
Homme pressé sur un banc s’est assis
Il regarde en souriant
Le temps qui file en grinçant
Homme pressé pour un instant s’est libéré

Homme pressé sur un banc s’est assis
Il regarde en souriant
Le temps qui file en grinçant
Homme pressé pour un instant s’est libéré

…Anton se souvient de ce que son père, Marcel, lui expliquait. Sur le beau. Sur le vrai. Tout petit déjà il l’accompagnait dans ses incroyables déambulations. C’est pendant ces longues promenades que Marcel a expliqué à Anton. L’essentiel c’est ne rien dire, s’arrêter, écouter, sentir sans penser, sans chercher ni à expliquer, ni à faire des liens avec ce qui a déjà été écrit ou dit. Ne pas suivre la direction qui indique le beau, le bon. Ce qu’il faut Anton c’est ressentir, chercher l’existence. Le beau n’appartient à personne et il n’appartient à personne de désigner ce qui est beau. Et tu vois Anton, ce mot, je crois même qu’il est préférable de l’éviter. Comme tous ces mots qui ont le défaut d’avoir un contraire. Est-ce-que tu as déjà remarqué Anton que lorsque les mots ont un contraire, un opposé, quand tu prononces l’un c’est à l’autre que tu penses…

Mémoires de vieilles pierres figées
Odeur d’un vieux lichen fripé
Souvenirs d’un village endormi au creux du frêle été
Pas à pages il faut avancer dans les marges effacées
Juillet 2021
Orages de juillet, un vieux texte déjà publié en 2019

Un nuage de pluie
Caresse le dos gris
Des mémoires perdues
De mes rires détachés.
J’ai toujours, endormies,
Au fond d’un panier bercé
Trois gouttes dorées
De vieilles histoires d’antan
Qui se roulent en chantant
Dans une flaque de soleils oubliés
Il y a un an, la pluie, déjà, encore, toujours… Mémoires…

Derrière la vitre d’un jour d’ici
J’attrape les gouttes de temps
Temps qui glisse
Temps qui plisse
Le regard est blotti
Entre les bras de fer
Qui s’étirent vers la mer
Sa route est si longue
Son chemin est si loin
Il se souvient
Dans le train qui coule vers le sud
Un presque homme est assoupi
Il rêve seul
Ses compagnons de nuit avalés
Regarde
Il pose le front sur le froid de la vitre
Entends ce qu’il reste d’histoire
Enfoui
Dans les plis d’acier d’une infinie nuit ferroviaire
Tu y trouveras quelques miettes sans frimes
De cette belle mémoire
Qui te souffle ses rimes…
30 juillet

Souviens toi me dis-tu
Souviens toi
C’était peut-être hier
Ou bien plus loin
Ailleurs
A l’adresse flou du temps fini
Tu étais seul
Je t’observai
Tout le long de ton chemin
Je t’ai vu
Tu as semé
Treize petits mots
Oh oui si petits
Une syllabe chacun
Parfois deux
Et sans te retourner
Tu es parti
Oh tu sais
Je t’ai suivi
Chaque mot j’ai cueilli
Dans mon sac à demain
Sans rien dire les ai glissés
Et vois-tu mon ami
Prends ce bouquet
Aux rimes fleuris
Il est toi
Je te le donne
Il était temps
Je te le rend
Quelques textes sur la mémoire que j’avais publiés l’année dernière…
La mémoire, ma mémoire me tracasse en ce moment, un deuxième texte sur ce thème

Dans l’arrière jour de mes nuits blanches
J’ai creusé le trou de ma mémoire oublié
Dans le fond endormi
Sur un bord de molle dune
Petits mots aux teintes passées
Dansent en giguant la ronde des guenilles
Ils vont ils roulent ils vrillent
Mots d’hier j’entends vos rires d’enfants
Crépies de mauve brune
Douces caresses se posent
Sur le long mur blanc
De ma moite insomnie
Tout est fini
Sur la feuille froissée d’un passé retrouvé
Sans un pli présent rassuré s’est endormi…
28 juillet
Souvenirs…

N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Pour ce presque rien
Qu’on cache sous le tapis
D’une mémoire aux rimes rondes
Rondes et fleuries
N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Ce quelque chose
Que le peuple des autres
Abandonne sur le quai
Pour un voyage sans détours
N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Celui qu’on oublie tout de suite
Pour ne pas avoir à l’apprivoiser
Sentez-vous l’odeur que la peur avait enterrée
Entendez -vous le cri du métal
Il est frappé de soleil.
C’est un beau soir qui sent le hier
Dans la salle d’attente de mes souvenirs ferroviaires
Un train vient d’entrer…
30 juin

« Écrire. Je ne peux pas.
Personne ne peut.
Il faut le dire, on ne peut pas.
Et on écrit.
C’est l’inconnu qu’on porte en soi écrire, c’est ça qui est atteint. C’est ça ou rien.
On peut parler d’une maladie de l’écrit.
Ce n’est pas simple ce que j’essaie de dire là, mais je crois qu’on peut s’y retrouver, camarades de tous les pays.
Il y a une folie d’écrire qui est en soi-même, une folie d’écrire furieuse mais ce n’est pas pour cela qu’on est dans la folie. Au contraire.
L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire, on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité.
C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible…
Voir l’article original 112 mots de plus

Posée sur le cœur doré
D’une fleur au rose vibrant
Butine abeille appliquée
Demain sur le pain chaud et craquant
Des hivers enrhumés
Rouleront les vagues sucrées du miel d’été
Et dans la blanche et fraîche mie
Tu croqueras une belle bouchée du bel été
Une fois n’est pas coutume, voici le texte d’une intervention que j’ai faite la semaine dernière au Ministère de la Justice, à l’occasion de la remise des prix du concours d’écriture organisé en prison par la fondation M6

Bonjour à toutes et à tous,
L’Agence Nationale de Lutte contre l’illettrisme que je représente aujourd’hui est ravie, une nouvelle fois, d’être associée à cette cérémonie de remise des prix. Nous sommes ravis d’être à vos côtés, ici, au ministère de la Justice, en compagnie du ministère de l’Education nationale, tous deux membres fondateurs du GIP ANLCI ; c’est une façon concrète d’illustrer ce que signifie « se réunir pour mieux agir ».
Quelques mots, un petit mot m’avez-vous demandé. Il arrive fréquemment lorsque nous sommes, lorsque je suis sollicité pour des occasions de ce type qu’on nous demande de dire un mot, un petit mot. C’est une formule, une façon un peu délicate de dire qu’il faut que l’intervention soit brève. Et ce matin lorsque j’ai préparé ce mot, ce petit mot, qui je vous l’assure n’excédera pas cinq minutes, je me suis interrogé. Si je n’avais qu’un mot, un seul, à choisir pour exprimer ce que j’ai à dire, quel serait-il ?
Difficile ! Mais j’ai essayé et c’est le mot révélateur qui est apparu. REVELATEUR parce que j’ai été dans ma jeunesse un photographe amateur et que j’ai connu la magie du développement en laboratoire. Je me souviens de ce moment unique ou la feuille de papier vierge de toute expression, plongée dans le révélateur laisse apparaître tout doucement une image, une photographie. Oui c’est le mot qui me convient, qui nous convient. Les mots sont et peuvent être révélés.
Ces mots, les mots sont nos compagnons de route. Ils sont souvent enfouis au fond de chacun d’entre nous. Il faut qu’ils sortent, il faut qu’ils jaillissent, qu’ils se réveillent, qu’ils se révèlent. Et c’est la magie de ces ateliers d’écriture. Comme le sourcier avec sa baguette, l’enseignante ou l’enseignant aide à réveiller et à révéler ce que vous avez au fond, à l’intérieur de vous. Les mots sont alors dits, puis ils sont écrits et enfin ils sont lus. Et demain ils seront lus et relus, à nouveau. Ils seront alors devenus une trace. J’en profite d’ailleurs pour affirmer que l’écriture et la lecture sont intimement liées et que l’annonce faite par le Président de la République que la grande cause nationale de l’été 2021 à l’été 2022 serait la lecture est une invitation qui nous est faite à toutes et à tous à valoriser les actions de ce type.
Alors oui pour certaines et certains c’est difficile, plus difficile, les mots sont là, mais ils sont rebelles, parfois impossibles à saisir, à maîtriser à apprivoiser. C’est la situation dans laquelle se trouvent 2 500 000 personnes dans notre pays. Il faut des outils, des leviers pour les rendre accessibles, pour qu’un jour ils puissent se poser sur une feuille de papier, ou sur un écran, et être utilisés.
Parmi les différentes catégories de ce concours, il y a celle des débutants et c’est à vous et à vos enseignantes et enseignants que je m’adresse aujourd’hui. Si le parcours pour donner vie à ces mots est plus difficile, plus long, parfois semé d’embûches, au bout le résultat est le même. Nous sommes à l’ANLCI attachés à ce que ne soient jamais oubliés, celles et ceux qui souffrent de ne pouvoir mettre en mot, cette musique intérieure. Nous sommes attachés avec nos partenaires, avec les administrateurs du GIP à ce que des solutions soient proposées pour que demain nous puissions embarquer avec nous tout un peuple de lecteurs. Parmi ces solutions il y a les ateliers d’écriture, avec ce travail formidable des intervenantes et intervenants de l’Education nationale, de l’Administration pénitentiaire. Ce travail qui réveille et révèle ces talents que chacune et chacun d’entre vous a en lui.
Chaque texte est unique, chaque texte témoigne du travail accompli : il le révèle, il vous révèle pour que les émotions puissent tranquillement se poser sur une feuille de papier ou sur un écran.
C’est ce que vous avez réalisé M……….. avec votre texte qui obtient le troisième prix de cette catégorie débutant. Nous vous en félicitons et vous invitons à considérer que cette dernière fois qui était le thème de cette année marque le début d’une aventure où les mots occuperont une place centrale.
Eric NEDELEC
Directeur adjoint de l’ANLCI

…Le bonheur je ne sais pas ce que c’est, et puis je ne veux pas le décrire, je ne veux pas l’encadrer avec des mots qui seront de toute façon, un jour ou l’autre enfermés dans un dictionnaire. Le bonheur, tu le vois bien Anton, il arrive, là, comme ça, sans rien dire, c’est un soir, à Narvik. On marche, nos mains se tiennent, et le bonheur est là, comment veux-tu trouver un mot pour en parler, comment veux-tu le décrire ?

Fenêtre ouverte
J’entends le chant crissant
D’un rail de métal gisant
Ville endormie
Matin vague
Sur une rive d’ocres
Empêtrés
Fenêtre ouverte
J’attrape le souffle lointain
Des océans voisins

La nuit était lourde, épaisse,
Des plaques d’air poisseux s’empilaient
Le lit s’enfonçait dans la vase molle de ma mémoire
Je cherchais le chemin pour me conduire au début
Sur les bas-côtés de mon rêve éveillé
De mauvaises ronces se sont réveillées
Mon pas est lent
J’ai le souffle court
Tous les cailloux que j’avais semés
Sont enfoncés dans le sable gris
Je me bats contre un vent mauvais
Il souffle de tous côtés
Et s’engouffre dans le couloir de l’oubli

Ce soir j’ai le verbe sec
Je cherche le mot plume
Il passera sous le bras de la rime en rire
Chatouilleux le mot de la fin
S’envolera à tire voyelle
Bavarder avec l’ami hirondelle
10 juillet

Le temps est au matin gris
Les regards glissent
Sur la vitre de nos ennuis
Le temps est aux regards gris
Le matin se plisse
Sur la vitre de nos mardis

Dans le double fond de mes souvenirs à partager
J’ai nourri de mes rires bleus
Les racines des arbres à mémoire
Et dans un souffle d’été
Deux feuilles se sont envolées

La mer est là
Elle s’est invitée
Dans la morne plaine
Des écrans bleutés
Elle veut me dire
Assez
Je n’en peux plus de vos rimes tristes
Je veux qu’on les oublie
Je n’en veux plus de votre Amérique
Qu’on enferme en un clic
Moi j’attends le chant du vent
Je le veux là
Tout contre moi
L’écume des mots s’envolent
Et se pose sur tes lèvres salées
7 juillet

Écrire les couleurs de l’été
Écrire les fureurs de mes colères rentrées
Écrire les peurs d’une longue nuit de craie
Écrire un mot doux qui frissonne
Écrire une belle lettre ronde et noire
Écrire sur les lignes grises de ta mémoire
Écrire sans un bruit dans le silence de papier d’un matin froissé…
Troisième republication du jour…

C’était une longue nuit,
De celle que fatigué
Vite, on oublie.
J’ai grimpé dans le dernier wagon
De ce rêve bleu
Affalée sur le quai.
Un enfant triste est assis contre la vitre humide.
Il me regarde :
Où étais-tu hier ?
Je t’attendais tu le sais…
Tu n’es pas venu,
J’ai tourné la page.
J’etais si seul,
Oh si seul tu sais…
Et j’ai tenté de pleurer,
Mais le rêve a poursuivi
Son chemin jusqu’à demain.
Aide moi je t’en prie,
Aide moi,
Je ne veux pas que tout soit fini…
6 juillet

Au bout d’une nuit agitée
Matin se dresse
Il est là mur épais
Il impose son long soupir
Son crépi est lézardé
Les rêves mauves n’ont pas tenu
Tout est prêt pour le laid
Et soudain
Main dans la main
Dans le creux d’un chant oublié
Je les vois
Ils sont deux
Et se sont aimés
C’était il y a un an…

Homme pressé
Je le vois tu trepignes
Je l’entends tu t’indignes
Un instant écoute moi
Dans le monde que tu inventeras
Il ne faudra rien oublier
Ni le gris ni la pluie
Ni la peur ni la sueur
Ni l’acier ni la saleté
Prends garde homme pressé
Dans les sillons serrés de tes rêves de demain
N’oublie rien
Oh oui je t’en prie
Prends garde à semer
Quelques graines oubliées
De ce monde que nous avons tant aimé
2 juillet
Je suis très heureux de ce joli poème que ma petite fille m’a écrit. Elle sait bien ce qui me touche


Sur une ronde palette de couleurs oubliées
Qu’un gris hiver sans joie ni fin a endormi
J’ai trouvé une goutte bleue d’été au rire joli
Au bord de l’eau d’un vert voilé
J’ai tissé le lent demain du si bel été

Sur le tableau noir de mes désirs d’écriture
J’ai tracé quelques lettres de brumes
Des mots bleus se sont envolés
A tire ligne jusqu’au bord d’une blanche feuille
Que j’avais attendue
Une phrase est là, en suspens
Une autre aussi qui l’attend
Je les regarde heureux
Elle se sont aimées
Avec mon consentement

Sur la pente raide d’un chemin creux
Je presse le pas vers un sommet ivre de bleu
J’avance
Le souffle court d’un rire qu’on empêche
J’attends
Crissement d’une caresse rêche
Je frissonne
Longue et verte vague à l’âme
Se jette en pleurant
Sur la rive molles de mes nuits blanches
Une longue promenade, hier, à quelques minutes de chez moi au dessus de Saint-Etienne, et quelques photos qui annoncent la tempête de la nuit. Un intermède poétique pour respirer un peu

Derrière le tendre vert des collines alanguies
J’entends le vent qui bruit
Sans un cri
Un reste de pli bleu
Couvre ronde larme de si peu
Sur le bord gris de tes yeux bleus

Fenêtre ouverte
Sur le rond silence bleu
Du matin frileux
J’attends les mots blancs
Qui frappent sur les vitres endormies
J’entends la pointe dure du stylo
Elle crisse et glisse
Sur ma belle feuille fripée
De sa longue nuit agitée
6 mai

Et soudain j’ai cessé de compter…
Fatigué, essoré,
Tout contre moi,
Je l’ai serré,
Ce doux soir bleu abîmé.
Et tête dans les nuages,
Je l’ai laissé me rêver…
9 mai
Il y a un an…

L’homme est courbé,
Son dur regard racle le sol.
Lever les yeux?
Il ne le veut pas,
Il ne le peut plus.
L’homme est triste,
Il marche
Sur le fil gris de la peur.
Il tire sur les manches de la douleur,
Soudain,
Merle siffle;
L’homme déplie un bout de sourire,
Essuie la buée de ses larmes bleues,
Bouée est là, ronde et fleurie.
Elle est pour lui
Il la serre,
Tout est fini.
24 avril

Lorsque j’écris, sur le papier, avec un stylo-bille des plus commun, je ressens très fort la sensation de l’écriture. C’est un acte physique, qui laisse des traces. Et je me souviens alors de cette toute première phrase que j’avais écrite il y a quarante trois ans lorsque je décidai d’écrire un roman, mon premier roman, première pierre d’un chantier qui ne s’est jamais fermé, même dans les pires moments, ceux où l’inspiration est ballottée dans les intempéries de la vie.
Je me souviens, j’avais 19 ans et j’écrivais : « J’ai la tête qui bourdonne, les mains moites. Mes jointures gardent en mémoire les arêtes du stylo. »
En ce moment, presque tous les soirs mes doigts gardent en mémoire les arêtes de mon stylo.

Oui c’est parti…Cela couvait depuis plusieurs mois, peut-être plus. J’ai entamé cette première étape, que je trouve personnellement très jouissive, celle de l’écriture manuscrite, avec un bon vieux Bic cristal de ce qui sera mon quatrième roman. J’ai pris beaucoup de temps en amont pour travailler le plan, les personnages. Pendant quelques semaines je vais noircir le magnifique papier de ce gros carnet Moleskine, habité par cette histoire qui a déjà pris possession de mon intérieur… Je serai peut-être moins présent, comme c’était d’ailleurs le cas ces derniers temps pendant la gestation, encore que… J’aurai certainement besoin de respirations poétiques…

Ne regarde pas comme les autres.
Les autres…N’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracée, choisis ton chemin. Et si on te répond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forêt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux, qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues. S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, réponds-leur que leur imagination est en panne, fatiguée, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crêtes des sapins qu’on est trompé par son obsession du réel convenu.
Cette imagination-là n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naïf qui fabriquent du magique pour empêcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie préfabriquée qui fabrique des rêves à la chaîne, des rêves qui sont toujours les mêmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Tu dois leur dire que les arbres tu les vois comme des arbres et pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou tout autres monstres qu’on veut entrer de force dans les têtes pour que les peurs soient identiques.
Tu ne dois pas être comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends quand ils bougent dans le vent tu dois dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : ils font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer. Tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste de le dire, c’est injuste pour les arbres d’abord, et puis pour la mer surtout, c’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prétendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue avec leurs mots à eux, avec les mots qui ont été fabriqués par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs…
Toi tu dois dire que la mer existe ici, dans ces forêts d’altitude, tu dois dire qu’elle est là, derrière ce vent, comme une mémoire……

Cheval de bois
N’en peut plus de tourner
Du manège des enfermés
D’un bond joyeux
Il s’est échappé
Dans la danse des échevelés
Il est entré

C’était une si lente nuit pâle
Lourde de trop longues heures
Pâles et poisseuses
Derrière les fenêtres aux rêves fermés
Pas un un chant
Plus un cri
Un silence dur et coupant
Brise un espoir qui s’envole

Je n’entends pas le long cri
De l’arbre nu à en pleurer
Entre tes bras desséchés
Je me ferai feuille blanche
Pour t’entendre espérer

Quand l’arbre gris
De mes peurs enfouies
Étire dans un ciel sans vie
Les maigres noeux de ses bras secs
J’entends le souffle court
De mes courses éperdues
Sur les routes rondes et fleuries
De ma belle île de brume bleue

L’air est vif et coupant
Les dernières larmes
D’une nuit aux souffles agités
Se figent en glissant
Les éclats de rire
Du petit matin glacé
Se sont brisés en frissonnant
C’était il y a un an, rien n’a changé, enfin presque…

C’est une guerre me dites-vous ?
Oui vous avez raison !
De ma fenêtre ouverte,
Je distingue le champ de bataille…
Le combat a débuté,
Le printemps est bien là,
Il est sur le front.
En première ligne, il envoie des troupes d’élite…
Fleurs blanches légères,
Doux pétales envolés…
La victoire est proche…
11 avril

J’ai posé le doigt
Sur la lune molle
De la vitre brûlée
Loin du soleil rageur
Un oiseau s’est posé
Ses ailes de velours
Battent doucement du cil
25 avril
Voici le texte que les éditions des embruns ont retenu pour leur ouvrage « Avis de tempête »

Homme d’en bas,
Regarde le visage de l’océan.
Sur son front salé,
C’est la tempête qu’on lit.
Les rides se sont creusées,
Le regard s’est assombri.
De belles longues vagues blanches,
Entrent dans les terres usées
Elles s’étirent en criant,
Et offrent leurs bouquets d’écume
Aux récifs abandonnés.
Regarde les qui entrent dans la danse.
Écoute les !
Elles chantent avec le vent
Ferme les yeux,
Laisse entrer l’ocean.
C’est la tempête à Ouessant
2 novembre 2019

Entre les rides
Des espoirs déçus
Un bouquet de couleur
Une larme bleue
Douce lueur
Sur ces quelques fleurs
Oublie les rires mauvais
Va, cours
Rêve
Creuse là
Oui
Ici
Tout au fond de la poche
Tu trouveras
Les dernières miettes
De l’arbre heureux…

Dans le soir de ses yeux
Je lis la dernière phrase
D’une histoire fanée
Tant de fois racontée
Ses mots sont lourds et glacés
Je les pose sans rien dire
Dans le creux lisse
De mes mains de papier
Dans le noir de ses cheveux
Douce main glisse en frisant
Les dernières boucles de rires envolés
C’est la longue nuit des errants séparés

Regarde
Oh oui regarde
Lève les yeux
Oublie
L’ombre épaisse des mauvais rêves
De tes nuits agitées
Glisse
Penche-toi en riant
A la fenêtre des absents
Regarde
Oh oui regarde
La lumière est si belle
Elle s’étire doucement
Entre les tendres bras
Du matin des amants
Ecoute
Oh oui écoute
Tu l’entends te dire
Je t’attends…
30 mars 2021

Un vieil homme au regard gris
Ferme les yeux
Il ne fixe plus le haut du mât
De ses vies passées
Les draps noirs de sa mémoire fripée
Dans la brume de nos larmes se sont emmêlés
Pas un qui ne claque
Pas un qui n’appelle
Le vieil homme est endormi
Il ne reçoit plus le chant des cargos
Dans le blues de son regard qui s’éteint
Les vents de l’Ouest se sont abîmés
Très heureux que mon poème ait été retenu par les éditions des embruns…


C’était l’heure des sans amis
Penché vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rêvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rêvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marché jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle était là
Seule et perdue
Vêtue d’une longue trainée de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventées
Je t’avais inventé

Il faut que cesse la peur
Oui il le faut
Regarde
Le monde est si beau
Je l’entends
Il me le dit
Mais n’en peut plus
De ce long naufrage organisé
Où les hommes sont courbés
Regarde
Ils se sont perdus
Dans les bas-fonds
De leurs écrans maléfiques
Ils ont oublié la beauté des lueurs noires
Regarde
Le ciel est si seul
Et pleure ses couleurs effacées
Le monde n’en veut plus
Les hommes ont abandonné
Et creusent leurs sillons
Ils labourent en se taisant
Le lourd soc
Aiguisé a la pierre de la peur
Entre en criant dans le ventre de la terre
Il faut que cesse la peur
La mer se fait lointaine
Ils l’ont noyée
Sous l’horizon du désespoir
25 août

Il est l’heure de la lumière,
Il me reste un bout de rêve mauve.
Infime miette dans un bol de rire noir,
Laissée là, douce et croquante
Par une nuit rassasiée.
Au creux du silence du matin qui gémit,
J’avance tête baissée,
Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.
3 mai
Ecrire…

Dans la réserve glacée
De mes idées noires
J’ai choisi un vieux reste
D’angoisses ressassées
Dans un bouillon clair
De rires rentrés
Je les ai laissé mijoter
Un lourd couvercle
Patinée de mémoires enfumées
Sur le ragoût
J’ai posé
Et dans le lent soir rosé
Une fleur de printemps
Sur la flamme j’ai saupoudrée

Je ne veux plus
De ce silence glacé
Qui roule en pleurant
Sur la mousse verte et ventrue
Des pentes asséchées
Je ne veux plus
De ces fracas de voix
Qui brisent en crissant
Les longues et fines lames
De mes rires boisés

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant
Toutes les filles
Vous donneront leurs baisers
Puis tous leurs espoirs
Vois tous ces cœurs
Comme des artichauts
Qui s’effeuillent en battant
Pour s’offrir aux badauds
Vois tous ces cœurs
Comme de gentils mégots
Qui s’enflamment en riant
Pour les filles du métro
Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant
Tout Paris
Se changera en baisers
Parfois même en grand soir
Vois tout Paris
Se change en pâturage
Pour troupeaux d’amoureux
Aux bergères…
Voir l’article original 133 mots de plus

A la table des quatre saisons,
Comme chaque année,
Je me suis installé…
Et pour monsieur, ce sera?
Oh pour monsieur ce sera simple!
Un peu de printemps, s’il vous plait.
Et je le veux nature,
Sans fioritures,
Ni fanfares, ni trompettes !
Je vous en prie,
Je suis pressé.
Oh oui,
Il y a tant d’hivers
Que je l’attends.
C’est un printemps
Que je veux déguster
Et emporter…
Oui je le prends,
Tel qu’il est…
Oui ainsi :
Fleuri,
Et pour le service,
Un sourire ou deux,
Et je serai comblé,
Pour tout l’été.
5 avril

Prose?
Pause…
Poésie?
Pas envie…
Rimes?
Ah ça non,
Pas de primes…
Pas de rimes…
Métaphores?
Oh, hé, quoi encore!
Images,vers,sonnets,alexandrins?
C’est fini, vous n’en avez plus?
Et bien, je vous le dis,
Encore une fois j’ai vaincu…
22 mars
C’était il y a un an, si près, si loin…
J’ai commencé depuis lundi le journal poétique de cette terrible période, parce que je sais par expérience que les mémoires sont molles et qu’il est nécessaire de garder une trace…

Homme confiné,
Pousse la porte,
Ecoute…
Comment?
Tu n’entends rien!
Cherche, cherche,
Homme numérique.
Retrouve les petits cailloux
Que tes pères ont semés,
Sur le chemin
De ta mémoire encombrée.
Retrouve les traces, homme,
Ils sont là,
Je les entends,
Petits bruits oubliés,
De ce monde que tu ne laisses plus chanter.
19 mars

Aux quatre coins de sa mémoire
Homme silencieux
A gravé un souvenir heureux
Ils étaient deux
Ils étaient heureux

On le disait homme du passé
Plus rien n’est comme avant, homme dépassé
Plus rien me dites-vous
Permettez-moi de rire et d’en douter
Je ne veux pas de ce monde sans ce soleil taquin
Je ne veux pas de vos vies enfermées
Dans un rectangle aux angles numériques
Je n’en veux pas de vos matins incolores
Sans cette douce lumière qui caresse
Les restes mauves de la longue nuit
Je n’en veux pas de vos morales hygiéniques
Je n’en veux pas de vos peurs organisées
Moi je suis un homme du toujours
J’aime que mon souffle brise l’ombre du silence
J’aime tous les rires de rien
J’aime le chant de mes mots doux
Qui dansent sur le papier
J’aime le parfum de ces histoires d’hier
Qui caressent mes lendemains
Vous me disiez homme du passé
Je vous ai déjà oubliés
Un an déjà…

Tu es sorti essoré du combat avec la nuit.
Nuit moite, nuit molle,
Nuit grise qui s’étire,
Gavée de trop longues minutes,
Grasses à écœurer,
Épaisses à étouffer…
Premières heures du matin,
Gluantes,
Empêtrées dans les fils tendus,
De l’horloge qui n’attend plus.
Et puis,
Et puis, tu es sorti,
La lumière est là,
Elle est belle,
Regarde elle te sourit.
Si loin est ta nuit.
20 mars 2020
C’était il y a un an, juste un an… Rien n’a changé…

Il me faut prendre le chemin d’un supermarché. Oh non, je ne suis pas en manque de mots, mes réserves sont pleines, et tous les jours, mes rayons je vérifie. Aucuns mots ne manquent, ils sont tous là, sagement alignés. Ils me connaissent et savent que je ne gaspille pas. Oh bien sur j’ai mes rayons préférés, vous les connaissez, tous les jours je les choisis, je les prépare, je les assemble et je vous prépare un bon plat de mots. Non aujourd’hui il me manque un souffle de vent, une vague qui s’étire, le cri d’une mouette sur l’océan. J’ai cherché la case à cocher sur mon laisser-passer…Il n’y a rien, je suis déçu. Je vais rentrer sagement, je le sais, je le sens, la mer est là, elle m’attend…
18 mars
C’était il y a un an…

Ce monde est fou, me dites-vous?
Eh bien non,
Je ne vous suis pas!
Vous m’en voyez désolé…
Regardez autour de vous!
Ce monde-là, je ne le vois pas.
Ce monde-là, je ne le veux pas.
Une fenêtre est ouverte,
L’air est doux, parfumé.
Un chant d’oiseau s’est invité
Entends le silence,
Il respire.
Ce monde est doux,
Vous l’avez tant abîmé.
18 mars 2020

Je ne trouve pas l’inspiration…
Comment tu ne trouves pas ? Explique-moi, je t’en prie… Tu prétends que tu ne trouves pas ? Admettons, je veux bien, mais cela signifie, enfin je l’espère, que tu as cherché, et probablement cherches-tu encore !
Oui c’est cela, je cherche, je cherche… Et ne trouve rien…
Étonnant tout de même : je te connais…Il t’en faut si peu : un train qui passe, une flaque d’eau sur un quai, un rayon de lumière derrière une vitre grise, une vague qui grossit et d’un coup, d’un seul, tu as la main qui tremble et le regard qui luit…
Oui je le sais, tu as raison. Je crois comprendre ce qui m’arrive. Je ne dois plus chercher. Il faut que je sois saisi, surpris. Les trains sont loin, toutes les marées sont basses. La lumière elle-même est étonnée de toute cette lenteur, et le ciel, ce ciel tellement étonné…
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Dans le coin sombre d’une journée ordinaire
Une boule de triste silence s’est endormie
La foule des bruyants passait
Regard levé
Pas pressé
Pas un pour lui parler
Et doucement la rassurer
Pas un pour murmurer
Ne crains rien petite
Ne crains rien
Tu verras on va t’aider
Tu verras on va t’aimer
Et ton chemin vers un long demain
Tu trouveras
Petite boule a souri
Un chant, un cri, un souffle
Tous sont réunis
Oh petite boule notre amie

Au lever du jour, lorsque je marche, en silence, j’entends les mots qui se bousculent. Ils sont là, quelque part, dans un coin reculé de ce que j’aime appeler l’arrière-pays de ma tête. Ils veulent entrer, ils sont pressés, eux aussi, de prendre l’air et de se dégourdir pour certains les l et pour d’autres les rondes jambes de leur m. Je les laisse se disputer. Ils m’amusent, à vouloir être les premiers. Je sens bien que chacun rêve de donner le tempo, ou même le la.
Alors oui, chaque matin c’est la foire d’empoigne et c’est à celui qui trouvera le plus facilement le passage ; ce passage qui le conduira non pas jusqu’aux portes de mes lèvres parce que je ne dis rien, mais là juste à l’entrée de ce chemin que j’hésite encore à emprunter. J’hésite, oui parce que je sais déjà que lorsque je me serai engagé je ne pourrai plus reculer et qu’il me faudra avancer, poussé par le désir d’arriver non pas au bout, ce bout n’existe pas, mais à l’entrée du premier virage qui je le sais, je le sens, me réservera de belles surprises.
Et ce matin sur la ligne de départ il y avait Anton, Anton ce plus que prénom qui m’accompagne depuis longtemps. Il est arrivé le premier et je l’entendais me dire « Je m’appelle Anton parce que mon père aimait les russes, et plus encore que les russes il aimait les avions et parmi les avions celui qu’il préférait c’était l’Antonov 22 ».
Tiens, on dirait bien que je commence à m’aventurer sur ce chemin…
Je reste un peu discret en ce moment, pourtant la faim est là, la faim d’écrire…Je descends souvent dans ma réserve et cela m’inspire…

La faim d’écrire est forte, très forte, peut-être trop forte. Le garde-manger est plein, il déborde, il dégouline, de mots, de phrases déjà prêtes, qui attendent simplement la chaude caresse de la feuille que je leur ouvrirai.
Je n’ai pas besoin de les garder au frais. Ils se conservent très bien, mais sont peut-être trop nombreux. Je ne sais lequel choisir. J’ouvre la porte de la réserve. J’entends d’abord comme un murmure : « il est là, c’est lui, il va me choisir, c’est mon tour ». Ils attendent patiemment tous ces mots que j’aime. Certains sont couchés, bien à plat, à l’abri des regards mauvais, ce sont mes grands crus. Je reconnais libellule, il est seul, couvert de poussière, cela fait bien longtemps qu’il vieillit, peut-être trop ; il faudra que je me décide à en faire quelque chose. Au-dessus, mes préférés tout une rangée de flacons, de balbutiements, de mauves. Les casiers de brumes et de gris sont presque vides ; j’en ai peut-être trop consommé ces derniers temps. Dans le placard du fond j’ai stocké quelques phrases, toutes faites, toutes fraîches, mais je ne l’ouvre pas, je ne veux pas qu’elles s’échappent, il n’est pas encore temps, je dois chercher, encore, le menu, et tous les magnifiques plats qui le composeront. Je referme la porte de ma réserve, doucement pour ne pas éveiller les endormis, celles et ceux vers qui je ne vais jamais, parce que je les ai oubliés. Demain, peut-être je les retrouverai…
Peut-être.
Il a suffi que je reprenne le train ce matin, pour que je sente l’inspiration revenir…

Elle est si longue cette nuit
Des rêves enfermés
Entre les plis des draps trempés
De la lente sueur
Des silences coupants
Les corps sont pâles et blanchis
De ne plus se frotter
Au murs rêches
Des peurs imprévues
Tout est lisse
Plus rien n’arrête
La fuite des regards délavés
Le temps ne coule plus
Etalé comme la flaque
Qui tente un reflet de soleil
Derrière la trace
D’une eau si grasse
D’un pas lourd chacun se traîne
Au bord des dernières fenêtres
Ouvertes sur les reste de vide
Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas l’origine du tribunal académique, je republie quelques une de ses séances…

Le tribunal académique ne se réunit que très rarement en semaine. Une vieille tradition qu’on explique difficilement, tant les avis sont divergents.
Certains racontent que la première affaire que ce tribunal ait eu à juger fut « l’affaire du week-end ». Les plaignants de l’époque (ils étaient sept) avaient déposé un recours visant à suspendre l’utilisation de l’expression week-end prétextant d’une part qu’il s’agissait d’un anglicisme, et d’autre part que ce terme était impropre dans la mesure où il n’aurait pas été possible de parler de fin de semaine ( le samedi matin par exemple ) , alors que celle-ci n’est officiellement et réellement achevée que le dimanche à minuit.
Cette affaire qui était, rappelons-le, la première qu’eut à juger ce nouveau tribunal fut mal préparée et si les plaignants furent déboutés sur la première requête, le jury qui avait été constitué à la va vite s’égara totalement sur le deuxième point…
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C’était l’heure des sans amis
Penché vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rêvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rêvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marché jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle était là
Seule et perdue
Vêtue d’une longue trainée de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventées
Je t’avais inventé

Je n’arrive pas à finir ce que j’ai commencé d’écrire. Tout ce que j’ai commencé, tous ces débuts, toutes ces presque fins qui dorment, qui sursautent parfois quand je les reprends, quand je les surprends dans leurs sommeils littéraires. Certains de ces textes ont pris des rides, ils se sont tassés discrètement presque oubliés. Il faudrait pourtant que je me décidé à terminer, à mettre un point final mais j’ai comme une espèce d’angoisse à le faire, de crainte, comme s’il y avait de la vie dans ces mots endormis, comme si l’achevé les figerait.

Chut
Mes mots sont endormis
J’entends le chant creux
De leurs rires bleus
Silence
Froisse feuille blanche
Oublié au coin d’un rêve fané
J’attends
Au verso d’une longue histoire
Qui s’écrit
Tant de lettres oubliées
J’écoute
Elles claquent des dents
Dans le souffle étonné
D’un vieux papier glacé
24 février 2021

« Je ne me souviens de rien, rien de ce qui s’est passé ni hier, ni les jours précédents. »
L’homme chez qui nous sommes aujourd’hui est, à vrai dire, un cas un peu particulier. Chaque soir, lorsqu’il s’endort, comme beaucoup il pense à la journée qui vient de se terminer. Tout y passe : ce qu’il a fait, qu’il n’a pas fait alors qu’il aurait dû le faire, ce qu’il a dit, qu’il n’a pas dit, qu’il aurait dû ou pu dire, ce qu’il n’aurait pas dû dire. Sont aussi passés en revue les autres, celles et ceux qu’il a vus, avec qui il a parlé, celles et ceux qu’il n’a pas vus et qu’il aurait aimé voir.
Et généralement après cet inventaire il s’endort. Enfin c’est ce qu’il suppose car c’est au moment précis où il décide de s’attarder sur tout ce qui dans la journée lui a donné…
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Erreur sytème…
Ma décision est prise: aujourd’hui je ne vais pas perdre de temps à chercher une bonne nouvelle. C’est à la fois ridicule, très fatigant mais surtout déprimant. En effet, convenons-en, ce qui est le plus extraordinaire quand on cherche, c’est lorsqu’on trouve.
Non, aujourd’hui je vais choisir une autre méthode, faire confiance au hasard, ou à la chance et je vais attendre patiemment que bonne nouvelle vienne à moi.
Au moment du petit déjeuner, je suis tendu, pensant un peu naïvement que c’est au petit matin que les bonnes nouvelles sont annoncées.
Mais rien… Si, une seule chose est à noter: je renverse ma tasse de café, encore très chaud sur la magnifique chemise blanche que j’ai mise pour l’occasion. On ne peut quand même pas accueillir une bonne nouvelle vêtu d’un vieux polo grenat qui pluche…
Le matin passe: rien. Ce n’est pourtant pas faute de tout…
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Ce matin, une fois encore, j’ai une furieuse envie de bonnes nouvelles. Je dirai même qu’une seule me suffirait. Par réflexe, ou dans un sursaut d’espoir j’ouvre ma boîte aux lettres. Elle est presque vide… Je dis presque, en effet, parce que perdu tout au fond, plié en quatre, un simple papier. Ce n’est même pas un prospectus, non une simple feuille arrachée à un cahier à spirales. Curieux, je la déplie.
En gros caractères manuscrits, voici ce que je lis:
Aujourd’hui sur la place du village entre 10 h 00 et 13 h 00 ouverture d’une boutique éphémère! Tristes, déprimés, pessimistes, venez à nous, nous vous rendrons le sourire!
Curieux vraiment. Une boutique éphémère, ici dans mon village…Je ne sais pas encore si c’est une bonne nouvelle, mais ça a au moins le mérite d’être un peu « excitant » …
Evidemment à dix…
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Il n’y a plus rien !
Bon, autant le dire tout de suite, ce n’est pas la grande forme. Où sont les bonnes nouvelles, où se dissimulent-elles? J’ai beau éplucher toute l’actualité: je ne trouve rien à me mettre sous la dent. Ça commence à devenir déprimant. Je vais finir, comme beaucoup, à tout voir en noir, à avoir des idées noires et pourquoi pas à broyer du noir.Il faut que je m’aère pour me détendre un peu. Je complète mon attestation sur laquelle je coche que je sors pour des courses de première nécessité.
Je n’ai besoin de rien mais après tout on verra bien, je tomberai peut-être sur du nécessaire dont j’ignorai l’existence. C’est jour de marché : je trouverai bien quelque chose.
J’arrive sur la petite place du village. Tout au fond, à l’abri du seul arbre, un petit stand que je ne connaissais pas. Il n’y…
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Bon, Trump n’est pas encore complétement battu, donc on n’est pas tout à fait, tout à fait, dans la configuration idéale de ce qu’on peut appeler une bonne nouvelle, même si, on commencer à humer cette bonne odeur.

On fait une omelette en cassant les œufs
Pour une raison que j’ignore encore, je me lève ce matin avec une furieuse envie d’omelette. Et pour une raison que j’ignore encore plus, j’ai à peine posé le pied à terre, au pied de mon lit, que j’entends cette phrase qui tourne en boucle à l’intérieur de la tête: «on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs».
Etrange: j’ai dû rêver d’omelette, ou d’œufs, ou d’œufs cassés. Je ne me souviens plus mais ce que je sais c’est qu’il va me falloir, en casser des œufs justement. En casser deux ou peut-être trois…
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J’aurais aimé, au moins aujourd’hui deviser, enfin, sur une vraie bonne nouvelle : celle qui m’aurait annoncé la défaite de Donal Trump. Et bien non je suis encore obligé de me rabattre sur mes rêves, ou fantasmes, sait-on jamais…

Il y a un loup sur mon terrain…
Ah je m’en souviendrai du 4 novembre…Comme tous les matins, j’ouvre en grand la fenêtre de ma chambre. Il fait frais et j’aime cette sensation après une nuit toujours un peu agitée. La lumière me réveille et l’air vif me fouette. Au milieu de la pelouse, assis, le dos à la fenêtre : un loup. Un grand loup gris. Je sais que c’est un loup, ses oreilles pointues ne trompent pas. Il est assis et regarde droit devant lui, enfin me semble-t-il. Je me racle la gorge discrètement. Il se retourne, lève la tête et me regarde… Oui je le confirme, définitivement, c’est un loup…
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Une disparition attendue…
Ce matin le réveil est un peu difficile. Il faut dire que rares sont les nuits calmes et sereines sans tous ces mauvais rêves que pour se protéger on répugne à appeler cauchemars. Le réveil est un véritable supplice. Je me traîne jusqu’à la cuisine tout en marmonnant : « s’il faisait beau, au moins je pourrais prendre mon café dehors ». Mais bien sûr il pleut, nous sommes le trois novembre, comment peut-il en être autrement ? Et en plus pour couronner le tout, c’est mardi. Un mardi de novembre. Je marmonne : il faudrait que je me bouge…
J’allume la radio avec le petit espoir d’entendre quelque chose d’engageant, d’encourageant: une bonne nouvelle quoi?
J’appuie sur le bouton. Grésillement. Et puis une info: un flash info comme on le dit. Et c’est vrai qu’en guise de flash on ne peut faire mieux. Je dois le dire: j’ai sursauté…
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Instauration d’une journée nationale sans râler
En ouvrant mon journal ce matin dont, au passage, la qualité du papier se dégrade de plus en plus, ce qui a pour conséquence de noircir les doigts, j’ai malencontreusement renversé ma tasse de café.
La journée commence vraiment mal, ai-je failli dire…Non, en fait, oui je l’avoue je l’ai dit!
Et ce d’autant plus qu’il n’y avait plus de lait, que le pain était sec, que le chat miaulait sans raisons apparentes, que la chaudière ne voulait pas démarrer, qu’évidemment il pleuvait et que j’avais perdu mon parapluie et égaré les clés de ma voiture. Voiture qui ne démarrera certainement pas lorsque j’aurai retrouvé les clés si j’en crois le texto laissé par le voisin: «vous avez laissé vos phares allumés». Texto que je ne découvre que maintenant étant donné que je ne savais plus où était mon portable. Bref il me semble…
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Les odeurs de printemps me donnent envie de republier cette ronde des bonnes nouvelles qui datent de novembre dernier…
Les mauvaises nouvelles, il y en a trop, ou ce ne sont qu’elles qu’on entend, qu’on retient, qu’on partage. Je vais donc essayer , tous les jours, autant que possible de trouver une bonne nouvelle, de la raconter, et si je n’en trouve pas, je l’inventerai, je la rêverai et je la partagerai. Pour commencer voici la ronde des bonnes nouvelles …

Lorsqu’une bonne nouvelle tu entendras,
Toujours tu la dégusteras.
En bouche tu la garderas.
Les yeux tu fermeras.
Et alors seulement tu en parleras,
Aux autres tu diras:
Oh qu’elle était bonne cette nouvelle!
Elle pépillait,
Elle papillait,
Elle pétillait.
C’était une sacré bonne nouvelle!
Je vous la conseille.
Et surtout ne me demandez pas de commenter,
Je l’ai déjà avalée,
Et n’ai aucune envie de la recracher.
Par contre, oui,
Je peux vous le dire;
Il existe bien un lieu
Où vous pourrez trouver
Des douces, des…
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Une merveille, je le publie en deux courtes parties, il faut prendre de le lire, le relire, s’en imprégner comme d’un baume apaisant.

«J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j’admire les paysages, j’applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n’est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m’offense, je m’étonne à peine. Puis j’oublie et souris à qui m’outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j’aime. Que faire si je n’ai de mémoire que pour une seule image? On me somme enfin de dire qui je suis. “Rien encore…
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Il y avait une odeur de printemps hier…

Petite goutte d’eau,
Garderas-tu dans ta mémoire gelée
Le souvenir du chant glacé
De ta source cachée ?
Petite goutte d’eau,
Glisseras-tu en riant
Entre les bras protecteurs
D’une longue vallée sans lueur ?
Calme-toi,
O petite goutte d’eau,
Oublie ta montagne éternelle,
Fonde-toi dans la masse d’eau bleue…
Et roule, roule,
Petite goutte d’eau,
Jusqu’à la mer d’en bas
Qui entre ses bras te prendra
Alors petite goutte d’eau,
Tout doucement tu murmureras
Cette belle histoire
Que tant de fois tu as racontée…
14 février 2021
Dernière republication de la semaine, une petite nouvelle écrite il y a six ans

Le vieil homme est fatigué
Derrière la flamme vacillante
De ses yeux d’acier
On devine des traces de pas
De lointains souvenirs froissés
Petits cailloux posés
Sur le long chemin
D’une mémoire
Qu’il ne peut plus partager