Janvier 2015, janvier 2022, sept ans après on n’oublie pas les victimes de Charlie Hebdo
Dans l’hiver bleu De ta mémoire encombrée N’oublie pas Les lourdes traces Que la haine a laissées. Dans les flammes ocres De tes souvenirs douloureux N’oublie pas Les douces braises Que l’humanité a attisées. Sur la route mauve De ta liberté écartelée N’oublie pas Les regards effarés Des plumes qui se sont envolées…
Ce matin, lorsque je me suis levé, j’ai eu l’agréable sensation d’avoir dormi profondément. Attention l’ordre est important et je n’ai pas dit que j’avais eu la sensation d’avoir profondément dormi, car me semble-t-il il ne s’agit pas de la même démarche (si tant est parlant de démarche qu’après avoir profondément dormi ou dormi profondément j’aie la capacité de marcher droit). Profondément, encore une histoire de trou me direz-vous ? Mais il faut reconnaître que hier soir, je suis, c’est vrai, littéralement tombé de sommeil et heureusement que j’étais déjà pelotonné dans le creux de mon lit sans quoi rude aurait été la chute. Et c’est vrai que lorsque je regarde le matelas où j’ai passé la nuit il y a bien comme un creux, une cuvette, une cavité mais pas vraiment un trou. Je dois aussi ajouter que j’ai la particularité d’avoir le sommeil lourd et ce même lorsque le soir je ne me suis contenté que d’un repas léger et qu’ainsi je prends le risque d’être réveillé en plein cœur de nuit par un petit creux. Mais je vous dois un aveu, tout cela est bien rare car j’ai le plus souvent l’estomac dans les talons et certains vont jusqu’à dire que je bois comme un trou.
Le tribunal académique s’est réuni ce matin en sa forme plénière et consultative. Il vient, en effet, d’être saisi par un grand nombre de citoyens, et a rendu un avis important, difficile, mais ô combien urgent. Pour cette occasion, exceptionnelle, un collège de jurés a été constitué. Sa composition est, convenons- en un peu particulière. Y siègent : un poète, une militaire, un adolescent, une militante, un amoureux éconduit, un clown au chômage, une dresseuse d’ours, un cruciverbiste, et une religieuse défroquée… Revenons aux faits : depuis quelques temps deux mots, et non des moindres, posent un problème. Deux mots qui, si on n’y prête garde, pourraient se ressembler. Il suffit d’ailleurs de les entendre. Deux mots, aussi, qui lorsqu’on écrit sur une feuille de papier un peu verglacée peuvent déraper…
Le président du tribunal résume en quelques mots la décision qui vient d’être rendue. « Mesdames et Messieurs les jurés, chères et chers collègues, nous nous sommes réunis ce matin pour examiner, vous le savez : Haine et Aime… Les débats ont été animés mais sans haine et c’est cela que j’aime. » « Aime et Haine vous le savez, vous le constatez, sont proches à l’oreille, ils le sont aussi à l’écrit et nous ne devons plus courir le risque qu’ils soient confondus… »
« A l’oreille, donc, les deux mots sont si proches qu’on les croirait, tout droit, sortis de l’alphabet. M est devant N, c’est un fait. Mais pouvons-nous, acceptons-nous d’en dire autant de Aime et de Haine. Cette promiscuité est nauséabonde, préjudiciable et disons le « inacceptable ». En conséquence nous exigeons, que N soit isolé et relégué à la place qu’il mérite et qui lui revient, en dernière position après le Z. Décision exécutable immédiatement. »
« L’autre problème est le risque de dérapage à l’écrit. Certes nous conviendrons que ce n’est pas courant, mais le collège des jurés souhaite ne prendre aucun risque. Qu’un distrait oublie le H de haine et que la main tremble et ajoute une jambe au n et le mal est fait. Les deux mots doivent, c’est impératif être séparés, distingués. En conséquence, le tribunal décide que quiconque décide d’utiliser ou d’écrire le mot haine doit, au préalable, adresser une demande écrite au collège des jurés qui à compter de ce jour devient un jury permanent. Cette demande devra indiquer les raisons pour lesquels le demandant envisage d’utiliser ce mot. Les jurés ont précisé que cette demande devrait être adressé sur une feuille de papier fleuri, et que la police utilisée serait le colibri… Le demandant sera ensuite convoqué et devra sous contrôle et avec le sourire écrire 100 fois le mot AIME..
Des textes de Paul Eluard illustrés par Man Ray, 1947
Prends garde on va te prendre ton manteau Ton lit le tuteur de tes nuits Tes prairies blondes et la lueur Des lèvres que tu aimes On va t’enlever cette assurance ces ressources Qui te donnent des ailes Immobiles
Même tes belles larmes
Au pays des figures humaines On s’apprête à briser ta statue ridicule
Oui c’est vrai, ce soir il fait froid, très froid même, un froid vif qui vous traverse de part en part. Si vous suivez mes chroniques vous savez certainement que je suis déjà affublé de nombreux petits trous de mémoire. Croiriez- vous pour autant que ce satané froid perçant choisisse de s’engouffrer dans ces nombreuses cavités dont d’ailleurs je ne me souviens jamais où elles se situent ? Non, ce serait trop simple et quand la bise du soir se lève elle préfère achever le travail et me voici transformé en passoire. Il faudrait surement que je me raisonne et que je serre les dents mais le souci est qu’elles claquent. Elles claquent et si je m’écoutais je n’aurai qu’une hâte c’est prendre mes cliques et mes claques pour rejoindre un pays sans hiver. Que nenni me dit-on ! Dans ces pays la chaleur est si lourde qu’elle vous assommera et si vous n’y prêtez garde vous conduira au fond du trou. Tout cela est, vous en conviendrez, bien compliqué : entre le froid qui me troue, la mémoire qui se troue et l’envie de soleil qui m’attire j’hésite, je tâtonne. Et comme je suis quelqu’un qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot, je m’agite et je fais les cent pas : le plus important étant bien entendu de ne pas rester cloué sur les deux mains dans les poches.
Mais savez-vous, il fait si froid que j’aime profondément le trou noir et chaud de mes poches percées.
Il faut, ou faudrait, nous dit-on voir la vie en rose. Enfin je commets peut-être une erreur, il est possible qu’il soit conseillé de voir la vie en roses. Encore une fois tout est une affaire de nature, voire de genre, puisqu’on peut parler d’une rose, on peut aussi évoquer le rose, et enfin on peut enrichir un autre mot en le gratifiant généreusement du qualificatif rose. On pourra ainsi parler d’une rose dont le rose est si rose qu’on pourrait y voir à travers comme s’il était blanc, on dirait alors qu’il est rosé, à ne pas confondre avec le rosé qu’il faut éviter avant de cueillir quelques belles roses, à offrir à sa promise afin de la faire rougir. Certes la couleur rose, tout comme la fleur, incite à l’optimisme voire à la gaieté mais reconnaissons quand même que certaines roses après avoir été piquantes (comme un mauvais rosé) sont désormais fanées. Et il y a des roses au rose si clair qu’elles en sont un peu transparentes. La vie de toute façon n’est ni une fleur, ni une couleur, et toutes ces injonctions ont le don de me faire monter le rouge au front…
Il faut bien sacrifier à la tradition, alors je le fais à ma façon
« Dans le rêve pour demain que nous avons ouvert en 2021, cherchons ! Cherchons ensemble ! Cherchez avec moi ! Oui, cherchons ces douces rimes qui nous relieront et que nous relirons. Rimes pour se rencontrer, rimes pour se rapprocher, rimes pour espérer. »
La mer est de nouveau obscure. Tu comprends, c’est la dernière nuit. Mais qui vais-je appelant ? Hors l’écho, je ne parle à personne, à personne. Où s’écroulent les rocs, la mer est noire, et tonne dans sa cloche de pluie. Une chauve-souris cogne aux barreaux de l’air d’un vol comme surpris, tous ces jours sont perdus, déchirés par ses ailes noires, la majesté de ces eaux trop fidèles me laisse froid, puisque je ne parle toujours ni à toi, ni à rien. Qu’ils sombrent, ces « beaux jours »! Je pars, je continue à vieillir, peu m’importe, sur qui s’en va la mer saura claquer la porte.
« Une vague, les vagues, une déferlante… » Je crois que c’en est trop, je n’en peux plus et allez je vous le dis j’ai du mal avec ces mots, ces mots que j’aime, qui sont abîmés, salis, trahis plusieurs fois par jour. Oh bien sûr je connais plus que tout autre le pouvoir des mots, de ce qu’ils évoquent, de ce qu’ils convoquent, de ce qu’ils invoquent. Mais il y a des jours où je n’en peux plus de voir, d’entendre toutes ces vagues épidémiques et numériques, se répandre sans retenue dans la longue plaine de mes inspirations. Je vous en prie laissez les vagues dans l’océan, laissez la mer nous enivrer de son flux, de son reflux, laissez les déferlantes à la tempête. Un peu d’effort je vous en prie cherchez dans votre dictionnaire de l’angoisse cathodique d’autres mots, d’autres images, laissez les courbes en paix, ne cherchez pas d’autres rimes aux graphiques.
Et je vous suggère d’essayer la retenue, le silence, et peut-être d’aller marcher au bord de cette mer que vous voudriez me voler…
J’ai un trou de mémoire… Curieuse non cette expression ? Pour ma part, j’ai plutôt l’impression quand je suis confronté à ce problème de trou qu’il s’agit plutôt d’un trou DANS la mémoire. Comme s’il s’agissait d’un panier percé. Et au bout du compte si on réfléchit un peu un trou ce n’est rien ou plutôt ce n’est que du rien, qu’un peu de vide autour de tout, d’un tout ou du plein pour ne pas dire du pain parce qu’un trou dans le pain ce n’est rien ou trois fois rien. Mais revenons à nos moutons : un trou de mémoire ne serait finalement rien ou presque rien. Et le presque est ici important : il rappelle que très souvent au bord du trou il y a un tas : le tas composé de ce qui a été extrait du trou avant qu’il ne devienne trou. Si je poursuis mon raisonnement je me dis que finalement tout est là, au bord, et qu’il suffit de chercher, de trier et alors on retrouvera bien quelque chose, pour combler le trou.
Je me relis et je me dis que tout cela n’est peut-être pas si clair, qu’il manque quelque chose, qu’il y a comme on le dit parfois un trou dans la raquette. Tout cela est bien complexe et plus j’avance plus je me dis que la solution est probablement au fond du trou.
J’irai au bout de mes rêves. En voilà une bonne, une belle idée qu’on ne peut que partager. Mais…. Car il y a un mais : qu’y aura-t-il t’il au bout ? Je serai tenté de dire où de penser qu’au bout il y a le réveil et la dure loi de la réalité. De cette réalité propre au matin : une réalité raide, enkylosée ou ankylosante. Je ne sais quel ordre choisir. Et puis le bout, c’est la fin. Arriver au bout c’est terminer, achever, conclure, mettre un point final. Et s’agissant des rêves, ceux que je fais, qu’il me reste à faire, ceux que j’ai oubliés, ceux que je rêve de commencer, s’agissant d’eux je ne veux pas mais surtout pas aller au bout.
Non,décidément non, je ne veux pas aller au bout mes rêves. Je veux plutôt les poursuivre…
Poursuivre ses rêves : tiens donc qu’elle drôle d’idée ! Peut-être une nouvelle page de ce nouveau carnet.
Sur le chemin de mes inspirations je jette parfois quelques cailloux en prose. Réflexions, interrogations, que sais-je, elles traversent furtivement, je les saisis au passage. C’est tout…
Et si nous prenions le temps.
Oui c’est cela qu’il nous faut : prendre le temps ; le prendre avec envie, avec désir, avec tendresse. On oublie parfois que dans une expression comme celle-ci le choix des mots est essentiel : il n’est jamais le fruit du hasard. Pourquoi prendre le temps ? S’agit-il de le prendre, de le saisir, de le tenir contre soi charnellement, pour qu’il se sente bien, en sécurité. Prendre le temps contre soi, c’est peut-être comme prendre la main, prendre comme serrer, embrasser, étreindre, caresser aimer…Le temps passe, coule, s’enfuit. Il faut le retenir ! Oh non pas pour stopper sa longue marche inéluctable mais simplement pour le sentir, le ressentir, entendre le battement de son cœur.
La faim d’écrire est forte, très forte, peut-être trop forte. Le garde-manger est plein, il déborde, il dégouline, de mots, de phrases déjà prêtes, qui attendent simplement la chaude caresse de la feuille que je leur ouvrirai. Je n’ai pas besoin de les garder au frais. Ils se conservent très bien, mais sont peut-être trop nombreux. Je ne sais lequel choisir. J’ouvre la porte de la réserve. J’entends d’abord comme un murmure : « il est là, c’est lui, il va me choisir, c’est mon tour ». Ils attendent patiemment tous ces mots que j’aime. Certains sont couchés, bien à plat, à l’abri des regards mauvais, ce sont mes grands crus. Je reconnais libellule, il est seul, couvert de poussière, cela fait bien longtemps qu’il vieillit, peut-être trop ; il faudra que je me décide à en faire quelque chose. Au-dessus, mes préférés tout une rangée de flacons, de balbutiements, de mauves. Les casiers de brumes et de gris sont presque vides ; j’en ai peut-être trop consommé ces derniers temps. Dans le placard du fond j’ai stocké quelques phrases, toutes faites, toutes fraîches, mais je ne l’ouvre pas, je ne veux pas qu’elles s’échappent, il n’est pas encore temps, je dois chercher, encore, le menu, et tous les magnifiques plats qui le composeront. Je referme la porte de ma réserve, doucement pour ne pas éveiller les endormis, celles et ceux vers qui je ne vais jamais, parce que je les ai oubliés. Demain, peut-être je les retrouverai… Peut-être.
Ecoute petit homme, Ecoute. Il est si beau ce monde qui ne dit rien. Il est si beau ce monde, Il te parle, c’est le tien.
Regarde petit homme heureux, Regarde ces furieux, Fanatiques, frénétiques, Ils ont le cœur électrique.
Ils préparent la prière, Hymne cathodique Aux rimes numériques, C’est le matin du malin.
Nuques raides, regards vides, Les impatients sont livides, Epuisés, lessivés, Un long sommeil les a lavés.
Ô Nuit blanche et câline, Ne t’épuise plus à blanchir Ces haines rances à mourir. Semées sur l’écran creux De leurs rêves sans bleu.
La nuit les a libérés. Il est l’heure, Affamés, ils attendent La victime par eux condamnée. Leurs mots sont prêts Ils vibrent, affutés, aiguisés, Ils vont frapper !
Pas un regard pour ton monde qui sourit. Ils attendent leurs matins numériques.
Rien ne brille, rien ne bouge
Hystériques ils cliquent, ils cliquent Ils cliquent, Et ce matin, petit homme, C’est une claque, Une claque pour les creux. Les écrans sont lisses et vides.
Les nouvelles du jour ? Parties, envolées, manipulées, falsifiées ? Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…
Le monde les voit Il pleure de cette embolie Il rit de cette folie
Mais cette nuit, petit homme, Le monde a agi. Le monde ne regrette rien Il le fallait, il l’a fait.
C’est si simple, Petit homme La poubelle était pleine, Le monde l’a vidée, Et dehors l’a laissée.
Semaine blanche Où les mots se sont tus Prostrés dans un coin sombre De mes phrases suspendues Ils attendaient Ce matin je les entends Ils étirent leurs douleurs froissées Sur la feuille pâle et glacée Qui patiemment attendait
L’inhabitable : la mer dépotoir, les côté hérissées de fil de fer barbelé, la terre pelée, la terre charnier, les monceaux de carcasses, les fleuves bourbiers, les villes nauséabondes
L’inhabitable : l’architecture du mépris et de la frime, la gloriole médiocre des tours et des buildings, les milliers de cagibis entassés les uns au-dessus des autres, l’esbroufe chiche des sièges sociaux
L’inhabitable : l’étriqué, l’irrespirable, le petit, le mesquin, le rétréci, le calculé au plus juste
L’inhabitable : le parqué, l’interdit, l’encagé, le verrouillé, les murs hérissés de tessons e bouteilles, les judas, les blindages
L’inhabitable : les bidonvilles, les villes bidon
L’hostile, le gris, l’anonyme, le laid, les couloirs du métro, les bains-douches, les hangars, les parkings, les centres de tri, les guichets, les chambres d’hôtel
Les fabriques, les casernes, les prisons, les asiles, les hospices, les lycées, les cours d’assise, les cours d’école
L’espace parcimonieux de la propriété privée, les greniers aménagés, les superbes garçonnières, les coquets studios dans leur nid de verdure, les élégants pied-à-terre, les triples réceptions, les vastes séjours en plein ciel, vue imprenable, double exposition, arbres, poutres, caractère, luxueusement aménagé par le décorateur, balcon, téléphone, soleil, dégagements, vraie cheminée, loggia, évier à deux bacs (inox), calme, jardinet privatif, affaire exceptionnelle
Voilà pour le vieil homme. – Mais moi, à la fin de ce récit, et dussé-je mourir aujourd’hui même, je me vois maintenant au milieu de ma vie, je contemple le soleil du printemps sur ma feuille blanche, je repense à l’automne et à l’hiver, et j’écris : Narration, mon Saint des Saints, rien n’est plus que toi de ce monde, rien n’est plus juste que toi. Narration, patronne du Guerrier Lointain, ma maîtresse. Narration, le plus spacieux de tous les véhicules, char céleste. Œil de la narration reflète-moi, car toi seul sais me reconnaître et me rendre justice. Bleu du ciel, descends jusqu’à l’abîme par la narration. Narration, musique de la sympathie, fais-nous grâce, donne-nous la grâce et sanctifie-nous. Narration, mélange fraîchement les caractères, parcours de ton souffle les successions de mots, assemble-toi en écriture et trace dans le tien notre dessin à tous. Narration, recommence, c’est-à-dire renouvelle …
Je sais bien que les chemins marchent Plus vite que les écoliers Attelés à leur cartable Roulant dans la glue des fumées. Où l’automne perd le souffle Jamais douce à vos sujets, Est-ce vous que j’ai vu sourire ? Ma fille, ma fille, Je tremble.
N’aviez vous donc pas méfiance de ce Vagabond étranger Quand il enleva sa casquette pour vous demander son chemin vous n’avez pas parue surprise Vous vous êtes abordés comme coquelicot et blé. Ma fille, ma fille Je tremble
La fleur qu’il tient entre les dents Il pourrait la laisser tomber S’il consent à donner son nom A rendre l’épave à ses vagues Ensuite quelqu’ aveux maudits Qui hanteraient votre sommeil, Parmi les ajoncs de son sang Ma fille, ma fille Je tremble
Quand ce jeune homme s’éloigna Le soir mura votre visage Quand ce jeune homme s’éloigna Dos vouté front bas et mains vides Sous les osiers vous êtiez grave Vous ne l’aviez jamais été Vous rendra-t-il votre beauté? Ma fille, ma fille Je tremble
La fleur qu’il gardait à la bouche Savez vous ce qu’elle cachait père Un mal pur bordé de mouches Je l’ai voilé de ma pitié Mais ses yeux tenaient la promesse Que je me suis faite à moi même Je suis folle Je suis nouvelle C’est vous mon père qui changez.
Au repas des bavards Entre la poire et le Saint-Nectaire J’ai sorti un reste de silence, Que je gardais bien au chaud… Quand est arrivé Le chariot des commentaires, J’ai saupoudré deux pincées de rien, Sur tous ces mots de trop…
Ses mains se posent. A plat, fines et légères Ses mains reposent, ailes d’ange Autour le silence La douceur s’impose Sur ses doigts mon regard se pose, Longs pétales, d’un regard je les effeuille C’est beau ces yeux d’ailleurs Sur la peau, ils effleurent, Quand la lumière faiblit, Quand les derniers rayons sont suspendus C’est beau cette main, entre ombre et lueur Je ferme les yeux, sa main est fleur Les doigts se touchent Un frisson m’entoure J’aime ses mains, Elles lisent en moi
Dans cette vieille gare Aux lourds murs Jaunis des restes de nos mémoires Même le silence grinçait en s’étirant Sur les long quais traversés D’un air frais et fatigué Des ombres d’hommes courbés Se figeaient dans le matin tremblant
Je ferme les yeux, doucement, tout doucement, Derrière les paupières, une lumière si douce Légère et si fraiche, une caresse que mon regard comprend Et soudain, derrière mes yeux, il y a ton regard brillant Tes yeux, mes yeux nos regards mémoires, Mes yeux, tes yeux nos yeux qui s’effleurent et s’entendent Dans nos regards, il y a la mer et la brume. Dans nos regards, il y a tant de souvenirs, Regarde petite, regarde, Regarde à l’intérieur de ton coffret à images Il y a quelques bijoux qui brillent pour deux Ecoute, petite écoute Ecoute dans le creux de ta main Il y a le bruit de la mer qu’ils ne sont deux qu’à entendre Il est loin et la caresse de ses mots te sèche les larmes Au coin de ton regard le sel a séché, C’est beau, c’est si bon à caresser
Comme je l’ai annoncé ce matin en préambule de mes « republications », Amélia, ma cinquième petite fille, a pointé le nez hier, et voici donc le texte que j’ai écrit pour lui souhaiter la bienvenue…
Dans la molle brume D’un grisâtre novembre Petite fleur belle et douce Parfum de promesses Pousse si lourde porte Du trop long jour de rien Bienvenue Amélia Oh oui petite Amélia Bienvenue ne crains rien Le monde déjà ouvre les bras Tu verras Il te sourira Il t’existera Bienvenue Amélia J’entends déjà la rime jolie De ton rire qui viendra Bienvenue Amélia Regarde Ils sont trois Ils sont joie Ecoute Amélia Ecoute le chant des impatients Ecoute ils t’attendaient Tu seras leur refrain Tu seras leur doux demain Tu seras le chaud levain De ce beau verbe aimer Qu’ensemble vous conjuguerez Bienvenue Amélia
Depuis hier, je suis grand-père, chez moi on dit papou pour la cinquième fois. Pour les deux derniers arrivés, l’un en janvier 2020, l’autre en avril 2020 j’avais écrit un petit poème. Je les publie à nouveau, avant, ce soir j’espère de publier celui en l’honneur de Amélia.
Le repos, la planche de vivre ? Nous tombons. Je vous écris en cours de chute. C’est ainsi que j’éprouve l’état d’être au monde. L’homme se défait aussi sûrement qu’il fut jadis composé. La roue du destin tourne à l’envers et ses dents nous déchiquettent. Nous prendrons feu bientôt du fait de l’accélération de la chute. L’amour, ce frein sublime, est rompu, hors d’usage.
Rien de cela n’est écrit sur le ciel assigné, ni dans le livre convoité qui se hâte au rythme des battements de notre cœur, puis se brise alors que notre cœur continue à battre. »
René Char – « Légèreté de la terre » ; Fenêtres dormantes et porte sur le toit, Gallimard, 1979
Au premier hibou de service, à Orly, je me tire, c’est sûr. Je n’ai pas le temps de vous expliquer pourquoi, mais c’est ainsi. Moi, les oiseaux de nuit, je les mets à mon heure, les fuseaux horaires, je m’en arrange. Sur mon hibou 747 je pars en vacances, et mes vacances c’est Demain. Demain, c’est la mort aux lèvres et le sourire de la Joconde rentrée dans le poing de Vinci. Demain c’est la seule idée valide que je vous concède. Vos constitutions, vos morales, votre café au lait du matin, vos chemises échancrées qui plissent sur le pressing, le premier à gauche, dans votre quartier, tout ce qui vous muselle, tout ce que vous adorez, tout ce qui est votre mort quotidienne, tout cela, pour moi, c’est terminé. Sur les lacs, des chevaux mangent des fleurs fanées, et leurs photos ses reflétant dans les eaux tristes leur reviennent…
Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.
Dans le bout de cette vie qui résiste Il y a comme un voile gris Flamme qui vacille La peur n’ose plus entrer Un rideau de larmes Inutile elle recule Son temps est passée
La maison s’accrochait au sommet d’une colline d’où on voyait la baie. Dans le quartier on l’appelait la maison des trois étudiantes. On y montait par un chemin très dur qui commençait dans les oliviers » Tout entière ouverte sur le paysage, elle était comme une nacelle suspendue dans le ciel éclatant au-dessus de la danse colorée du monde. Depuis la baie à la courbe parfaite tout en bas, une sorte d’élan brassait les herbes et le soleil, et portant les pins et les cyprès, les oliviers poussiéreux et les eucalyptus jusqu’au pied de la maison. Au cœur de cette offrande fleurissaient suivant les saisons, des églantines blanches et des mimosas, ou ce chèvrefeuille qui des murs de la maison laissait monter ses parfums dans les soirs d’été. Linges blancs et toits rouges, sourires de la mer sous le ciel épinglé sans un pli d’un bout à l’autre de l’horizon…
Silence pluvieux, J’ai la mer au bord des yeux. Dans le loin bleu De mes mémoires salées, Deux ailes se sont envolées. Vent d’hier, Sur les vagues les a posées. Explose l’écume, S’envolent perles de brume. Regarde la mer belle. Sur la plume de tes mots A la feuille amarrée, Mer a chanté, Mer a soufflé.
J »ai déjà publié ce texte, il est toujours d’actualité, plus que jamais…
Il faudrait pourtant apprendre à se taire. Apprendre à ne rien dire. Oui, ne rien dire de ce qui sera toujours de trop. Prendre le temps de sentir, ressentir et puis écouter, toucher, entendre, simplement. Il faudra apprendre à se confronter au silence, en apprécier la douceur. Il faudra apprendre à ne plus prendre le risque d’abîmer les envies de sourire, de se serrer, de se souvenir, de se retrouver et tout cela pour exister. Exister, résister, éliminer du champ de batailles de nos envies retrouvées, toutes ces paroles inutiles qui emplissent déjà de lourds silos de haines ordinaires. Il faudra éliminer tout ce bruit qui nous enterre, ce bruit qui nous fait mal. Ne plus commenter, essayer de comprendre.
Quand j’étais jeune et fier et que j’ouvrais mes ailes, Les ailes de mon âme à tous les vents des mers, Les voiles emportaient ma pensée avec elles, Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.
Je voyais dans ce vague où l’horizon se noie Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin Des continents de vie et des îles de joie Où la gloire et l’amour m’appelaient de la main.
J’enviais chaque nef qui blanchissait l’écume, Heureuse d’aspirer au rivage inconnu, Et maintenant, assis au bord du cap qui fume, J’ai traversé ces flots et j’en suis revenu.
Et j’aime encor ces mers autrefois tant aimées, Non plus comme le champ de mes rêves chéris, Mais comme un champ de mort où mes ailes semées De moi-même partout me montrent les débris.
Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste, Ma fortune sombra dans ce calme…
Pour la première fois j’intégrer dans l’article de mon blog du son, pour entendre Serge Regianni dire magnifiquement bien ce texte exceptionnel de Jacques Prévert ;
Cet amour Si violent Si fragile Si tendre Si désespéré Cet amour Beau comme le jour Et mauvais comme le temps Quand le temps est mauvais Cet amour si vrai Cet amour si beau Si heureux Si joyeux Et si dérisoire Tremblant de peur comme un enfant dans le noir Et si sûr de lui Comme un homme tranquille au milieu de la nuit Cet amour qui faisait peur aux autres Qui les faisait parler Qui les faisait blêmir Cet amour guetté Parce que nous le guettions Traqué blessé piétiné achevé nié oublié Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié Cet amour tout entier Si vivant encore Et tout ensoleillé C’est le tien C’est le mien Celui qui a été Cette…
Et comme annoncé hier, voici la cigale et le poète qui ferme le recueil « les amours jaunes »
Le poète ayant chanté, Déchanté, Vit sa Muse, presque bue, Rouler en bas de sa nue De carton, sur des lambeaux De papiers et d’oripeaux. Il alla coller sa mine Aux carreaux de sa voisine, Pour lui peindre ses regrets D’avoir fait — Oh: pas exprès! — Son honteux monstre de livre!… — « Mais: vous étiez donc bien ivre? — Ivre de vous!… Est-ce mal? — Écrivain public banal! Qui pouvait si bien le dire… Et, si bien ne pas l’écrire! — J’y pensais, en revenant… On n’est pas parfait, Marcelle… — Oh! c’est tout comme, dit-elle, Si vous chantiez, maintenant!
Le poète et la cigale ouvre le seul recueil de Tristan Corbières : « les amours jaunes » en 1873, je vous proposerai demain de découvrir « la cigale et le poète » qui ferme ce même recueil
Le poète ayant rimé, IMPRIMÉ, Vit sa Muse dépourvue De marraine et presque nue : Pas le plus petit morceau De vers ou de vermisseau. Il alla crier famine Chez une blonde voisine, La priant de lui prêter Son petit nom pour rimer. (C’était une rime en elle.) Oh ! je vous paierai, Marcelle, Avant l’août, foi d’animal ! Intérêt et principal. La voisine est très prêteuse, C’est son plus joli défaut : Quoi : c’est tout ce qu’il vous faut ? Votre Muse est bien heureuse… Nuit et jour, à tout venant, Rimez mon nom… Qu’il vous plaise ! Et moi, j’en serai fort aise. Voyez : chantez maintenant.
Ce soir c’est pause, je pose ma machine à rime, je repose ma fabrique à vers. Ce soir c’est prose. Au bout de mes phrases, des points de suspension, d’interrogation, et ce tout nouveau signe que je rêverai de voir accepter et qui s’appellerait le souffle d’émotion. Je ne sais pas comment le dessiner. Je vous laisse imaginer, je vous laisse supposer, je vous laisse respirer. Ce soir c’est prose, j’oublie les clics, je prends mes cliques et mes claques, loin des pixels. Ce soir c’est prose, je vous écoute ô vous mes frères humains, je vous écoute dans ce murmure lointain. Murmure de mots tendres et doux, ruisseau qui coule et s’écoule entre les deux bras de nos espoirs pour demain.
Joue le jeu. Menace le travail encore plus. Ne sois pas le personnage principal. Cherche la confrontation. Mais n’aie pas d’intention. Evite les arrière-pensées. Ne tais rien. Sois doux et fort. Sois malin, interviens et méprise la victoire. N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant. Sois ébranlable. Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prends soin de l’espace et considère chacun dans son image. Ne décide qu’enthousiasmé. Echoue avec tranquillité. Surtout aie du temps et fais des détours. Laisse-toi distraire. Mets-toi pour ainsi dire en congé. Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau. Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil. Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne, fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur, apaise le conflit de ton rire. Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton…
Enfin, me direz-vous ! Il était temps, il y a du pain sur la planche…Et puisqu’il est question de planches autant dire qu’elles ont été nombreuses à avoir été savonnées pendant cette longue vacance. Mais ne nous aventurons pas sur ces terrains glissants de la médisance et du quand dira-t ’on. Oui, car là est l’essentiel : le tribunal académique revient. C’est simple il était en travaux. Certains, dont on dit qu’ils ont la langue bien pendue prétendent que ce ravalement de façade n’était qu’un prétexte et qu’en vérité, il a fallu remettre de l’ordre de la cave au grenier. Les dossiers se sont empilés, on craint même que certains ne soient oubliés, enterrés. Mais aujourd’hui, c’est la séance de rentrée. Tout a changé, même le président. L’ancien était dépassé, débordé, dépité, déprimé et surtout désabusé. Sur le bureau tout neuf de ce président tout nouveau, une haute pile de dossiers. Ils sont tous considérés comme urgents ! Comment faire ? Juger en suivant l’ordre alphabétique ? Ce serait injuste et déprimant même si reconnaissons-le ce serait une méthode tout à fait académique. Le nouveau président, ne souhaite pas s’attaquer pour ses débuts à ce gros morceau qu’est « Amazone et ses dérivés ». Il réfléchit quelques instants et décide que ce sera le hasard qui tranchera. D’une pichenette il fait basculer la pile. Le nouveau président sourit de sa facétie : « elle tombe la pile ». Bref les dossiers qui ne forment plus qu’un tas en vrac, sont brassés, éparpillés, aux quatre coins du vaste bureau. Le président du tribunal ferme les yeux, pivote à plusieurs reprises sur son magnifique siège, et ce jusqu’à exécuter plusieurs tours complets. La nausée n’est pas très loin ! Il a juste eu le temps de saisir un premier dossier. Sur la magnifique chemise bleue, on peut lire, en grosses lettres rouges : vague(s) Le président prend la journée pour étudier les éléments. Il s’agit d’une plainte déposée à quatre reprises par un vague collectif de citoyens (le collectif national des amis de la tempête : le CNAT) ; Une plainte pour usurpation d’identité, doublée quelques mois après par une plainte pour utilisation abusive de marque déposée). C’est une belle affaire que voilà… C’est décidé, demain elle sera jugée.
Tu t’es pris les pieds dans le lourd tapis de la nuit, Assis au bord de ton lit Entre tes mains, ta tête tu as pris. Souviens-toi, nous étions vivants, Tu riais, je parlais, insouciant. Sur nos lèvres séchées par le vent, Dansaient les mots taquins, Sautillaient les mots malins, Coulaient les mots chagrins. Dans un coin reculé, De notre hier oublié, Je t’entends, je te vois, tu es resté.
Jours de lenteur, jours de pluie, Jours de miroirs brisés et d’aiguilles perdues, Jours de paupières closes à l’horizon des mers, D’heures toutes semblables, jours de captivité,
Mon esprit qui brillait encore sur les feuilles Et les fleurs, mon esprit est nu comme l’amour, L’aurore qu’il oublie lui fait baisser la tête Et contempler son corps obéissant et vain.
Pourtant j’ai vu les plus beaux yeux du monde, Dieux d’argent qui tenaient des saphirs dans leurs mains, De véritables dieux, des oiseaux dans la terre Et dans l’eau, je les ai vus.
Leurs ailes sont les miennes, rien n’existe Que leur vol qui secoue ma misère, Leur vol d’étoile et de lumière (1) Leur vol de terre, leur vol de pierre Sur les flots de leurs ailes,
Le poète s’appuie, durant le temps de sa vie, à quelque arbre, ou mer, ou talus, ou nuage d’une certaine teinte, un moment, si la circonstance le veut. Il n’est pas soudé à l’égarement d’autrui. Son amour, son saisir, son bonheur ont leur équivalent dans tous les lieux où il n’est pas allé, où jamais il n’ira, chez les étrangers qu’il ne connaîtra pas. Lorsqu’on élève la voix devant lui, qu’on le presse d’accepter des égards qui retiennent, si l’on invoque à son propos les astres, il répond qu’il est du pays d’à côté, du ciel qui vient d’être englouti. Le poète vivifie puis court au dénouement. Au soir, malgré sur sa joue plusieurs fossettes d’apprenti, c’est un passant courtois qui brusque les adieux pour être là quand le pain sort du four.
C’est deux vers je les écrivais il y a plus de quarante ans avec toute la tendre maladresse de l’apprenti poète qui cherche les bonnes formules pour que le mélange des mots puisse se déguster longtemps après. C’est le cas aujourd’hui. Je déguste et je me souviens.
Un extrait brut, sans correction, de mon manuscrit. J’arrive au terme de ce long chemin…Encore quelques semaines et je passerai du papier à l’écran.
Marcel on ne le sait que trop aimait les avions, les cargos, mais il aimait les ours aussi, les haches, les enclumes, le bruit de la pluie sur la tôle ondulée et par dessus tout l’arc en ciel que fabrique l’huile dans les flaques d’eau…
Elle est debout sur mes paupières Et ses cheveux sont dans les miens, Elle a la forme de mes mains, Elle a la couleur de mes yeux, Elle s’engloutit dans mon ombre Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts Et ne me laisse pas dormir. Ses rêves en pleine lumière Font s’évaporer les soleils Me font rire, pleurer et rire, Parler sans avoir rien à dire.
Une belle et ronde marmite vous choisirez Sur le bord d’une fenêtre Tournée vers l’ouest Délicatement vous la poserez Vous l’oublierez Vous rêverez Quand le silence aura mijoté Débordé Vous la retrouverez La ramènerez Sur le feu doux et impatient
Quelques mots doux et sucrés Vous aurez épelés Au fond de la casserole vous les jetterez Votre bouquet de rimes épicées Vous ajouterez Couvrez Chantez Salez Sautez
Et pour finir Servez
Oui j’allais oublier D’un vin blond au souffle long et coquin Vous l’arroserez
A plusieurs reprises déjà j’ai publié, avec son autorisation bien sûr, un poème de ma petite fille Lisa. Avec sa maîtrise grandissante de l’écriture, elle produit beaucoup, elle apprend à jouer avec les mots et leurs musiques, elle fait des essais et elle mes les offre de temps en temps.
A la une de mon journal des bonnes nouvelles ce soir, ce titre accrocheur : « Epidémie de mauvais foi : un vaccin est annoncé ! Ce journal est un de mes préférés, il ne paraît que très peu : rarement plus d’une fois par semaine. Il faut dire que sa ligne éditoriale est originale. En effet, on peut lire en première page, sous le titre, en petit caractère : « journal ironique et sarcastique à la parution sporadique ». Et justement le titre de ce journal en dit long sur l’esprit de la rédaction : « On dit, j’écris, tu lis ». Nous conviendrons que le titre n’est pas accrocheur mais ce n’est justement pas l’intention de la rédaction que d’accrocher. Bref un journal que j’aime et le titre de ce soir m’intrigue. L’Agence Nationale de Lutte Contre les Contradictions annonce la mise sur le marché d’ici quelques jours d’un vaccin qui devrait sans nul doute ralentir considérablement l’épidémie de mauvais foi qui sévit depuis de nombreuses années et qui ces dernières semaines a pris des proportions alarmantes. Ce sont chaque jour des centaines de milliers de cas qui sont dépistés. Rappelons brièvement les symptômes : tout commence généralement par une manifestation d’indignation, qui amène les malades à répéter inlassablement : « c’est scandaleux, il faudrait, il aurait fallu ». Les plus gravement atteints ajoutent parfois : « on aurait dû ». Passé ce premier stade que les spécialistes présentent comme celui de l’incubation, suit une longue période de léthargie, de bougonnerie, que certains appellent la phase du râlage passif. Le troisième stade apparaît quand une solution a été trouvée au problème qui a provoqué la maladie. Il est le plus critique : c’est cette phase qu’on appelle celle de la mauvaise foi. Les malades grognent encore mais cette fois cela se traduit par des « c’est n’importe quoi, on ne devrait pas, il ne fallait pas, je ne le ferai pas ». Et quand le médecin explique au malade qu’ils sont atteints de mauvaise foi, ceux-ci répondent évidemment que ce n’est pas possible, qu’ils n’ont jamais changé d’avis, que de toute façon ils ont raison et que rien ne va mais qu’il ne faut rien changer. Bref à ce stade tout le monde comprendra que la situation est désespérée. Mais aujourd’hui bonne nouvelle l’ANLCC a mis au point un vaccin. Ce vaccin est très simple, il s’agit dès les premiers troubles d’écouter avant chaque journal télévisé un enregistrement de vent marin, de chants d’oiseaux, et de battements de cœurs amoureux… Et ce pendant toute la durée de la crise de mauvaise foi…