Flash…

Au bout il y aura la mer

Cette lente espérance

Qui s’étire sans rien dire

Jusqu’à cet autre bout

Où tu attends le souffle frais de mon regard

O mer on te pardonne le bleu emprunté

Dans le presque soir qui apaise

Dans le lointain reflet de tes yeux

J’attrape une vague lueur

Qui chante déjà

Le doux refrain

De nos mains

Qui s’inventent un beau matin…

Matinales…

J’ai gardé un peu de ce silence gêné

Dans le fond de mon tiroir à paroles

J’en disperse en riant quelques pincées

Pour les tristes bavards à la nuque raidie

Leurs mots sont abîmés aplatis

Trop lourds du bruit qu’on leur impose

Les douces ailes de mes chants du matin

Rient en volant de ces rimes de presque rien…

Flash…

Et nous resterons debout

Dressés

Armés de nos seuls mots

Aux lames émoustillées

Les vents gris de vos haines sans courages

S’épuiseront sur nos brises qui riment

Oh oui je vous le dis

Maniaques du clic sous X

Demain vos mots s’échapperont

Et nous les attraperons

Pour les laver de vos laideurs

Mémoires…

Au vent humide et salé des tempêtes d’hier

La mémoire grince et se couvre en silence

De fines couches d’une belle rouille

Mots doux, rires légers, larmes perdues

Visages oubliés des lointaines rives

Tout s’accroche à l’unique anneau des temps aimés

Poussières d’acier de souvenirs effrités

Ne frotte pas

Ne polis pas

Laisse au temps une feuille pour se poser

29 août

Demain je reviens…

J’ai fait le plein de beautés, de bonheurs, d’émotions…

Alors demain je reviens pour partager…

En pause…

Mon blog se met en pause vacances pendant une quinzaine de jours. J’ai mes carnets avec moi pour faire le plein et vous retrouver début septembre

Bonnes vacances poétiques…

Mémoires

Mémoires de vieilles pierres figées

Odeur d’un vieux lichen fripé

Souvenirs d’un village endormi au creux du frêle été

Pas à pages il faut avancer dans les marges effacées

Mémoires…

Je pioche de ci, de là dans ma mémoire, et je trouve parfois des traces, des bouts, des débuts livrés à eux mêmes, en voici un

C’était un soir graisseux, comme tant d’autres. Il était imprégné de cette odeur métallurgique, si prenante, si noble. Non, vous vous trompez, pas une odeur de saleté, pas de ces odeurs aigrelettes qui est la marque de ceux qui respirent par réflexe animal. C’est l’odeur noble du métal qu’on fond, Derrière ses yeux fatigués on sent la force de celui qui vit la matière comme un prolongement de sa douleur. Rien n’est plus beau dans notre mémoire sidérurgique que ces pas lourds ouvriers qui frappent le trottoir aux premières lueurs du jour. Rien n’est plus fort que ces rencontres au détour d’une aube blafarde avec les ceux qui font notre fierté.

Ces quelques mots écrits sur un cahier souvent ouvert à l’envers, je les retrouve ce soir, trente ans après et je souris. Je souris parce que les trottoirs sont propres, parce que les pas lourds ont disparu. J’ai l’impression d’avoir fermé définitivement Germinal…

Mémoires…

Un nuage de pluie

Caresse le dos gris

Des mémoires perdues

De mes rires détachés.

J’ai toujours, endormies,

Au fond d’un panier bercé

Trois gouttes dorées

De vieilles histoires d’antan

Qui se roulent en chantant

Dans une flaque de soleils oubliés

Mémoires…

Derrière la vitre d’un jour d’ici

J’attrape les gouttes de temps

Temps qui glisse

Temps qui plisse

Le regard est blotti

Entre les bras de fer

Qui s’étirent vers la mer

Sa route est si longue

Son chemin est si loin

Il se souvient

Dans le train qui coule vers le sud

Un presque homme est assoupi

Il rêve seul

Ses compagnons de nuit avalés

Regarde

Il pose le front sur le froid de la vitre

Entends ce qu’il reste d’histoire

Enfoui

Dans les plis d’acier d’une infinie nuit ferroviaire

Tu y trouveras quelques miettes sans frimes

De cette belle mémoire

Qui te souffle ses rimes…

30 juillet

Mes Everest : Henri Michaux

Un vol d’oiseaux fonce sur la vallée

D’une bourrasque du ciel

d’un gros orage lenticulaire

l’escadrille surgit

Il y a un énorme blanc

dessus

dessous

de côté

partout

le blanc de deuil

Des arbres affairés cherchent leurs branches arrachées qui

    éclatent

des arbres affolés

des arbres comme des systèmes nerveux ensanglantés

mais pas d’êtres humains dans ce drame

l’homme modeste ne dit pas je suis malheureux

l’homme modeste ne dit pas

nous souffrons

les nôtres

les nôtres meurent

le peuple est sans abri

il dit nos arbres souffrent

Henri Michaux

À distance

Mercure de France, 1996

Matinales…

En bas tout au fond des bavardes vallées
Des hommes commentent le rien
Se gavent de peurs pour s’inventer le pire
Au sommet du mont silence des matins apaisés
J’entends la douce mélodie des espoirs oubliés

Mémoires…

Souviens toi me dis-tu

Souviens toi

C’était peut-être hier

Ou bien plus loin

Ailleurs

A l’adresse flou du temps fini

Tu étais seul

Je t’observai

Tout le long de ton chemin

Je t’ai vu

Tu as semé

Treize petits mots

Oh oui si petits

Une syllabe chacun

Parfois deux

Et sans te retourner

Tu es parti

Oh tu sais

Je t’ai suivi

Chaque mot j’ai cueilli

Dans mon sac à demain

Sans rien dire les ai glissés

Et vois-tu mon ami

Prends ce bouquet

Aux rimes fleuris

Il est toi

Je te le donne

Il était temps

Je te le rend

Oubliés…

Oubliés les enfants

Enfermés

Dans la chambre grise

Du vieux monde qui se ride

Oubliés les enfants

Aux rires légers

Accusés, condamnés

J’en sais qui tremblent

D’autres qui pleurent

Dans le coin secret

De ce pays masqué

Ou plus un rêve n’ose respirer

Oubliée la jeunesse

Aux ailes rognées

Ils rêvaient de croquer

La première bouchée de cette pomme de vie

Et la peur est là

Elle les montre du doigt

Revenez

O mes oubliés

Ouvrez grand les portes

Entrez, chantez, riez,

Respirez

Inspirez nous

Emplissez le vide de nos mémoires d’enfant

Qu’un vent mauvais a balayé

8 juillet

A l’ouest de vos mémoires encombrées…

Premier texte sur le thème de la mémoire, déjà publié, comme la plupart qui suivront…

Pointe de Pern

Ici, un bout de ce monde habité,

Terre déchiquetée,

Vagues emmêlées,

Hommes de l’intérieur

Retournez vous !

A l’ouest de vos mémoires encombrées,

Il y a le vent.

Vent qui souffle sur vos nuques.

Vent qui s’engouffre

Derrière vos yeux étonnés.

Avancez encore un peu,

Tendez votre oreille

Entendez son chant,

Il vous murmure

Toutes ces histoires oubliées

30 octobre

Mémoires

J’ai désormais un peu de temps, tout au moins un peu plus de temps à consacrer à mes écrits. Je veux mettre de l’ordre, repenser les catégories, envisager la constitution de recueils. Je vais commencer à vous proposer sur mon blog de découvrir ou redécouvrit ( pour les fidèles…) la republication de textes. Plusieurs thèmes se détachent nettement, ceux de la mémoire, des traces avant tout, la mer bien sûr, le ciel, les ciels, les sensations matinales etc…

Je vais débuter aujourd’hui ce travail de longue haleine. Et si le cœur vous en dit n’hésitez pas à commenter, me faire des suggestions, pourquoi « classer ».

En vous remerciant

Dans ma mémoire de papier…

Dans ma mémoire de papier,

Feuille blanche pleure,

Larmes de mots gris.

J’entends la tempête à l’intérieur,

Le vent coule dans mes veines.

Dans mon ordre intérieur,

Pas une ligne droite, pas un battement de cil,

Dans le désordre de mon cœur

Des sourires aux courbes bleues

Des mains qui se posent,

Les doigts qui s’effleurent,

Dans la bouillie de mes rêves Tout est joie qui se pose.

Matinales…

Il reste des miettes de nuit
A la table des croqueurs du levant
Le regard se plisse
Les ombres froissées glissent
Il est l’heure du regard brillant

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout : 5

Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience

Lui grattait la mémoire

Aux vues de la crasse géographique

Pour empailler le regard officiel

Des touristes canonisés

Il aimait une de celles

Que les autres haïssaient

Parce qu’elle ne ressemblait

A personne

Sinon à l’ombre qui s’accrochait à elle

Comme sa misère

Il aimait sans définitions

Il aimait sans projets

Il aimait

Et c’était vrai

Et tant pis pour les ceux qui restaient

A attendre qu’il craque

Et il haïssait les égoutiers de l’amour

Il voulait oublier les romantiques d’imitation

Anachroniques

Il était de ceux qui découvrait

Il était de ceux qui attendaient…

Un jour il m’a semblé plus vieux que jamais

Deux béquilles lui tenaient la main

Il ne rencontrait plus personne…

Poèmes de jeunesse : il n’y a plus rien à rater, tous les murs sont debout..4

Il traversait les rues

Comme on entonne un cantique

De travers

Et ça les faisait rire

Il avait choisi de ne pas se déguiser

Et les autres le sifflaient

Manequin

Il nourrissait son désespoir

A grands coups de musique qui crient

Qu’elles ont peur de ne pas être entendues

Il avait rencontré des gens

D’un jour

Qui lui promettaient la gratuité

Des regards

Et qui se firent bagnards

Dans les supermarchés

Où sont empilées des plaques d’hypocrisie

Pour isoler leurs murs de solitude

Egoïstes

Il parlait des autres comme je parle de toi

Avec des mots lames de rasoir

Qui tranchaient la peur

Des ceux qui subsistent

Dans les ombres des encapés

Du verbe

Il lançait des signes

A ceux qui attendaient

Comme lui

Le quelque chose qui aura toujours

Un retard d’habitude

Il ne voyageait pas pour

S’encylopédiser

Il était trop triste

Pour apprendre le faux

Qui enrichit

Les amputés du verbe

Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience

Lui grattait la mémoire

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater, tous les murs sont debout », 3

…Et on t’a dit que les morts étaient tranquilles

Et toi t’as vu qu’ils pleuraient

Et toi t’as dit

Il n’y a plus rien à rater

Tous les murs sont debout

On t’a dit de ne plus regarder

Que les silhouettes de similitude

Et toi tu as scié des arbres de vérité

On t’a dit de ne plus regarder les autres

Et toi tu l’as rencontré

Il avait le ciel au niveau du front

Des yeux lui servaient de nuages

Pour barrer la route à la lumière

Atomique

Qui dispersait la poussière

De son reste d’apparence

Ses mains lui pendaient aux bras

Comme deux points d’interrogation

Il avait enveloppé sa tristesse dans un drap de dégoût

Et les autres lui vomissaient de la mauvaise haine

Qui les avaient attachés dans l’antiquité de leurs regards

Paroissiaux

Il était habillé de l’indifférence similitude

Qui le faisait ressembler

A ceux qui passent leur route pour n’y plus revenir

Sa barbe datait de la dernière guerre

Celle qui n’avait pas eu lieu

Parce qu’il l’avait rêvée

Le jour où tous parlaient de paix

Il avait voulu se faire baptiser

Par les enfants de la rue aux rats niés

Qui s’en foutaient

De leurs pères et de ceux des autres

Parce qu’ils n’en avaient qu’un

La misère qui ne les guidait même plus

Et il est devenu le fou du village

L’amazonien du caniveau

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout : 2

…Ceux qui rêvaient

Dans l’ailleurs d’un autre pays…

Déjà une vague de désespoir

Toujours une marée de misère

Neige éternelle

Calaminée par le crachat d’une ville tuberculeuse

Où s’ennuient par milliers

Par grappes d’angoissés

Des vendeurs d’horizons

Au rabais

A l’étalage de leur mort

Grappe d’avenirs

Ils se comptent par solitude

Déjà…

On sent le regard d’une foule

Qui se meurtrit de bizarreries

Regards placardés

Sur les singes aux bouquins

Cacahuètes culturelles

Cage de mots

D’où on entend toujours une musique

Qui vrillerait le souffle

Des bouffeurs de chrono

Tout vacille

Quille…

Ton camarade suivant est mort

D’avoir été trop jeune

Pour savoir qu’il fallait vivre

Un pied devant l’autre

Qui suit

Indifférent

Et on t’a dit de regarder ta route

Qui mène tout droit

Où elle est toujours allée

Comme les autres

Et toi t’as vu

Et toi tu savais

Alors t’as trouvé

Encore…

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout… » 1

Un autre de mes textes, très long aussi, écrit en 1980 que je publie en quatre ou cinq parties….

Je l’aurai rencontré un jour de mensonge

Un jour comme tant d’autres

Je l’aurai rencontré le jour où l’on pouvait partir

Pour d’autres villes

Je l’aurai rencontré dans ce port sans bateau

Dans ce port sans eau

Dans ce trop long canal où coulent des compromis

Pour rêver

Rêver

Où l’on traîne le regard

Avec une liasse de souvenirs identiques

Avec une liasse de remords

A imprimer

Avec l’énergie du cafard

Enjoliveur de mode

Pour les mélancoliques du soir sans muses…

Déjà des caves aux fenêtres de l’ombre

Enfumées

Vident leurs morts

Vivent leur mort

Banale

Hivernale

Pleins à craquer des affreux qui comptent

Sur leurs doigts seringues

Les intervalles de leurs soupirs

Mécaniques

Pour minuter

Leur éternel motif d’impatience

Pour le trop bref retour de ceux qu’ils rêvaient…

Mars 1980

Matinales…

Un instant

Un instant seulement

On se dit que tout ira bien

Les couleurs existent

Éternelles pied de nez

A l’escroquerie numérique

Le vent souffle en riant

Sur des nuages chatouilleux

Un instant

Un instant seulement

On respire en souriant

Poèmes de jeunesse : « avant que… » fin

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce-qu’on t’a dit
Que tu étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment
Tes mains ne sont plus des amies pour celles des autres
Ce sont déjà des armes pour ceux qu’ont les bottes
Tu sens déjà ta bouche pourrir
A s’attarder sur leurs mots de pierre
Que leur construisent des temples d’enfer…
Avant que ne meurent les victoires écorchées
Avant que ne s’entendent les discours du hasard
Tu regardes
Pour savoir
Pour l’espoir
Dans la foule pas un qui ne bouge
Pas un qui ne songe à remuer son poids de graisse
Alphabétique
Pas un qui n’oublie son anonymat
Pas un qui n’épèle son nom
Pas un pour croire qu’il y autre chose
Au dessus d’eux
Pas un qui n’ait un visage qui se reconnaît
Parce que tous attendent le lendemain
Qui suivra leur journée d’adoption
Qui passe en les tuant
Par paquets de minutes
Qu’ils ont volés à la pendule de ceux qui veulent pas
Mais qui sont morts
Pour l’instant ils ne marchent pas
Ils avancent
Mécaniques amnésiques
D’un mot qui revient
Sur toutes les lèvres pincées
Des ceux qu’on dit gagnants
Alors toi t’as plus que tes amis
Derrière d’autres fenêtres
Alors tu te dis que les leurs vont s’ouvrir
Et t’entends déjà le frémissement d’une autre foule
La foule aux visages ouverts
Alors tu joues une dernière fois à perdre l’espoir
Pour accroître ta haine
Pour que ton amour pousse
Au rythme des humains
Tu t’en fous que les fusils
Soient les croix des cimetières
Parce que toi tu veux te mettre à la fenêtre
Sans avoir la face éclaboussée
Par une flaque de calamité
Parce que toi tu veux revenir de ton voyage
Avec pour tout bagage
Le seul mot que tu auras rencontré
Parce que toi tu veux voir ce que tu as choisi
Voir deux amis se rencontrer
Voir deux années se raconter
Voir ou les hommes pleurent de joie
Voir où les enfants rient
D’avoir trop pleuré
Ailleurs
Voir les chefs mourir
Voir la beauté sans miroir
Voir des sourires sans bénéfices
Voir
Tout voir
Te voir
Novembre 1979

Poèmes de jeunesse : « avant que » 7

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu devrais réapprendre le regard
Qui fait avouer le vrai
Pour partir loin d’ici
Dans un rêve qui ne finit jamais
Partir sans visage
Amnésique
Voyager dans le creux de la vague
Que forment les désespoirs
De ceux qui restent
Parce qu’ils veulent pas
Voyager sur le trottoir d’en face
Où l’histoire s’est faite avec ces foutus
Que t’as failli rencontrer
Tu devrais voyager avec ceux que les autres oublient
Parce qu’ils sont habillés de refus
Tu devrais connaître le paysage de leur mort
Le labyrinthe de leur vie
Pour qu’eux aussi ils sachent
Que t’as peur
Que t’as peur quand t’es suivi
Par ceux qui fusillent
Les habitués de l’ombre de l’histoire
Mais il est trop tard
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce qu’on t’a dit
Que t’étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu te dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment

Poèmes de jeunesse : « avant que… »6

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu te dis que ça fait déjà longtemps
Que tu ne sais plus lui parler
T’as fini par croire que tu t’étais trompé
T’as fini par vouloir accepter
Que c’était un jeu perdu d’avance pour toi
Et puis t’as reculé
T’as refusé d’y croire
T’as recommencé
Et on dirait que t’as plus peur
Et déjà t’attends
T’attends la proclamation d’une mort générale
Pour ceux qui obéissent
Et qui disent qu’ils sont seuls
T’écoutes la plainte du nombre
De ceux qui pourrissent de honte
Parce qu’ils ont perdu la force d’aimer
Et de recommencer
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
T’aurais voulu te raconter
Parce que t’as entendu dire
Que quelqu’un finirait par parler
De ceux que tu détestais
T’aurais voulu leur parler
Pour leur dire qu’ils existent
Pour leur dire qu’ils subsistent
T’aurais voulu la mort
Qui tuera les blessures de ta croûte sénile
Parce qu’à force de vouloir t’éviter
Tu finiras par te condamner
Au repos ahurissant
Des travaux forcés
Du bagne de la ville qui étouffe
Les ceux qu’on dit poète

Poèmes de jeunesse, « avant que » 5

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard…
Tu pourrais écrire des tragédies larmoyantes
Symptômes de vie
Paresseux mensonges d’une fausse mélancolie
Tu te portes au secours d’une angoisse
Qui s’agglutine
Par plaques de paumés
Sur les regards de ceux qui naviguent
Sans tickets
Tu devrais partir sans clefs
Pour nulle part
Et pour que si tu te perds
Tu saches où aller
Tu devrais être l’instant présent
Et qui passe plus vite qu’on l’oublie
Tu devrais écrire un poème
Où la rime qui s’entend
Est un baiser qu’on espère
Tu devrais oublier les autres
Parce qu’ils ont leur ombre
Parce que tu as la tienne
On t’a dit que tu étais né
Comme les autres
Et toi tu joues au différent
Parce que tu sais que tu n’es rien
Parce que tu connais la mort
Tu l’as découverte
En l’église des paumés de l’angoisse
Où l’on ne prie pas
Mais où l’on crie qu’on a peur
Dans ce bal costumé qui n’en finit jamais
Il faut que tu assistes à la messe
Des ceux qui sont condamnés à attendre le verbe
Pour soupçonner le vrai
Ils te rajeuniront de ceux que tu ignores
Parce qu’ils savent eux aussi
Que tu les as trouvés

Poèmes de jeunesse, « avant que » 4

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Sois sûr que t’as aimé
Pour que le jour où tu animeras ton absence
Les suicidés de l’ennui
N’oublient pas que tu étais avec eux..
…Apprends à attendre
L’heure qui passe et qui suit l’autre
Sans lui ressembler
Parce qu’elle est encore plus leste
Je crois que t’as peur de finir comme les autres
Tu voudrais tant que deux plus deux
Puissent s’étonner
Tu voudrais que les indifférents brûlent
Chaque fois que tu prononces le mot
Aimer
Tu voudrais dire à ceux qui partent
Que de toute façon ils ne renoncent à rien
Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas
Qui veulent partir ailleurs
Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude
Tu voudrais prendre le train
Qui va vers une gare où la pendule
Est sans aiguilles
Parce que le chef de gare est souriant

Poèmes de jeunesse : « avant que » 3

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Sois sûr que t’as aimé
Pour que le jour où tu animeras ton absence
Les suicidés de l’ennui
N’oublient pas que tu étais avec eux..
…Apprends à attendre
L’heure qui passe et qui suit l’autre
Sans lui ressembler
Parce qu’elle est encore plus leste
Je crois que t’as peur de finir comme les autres
Tu voudrais tant que deux plus deux
Puissent s’étonner
Tu voudrais que les indifférents brûlent
Chaque fois que tu prononces le mot
Aimer
Tu voudrais dire à ceux qui partent
Que de toute façon ils ne renoncent à rien
Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas
Qui veulent partir ailleurs
Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude
Tu voudrais prendre le train
Qui va vers une gare où la pendule
Est sans aiguilles
Parce que le chef de gare est souriant

Poèmes de jeunesse : « Avant que, 2″…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu t’inventes une bouche
Fleur pleine
D’assoiffés aux peurs qui survivent…
…Tu te surprends
Pleurant l’attente
Du troubadour jouant le désir
Sans aumône
T’entends déjà le fourmillement d’une foule
Qui arrive par paquets de bottes
Tu te soulignes à grands traits de rencontres
Avec des fossoyeurs d’esprit littéraire
Alors tu crois oublier les bottes
Parce qu’elles sont derrière la porte
De celui qui t’ouvre les yeux

Poèmes de jeunesse : « Avant que… » 1

Un très long texte déjà publié, écrit en 1979, je vous le propose en plusieurs parties tout au long de cette journée…

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées,
Avant que ne meurent les discours du hasard,
Tu t’inocules dans les veines un poison qui n’existe pas
Sinon pour ceux qui peuvent en souffrir.
Tu vois des chefs piétinant des pelouses d’enfants
Avec un artiste à leur trousse,
Pour que leurs morts s’ajoutent.
Tu insultes la silhouette d’un muscle
D’institutions barbelées
Qui sert d’ombre à des gladiateurs de cirques kakis.
T’ajoutes ta larme à celle du clown au chômage.
Tu espères toujours la parole à ceux qui ont peur,
Parce qu’elle les trompe,
De sourires en sourires,
Passés à boucher des trous d’obscurité.
A grands coups d’épithètes vainqueurs des armateurs du silence
T’as vendu ta folie à un colporteur de passage
Qui soufflait des mensonges
Il ne te reste plus que ta citoyenneté ombilicale
Pour motif de mort
A force de vouloir subsister tu t’es pendu
Avec une corde de similitude
T’as pris au piège de ton histoire un mot de ton invention
Et il est devenu compagnon d’une dernière passion qui te dispersera.

Ce soir…

Et maintenant
Maintenant tu réévalues ta dose de présent
A la bourse du verbe aimer
Et tu te sens mieux
T’avais peur que le désespoir
Rattrape la réalité qui te minait
Et en face d’elle
T’as brisé le cercueil
Tes deux bras te servaient d’alibi
Pour te tenir sur le fil de honte
Qui surplombait le désespoir
Venu d’en bas
Et maintenant
Tes deux bras lui servent
De parenthèses
T’avais mal dedans le corps
Tant le hasard t’avait fait crier
Tant le hasard t’avait fait vaincu
Et maintenant
Tu passes
Seul avec celle qui te regarde
Et t’as dévalisé la consigne
Et tu tires sur tes lèvres
Comme l’intoxiqué tire sur sa clope
T’avales le vrai et tu vomis ta peur
T’avais un trou dans la tête
Qui guettait la sortie de ta folie
Pour lui passer des menottes de rêve
Et maintenant le temps qui te pue
Est un éternel motif d’impatience
Pour celle dont tu rêves
Angoissé dans les murs de ton bar
D’artiste sans symétrie
Et il te faut trouver
Un dictionnaire
De mots nouveaux
Promesses de vocabulaire
A grammairiser
Pour les joies que tu lui inventeras
Il te fallait tant de choses
Pour être sûr
Dans ton royaume de deux
Que maintenant tu t’en fous
Tu poétises
Et tu sais que ça transpire
Peut-être l’indifférence d’habitude
Mais cela ne fait rien tu continues
Et ce soir t’as encore envie d’écrire
Parce que ça fait un jour de plus
Et t’as une boule dans la tête
Une boule odeur de lassitude
Qui explose à chaque sourire
Qu’elle enterre en toi
Chaque fois qu’elle commence
Le « il était une fois »
De ma soif d’impatience
Avec une corde au cou, au mois elle m’a remarqué
Dans cette foule de pendus
Qui rêvent d’évasion
En se remarquant
Identique
Et t’as mal dans la tête
Quand elle t’observe
T’as mal dans sa peur
Qui vibre d’incertitude
T’as mal dans sa peau qui fait
Pleurer un violoniste
Et quand tu la serres contre toi
Tu hais encore plus
Les silhouettes bureaucratisées
Qui sentent déjà le dossier
Qui n’est pas fini
Ou qu’on va jeter….

Ce soir… poème de jeunesse en deux parties

Ce soir t’as envie d’écrire
Ce soir t’es encore plus près d’elle
Parce que cela fait un jour de plus
Parce que cela fait un jour de
Mieux
Alors tu souris
A ces murs si nus
Qui te racontent
L’histoire de ce reflet
Dont l’insuffisance suinte
Ce regard que tu connais
C’était une semaine qui comme
Toutes les autres
Sentait la potence
Mais le nœud ne coulait plus
Il s’était ouvert
Et toi tu fermais les yeux
C’était une semaine
Qui comme toutes les autres
Transpirait l’ennui
Entre les rires d’enfants
Trop rares
Mais que tu supposais déjà
Sur ses lèvres en fête
C’était une semaine
Dure
Dans ton journal de désespoir
Il ne te restait plus d’aventures
Antidotes
A tous leurs regards accrochés
Au porte manteau de leur haine
Et toi tu les voyais
Tu voyais une tâche de pleurs
Sur une bouche gardée
Un œil mouillé de souvenirs
Qui s’en iront
Une voix qui a peur des mots
Des mots qui cherchent l’horizon du mal
Et ne le trouvent pas
Un regard qui attend
Plutôt qu’il ne voit
Et toi qui observe
L’espoir en bandouillère

L’été se tisse

Sur une ronde palette de couleurs oubliées

Qu’un gris hiver sans joie ni fin a endormi

J’ai trouvé une goutte bleue d’été au rire joli

Au bord de l’eau d’un vert voilé

J’ai tissé le lent demain du si bel été

Ephémère…

Aux angles flous du soir tombant
La trace d’un sourire sur les lointaines crêtes
Il pose sa fraîche caresse
Sur les regards brûlés par le gris monde plat
Des écrans qui étouffent le rêve
Un instant
Un instant seulement
Aime cette fleur éphémère

1 août

En apnée, je reprends mon inspiration

Il faisait si chaud, si lourd

Les paupières collaient

Les yeux piquaient

Moites les mains tremblaient

Les mots s’étaient endormis

Affalés dans une marge de fraîcheur

Oubliés par l’été transpirant

L’inspiration est en apnée

Les yeux sont fermés

Et doucement le corps exténué remonte

Se prépare à cueillir ces belles fleurs des fossés

Je respire à nouveau

Demain le monde sera beau

31 juillet…

Matinales : il y a juste un an…

C’est la dernière ligne droite,
Le dernier jour,
Des tant de petits cailloux semés
Ici et là
Quelques marques blanches
Des traces anciennes de douleurs enfouies
C’est un doux petit matin apaisé
Il pose sur le long chemin de mes mémoires à construire
Tous les mots fleurs
Tous les mots rires
Que j’aime offrir
Compagnes de la belle amitié
La vraie
Celle qui dure, vous serre dans ses bras
Vous fait comme un frisson
Délicates vibrations
Venus de nos printemps intérieurs
Surpris dans l’encore
De se retrouver, se rencontrer, s’aimer
Je saute d’un pied léger
Dans cette douce flaque des belles humanités
Oh oui
Les gouttes des hier tant de fois contées
Eclaboussent
On rit, on pleure, on s’ébroue et s’embrasse
Je marche et trouve sur le long chemin
Les restes parfumés de nos belles histoires à finir…

13 juillet 2023, dernier jour avant la retraite…

Il faudrait…

Il faudra qu’au matin levé

Je pétrisse cette épaisse pâte

Dans le tiroir des sourires effacés

Je prendrai trois pincées

D’une fine farine des restes de nuits blanches

Petite pluie j’inventerai

Et tu sentiras cet bel odeur de pain frais…

Demain…

 

Il faudra que j’essaie une autre grammaire ferroviaire

Pour mes demains plus ronds plus verts

J’ai tant de trains aux rimes bloqués

Dans le quelque part d’un vieil hangar

Endormi dans le fond de mauves gares

Je n’attends plus

La pendule s’est pendue dans un entre deux

Ou s’aiment les âmes rendues

Il viendra je le sais

J’ai posé mon oreille nouvelle

Sur la longue lame d’un acier trempé

Je l’entends approcher

De ma poche à surprises

Je sors une vibrante plume

Et ma main te caresse

Ô feuille des lents demains

6 juillet 2023 

Matinales…

Au tableau noir du rêve attendu

Tu écris les mots songes

Restes d’une longue et blanche nuit

La craie crisse et glisse

Au bout de cette ligne tracée

A l’encre grise de ton insomnie

Lettres légères rimes rondes

Se noient dans la marge profonde

D’une mémoire abîmée

Flash…

Dans huit jours je mettrai un point final à 42 ans de vie professionnelle.

C’est aujourd’hui mon dernier déplacement professionnel…

Il y en aura d’autres bien sûr…

A d’autres titres pour d’autres engagements…

Et comme aujourd’hui je serai toujours ému

En posant le regard contre la vitre….

En bord de mémoire…

C’est au soir tombant que vous le verrez
L’homme au sourire pendu
A la corde raide de ses souvenirs engloutis

Il attend
Perdu en bord de mémoire

Le dernier retour de cette lointaine mer
Vidée
Epuisée
Par ses longues caresses salées
Abîmées dans le gouffre de ses yeux affaissés

Flash…

Un soir de presque rien

Au dernier soleil tombé

Seuls et affamés

Nous avons pris le temps de contempler

Ô je vous rassure

C’était si peu

Un simple clin d’œil

Au dernier rose souffle

D’un ciel qui se retire

Sur la pointe bleue de ses brumes fanées

Matinales…

Sur l’écran radar de mes nuits blanches

Je cherche la trace d’un cargo porte-rimes

Il navigue à vue sur les routes bleutées

Des mers oubliées aux brumes épaisses

Je l’ai croisé peut-être hier

Au creux d’une tempête de tristes mots

Grimaçant et grinçant sous les mauvais vents

Il a résisté

C’est un dur au regard froid du bel acier

Et sur le quai de mes nords matins j’attends…

3 juillet

Mémoires…

Souviens toi

Ô souviens toi

C’était l’été premier

Tu dormais à poings ouverts

Souviens toi

Ce vieux souvenir d’un hier fatigué

Tu me l’avais raconté

La marée était dans l’entre deux

Souviens toi

Le temps était aux pleurs

Tremblant de rire

Nous nous tenions serrés

Souviens toi

Tu glissais

Tu chantais

Tu aimais

Et nos mémoires se sont croisées

Souviens toi

Je te regardais et tu nous existais…

Ce soir…

Et maintenant
Maintenant tu réévalues ta dose de présent
A la bourse du verbe aimer
Et tu te sens mieux
T’avais peur que le désespoir
Rattrape la réalité qui te minait
Et en face d’elle
T’as brisé le cercueil
Tes deux bras te servaient d’alibi
Pour te tenir sur le fil de honte
Qui surplombait le désespoir
Venu d’en bas
Et maintenant
Tes deux bras lui servent
De parenthèses
T’avais mal dedans le corps
Tant le hasard t’avait fait crier
Tant le hasard t’avait fait vaincu
Et maintenant
Tu passes
Seul avec celle qui te regarde
Et t’as dévalisé la consigne
Et tu tires sur tes lèvres
Comme l’intoxiqué tire sur sa clope
T’avales le vrai et tu vomis ta peur
T’avais un trou dans la tête
Qui guettait la sortie de ta folie
Pour lui passer des menottes de rêve
Et maintenant le temps qui te pue
Est un éternel motif d’impatience
Pour celle dont tu rêves
Angoissé dans les murs de ton bar
D’artiste sans symétrie
Et il te faut trouver
Un dictionnaire
De mots nouveaux
Promesses de vocabulaire
A grammairiser
Pour les joies que tu lui inventeras
Il te fallait tant de choses
Pour être sûr
Dans ton royaume de deux
Que maintenant tu t’en fous
Tu poétises
Et tu sais que ça transpire
Peut-être l’indifférence d’habitude
Mais cela ne fait rien tu continues
Et ce soir t’as encore envie d’écrire
Parce que ça fait un jour de plus
Et t’as une boule dans la tête
Une boule odeur de lassitude
Qui explose à chaque sourire
Qu’elle enterre en toi
Chaque fois qu’elle commence
Le « il était une fois »
De ma soif d’impatience
Avec une corde au cou, au mois elle m’a remarqué
Dans cette foule de pendus
Qui rêvent d’évasion
En se remarquant
Identique
Et t’as mal dans la tête
Quand elle t’observe
T’as mal dans sa peur
Qui vibre d’incertitude
T’as mal dans sa peau qui fait
Pleurer un violoniste
Et quand tu la serres contre toi
Tu hais encore plus
Les silhouettes bureaucratisées
Qui sentent déjà le dossier
Qui n’est pas fini
Ou qu’on va jeter….

Mémoires…

Entends le mot à mot

Du vieux mur de pierres

Écoute cette histoire d’hier

Écoute ces chants du lève tôt

Avance et ne dis rien

Ne sèche plus tes larmes

Ton rire vit le dernier drame

Tout est fini il ne sera plus demain

3 octobre

Pluies…

Un nuage de pluie

Caresse le dos gris

Des mémoires perdues

De mes rires détachés.

J’ai toujours, endormies,

Au fond d’un panier bercé

Trois gouttes dorées

De vieilles histoires d’antan

Qui se roulent en chantant

Dans une flaque de soleils oubliés

Mes Everest, Vénus Khoury-Ghata

Vénus Khoury-Ghata est une poète libanaise

Nul ici

Dans l’eau creuse

Le village d’oiseaux

L’arbre à l’écorce tiède

Et le criquet vieillard

Ont fait couler l’été

Je traverse un miroir qui a face d’averse

Où les mouettes se teignent

Pour aborder la terre

J’écoute

L’appel de l’oiseau n’est que le rire du fleuve

Frissons…

Pour la huitième fois j’ai eu la joie de remettre un prix au toujours magnifique concours d’écriture en prison organisé par la fondation M6. Le thème de cette annee était frisson…Et nous avons frissonné. J’ai été très touché par le texte de Adnane qui évoque le frisson de son retour à l’école, une école de l’envol de l’émancipation.
Je serai toujours membre de ce jury l’année prochaine tout en étant retraité, mais désormais « ambassadeur » de ANLCI – Agir ensemble contre l’illettrisme et je serai heureux d’y retrouver Maxime Chattam , Valérie Tong Cuong , Rachid Santaki, Plana Radenovic.

Mémoires…

Dans l’angle mort d’une histoire en pointillé
J’ai trouvé un vieux reste de lumière figée
Le bavard au cœur creux
Sans rien dire l’a abandonné
Dans l’onde dodue
Des ronds de mes rires bleus
Je l’ai jeté pour un dernier souvenir ricochet

Rimes en train…

Dans ce presque soir ferroviaire,

Flaque de mémoire s’est échappée.

Je la vois,

Tout va si vite.

Elle glisse sur la vitre.

L’encre noire de mon âme est noyée

Dans un trop plein de bleus.

De ce plein bleu trop salé,

Que la mer tous les jours m’a inventé.

J’entends,

J’attends.

C’est le long cri.

Long cri du souvenir de l’en dedans.

Il remonte,

Trempé jusqu’à l’os de mes mots,

Se présente à la grille rouillée de mon parc à rimes.

Sourires,

Il est si tard pour la fouille.

Les poches se vident…

Sur la table, s’étalent les vers.

« Dans la marge, vos mots coupants, vous déposerez ! »

Les lames ne franchissent pas le détecteur.

Les larmes seules sont admises.

J’ai tant de rêves qui vibrent.

Entends,

Ça résonne,

Ça bouillonne,

Ça brouillonne.

Dans ce demi-soir lunaire

Tant de voix se disputent la tribune,

Silence…

Il est temps de ne rien dire….

Mémoires…

Souviens toi

Ô souviens toi

C’était l’été premier

Tu dormais à poings ouverts

Souviens toi

Ce vieux souvenir d’un hier fatigué

Tu me l’avais raconté

La marée était dans l’entre deux

Souviens toi

Le temps était aux pleurs

Tremblant de rire

Nous nous tenions serrés

Souviens toi

Tu glissais

Tu chantais

Tu aimais

Et nos mémoires se sont croisées

Souviens toi

Je te regardais et tu nous existais…

Mémoires…

Je remonte patiemment à la source

Du torrent où roulent les cailloux de ma mémoire

Le route est longue et épaisse

De ces  couches de mousses oubliées

Restes fragiles de rires faciles

Traces vertes humides de larmes solides

J’avance à tâtons dans l’ombre mauve

Des mélancolie sucrées

Il m’arrive parfois de croiser le peut-être d’un souvenir

Belle clairière sur le chemin du sommet

Braises du midi…

Georgetown, Malaisie mai 2019

Dans le brasier d’après-midi

La ville est assoupie,

La chaleur écrase tout.

Elle s’étire, lente et humide,

Plus rien ne bouge,

Mercure en folie.

Les corps lourds et moites,

Inventent des ombres

Il se parlent de fraîcheur.

Dans la lumière si blanche,

Les couleurs éclatent,

Les regards cherchent le mauve,

Douce couleur qui apaise,

Des rouges incandescents,

Les souffles sont courts,

Dans l’air, des bouquets d’épices,

Une odeur de terre mouillé,

C’est la Malaisie.

Matinales…

Lorsque nous ouvrirons les yeux

Comme si hier avait disparu

Englouti dans le ce n’était presque rien

Lorsque nous ouvrirons les volets gris

Fermés sur les haines humides

Nous entendrons le beau chant de la mer

Aux cimes des pins ondoyants

Au bord de nos lèvres étonnées

Un reste de cette écume salée

Que posent les longues houles d’une nuit agitée…

Il est midi sur le plateau…

Il est midi sur le plateau,

Sans un souffle, doucement chaleur s’est installée.

Il est midi sur le plateau,

Le bleu du ciel est en apnée, les couleurs sont fatiguées.

Il est encore tôt,

Le champ de blé ondule,

Longues vagues ocres sur la terre échouées.

Il est midi le soleil est si haut,

Et soudain, la mer est là, accrochée à l’horizon.

Dans l’arrière-pays de ma tête,

Une mouette s’est perdue

Elle cherche un port où se poser.

J’ai les yeux qui se ferment,

C’est le rêve qui prend le large.  

Il est midi sur le plateau,

Ferme les yeux,

C’est l’air de la mer,

Il descend, il est si tôt.

Matin léger…

Sur l’eau, quelques rides de lumières,
Le matin léger s’étire sur le fleuve.
Au loin la rumeur de la ville,
Comme un bruit qui s’éveille.
On s’étire, le silence se respire.
Il fait frais, on sourit.
Le jour se lève.
C’est beau,
La nuit s’est retirée,
Discrètement, le port l’a avalée.
Le soleil est là, on le sent.
On l’entend.
Chaque couleur s’est préparée,
Dans le matin léger,
Ses ailes lissées le fleuve a déployé.

Poèmes de jeunesse : « flash »

Feuille blanche

Nuit blanche

L’Avoriaz du papier

Dans une seconde

De demi-silence

Se grouperont

Des sur-mots

Février 1980

Matinales…

Dans la longue et lente langueur

D’un moite matin d’été

Une trace des ombres tièdes de la nuit

Il reste si peu pour se sourire

Sur le long quai des attentes enfermées

Et pourtant je voudrais

A toutes à tous vous dire à demain

Nous avons tant à nous dire

23 juin

Mes Everest, Aimé Césaire

« De toutes nos machines réunies, de toutes nos routes kilométrées, de tous nos tonnages accumulés, de tous nos avions juxtaposés, de nos règlements, de nos conditionnements, on ne saurait réussir le moindre sentiment. Cela est d’un autre ordre, et réel, et infiniment plus élevé.

De toutes vos pensées fabriquées, de tous vos concepts triés, de toutes vos démarches concertées, ne saurait résulter le moindre frisson de civilisation vraie. Cela est d’un autre ordre, infiniment plus élevé et sur-rationnel.

Je n’ai pas fini d’admirer le grand silence antillais, notre insolente richesse, notre pauvreté cynique.

Vous avez encerclé le globe. Il vous reste à l’embrasser. Chaudement.

Les vraies civilisations sont des saisissements poétiques : saisissement des étoiles, du soleil, de la plante, de l’animal, saisissement du globe rond, de la pluie, de la lumière, des nombres, saisissement de la vie, saisissement de la mort.

Depuis le temple du soleil, depuis le masque, depuis l’Indien, depuis l’homme d’Afrique trop de distance a été calculée ici, consentie ici, entre les choses et nous.

La vraie manifestation de la civilisation est le mythe.

L’organisation sociale, la religion, les compagnies, les philosophes, les mœurs, l’architecture, la sculpture sont figuration et expression de mythe.

La civilisation meurt dans le monde entier, parce que les mythes sont ou morts ou moribonds ou naissants.

Il faut attendre qu’éclate le gel poussiéreux des mythes périmés ou émaciés. Nous attendons la débâcle.

…Et nous nous accomplirons.

Dans l’état actuel des choses, le seul refuge avoué de l’esprit mythique est la poésie.

Et la poésie est insurrection contre la société parce que dévotion au mythe déserté ou éloigné ou oblitéré.

On ne bâtit pas une civilisation à coups d’écoles, à coups de cliniques, à coups de statistiques.

Seul l’esprit poétique corrode et bâtit, retranche et vivifie. »

Aimé Césaire, Appel au magicien – Mai 1944, Haiti

Flash…

Je voudrais écrire un mot encore inconnu

Mot rare et doux échappé

Du dictionnaire de l’impossible

Ou chaque page se tourne en rimant

Je cherche l’incroyable

Feuille à feuille j’avance d’un presque rien

Il est là en bord de page

Il attend le souffle frais

Des étonnements impatients

Entends le chant des douces voyelles

Elles se frôlent en dansant

Le tango des frissons sonnants

Matinales…

Ce que je te souhaite toi qui me lis

Ce que je te souhaite ô toi qui me vis

C’est une belle tranche de vie

Croquante ou craquante

Tu la verras riante

Au bord du matin brillant

Au bord de tes lèvres elle pétille et ruisselle

Dans ta chaude aube de miel

Écoute elle ondule pour se rendre belle

Matinales…

Gare de Saint-Chamond le 28 novembre

L’attente est en marge

Des pages aux lignes humides

Dans l’ombre claire des visages courbés

Des traces molles du dimanche insomniaque

28 novembre

Carnets…

Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond. Ce monde est malade on le sait. Mais celles et ceux qui se disent à son chevet le sont encore plus. On parle, on glose, on discourt, on désigne, on accuse, on exécute. Les experts du clic compulsif ont l’œil vitreux du colporteur de haines. On s’indigne du presque rien et on oublie l’essentiel.

– Des êtres humains me dites-vous ?

– Oui bien sûr, ils sont partout, ils attendent…

– Pouvez vous me les décrire ?

– Les décrire n’est pas possible l’ami ils existent c’est tout…

– Je n’en connais pas, je n’ai pas le temps et il faudrait que je lève la tête.

– Et bien l’ami je vous invite à le faire.

– ….

– Oui là, comme ça c’est très bien parfait. Redressez vous, regardez autour il y a des vivants.

– Oui je les vois mais voyez vous on dirait qu’ils tournent en rond.

– Non l’ami ils ne tournent pas en rond, ils dansent. C’est tout.

Matinales…

Au fil rouge solaire de mon printemps éternel

J’ajoute à la foule vibrante des amis fidèles

Compagnes et compagnons

De la grande usine de mes luttes

Pour les oubliés

Entends leurs rires qui claquent

Au vent léger des émotions

Tu ne pleures plus

Tes larmes roulent en chantant

Le doux refrain des traces partagés

Flash…

Je ne crois pas hasard

Aux fausses surprises paresseuses

Quand le temps est au sursaut

Je vois la tendre trace

De ces destins qui se croisent

Aux angles mauves des clins d’œil

Qu’ils lancent en rêvant

Matinales…

Au bleu milieu de cette vie à mille pages

J’écris une lettre aux amnésiques des rires heureux

Le mot à mot goutte doucement

Dans les veines vides de leurs ennuis

Je pose le front contre la vitre de leurs silences appris

Leurs tristes regards se redressent en souriant

C’est un beau matin offert aux amis

19 juin

Flash…

Aux quatre coins d’une mémoire bleue

Reste de sourires heureux

Belles et douces rides

Jouent une vague mélodie

Aux amis du monde aux beaux yeux

Matinales…

J’ai été peu présent ces derniers jours ni pour lire ni pour écrire. Il faut dire que la semaine a été chargée autant sur le fond que la forme. J’ai été fêté par mes collègues et amis en prévision de mon très proche départ en retraite. C’était fort, émouvant…J’ai fait une belle réserve d’émotions.

Et soudain je vois d’autres demains

La tempête a soufflé fort

Sur les rives apaisées

Du torrent de mes angoisses

Ne restent que les belles traces

De vos mots cœurs

De vos étreintes fleurs

Ce matin mes larmes sont séchées

Matinales…

J’avais 17 ans…

Dans la nostalgie des hiers chevelus

Il y a le regard qui interroge

Tous les peut-être

Accrochés au fil de nos rêves

Pour demain

Matinales…

Matin brouillard

La nuit est en sursis

Dans le droit devant

D’un virage futur

Ecoute

Long et lent

Le souffle glissant

Des souvenirs abîmés

Mes rêves, éveillé…Rêve 2 : trois unes surprenantes…

Comme tous les matins, Jules se lève tôt, s’habille rapidement, et visage encore barbouillé des restes de la nuit, s’en va acheter la presse. Il ne se contente pas du seul journal régional, il aime aussi les quotidiens nationaux. Jamais les mêmes, il butine, il n’aime s’enfermer dans aucune camisole, encore moins de papier. Il aime ce moment ou devant le présentoir, il hésite, il compare les unes, les titres du jour et suivant son humeur, il en choisit un ou deux, jamais les mêmes. Il paie, les plie soigneusement et accélère le pas, impatient de les étaler sur la table, tout en buvant un grand bol de café.

Trois unes l’ont attiré ce matin : la première « Ecoute l’automne », la seconde : « Le monde : une île ! » et la troisième « Elle aime la lune ». Surprenants ces titres, on ne dirait pas de l’actualité se dit-il sur le chemin du retour. Mais il n’ouvre pas les journaux, il aime ce rite matinal, qu’il ne veut pas transgresser sous prétexte de curiosité.

Jules est dans sa cuisine, le café est prêt. Il s’installe. Comme d’habitude, son bol est légèrement sur la gauche pour qu’il puisse étaler les journaux et il commence sa revue de presse. Il débute par « Elle aime la lune ». Il lit rapidement les quelques lignes qui accompagnent la photo de la une. C’est vrai que cela lui semble léger, plus doux que d’habitude. Il ouvre le journal, poursuit sa lecture : « mais qui est-elle celle qui aime la lune ? »

Bref il lit et l’impression se confirme. Sa lecture est agréable ! Il ne parvient pas à en expliquer les raisons, mais il se sent bien. Il ouvre son deuxième quotidien, « Ecoute l’automne » : mêmes impressions, douceur, bonheur, sourires. D’ailleurs il le sent parfaitement qu’il sourit. Il est bien, tellement bien qu’il s’empresse d’ouvrir le troisième : « Le monde : une île ! ». Et là, comment dire c’est l’apothéose : c’est comme le premier stade de l’ivresse, il se sent gai, insouciant avec l’envie de s’étirer en souriant. C’est ce qu’il fait d’ailleurs !

C’est dans ce mouvement qu’il aperçoit le gros titre du quotidien régional : « Catastrophe dans le monde de la presse nationale : les lettres R et les lettres S ont totalement disparu des rédactions ! ».  

16 novembre 2019

Cinq rêves éveillés : 1

C’est un mardi matin du mois de novembre 2020, je crois, que tout a commencé. Ou plutôt que tout a recommencé. C’est simple. Ce matin-là, au réveil, aucun écran n’est éclairé. Et quand je ne dis aucun, ce n’est vraiment aucun !

Ecrans petits et grands,
Écrans numériques,
Écrans électroniques,
Ecrans cathodiques,
C’est le noir,
Noir sidéral,
Pas une diode,
Pas un clic,
C’est la panique

C’est impossible, il doit y avoir un hic. Chacun accuse : c’est la prise, c’est le câble, c’est le réseau électrique…. Au saut du lit, le premier geste est pour l’écran. Vite : réveiller la machine, vite regarder, on ne sait jamais…Une information importante est peut-être arrivée dans la nuit. Mais là rien, l’écran est figé, glacé, il ne réagit pas. Le doigt s’agite, le cœur palpite…
Et c’est ainsi qu’au même moment, dans tout le pays, des millions de personnes allument, rallument leur téléphone et rien ne, se passe. Ils triturent le câble, vérifient la prise, cherchent un coupable : l’époux, l’épouse, les enfants, le chat, l’état. En quelques minutes, la panique enfle, elle s’installe, partout.
En quelques minutes… Façon de parler. Le temps est difficile à estimer. L’heure aussi, n’existe que sur des écrans : l’heure est numérique, l’heure est électronique. Ce matin l’heure n’existe plus, elle s’est échappée, elle s’est enfuie.
Le jour est levé. Les pas sont lourds, les épaules sont basses. Il faut se résoudre à prendre le petit déjeuner. Tout le monde se retrouve autour de la table, les écrans vides et gris sont posés à côté du bol, petits objets inertes. Il se produit alors quelque chose d’incroyable, les visages se redressent, les lèvres remuent, et des sons sortent, au début ce ne sont que des grognements. Puis des mots se forment : tiens on avait oublié comme c’est joli un mot, même petit. Partout, on parle, on se parle. Pour commencer la météo, et incroyable on regarde par la fenêtre. Formidable cette application, on voit le temps qu’il fait. Et tout s’accélère, des mots, puis des phrases, des conversations, des sourires.

Il est huit heures,
Partout cela bourdonne,
Parfois cela ronchonne,
Il est huit heures,
Plus un clic
Numérique, électronique,
L’heure est si belle,
Vêtue de ses plus belles aiguilles….

14 novembre 2019

Memoires…

Dans l’arrière jour de mes nuits blanches

J’ai creusé le trou de ma mémoire oublié

Dans le fond endormi

Sur un bord de molle dune

Petits mots aux teintes passées

Dansent en giguant la ronde des guenilles

Ils vont ils roulent ils vrillent

Mots d’hier j’entends vos rires d’enfants

Crépies de mauve brune

Douces caresses se posent

Sur le long mur blanc

De ma moite insomnie

Tout est fini

Sur la feuille froissée d’un passé retrouvé

Sans un pli présent rassuré s’est endormi…

Matinales…

Il est des matins qu’il faut laisser tranquilles

Les laisser se débarrasser des restes de nuit

S’étirer doucement

Engloutir un bol de silence

Il est des matins qui sursaute

Au chant mécanique de la vitesse du monde

Ne rien dire

Ne rien faire

Choisir les mots qui rimeront

Avec les couleurs de la belle journée

Bientôt…

Flash…

Vide

C’est le vide infini

Oui, là, au dessus, me dites-vous

Il n’y a rien plus rien

Je n’écoute pas

Ne change pas, ne bouge pas

Mes yeux plissent

Fripés de doutes bleus

S’enroulent dans le rêve mauve

D’un drap moite des empreintes de corps

Je ne cherche rien

Je ne crois rien

J’existe je vois

Je sens je ressens

J’attends

Un brusque souffle

Orage hésite

Il est si tôt pour la peur

5 juin

J’ai plongé la main…

J’ai plongé la main,
Dans le fond mauve de ma poche à sourires.
Il y restait quelques miettes d’air marin ;
Dans le doux creux de ma paume de cire
J’entends, elles chuchotent un chant câlin.
Ô si beaux ces mots loin du pire.
Lavés, salés, à ma bouche les ai portés, comme le bon pain.
Les yeux j’ai fermés : la mer est entrée, elle a tant à me dire…

Matinales…

Elle est là, belle et vibrante

Heure ocre et ronde

Du joli soleil matin

Regarde

Elle butine des pollens de rires

Sur les fines lèvres rêveuses

Des fleurs de silence

Dans les vides impatients

De tes demains qui attendent

Elle pose en sifflant

Ce si doux miel de tes restes d’enfance…

5 juin

Je ne veux plus…

Je ne veux plus
De ce silence glacé
Qui roule en pleurant
Sur la mousse verte et ventrue
Des pentes asséchées

Je ne veux plus
De ces fracas de voix
Qui brisent en crissant
Les longues et fines lames
De mes rires boisés

Mots qui s’envolent…

Il a ouvert son livre intérieur pour y ajouter quelques pages.
L’encre ne sèche plus, elle est le sang des mots
Il s’échappent quand la lumière les éveille,
Mots qui s’envolent, plus rien ne les retient
Dans le vent qui les attend, quelques grains de lumière,
Les yeux les lisent, le regard se plisse
Et le cœur qui s’affole, on est bien
Pas un son qui ne s’essaye au bruit
Tout est dans la mélodie les notes s’enroulent
Autour des mots, il flotte comme un doux rien de légèreté

Ses mains se posent…

Ses mains se posent.
A plat, fines et légères
Ses mains reposent, ailes d’ange
Autour le silence
La douceur s’impose
Sur ses doigts mon regard se pose,
Longs pétales, d’un regard je les effeuille
C’est beau ces yeux d’ailleurs
Sur la peau, ils effleurent,
Quand la lumière faiblit,
Quand les derniers rayons sont suspendus
C’est beau cette main, entre ombre et lueur
Je ferme les yeux, sa main est fleur
Les doigts se touchent
Un frisson m’entoure
J’aime ses mains,
Elles lisent en moi

Un bout de rêve mauve…

Il est l’heure de la lumière,
Il me reste un bout de rêve mauve.
Infime miette dans un bol de rire noir,
Laissée là, douce et croquante
Par une nuit rassasiée.
Au creux du silence du matin qui gémit,
J’avance tête baissée,
Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.

Dans ma boîte à couleurs…

Dans ma boîte à couleurs

Je cherche ce mot qui tinte,

Je le voudrais doux et gai.

Un mot pour apaiser

Un mot pour aimer.

Et sur ma feuille pâle d’ennui,

Ivre de couleurs

Le poserai sans un bruit…

Petite lueur…

Photographie : Alice Nédélec

J’ai dans la mémoire de mes mains un trou d’où jaillit une petite lueur. Lumière des mots oubliés, étouffés par l’ombre grise du dictionnaire de l’utile dont on habille les phrases pour sortir dans la pudeur administrative. Je pose mon œil poétique au-dessus, juste au-dessus et soudain les doigts retrouvent le chemin, on dirait qu’ils dansent sur le papier, ils sont chargés de beau, ils sont emplis de ces courbes que prennent les mots quand ils sont libérés de leurs prisons académiques ; et ils dansent et ils chantent de la fraîcheur retrouvé.
Qu’ils sont beaux les mots !

Une odeur de pain chaud…

Sous les plis d’une mémoire froissée

Le vieil homme a caché les quelques miettes

Du beau souvenir d’une odeur de pain chaud

Mes Everest : « Je voudrais une fête étrange et très calme », Jacques Bertin…

Je voudrais une fête étrange et très calme
avec des musiciens silencieux et doux
ce serait par un soir d’automne un dimanche
un manège très lent, une fine musique
 
Des femmes nues assises sur la pierre blanche
Se baissent pour nouer les lacets des enfants
Des enfants en rubans et qui tirent des cerfs-volants blancs
Les femmes fredonnent un peu, leur tête penche
 
Je voudrais d’éternelles chutes de feuilles
L’amour en un sanglot un sourire léger
Comme on fait entre ses doigts glisser des herbes
Des femmes calmement éperdues allongées
 
Des serpentins qui voguent comme des prières
Une danse dans l’herbe et le ciel gris très bas
lentement. Et le blanc et le roux et le gris et le vert
Et des fils de la vierge pendent sur nos bras
 
Et mourir aux genoux d’une femme très douce
Des balançoires vont et viennent des appels
Doucement. Sur son ventre lourd poser ma tête
Et parler gravement des corps. Le jour s’en va
 
Des dentelles des tulles dans l’herbe une brise
Dans les haies des corsages pendent des nylons
Des cheveux balancent mollement on voit des nuques grises
Et les bras renvoient vaguement de lourds ballons

Des mots aux ailes bleues…

Je voudrais écrire,

Oh oui, je le veux…

Écrire pour deux,

Pour toi, pour eux.

Je voudrais écrire

Heureux,

Entre deux lourdes marges en feu.

Oh, je voudrai tant écrire,

Ce mot qui caresse,

Là, seul,

Il attend, rien ne presse.

Je voudrais tant écrire

Tendresse,

Sur une feuille d’automne

Aux rimes mauves

Sur le titre accrochées.

Je voudrais tant…

Tremper ma plume

Dans une flaque de rires jolis.

Je voudrais tant entendre

De longs mots aux ailes bleues.

Ils chantent, ils dansent,

C’est eux, ils sont arrivés.

Mémoires…

Un jour tu verras je me souviendrais

Des rires qui somnolent

Caresses lointaines

Coulent dans le creux sec

D’une longue ride

A la source d’un regard oublié

Le temps est au sourire…

Je suis à la fenêtre

Du si simple rêve

Qui se pose au matin

Sur la palette de mes envies

Le temps est au sourire

Douce main du peintre endormi

Caresse du bout des doigts éblouis

Blanche toile d’un soleil assagi

Mes Everest, Paul Eluard

Grain de sable de mon salut

A force d’être claire et de donner à boire
Comme on ouvre la main pour libérer une aile
À force d’être partagée et réunie
Comme une bouche qui s’amasse ou qui frissonne
Comme une langue de raison qui s’abandonne
Deux bras qui s’ouvrent qui se ferment
Faisant le jour faisant la nuit et rallumant
Un feu qui couve mille enfants perdus d’espoir
À force d’incarner la nature fidèle
Forte comme un fruit mûr faible comme une aurore
Débordant des saisons et recouvrant des hommes
À force d’être comme un pré qui hume l’eau
Qui donne à boire à son terrain de haute essence
Innocent attendant un pas balbutiant
Comme un travail et comme un jeu comme un calcul
Faux jusqu’à l’os comme un cadeau et comme un rapt
À force d’être si patiente et souple et droite
À force de mêler le blé de la lumière
Aux caresses des chairs de la terre à minuit
À midi sans savoir si la vie est valable
Tu m’as ouvert un jour de plus est-ce aujourd’hui
Est-ce demain Toujours est nul Jamais n’est pas
Et tu risques de vivre aux dépens de toi-même
Moins que moi qui descends d’une autre et du néant.

Lourdes pierres noires…

Dans le fonds asséché de mon puits à rêves bleus
De lourdes pierres noires emplissent le vide de ma page blanche
Mots fleurs, mots ciels, mots vagues
Tous sont écrasés
Ils se tordent le cou pour inventer le chant
Des rimes en rires
Ils se tordent le cou pour s’échapper
De l’humide étreinte du nœud coulant qui les étouffe

A tire d’ailes…

Sur la peau blanche de mes espoirs
J’écris les mots pour demain

Dans un bouquet de rires enfouis
Je trempe ma plume épuisée

Sur le papier au grain glacé
Une boucle aux bords bleutés
Je trace en pleurant

Ces mots que j’aime
Pour toi
Pour nous
Je les lie

Main dans la main
Loin du hier de nos ennuis
Ils s’envolent
A tire d’ailes
Entre les bras du couchant

Regarde-les
Ils s’enfuient
Regarde-les
Nous sommes en vie

Matin froissé

C’est un matin barbouillé

Repue d’un lourd gris huilé

La nuit mauvaise s’est retirée

La lumière à marée basse oubliée

Nous attend entre les plis du ciel froissé

Lumière est à marée basse

Mes Everest, Bruce Springsteen : le survivant…

Des photos jaunies dans un vieil album
Des photos jaunies que quelqu’un a prises
Quand tu étais brave, jeune et fier
Dos au mur, sauvage et bruyant

Un gilet en peau de serpent et un costume en peau de requin
Des talons cubains sur tes bottes
Un coup de pied dans le groupe et côte à côte
Tu emmènes la foule dans une ballade mystérieuse

Chevaliers de Colomb et le bal des pompiers
Vendredi soir au Union Hall
Y’a des clubs « cuir noir » le long de la route 9
Où on compte les noms des disparus comme un compte à rebours

Une nuée d’anges permet à me
Quelque part, haut et fort et bruyant
Quelque part, au cœur de la foule
Je suis le dernier debout à présent
Je suis le dernier debout à présent

Sorti de l’école, et sans travail
Jeans usés et chemise en flanelle
Les lumières se tamisent et on fait face à la foule
Le dernier debout à présent

Les lumières s’allument dans la salle du Legion Hall
Les queues de billard sont associées au mur
Tu remballes ta guitare et vides ta dernière bière
Avec ce bourdonnement dans tes oreilles

Une nuée d’anges permet à moi
Quelque part, haut et fort et bruyant
Quelque part, au cœur de la foule
Je suis le dernier debout à présent
Je suis le
Je suis le dernier debout à présent

Matinales…

Petit matin au parfum sucré

Feuilles fleurs sont en beauté

Patience du fruit

Au vert frisonnant

La douce-amère aux yeux de mousses

Merci à Barbara d’aider chaque matin mon soleil à se lever…

au matin je prendrai par la main ton âme déshabillée de la mémoire des chambres et je l’emmènerai au jardin pour l’habituer doucement à la joie et à l’ensemencement des possibles confiante en d’autres espaces en d’autres lois et tisseuse de fables en la saison où penche notre coque je glisserai candidement à la cloison […]

La douce-amère aux yeux de mousses

Flash..

Englué entre les quatre murs de mon angoisse

Je voudrais sauter comme l’enfant

Tête à l’envers

Pieds joints dans la flaque d’un reste de bleu

Je voudrais aplanir la larme coupante

Du peut-être des demains aiguisés

A la pierre des tristes peurs

Ô pluie des rires arrondis

Je t’attends c’est promis…

30 mai 2023

Dernier rêve…

Je ne rêve plus dit l’homme apaisé

Je n’en ai plus l’utilité

Je me passe des faux espoirs bleutés

Je n’ai pas le temps de m’abimer dans l’angoisse

Belle à en pleurer

La tristesse est là elle attend

Je ne la crains pas

Nous partagerons nos larmes salées

Et demain sera plus vrai