Le Tribunal académique revient…

Les habitués de mon blog connaissent cette rubrique humoristique, après une longue hibernation et après avoir republié quelques uns des jugements de ce tribunal, elle va revenir, je l’espère régulièrement.

Le tribunal académique, après ce long et salutaire retrait, reprend ses séances. Quelques évolutions sont à souligner. C’est désormais une présidente qui dirige les débats et décide des sanctions. A ce qui se dit, elle est d’une intransigeance sans failles. Outre sa formation juridique, elle suivi une formation en « émotologie ». Il s’agit d’une nouvelle discipline qui étudie les émotions à travers les mots.


Désormais les plaignants, lorsqu’ils formulent un recours doivent produire un argumentaire, expliquant en quoi l’usage incongru, intempestif et inapproprié de tel ou tel mot, terme ou expression est de nature à perturber l’ordre public, poétique et politique. C’est ce qui est appelé la règle du « POPPP ». La Perturbation de l’Ordre Public, Poétique et Politique. Le tribunal académique est chargée de ce contrôle.
Si la présidente du tribunal est la seule habilitée à prononcer le jugement elle s’appuie désormais sur un véritable conseil de l’ordre, le « COPPP », le conseil de l’ordre public, poétique et politique. Composé de 12 membres ce conseil siège désormais de façon permanente, ce qui va permettre enfin d’améliorer la réactivité de cette instance.
Nous venons enfin de prendre connaissance de l’identité des 12 titulaires. La voici : afin de ne pas mettre en danger la vie de ces courageux conseillers, seules les initiales nous ont été transmises ainsi que la profession de ces éminentes personnes.

  1. MB : astiqueur de cor de chasse et autres cuivres culinaires
  2. BR : dresseuse de mèches rebelles
  3. GF : soudoyeur de fonds de cuve
  4. RL : danseuse sur pilotis
  5. TT : accordeur d’escabeaux
  6. HP : rééducatrice en ventriloquie
  7. PP : coiffeur pour cascadeurs
  8. OG : Regardeuse d’horizons
  9. AV : Pilote d’essais infructueux
  10. FD : Chanteuse pour crabes à raie
  11. RT : Perceur de secrets
  12. SL : Répétitrice de silences de plomb

Dans les prochaines semaines les premiers jugements vont être rendus. Ils devraient concerner, entre autres, les mots suivants : « dissolution, bienveillance, grave, sociétal, connecté, télétravail, retraite, dictature…

Mes Everest, Victor Hugo : Sur la falaise, extrait

Tu souris dans l’invisible.
O douce âme inaccessible,
Seul, morne, amer,
Je sens ta robe qui flotte
Tandis qu’à mes pieds sanglote
La sombre mer.

La nuit à mes chants assiste.
Je chante mon refrain triste
A l’horizon.
Ange frissonnant, tu mêles
Le battement de tes ailes
A ma chanson.

je songe à ces pauvres êtres,
Nés sous tous ces toits champêtres,
Dont le feu luit,
Barbe grise, tête blonde,
Qu’emporta cette eau profonde
Dans l’âpre nuit.

Je pleure les morts des autres.
Hélas ! leurs deuils et les nôtres
Ne sont qu’un deuil.
Nous sommes, dans l’étendue,
La même barque perdue
Au même écueil.

Flash…

J’ai feuilleté

Le livre blanc et glacé

De mes mémoires frisonnées

Au bord d’une marge abandonnée

Deux ou trois lettres froissées

Racontent en riant

Ce si long chemin

Vers leurs rêves de beauté

Message du tribunal académique…

Je continue mes republications du tribunal académique…

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Le tribunal académique, une fois de plus et nous en sommes vraiment désolés, est resté silencieux pendant quelques semaines.
Il faut dire que le greffier du dit tribunal a été testé positif au Clownvid 001.
Il s’agirait selon les désinformations que nous avons survolées d’un nouveau virus non encore répertorié par les principaux logiciels de reconnaissance de mauvais caractère.
Les symptômes les plus caractéristiques de cette nouvelle maladie sont très inquiétants.
Il est évident que tout sera mis en œuvre pour éviter la contamination. Le premier symptôme est celui de la parole. Les personnes atteintes, et ce fut le cas de ce malheureux greffier, se mettent soudain à parler, à voix haute et intelligible. Il convient pour ne pas commettre d’erreur de diagnostic de ne pas confondre avec le syndrome un peu plus connu dit du « monologue ».
En effet les personnes infectées non seulement s’expriment à voix haute, mais il se trouve qu’elles le font consciemment et en s’adressant à une ou plusieurs autres personnes. Ce qui peut dans les cas extrêmes (au passage il s’agit du premier indice d’une contamination) conduire à un dialogue.
Le deuxième symptôme est tout aussi surprenant et inquiétant, puisque plusieurs études montrent que tout en parlant ces personnes sourient.
Et lorsque l’échantillon- ou groupe test- de ces personnes souriantes et bavardes est comparé à un groupe témoin de personnes non infectées c’est-à-dire non souriantes et muettes ou tout au moins totalement concentrées dans les limites numériques de leur environnement protégé et aseptisé selon les protocoles en vigueur, le constat est limpide. Parler en souriant nécessite d’ouvrir 67 fois plus la bouche en une minute que de ne rien dire en restant concentré sur les parois de sa bulle cognitive, ce qui vous l’aurez aisément compris, augmente de façon exponentielle le risque de transmission du dit virus et le risque de l’installation d’un climat de bonne humeur dont on sait qu’il est contre indiqué par les principaux fabricants d’anti-inflammatoires.
En conséquence le tribunal académique reste silencieux pour quelques jours encore, mais n’en pense pas moins…

Petite flamme bleue…

Larmes au bord des yeux
Rouges braises d’une tristesse étoilée,
La pluie est à l’intérieur,
D’émotions le trop plein est empli.
Et déverse des flaques de gris.
De chaque couleur il est l’ennemi.
Tu attends le soleil qui fige la surface.
Voile de lueurs,
Apaisent ombres de l’intérieur.
Demain,
Dans le peut-être du futur apaisé
Petite flamme bleue
Danse et luit,
Douce lumière scintille,
Et rit au fond de tes yeux.

Mes Everest : Albert Camus , l’exil et le royaume…

…Des guirlandes d’étoiles descendaient du ciel noir au-dessus des palmiers et des maisons. Elle courait le long de la courte avenue, maintenant déserte, qui menait au fort. Le froid, qui n’avait plus à lutter contre le soleil, avait envahi la nuit ; l’air glacé lui brûlait les poumons. Mais elle courait, à demi aveugle dans l’obscurité. Au sommet de l’avenue, pourtant, des lumières apparurent, puis descendirent vers elle en zigzaguant. Elle s’arrêta, perçut un bruit d’élytres et, derrière les lumières qui grossissaient, vit enfin d’énormes burnous sous lesquels étincelaient des roues fragiles de bicyclettes. Les burnous la frôlèrent ; trois feux rouges surgirent dans le noir derrière elle, pour disparaître aussitôt. Elle reprit sa course vers le fort. Au milieu de l’escalier, la brûlure de l’air dans ses poumons devint si coupante qu’elle voulut s’arrêter. Un dernier élan la jeta malgré elle sur la terrasse, contre le parapet qui lui pressait maintenant le ventre. Elle haletait et tout se brouillait devant ses yeux. La course ne l’avait pas réchauffée, elle tremblait encore de tous ses membres. Mais l’air froid qu’elle avalait par saccades coula bientôt régulièrement en elle, une chaleur timide commença de naître au milieu des frissons. Ses yeux s’ouvrirent enfin sur les espaces de la nuit.

Flash…

J’ai un reste de ciel bleu mer accroché
Au fin fil de ma mémoire tendue
Sur les feuilles volantes épinglées
Flottent des rires entendus

Mes Everest, Tahar Ben Jelloun : « quel oiseau ivre »

Quel oiseau ivre naîtra de ton absence

toi la main du couchant mêlée à mon rire

et la larme devenue diamant

monte sur la paupière du jour

c’est ton front que je dessine

dans le vol de la lumière

et ton regard

s’en va

sur la vague retournée

un soir de sable

mon corps n’est plus ce miroir qui danse

alors je me souviens

tu te rappelles

toi l’enfant née d’une gazelle

le rêve balbutiait en nous

son chant éphémère

le vent et l’automne dans une petite solitude

je te disais

laisse tes pieds nus sur la terre mouillée

une rue blanche

et un arbre

seront ma mémoire

donne tes yeux à l’horizon qui chante

ma main

suspend la chevelure de la mer

et frôle ta nuque

mais tu trembles dans le miroir de mon corps

nuage

ma voix

te porte vers le jardin d’arbres argentés

c’était un printemps ouvert sur le ciel

il m’a donné une enfant

une enfant qui pleure

une étoile scindée

et mon désir se sépare du jour

je le ramasse dans une feuille de papier

et je m’en vais cacher la folie

dans un roc de solitude

Là-bas…

Là-bas, au bout de l’Ile d’Ouessant…

Quand le monde est si bruyant,

Qu’il couvre même le vent,

Quand les regards sont de travers,

Que les yeux se noient dans le triste amer,

N’entre pas dans l’arène !

N’aiguise pas tes lames numériques !

Fais comme tes pères,  

Rêve d’Amérique !

Il faut que tu marches jusqu’au bout.

Là-bas, si loin,

Tu verras :

L’île se blottit

Entre les bras bleus de l’océan.

Là-bas, en bord de pluie

Tu verras :

Le doux demain clair

Il t’attend et sourit.  

Si tu ne peux pas partir,

Reste tête haute,

Marche jusqu’aux souvenirs.

Prends le chemin le plus malin.

Cours, vole, rêve, espère,

Souris de cet air qui te fouette !

Mais ne laisse pas gagner

La fanfare des maudits.

Laisse-les agiter, vociférer.  

Demain tu verras,

Ils seront oubliés.

Flash…

Si belles gouttes de pluie
Doucement ont retrouvé le chant du clapotis
Les feuilles ont la goutte qui espère
Odeurs de terre assoiffée reviennent
Elles se souviennent
C’était écrit sur cet humide et doux papier
Pattes de mouches ivres de ce vert aimé

Tribunal académique : il revient, et c’est « ensemble » qui est jugé…

Il était annoncé, il devait se réunir, mais des circonstances exceptionnelles ont contraint le tribunal académique à reporter plusieurs séances extraordinaires. Il a été décidé eu égard à l’urgence de la situation et à la nature du mot à juger que le 14 juillet serait au bout du compte une date idéale.
Après une longue enquête, les juges resté seuls pendant de longs mois ont décidé de poursuivre « ensemble » et une fois sa culpabilité attestée de le traduire devant le jury populaire du tribunal académique.
Pour prendre cette décision, ils eurent de nombreuses réunions à plusieurs mais à distance bien sûr, et ce pour éviter cette toute nouvelle maladie : « la maladie de l’homme seul ». Cette affection est très particulière, avec quelques symptômes peu courants : le plus significatif étant pour les personnes atteintes l’impossibilité de prononcer les mots suivants : tu, il, elle, nous vous, ils, elles. Bref vous l’aurez compris les contaminés, commencent toutes leurs phrases, et elles sont rares, par Je.
Le président du tribunal (dont certains pensent qu’il a été contaminé), a convoqué sept jurés. Ils entrent seuls, dans le tribunal et prennent place. Il y a là un chanteur d’opéra, une danseuse étoile, un ventriloque, une cartomancienne, un conducteur de monoplace et une lanceuse de javelot.
La salle est presque vide. Seuls les quatre coins sont occupés par des journalistes spécialistes des droits individuels.
Le président ouvre la séance.

  • Gardes, faites entrer l’accusé !

Les gardiens de la paix, inquiets à l’idée d’être contaminés, poussent sans ménagement ensemble dans la salle d’audience et s’éclipsent en vitesse, chacun de son côté.

  • Ensemble levez-vous !

L’accusé, seul sur son banc se lève. Mais il n’est pas le seul puisque dans un bruit de chaises métalliques les quatre journalistes aux quatre coins se lèvent comme un seul homme.

  • Non messieurs je vous en prie, asseyez-vous, et en silence ou je fais évacuer la salle.

Une évacuation qui au passage ne prendrait que peu de temps, compte tenu de l’affluence…
Le président lit l’acte d’accusation.

  • Ensemble je serai bref, vous avez à plusieurs reprises pendant cette période été vu accompagné de nombreuses personnes seules et vous avez, nous rapporte-t-on, formé des groupes, des collectifs, des familles, que sais-je encore, et ce au mépris total de la loi sanitaire et solitaire dite « loi du seul ».
    En conséquence et après un vote individuel qui a suivi une discussion de chacun avec personne, vous êtes condamné à rester définitivement triste. Vous purgerez votre peine, seul, dans une salle tapissée d’écrans continuellement connectés sur d’autres personnes seules. Dans six mois nous aurons une télé-conversation avec vous et vous ne serez libéré qu’à la condition de répondre à toutes les questions que nous ne vous poserons pas par : je…

Matinales…

J’aime cette timide fraîcheur
Elle entre en riant par la petite fenêtre
Une grue grince au sommet du village
J’entends le son creux des masses sur les coffrages
Les maçons sont à la tâche
Le chant du coucou comme une caresse d’horloge
Je suis si bien dans ce presque silence

Les couleurs ont disparu…

Parce qu’il ne faut pas vivre que sur ses réserves, même si elles sont « copieuses », je publie ce soir un inédit, tout chaud, terminé à l’instant…

Avalées en trois souffles de gris,

Qu’une pluie froide dilue

Les couleurs ont disparu.

Goutte à goutte,

Le ciel se pose,

Il s’étend, s’étire,

Prend ses aises.

Les yeux se plissent,

Ils cherchent le bout.

Les yeux se plissent,

Ils redressent les courbes.

La route devient molle,

Elle glisse,

Dans les bras de la brume.

La nuit n’est plus très loin,

Elle attend, là-bas,

Après le bout,

Après le tout.  

Tu baisses les paupières,

Doucement,

Petites billes de lumières,

Étouffent l’hiver au tournant.

Matinales…

Au mur gris de mes angoisses

Tu accroches des restes de mémoires colorées

Entends le tumulte tintant

Le murmure aimant et la folle gaieté

C’est l’arrière pays de ma tête

Où dansent et chantent les amis

17 mai

La terre a tremblé…

Photographie prise à Marrakech ce printemps 2023…

La terre a tremblé
Dans ce pays que nous avons tant aimé
Des larmes coulent sur les ocres failles
La terre a tremblé et nous sommes secoués
C’est dans le toujours loin
Que même les rimes
Sont en ruine
C’est dans le toujours trop loin
Que s’entendent les longs chagrins

Flash de Marrakech…

Dans l’angle bleu de ma mémoire lointaine

Repose une longue mélodie andalouse

Je l’entends qui appelle les absents

Dans la chaleur qui épuise

Ses dernières cartouches de lueur

Elle est là drapée de mauve nuit

Me tend la main

Larmes éternelles

Au bord d’une jeunesse infinie

30 mars

Flash à Marrakech…

Sur la première ligne j’écris un presque vers

Sa rime rousse épouse le désert

Belle, je l’attrape au bond

Elle fleure bon le sel d’une vie d’hier

Pas de bruits inutiles

Il est beau ce silence qui m’existe

29 mars

Flash à Marrakech…

A toi l’ami du si loin

Je t’écris de cette vieille terre

Regarde ces longues traces de mémoires

Les couleurs s’y inventent des heureux

A L’encre de leurs yeux

Qui fleure bon le miel épais

Je trace cette lettre à la plume de mon rire bleu

Si tu la reçois

N’ouvre pas

Ne dis rien

Entends le doux chant de ce loin désert…

28 mars

Flash à Marrakech…

Les couleurs cherchent leur nom

Entre ocre et rouille

Vert et olive

Le village accroche mon regard

Lassé de bleus sans histoires

27 mars…

Flash à Marrakech…

La place vibre et crie

Au soleil envolé

Une lente fraîcheur s’est invitée

Elle glisse et charme en riant

Les longues tresses des épices endormies…

27 mars

Flash à Marrakech

En me levant ce matin j’ai appris ce qu’on vécu cette nuit les habitants de Marrakech…

Terrifiant… Je republie les textes que j’avais écrit lors de mon séjour dans cette magnifique ville?

Cest un matin qui sent le sud

Au bord d’un rêve d’ocre sable

Une fenêtre ouvre son œil taquin

Entends le doux chant berbère

De la ville au lointain désert

26 mars 2023

Flash du 8 septembre…

Photo de Anton Atanasov sur Pexels.com

On a toutes et tous sur le chemin de nos vies
Une belle flaque de ces amitiés qui éclaboussent
Comme l’enfant oiseau sautillant
On y saute parfois les deux pieds joints en riant
On ruisselle de ces pleines gouttes
On rit on pleure on s’ébroue
Nos sourires sont ébouriffés
Viens suis moi et cherche avec moi
Cette longue suite des frêles cailloux
Qui chantent les meilleurs refrains
Sur nos routes de demain

Rappel sur les origines du tribunal académique…

Le tribunal académique ne se réunit que très rarement en semaine. Une vieille tradition qu’on explique difficilement, tant les avis sont divergents.

Certains racontent que la première affaire que ce tribunal ait eu à juger fut « l’affaire du week-end ». Les plaignants de l’époque (ils étaient sept) avaient déposé un recours visant à suspendre l’utilisation de l’expression week-end prétextant d’une part qu’il s’agissait d’un anglicisme, et d’autre part que ce terme était impropre dans la mesure où il n’aurait pas été possible de parler de fin de semaine ( le samedi matin par exemple ) , alors que celle-ci n’est officiellement et réellement achevée que le dimanche à minuit.

Cette affaire qui était, rappelons-le, la première qu’eut à juger ce nouveau tribunal fut mal préparée et si les plaignants furent déboutés sur la première requête, le jury qui avait été constitué à la va vite s’égara totalement sur le deuxième point. Faute d’être en mesure de rendre un jugement clair et acceptable de tous, il prononça une décision dont on peut dire aujourd’hui qu’elle était sans queue ni tête, ce qui permit à la défense de requérir une réparation.

Celle-ci, tel que le stipule le règlement intérieur du tribunal académique donne le droit au plaignant s’il n’est pas satisfait de demander réparation en formulant dans un délai de sept jours un souhait ou plutôt une exigence exécutable dans l’heure.

Personne ne peut certifier que c’est pour cette seule raison que le tribunal académique siège le samedi ou le dimanche, mais nous avons pu lire le compte rendu de cette toute première audience qui s’est tenue le mercredi 14 novembre 1973.

Nous passerons sur les détails protocolaires de l’installation officielle de cette nouvelle instance judiciaire pour nous intéresser à la composition du jury et au rendu de la décisio

Ce premier jury était constitué de sept personnes, en comptant évidemment le président. Il y avait autour de la table un trompettiste bègue, un géomètre myope, un pasteur itinérant, une dompteuse d’enfants rois, une coiffeuse à plumes et une cantatrice fauve.

Voici comment le président du tribunal concluait cette séance du 14 novembre 1973.

  • Considérant que l’usage du terme week-end ne semble poser un problème qu’aux plaignants qui, ils l’ont précisé eux-mêmes développent une forme d’allergie urticante pour tout ce qui de près ou de loin s’apparente à un anglicisme, le jury a décidé à l’unanimité de débouter les plaignants. Le jury, indulgent et compréhensif, assortit cette décision d’une obligation de soins cutanés à pratiquer dans une station thermale située sur la côte Ouest des Iles Britanniques et avec laquelle l’académie française dont dépend ce tribunal a signé une convention linguistique et dermatologique.

Le compte rendu précise qu’au rendu de cette décision les plaignants se sont furieusement grattés tout en disant : « oh my god »  

Poursuivons avec la deuxième partie de la décision ;

  • Sur la deuxième requête des plaignants le jury n’est pas parvenu à un accord. Une partie d’entre nous considérant que la fin de la semaine commence au début du week-end et l’autre partie estimant que le début de la semaine suivante commence à la fin du week-end , ce qui démontre en d’autres termes que rien n’est clair, et que pour reprendre les termes de plusieurs jurés : « de toute façon on s’en fout ».
  • En conséquence et en application de l’article 34-9 du règlement intérieur du tribunal académique, en l’absence d’une réponse claire et circonstanciée, les plaignants sont en droit dans un délai de sept jours ouvrables, de formuler oralement une exigence à l’encontre de ce tribunal qui la rendra exécutable, au début de la semaine suivante.  
  • La séance est levée.

L’explication vaut ce qu’elle vaut, mais il semblerait bien que les plaignants vexés et surtout couverts d’exéma, exigèrent dès le mercredi suivant que désormais le tribunal académique ne se réunisse qu’entre le début et la fin du week-end.

Matinales…

Il ne reste de toi qu’une trace amputée de ses hauteurs de vue
On entend le chant rauque des nœuds fragiles de ta longue histoire
Tu racontes la douceur lointaine de ces mains qui se sont croisées
A l’ombre que tu offrais quand les cœurs se mettent à battre
Tes racines sont loin et tu attends la douce étreinte d’une prochaine marée

Mémoires salées…

Dans ma réserve à émotions,
Dorment quelques ports,
Aux couleurs métalliques.
Pas une voile, pas un visage buriné.
Dans ma réserve à poésie,
Tant de terres oubliées,
Tant de beautés condamnées.
De mots en mots,
J’accoste sur des rives étonnées,
Je cueille les couleurs abandonnées.
Une à une, je les inspire,
Feuille à feuille,
Elles peuplent ma mémoire de papier

Tribunal académique : une séance inédite…

Ces dernières semaines le tribunal académique n’ayant rien eu à d’extraordinaire à traiter nous n’avons pas jugé utile d’en faire les comptes-rendus. Nous sommes suffisamment encombrés d’informations qui n’en sont pas mais que pourtant tous commentent, surtout quand il n’y a rien à dire. C’est alors le royaume du conditionnel, des conjectures en tous genres, des mines graves et entendues qui rivalisent en contorsions grimacières pour évidemment conclure qu’en l’absence de certitudes, on ne se contente que de ce peu qu’on tartine sur les écrans à longueur de journées. Et lorsque le vide des existences ne se remplit que du vide des insuffisances on finit par être endormis par des indigestions de rien… Mais je m’égare…

Cette semaine, c’est pourtant une affaire assez inédite que le tribunal académique a eu à régler. C’est en effet un collectif de 727 citoyens se présentant comme le CCCC, le 4 C : le Collectif de Contrôle des Conjonctions de Coordination qui a déposé un recours visant purement et simplement à exclure le mais des conjonctions de coordination. Leur requête est simple : « sortons le mais, et ne retenons plus que or ou et donc ni car ! »

Affaire un peu délicate, s’il en est une, pour le tribunal académique.  Pour l’occasion le président a constitué un jury exceptionnel. Sont réunis autour de la table de délibération : un mathématicien incertain, un perchiste timide, une aiguiseuse de couteaux, une bibliothécaire déprimée, un apprenti coffreur et une stagiaire sexagénaire.

Le président du tribunal expose rapidement, comme à son habitude les faits et la requête.

-L’examen attentif du dossier que nous a transmis le CCCC, nous montre, qu’en effet, l’usage du mais est depuis quelques temps devenu incontrôlé. Il n’est plus possible aujourd’hui d’admettre que mais appartienne encore à la famille de ceux qui coordonnent, qui relient, qui rassemblent. Tous les exemples fournis pour ce collectif nous montrent bien que le mais éloigne, sépare, exclut et en cherchant à atténuer ne se contente que de nier les évidences.

– Mais… se risque le mathématicien incertain.

– Pas de mais je vous en prie, soyez clair, précis et surtout concis lui répond le président.

Le mathématicien toujours plus incertain, baisse la tête et ne dit rien.

– En conséquence et après un vote, le jury à l’unanimité moins une voix a pris la décision suivante. A compter d’aujourd’hui et pour une période d’un an, il n’y aura plus de mais qui tienne. Chacune et chacun lorsqu’il ressentira une envie, un besoin irrésistible de mais, devra tourner sa dite langue treize fois dans sa bouche et une fois la gorge asséchée finira pas se taire. Si malgré cette recommandation, un mais devait s’échapper, le contrevenant sera évidemment arrêté et passera en comparution immédiate devant le tribunal des exceptions… Ce dit tribunal créé pour l’occasion proposera un éventail de sanctions proportionnées à l’usage du mais. La peine la plus courante étant l’interdiction de s’abonner aux chaînes d’information en continu

Matinale fleurie…

Ami regardeur
Ne cherche pas un sens
A chaque bouquet de couleurs
Si tu le peux
Si tu as le temps
Attrape quelques éclats des rires ocres et roses
On te parle avec envie du doux peuple des fleurs
Mais toi tu ne saisis rien aux ordres du beau
Tu n’obéis plus
Entre deux portes de tes vieilles peurs
Tu fabriques ce beau présent
Aux mille bonheurs

Mes Everest : Andrée Chedid, ce que nous sommes…

Tu es radeau dans l’éclaircie

Tu es silence dans les villes

Tu es debout

Tu gravites

Tu es rapt d’infini

Mais tel que je suis

que j’écris que je tremble

Je te sais parfois

refroidi de toi-même

quand les fables et le sel t’ont quitté!

Je te sais
Tantôt mutilé
Tantôt espace
Tantôt épave
Ou illumination

Je te sais

disloqué par les parcelles du monde

Mais je te sais

De face

Dans la forge de ton feu.

Flash…

Il est des rivières qui coulent en riant

Et toi l’ami perdu sur les rives de l’ennui

Écoute le chant de l’eau

Laisse le te traverser

Laisse te raconter

Cette belle histoire des neiges d’en haut

Tu verras les mille couleurs pétillantes

Qui attendent le frisson de ton œil attendri

11 avril

Retrouvons le tribunal académique…

Le temps qui passe à travers la vitre

Le tribunal académique s’est réuni aujourd’hui dans son format le plus restreint. Car oui, il a bien fallu se résoudre à le convoquer. Une fois de plus, le cas qui lui est soumis aujourd’hui est un peu particulier.

Le plaignant est un personnage à part, chacun le connaît et pense l’avoir déjà rencontré. Mais rares sont celles et ceux qui peuvent le décrire, si ce n’est pour dire : « oui je l’ai vu, mais il est passé, si vite que je n’ai même pas eu le temps de lui parler. »

Vous l’aurez peut-être compris, le plaignant est le présent. Et évidemment, quand le président du tribunal procède à l’appel, il commence toujours par dire : « à l’énoncé de votre nom, je vous demanderai de bien vouloir répondre présent ».

Et il débute son appel.

  • Présent ?
  • Je répète : présent ?

C’est l’avocat de la partie civile, c’est-à-dire, de présent qui répond.

  • Présent est absent, monsieur le président, mais comme la loi m’y autorise je le représente…

Le président du tribunal soupire :  il sait déjà que la séance va être compliquée. Il demande à la cour en formation restreinte d’être attentive car il va procéder à la lecture de la plainte déposée par le présent.

« Le présent, absent aujourd’hui, mais représenté par son mandataire, ici présent, a déposé une plainte pour je cite : oubli du présent, falsification du passé, escroquerie sur le futur et surtout, utilisation abusive d’un temps vaporeux, à savoir le conditionnel. »

« Le jury après avoir délibéré, informe le présent que s’il n’a pas été en mesure de prendre une décision concernant tous les temps, il a toutefois considéré que dans cette période, un peu particulière, les conditionnels suivants : il faudrait, il aurait fallu, nous aurions dû, ne pourront plus être employés qu’après avoir pris le temps de les prononcer dix fois de suite en se regardant fixement face à une glace. »

A présent la séance est levée.

4 avril

Mes Everest : Albertine Sarrazin

Il y a des mois que j’écoute
Les nuits et les minuits tomber
Et les camions dérober
La grande vitesse à la route
Et grogner l’heureuse dormeuse
Et manger la prison les vers
Printemps étés automnes hivers
Pour moi n’ont aucune berceuse
Car je suis inutile et belle
En ce lit où l’on n’est plus qu’un
Lasse de ma peau sans parfum
Que pâlit cette ombre cruelle
La nuit crisse et froisse des choses
Par le carreau que j’ai cassé
Où s’engouffre l’air du passé
Tourbillonnant en mille poses
C’est le drap frais le dessin mièvre
Léchant aux murs le reposoir
C’est la voix maternelle un soir
Où l’on criait parmi la fièvre
Le grand jeu d’amant et maîtresse
Fut bien pire que celui-là
C’est lui pourtant qui reste là
Car je suis nue et sans caresse
Mais veux dormir ceci annule
Les précédents Ah m’évader
Dans les pavots ne plus compter
Les pas de cellule en cellule

Flash…

Il y a parfois un trou dans le vide que laissent les absents
On y passe discrètement une tête
On laisse son œil se poser sur cette trace profonde
On attend doucement
Sans rien dire sans attendre
Là juste derrière le dernier souvenir
On entend le long murmure
D’un si beau fou rire…

5 septembre

Le tribunal académique s’est réuni…

Le tribunal académique est, une nouvelle fois, confronté à un cas épineux. Il doit, en effet, répondre à la plainte qui a été déposé par un mot, que les lois académiques, poétiques et bucoliques protègent envers et contre tous. Contre tous, oui mais, nous allons le voir pas contre tout, et surtout pas contre ces nouvelles lois numériques, aux contenus faméliques dont le code ne se résume qu’à un clic.

Et c’est bien là qu’est le hic…

C’est pour cette seule et unique raison que le tribunal académique est aujourd’hui réuni dans sa formation plénière. Ce qui signifie qu’autour du président, outre les assesseurs habituels ont été convoqués un troubadour, une poétesse, un clown au chômage, un tourneur fraiseur sur tour à commande poétique, une chanteuse boulangère et quelques autres trublions dont j’ai oublié le nom.

Le président du tribunal, se tourne vers la salle, emplie d’un côté d’amoureux heureux et de l’autre, de solitaires éconduits.

« Mesdames et messieurs, nous allons aujourd’hui étudier la plainte qu’a déposée, ce mot que sur toutes vos lèvres je lis, oui vous m’avez compris c’est de j’aime que je veux parler. »

« Aime, vous êtes venus accompagné de votre compagnon j’et c’est donc à vous deux que je m’adresse. Je ne vous demanderai pas, vu les circonstances, de vous lever, et je vous invite donc à écouter ce que le tribunal a décidé. »

« Considérant que j’aime est devenu aujourd’hui un signe que chacun utilise sans aucune réflexion, sans aucune émotion, aussi bien pour signifier son intérêt pour une pizza aux anchois, pour un article sur la crise boursière à Hong Kong, pour tout, pour n’importe quoi, le meilleur et surtout le pire, le tribunal a pris la décision suivante, exécutable immédiatement. »

« A l’unanimité, moins une voix, celle du banquier jongleur, nous instaurons à compter de ce jour une taxe exceptionnelle, dite « taxe qu’on aime ». Chaque clic sur un pouce levé, donnera lieu à une taxe à l’aimant imposé. Son montant sera de un euro par clic. Les sommes collectées grâce à cet impôt qu’on aime seront affectées à la construction d’un nouveau service public que nous avons décidé d’appeler : la MSP : « la Maison du Sourire Public »

Mes Everest : Léo Ferré…

Je t’ai rencontré par hasard
Ici ailleurs ou autre part,
Il se peut que tu t’en souviennes
Sans se connaître on s’est aimé
Et même si ce n’est pas vrai
Il faut croire à l’histoire ancienne
Je t’ai donné ce que j’avais,
De quoi chanter, de quoi rêver,
Et tu croyais en ma bohème,
Mais si tu pensais à vingt ans,
Qu’on peut vivre de l’air du temps,
Ton point de vue n’est plus le même.

Cette fameuse fin du mois
Qui depuis qu’on est toi et moi
Nous reviens sept fois par semaine
Et nos soirées sans cinéma,
Et mon succès qui ne vient pas
Et notre pitance incertaine
Tu vois je n’ai rien oublié
Dans ce bilan triste à pleurer,
Qui constate notre faillite.
Il te reste encor’ de beau jours
Profites-en mon pauvre amour,
Les belles années passent vite.

Et maintenant tu vas partir,
Tous les deux nous allons vieillir,
Chacun pour soi comme c’est triste
Tu peux remporter le phono,
Moi je conserve le piano,
Je continue ma vie d’artiste.
Plus tard sans trop savoir pourquoi,
Un étranger un maladroit,
Lisant mon nom sur une affiche,
Te parlera de mes succès,
Mais un peu triste, toi qui sait,
Tu lui diras que je m’enfiche.

Flash…

Flash
J’ai tiré le rideau noir de mes lointains souvenirs
Sourires en fleurs
Pleurs en pire
Lumières mauves sur la scène
Regarde et lève-toi
Elles te saluent les traces
Du bel hier

Tribunal académique : M et N

Voici bien longtemps que le tribunal académique ne s’était réuni. Le problème à traiter est on ne peut plus d’actualité….

Le tribunal académique s’est réuni ce matin en sa forme plénière et consultative. Il vient, en effet, d’être saisi par un grand nombre de citoyens, et a rendu un avis important, difficile, mais ô combien urgent.
Pour cette occasion, exceptionnelle, un collège de jurés a été constitué. Sa composition est, convenons- en un peu particulière. Y siègent : un poète, une militaire, un adolescent, une militante, un amoureux éconduit, un clown au chômage, une dresseuse d’ours, un cruciverbiste, et une religieuse défroquée…
Revenons aux faits : depuis quelques temps deux mots, et non des moindres, posent un problème. Deux mots qui, si on n’y prête garde, pourraient se ressembler. Il suffit d’ailleurs de les entendre. Deux mots, aussi, qui lorsqu’on écrit sur une feuille de papier un peu verglacée peuvent déraper…


Le président du tribunal résume en quelques mots la décision qui vient d’être rendue.
« Mesdames et Messieurs les jurés, chères et chers collègues, nous nous sommes réunis ce matin pour examiner, vous le savez : Haine et Aime… Les débats ont été animés mais sans haine et c’est cela que j’aime. »
« Aime et Haine vous le savez, vous le constatez, sont proches à l’oreille, ils le sont aussi à l’écrit et nous ne devons plus courir le risque qu’ils soient confondus… »


« A l’oreille, donc, les deux mots sont si proches qu’on les croirait, tout droit, sortis de l’alphabet. M est devant N, c’est un fait. Mais pouvons-nous, acceptons-nous d’en dire autant de Aime et de Haine. Cette promiscuité est nauséabonde, préjudiciable et disons le « inacceptable ». En conséquence nous exigeons, que N soit isolé et relégué à la place qu’il mérite et qui lui revient, en dernière position après le Z. Décision exécutable immédiatement. »


« L’autre problème est le risque de dérapage à l’écrit. Certes nous conviendrons que ce n’est pas courant, mais le collège des jurés souhaite ne prendre aucun risque. Qu’un distrait oublie le H de haine et que la main tremble et ajoute une jambe au n et le mal est fait. Les deux mots doivent, c’est impératif être séparés, distingués. En conséquence, le tribunal décide que quiconque décide d’utiliser ou d’écrire le mot haine doit, au préalable, adresser une demande écrite au collège des jurés qui à compter de ce jour devient un jury permanent. Cette demande devra indiquer les raisons pour lesquels le demandant envisage d’utiliser ce mot. Les jurés ont précisé que cette demande devrait être adressé sur une feuille de papier fleuri, et que la police utilisée serait le colibri… Le demandant sera ensuite convoqué et devra sous contrôle et avec le sourire écrire 100 fois le mot AIME..

Mes Everest : René Char…

Ces quelques lignes signées René Char « ouvrent » un livre qu’il a écrit dans les années 50 avec Albert Camus : « la postérité du soleil »

Pourquoi ce chemin plutôt que cet autre ? Où mène-t-il pour nous solliciter si fort ? Quels arbres et quels amis sont vivants derrière l’horizon de ses pierres, dans le lointain miracle de la chaleur ? Nous sommes venus jusqu’ici car là où nous étions ce n’était plus possible. On nous tourmentait et on allait nous asservir. Le monde, de nos jours, est hostile aux Transparents. Une fois de plus, il a fallu partir… Et ce chemin, qui ressemblait à un long squelette, nous a conduit à un pays qui n’avait que son souffle pour escalader l’avenir. Comment montrer, sans les trahir, les choses simples dessinées entre le crépuscule et le ciel ? Par la vertu de la vie obstinée, dans la boucle du Temps artiste, entre la mort et la beauté.

Flash…

Ce que je voudrais mes amis
C’est simple
Un bout de ciel qui traîne
Dans l’attente impatiente
D’une mer qui revient de loin
Un rien de silence
Une pincée de tendresse
Un serrement de gorge
Un frisson imprévu
Ce que je voudrais mes amis
C’est simple
C’est une petite miette de cette si belle vie

Tribunal académique…

La brume…

En cette fin de semaine très chargée, le tribunal académique doit juger un cas très particulier.  Il s’agit d’une affaire dont on peut dire qu’elle est un peu trouble. C’est, en effet, sur la base de délations, par le biais de lettres anonymes, que la cour, après une rapide instruction, rend son jugement.

Nous sommes en fin de journée, la lumière a baissé. On distingue à peine le ou la prévenue dans le box des accusés.

Le président du tribunal est gêné : il sait que la salle peut réagir et faire de lui, pour quelques instants, le bouffon qu’il n’est pas. Tant pis, il n’a pas le choix. Il s’éclaircit la gorge et lance le tant attendu : « brume levez-vous ! »

Dans l’assistance, monte un léger murmure et quelques toussotements…

« Brume redressez-vous je vous prie, que les jurés puissent vous distinguer… »

Brume souffre. La lumière blafarde des néons est lourde. Brume a du mal à rester droite et debout et- convenons-en- se tient à la barre, un peu affalée.

« Brume cessez de vous répandre et restez concentrée sur ce que j’ai à vous dire ! »

« Brume, vous comparaissez aujourd’hui devant ce tribunal académique car vous êtes accusée du crime de haute trahison, et pire, d’intelligence avec l’ennemi. En effet, si je m’en tiens aux déclarations faites sous serment, vous avez été vue, ou plutôt aperçue, ces derniers mois, en présence de l’ennemi, et pire, en compagnie des forces de l’étrange.

Le président tient l’acte d’accusation entre ses mains tremblantes. La brume est toujours levée, le regard un peu dans le vide. Elle attend, les yeux dans le vague, d’apprendre ce qui lui est reproché.

« Le 8 mars, vous avez été surprise, au lever du jour, en compagnie de l’armée des mauves. Les témoins parlent, je les cite, d’une belle lumière apaisante… »

« Le 13 juin, vous avez déserté le fleuve auquel l’académie vous a attachée et ce pour vous rendre sans autorisation au sommet d’une verte colline. Les témoins parlent d’une, je cite : magnifique couronne cotonneuse… »

« Le 15 juillet, vous avez été aperçue, en fin de journée, à l’heure où tous les chats sont gris, à proximité d’une fête champêtre. Je cite les témoins : « avec la musique et les lumières, cette douce brume d’été nous a remplis de joie, et même d’allégresse »

« A plusieurs reprises, à l’automne finissant, vous avez choisi de vous adjoindre comme compagnons de phrases, sans leurs consentements il va sans dire, les mots légère, douce, bleutée et avez délibérément abandonné épaisse, grise et obscure. C’est grâce au courage civique d’un gardien de la langue que vous avez été confondue et stoppée dans votre entreprise de déstabilisation d’une longue série de mots qui sont en dehors de vos frontières.

En conséquence et après délibération avec le jury et en application de l’article R 233-12 du code de procédure matinale, vous êtes condamnée à une éternité de travaux foncés.   

Matinales…

Derrière chaque fenêtre fermée
Des histoires se vivent où se racontent
Dans un tendre murmure
Dans un fracas de cris blessants
Tout cela je ne le saurais pas
Derrière chaque fenêtre fermée
Je ne fais que passer
Et ouvre en grand
La boîte bleue de mes rêves d’enfant

Flash…

Incroyable, ils se parlent !
Que tu dis-tu ? J’ai bien entendu ? Ils se parlent ! Tu me dis qu’ils se parlent ? Tu divagues…Ils ne peuvent pas se parler, c’est impossible ! Se parler, se parler, mais je rêve. Pour se dire quoi ? Oui, c’est ça, que se disent t’ils ? Est-ce que tu les as entendus ? C’est grave, il faut qu’on prévienne. Il va se passer quelque chose, tu te rends compte. Parce que s’ils se parlent, cela veut dire qu’ils ont levé la tête, qu’ils se regardent, qu’ils se voient…

Ecoute je te le dis, je crois que j’ai peur…

Tribunal académique…

Ce matin le tribunal académique est bondé. On y juge le gris. Enfin, quand je dis on juge le gris, il conviendrait peut-être plus de dire on juge gris…

Le juge de permanence est d’une humeur massacrante. La veille il a dû participer à une reconstitution un peu pénible, il s’agissait de la scène du crime commis par l’automne au printemps dernier.

Il doit lire l’acte d’accusation mais comme à l’accoutumée il lui faut d’abord rappeler à la cour l’identité du prévenu.

« Gris levez-vous ! »

« On dit de vous dans le compte rendu de l’instruction que vous affirmez être un adjectif mais qu’il vous arrive régulièrement de prétendre être un nom commun. C’est évidemment votre droit et je ne reviendrai pas là-dessus, mais qu’il me soit permis, eu égard à ce qui vous est reproché, de regretter cette autorisation que la loi grammaticale vous octroie… »

Gris, dans le box des accusés accuse le coup, mais ne dit rien, il semblerait même qu’il ait pâli.

Le juge poursuit.

« Gris, vous comparaissez devant ce tribunal car vous êtes accusé d’escroquerie et de tromperie. En effet, à plusieurs reprises vous avez été vu, plusieurs témoignages le confirment, en compagnie de rouge, de jaune, de vert et même de bleu et vous vous êtes étalé au point d’occuper toute la place. Je lis dans l’acte d’accusation qu’à plusieurs reprises ceux qui regardaient se seraient exclamés je cite : « oh que c’est beau !  ».

Gris baisse les yeux. Le juge continue sa lecture.

« Deuxième délit, et non des moindres, vous vous êtes introduit par effraction, et ce à plusieurs reprises, dans de nombreuses poésies et avez pris une place qui ne vous revenait pas, au point même d’obliger l’auteur à chercher des rimes en ris, et la cour doit le savoir mais lorsqu’on cherche à rimer avec le gris, on finit toujours par dire que c’est un mot qui sourit. »

« En conséquence et après en avoir délibéré, la cour vous condamne à rester définitivement entre le blanc et le noir et vous interdit à compter de ce jour de vous produire dans quelque tenue que ce soit lors des couchers de soleil »

« Garde veuillez accompagner le prévenu ! »  

Carnets : sur le mot retraité…

Retraité, je suis retraité. C’est le terme consacré, qu’il faut désormais désigner non pas ce que je suis mais ce que je fais. Avant de proposer au tribunal académique de se réunir en séance plénière pour instruire le cas épineux de ce mot, quelques réflexions que j’ajoute à mes carnets. L’étymologie a ce ceci d’intéressant c’est qu’elle ne nous ment pas. Elle est pleine de ces qualités qui ne sont, par contre les caractéristiques des bavardages contemporains surtout quand ils deviennent médiatiques. Elle est logique, pragmatique et parfois pleine d’un humour surprenant et dérangeant. En effet lorsqu’on découvre qu’étymologiquement parlant retraité c’est tirer en arrière (trahere voulant dire traîner, tirer). Amusant non ! Alors que les retraités sont plutôt celles et ceux qui sont perçus comme débutant la dernière étape, celle qui va les pousser vers la fin, l’étymologie nous dit qu’il s’agit de reculer, de revenir en arrière, bref de revenir sur ses pas, pourquoi pas de retrouver les traces de cette jeunesse qu’on croit disparu. J’avoue que cela me plait cette idée du retour en arrière, prendre le temps de passer sur le chemin déjà emprunté, y corriger quelques erreurs, achever ce qui a souvent été entrepris sans aller jusqu’au bout. Retraité ce n’est pas l’état de celui qui se retire mais plutôt de celui qui revient…
2 septembre : deuxième jour de retraite

Mes Everest : Louis Aragon…

LE CIEL COMME UN ARBRE FRISSONNE

Le ciel comme un arbre frissonne

La mer n’est qu’un reflet bleuté

Je ne suis le fils de personne

L’hiver mes amours et l’été

passent repassent l’heure sonne

aux galets de l’éternité

C’est mon cœur que j’avais jeté

Comme on danse l’enfant ricane

Il n’a pas d’autres sentiments

L’aventure est ma bonne canne

Comme nous voilà déments

Chère fille ma blonde arcane

Reconnaîtrais-tu tes amants

lls ont des regards de marine

Et leur cœur est une terrine

Texte publié dans « Littérature » 1929

Flash…

Un jour je prendrai le risque de ne rien dire

Pour être invité à la table du silence

On prendra un verre ou deux

Cocktail de brumes

Et on ne parlera pas

Pour s’entendre mieux

Tribunal académique…

Je vais republier régulièrement quelques unes de mes créations originales. Notamment le fameux tribunal académique que j’ai réuni dans le passé assez souvent. L’idée est maintenant que j’ai plus le temps de poursuivre et d’enrichir cette rubrique avec des nouveautés

Ce matin il y a procès au tribunal académique. Quelques mots sont là, coupables de coalition. Le président du tribunal, vient d’appeler automne à la barre.

Il lit l’acte d’accusation :

« Automne, nom commun, vous comparaissez devant cette cour pour le délit de haute trahison. A plusieurs reprises, vous avez été vu, entendu en compagnie des mots suivants : joyeux, bleu, heureux, doux, roux, bucolique et « cerise » sur le gâteau, mou.

Eu égard à la loi du 13 novembre 1912, stipulant qu’automne ne peut être vu qu’en compagnie de gris, morne, triste, venteux, mélancolique, et violon, vous êtes donc en infraction grammaticale, syntaxique et surtout lexicale.

En conséquence et en vertu des pouvoirs alphabétiques qui me sont donnés, je vous condamne à trois ans de travaux forcés. Messieurs les gardiens de la rime, je vous en prie, veuillez accompagner le prévenu… »

« Affaire suivante ! »  

Carnets…

J’ai toujours beaucoup aimé que les angles puissent être ronds. Histoire qu’une fois au moins dans sa triste et droite vie aux figures imposées la géométrie se permette un rond de jambe, ou mieux encore une pirouette. Une belle et ronde pirouette. Ce serait chouette d’étudier la pirouette, d’en connaître toutes les formules, celle du périmètre, de la surface.

Mais revenons à notre angle qui défie par son rondeur la sévérité pointue de toutes les équerres. Il s’en moque et il est même fier tous les matins de me proposer de suivre le chemin qu’il me propose, tout en douceur.

Et par dessus tout il y a ces fameux angles morts qu’on vous signale, on vous met en garde : « attention aux angles morts ». Je me questionne, mais de quoi sont-ils morts, qui sont les vils auteurs de ce crime géométrique ? Et s’ils sont morts, ils ne sont plus, ils n’existent pas alors pourquoi nous dire de faire attention, que nous réserve t’ils ?

Mystère…

Flash…

Et toujours la mer

La mer belle

La mer aux rides qui ondulent

La mer qui frémit

Et dans tes yeux

Un reste de ce vague bleu

Matinales…

C’est un matin au souffle court

Sa nuit entière à chercher le rêve bleu

A l’horizon des demains qui se ressemblent

Il respire le reste de nos espoirs

Flash…

Au bout il y aura la mer

Cette lente espérance

Qui s’étire sans rien dire

Jusqu’à cet autre bout

Où tu attends le souffle frais de mon regard

O mer on te pardonne le bleu emprunté

Dans le presque soir qui apaise

Dans le lointain reflet de tes yeux

J’attrape une vague lueur

Qui chante déjà

Le doux refrain

De nos mains

Qui s’inventent un beau matin…

Matinales…

J’ai gardé un peu de ce silence gêné

Dans le fond de mon tiroir à paroles

J’en disperse en riant quelques pincées

Pour les tristes bavards à la nuque raidie

Leurs mots sont abîmés aplatis

Trop lourds du bruit qu’on leur impose

Les douces ailes de mes chants du matin

Rient en volant de ces rimes de presque rien…

Flash…

Et nous resterons debout

Dressés

Armés de nos seuls mots

Aux lames émoustillées

Les vents gris de vos haines sans courages

S’épuiseront sur nos brises qui riment

Oh oui je vous le dis

Maniaques du clic sous X

Demain vos mots s’échapperont

Et nous les attraperons

Pour les laver de vos laideurs

Mémoires…

Au vent humide et salé des tempêtes d’hier

La mémoire grince et se couvre en silence

De fines couches d’une belle rouille

Mots doux, rires légers, larmes perdues

Visages oubliés des lointaines rives

Tout s’accroche à l’unique anneau des temps aimés

Poussières d’acier de souvenirs effrités

Ne frotte pas

Ne polis pas

Laisse au temps une feuille pour se poser

29 août

Demain je reviens…

J’ai fait le plein de beautés, de bonheurs, d’émotions…

Alors demain je reviens pour partager…

En pause…

Mon blog se met en pause vacances pendant une quinzaine de jours. J’ai mes carnets avec moi pour faire le plein et vous retrouver début septembre

Bonnes vacances poétiques…

Mémoires

Mémoires de vieilles pierres figées

Odeur d’un vieux lichen fripé

Souvenirs d’un village endormi au creux du frêle été

Pas à pages il faut avancer dans les marges effacées

Mémoires…

Je pioche de ci, de là dans ma mémoire, et je trouve parfois des traces, des bouts, des débuts livrés à eux mêmes, en voici un

C’était un soir graisseux, comme tant d’autres. Il était imprégné de cette odeur métallurgique, si prenante, si noble. Non, vous vous trompez, pas une odeur de saleté, pas de ces odeurs aigrelettes qui est la marque de ceux qui respirent par réflexe animal. C’est l’odeur noble du métal qu’on fond, Derrière ses yeux fatigués on sent la force de celui qui vit la matière comme un prolongement de sa douleur. Rien n’est plus beau dans notre mémoire sidérurgique que ces pas lourds ouvriers qui frappent le trottoir aux premières lueurs du jour. Rien n’est plus fort que ces rencontres au détour d’une aube blafarde avec les ceux qui font notre fierté.

Ces quelques mots écrits sur un cahier souvent ouvert à l’envers, je les retrouve ce soir, trente ans après et je souris. Je souris parce que les trottoirs sont propres, parce que les pas lourds ont disparu. J’ai l’impression d’avoir fermé définitivement Germinal…

Mémoires…

Un nuage de pluie

Caresse le dos gris

Des mémoires perdues

De mes rires détachés.

J’ai toujours, endormies,

Au fond d’un panier bercé

Trois gouttes dorées

De vieilles histoires d’antan

Qui se roulent en chantant

Dans une flaque de soleils oubliés

Mémoires…

Derrière la vitre d’un jour d’ici

J’attrape les gouttes de temps

Temps qui glisse

Temps qui plisse

Le regard est blotti

Entre les bras de fer

Qui s’étirent vers la mer

Sa route est si longue

Son chemin est si loin

Il se souvient

Dans le train qui coule vers le sud

Un presque homme est assoupi

Il rêve seul

Ses compagnons de nuit avalés

Regarde

Il pose le front sur le froid de la vitre

Entends ce qu’il reste d’histoire

Enfoui

Dans les plis d’acier d’une infinie nuit ferroviaire

Tu y trouveras quelques miettes sans frimes

De cette belle mémoire

Qui te souffle ses rimes…

30 juillet

Mes Everest : Henri Michaux

Un vol d’oiseaux fonce sur la vallée

D’une bourrasque du ciel

d’un gros orage lenticulaire

l’escadrille surgit

Il y a un énorme blanc

dessus

dessous

de côté

partout

le blanc de deuil

Des arbres affairés cherchent leurs branches arrachées qui

    éclatent

des arbres affolés

des arbres comme des systèmes nerveux ensanglantés

mais pas d’êtres humains dans ce drame

l’homme modeste ne dit pas je suis malheureux

l’homme modeste ne dit pas

nous souffrons

les nôtres

les nôtres meurent

le peuple est sans abri

il dit nos arbres souffrent

Henri Michaux

À distance

Mercure de France, 1996

Matinales…

En bas tout au fond des bavardes vallées
Des hommes commentent le rien
Se gavent de peurs pour s’inventer le pire
Au sommet du mont silence des matins apaisés
J’entends la douce mélodie des espoirs oubliés

Mémoires…

Souviens toi me dis-tu

Souviens toi

C’était peut-être hier

Ou bien plus loin

Ailleurs

A l’adresse flou du temps fini

Tu étais seul

Je t’observai

Tout le long de ton chemin

Je t’ai vu

Tu as semé

Treize petits mots

Oh oui si petits

Une syllabe chacun

Parfois deux

Et sans te retourner

Tu es parti

Oh tu sais

Je t’ai suivi

Chaque mot j’ai cueilli

Dans mon sac à demain

Sans rien dire les ai glissés

Et vois-tu mon ami

Prends ce bouquet

Aux rimes fleuris

Il est toi

Je te le donne

Il était temps

Je te le rend

Oubliés…

Oubliés les enfants

Enfermés

Dans la chambre grise

Du vieux monde qui se ride

Oubliés les enfants

Aux rires légers

Accusés, condamnés

J’en sais qui tremblent

D’autres qui pleurent

Dans le coin secret

De ce pays masqué

Ou plus un rêve n’ose respirer

Oubliée la jeunesse

Aux ailes rognées

Ils rêvaient de croquer

La première bouchée de cette pomme de vie

Et la peur est là

Elle les montre du doigt

Revenez

O mes oubliés

Ouvrez grand les portes

Entrez, chantez, riez,

Respirez

Inspirez nous

Emplissez le vide de nos mémoires d’enfant

Qu’un vent mauvais a balayé

8 juillet

A l’ouest de vos mémoires encombrées…

Premier texte sur le thème de la mémoire, déjà publié, comme la plupart qui suivront…

Pointe de Pern

Ici, un bout de ce monde habité,

Terre déchiquetée,

Vagues emmêlées,

Hommes de l’intérieur

Retournez vous !

A l’ouest de vos mémoires encombrées,

Il y a le vent.

Vent qui souffle sur vos nuques.

Vent qui s’engouffre

Derrière vos yeux étonnés.

Avancez encore un peu,

Tendez votre oreille

Entendez son chant,

Il vous murmure

Toutes ces histoires oubliées

30 octobre

Mémoires

J’ai désormais un peu de temps, tout au moins un peu plus de temps à consacrer à mes écrits. Je veux mettre de l’ordre, repenser les catégories, envisager la constitution de recueils. Je vais commencer à vous proposer sur mon blog de découvrir ou redécouvrit ( pour les fidèles…) la republication de textes. Plusieurs thèmes se détachent nettement, ceux de la mémoire, des traces avant tout, la mer bien sûr, le ciel, les ciels, les sensations matinales etc…

Je vais débuter aujourd’hui ce travail de longue haleine. Et si le cœur vous en dit n’hésitez pas à commenter, me faire des suggestions, pourquoi « classer ».

En vous remerciant

Dans ma mémoire de papier…

Dans ma mémoire de papier,

Feuille blanche pleure,

Larmes de mots gris.

J’entends la tempête à l’intérieur,

Le vent coule dans mes veines.

Dans mon ordre intérieur,

Pas une ligne droite, pas un battement de cil,

Dans le désordre de mon cœur

Des sourires aux courbes bleues

Des mains qui se posent,

Les doigts qui s’effleurent,

Dans la bouillie de mes rêves Tout est joie qui se pose.

Matinales…

Il reste des miettes de nuit
A la table des croqueurs du levant
Le regard se plisse
Les ombres froissées glissent
Il est l’heure du regard brillant

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout : 5

Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience

Lui grattait la mémoire

Aux vues de la crasse géographique

Pour empailler le regard officiel

Des touristes canonisés

Il aimait une de celles

Que les autres haïssaient

Parce qu’elle ne ressemblait

A personne

Sinon à l’ombre qui s’accrochait à elle

Comme sa misère

Il aimait sans définitions

Il aimait sans projets

Il aimait

Et c’était vrai

Et tant pis pour les ceux qui restaient

A attendre qu’il craque

Et il haïssait les égoutiers de l’amour

Il voulait oublier les romantiques d’imitation

Anachroniques

Il était de ceux qui découvrait

Il était de ceux qui attendaient…

Un jour il m’a semblé plus vieux que jamais

Deux béquilles lui tenaient la main

Il ne rencontrait plus personne…

Poèmes de jeunesse : il n’y a plus rien à rater, tous les murs sont debout..4

Il traversait les rues

Comme on entonne un cantique

De travers

Et ça les faisait rire

Il avait choisi de ne pas se déguiser

Et les autres le sifflaient

Manequin

Il nourrissait son désespoir

A grands coups de musique qui crient

Qu’elles ont peur de ne pas être entendues

Il avait rencontré des gens

D’un jour

Qui lui promettaient la gratuité

Des regards

Et qui se firent bagnards

Dans les supermarchés

Où sont empilées des plaques d’hypocrisie

Pour isoler leurs murs de solitude

Egoïstes

Il parlait des autres comme je parle de toi

Avec des mots lames de rasoir

Qui tranchaient la peur

Des ceux qui subsistent

Dans les ombres des encapés

Du verbe

Il lançait des signes

A ceux qui attendaient

Comme lui

Le quelque chose qui aura toujours

Un retard d’habitude

Il ne voyageait pas pour

S’encylopédiser

Il était trop triste

Pour apprendre le faux

Qui enrichit

Les amputés du verbe

Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience

Lui grattait la mémoire

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater, tous les murs sont debout », 3

…Et on t’a dit que les morts étaient tranquilles

Et toi t’as vu qu’ils pleuraient

Et toi t’as dit

Il n’y a plus rien à rater

Tous les murs sont debout

On t’a dit de ne plus regarder

Que les silhouettes de similitude

Et toi tu as scié des arbres de vérité

On t’a dit de ne plus regarder les autres

Et toi tu l’as rencontré

Il avait le ciel au niveau du front

Des yeux lui servaient de nuages

Pour barrer la route à la lumière

Atomique

Qui dispersait la poussière

De son reste d’apparence

Ses mains lui pendaient aux bras

Comme deux points d’interrogation

Il avait enveloppé sa tristesse dans un drap de dégoût

Et les autres lui vomissaient de la mauvaise haine

Qui les avaient attachés dans l’antiquité de leurs regards

Paroissiaux

Il était habillé de l’indifférence similitude

Qui le faisait ressembler

A ceux qui passent leur route pour n’y plus revenir

Sa barbe datait de la dernière guerre

Celle qui n’avait pas eu lieu

Parce qu’il l’avait rêvée

Le jour où tous parlaient de paix

Il avait voulu se faire baptiser

Par les enfants de la rue aux rats niés

Qui s’en foutaient

De leurs pères et de ceux des autres

Parce qu’ils n’en avaient qu’un

La misère qui ne les guidait même plus

Et il est devenu le fou du village

L’amazonien du caniveau

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout : 2

…Ceux qui rêvaient

Dans l’ailleurs d’un autre pays…

Déjà une vague de désespoir

Toujours une marée de misère

Neige éternelle

Calaminée par le crachat d’une ville tuberculeuse

Où s’ennuient par milliers

Par grappes d’angoissés

Des vendeurs d’horizons

Au rabais

A l’étalage de leur mort

Grappe d’avenirs

Ils se comptent par solitude

Déjà…

On sent le regard d’une foule

Qui se meurtrit de bizarreries

Regards placardés

Sur les singes aux bouquins

Cacahuètes culturelles

Cage de mots

D’où on entend toujours une musique

Qui vrillerait le souffle

Des bouffeurs de chrono

Tout vacille

Quille…

Ton camarade suivant est mort

D’avoir été trop jeune

Pour savoir qu’il fallait vivre

Un pied devant l’autre

Qui suit

Indifférent

Et on t’a dit de regarder ta route

Qui mène tout droit

Où elle est toujours allée

Comme les autres

Et toi t’as vu

Et toi tu savais

Alors t’as trouvé

Encore…

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout… » 1

Un autre de mes textes, très long aussi, écrit en 1980 que je publie en quatre ou cinq parties….

Je l’aurai rencontré un jour de mensonge

Un jour comme tant d’autres

Je l’aurai rencontré le jour où l’on pouvait partir

Pour d’autres villes

Je l’aurai rencontré dans ce port sans bateau

Dans ce port sans eau

Dans ce trop long canal où coulent des compromis

Pour rêver

Rêver

Où l’on traîne le regard

Avec une liasse de souvenirs identiques

Avec une liasse de remords

A imprimer

Avec l’énergie du cafard

Enjoliveur de mode

Pour les mélancoliques du soir sans muses…

Déjà des caves aux fenêtres de l’ombre

Enfumées

Vident leurs morts

Vivent leur mort

Banale

Hivernale

Pleins à craquer des affreux qui comptent

Sur leurs doigts seringues

Les intervalles de leurs soupirs

Mécaniques

Pour minuter

Leur éternel motif d’impatience

Pour le trop bref retour de ceux qu’ils rêvaient…

Mars 1980

Matinales…

Un instant

Un instant seulement

On se dit que tout ira bien

Les couleurs existent

Éternelles pied de nez

A l’escroquerie numérique

Le vent souffle en riant

Sur des nuages chatouilleux

Un instant

Un instant seulement

On respire en souriant

Poèmes de jeunesse : « avant que… » fin

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce-qu’on t’a dit
Que tu étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment
Tes mains ne sont plus des amies pour celles des autres
Ce sont déjà des armes pour ceux qu’ont les bottes
Tu sens déjà ta bouche pourrir
A s’attarder sur leurs mots de pierre
Que leur construisent des temples d’enfer…
Avant que ne meurent les victoires écorchées
Avant que ne s’entendent les discours du hasard
Tu regardes
Pour savoir
Pour l’espoir
Dans la foule pas un qui ne bouge
Pas un qui ne songe à remuer son poids de graisse
Alphabétique
Pas un qui n’oublie son anonymat
Pas un qui n’épèle son nom
Pas un pour croire qu’il y autre chose
Au dessus d’eux
Pas un qui n’ait un visage qui se reconnaît
Parce que tous attendent le lendemain
Qui suivra leur journée d’adoption
Qui passe en les tuant
Par paquets de minutes
Qu’ils ont volés à la pendule de ceux qui veulent pas
Mais qui sont morts
Pour l’instant ils ne marchent pas
Ils avancent
Mécaniques amnésiques
D’un mot qui revient
Sur toutes les lèvres pincées
Des ceux qu’on dit gagnants
Alors toi t’as plus que tes amis
Derrière d’autres fenêtres
Alors tu te dis que les leurs vont s’ouvrir
Et t’entends déjà le frémissement d’une autre foule
La foule aux visages ouverts
Alors tu joues une dernière fois à perdre l’espoir
Pour accroître ta haine
Pour que ton amour pousse
Au rythme des humains
Tu t’en fous que les fusils
Soient les croix des cimetières
Parce que toi tu veux te mettre à la fenêtre
Sans avoir la face éclaboussée
Par une flaque de calamité
Parce que toi tu veux revenir de ton voyage
Avec pour tout bagage
Le seul mot que tu auras rencontré
Parce que toi tu veux voir ce que tu as choisi
Voir deux amis se rencontrer
Voir deux années se raconter
Voir ou les hommes pleurent de joie
Voir où les enfants rient
D’avoir trop pleuré
Ailleurs
Voir les chefs mourir
Voir la beauté sans miroir
Voir des sourires sans bénéfices
Voir
Tout voir
Te voir
Novembre 1979

Poèmes de jeunesse : « avant que » 7

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu devrais réapprendre le regard
Qui fait avouer le vrai
Pour partir loin d’ici
Dans un rêve qui ne finit jamais
Partir sans visage
Amnésique
Voyager dans le creux de la vague
Que forment les désespoirs
De ceux qui restent
Parce qu’ils veulent pas
Voyager sur le trottoir d’en face
Où l’histoire s’est faite avec ces foutus
Que t’as failli rencontrer
Tu devrais voyager avec ceux que les autres oublient
Parce qu’ils sont habillés de refus
Tu devrais connaître le paysage de leur mort
Le labyrinthe de leur vie
Pour qu’eux aussi ils sachent
Que t’as peur
Que t’as peur quand t’es suivi
Par ceux qui fusillent
Les habitués de l’ombre de l’histoire
Mais il est trop tard
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce qu’on t’a dit
Que t’étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu te dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment

Poèmes de jeunesse : « avant que… »6

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu te dis que ça fait déjà longtemps
Que tu ne sais plus lui parler
T’as fini par croire que tu t’étais trompé
T’as fini par vouloir accepter
Que c’était un jeu perdu d’avance pour toi
Et puis t’as reculé
T’as refusé d’y croire
T’as recommencé
Et on dirait que t’as plus peur
Et déjà t’attends
T’attends la proclamation d’une mort générale
Pour ceux qui obéissent
Et qui disent qu’ils sont seuls
T’écoutes la plainte du nombre
De ceux qui pourrissent de honte
Parce qu’ils ont perdu la force d’aimer
Et de recommencer
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
T’aurais voulu te raconter
Parce que t’as entendu dire
Que quelqu’un finirait par parler
De ceux que tu détestais
T’aurais voulu leur parler
Pour leur dire qu’ils existent
Pour leur dire qu’ils subsistent
T’aurais voulu la mort
Qui tuera les blessures de ta croûte sénile
Parce qu’à force de vouloir t’éviter
Tu finiras par te condamner
Au repos ahurissant
Des travaux forcés
Du bagne de la ville qui étouffe
Les ceux qu’on dit poète

Poèmes de jeunesse, « avant que » 5

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard…
Tu pourrais écrire des tragédies larmoyantes
Symptômes de vie
Paresseux mensonges d’une fausse mélancolie
Tu te portes au secours d’une angoisse
Qui s’agglutine
Par plaques de paumés
Sur les regards de ceux qui naviguent
Sans tickets
Tu devrais partir sans clefs
Pour nulle part
Et pour que si tu te perds
Tu saches où aller
Tu devrais être l’instant présent
Et qui passe plus vite qu’on l’oublie
Tu devrais écrire un poème
Où la rime qui s’entend
Est un baiser qu’on espère
Tu devrais oublier les autres
Parce qu’ils ont leur ombre
Parce que tu as la tienne
On t’a dit que tu étais né
Comme les autres
Et toi tu joues au différent
Parce que tu sais que tu n’es rien
Parce que tu connais la mort
Tu l’as découverte
En l’église des paumés de l’angoisse
Où l’on ne prie pas
Mais où l’on crie qu’on a peur
Dans ce bal costumé qui n’en finit jamais
Il faut que tu assistes à la messe
Des ceux qui sont condamnés à attendre le verbe
Pour soupçonner le vrai
Ils te rajeuniront de ceux que tu ignores
Parce qu’ils savent eux aussi
Que tu les as trouvés

Poèmes de jeunesse, « avant que » 4

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Sois sûr que t’as aimé
Pour que le jour où tu animeras ton absence
Les suicidés de l’ennui
N’oublient pas que tu étais avec eux..
…Apprends à attendre
L’heure qui passe et qui suit l’autre
Sans lui ressembler
Parce qu’elle est encore plus leste
Je crois que t’as peur de finir comme les autres
Tu voudrais tant que deux plus deux
Puissent s’étonner
Tu voudrais que les indifférents brûlent
Chaque fois que tu prononces le mot
Aimer
Tu voudrais dire à ceux qui partent
Que de toute façon ils ne renoncent à rien
Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas
Qui veulent partir ailleurs
Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude
Tu voudrais prendre le train
Qui va vers une gare où la pendule
Est sans aiguilles
Parce que le chef de gare est souriant

Poèmes de jeunesse : « avant que » 3

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Sois sûr que t’as aimé
Pour que le jour où tu animeras ton absence
Les suicidés de l’ennui
N’oublient pas que tu étais avec eux..
…Apprends à attendre
L’heure qui passe et qui suit l’autre
Sans lui ressembler
Parce qu’elle est encore plus leste
Je crois que t’as peur de finir comme les autres
Tu voudrais tant que deux plus deux
Puissent s’étonner
Tu voudrais que les indifférents brûlent
Chaque fois que tu prononces le mot
Aimer
Tu voudrais dire à ceux qui partent
Que de toute façon ils ne renoncent à rien
Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas
Qui veulent partir ailleurs
Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude
Tu voudrais prendre le train
Qui va vers une gare où la pendule
Est sans aiguilles
Parce que le chef de gare est souriant

Poèmes de jeunesse : « Avant que, 2″…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu t’inventes une bouche
Fleur pleine
D’assoiffés aux peurs qui survivent…
…Tu te surprends
Pleurant l’attente
Du troubadour jouant le désir
Sans aumône
T’entends déjà le fourmillement d’une foule
Qui arrive par paquets de bottes
Tu te soulignes à grands traits de rencontres
Avec des fossoyeurs d’esprit littéraire
Alors tu crois oublier les bottes
Parce qu’elles sont derrière la porte
De celui qui t’ouvre les yeux

Poèmes de jeunesse : « Avant que… » 1

Un très long texte déjà publié, écrit en 1979, je vous le propose en plusieurs parties tout au long de cette journée…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées,
Avant que ne meurent les discours du hasard,
Tu t’inocules dans les veines un poison qui n’existe pas
Sinon pour ceux qui peuvent en souffrir.
Tu vois des chefs piétinant des pelouses d’enfants
Avec un artiste à leur trousse,
Pour que leurs morts s’ajoutent.
Tu insultes la silhouette d’un muscle
D’institutions barbelées
Qui sert d’ombre à des gladiateurs de cirques kakis.
T’ajoutes ta larme à celle du clown au chômage.
Tu espères toujours la parole à ceux qui ont peur,
Parce qu’elle les trompe,
De sourires en sourires,
Passés à boucher des trous d’obscurité.
A grands coups d’épithètes vainqueurs des armateurs du silence
T’as vendu ta folie à un colporteur de passage
Qui soufflait des mensonges
Il ne te reste plus que ta citoyenneté ombilicale
Pour motif de mort
A force de vouloir subsister tu t’es pendu
Avec une corde de similitude
T’as pris au piège de ton histoire un mot de ton invention
Et il est devenu compagnon d’une dernière passion qui te dispersera.

Ce soir…

Et maintenant
Maintenant tu réévalues ta dose de présent
A la bourse du verbe aimer
Et tu te sens mieux
T’avais peur que le désespoir
Rattrape la réalité qui te minait
Et en face d’elle
T’as brisé le cercueil
Tes deux bras te servaient d’alibi
Pour te tenir sur le fil de honte
Qui surplombait le désespoir
Venu d’en bas
Et maintenant
Tes deux bras lui servent
De parenthèses
T’avais mal dedans le corps
Tant le hasard t’avait fait crier
Tant le hasard t’avait fait vaincu
Et maintenant
Tu passes
Seul avec celle qui te regarde
Et t’as dévalisé la consigne
Et tu tires sur tes lèvres
Comme l’intoxiqué tire sur sa clope
T’avales le vrai et tu vomis ta peur
T’avais un trou dans la tête
Qui guettait la sortie de ta folie
Pour lui passer des menottes de rêve
Et maintenant le temps qui te pue
Est un éternel motif d’impatience
Pour celle dont tu rêves
Angoissé dans les murs de ton bar
D’artiste sans symétrie
Et il te faut trouver
Un dictionnaire
De mots nouveaux
Promesses de vocabulaire
A grammairiser
Pour les joies que tu lui inventeras
Il te fallait tant de choses
Pour être sûr
Dans ton royaume de deux
Que maintenant tu t’en fous
Tu poétises
Et tu sais que ça transpire
Peut-être l’indifférence d’habitude
Mais cela ne fait rien tu continues
Et ce soir t’as encore envie d’écrire
Parce que ça fait un jour de plus
Et t’as une boule dans la tête
Une boule odeur de lassitude
Qui explose à chaque sourire
Qu’elle enterre en toi
Chaque fois qu’elle commence
Le « il était une fois »
De ma soif d’impatience
Avec une corde au cou, au mois elle m’a remarqué
Dans cette foule de pendus
Qui rêvent d’évasion
En se remarquant
Identique
Et t’as mal dans la tête
Quand elle t’observe
T’as mal dans sa peur
Qui vibre d’incertitude
T’as mal dans sa peau qui fait
Pleurer un violoniste
Et quand tu la serres contre toi
Tu hais encore plus
Les silhouettes bureaucratisées
Qui sentent déjà le dossier
Qui n’est pas fini
Ou qu’on va jeter….

Ce soir… poème de jeunesse en deux parties

Ce soir t’as envie d’écrire
Ce soir t’es encore plus près d’elle
Parce que cela fait un jour de plus
Parce que cela fait un jour de
Mieux
Alors tu souris
A ces murs si nus
Qui te racontent
L’histoire de ce reflet
Dont l’insuffisance suinte
Ce regard que tu connais
C’était une semaine qui comme
Toutes les autres
Sentait la potence
Mais le nœud ne coulait plus
Il s’était ouvert
Et toi tu fermais les yeux
C’était une semaine
Qui comme toutes les autres
Transpirait l’ennui
Entre les rires d’enfants
Trop rares
Mais que tu supposais déjà
Sur ses lèvres en fête
C’était une semaine
Dure
Dans ton journal de désespoir
Il ne te restait plus d’aventures
Antidotes
A tous leurs regards accrochés
Au porte manteau de leur haine
Et toi tu les voyais
Tu voyais une tâche de pleurs
Sur une bouche gardée
Un œil mouillé de souvenirs
Qui s’en iront
Une voix qui a peur des mots
Des mots qui cherchent l’horizon du mal
Et ne le trouvent pas
Un regard qui attend
Plutôt qu’il ne voit
Et toi qui observe
L’espoir en bandouillère

L’été se tisse

Sur une ronde palette de couleurs oubliées

Qu’un gris hiver sans joie ni fin a endormi

J’ai trouvé une goutte bleue d’été au rire joli

Au bord de l’eau d’un vert voilé

J’ai tissé le lent demain du si bel été

Ephémère…

Aux angles flous du soir tombant
La trace d’un sourire sur les lointaines crêtes
Il pose sa fraîche caresse
Sur les regards brûlés par le gris monde plat
Des écrans qui étouffent le rêve
Un instant
Un instant seulement
Aime cette fleur éphémère

1 août

En apnée, je reprends mon inspiration

Il faisait si chaud, si lourd

Les paupières collaient

Les yeux piquaient

Moites les mains tremblaient

Les mots s’étaient endormis

Affalés dans une marge de fraîcheur

Oubliés par l’été transpirant

L’inspiration est en apnée

Les yeux sont fermés

Et doucement le corps exténué remonte

Se prépare à cueillir ces belles fleurs des fossés

Je respire à nouveau

Demain le monde sera beau

31 juillet…

Matinales : il y a juste un an…

C’est la dernière ligne droite,
Le dernier jour,
Des tant de petits cailloux semés
Ici et là
Quelques marques blanches
Des traces anciennes de douleurs enfouies
C’est un doux petit matin apaisé
Il pose sur le long chemin de mes mémoires à construire
Tous les mots fleurs
Tous les mots rires
Que j’aime offrir
Compagnes de la belle amitié
La vraie
Celle qui dure, vous serre dans ses bras
Vous fait comme un frisson
Délicates vibrations
Venus de nos printemps intérieurs
Surpris dans l’encore
De se retrouver, se rencontrer, s’aimer
Je saute d’un pied léger
Dans cette douce flaque des belles humanités
Oh oui
Les gouttes des hier tant de fois contées
Eclaboussent
On rit, on pleure, on s’ébroue et s’embrasse
Je marche et trouve sur le long chemin
Les restes parfumés de nos belles histoires à finir…

13 juillet 2023, dernier jour avant la retraite…

Il faudrait…

Il faudra qu’au matin levé

Je pétrisse cette épaisse pâte

Dans le tiroir des sourires effacés

Je prendrai trois pincées

D’une fine farine des restes de nuits blanches

Petite pluie j’inventerai

Et tu sentiras cet bel odeur de pain frais…

Demain…

 

Il faudra que j’essaie une autre grammaire ferroviaire

Pour mes demains plus ronds plus verts

J’ai tant de trains aux rimes bloqués

Dans le quelque part d’un vieil hangar

Endormi dans le fond de mauves gares

Je n’attends plus

La pendule s’est pendue dans un entre deux

Ou s’aiment les âmes rendues

Il viendra je le sais

J’ai posé mon oreille nouvelle

Sur la longue lame d’un acier trempé

Je l’entends approcher

De ma poche à surprises

Je sors une vibrante plume

Et ma main te caresse

Ô feuille des lents demains

6 juillet 2023 

Matinales…

Au tableau noir du rêve attendu

Tu écris les mots songes

Restes d’une longue et blanche nuit

La craie crisse et glisse

Au bout de cette ligne tracée

A l’encre grise de ton insomnie

Lettres légères rimes rondes

Se noient dans la marge profonde

D’une mémoire abîmée

Flash…

Dans huit jours je mettrai un point final à 42 ans de vie professionnelle.

C’est aujourd’hui mon dernier déplacement professionnel…

Il y en aura d’autres bien sûr…

A d’autres titres pour d’autres engagements…

Et comme aujourd’hui je serai toujours ému

En posant le regard contre la vitre….

En bord de mémoire…

C’est au soir tombant que vous le verrez
L’homme au sourire pendu
A la corde raide de ses souvenirs engloutis

Il attend
Perdu en bord de mémoire

Le dernier retour de cette lointaine mer
Vidée
Epuisée
Par ses longues caresses salées
Abîmées dans le gouffre de ses yeux affaissés

Flash…

Un soir de presque rien

Au dernier soleil tombé

Seuls et affamés

Nous avons pris le temps de contempler

Ô je vous rassure

C’était si peu

Un simple clin d’œil

Au dernier rose souffle

D’un ciel qui se retire

Sur la pointe bleue de ses brumes fanées

Matinales…

Sur l’écran radar de mes nuits blanches

Je cherche la trace d’un cargo porte-rimes

Il navigue à vue sur les routes bleutées

Des mers oubliées aux brumes épaisses

Je l’ai croisé peut-être hier

Au creux d’une tempête de tristes mots

Grimaçant et grinçant sous les mauvais vents

Il a résisté

C’est un dur au regard froid du bel acier

Et sur le quai de mes nords matins j’attends…

3 juillet

Mémoires…

Souviens toi

Ô souviens toi

C’était l’été premier

Tu dormais à poings ouverts

Souviens toi

Ce vieux souvenir d’un hier fatigué

Tu me l’avais raconté

La marée était dans l’entre deux

Souviens toi

Le temps était aux pleurs

Tremblant de rire

Nous nous tenions serrés

Souviens toi

Tu glissais

Tu chantais

Tu aimais

Et nos mémoires se sont croisées

Souviens toi

Je te regardais et tu nous existais…

Ce soir…

Et maintenant
Maintenant tu réévalues ta dose de présent
A la bourse du verbe aimer
Et tu te sens mieux
T’avais peur que le désespoir
Rattrape la réalité qui te minait
Et en face d’elle
T’as brisé le cercueil
Tes deux bras te servaient d’alibi
Pour te tenir sur le fil de honte
Qui surplombait le désespoir
Venu d’en bas
Et maintenant
Tes deux bras lui servent
De parenthèses
T’avais mal dedans le corps
Tant le hasard t’avait fait crier
Tant le hasard t’avait fait vaincu
Et maintenant
Tu passes
Seul avec celle qui te regarde
Et t’as dévalisé la consigne
Et tu tires sur tes lèvres
Comme l’intoxiqué tire sur sa clope
T’avales le vrai et tu vomis ta peur
T’avais un trou dans la tête
Qui guettait la sortie de ta folie
Pour lui passer des menottes de rêve
Et maintenant le temps qui te pue
Est un éternel motif d’impatience
Pour celle dont tu rêves
Angoissé dans les murs de ton bar
D’artiste sans symétrie
Et il te faut trouver
Un dictionnaire
De mots nouveaux
Promesses de vocabulaire
A grammairiser
Pour les joies que tu lui inventeras
Il te fallait tant de choses
Pour être sûr
Dans ton royaume de deux
Que maintenant tu t’en fous
Tu poétises
Et tu sais que ça transpire
Peut-être l’indifférence d’habitude
Mais cela ne fait rien tu continues
Et ce soir t’as encore envie d’écrire
Parce que ça fait un jour de plus
Et t’as une boule dans la tête
Une boule odeur de lassitude
Qui explose à chaque sourire
Qu’elle enterre en toi
Chaque fois qu’elle commence
Le « il était une fois »
De ma soif d’impatience
Avec une corde au cou, au mois elle m’a remarqué
Dans cette foule de pendus
Qui rêvent d’évasion
En se remarquant
Identique
Et t’as mal dans la tête
Quand elle t’observe
T’as mal dans sa peur
Qui vibre d’incertitude
T’as mal dans sa peau qui fait
Pleurer un violoniste
Et quand tu la serres contre toi
Tu hais encore plus
Les silhouettes bureaucratisées
Qui sentent déjà le dossier
Qui n’est pas fini
Ou qu’on va jeter….

Mémoires…

Entends le mot à mot

Du vieux mur de pierres

Écoute cette histoire d’hier

Écoute ces chants du lève tôt

Avance et ne dis rien

Ne sèche plus tes larmes

Ton rire vit le dernier drame

Tout est fini il ne sera plus demain

3 octobre

Pluies…

Un nuage de pluie

Caresse le dos gris

Des mémoires perdues

De mes rires détachés.

J’ai toujours, endormies,

Au fond d’un panier bercé

Trois gouttes dorées

De vieilles histoires d’antan

Qui se roulent en chantant

Dans une flaque de soleils oubliés

Mes Everest, Vénus Khoury-Ghata

Vénus Khoury-Ghata est une poète libanaise

Nul ici

Dans l’eau creuse

Le village d’oiseaux

L’arbre à l’écorce tiède

Et le criquet vieillard

Ont fait couler l’été

Je traverse un miroir qui a face d’averse

Où les mouettes se teignent

Pour aborder la terre

J’écoute

L’appel de l’oiseau n’est que le rire du fleuve

Frissons…

Pour la huitième fois j’ai eu la joie de remettre un prix au toujours magnifique concours d’écriture en prison organisé par la fondation M6. Le thème de cette annee était frisson…Et nous avons frissonné. J’ai été très touché par le texte de Adnane qui évoque le frisson de son retour à l’école, une école de l’envol de l’émancipation.
Je serai toujours membre de ce jury l’année prochaine tout en étant retraité, mais désormais « ambassadeur » de ANLCI – Agir ensemble contre l’illettrisme et je serai heureux d’y retrouver Maxime Chattam , Valérie Tong Cuong , Rachid Santaki, Plana Radenovic.