si fort ? Quels arbres et quels amis sont vivants derrière l’horizon de ses pierres, dans le lointain miracle de la chaleur ? Nous sommes venus jusqu’ici car là où nous étions ce n’était plus possible. On nous tourmentait et on allait nous asservir. Le monde, de nos jours, est hostile aux Transparents. Une fois de plus, il a fallu partir… Et ce chemin, qui ressemblait à un long squelette, nous a conduit à un pays qui n’avait que son souffle pour escalader l’avenir. Comment montrer, sans les trahir, les choses simples dessinées entre le crépuscule et le ciel ? Par la vertu de la vie obstinée, dans la boucle du Temps artiste, entre la mort et la beauté.
Ce que je voudrais mes amis C’est simple Un bout de ciel qui traîne Dans l’attente impatiente D’une mer qui revient de loin Un rien de silence Une pincée de tendresse Un serrement de gorge Un frisson imprévu Ce que je voudrais mes amis C’est simple C’est une petite miette de cette si belle vie
En cette fin de semaine très chargée, le tribunal académique doit juger un cas très particulier. Il s’agit d’une affaire dont on peut dire qu’elle est un peu trouble. C’est, en effet, sur la base de délations, par le biais de lettres anonymes, que la cour, après une rapide instruction, rend son jugement.
Nous sommes en fin de journée, la lumière a baissé. On distingue à peine le ou la prévenue dans le box des accusés.
Le président du tribunal est gêné : il sait que la salle peut réagir et faire de lui, pour quelques instants, le bouffon qu’il n’est pas. Tant pis, il n’a pas le choix. Il s’éclaircit la gorge et lance le tant attendu : « brume levez-vous ! »
Dans l’assistance, monte un léger murmure et quelques toussotements…
« Brume redressez-vous je vous prie, que les jurés puissent vous distinguer… »
Brume souffre. La lumière blafarde des néons est lourde. Brume a du mal à rester droite et debout et- convenons-en- se tient à la barre, un peu affalée.
« Brume cessez de vous répandre et restez concentrée sur ce que j’ai à vous dire ! »
« Brume, vous comparaissez aujourd’hui devant ce tribunal académique car vous êtes accusée du crime de haute trahison, et pire, d’intelligence avec l’ennemi. En effet, si je m’en tiens aux déclarations faites sous serment, vous avez été vue, ou plutôt aperçue, ces derniers mois, en présence de l’ennemi, et pire, en compagnie des forces de l’étrange.
Le président tient l’acte d’accusation entre ses mains tremblantes. La brume est toujours levée, le regard un peu dans le vide. Elle attend, les yeux dans le vague, d’apprendre ce qui lui est reproché.
« Le 8 mars, vous avez été surprise, au lever du jour, en compagnie de l’armée des mauves. Les témoins parlent, je les cite, d’une belle lumière apaisante… »
« Le 13 juin, vous avez déserté le fleuve auquel l’académie vous a attachée et ce pour vous rendre sans autorisation au sommet d’une verte colline. Les témoins parlent d’une, je cite : magnifique couronne cotonneuse… »
« Le 15 juillet, vous avez été aperçue, en fin de journée, à l’heure où tous les chats sont gris, à proximité d’une fête champêtre. Je cite les témoins : « avec la musique et les lumières, cette douce brume d’été nous a remplis de joie, et même d’allégresse »
« A plusieurs reprises, à l’automne finissant, vous avez choisi de vous adjoindre comme compagnons de phrases, sans leurs consentements il va sans dire, les mots légère, douce, bleutée et avez délibérément abandonné épaisse, grise et obscure. C’est grâce au courage civique d’un gardien de la langue que vous avez été confondue et stoppée dans votre entreprise de déstabilisation d’une longue série de mots qui sont en dehors de vos frontières.
En conséquence et après délibération avec le jury et en application de l’article R 233-12 du code de procédure matinale, vous êtes condamnée à une éternité de travaux foncés.
Derrière chaque fenêtre fermée Des histoires se vivent où se racontent Dans un tendre murmure Dans un fracas de cris blessants Tout cela je ne le saurais pas Derrière chaque fenêtre fermée Je ne fais que passer Et ouvre en grand La boîte bleue de mes rêves d’enfant
Incroyable, ils se parlent ! Que tu dis-tu ? J’ai bien entendu ? Ils se parlent ! Tu me dis qu’ils se parlent ? Tu divagues…Ils ne peuvent pas se parler, c’est impossible ! Se parler, se parler, mais je rêve. Pour se dire quoi ? Oui, c’est ça, que se disent t’ils ? Est-ce que tu les as entendus ? C’est grave, il faut qu’on prévienne. Il va se passer quelque chose, tu te rends compte. Parce que s’ils se parlent, cela veut dire qu’ils ont levé la tête, qu’ils se regardent, qu’ils se voient…
Ce matin le tribunal académique est bondé. On y juge le gris. Enfin, quand je dis on juge le gris, il conviendrait peut-être plus de dire on juge gris…
Le juge de permanence est d’une humeur massacrante. La veille il a dû participer à une reconstitution un peu pénible, il s’agissait de la scène du crime commis par l’automne au printemps dernier.
Il doit lire l’acte d’accusation mais comme à l’accoutumée il lui faut d’abord rappeler à la cour l’identité du prévenu.
« Gris levez-vous ! »
« On dit de vous dans le compte rendu de l’instruction que vous affirmez être un adjectif mais qu’il vous arrive régulièrement de prétendre être un nom commun. C’est évidemment votre droit et je ne reviendrai pas là-dessus, mais qu’il me soit permis, eu égard à ce qui vous est reproché, de regretter cette autorisation que la loi grammaticale vous octroie… »
Gris, dans le box des accusés accuse le coup, mais ne dit rien, il semblerait même qu’il ait pâli.
Le juge poursuit.
« Gris, vous comparaissez devant ce tribunal car vous êtes accusé d’escroquerie et de tromperie. En effet, à plusieurs reprises vous avez été vu, plusieurs témoignages le confirment, en compagnie de rouge, de jaune, de vert et même de bleu et vous vous êtes étalé au point d’occuper toute la place. Je lis dans l’acte d’accusation qu’à plusieurs reprises ceux qui regardaient se seraient exclamés je cite : « oh que c’est beau ! ».
Gris baisse les yeux. Le juge continue sa lecture.
« Deuxième délit, et non des moindres, vous vous êtes introduit par effraction, et ce à plusieurs reprises, dans de nombreuses poésies et avez pris une place qui ne vous revenait pas, au point même d’obliger l’auteur à chercher des rimes en ris, et la cour doit le savoir mais lorsqu’on cherche à rimer avec le gris, on finit toujours par dire que c’est un mot qui sourit. »
« En conséquence et après en avoir délibéré, la cour vous condamne à rester définitivement entre le blanc et le noir et vous interdit à compter de ce jour de vous produire dans quelque tenue que ce soit lors des couchers de soleil »
Retraité, je suis retraité. C’est le terme consacré, qu’il faut désormais désigner non pas ce que je suis mais ce que je fais. Avant de proposer au tribunal académique de se réunir en séance plénière pour instruire le cas épineux de ce mot, quelques réflexions que j’ajoute à mes carnets. L’étymologie a ce ceci d’intéressant c’est qu’elle ne nous ment pas. Elle est pleine de ces qualités qui ne sont, par contre les caractéristiques des bavardages contemporains surtout quand ils deviennent médiatiques. Elle est logique, pragmatique et parfois pleine d’un humour surprenant et dérangeant. En effet lorsqu’on découvre qu’étymologiquement parlant retraité c’est tirer en arrière (trahere voulant dire traîner, tirer). Amusant non ! Alors que les retraités sont plutôt celles et ceux qui sont perçus comme débutant la dernière étape, celle qui va les pousser vers la fin, l’étymologie nous dit qu’il s’agit de reculer, de revenir en arrière, bref de revenir sur ses pas, pourquoi pas de retrouver les traces de cette jeunesse qu’on croit disparu. J’avoue que cela me plait cette idée du retour en arrière, prendre le temps de passer sur le chemin déjà emprunté, y corriger quelques erreurs, achever ce qui a souvent été entrepris sans aller jusqu’au bout. Retraité ce n’est pas l’état de celui qui se retire mais plutôt de celui qui revient… 2 septembre : deuxième jour de retraite
Je vais republier régulièrement quelques unes de mes créations originales. Notamment le fameux tribunal académique que j’ai réuni dans le passé assez souvent. L’idée est maintenant que j’ai plus le temps de poursuivre et d’enrichir cette rubrique avec des nouveautés
Ce matin il y a procès au tribunal académique. Quelques mots sont là, coupables de coalition. Le président du tribunal, vient d’appeler automne à la barre.
Il lit l’acte d’accusation :
« Automne, nom commun, vous comparaissez devant cette cour pour le délit de haute trahison. A plusieurs reprises, vous avez été vu, entendu en compagnie des mots suivants : joyeux, bleu, heureux, doux, roux, bucolique et « cerise » sur le gâteau, mou.
Eu égard à la loi du 13 novembre 1912, stipulant qu’automne ne peut être vu qu’en compagnie de gris, morne, triste, venteux, mélancolique, et violon, vous êtes donc en infraction grammaticale, syntaxique et surtout lexicale.
En conséquence et en vertu des pouvoirs alphabétiques qui me sont donnés, je vous condamne à trois ans de travaux forcés. Messieurs les gardiens de la rime, je vous en prie, veuillez accompagner le prévenu… »
J’ai toujours beaucoup aimé que les angles puissent être ronds. Histoire qu’une fois au moins dans sa triste et droite vie aux figures imposées la géométrie se permette un rond de jambe, ou mieux encore une pirouette. Une belle et ronde pirouette. Ce serait chouette d’étudier la pirouette, d’en connaître toutes les formules, celle du périmètre, de la surface.
Mais revenons à notre angle qui défie par son rondeur la sévérité pointue de toutes les équerres. Il s’en moque et il est même fier tous les matins de me proposer de suivre le chemin qu’il me propose, tout en douceur.
Et par dessus tout il y a ces fameux angles morts qu’on vous signale, on vous met en garde : « attention aux angles morts ». Je me questionne, mais de quoi sont-ils morts, qui sont les vils auteurs de ce crime géométrique ? Et s’ils sont morts, ils ne sont plus, ils n’existent pas alors pourquoi nous dire de faire attention, que nous réserve t’ils ?
Je pioche de ci, de là dans ma mémoire, et je trouve parfois des traces, des bouts, des débuts livrés à eux mêmes, en voici un
C’était un soir graisseux, comme tant d’autres. Il était imprégné de cette odeur métallurgique, si prenante, si noble. Non, vous vous trompez, pas une odeur de saleté, pas de ces odeurs aigrelettes qui est la marque de ceux qui respirent par réflexe animal. C’est l’odeur noble du métal qu’on fond, Derrière ses yeux fatigués on sent la force de celui qui vit la matière comme un prolongement de sa douleur. Rien n’est plus beau dans notre mémoire sidérurgique que ces pas lourds ouvriers qui frappent le trottoir aux premières lueurs du jour. Rien n’est plus fort que ces rencontres au détour d’une aube blafarde avec les ceux qui font notre fierté.
Ces quelques mots écrits sur un cahier souvent ouvert à l’envers, je les retrouve ce soir, trente ans après et je souris. Je souris parce que les trottoirs sont propres, parce que les pas lourds ont disparu. J’ai l’impression d’avoir fermé définitivement Germinal…
En bas tout au fond des bavardes vallées Des hommes commentent le rien Se gavent de peurs pour s’inventer le pire Au sommet du mont silence des matins apaisés J’entends la douce mélodie des espoirs oubliés
J’ai désormais un peu de temps, tout au moins un peu plus de temps à consacrer à mes écrits. Je veux mettre de l’ordre, repenser les catégories, envisager la constitution de recueils. Je vais commencer à vous proposer sur mon blog de découvrir ou redécouvrit ( pour les fidèles…) la republication de textes. Plusieurs thèmes se détachent nettement, ceux de la mémoire, des traces avant tout, la mer bien sûr, le ciel, les ciels, les sensations matinales etc…
Je vais débuter aujourd’hui ce travail de longue haleine. Et si le cœur vous en dit n’hésitez pas à commenter, me faire des suggestions, pourquoi « classer ».
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Toi t’entends déjà Les pas de la ville Qui résonnent aux fenêtres Des fils sans drapeaux Le pas fasciste de la ville Le pas creux de ceux qui t’étouffent En vainqueur Alors t’as peur T’as peur parce-qu’on t’a dit Que tu étais foutu T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir Ainsi Comme les autres Ceux qui sont en bas Et toi tu dis que ça ne recommencera pas Qu’on y reviendra Mais ils t’ont bouffé ton présent Alors n’y crois plus Parce que les autres ont réussi T’étais tant sûr de toi Quand tu leur disais qu’ils avaient tort Mais toi tu travaillais sans filet Et les autres ils sont en bas Ils attendent que tu te casses la gueule Déjà tu commences à te lamenter Dans le musée de ton angoisse Aïeul de ton soupir de haine Tes yeux ne sont plus des fenêtres Ils sont déjà des barreaux sanglants Sur des fentes qui se ferment Tes mains ne sont plus des amies pour celles des autres Ce sont déjà des armes pour ceux qu’ont les bottes Tu sens déjà ta bouche pourrir A s’attarder sur leurs mots de pierre Que leur construisent des temples d’enfer… Avant que ne meurent les victoires écorchées Avant que ne s’entendent les discours du hasard Tu regardes Pour savoir Pour l’espoir Dans la foule pas un qui ne bouge Pas un qui ne songe à remuer son poids de graisse Alphabétique Pas un qui n’oublie son anonymat Pas un qui n’épèle son nom Pas un pour croire qu’il y autre chose Au dessus d’eux Pas un qui n’ait un visage qui se reconnaît Parce que tous attendent le lendemain Qui suivra leur journée d’adoption Qui passe en les tuant Par paquets de minutes Qu’ils ont volés à la pendule de ceux qui veulent pas Mais qui sont morts Pour l’instant ils ne marchent pas Ils avancent Mécaniques amnésiques D’un mot qui revient Sur toutes les lèvres pincées Des ceux qu’on dit gagnants Alors toi t’as plus que tes amis Derrière d’autres fenêtres Alors tu te dis que les leurs vont s’ouvrir Et t’entends déjà le frémissement d’une autre foule La foule aux visages ouverts Alors tu joues une dernière fois à perdre l’espoir Pour accroître ta haine Pour que ton amour pousse Au rythme des humains Tu t’en fous que les fusils Soient les croix des cimetières Parce que toi tu veux te mettre à la fenêtre Sans avoir la face éclaboussée Par une flaque de calamité Parce que toi tu veux revenir de ton voyage Avec pour tout bagage Le seul mot que tu auras rencontré Parce que toi tu veux voir ce que tu as choisi Voir deux amis se rencontrer Voir deux années se raconter Voir ou les hommes pleurent de joie Voir où les enfants rient D’avoir trop pleuré Ailleurs Voir les chefs mourir Voir la beauté sans miroir Voir des sourires sans bénéfices Voir Tout voir Te voir Novembre 1979
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Tu devrais réapprendre le regard Qui fait avouer le vrai Pour partir loin d’ici Dans un rêve qui ne finit jamais Partir sans visage Amnésique Voyager dans le creux de la vague Que forment les désespoirs De ceux qui restent Parce qu’ils veulent pas Voyager sur le trottoir d’en face Où l’histoire s’est faite avec ces foutus Que t’as failli rencontrer Tu devrais voyager avec ceux que les autres oublient Parce qu’ils sont habillés de refus Tu devrais connaître le paysage de leur mort Le labyrinthe de leur vie Pour qu’eux aussi ils sachent Que t’as peur Que t’as peur quand t’es suivi Par ceux qui fusillent Les habitués de l’ombre de l’histoire Mais il est trop tard Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Toi t’entends déjà Les pas de la ville Qui résonnent aux fenêtres Des fils sans drapeaux Le pas fasciste de la ville Le pas creux de ceux qui t’étouffent En vainqueur Alors t’as peur T’as peur parce qu’on t’a dit Que t’étais foutu T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir Ainsi Comme les autres Ceux qui sont en bas Et toi tu te dis que ça ne recommencera pas Qu’on y reviendra Mais ils t’ont bouffé ton présent Alors n’y crois plus Parce que les autres ont réussi T’étais tant sûr de toi Quand tu leur disais qu’ils avaient tort Mais toi tu travaillais sans filet Et les autres ils sont en bas Ils attendent que tu te casses la gueule Déjà tu commences à te lamenter Dans le musée de ton angoisse Aïeul de ton soupir de haine Tes yeux ne sont plus des fenêtres Ils sont déjà des barreaux sanglants Sur des fentes qui se ferment
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Tu te dis que ça fait déjà longtemps Que tu ne sais plus lui parler T’as fini par croire que tu t’étais trompé T’as fini par vouloir accepter Que c’était un jeu perdu d’avance pour toi Et puis t’as reculé T’as refusé d’y croire T’as recommencé Et on dirait que t’as plus peur Et déjà t’attends T’attends la proclamation d’une mort générale Pour ceux qui obéissent Et qui disent qu’ils sont seuls T’écoutes la plainte du nombre De ceux qui pourrissent de honte Parce qu’ils ont perdu la force d’aimer Et de recommencer Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard T’aurais voulu te raconter Parce que t’as entendu dire Que quelqu’un finirait par parler De ceux que tu détestais T’aurais voulu leur parler Pour leur dire qu’ils existent Pour leur dire qu’ils subsistent T’aurais voulu la mort Qui tuera les blessures de ta croûte sénile Parce qu’à force de vouloir t’éviter Tu finiras par te condamner Au repos ahurissant Des travaux forcés Du bagne de la ville qui étouffe Les ceux qu’on dit poète
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard… Tu pourrais écrire des tragédies larmoyantes Symptômes de vie Paresseux mensonges d’une fausse mélancolie Tu te portes au secours d’une angoisse Qui s’agglutine Par plaques de paumés Sur les regards de ceux qui naviguent Sans tickets Tu devrais partir sans clefs Pour nulle part Et pour que si tu te perds Tu saches où aller Tu devrais être l’instant présent Et qui passe plus vite qu’on l’oublie Tu devrais écrire un poème Où la rime qui s’entend Est un baiser qu’on espère Tu devrais oublier les autres Parce qu’ils ont leur ombre Parce que tu as la tienne On t’a dit que tu étais né Comme les autres Et toi tu joues au différent Parce que tu sais que tu n’es rien Parce que tu connais la mort Tu l’as découverte En l’église des paumés de l’angoisse Où l’on ne prie pas Mais où l’on crie qu’on a peur Dans ce bal costumé qui n’en finit jamais Il faut que tu assistes à la messe Des ceux qui sont condamnés à attendre le verbe Pour soupçonner le vrai Ils te rajeuniront de ceux que tu ignores Parce qu’ils savent eux aussi Que tu les as trouvés
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Sois sûr que t’as aimé Pour que le jour où tu animeras ton absence Les suicidés de l’ennui N’oublient pas que tu étais avec eux.. …Apprends à attendre L’heure qui passe et qui suit l’autre Sans lui ressembler Parce qu’elle est encore plus leste Je crois que t’as peur de finir comme les autres Tu voudrais tant que deux plus deux Puissent s’étonner Tu voudrais que les indifférents brûlent Chaque fois que tu prononces le mot Aimer Tu voudrais dire à ceux qui partent Que de toute façon ils ne renoncent à rien Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas Qui veulent partir ailleurs Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude Tu voudrais prendre le train Qui va vers une gare où la pendule Est sans aiguilles Parce que le chef de gare est souriant
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Sois sûr que t’as aimé Pour que le jour où tu animeras ton absence Les suicidés de l’ennui N’oublient pas que tu étais avec eux.. …Apprends à attendre L’heure qui passe et qui suit l’autre Sans lui ressembler Parce qu’elle est encore plus leste Je crois que t’as peur de finir comme les autres Tu voudrais tant que deux plus deux Puissent s’étonner Tu voudrais que les indifférents brûlent Chaque fois que tu prononces le mot Aimer Tu voudrais dire à ceux qui partent Que de toute façon ils ne renoncent à rien Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas Qui veulent partir ailleurs Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude Tu voudrais prendre le train Qui va vers une gare où la pendule Est sans aiguilles Parce que le chef de gare est souriant
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées Avant que ne meurent les discours du hasard Tu t’inventes une bouche Fleur pleine D’assoiffés aux peurs qui survivent… …Tu te surprends Pleurant l’attente Du troubadour jouant le désir Sans aumône T’entends déjà le fourmillement d’une foule Qui arrive par paquets de bottes Tu te soulignes à grands traits de rencontres Avec des fossoyeurs d’esprit littéraire Alors tu crois oublier les bottes Parce qu’elles sont derrière la porte De celui qui t’ouvre les yeux
Un très long texte déjà publié, écrit en 1979, je vous le propose en plusieurs parties tout au long de cette journée…
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées, Avant que ne meurent les discours du hasard, Tu t’inocules dans les veines un poison qui n’existe pas Sinon pour ceux qui peuvent en souffrir. Tu vois des chefs piétinant des pelouses d’enfants Avec un artiste à leur trousse, Pour que leurs morts s’ajoutent. Tu insultes la silhouette d’un muscle D’institutions barbelées Qui sert d’ombre à des gladiateurs de cirques kakis. T’ajoutes ta larme à celle du clown au chômage. Tu espères toujours la parole à ceux qui ont peur, Parce qu’elle les trompe, De sourires en sourires, Passés à boucher des trous d’obscurité. A grands coups d’épithètes vainqueurs des armateurs du silence T’as vendu ta folie à un colporteur de passage Qui soufflait des mensonges Il ne te reste plus que ta citoyenneté ombilicale Pour motif de mort A force de vouloir subsister tu t’es pendu Avec une corde de similitude T’as pris au piège de ton histoire un mot de ton invention Et il est devenu compagnon d’une dernière passion qui te dispersera.
Et maintenant Maintenant tu réévalues ta dose de présent A la bourse du verbe aimer Et tu te sens mieux T’avais peur que le désespoir Rattrape la réalité qui te minait Et en face d’elle T’as brisé le cercueil Tes deux bras te servaient d’alibi Pour te tenir sur le fil de honte Qui surplombait le désespoir Venu d’en bas Et maintenant Tes deux bras lui servent De parenthèses T’avais mal dedans le corps Tant le hasard t’avait fait crier Tant le hasard t’avait fait vaincu Et maintenant Tu passes Seul avec celle qui te regarde Et t’as dévalisé la consigne Et tu tires sur tes lèvres Comme l’intoxiqué tire sur sa clope T’avales le vrai et tu vomis ta peur T’avais un trou dans la tête Qui guettait la sortie de ta folie Pour lui passer des menottes de rêve Et maintenant le temps qui te pue Est un éternel motif d’impatience Pour celle dont tu rêves Angoissé dans les murs de ton bar D’artiste sans symétrie Et il te faut trouver Un dictionnaire De mots nouveaux Promesses de vocabulaire A grammairiser Pour les joies que tu lui inventeras Il te fallait tant de choses Pour être sûr Dans ton royaume de deux Que maintenant tu t’en fous Tu poétises Et tu sais que ça transpire Peut-être l’indifférence d’habitude Mais cela ne fait rien tu continues Et ce soir t’as encore envie d’écrire Parce que ça fait un jour de plus Et t’as une boule dans la tête Une boule odeur de lassitude Qui explose à chaque sourire Qu’elle enterre en toi Chaque fois qu’elle commence Le « il était une fois » De ma soif d’impatience Avec une corde au cou, au mois elle m’a remarqué Dans cette foule de pendus Qui rêvent d’évasion En se remarquant Identique Et t’as mal dans la tête Quand elle t’observe T’as mal dans sa peur Qui vibre d’incertitude T’as mal dans sa peau qui fait Pleurer un violoniste Et quand tu la serres contre toi Tu hais encore plus Les silhouettes bureaucratisées Qui sentent déjà le dossier Qui n’est pas fini Ou qu’on va jeter….
Ce soir t’as envie d’écrire Ce soir t’es encore plus près d’elle Parce que cela fait un jour de plus Parce que cela fait un jour de Mieux Alors tu souris A ces murs si nus Qui te racontent L’histoire de ce reflet Dont l’insuffisance suinte Ce regard que tu connais C’était une semaine qui comme Toutes les autres Sentait la potence Mais le nœud ne coulait plus Il s’était ouvert Et toi tu fermais les yeux C’était une semaine Qui comme toutes les autres Transpirait l’ennui Entre les rires d’enfants Trop rares Mais que tu supposais déjà Sur ses lèvres en fête C’était une semaine Dure Dans ton journal de désespoir Il ne te restait plus d’aventures Antidotes A tous leurs regards accrochés Au porte manteau de leur haine Et toi tu les voyais Tu voyais une tâche de pleurs Sur une bouche gardée Un œil mouillé de souvenirs Qui s’en iront Une voix qui a peur des mots Des mots qui cherchent l’horizon du mal Et ne le trouvent pas Un regard qui attend Plutôt qu’il ne voit Et toi qui observe L’espoir en bandouillère
Aux angles flous du soir tombant La trace d’un sourire sur les lointaines crêtes Il pose sa fraîche caresse Sur les regards brûlés par le gris monde plat Des écrans qui étouffent le rêve Un instant Un instant seulement Aime cette fleur éphémère
C’est la dernière ligne droite, Le dernier jour, Des tant de petits cailloux semés Ici et là Quelques marques blanches Des traces anciennes de douleurs enfouies C’est un doux petit matin apaisé Il pose sur le long chemin de mes mémoires à construire Tous les mots fleurs Tous les mots rires Que j’aime offrir Compagnes de la belle amitié La vraie Celle qui dure, vous serre dans ses bras Vous fait comme un frisson Délicates vibrations Venus de nos printemps intérieurs Surpris dans l’encore De se retrouver, se rencontrer, s’aimer Je saute d’un pied léger Dans cette douce flaque des belles humanités Oh oui Les gouttes des hier tant de fois contées Eclaboussent On rit, on pleure, on s’ébroue et s’embrasse Je marche et trouve sur le long chemin Les restes parfumés de nos belles histoires à finir…
Et maintenant Maintenant tu réévalues ta dose de présent A la bourse du verbe aimer Et tu te sens mieux T’avais peur que le désespoir Rattrape la réalité qui te minait Et en face d’elle T’as brisé le cercueil Tes deux bras te servaient d’alibi Pour te tenir sur le fil de honte Qui surplombait le désespoir Venu d’en bas Et maintenant Tes deux bras lui servent De parenthèses T’avais mal dedans le corps Tant le hasard t’avait fait crier Tant le hasard t’avait fait vaincu Et maintenant Tu passes Seul avec celle qui te regarde Et t’as dévalisé la consigne Et tu tires sur tes lèvres Comme l’intoxiqué tire sur sa clope T’avales le vrai et tu vomis ta peur T’avais un trou dans la tête Qui guettait la sortie de ta folie Pour lui passer des menottes de rêve Et maintenant le temps qui te pue Est un éternel motif d’impatience Pour celle dont tu rêves Angoissé dans les murs de ton bar D’artiste sans symétrie Et il te faut trouver Un dictionnaire De mots nouveaux Promesses de vocabulaire A grammairiser Pour les joies que tu lui inventeras Il te fallait tant de choses Pour être sûr Dans ton royaume de deux Que maintenant tu t’en fous Tu poétises Et tu sais que ça transpire Peut-être l’indifférence d’habitude Mais cela ne fait rien tu continues Et ce soir t’as encore envie d’écrire Parce que ça fait un jour de plus Et t’as une boule dans la tête Une boule odeur de lassitude Qui explose à chaque sourire Qu’elle enterre en toi Chaque fois qu’elle commence Le « il était une fois » De ma soif d’impatience Avec une corde au cou, au mois elle m’a remarqué Dans cette foule de pendus Qui rêvent d’évasion En se remarquant Identique Et t’as mal dans la tête Quand elle t’observe T’as mal dans sa peur Qui vibre d’incertitude T’as mal dans sa peau qui fait Pleurer un violoniste Et quand tu la serres contre toi Tu hais encore plus Les silhouettes bureaucratisées Qui sentent déjà le dossier Qui n’est pas fini Ou qu’on va jeter….
Pour la huitième fois j’ai eu la joie de remettre un prix au toujours magnifique concours d’écriture en prison organisé par la fondation M6. Le thème de cette annee était frisson…Et nous avons frissonné. J’ai été très touché par le texte de Adnane qui évoque le frisson de son retour à l’école, une école de l’envol de l’émancipation. Je serai toujours membre de ce jury l’année prochaine tout en étant retraité, mais désormais « ambassadeur » de ANLCI – Agir ensemble contre l’illettrisme et je serai heureux d’y retrouver Maxime Chattam , Valérie Tong Cuong , Rachid Santaki, Plana Radenovic.