« Sourires au conseil des ministres » : 6.

Les mots d'Eric

Le premier Ministre a compris,
cette fois ci il n’y a plus aucun doute le président, son président est devenu
fou. Il faut qu’il fasse, qu’il tente quelque chose. Il est encore temps….

Il n’est pas très grand,
contrairement au président qui lui est un grand gaillard, mais il va le
ceinturer le forcer à s’asseoir calmement, reprendre le micro et mettre un
terme à cette mascarade. Il est encore possible d’arriver à temps pour la
séance des questions au gouvernement.

Les perdre dans la forêt, avec
leur petit sac de pique-nique et leurs baskets! Non mais franchement on
se croirait dans une série parodique et délirante dont le seul objectif est de
se moquer toujours un peu plus de nos gouvernants!

Il a presque envie de rire
tellement la situation lui semble surréaliste: le président est encore
debout à expliquer en long, en large, et en travers, s qu’il…

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« Sourires au conseil des ministres » 5

Les mots d'Eric

Le président est devant à côté du
chauffeur, il a pris le micro, l’autocar démarre…

Le président, a le micro posé en bas
du menton, il est debout et tousse un peu. On ne saurait dire de quelle nature
est cette toux, et ce d’autant plus que le sourire de tout à l’heure a disparu.
Il jette un coup d’œil à sa petite troupe.

Ils sont tous là à attendre qu’il
veuille bien commencer. Tous, enfin, si on ne tient pas compte des cinq
ministres qui se sont encastrés au fond de l’autobus et qui sont complétement
entrés dans le jeu. En quelques minutes ils ont oublié le conseil des
ministres, la tension, ils sont au fond d’un autobus et ils chahutent. Ils
chahutent comme des adolescents, heureux de se retrouver dans l’intimité de ce
fond de car, ce fond objet de tous les fantasmes, objet de toutes les
convoitises…

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« Sourires au conseil des ministres » 4

Les mots d'Eric

Le président veut emmener ses ministres pour une promenade en forêt…

Des questions, des questions, il
en a de bonne notre président pense à ne pas en douter la moitié des ministres,
on en aurait une bonne dizaine à lui poser, et à commencer évidemment par
pourquoi? On veut bien se détendre, c’est une bonne idée, on veut bien
rester dans la dynamique du sourire, cela nous fera du bien à tous, mais de là
à monter sans nos conseillers dans un autocar, enfiler des baskets ridicules
pour manger chips et sandwichs au jambon il y a quand même un gouffre.

L’un d’entre eux, un des plus
jeunes, exceptionnellement invité aujourd’hui, parce qu’il n’est que secrétaire
d’état, pour évoquer un projet de loi qui doit être déposé à la rentrée, est le
seul à oser prendre la parole

  • Euh monsieur le président, c’est surprise
    surprise, elles sont où les caméras?

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« Sourires au conseil des ministres » : 3

Les mots d'Eric

Sur tous les visages ministériels
on lit de l’étonnement, mais toujours un peu d’inquiétude et quelques-uns
sourient, eux aussi. Le premier ministre ose timidement un: «mais
Monsieur le Président…». Ce à quoi ce dernier répond l’index tendu devant
la bouche: «chut écoutez… »

La grande fenêtre est ouverte, on
entend des chants d’oiseaux et le bruissement des feuilles qu’un petit vent
agite

14 juillet 2015: l’autocar est garé devant la
grille de l’Elysée

L’autocar n’a pu se garer devant
le perron de l’Elysée, l’entrée est trop étroite. Il est stationné devant
l’entrée principale rue du Faubourg Saint Honoré.

Le Président de la République
s’est levé le premier, et avec une joie non dissimulée dans la voix, comme un
enfant tout heureux du tour qu’il est en train de jouer à ses camarades, il
lance à toutes et à tous un tonitruant: «allez suivez-moi, on y
va!»

Ce n’est plus l’étonnement…

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« Sourires au conseil des ministres » : 2

Les mots d'Eric

Que se passe-t-il? Que
va-t-il se passer si on apprend dans les médias qu’alors que le chômage ne
cesse d’augmenter, que la situation internationale est gravissime que le
président de la république sourit? C’est grave! Il faut réagir!
Il faut, à défaut de comprendre, envisager tous les scénarios possibles et préparer
toutes les réponses politiques appropriées.

Le débat n’est pas animé – il ne
l’est jamais d’ailleurs- chacun surveillant l’autre, évitant de se dévoiler, de
proposer des analyses pertinentes; le risque étant de se les faire
«piquer» par plus ancien que soi, plus en cours que soi… Bref ça cogite,
mais avec pédale sur le frein ce qui arrange tout le monde parce que finalement
il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent;

Le conseil des ministres débute à
11 h 00. Tous les ministres sont tendus,
les mâchoires serrées, ils sont évidemment au courant que le…

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« Sourires au conseil des ministres » 1

Une nouvelle republication ce matin, en plusieurs épisodes bien sur

Les mots d'Eric

Je puise toujours dans mes nombreuses réserves. Il s’agit ici d’une nouvelle que j’ai pour l’instant intitulée, « sourires au conseil des ministres »… Je vais la publier par épisodes, je ne sais pas encore combien, car elle n’est peut-être pas finie….

13 juillet 2015: Sourires au conseil des
ministres….

Ce mercredi matin, comme tous les
mercredi matin, c’est le conseil des
ministres. L’ordre du jour est fixé un peu avant, avec le premier
ministre: jamais de grandes surprises, les communications des uns et des
autres, des nominations. Bref la routine républicaine. Tous les mercredis matins tout le pouvoir
exécutif se retrouve pendant une heure mais personne n’y prête attention, c’est
ainsi depuis longtemps.

Ce jour-là,  pourtant le premier ministre a bien remarqué que le président n’était pas comme d’habitude. C’est simple on aurait dit qu’il était heureux, détendu. Bref de bonne humeur, avec un sourire permanent non pas au bord des…

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La moitié et son double : suite et fin.

E t voici la fin de cette nouvelle

Les mots d'Eric

En musique, en poésie comme en tout, tout
ce qui cherche à s’approcher de la
perfection académique, ne les touche pas, et les prouesses électroniques de
ceux qui font de la musique avec des
logiciels les laissent indifférents. Le
père le rappelle souvent d’ailleurs en
citant Ferré « la musique est une clameur» et le fils, lui répond à
chaque fois « et les poètes qui ont recours à leur doigts pour savoir
s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes ce sont des
dactylographes».

La pluie, il leur faudra de la pluie,
pour que leurs gorges se serrent aux évocations des ouvriers de Pittsburgh, de Youngstown
ou d’ailleurs. Il leur faudra de la
pluie pour entendre la rivière: «the river», c’est curieux ce
mot lorsqu’il est chanté, avec dans le fond les frottements de balais d’essuie- glaces vous donne envie de
retrouver la source, toutes les…

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La moitié et son double : 3

Les mots d'Eric

Le père n’est pas musicien, ne comprend
pas grand-chose à l’anglais, mais ce qu’il aime avec ce chanteur c’est que tout
devient simple. La musique, elle lui entre dans la tête sans poser de
questions, sans chercher à se faire remarquer, sans chercher à ce qu’on prenne
l’air sérieux pour en comprendre les portées.

Cette musique, surtout les morceaux
acoustiques, on sent qu’elle est faite pour ceux qui n’obligent pas leurs
émotions à prendre d’autres chemins que ceux qu’elles sont habituées à
emprunter. Ce sont les mêmes chemins qu’à la lecture d’un passage de Steinbeck,
de Camus, de Kerouac, ou d’Hemingway. Les paroles il ne les comprend pas
toutes, contrairement à son fils qui est à l’aise avec l’anglais. Il ne les
comprend pas toutes mais il les ressent, il sait qu’elles parlent, pour
beaucoup d’entre elles, de ce qui est vrai.

Le fils lui connaît tout de ce chanteur,

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La moitié et son double, 2

Les mots d'Eric

Street Art sur le mur de Berlin

Il se souvient de cet homme. Il lui a
proposé d’entrer avec lui, à l’intérieur, de s’asseoir doucement, d’écouter la
portière qui claque, le craquement du mauvais cuir quand on s’assoit. Il lui a conseillé
de fermer les yeux et d’attendre, d’entendre. Il l’a pris pour un malade, pour un original, mais il est quand même entré. Il a fermé les
yeux, vite, parce qu’il était pressé, et c’est vrai il s’en souvient: il
était bien. Il pleuvait légèrement et les gouttes de pluie faisaient comme une mélodie,
une espèce de mélancolie qui rappelle tant le blues qui navigue toujours entre
le rire et les larmes.

Alors quand il les a vus arriver tous
les deux, il s’est souvenu de son musicien et quand ils les a vus sentir l’intérieur
des voitures il a su qu’il pourrait enfin vendre cette vieille Plymouth.

Il…

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La moitié et son double,1

Republication d’une nouvelle, que j’avais écrite il y a dix pour mon fils aîné… En quatre parties

Les mots d'Eric

Je poursuis la publication de mes nouvelles, j’ai déjà évoqué celle-ci qui participe à un concours sur le site short-édition. Je l’ai écrite il y a presque 10 ans. Comme la précédente je la publierai en quatre parties.

Sur le pare- brise, de la buée; on
ne sait pas au juste si c’est de la buée posée là par le souffle du père et de
son fils, ou s’il s’agit d’une simple humidité, conséquence d’une mauvaise
isolation.

La voiture qu’ils ont prise leur va
bien. Ils ne l’ont pas choisie pour le confort, encore moins pour le compte-tours
ou le carburateur mais pour l’odeur. Quand ils ont fait le tour du parc des
occasions, curieusement ils n’ont pas tapé dans les pneus avec les pieds.

Ils ne connaissent pas ces gestes
d’hommes, ils ne les connaissent pas et ne les comprennent pas. Ça ne les
intéresse pas. Lorsqu’un capot est…

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Le temps s’est achevé…

Dans le silence mou d’un matin bleu
On s’arrête

Dans le plein rêve
D’un monde heureux
On s’arrête

Juste au-dessus du vague soupir
Las
On n’entend plus la douce mélodie
On respire, on espère
On hésite, on appelle
Oh rien
Ou si peu
Juste le mot
Juste un seul
Léger
Goutte à goutte
Rivière l’épelle
On baisse les yeux
Plus un souffle d’air
Tout se fige
Une par une flaques d’eau
S’assèchent
Et sur la surface lisse d’un vague ruisseau
Le temps s’est achevé
Nous ne l’attraperons plus

Mes Everest, Albert Camus…

Le premier paragraphe de la première nouvelle de l’exil et le royaume, « la femme adultère ». Portrait sublime…

Une mouche maigre tournait, depuis un moment, dans l’autocar aux glaces pourtant relevées. Insolite, elle allait et venait sans bruit, d’un vol exténué. Janine la perdit de vue, puis la vit atterrir sur la main immobile de son mari. Il faisait froid. La mouche frissonnait à chaque rafale du vent sableux qui crissait contre les vitres. Dans la lumière rare du matin d’hiver, à grand bruit de tôles et d’essieux, le véhicule roulait, tanguait, avançait à peine. Janine regarda son mari. Des épis de cheveux grisonnants plantés bas sur un front serré, le nez large, la bouche irrégulière, Marcel avait l’air d’un faune boudeur. À chaque défoncement de la chaussée, elle le sentait sursauter contre elle. Puis il laissait retomber son torse pesant sur ses jambes écartées, le regard fixe, inerte de nouveau, et absent. Seules, ses grosses mains imberbes, rendues plus courtes encore par la flanelle grise qui dépassait les manches de chemise et couvrait les poignets, semblaient en action. Elles serraient si fortement une petite valise de toile, placée entre ses genoux, qu’elles ne paraissaient pas sentir la course hésitante de la mouche.

Belle et tiède, la nuit s’est invitée…

Les mots d'Eric

Île de Tioman : Malaisie mai 2019

Doucement le soir s’est posé.

Sans un bruit, sans un gris,

Sur le sable si chaud,

Épuisé,

Il s’est allongé.

Les souffles sont courts,

Dans le regard, une lueur.

Reste d’un soleil rageur.

On ferme les yeux,

Douce caresse,

D’une brise,

Qui cherche une rime,

Avec un vent qu’on rêve frais.

Belle et tiède,

La nuit s’est invitée.

D’une voix claire et reposée

A la mer apaisée,

Ses doux mots il a libérés

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Chuuuuint…

Une republication originale pour débuter la semaine

Les mots d'Eric

Anton se souvient quand ils ont pris la voiture avec Marcel
son père. Il était très tôt quand ils sont entrés sur l’A7. Ils ont roulé près
de deux heures sans rien dire avec simplement le bruit du moteur et les
chuintements des autres voitures, plus rapides, et qui vous doublent en
produisant ce souffle, chuuuinnt, si caractéristique quand la vitre est
légèrement ouverte. Ce bruit, Marcel dit que c’est un chuintement. C’est vrai
que c’est un mot qui va bien, parce que si on ouvre la vitre plus grand, c’est
pas pareil ça ne chuinte plus, c’est autre chose, un autre son qu’on ne retient
pas, qu’on n’arrive pas à capturer dans sa mémoire pour en faire un joli mot.

Il se souvient. Ils se sont arrêtés sur une aire, il faisait
chaud, il y avait le bruit des camions et on entendait les premières cigales. L’A7
c’est le…

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Dans le soir de ses yeux…

Photo de Umberto Shaw sur Pexels.com

Dans le soir de ses yeux
Je lis la dernière phrase
D’une histoire fanée
Tant de fois racontée

Ses mots sont lourds et glacés
Je les pose sans rien dire
Dans le creux lisse
De mes mains de papier

Dans le noir de ses cheveux
Douce main glisse en frisant
Les dernières boucles de rires envolés
C’est la longue nuit des errants séparés

Petit bonheur ferroviaire éphémère…

Ils me paraissent si loin ces petits bonheurs ferroviaires …

Les mots d'Eric

En arrivant ce matin sur le quai
de la gare, j’ai perçu un petit quelque chose de bizarre, d’anormal. D’abord
une sensation physique: je respire… Oui c’est cela: c’est dans
l’air! La respiration est un vrai
bonheur, subtil mélange de fraîcheurs et d’odeurs d’herbe coupée. Je me suis
ditque dans le fond de l’air il y avait certainement un petit peu de
bonheur, un tout petit peu. Alors j’ai
souri, parce que le bonheur c’est pour fabriquer du sourire, sinon ce n’est qu’une escroquerie de plus.

Je souris et – c’est bien cela
que j’ai ressenti comme inhabituel – la première personne que j’ai croisée, une
habituée comme moi, souriait aussi, d’abord seule, pour elle, comme moi, et
puis j’ai bien vu qu’elle me souriait. Elle qui tous les jours serrent les
dents pour ne pas risquer d’être obligé de répondre à mon regard, aujourd’hui
elle me sourit. Incroyable! Je…

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En route vers la bibliothèque

Les mots d'Eric

Le site « Short Edition » organise un concours, il s’agit d »écrire un texte sur le thème  » un peu d’air », voici ce que je leur ai proposé

«Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler!». Ce matin Jules s’est levé en sueur.

«Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler!».

Ces paroles ne le quittent pas. Elles sont là, elles résonnent, ou plutôt elles chantent au fond de son crâne douloureux.

Jules ne se souvient que très rarement de ses rêves. Mais ce matin, il sait, il sent. Il est certain que ce sont des paroles qu’il a entendues cette nuit, dans son sommeil.  Il lui semble même reconnaître cette voix. Une voix douce et gaie. Il faut dire que Jules vit seul, et débute sa journée, comme il l’a finie : dans le…

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Tout avait commencé par une boule au fond de la gorge, suite et fin…

Quelques inédits…

Les mots d'Eric

J’ai terminé le déchiffrage de ce qui était certainement destiné à être l’esquisse de la suite de mon premier roman  » quelques mardis en novembre » et que j’ai abandonné ensuite…

Je n’avais pas prévu ce départ, ou tout au moins je ne l’avais pas intégré avec intelligence dans mon parcours de reconstruction. J’aurais pu choisir le refus de porter cet uniforme mais je n’avais pas bougé, peut-être par paresse, peut-être plus parce que je pensais qu’il y avait beaucoup à prendre dans cet univers dont on parle tant sans ne l’avoir jamais rencontré. Un peu comme ces paradis ou enfers lointains qu’on s’envoie volontiers à la face, lors de nos si nombreuses empoignades politiques. « Allez-y voir là-bas et vous verrez bien que votre paradis, c’est bien l’enfer pour les autres!»

La plupart du temps ce pourfendeur de l’au-delà honteux a encore les seules limites de sa propre commune, de…

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La fin de la récréation : nouvelle inédite suite et fin !

Suite et fin

Les mots d'Eric

Finalement, ce ne sera qu’en trois parties… Je me suis levé très tôt ce matin et j’en ai profité pour terminer de mettre au propre le manuscrit

Les réponses viennent, faciles. A chacun d’entre elles le puzzle se reconstitue…Dans la voiture, ça s’est passé comment, elle vous a parlé?

  • Oui, enfin pas beaucoup, parce qu’on aurait dit qu’elle était fatiguée, ou triste…

Camille regarde toujours son frère quand elle répond, comme pour vérifier, se rassurer.

  • Tu ne penses pas qu’elle avait plutôt peur ?
  • On ne peut pas vraiment dire parce que de derrière on voyait pas bien ses yeux.
  • Et il n’y a rien qui vous a paru anormal pendant le trajet ?
  • Non. Elle nous a dit : « à demain les enfants, à moins que je sois malade. » Il faut dire qu’elle n’arrêtait pas de renifler.

Les inspecteurs en avaient assez entendu et ils s’apprêtaient à les libérer pour qu’ils puissent…

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La fin de la récréation : nouvelle inédite 2

Les mots d'Eric

Vous êtes plusieurs à m’avoir demandé la suite. Il me faut un peu de temps, car le texte que j’ai découvert est manuscrit, il faut me relire, et tout retaper…. La suite demain…

Camille qui semble la moins timide répond par la négative, elle explique que, comme souvent, elle les a regardés du haut des escaliers, par-dessus la rampe.

– Et vous ne savez pas où elle est allée après ?

C’est Denis cette fois, le frère de Camille qui a répondu. Il a expliqué qu’elle avait son manteau, que cela lui avait paru bizarre, puisque la photocopieuse est au premier.

Les policiers se sont regardés. On aurait dit qu’ils souriaient. Monsieur Malouin paraissait de plus en plus nerveux. Les inspecteurs sont sortis et le directeur est resté pour répartir les élèves dans les autres classes. Quelque chose, un détail, interrogeait les enfants. Ils n’étaient pas très âgés mais ils savaient…

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La fin de la récréation : nouvelle inédite 1

Ce samedi je republie en trois épisodes cette nouvelle, écrite il y a très longtemps

Les mots d'Eric

En faisant du rangement dans mes cahiers, carnets j’ai découvert cette nouvelle que j’avais écrite il y a une vingtaine d’années. Je n’ai pas trouvé la date précise. Je viens de la relire, et comment dire, elle est un peu surprenante, un peu hors norme par rapport à mon style habituel…. Je la publierai en quatre parties

Quand la fin de la récréation a sonné la classe de Mademoiselle Lemoine s’est regroupée à peu près convenablement à l’endroit habituel. Comme toujours, il faut laisser passer les élèves de Madame Antoine et ensuite il faut monter en classe.

Arrivés dans leur salle, les élèves n’ont pas l’air surpris de n’y pas trouver leur maîtresse. Elle passe souvent la récréation à la salle de photocopie. Ils s’installent et se mettent au travail. Au bout d’un quart d’heure, ils sont un peu étonnés d’être toujours seuls. Ils ont d’abord pris ce retard pour…

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Poèmes de jeunesse. « Ce soir », 3

C’est tout pour aujourd’hui…

Les mots d'Eric

Tu poétises

Et tu sais que ça transpire

Peut-être l’indifférence d’habitude

Mais cela ne fait rien tu continues

Et ce soir t’as encore envie d’écrire

Parce que ça fait un jour de plus

Et t’as une boule dans la tête

Une boule odeur de lassitude

Qui explose à chaque sourire

Qu’elle enterre en toi

Chaque fois qu’elle commence

Le « il était une fois »

De ma soif d’impatience

Avec une corde au cou, au mois elle m’a remarqué

Dans cette foule de pendus

Qui rêvent d’évasion

En se remarquant

Identique

Et t’as mal dans la tête

Quand elle t’observe

T’as mal dans sa peur

Qui vibre d’incertitude

T’as mal dans sa peau qui fait

Pleurer un violoniste

Et quand tu la serres contre toi

Tu hais encore plus

Les silhouettes bureaucratisées

Qui sentent déjà le dossier

Qui n’est pas fini

Ou qu’on va jeter….

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Poèmes de jeunesse. « Ce soir : 2 »

Les mots d'Eric

C’est finalement en trois parties que je publierai ce long poème en voici la deuxième

T’avais peur que le désespoir

Rattrape la réalité qui te minait

Et en face d’elle

T’as brisé le cercueil

Tes deux bras te servaient d’alibi

Pour te tenir sur le fil de honte

Qui surplombait le désespoir

Venu d’en bas

Et maintenant

Tes deux bras lui servent

De parenthèses

T’avais mal dedans le corps

Tant le hasard t’avait fait crier

Tant le hasard t’avait fait vaincu

Et maintenant

Tu passes

Seul avec celle qui te regarde

Et t’as dévalisé la consigne

Et tu tire sur tes lèvres

Comme l’intoxiqué tire sur sa clope

T’avales le vrai et tu vomis ta peur

T’avais un trou dans la tête

Qui guettait la sortie de ta folie

Pour lui passer des menottes de rêve

Et maintenant le temps qui te pue

Est un éternel motif d’impatience

Pour celle…

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Poèmes de jeunesse… « Ce soir » 1

Un dernier texte en trois parties avant le week-end

Les mots d'Eric

Un texte écrit, toujours il y a quarante ans…. Je le publie en deux parties

Ce soir t’as envie d’écrire

Ce soir t’es encore plus près d’elle

Parce que cela fait un jour de plus

Parce que cela fait un jour de

Mieux

Alors tu souris

A ces murs si nus

Qui te racontent

L’histoire de ce reflet

Dont l’insuffisance suinte

Ce regard que tu connais

C’était une semaine qui comme

Toutes les autres

Sentait la potence

Mais le noeud ne coulait plus

Il s’était ouvert

Et toi tu fermais les yeux

C’était une semaine

Qui comme toutes les autres

Transpirait l’ennui

Entre les rires d’enfantss

Trop rares

Mais que tu supposais déjà

Sur ses lèvres en fête

C’était une semaine

Dure

Dans ton journal de désespoir

Il ne te restait plus d’aventures

Antidotes

A tous leurs regards accrochés

Au porte manteau de leur haine

Et toi tu les voyais

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Poèmes de jeunesse : « cri »

Les mots d'Eric

Endimanchés des longues semaines,

Etouffés, assoiffés

Spectateurs aux chaînes,

J’ai l’oeil du créateur

Et vous me voyez pendu.

Vous vivez la pendule

Et je tue des minutes.

Vous êtes masqués

Et vous me voyez clown

Enrubannés des fêtes à pleurer,

Ecrasés, étouffés,

Tuant la joie

Sans paroles.

J’ai le rire de l’amoureux

Et vous m’entendez paumé.

J’ai un coeur sur deux yeux

Et vous me battez

Trop parleur .

J’ai une une bouche et des mots qu’elle espère.

Vous me voyez vomir des cadavres

Enterrés des cimetières sans souvenirs

Oubliés, déguisés, morts sans vibration

Morts sans violation de domicile

Je vous emmerde

Février 1979

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Poèmes de jeunesse

Aujourd’hui encore je republie des vieux textes de ma jeunesse

Les mots d'Eric

Parce que c’était triste sans mensonge

Il était né sur un papier qui attendra la poubelle

Il avait vécu sur une croûte de vie qu’avait produit

L’histoire du malheur de ses frères

Qu’il ne rencontrerait jamais

Parce que eux-aussi ils se sentaient si seuls

Qu’ils oublient parfois d’en regarder

Ailleurs

Février 1981

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Tu t’en foutais d’être né : fin

Les mots d'Eric

Tu devrais plus souvent être seul

T’es trop souvent avec lui

Il est tricheur

Parce qu’il perd souvent

Quand il veut

Il est frimeur

Parce qu’il a toujours peur

Parle lui

Dis lui qu’on le vire

Dis lui qu’il ne se correspond pas

Qu’il est autre

Comme ceux qu’il a créés

Comme ceux qu’il a jugés

Dis lui qu’il est dépassé

Mais lui il s’en fout

Il le sait

Mais il faut s’aider

Parce qu’on est rien

Parce qu’on ne peut entendre sa raison

Parce qu’on ne peut attendre que ça passe

De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

Tu peux être peureux

De supposer

Que finalement t’es pas là pour rien

Tu sais que l’unique ne peut exister

Sinon chez les théoriciens

Masturbateurs de cerveaux

Sinon chez les jardiniers

Du sentiment des autres

Tu ne peux pas passer ta vie à imaginer l’homme

Sans savoir s’il…

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Tu t’en foutais d’être né : -3-

Suite

Les mots d'Eric

…T’es sûr qu’aimer n’est pas original

C’est peut-être le mot qui pue

Mais t’es sûr d’autre chose

Parce que tu le cherches

Tu en parles pourtant

Comme les autres

Mais tu t’en fous

Ou tu fais semblant

Comme les autres

De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

On dirait que t’as peur

De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste

Et pourtant tu ris derrière ton enterrement

Tu ris

Et les autres savent pas

Que tu trembles

Pour qui t’a tué

Pour qui t’a oublié

Tu trembles

Et les autres croient qu’il n’y a qu’une réalité

Celle de l’utile apparence

Et pourtant tu voudrais leur dire

Et pourtant tu voudrais craquer

Mais tu ne dis rien

Parce que t’as peur

Parce que tu attends

Parce que tu attends la fin de ton rêve

Heureux tu l’as trouvé

Et c’était pas mieux

Tu veux revenir au début

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Poèmes de jeunesse : tu t’en foutais d’être né -2-

Les mots d'Eric

…Et pourtant on sent que t’as peur

Pour elle

Du silence

De ses questions sans secrets

Et pourtant elle ne veut rien te dire

Et pourtant elle tue tes rêves

Et pourtant elle te tue

Parce que tu ne dis rien

Parce que tu parles avec celle qui est en toi

Parce qu’elle n’est pas celle là

Parce que c’est déjà une autre

Parce qu’elle est déjà dans le rêve d’un plus étrange que toi

Et toi tu parlais avec ton rêve

Et tu t’en foutais d’être né

Tu vois la réalité

Alors tu ne dis rien

Parce que t’as peur

Parce que tu sais qu’elle s’est échappée

Parce que tu t’es trompé

T’as encore peur

T’es un peu paumé

Je crois que tu finiras par comprendre

Que les autres t’oublieront

Parce que tu n’es que toi-même

Parce que tu n’es qu’un autre

Tu n’es que l’infime particule

D’un sentiment…

Voir l’article original 39 mots de plus

Poèmes de jeunesse : « Tu t’en foutais d’être né… » -1-

Aujourd’hui encore une « republication » d’un de mes poèmes de jeunesse en 4 parties …

Les mots d'Eric

Un nouveau texte, très long celui ci aussi, écrit entre 1978 et 1979, je le publierai en plusieurs fois : son titre « tu t’en foutais d’être né… »

Tu t’en foutais d’être né

Dis tu t’en foutais

Tu rêvais pas

Ou tu t’en souviens pas

Et maintenant t’as peur

T’as peur

Et tu sais pourquoi

Le chaque jour de ta vie

Est un bagne de rêves

Et tu veux pas t’évader

De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

Sors du foetus

Arrête de dire que t’es né

Pour ta liberté

Comprends qu’ils t’ont condamné

Comprends que le code t’a accouché

Pour que les lois puissent t’élever

T’en avais pris pour une vie

Et t’as cru t’échapper

T’as failli tout perdre parce que t’as cru être le plus fort

Arrête de dire que les autres ont tort

Parce qu’ils déracinent ton arbre de vérité

Arrête de conjuguer les autres…

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Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater, tous les murs sont debout…suite et fin….

Suite et fin

Les mots d'Eric

Il ne voyait plus que des cartes d’identité

Et il avait vendu la sienne

Au satyre des bois

Il avait commencé à temporiser des gouttes d’horreur

A jouer une mélodie du malheur

Avec des cordes pendues

Pour des oreilles d’adoption

Qui se cramponnent sur les murs de sa cellule d’apparence

Il avait attrapé la maladie

Similitude de sa ressemblance

Comme les autres

Il était comme les autres

Quand il vit son miroir devenir la foule

Des solitaires qui se tenaient par le bout du sourire

Il eut peur

Il se vit nu

Vieux

Au milieu d’une mare aux cloportes

Il se sentait différent

Et se voyait identique

Il en mourut

Et les autres le lui pardonnèrent

Parce qu’eux aussi ils mourront

Avant qu’on ne l’oublie

Dans le cercle restreint

Des ceux qui le voyaient

S’enflammer sur la négation

Des ratés

Sur la lâcheté

Des entraîneurs de foire à sexualité

Il…

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Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout : 5

Les mots d'Eric

Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience

Lui grattait la mémoire

Aux vues de la crasse géographique

Pour empailler le regard officiel

Des touristes canonisés

Il aimait une de celles

Que les autres haïssaient

Parce qu’elle ne ressemblait

A personne

Sinon à l’ombre qui s’accrochait à elle

Comme sa misère

Il aimait sans définitions

Il aimait sans projets

Il aimait

Et c’était vrai

Et tant pis pour les ceux qui restaient

A attendre qu’il craque

Et il haïssait les égoutiers de l’amour

Il voulait oublier les romantiques d’imitation

Anachroniques

Il était de ceux qui découvrait

Il était de ceux qui attendaient…

Un jour il m’a semblé plus vieux que jamais

Deux béquilles lui tenaient la main

Il ne rencontrait plus personne…

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Poèmes de jeunesse : il n’y a plus rien à rater, tous les murs sont debout..4

Suite

Les mots d'Eric

Il traversait les rues

Comme on entonne un cantique

De travers

Et ça les faisait rire

Il avait choisi de ne pas se déguiser

Et les autres le sifflaient

Manequin

Il nourrissait son désespoir

A grands coups de musique qui crient

Qu’elles ont peur de ne pas être entendues

Il avait rencontré des gens

D’un jour

Qui lui promettaient la gratuité

Des regards

Et qui se firent bagnards

Dans les supermarchés

Où sont empilées des plaques d’hypocrisie

Pour isoler leurs murs de solitude

Egoïstes

Il parlait des autres comme je parle de toi

Avec des mots lames de rasoir

Qui tranchaient la peur

Des ceux qui subsistent

Dans les ombres des encapés

Du verbe

Il lançait des signes

A ceux qui attendaient

Comme lui

Le quelque chose qui aura toujours

Un retard d’habitude

Il ne voyageait pas pour

S’encylopédiser

Il était trop triste

Pour apprendre le faux

Qui enrichit

Les…

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Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater, tous les murs sont debout », 3

Les mots d'Eric

…Et on t’a dit que les morts étaient tranquilles

Et toi t’as vu qu’ils pleuraient

Et toi t’as dit

Il n’y a plus rien à rater

Tous les murs sont debout

On t’a dit de ne plus regarder

Que les silhouettes de similitude

Et toi tu as scié des arbres de vérité

On t’a dit de ne plus regarder les autres

Et toi tu l’as rencontré

Il avait le ciel au niveau du front

Des yeux lui servaient de nuages

Pour barrer la route à la lumière

Atomique

Qui dispersait la poussière

De son reste d’apparence

Ses mains lui pendaient aux bras

Comme deux points d’interrogation

Il avait enveloppé sa tristesse dans un drap de dégoût

Et les autres lui vomissaient de la mauvaise haine

Qui les avaient attachés dans l’antiquité de leurs regards

Paroissiaux

Il était habillé de l’indifférence similitude

Qui le faisait ressembler

A ceux qui passent leur…

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Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout : 2

SUITE

Les mots d'Eric

…Ceux qui rêvaient

Dans l’ailleurs d’un autre pays…

Déjà une vague de désespoir

Toujours une marée de misère

Neige éternelle

Calaminée par le crachat d’une ville tuberculeuse

Où s’ennuient par milliers

Par grappes d’angoissés

Des vendeurs d’horizons

Au rabais

A l’étalage de leur mort

Grappe d’avenirs

Ils se comptent par solitude

Déjà…

On sent le regard d’une foule

Qui se meurtrit de bizarreries

Regards placardés

Sur les singes aux bouquins

Cacahuètes culturelles

Cage de mots

D’où on entend toujours une musique

Qui vrillerait le souffle

Des bouffeurs de chrono

Tout vacille

Quille…

Ton camarade suivant est mort

D’avoir été trop jeune

Pour savoir qu’il fallait vivre

Un pied devant l’autre

Qui suit

Indifférent

Et on t’a dit de regarder ta route

Qui mène tout droit

Où elle est toujours allée

Comme les autres

Et toi t’as vu

Et toi tu savais

Alors t’as trouvé

Encore…

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Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout… » 1

Aujourd’hui une republication d’un de mes vieux textes, en plusieurs parties

Les mots d'Eric

Un autre de mes textes, très long aussi, écrit en 1980 que je publie en quatre ou cinq parties….

Je l’aurai rencontré un jour de mensonge

Un jour comme tant d’autres

Je l’aurai rencontré le jour où l’on pouvait partir

Pour d’autres villes

Je l’aurai rencontré dans ce port sans bateau

Dans ce port sans eau

Dans ce trop long canal où coulent des compromis

Pour rêver

Rêver

Où l’on traîne le regard

Avec une liasse de souvenirs identiques

Avec une liasse de remords

A imprimer

Avec l’énergie du cafard

Enjoliveur de mode

Pour les mélancoliques du soir sans muses…

Déjà des caves aux fenêtres de l’ombre

Enfumées

Vident leurs morts

Vivent leur mort

Banale

Hivernale

Pleins à craquer des affreux qui comptent

Sur leurs doigts seringues

Les intervalles de leurs soupirs

Mécaniques

Pour minuter

Leur éternel motif d’impatience

Pour le trop bref retour de ceux qu’ils rêvaient…

Mars 1980

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Dans nos regards, la mer et la brume…

La mer, toujours la mer…

Les mots d'Eric

Je ferme les yeux,

Doucement, tout doucement.

Derrière les paupières lumière si douce.

Légère, fraiche, caresse que mon regard entend.

Et derrière mes yeux, ton regard brillant

Tes yeux, mes yeux nos regards mémoires.

Mes yeux, tes yeux, nos yeux qui s’effleurent et s’entendent.

Dans nos regards, la mer et la brume.

Dans nos regards un bouquet de souvenirs.

Regarde petite, regarde…

Regarde à l’intérieur de ton coffret à images

Quelques bijoux brillent pour deux.

Ecoute, petite, écoute.

Dans le creux de ta main,

Il y a le bruit de la mer

Ils ne sont deux à l’entendre.

Il est loin.

La caresse de ses mots sèche les larmes

Au coin de son regard, le sel a séché,

C’est beau, c’est si bon à caresser.

Mai 2016

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Barre d’Etel

Les mots d'Eric

Barre d’Etel,  août 2016

Fatiguée d’une si longue marée,

Tout doucement la mer s’est assoupie.

Entre les bras de la terre elle s’est endormie.

Lente et longue,

Etirée reposée,

Dans la chair de la côte,

Elle est entrée.

Regarde les gris qui
se rencontrent

Le ciel est bas, il s’approche

Pour les entendre s’aimer.

Entre ciel et mer,

La terre s’est apaisée.

Entre terre et mer,

Le ciel a gonflé ses voiles de brume.

Et dans la lumière qui sombre

Engloutie par cette
fin d’après midi

Sans un bruit, sur la rive ourlée

D’un sable qui crisse

Ecoute leurs pas qui glissent.

Écoute-les, ils se sont aimés.

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Il a voulu voir la mer…

Retournons au bord de la mer…

Les mots d'Eric

Il a voulu voir la mer,

Au fond de ses poches, quelques
miettes

Pour des oiseaux qui ne viennent
pas.

Ses bras pendent: il y a de
l’ombre autour de lui.

Il a voulu voir la mer.

Il ne la connaissait pas: les
autres en parlaient.

Les autres en parlaient comme
d’une fête foraine.

Il a pris son chapeau: pour
sortir il lui faut un chapeau.

Il est arrivé quand la nuit se
retire,

La mer est devant lui, les autres
ont menti.

Pas de cris, ni de lampions, la
mer s’étire,

Elle est pâle, la nuit a gobé ses
lueurs.

Son corps est drapé de gris, il a
voulu voir la mer.

Et il pense à elle, hier elle est
partie.

Ses yeux sont usés d’avoir tant pleuré

Ses larmes sont englouties, dans
les vagues elles se sont noyées

Son costume est usé, les coudes
sont râpés

ll est…

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Avis de tempête en compétition…

Un de mes textes  » Avis de tempête » a été retenu par le jury du site Short Edition, vous pouvez le soutenir…

https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/avis-de-tempete-11

La tempête ne souffle pas
Elle ne l’oserait plus
Dans son bouquet de vent d’ouest
Flottent des airs d’un silence fané
Nos yeux se sont usés
Sur des pages de rien
Qui défilent sans trembler
Elles sont si loin
Ces larmes de papier
Que dans un revers de main
Doucement ils aimaient caresser
Tous ont oublié
Le si beau regard bleu plissé
Du marin qui espère la lumière
À la lisière de la marge
Du rivage espéré
Enfermés
Englués
Dans des bulles de vide
Qui ont trahi nos rêves de rimes légères
Les hommes se noient sans une larme de sel

Rencontre avec le port…

Les mots d'Eric

Immobile, face au port qui lui fait les yeux doux, Maurice enregistre tout, il accumule des réserves, pour demain, quand il tirera les couvertures de son lit et qu’il fermera les yeux. Il a marché sur le quai, lentement, très lentement, vite ça fait touriste pressé qui oublie que les dalles usées ont été polies par l’impatience de toutes ces femmes qui attendaient que la mer ramène leurs hommes, leurs fils, leur frère. Maurice sent tout cela. Amarré, à quelques mètres un petit chalutier. Ils sont deux à hisser des caisses sur le bord. Maurice ne regarde pas le contenu des casiers, il ne veut pas s’ébahir à la vue des poissons luisants oubliant ceux qui sont allés les chercher. Il regarde leurs mains. Ce sont des mains qui semblent vivre seules, qui ne s’agitent pas inutilement. Les gestes sont précis, lents, définitifs. Elles plongent d’une caisse à l’autre saisissent…

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Mes Everest :  » la jetée » Henri Michaux.

Je continue mes republications sur le thème de la mer…

Les mots d'Eric

Depuis un mois que j’habitais Honfleur, je n’avais pas encore vu la mer, car le médecin me faisait garder la chambre.
Mais hier soir, lassé d’un tel isolement, je construisis, profitant du brouillard, une jetée jusqu’à la mer.
Puis, tout au bout, laissant pendre mes jambes, je regardai la mer, sous moi, qui respirait profondément.
Un murmure vint de droite. C’était un homme assis comme moi, les jambes ballantes, et qui regardait la mer. « A présent, dit-il, que je suis vieux, je vais en retirer tout ce que j’y ai mis depuis des années. » Il se mit à tirer en se servant de poulies.
Et il sortit des richesses en abondance. Il en tirait des capitaines d’autres âges en grand uniforme, des caisses cloutées de toutes sortes de choses précieuses et des femmes habillées richement mais comme elles ne s’habillent plus. Et chaque être ou chaque chose qu’il…

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Parlez moi de la mer…

La mer toujours la mer…

Les mots d'Eric

Je suis particulièrement satisfait pour ne pas dire fier de mon texte du jour. Je n’ai pas l’habitude, mais là j’avais envie de le dire…

Je n’en peux plus du bruit de la peur,

Je n’en veux pas de la suie grasse de vos haines,

Je n’en veux plus des complaintes aux rimes dures.

Parlez moi de la mer, je vous en prie.

Où sont les vagues,

Où sont-elles?

Entendez le vent,

Il pleure, vous dis-je,

On l’oublie,

Il est seul, il appelle.

J’entends son chant qui ondule,

Mes yeux se ferment,

Petites larmes coulent.

Vagues amères,

Douces et belles,

Sur les rives de mes lèvres muettes

Ont répondu, ô vent, à ton appel.

Parlez moi de la mer je vous en prie…

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Il a senti la mer…

Les mots d'Eric

Un vieux texte que j’ai envie de partager a nouveau ce soir…

Il a mis le pied sur le quai et
ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa
peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est
arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout.
L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette
sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui,
elle est là la différence, c’est dans l’air! C’est un sourire qui
caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la
fenêtre, on respire: la vie est partout et on sourit. Il n’est là que
depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres…

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Souvenir…

Envie de partager la mer aujourd’hui, la mer et ses cent vagues

Les mots d'Eric

Je garde au fond de ma réserve à souvenirs
Un reste de soir d’été
C’était hier, c’était il y a loin
L’océan ne disait plus rien
Lassé d’une longue journée
A inventer des vacances
Pour les ceux qui rêvaient de bleus
Le ciel l’avait rejoint
Et dans les bras envasés
De la terre endormie
Ils s’étaient aimés
Pour une seule et longue nuit

12 juillet

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Mes Everest : Marguerite Duras : écrire…

Les mots d'Eric

L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie.

« Écrire. Je ne peux pas.

Personne ne peut.

Il faut le dire, on ne peut pas.

Et on écrit.

C’est l’inconnu qu’on porte en soi écrire, c’est ça qui est atteint. C’est ça ou rien. On peut parler d’une maladie de l’écrit. Ce n’est pas simple ce que j’essaie de dire là, mais je crois qu’on peut s’y retrouver, camarades de tous les pays. Il y a une folie d’écrire qui est en soi-même, une folie d’écrire furieuse mais ce n’est pas pour cela qu’on est dans la folie. Au contraire. L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire, on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité. C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps…

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Poèmes de jeunesse : « peut-être… »

Les mots d'Eric

Je continue de fouiller mes archives et là, j’ai trouvé ce petit texte sur une feuille volante, écrit à la plume, je pense qu’il date de 1979…

C’est le soir comme tous les jours

Un homme se meurt

Ou il périt noyé dans l’océan

De tortures

Un homme aime

Ou il pleure sur sa compagne

Finale

Point à la ligne

Un homme naît

Ou il crie parce qu’il ne connait

Personne

Pas même en rêve

Un homme tue

Ou triche contre ses règles

Très propre

Bien baptisé

Un homme hurle

Il a peur

Alors il écrit

Tout droit

Au cœur

Peut-être

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Le matin s’est levé…

Les mots d'Eric

Sur l’eau, quelques rides de lumières,

Le matin léger s’étire sur le fleuve.

Au loin la rumeur de la ville,

Comme un bruit qui s’éveille.

On s’étire, le silence se respire.

Il fait frais, on sourit.

Le jour se lève.

C’est beau,

La nuit s’est retirée,

Discrètement, le port l’a avalée.

Le soleil est là, on le sent.

On l’entend.

Chaque couleur s’est préparée,

Dans le matin léger,

Ses ailes lissées le fleuve a déployé.

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Et je voudrais conjuguer le verbe aimer…

Les mots d'Eric

Rappelle-toi, la première fois que tu as utilisé le « il ou elle » c’est en grammaire quand il faut chercher l’accord quand il faut chercher le sujet, et qu’on doute alors on nous apprend qu’il faut dire qui est ce qui fait l’action…. et on répond « il ou elle ».
On cherche le sujet, on cherche et on finit par trouver. J’aime que la grammaire française ne s’enferme pas que dans l’objet qu’il soit direct ou indirect. J’aime savoir qu’il ou elle sont d’abord deux pronoms et qu’ils deviennent prénoms, parce qu’ils sont justement si personnels. Il ou elle et toutes les déclinaisons qu’offre la magnifique langue française, cette grammaire faite aussi de conjugaison, cette magnifique conjugaison qui réunit, qui assemble, qui complète et qui donne à des verbes creux et immobiles des rondeurs et des échos qu’on entend longtemps sonner au fond de nos cœurs, au profond…

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Rimes en train…

Les mots d'Eric

Un peu silencieux ces derniers jours, et puis soudain l’inspiration qui revient : le train, une vitre… Les ingrédients sont réunis.

TGV Paris Lyon

Dans ce presque soir ferroviaire,

Flaque de mémoire s’est échappée.

Je la vois,

Tout va si vite.

Elle glisse sur la vitre.

L’encre noire de mon âme est noyée

Dans un trop plein de bleus.

De ce plein bleu trop salé,

Que la mer tous les jours m’a inventé.

J’entends,

J’attends.

C’est le long cri.

Long cri du souvenir de l’en dedans.

Il remonte,

Trempé jusqu’à l’os de mes mots,

Se présente à la grille rouillée de mon parc à rimes.

Sourires,

Il est si tard pour la fouille.

Les poches se vident…

Sur la table, s’étalent les vers.

«Dans la marge, vos mots coupants, vous déposerez!»

Les lames ne franchissent pas le détecteur.

Les larmes seules sont admises.

J’ai tant de rêves qui vibrent.

Entends,

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Mes Everest, Léo Ferré…

Un extrait, maintes fois lu et relu de la préface à « poètes vos papiers ». Je ne m’en lasse pas

La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n’être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie ; elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche. Il faut que l’œil écoute le chant de l’imprimerie, il faut qu’il en soit de la poésie lue comme de la lecture des sous-titres sur une bande filmée : le vers écrit ne doit être que la version originale d’une photographie, d’un tableau, d’une sculpture.
Dès que le vers est libre, l’œil est égaré, il ne lit plus qu’à plat ; le relief est absent comme est absente la musique. « Enfin Malherbe vint… » et Boileau avec lui… et toutes les écoles, et toutes les communautés, et tous les phalanstères de l’imbécillité ! L’embrigadement est un signe des temps, de notre temps. Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes. Les sociétés littéraires sont encore la Société. La pensée mise en commun est une pensée commune. Du jour où l’abstraction, voire l’arbitraire, a remplacé la sensibilité, de ce jour-là date, non pas la décadence qui est encore de l’amour, mais la faillite de l’Art. Les poètes, exsangues, n’ont plus que du papier chiffon, les musiciens que des portées vides ou dodécaphoniques – ce qui revient au même, les peintres du fusain à bille. L’art abstrait est une ordure magique où viennent picorer les amateurs de salons louches qui ne reconnaîtront jamais Van Gogh dans la rue… Car enfin, le divin Mozart n’est divin qu’en ce bicentenaire !
Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Qu’importe ! Aujourd’hui le catalogue Koechel est devenu le Bottin de tout musicologue qui a fait au moins une fois le voyage à Salzbourg ! L’art est anonyme et n’aspire qu’à se dépouiller de ses contacts charnels. L’art n’est pas un bureau d’anthropométrie. Les tables des matières ne s’embarrassent jamais de fiches signalétiques… On sait que Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes, que Beethoven était sourd, que Ravel avait une tumeur qui lui suça d’un coup toute sa musique, qu’il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok, on sait que Rutebeuf avait faim, que Villon volait pour manger, que Baudelaire eut de lancinants soucis de blanchisseuse : cela ne représente rien qui ne soit qu’anecdotique. La lumière ne se fait que sur les tombes.

Poèmes de jeunesse : « la révolte »

Les mots d'Eric

La révolte était devenue

Une autre décoration de combats intellectuels

Pour le snobisme

De ceux qui flirtaient avec l’angoisse

Du pauvre

Qu’ils achetaient

Chez les bradeurs d’inhumanité

Qui vendent

Du sourire aux enchères du sentiment

Et qui cultivent des jardins d’utilité

Des jardins de pitié

Pour le botin du beau monde

Qui pissent leur ba ba quotidien

En rotant la nuit qu’ils ont volée

Aux autres

Aux angoissés

Aux vrais

L’uniforme de leur porcherie

Leur fait peur

Parce qu’ils se sentent loin

Parce qu’ils se sentent loin

Alors ils trichent

Ils se déguisent

Ils prostituent la vérité

En l’obligeant à coucher

Avec ceux qui l’ont déjà tuée

En l’oubliant

Ils s’écologisent le dimanche

En se confessant à la rivière

Qu’ils assassinent à petites semaines

Mais y savent pas

Eux ils comptent

Eux ils produisent…

Juin 1980

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Recette d’espoir…

Une belle et ronde marmite vous choisirez
Sur le bord d’une fenêtre
Tournée vers l’ouest
Délicatement vous la poserez
Vous l’oublierez
Vous rêverez
Quand le silence aura mijoté
Débordé
Vous la retrouverez
La ramènerez
Sur le feu doux et impatient

Quelques mots doux et sucrés
Vous aurez épelés
Au fond de la casserole vous les jetterez
Votre bouquet de rimes épicées
Vous ajouterez
Couvrez
Chantez
Salez
Sautez

Et pour finir
Servez

Oui j’allais oublier
D’un vin blond au souffle long et coquin
Vous l’arroserez

Onfkkk….

Une micronouvelle publiée au lancement de ce blog…

Les mots d'Eric

Il neigeait fort depuis plusieurs heures. Le silence prenait
de plus en plus de place, tout était étouffé, amorti, pas le moindre
craquement. C’était l’empire du coton. Il n’était pas sorti, préférant la
chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes,
bottes, pulls et manteau. Bref il hibernait. Parfois il tirait un peu le
rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout était simple.

Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire.
Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en
plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui ployant sous le
poids de cette neige lourde n’ont pas résisté. Non ce qui est curieux c’est que
cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme
quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand

Voir l’article original 299 mots de plus

Tous les murs sont achevés…

Il est déjà tellement tard
Plus rien n’est à commencer
Tous les murs sont achevés
Les regards se sont affadis
Les épaules sont entrées
Le visage est affalé

Pourtant

Pourtant il faudrait
Il faudrait ouvrir des fenêtres
Laisser entrer des éclats de rêves mauves et bleutés
Et soudain redresser le menton
Bomber le torse
Et contempler en riant
Le souvenir d’un arbre lointain

Poèmes de jeunesse. « Peur d’écrire »

Les mots d'Eric

J’ai retrouvé ce très court texte, écrit fin 1980, qui exprime comme souvent après une période de disette, cette peur d’écrire, de reprendre la plume

J’ai peur d »écrire,

Comme si l’autre poésie,

Celle qui dort,

Là ,

Fière sur le papier

Allait porter un jugement

Sur la nouveauté.

J’ai peur et mes mots

En transpirent

A quand le passé décomposé ?

Décembre 1980

Voir l’article original

Apprendre à se taire…

Il faudrait pourtant apprendre à se taire. Apprendre à ne rien dire. Oui, ne rien dire de ce qui sera toujours de trop. Prendre le temps de sentir, de ressentir et puis écouter, toucher, entendre, simplement. Il faudra apprendre à se confronter au silence, en apprécier la douceur. Il faudra apprendre à ne plus prendre le risque de d’abîmer les envies de sourire, de se serrer, de se retrouver et tout cela pour exister. Exister, résister, éliminer du champ de batailles de nos envies retrouvées, toutes ces paroles inutiles qui emplissent déjà de lourds silos de haines ordinaires. Il faudra éliminer tout ce bruit qui nous enterre, ce bruit qui nous fait mal. Ne plus commenter, essayer de comprendre, essayer simplement ou alors ne rien dire…

Mes Everest, René Char : « Le jugement d’octobre »

Joue contre joue deux gueuses en leur détresse roidie ;
La gelée et le vent ne les ont point instruites, les ont négligées;
Enfants d’arrière-histoire

Tombées des saisons dépassantes et serrées là debout.
Nulles lèvres pour les transposer, l’heure tourne.
Il n’y aura ni rapt, ni rancune.
Et qui marche passe sans regard devant elles, devant nous.
Deux roses perforées d’un anneau profond
Mettent dans leur étrangeté un peu de défi.
Perd-on la vie autrement que par les épines?
Mais par la fleur, les longs jours l’ont su !
Et le soleil a cessé d’être initial.
Une nuit, le jour bas, tout le risque, deux roses,
Comme la flamme sous l’abri, joue contre joue avec qui la tue.

Attente ferroviaire : 1

Je republie quelques portraits

Les mots d'Eric

Le 25 février 2005, j’ai écrit ce texte que je viens de retrouver et que je publie en deux parties.

L’air est glacial, coupant, comme
un rasoir neuf sur une peau juvénile. Il a laissé tourner le moteur de sa voiture,
encore quelques instants, pour s’emplir de cette chaleur aux senteurs
mécaniques, qui donne encore pour quelques instants l’illusion du bien-être. Lorsqu’il
est sorti, qu’il a claqué la portière, il a perçu comme un rétrécissement. Il est
encore plein de ces sensations «ouateuses» que laissent une nuit
sous une couette. Le train est annoncé dans un quart d’heure. Il attendra dans
le grand hall d’accueil. Il aime ses petits moments de presque rien, où on sent
chaque minute qui passe laisser sa trace grise dans la chair. Il est un habitué
du lieu, mais pas de cet horaire. Il est de ceux qui entrent dans le train,
avec des souliers…

Voir l’article original 249 mots de plus

Anton prend le TGV…

Je retrouve des bouts de textes, tous mes travaux pour le projet de mon quatrième roman. En voici un que j’aime beaucoup

Anton prend régulièrement le TGV, le lundi matin depuis qu’il a décidé de se présenter aux élections. Si au début il trouvait cela plaisant, surtout dans les compartiments de première classe, là franchement il n’en peut plus. Il ne supporte plus. Il en devient presque agressif, au moins dans le regard.
Ceux qui peuplent ces espaces de privilégiés deviennent rapidement insupportables. Lorsqu’ils entrent dans le wagon on dirait de petits généraux en campagne, entrant en conquérant sur un champ de bataille sans combattants. Leurs toutes premières obsessions, armés de leurs billets numériques c’est de vite prendre possession du petit périmètre de velours que la compagnie ferré leur a provisoirement attribué.
Et pendant deux heures ils occupent, ils colonisent. C’est leur espace, leur territoire, ils le marquent. Tout dans leur être est une insulte à la beauté, à la vérité. Petits coqs frustrés, mais si fiers de ce pouvoir qu’ils pensent détenir, ils se répandent, ils se répondent, de la voix, du corps. A plusieurs ils ne conversent pas, ils sont continuellement dans la parole utilitaire. Leurs mots ne sentent rien et Anton ne ressent rien. Ce sont des mots tous droits sortis de manuels de management, ils les envoient sans pitié pour les pauvres oreilles de Anton.
Anton lui est assis dans son fauteuil, et il a posé sa tête contre la vitre. Leurs mots sont une souffrance, ce sont des mots chiffres, remplis de courbes et dans leurs regards on sent l’inquiétude : « ai-je été entendu ? Il faut bien se persuader qu’on existe… Faussement décontractés ils travaillent une espèce d’affalement soigné, juste pour que le costume soit légèrement froissé preuve qu’ils y étaient eux dans le TGV du lundi matin.
Anton les regarde, et navigue entre la colère, la tristesse et le dégout.

La norme et la beauté : le retour…

Les mots d'Eric

Il y a bien longtemps que norme et beauté ne s’étaient rencontrées. Il est vrai que l’une comme l’autre avaient pris soin sur les injonctions de la police sanitaire de prendre et surtout de garder de la distance. Mais ce qui devait arriver arriva et les deux rivales ont fini par se retrouver. La norme dont on sait déjà qu’elle aime tout contrôler a donc pris la décision de convoquer la beauté.

– Gardez vos distances beauté ou alors restez masqué. En aucun cas vous ne devez me contaminer.

– Ne vous inquiétez pas je resterai masquée et ainsi vous n’aurez pas à supporter mon sourire bucolique…

– Bien, ceci étant dit chère beauté, encore une fois quel besoin aviez vous d’aller vous compromettre en ce lieu que je vous ai déjà interdit. Un parking de supermarché, et pourquoi pas un immeuble désaffecté quand on y est ?

-Voyez vous…

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Ouvrez les fenêtres…

Ne me parlez plus de votre monde de demain !

Je vous en prie,

Ne m’en parlez plus…

Regardez,

Ouvrez vos yeux endoloris…

Et surtout, surtout,

Prenez le temps de ne rien dire.

Une à une ouvrez ces fenêtres,

Que vous aviez condamnées.

L’ailleurs vous fait peur,

Le lointain vous effraie ?

Il est temps,

Il faut vous relever !

Retrouvons la norme et la beauté

Les mots d'Eric

Il y a bien longtemps que nous n’avions entendu les chamailleries de la norme et de la beauté. Grâce à cette magnifique photo transmise par mon ami Roland, de Martigues, elles se sont réveillées…

Plage des Laurons, Martigues

La norme et la beauté, n’en finissent jamais de se chamailler. Leurs désaccords sont profonds. Je vous laisse juger…

Beauté: Ce soir je suis heureuse, tellement heureuse, ce n’était pas simple mais j’y suis arrivée.

Norme: De quoi me parles-tu? De ce gribouillis fumeux que tu es allée me poser sur cette horrible plage que je me tue à dissimuler.

Beauté : Gribouillis fumeux, horrible plage…Chère norme, as-tu bien regardé ? Mais je m’égare…Comment la norme peut-elle simplement regarder ? Tu n’es là que pour mesurer…

Norme: Quelle impertinente! Beauté, mais as-tu simplement regardé, ces traces que tu as laissées? Que va-t-on dire? Où sont tes limites? Quatre cheminées! Et…

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Retrouvons la norme et la beauté…

Les mots d'Eric

Retrouvons la norme et la beauté qui ne parviennent pas à s’entendre, elles s’étaient déjà expliquées il y a quelques temps sur ce blog…

https://wordpress.com/block-editor/post/lesmotsderic.blog/1237

Beauté: Je vais partir,
je veux partir. Je veux qu’on m’oublie. Quelques temps peut-être, ou quelques
instants, je ne sais pas, mais je veux partir. Alors on se souviendra, on me
réclamera. Je les entends déjà: reviens, reviens…

Norme: Je ne
comprends pas ce que tu gémis. Tu veux partir c’est bien cela?

Beauté: Oui c’est cela, bien entendue chère norme,
partir, m’envoler, m’effacer….

Norme: Je ne te
comprends pas, je ne te comprends plus. Tu parles comme une enfant gâtée. Regarde,
tout est ici: regarde autour de toi, tout est là: pour réussir, pour t’imposer. Ressaisis-toi,
il faut que tu poses, il faut que tu oses.

Beauté: Tu prétends
que j’ai tout, ici, tout ce qu’il me faut, mais je ne vois rien, je…

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La Norme et la Beauté…

Je vais republier pour mes nouveaux abonnés cette série de petits dialogues entre la norme et la beauté…

Les mots d'Eric

Où l’on découvre que norme et beauté ont parfois un peu de mal à s’entendre, à se comprendre. Aujourd’hui nous retrouvons une norme «étonnée» pour ne pas dire irritée. Elle a convoqué une beauté libérée et l’interroge sur ses mauvaises fréquentations.

Norme: Que fais-tu
ici? Regarde autour de toi, ouvre les yeux, tu le vois bien, ici il n’y a
rien que tu puisses regarder.

Beauté: Ce que je
fais ici? Mais je ne fais rien, je suis, je sens, je ressens. Et toi tu
ne vois rien? Ici je suis bien, ici je suis invitée. Alors tu vois, même
pour quelques instants je vais m’installer…

Norme: Invitée?
Invitée? Toi la beauté? Mais regarde, ici tout est laid, qui t’aurait
donc invité?

Beauté: Du laid, du
laid? Suis-je à ce point aveuglée, que je n’ai rien vu de tout ce laid
que tu as décidé de m’inventer. Moi je…

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Mes Everest, Paul Verlaine : « l’heure du berger »

La lune est rouge au brumeux horizon ;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
S’endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson ;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles ;
Des peupliers profilent aux lointains,
Droits et serrés, leur spectres incertains ;
Vers les buissons errent les lucioles ;

Les chats-huants s’éveillent, et sans bruit
Rament l’air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zénith s’emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus émerge, et c’est la Nuit.

Avis de tempête…

La tempête ne souffle pas
Elle ne l’oserait plus
Dans son bouquet de vent d’ouest
Flottent des airs d’un silence fané
Nos yeux se sont usés
Sur des pages de rien
Qui défilent sans trembler
Elles sont si loin
Ces larmes de papier
Que dans un revers de main
Doucement ils aimaient caresser
Tous ont oublié
Le si beau regard bleu plissé
Du marin qui espère la lumière
A la lisière de la marge
Du rivage espéré
Enfermés
Englués
Dans des bulles de vide
Qui ont trahi nos rêves de rimes légères
Les hommes se noient sans une larme de sel

20 janvier

Deux touches de vague il a posées…

Les mots d'Eric

C’est un soir ordinaire

Vide de beau.

Et toi, homme d’en haut

Tu rêves, tu espères,

Une belle ombre à ton tableau

Sur le quai, tu as posée.

Un peintre de nuit est passé.

Quelques instants il a contemplé.

Un sourire il a taillé,

Pointes de plume il a trempées.

Deux touches de vague

Il a posées.

Sur une lourde tâche de gris,

Deux gouttes qui brillent,

En chantant, il a mélangées.

 » Ouvre les yeux, l’ami,

Tout est fini, tu seras heureux ! »

28 janvier

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Une autre poésie de ma petite fille Lisa…

Nous sommes mercredi, c’est la journée des enfants, des petits enfants. J’avais déjà publié un texte de ma petite fille Lisa, 7 ans. Elle aime beaucoup écrire et surtout de la poésie, et vous comprendrez que son papou poète est fier, très fier d’elle. Avec son aimable autorisation je publie donc son dernier texte…

Il y avait un bateau
Très beau
Qui explorait les profondeurs
Car l’heure
Passait très vite
Dans le vide
Les fruits qui s’y trouvaient
Etaient rares
Il se régalait
Tellement
Que le soleil apparut
Lulu l’avait vu
Dans ce miroir
Elle avait soif

Lisa Moine

Message du tribunal académique…

Envie de republier cette séance du tribunal académique

Les mots d'Eric

Attention il sourit…

Le tribunal académique, une fois de plus et nous en sommes vraiment désolés, est resté silencieux pendant quelques semaines.
Il faut dire que le greffier du dit tribunal a été testé positif au Clownvid 001.
Il s’agirait selon les désinformations que nous avons survolées d’un nouveau virus non encore répertorié par les principaux logiciels de reconnaissance de mauvais caractère.
Les symptômes les plus caractéristiques de cette nouvelle maladie sont très inquiétants.
Il est évident que tout sera mis en œuvre pour éviter la contamination. Le premier symptôme est celui de la parole. Les personnes atteintes, et ce fut le cas de ce malheureux greffier, se mettent soudain à parler, à voix haute et intelligible. Il convient pour ne pas commettre d’erreur de diagnostic de ne pas confondre avec le syndrome un peu plus connu dit du « monologue ».
En effet les personnes infectées non seulement…

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Ecoute petit homme…

Les mots d'Eric

Ecoute petit homme,

Ecoute.

Il est si beau ce monde qui ne dit rien.

Il est si beau ce monde,

Il te parle, c’est le tien.

Regarde petit homme heureux,

Regarde ces furieux,

Fanatiques, frénétiques,

Ils ont le cœur électrique.

Ils préparent la prière,

Hymne cathodique

Aux rimes numériques,

C’est le matin du malin.

Nuques raides, regards vides,

Les impatients sont livides,

Epuisés, lessivés,

Un long sommeil les a lavés.

Ô Nuit blanche et câline,

Ne t’épuise plus à blanchir

Ces haines rances à mourir.

Semées sur l’écran creux

De leurs rêves sans bleu.

La nuit les a libérés.

Il est l’heure,

Affamés, ils attendent

La victime par eux condamnée.

Leurs mots sont prêts

Ils vibrent, affutés, aiguisés,

Ils vont frapper!

Pas un regard pour ton monde qui sourit.

Ils attendent leurs matins numériques.

Rien ne brille, rien ne bouge.

Hystériques ils cliquent, ils cliquent,

Ils cliquent.

Et ce matin…

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Ne pars pas petit…

Ecoute petit
Ecoute le souffle bas
De ton monde qui soupire
Il n’en peut plus
Plus rien ne bouge

Regarde petit
Regarde la brume du lourd visage gris
D’un vieux monde qui s’est échoué
Sur les pâles rives
De nos peurs enfouies

Approche petit
Approche de ce grand corps affalé
Il voudrait s’étirer
Respirer
S’extirper

Reviens petit
Ne pars pas aussi loin
Il attend tant de toi
Pour avaler son chagrin

Lundi frileux…

C’était un lundi, c’était il y a un an… Presque rien n’a changé…

Les mots d'Eric

Ce matin 7 h 10

C’est un lundi frileux

Tu le sens, tu l’entends,

Ton souffle sonne creux.

Tu pousses la porte

Le froid est là, vif et bleu.

Il est prêt et attend.

C’est long une nuit de feu

A se prendre au sérieux.

Il est là, nu et noir brillant,

Il te tend deux bras noueux

Prends un peu de temps et regarde le…

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23 h 17, version intégrale…

Et voici pour clôturer la publication en cinq parties, la version intégrale de cette nouvelle que j’ai beaucoup aimé écrire. N’hésitez pas à me donner votre avis…

23 h 17…

« Une nouvelle de Eric Nédélec pour Alice : 12 décembre 2020 »

1

« Eh papa, n’oublie pas, cette année j’ai vingt-cinq ans ! C’est l’année de ma nouvelle. Je te le rappelle parce que je te connais tu vas t’y mettre la veille…

C’est vrai que dans cette famille, c’est devenu une tradition. Le plus vieux des quatre enfants aujourd’hui âgé de trente-cinq ans a eu le privilège d’ouvrir ce bal littéraire. C’était il y a dix ans et à quelques années d’intervalle, les deux autres ont aussi bénéficié du même traitement.

  • Pour vos 25 ans je vous écris une nouvelle !

Voilà c’est comme ça : en quelque sorte c’est écrit.

C’est écrit.  Mais il faut l’écrire…

Le voici arrivé à la quatrième : la dernière, la petite dernière… Disons-le tout net : il y pense ! Pas tout le temps : mais il y pense… Il cherche, il tâtonne. Plus la date approche, plus il est inquiet.

Très inquiet même. On le voit parfois, dehors sur la terrasse, il regarde le ciel, la cime des arbres, les nuages qui roulent comme des vagues.

  • Qu’est-ce que tu fais encore papa ?
  • J’écoute, j’attends, j’entends…
  • N’oublie pas…

Pourtant chez lui, la peur d’écrire n’existe pas. Il est même dans une période où il écrit beaucoup, peut-être trop. Bref, ça le « travaille ». Il a peur. Ce n’est même pas la peur d’être mauvais.  Non le pire pour lui serait d’être moyen, dans cet entre-deux un peu mou.  Son angoisse est de ne pas réussir à poser sur le papier tout ce qu’il entend dans ce qu’il appelle souvent l’arrière-pays de sa tête. Ne pas écrire quelque chose de banal, à côté de la plaque. Il faut des idées, les rassembler et surtout, surtout, trouver un fil conducteur.

Un fil conducteur, ou une lumière. Une belle lumière.

Alors il écrit. Les feuilles sont là, lisses et blanches. Il les caresse, les sent. Il respire.

Et l’inspiration jaillit. Au début quelques larmes, et puis un long sanglot, une rivière, un torrent. Les idées coulent sur le papier. Les mots, des phrases, des souvenirs, des images, des personnages, des caractères, des inventions, des convictions.

Et la lumière encore, toujours…

Tout cela fait un joli fatras. Fatras, il est beau ce mot. Mais il y a encore mieux : il y a taffetas. Le taffetas que forment les tas de feuilles. Tas de feuilles posés ici ou là, traces de ses inspirations.

C’était le premier mardi de novembre : le trois pour être précis. Fatiguée elle s’est levée pour aller se coucher, s’est arrêtée au milieu de l’escalier de la mezzanine et brusquement s’est retournée avec un sourire mi ironique mi inquiet.

  • Eh papa n’oublie pas, mais vous connaissez la suite…

Et là, il a eu comme un moment de panique. Une bouffée d’angoisse.

La nouvelle, sa nouvelle, les papiers, les feuilles. J’ai écrit, c’est fini. Oui presque fini mais, les feuilles, oui les feuilles, où sont-elles ? Où sont-elles passées ? Où se sont-elles envolées ?

J’aurai dû écrire sur un carnet, pas sur des feuilles volantes. Curieuse cette expression : feuilles volantes… Il pense aux feuilles mortes ; elles s’accrochent, elles résistent, et puis elles tombent ou s’envolent. On est en novembre, ce mois si gris où les feuilles tremblent, tremblent et meurent.

On est en novembre. C’est aussi le mois où les feuilles blanches se remplissent.

Où se sont-elles envolées ces feuilles volantes ?

Arrivée dans sa chambre, elle sourit. Un joli, un vrai sourire intérieur qui brille sur le visage comme une petite flamme. Elle aime taquiner : son papa, les autres. Elle le fait toujours avec légèreté et ce magnifique sourire intérieur qui se devine derrière le miroir des yeux.

Avant de se coucher, elle s’astreint à quelques rites immuables, indispensables. Des rites qu’on ne croirait réservés qu’à celles et ceux dont on trouve qu’ils sont un peu raides, un peu rigides mais certainement pas à la saltimbanque de la famille.

Mais qu’on le veuille ou non les artistes, et c’est une artiste, une artiste de la lumière, sont des personnes organisées, ordonnées.

Chaque soir il y a de façon immuable une liste de choses à faire. Parmi celles-ci, ce soir, justement, elle a prévu de relire ce magnifique texte sur les artistes. Un texte de Léo Ferré. Léo Ferré un artiste. Peut-être le plus grand.

Les artistes,

Ils vous tendent leurs mains et vous donnent le bras

Vous les laissez passer, ils ne sont pas à vous

Les artistes

Ils sont le clair matin dans vos nuits des tempêtes

Ils sont le soleil noir de vos étés d’hiver

Ils chantent dans la nuit à vos tempes muettes

Ils plantent la Folie au fond de vos galères !

2

Elle s’endort vite.  Enfin c’est ce qu’elle supposera peut-être demain.

Elle dira.

  • Je me suis endormie tout de suite,

Mais comment le savoir, saisir le moment, précis où on plonge de l’autre côté ? Alors oui elle dit qu’elle s’endort vite, très vite, toujours.  Elle rêve beaucoup. Des rêves touffus, comme un champ d’herbes sauvages. Ce sont de véritables histoires, des épopées même. Elle s’endort en se disant, ou peut-être qu’elle entend quelqu’un lui murmurer.  

  • J’espère que pour terminer sa nouvelle il ne va pas te faire le coup de la chute classique : « et elle se réveilla car tout cela n’était qu’un rêve ! »

Un rêve. Comme si tout cela ne pouvait être qu’un rêve

Elle ne dort jamais les volets fermés. Peut-être ce besoin de lumière. Cette lumière qui même la nuit est là, tapie, dans l’ombre.  

Dehors un bruit de feuilles mortes. Bruit qui craque, qui froisse. Et une odeur : un mélange d’humide et de sec. Elle dort. Profondément.

Quand elle s’est levée, comme toujours, elle s’est étirée. Elle a souri en regardant la lumière douce du matin qui entre discrètement.

C’est un joli matin de novembre.

Quelques grains de poussières flottent. Ils sont suspendus à ce qui ressemble quand même à un magnifique rayon de soleil.

Elle a rêvé encore, beaucoup. Mais curieusement aujourd’hui elle ne se souvient de rien. De toute façon elle n’aura pas le temps de chercher à se souvenir.  Elle a tellement à faire aujourd’hui. Une liste, longue, hétérogène, échevelée. Elle l’a inscrite sur un carnet. C’était hier soir. Cela fait partie des rites. Elle aime tant les carnets, elle en plusieurs, un pour chaque usage. Carnet pour les voyages, carnet pour les spectacles, carnet pour les rêves, carnet pour les mots qu’elle aime, carnet pour dessiner la lumière, carnet pour son chat. Elle aime tellement son chat qu’elle lui consacre un carnet, rien que pour lui, et comme elle a le sens de l’humour, sur la couverture, elle a noté « Charnet » …

Sur le carnet aux rêves, elle écrit presque tous les matins. Les carnets, ses carnets. Ils sont tous là rangés, alignés, au pied de son lit. Fidèles compagnons

Mais ce matin, c’est le vide.  Ils n’y sont plus. Il n’y a plus rien, ou presque. Il n’en reste qu’un seul.  Elle ne le connait pas. C’est un gros carnet.  Les autres ont dû glisser sous le lit.

C’est curieux quand même !  Glisser sous le lit…Elle sourit, ses yeux se plissent. Elle est certaine qu’hier soir, comme tous les jours elle a écrit quelques lignes. Sur chacun d’entre eux.

Hier soir. Quelques lignes : sur son carnet, sur ses carnets. Elle ne souvient pas ou mal.

Un carnet.  Un seul.  Il est là.

Il n’y a rien. Elle le sait, elle le sent. Elle ne l’ouvre pas. Il est peut-être trop tôt.

Dehors un chien aboie. Un aboiement lourd qu’elle connaît bien, même s’il y a bien longtemps que…

Bien longtemps qu’il est parti. Quelque part, ailleurs, dans la nuit des chiens. La nuit des chiens.  Elle se souvient ; cette phrase, ces mots. Léo Ferré.

Ce n’est pas de son âge d’écouter Léo Ferré.  C’est ce que certains lui ont dit. Léo Ferré : sa chienne qui n’avait que trois pattes : « elle est partie, Misère, dans des cachots, quelque part dans la nuit des chiens… »

Un chien aboie. Il aboie. Elle entend. Frissons.

Bruit de feuilles. Se pencher à la fenêtre et observer. Non : ne pas modifier l’ordre, l’ordre du monde, de son monde. Se lever, s’étirer, vérifier que tout est en place.

Les carnets, le carnet.

Le carnet. Elle ne le reconnait pas. Il faut qu’elle le lise, qu’elle se relise. Elle s’assied au bord du lit, le carnet est ouvert sur ses genoux. La lumière est si belle, caressante, une lumière qui invite les sourires.

Elle sourit. Elle est bien.

3

C’est bien son écriture. Comme s’il pouvait en être autrement.  Comme s’il était possible d’en douter. Mais elle doute. Tout est si étrange ce matin : la lumière, l’aboiement de ce chien. Sa légèreté.  Elle n’a presque pas eu besoin de s’étirer. Pas mal au dos ce matin.

Elle commence à promener ses yeux sur les dernières pages. Elles ont été noircies hier soir. C’est écrit :  il y a la date : « mardi 3 novembre, 23 h 17 ». C’est étrange, elle ne se souvient pas, elle avait tellement sommeil.

Elle commence sa lecture : « une fois n’est pas coutume avant de m’endormir j’ai besoin de raconter mon rêve. Mais pas celui de la veille, non celui de la veille c’est le matin que je le raconte. Non je veux raconter celui de maintenant enfin de tout à l’heure de cette nuit. Je veux faire cette expérience ; je veux écrire le rêve que je n’ai pas eu, pas encore, et puis m’endormir. On ne sait jamais, je vais commencer et lorsque je m’endormirai, le carnet glissera par terre, comme une feuille volante et moi dans le sommeil.

Une feuille volante. Comme un signe.

« Tout a commencé par un aboiement : il me réveille et lorsque je me lève, ma chambre n’est plus la même, à commencer par la tapisserie. Il est curieux ce papier peint, blanc, couvert de graffitis, de mots, des mots que j’aime. La fenêtre est ouverte : j’entends toujours cet aboiement, et une rumeur, la rumeur de la ville. Ce doit être une ville étrangère parce que je ne saisis ni ne comprends aucun mot.  Je me lève, je me sens légère, vaporeuse presque, m’approche de la fenêtre ; enfin j’essaie, car elle est loin, de plus en plus loin, elle s’éloigne. Mais j’entends toujours le brouhaha de la ville. Je ne sais pas où je suis, j’ai dû dormir trop profondément. Un aboiement. Ce mur, avec tous les mots que j’aime… »

Elle est toujours assise au bord du lit. Elle a tourné la page. Le dernier mot qu’elle a écrit avant de s’endormir est tremblant le e de aime s’affaisse en dessous de la ligne. Mais la page est blanche. Il faut qu’elle se souvienne. Que s’est -il passé ensuite ? Elle ne se rappelle pas : son expérience n’a pas fonctionné.

Elle aimerait tellement pouvoir raconter la suite. Une autre fois peut-être. Après tout, se dit-elle, je suis peut-être encore en train de rêver, je vais me réveiller…

Me réveiller. Et les carnets : où sont-ils ?  Elle doute maintenant.  Elle les a peut-être oubliés.  Ou alors elle ne les a pas tous sortis. Elle hésite. Elle n’est jamais au même endroit, un jour chez l’une, une nuit chez l’autre. C’est une nomade, une nomade organisée.

Elle va prendre l’air. Il faut qu’elle prenne l’air. Rien de tel pour se remettre les idées en place. Nous sommes en novembre. La fraîcheur lui fera du bien. Elle s’approche de la fenêtre, ferme les yeux, prend une longue inspiration.

Aboiements, bruits de rue, chants, cris. Elle n’est pas chez elle ; elle ne se retrouve pas. Peut-être a-t-elle trop dormi ? Cela lui arrive parfois : ne plus savoir où on se trouve. Cette rue, là juste sous sa fenêtre, étroite, très étroite, en face juste en face des murs blancs. Quelques fenêtres attrapent des rayons de soleil et les envoient.

Elle est belle cette lumière. Si belle…

Elle ferme la fenêtre. Sortir de la chambre. Il faut que je sorte de cette chambre. La porte est fermée. Chaque pas qu’elle fait est lourd. Comme si elle était engluée dans du sable mouvant. Elle ouvre la porte. Ici, il fait encore nuit. Pourtant il y a quelques instants elle sentait les rayons du soleil qui lui caressaient la peau…

Ici il fait encore nuit. Elle distingue le son d’une télé.  Un son familier. Je rêvais dit-elle… Mais où, quand. Elle sourit : « et si tout cela n’était qu’un rêve » et ce que lui disait son père « et si nous n’étions tous que le rêve d’un papillon ».

Elle sourit. Pourvu qu’ils ne se réveillent pas : son père, le papillon…

Elle ne sait pas, elle ne sait plus. Elle avance.  Jusqu’à la cuisine.

Tout est normal. Boire un verre d’eau. Il le faut.

Elle regarde la pendule : elle marque 23 h 17.

  • Tiens j’aurai pensé avoir dormi plus.

Elle ne fait pas de bruit. Elle entend le son de la télévision. Le plancher craque.  

  • Je vais aller me recoucher.

4

Elle est retournée dans sa chambre.  Son lit est en pleine lumière, la lumière d’un si beau jour. La fenêtre est toujours ouverte, les chiens aboient, on entend des enfants qui jouent, ils crient, dans une autre langue. Elle aime tellement voyager.

Il faut reprendre le carnet, la lecture, écrire peut-être. Se souvenir :  23 h 17…

Elle l’a écrit. Elle ne sait pas, ne sait plus, lit ce qu’elle a écrit, l’histoire de ce rêve commencé, pour qu’il se fabrique, pour qu’il entre à l’intérieur

Le 23 h 17 du carnet. Le 23 h 17 de la cuisine. Curieuses ces heures, l’une est lourde, poisseuse, engluée de noir et l’autre est légère pleine de soleil. Elle la sent, là, sur la peau, par la fenêtre. Elle poursuit sa lecture.  

…La fenêtre est ouverte, et j’entends toujours cet aboiement, et une rumeur, la rumeur de la ville, une ville étrangère parce que je ne saisis ni ne comprends aucun mot, je me lève, je me sens légère, vaporeuse presque, et m’approche de la fenêtre, enfin j’essaie, car elle est loin, de plus en plus loin, mais j’entends toujours le brouhaha de la ville. Je ne sais pas où je suis, j’ai dû dormir trop profondément. Un aboiement, et ce mur, avec tous les mots que j’aime….

Elle poursuit sa lecture, l’écriture est plus tremblante, certaines lettres à la fin des mots coulent, elles s’effondrent même, le sommeil devait être proche.

Ce rêve est étrange, je ne l’ai pas encore eu, mais je le sens tellement.  Il est là en moi ; ce n’est pas un rêve, c’est un désir. Un désir de lumière ; ces lumières dont on dit qu’elles sont chaudes : lumières du sud, lumières qui sentent le pain qui sort du four.  J’ai sommeil, je sens que mes yeux papillonnent ; ils vont se fermer ; je n’ai pas fini. Il ne faut pas que je finisse, les mots restent suspendus là, ils planent au-dessus de mon carnet, et ils se poseront tout à l’heure sur mes paupières qui se fermeront et le rêve se poursuivra et demain je me réveillerai et je le raconterai. Un aboiement, au loin, des cris d’enfants, des femmes emplies de couleurs….

Elle est parvenue au bas de la page. C’est ce qu’elle a écrit hier soir, juste avant de s’endormir à 23 h 17 ou un peu plus tard. Le temps qu’il faut pour écrire sur cette page de carnet.

Et maintenant elle est là assise, au bord du lit, il faut qu’elle tourne la page, la nuit est finie, elle a rêvé, il le faut. Raconter, écrire, la suite, ce qui s’est passé pendant cette nuit.

Elle tourne la page, elle est pleine, remplie, la suivante aussi et celle d’après, et toujours plus, elle feuillette fébrilement, le carnet est plein.

Toutes les pages sont noires. Une écriture serrée, nerveuse. Elle ne se souvient pas. Quelques lignes encore. Il faut qu’elle lise quelques lignes

Un aboiement, au loin, des cris d’enfants, des femmes emplies de couleurs….

Ce sont les derniers mots qu’elle a écrits.  C’est sûr, certain, elle s’en souvient.

Elle poursuit sa lecture.

J’ai ouvert la fenêtre. Dehors il fait grand jour, et je reconnais cette petite rue étroite, c’est au Chili. A Santiago. Je me penche ; dans la rue en bas, je reconnais, mon père, il lève la tête, l’aboiement que j’entends est celui de mon chien notre chien. C’est drôle ce gros chien des montagnes, ici dans cette ville chaude. Mon père me parle, je ne comprends pas tout de suite mais il me dit de descendre, de venir le rejoindre. On ira se promener. Je lui dis d’accord. Je ferme la fenêtre et je veux pousser la porte. C’est impossible elle est lourde, si lourde.

Elle ne comprend plus rien, elle a l’impression d’être dans une boucle qui n’en finit plus. Les pages du carnet sont remplis d’une écriture fine, régulière, c’est son écriture. Elle ne sait pas que faire, elle ne sait plus. Elle est partagée ; elle est comme dans un rêve. Son rêve qu’elle n’a pas fini, mais qu’elle a déjà raconté, c’est écrit là, elle le sait, il y a la suite.

…et je veux pousser la porte mais c’est impossible elle est lourde, si lourde.

La phrase d’après. Il le faut. Une seule, pour savoir, pour comprendre.

Chaque pas que je fais est lourd, comme si j’étais engluée dans du sable mouvant ; j’ouvre la porte, il fait encore nuit. Ici il fait encore nuit, et pourtant il y a quelques instants je sentais les rayons du soleil qui me caressaient la peau ? Ici il fait nuit, encore, j’entends le son d’une télé, un son familier. Je me dis que je rêve e… Mais où, quand. Je repense en souriant « et si tout cela n’était qu’un rêve » ou ce que me dit mon père « et si nous n’étions tous que le rêve d’un papillon ». Je souris. Pourvu qu’il ne se réveille pas : mon père ou le papillon…

Elle ne lit plus, elle est certaine qu’elle sait déjà ce qu’il y a d’écrit. Elle le sait.

Elle est dans le brouillard. Se réveiller, s’endormir.  Entre les deux. C’est si compliqué. Inspirer, souffler.  Il faut qu’elle le fasse.

Et l’heure, quelle est-elle, ou est-elle ?

5

  • Alors Alice tu en penses quoi ?
  • Ouais, c’est cool, je n’ai pas tout compris mais c’est cool…
  • C’est peut-être un peu tordu non, tu ne trouves pas que je me suis un peu compliqué la vie, dis-moi franchement

Ils sont quatre autour de la table. Des amis, des vrais, on comprend tout de suite aux regards qu’ils se portent, qu’ils se connaissent parfaitement, profondément, et qu’ils s’aiment.  Oui surtout qu’ils s’aiment. Dans ce bar ils sont chez eux, Alice rit, souvent, fort, très fort. Derrière le bar, le patron sourit. Alice il l’aime beaucoup lui aussi. Elle est de ces clientes qu’on aime voir entrer. Quand elle ouvre la porte tu te rappelles pourquoi tu vis.

Il les observe depuis un moment, il sait qu’ils ont un projet de pièce, ils en ont parlé. Une pièce qui assemble leurs amitiés, une pièce qui leur ressemble. Ils sont souvent là.  Il les entend, chacun avec leurs carnets ; la plus bavarde c’est Alice.  Dans son sac elle a toujours son carnet à rêves. Il entend. Et les trois autres l’écoutent, Gabriela est dramaturge, elle prend des notes. Il entend elle pose des questions, elle raconte, elle aussi, pas comme Alice, elle ne lit pas, ce ne sont pas ses rêves qu’elle raconte, c’est sa vie, ses souvenirs enfin il le suppose. Il aime sa voix, son accent, elle est née au Chili. Elle est en France depuis 12 ans, elle veut retenir au pays avec un projet.

Ils viennent depuis plusieurs semaines tous les soirs, au début c’était Alice qui parlait le plus. Maintenant elle prend des notes. Elle fait des croquis.  Et puis il y a les deux autres, Fabrice et Tonio. Eux ce sont des comédiens, ils écoutent, ils attendent.

Le premier soir où ils sont venus tous les quatre je me souviens que Alice était impatiente de lire son carnet à rêve. Mais Gabriella, comme souvent a parlé la première, elle venait de recevoir une carte postale de sa famille à Santiago, la photo d’une rue étroite, lumineuse, avec des enfants qui jouent, un chien, les façades sont ocres, toutes les fenêtres sont fermées sauf une. On y distingue un visage.

Alors Alice tu en penses quoi, franchement elle n’est pas trop tordue mon histoire ?

Fabrice et Tonio se regardent.  Ils ont aimé ce texte, ils ont déjà quelques idées à suggérer.

Alice les regarde aussi, elle n’aime pas forcément parler en premier. Alors oui elle a dit que c’était cool, c’est le mot qu’elle aime utiliser, comme le signe de ponctuation de la tendresse qu’elle a pour beaucoup, mais là elle comprend qu’il faut en dire plus.

  • C’est un peu compliqué, comme tu dis, mais de toute façon la vie c’est un peu compliqué non ? Mais là oui franchement j’aime bien les contrastes, j’ai déjà pas mal de trucs en tête,
  • Et vous vous en pensez quoi Fabrice, Tonio ?
  • Nous on vous suit. On signe, mais là on ne veut pas faire les vieux il faut qu’on rentre

Alice se tourne vers moi, je suis affalé, contre mon bar, je les écoute. Je suis bien.

  • C’est quelle heure Max ?

Je les aime tous les quatre, ils ne sont pas comme tout le monde, leurs smartphones ne sont jamais posés sur la table, ce sont des objets qu’ils n’utilisent que très peu m’ont-ils expliqué. Alors l’heure ils aiment la demander et je suis tellement heureux de la leur offrir

  • C’est quelle heure Max ?
  • 23 h 17 les amis…

23 h 17, cinquième et dernière partie…

5

  • Alors Alice tu en penses quoi ?
  • Ouais, c’est cool, je n’ai pas tout compris mais c’est cool…
  • C’est peut-être un peu tordu non, tu ne trouves pas que je me suis un peu compliqué la vie, dis-moi franchement

Ils sont quatre autour de la table. Des amis, des vrais, on comprend tout de suite aux regards qu’ils se portent, qu’ils se connaissent parfaitement, profondément, et qu’ils s’aiment.  Oui surtout qu’ils s’aiment. Dans ce bar ils sont chez eux, Alice rit, souvent, fort, très fort. Derrière le bar, le patron sourit. Alice il l’aime beaucoup lui aussi. Elle est de ces clientes qu’on aime voir entrer. Quand elle ouvre la porte tu te rappelles pourquoi tu vis.

Il les observe depuis un moment, il sait qu’ils ont un projet de pièce, ils en ont parlé. Une pièce qui assemble leurs amitiés, une pièce qui leur ressemble. Ils sont souvent là.  Il les entend, chacun avec leurs carnets ; la plus bavarde c’est Alice.  Dans son sac elle a toujours son carnet à rêves. Il entend. Et les trois autres l’écoutent, Gabriela est dramaturge, elle prend des notes. Il entend elle pose des questions, elle raconte, elle aussi, pas comme Alice, elle ne lit pas, ce ne sont pas ses rêves qu’elle raconte, c’est sa vie, ses souvenirs enfin il le suppose. Il aime sa voix, son accent, elle est née au Chili. Elle est en France depuis 12 ans, elle veut retenir au pays avec un projet.

Ils viennent depuis plusieurs semaines tous les soirs, au début c’était Alice qui parlait le plus. Maintenant elle prend des notes. Elle fait des croquis.  Et puis il y a les deux autres, Fabrice et Tonio. Eux ce sont des comédiens, ils écoutent, ils attendent.

Le premier soir où ils sont venus tous les quatre je me souviens que Alice était impatiente de lire son carnet à rêve. Mais Gabriella, comme souvent a parlé la première, elle venait de recevoir une carte postale de sa famille à Santiago, la photo d’une rue étroite, lumineuse, avec des enfants qui jouent, un chien, les façades sont ocres, toutes les fenêtres sont fermées sauf une. On y distingue un visage.

  • Alors Alice tu en penses quoi, franchement elle n’est pas trop tordue mon histoire ?

Fabrice et Tonio se regardent.  Ils ont aimé ce texte, ils ont déjà quelques idées à suggérer.

Alice les regarde aussi, elle n’aime pas forcément parler en premier. Alors oui elle a dit que c’était cool, c’est le mot qu’elle aime utiliser, comme le signe de ponctuation de la tendresse qu’elle a pour beaucoup, mais là elle comprend qu’il faut en dire plus.

  • C’est un peu compliqué, comme tu dis, mais de toute façon la vie c’est un peu compliqué non ? Mais là oui franchement j’aime bien les contrastes, j’ai déjà pas mal de trucs en tête,
  • Et vous vous en pensez quoi Fabrice, Tonio
  • Nous on vous suit. On signe, mais là on ne veut pas faire les vieux mais il faut qu’on rentre

Alice se tourne vers moi, je suis affalé, contre mon bar, je les écoute. Je suis bien.

  • C’est quelle heure Max ?

Je les aime tous les quatre, ils ne sont pas comme tout le monde, leurs smartphones ne sont jamais posés sur la table, ce sont des objets qu’ils n’utilisent que très peu m’ont-ils expliqué. Alors l’heure ils aiment la demander et je suis tellement heureux de la leur offrir

C’est quelle heure Max ?

  • 23 h 17 les amis…

23 h 17, quatrième partie…

4

Elle est retournée dans sa chambre. Son lit est en pleine lumière, la lumière d’un si beau jour. La fenêtre est toujours ouverte, les chiens aboient, on entend des enfants qui jouent, ils crient, dans une autre langue. Elle aime tellement voyager.
Il faut reprendre le carnet, la lecture, écrire peut-être. Se souvenir : 23 h 17…
Elle l’a écrit. Elle ne sait pas, ne sait plus, lit ce qu’elle a écrit, l’histoire de ce rêve commencé, pour qu’il se fabrique, pour qu’il entre à l’intérieur
Le 23 h 17 du carnet. Le 23 h 17 de la cuisine. Curieuses ces heures, l’une est lourde, poisseuse, engluée de noir et l’autre est légère pleine de soleil. Elle la sent, là, sur la peau, par la fenêtre. Elle poursuit sa lecture.
…La fenêtre est ouverte, et j’entends toujours cet aboiement, et une rumeur, la rumeur de la ville, une ville étrangère parce que je ne saisis ni ne comprends aucun mot, je me lève, je me sens légère, vaporeuse presque, et m’approche de la fenêtre, enfin j’essaie, car elle est loin, de plus en plus loin, mais j’entends toujours le brouhaha de la ville. Je ne sais pas où je suis, j’ai dû dormir trop profondément. Un aboiement, et ce mur, avec tous les mots que j’aime….
Elle poursuit sa lecture, l’écriture est plus tremblante, certaines lettres à la fin des mots coulent, elles s’effondrent même, le sommeil devait être proche.
Ce rêve est étrange, je ne l’ai pas encore eu, mais je le sens tellement. Il est là en moi ; ce n’est pas un rêve, c’est un désir. Un désir de lumière ; ces lumières dont on dit qu’elles sont chaudes : lumières du sud, lumières qui sentent le pain qui sort du four. J’ai sommeil, je sens que mes yeux papillonnent ; ils vont se fermer ; je n’ai pas fini. Il ne faut pas que je finisse, les mots restent suspendus là, ils planent au-dessus de mon carnet, et ils se poseront tout à l’heure sur mes paupières qui se fermeront et le rêve se poursuivra et demain je me réveillerai et je le raconterai. Un aboiement, au loin, des cris d’enfants, des femmes emplies de couleurs….
Elle est parvenue au bas de la page. C’est ce qu’elle a écrit hier soir, juste avant de s’endormir à 23 h 17 ou un peu plus tard. Le temps qu’il faut pour écrire sur cette page de carnet.
Et maintenant elle est là assise, au bord du lit, il faut qu’elle tourne la page, la nuit est finie, elle a rêvé, il le faut. Raconter, écrire, la suite, ce qui s’est passé pendant cette nuit.
Elle tourne la page, elle est pleine, remplie, la suivante aussi et celle d’après, et toujours plus, elle feuillette fébrilement, le carnet est plein.
Toutes les pages sont noires. Une écriture serrée, nerveuse. Elle ne se souvient pas. Quelques lignes encore. Il faut qu’elle lise quelques lignes
Un aboiement, au loin, des cris d’enfants, des femmes emplies de couleurs….
Ce sont les derniers mots qu’elle a écrits. C’est sûr, certain, elle s’en souvient.
Elle poursuit sa lecture.
J’ai ouvert la fenêtre. Dehors il fait grand jour, et je reconnais cette petite rue étroite, c’est au Chili. A Santiago. Je me penche ; dans la rue en bas, je reconnais, mon père, il lève la tête, l’aboiement que j’entends est celui de mon chien notre chien. C’est drôle ce gros chien des montagnes, ici dans cette ville chaude. Mon père me parle, je ne comprends pas tout de suite mais il me dit de descendre, de venir le rejoindre. On ira se promener. Je lui dis d’accord. Je ferme la fenêtre et je veux pousser la porte. C’est impossible elle est lourde, si lourde.
Elle ne comprend plus rien, elle a l’impression d’être dans une boucle qui n’en finit plus. Les pages du carnet sont remplis d’une écriture fine, régulière, c’est son écriture. Elle ne sait pas que faire, elle ne sait plus. Elle est partagée ; elle est comme dans un rêve. Son rêve qu’elle n’a pas fini, mais qu’elle a déjà raconté, c’est écrit là, elle le sait, il y a la suite.
…et je veux pousser la porte mais c’est impossible elle est lourde, si lourde.
La phrase d’après. Il le faut. Une seule, pour savoir, pour comprendre.
Chaque pas que je fais est lourd, comme si j’étais engluée dans du sable mouvant ; j’ouvre la porte, il fait encore nuit. Ici il fait encore nuit, et pourtant il y a quelques instants je sentais les rayons du soleil qui me caressaient la peau ? Ici il fait nuit, encore, j’entends le son d’une télé, un son familier. Je me dis que je rêve e… Mais où, quand. Je repense en souriant « et si tout cela n’était qu’un rêve » ou ce que me dit mon père « et si nous n’étions tous que le rêve d’un papillon ». Je souris. Pourvu qu’il ne se réveille pas : mon père ou le papillon…
Elle ne lit plus, elle est certaine qu’elle sait déjà ce qu’il y a d’écrit. Elle le sait.
Elle est dans le brouillard. Se réveiller, s’endormir. Entre les deux. C’est si compliqué. Inspirer, souffler. Il faut qu’elle le fasse.
Et l’heure, quelle est-elle, ou est-elle ?

Le monde boite bas

Et ça continue…

Les mots d'Eric

Souviens-toi passager,

Souviens-toi,

C’est un mardi,

Un petit mardi

Aux bords affaissés.

Tout va si vite,

Tant de terres traversées

Tant de terres séparées…

Souviens-toi,

Derrière la vitre,

C’est un homme qui pleure,

Personne ne le voit.

Chacun est à son clic,

Les larmes ne s’affichent pas.

L’homme regarde le monde,

Les autres ne le voient pas,

Rides sur le front,

Ils habitent le monde numérique.

L’homme pleure le monde perdu,

Son monde frissonne et boite bas.

21 janvier

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23 h 17, troisième partie…

3

C’est bien son écriture. Comme s’il pouvait en être autrement. Comme s’il était possible d’en douter. Mais elle doute. Tout est si étrange ce matin : la lumière, l’aboiement de ce chien. Sa légèreté. Elle n’a presque pas eu besoin de s’étirer. Pas mal au dos ce matin.
Elle commence à promener ses yeux sur les dernières pages. Elles ont été noircies hier soir. C’est écrit : il y a la date : « mardi 3 novembre, 23 h 17 ». C’est étrange, elle ne se souvient pas, elle avait tellement sommeil.
Elle commence sa lecture : « une fois n’est pas coutume avant de m’endormir j’ai besoin de raconter mon rêve. Mais pas celui de la veille, non celui de la veille c’est le matin que je le raconte. Non je veux raconter celui de maintenant enfin de tout à l’heure de cette nuit. Je veux faire cette expérience ; je veux écrire le rêve que je n’ai pas eu, pas encore, et puis m’endormir. On ne sait jamais, je vais commencer et lorsque je m’endormirai, le carnet glissera par terre, comme une feuille volante et moi dans le sommeil.
Une feuille volante. Comme un signe.
« Tout a commencé par un aboiement : il me réveille et lorsque je me lève, ma chambre n’est plus la même, à commencer par la tapisserie. Il est curieux ce papier peint, blanc, couvert de graffitis, de mots, des mots que j’aime. La fenêtre est ouverte : j’entends toujours cet aboiement, et une rumeur, la rumeur de la ville. Ce doit être une ville étrangère parce que je ne saisis ni ne comprends aucun mot. Je me lève, je me sens légère, vaporeuse presque, m’approche de la fenêtre ; enfin j’essaie, car elle est loin, de plus en plus loin, elle s’éloigne. Mais j’entends toujours le brouhaha de la ville. Je ne sais pas où je suis, j’ai dû dormir trop profondément. Un aboiement. Ce mur, avec tous les mots que j’aime… »
Elle est toujours assise au bord du lit. Elle a tourné la page. Le dernier mot qu’elle a écrit avant de s’endormir est tremblant le e de aime s’affaisse en dessous de la ligne. Mais la page est blanche. Il faut qu’elle se souvienne. Que s’est -il passé ensuite ? Elle ne se rappelle pas : son expérience n’a pas fonctionné.
Elle aimerait tellement pouvoir raconter la suite. Une autre fois peut-être. Après tout, se dit-elle, je suis peut-être encore en train de rêver, je vais me réveiller…
Me réveiller. Et les carnets : où sont-ils ? Elle doute maintenant. Elle les a peut-être oubliés. Ou alors elle ne les a pas tous sortis. Elle hésite. Elle n’est jamais au même endroit, un jour chez l’une, une nuit chez l’autre. C’est une nomade, une nomade organisée.
Elle va prendre l’air. Il faut qu’elle prenne l’air. Rien de tel pour se remettre les idées en place. Nous sommes en novembre. La fraîcheur lui fera du bien. Elle s’approche de la fenêtre, ferme les yeux, prend une longue inspiration.
Aboiements, bruits de rue, chants, cris. Elle n’est pas chez elle ; elle ne se retrouve pas. Peut-être a-t-elle trop dormi ? Cela lui arrive parfois : ne plus savoir où on se trouve. Cette rue, là juste sous sa fenêtre, étroite, très étroite, en face juste en face des murs blancs. Quelques fenêtres attrapent des rayons de soleil et les envoient.
Elle est belle cette lumière. Si belle…
Elle ferme la fenêtre. Sortir de la chambre. Il faut que je sorte de cette chambre. La porte est fermée. Chaque pas qu’elle fait est lourd. Comme si elle était engluée dans du sable mouvant. Elle ouvre la porte. Ici, il fait encore nuit. Pourtant il y a quelques instants elle sentait les rayons du soleil qui lui caressaient la peau…
Ici il fait encore nuit. Elle distingue le son d’une télé. Un son familier. Je rêvais dit-elle… Mais où, quand. Elle sourit : « et si tout cela n’était qu’un rêve » et ce que lui disait son père « et si nous n’étions tous que le rêve d’un papillon ».
Elle sourit. Pourvu qu’ils ne se réveillent pas : son père, le papillon…
Elle ne sait pas, elle ne sait plus. Elle avance. Jusqu’à la cuisine.
Tout est normal. Boire un verre d’eau. Il le faut.
Elle regarde la pendule : elle marque 23 h 17.

  • Tiens j’aurai pensé avoir dormi plus.

Elle ne fait pas de bruit. Elle entend le son de la télévision. Le plancher craque.

  • Je vais aller me recoucher.

Là-bas…

Là-bas , c’était il y a un an…

Les mots d'Eric

Là-bas, au bout de l’Ile d’Ouessant…

Quand le monde est si bruyant,

Qu’il couvre même le vent,

Quand les regards sont de travers,

Que les yeux se noient dans le triste amer,

N’entre pas dans l’arène!

N’aiguise pas tes lames numériques!

Fais comme tes pères,

Rêve d’Amérique!

Il faut que tu marches jusqu’au bout.

Là-bas, si loin,

Tu verras:

L’île se blottit

Entre les bras bleus de l’océan.

Là-bas, en bord de pluie

Tu verras:

Le doux demain clair

Il t’attend et sourit.  

Si tu ne peux pas partir,

Reste tête haute,

Marche jusqu’aux souvenirs.

Prends le chemin le plus malin.

Cours, vole, rêve, espère,

Souris de cet air qui te fouette !

Mais ne laisse pas gagner

La fanfare des maudits.

Laisse-les agiter, vociférer.

Demain tu verras,

Ils seront oubliés.

Voir l’article original

23 h 17… Deuxième partie…

2

Elle s’endort vite.  Enfin c’est ce qu’elle supposera peut-être demain.

Elle dira.

  • Je me suis endormie tout de suite,

Mais comment le savoir, saisir le moment, précis où on plonge de l’autre côté ? Alors oui elle dit qu’elle s’endort vite, très vite, toujours.  Elle rêve beaucoup. Des rêves touffus, comme un champ d’herbes sauvages. Ce sont de véritables histoires, des épopées même. Elle s’endort en se disant, ou peut-être qu’elle entend quelqu’un lui murmurer.  

  • J’espère que pour terminer sa nouvelle il ne va pas te faire le coup de la chute classique : « et elle se réveilla car tout cela n’était qu’un rêve ! »

Un rêve. Comme si tout cela ne pouvait être qu’un rêve

Elle ne dort jamais les volets fermés. Peut-être ce besoin de lumière. Cette lumière qui même la nuit est là, tapie, dans l’ombre.  

Dehors un bruit de feuilles mortes. Bruit qui craque, qui froisse. Et une odeur : un mélange d’humide et de sec. Elle dort. Profondément.

Quand elle s’est levée, comme toujours, elle s’est étirée. Elle a souri en regardant la lumière douce du matin qui entre discrètement.

C’est un joli matin de novembre.

Quelques grains de poussières flottent. Ils sont suspendus à ce qui ressemble quand même à un magnifique rayon de soleil.

Elle a rêvé encore, beaucoup. Mais curieusement aujourd’hui elle ne se souvient de rien. De toute façon elle n’aura pas le temps de chercher à se souvenir.  Elle a tellement à faire aujourd’hui. Une liste, longue, hétérogène, échevelée. Elle l’a inscrite sur un carnet. C’était hier soir. Cela fait partie des rites. Elle aime tant les carnets, elle en plusieurs, un pour chaque usage. Carnet pour les voyages, carnet pour les spectacles, carnet pour les rêves, carnet pour les mots qu’elle aime, carnet pour dessiner la lumière, carnet pour son chat. Elle aime tellement son chat qu’elle lui consacre un carnet, rien que pour lui, et comme elle a le sens de l’humour, sur la couverture, elle a noté « Charnet » …

Sur le carnet aux rêves, elle écrit presque tous les matins. Les carnets, ses carnets. Ils sont tous là rangés, alignés, au pied de son lit. Fidèles compagnons

Mais ce matin, c’est le vide.  Ils n’y sont plus. Il n’y a plus rien, ou presque. Il n’en reste qu’un seul.  Elle ne le connait pas. C’est un gros carnet.  Les autres ont dû glisser sous le lit.

C’est curieux quand même !  Glisser sous le lit…Elle sourit, ses yeux se plissent. Elle est certaine qu’hier soir, comme tous les jours elle a écrit quelques lignes. Sur chacun d’entre eux.

Hier soir. Quelques lignes : sur son carnet, sur ses carnets. Elle ne souvient pas ou mal.

Un carnet.  Un seul.  Il est là.

Il n’y a rien. Elle le sait, elle le sent. Elle ne l’ouvre pas. Il est peut-être trop tôt.

Dehors un chien aboie. Un aboiement lourd qu’elle connaît bien, même s’il y a bien longtemps que…

Bien longtemps qu’il est parti. Quelque part, ailleurs, dans la nuit des chiens. La nuit des chiens.  Elle se souvient ; cette phrase, ces mots. Léo Ferré.

Ce n’est pas de son âge d’écouter Léo Ferré.  C’est ce que certains lui ont dit. Léo Ferré : sa chienne qui n’avait que trois pattes : « elle est partie, Misère, dans des cachots, quelque part dans la nuit des chiens… »

Un chien aboie. Il aboie. Elle entend. Frissons.

Bruit de feuilles. Se pencher à la fenêtre et observer. Non : ne pas modifier l’ordre, l’ordre du monde, de son monde. Se lever, s’étirer, vérifier que tout est en place.

Les carnets, le carnet.

Le carnet. Elle ne le reconnait pas. Il faut qu’elle le lise, qu’elle se relise. Elle s’assied au bord du lit, le carnet est ouvert sur ses genoux. La lumière est si belle, caressante, une lumière qui invite les sourires.

Elle sourit. Elle est bien.

Dans la réserve à mots…

Quelques conseils que je donnais il y a un an…

Les mots d'Eric

C’est dit, c’est décidé, il le faut, vous le voulez, vous devez parler! Oui c’est cela, pas de doute, il faut que vous vous exprimiez, vous le ressentez. C’est très fort, presque un réflexe. Il faut que cela sorte! C’est bien, c’est normal… Mais attention au mauvais réflexe! Il peut conduire à une fausse route…

Voici donc quelques conseils.

Avant tout, il faut que vous respiriez, que vous ressentiez, que vous réfléchissiez. Ceci fait, vous descendrez tranquillement dans votre réserve à mots. Vous seul connaissez le chemin qui y conduit. Et là, attention, vous entrez sans frapper! Pas de cris, pas de brusque lumière. Un mot qu’on surprend est un mot qui bondit, qui rugit. Un réveil brutal et il vous saute à la gorge.

Finies les courbes qui ondulent, oubliées les rondes voyelles. Le mot mal choisi est aigre, et coupant.

Entrez, éveillez chacun avec le ton qui lui…

Voir l’article original 60 mots de plus

23 h 17… première partie

Comme je vous l’ai annoncé hier, je vais publier une nouvelle que j’ai écrite en fin d’année dernière. C’est un cadeau pour ma dernière fille, Alice. J’avais fait la même chose pour mes trois autres enfants. Et comme pour les autres je lui ai demandé si elle acceptait que je la publie. J’ai beaucoup, beaucoup travaillé ce texte. Et disons le j’en suis particulièrement fier. Je le publierai jusqu’à Dimanche en cinq parties puis lundi prochain en entier…

1

« Eh papa, n’oublie pas, cette année j’ai vingt-cinq ans ! C’est l’année de ma nouvelle. Je te le rappelle parce que je te connais tu vas t’y mettre la veille…

C’est vrai que dans cette famille, c’est devenu une tradition. Le plus vieux des quatre enfants aujourd’hui âgé de trente-cinq ans a eu le privilège d’ouvrir ce bal littéraire. C’était il y a dix ans et à quelques années d’intervalle, les deux autres ont aussi bénéficié du même traitement.

  • Pour vos 25 ans je vous écris une nouvelle !

Voilà c’est comme ça : en quelque sorte c’est écrit.

C’est écrit.  Mais il faut l’écrire…

Le voici arrivé à la quatrième : la dernière, la petite dernière… Disons-le tout net : il y pense ! Pas tout le temps : mais il y pense… Il cherche, il tâtonne. Plus la date approche, plus il est inquiet.

Très inquiet même. On le voit parfois, dehors sur la terrasse, il regarde le ciel, la cime des arbres, les nuages qui roulent comme des vagues.

  • Qu’est-ce que tu fais encore papa ?
  • J’écoute, j’attends, j’entends…
  • N’oublie pas…

Pourtant chez lui, la peur d’écrire n’existe pas. Il est même dans une période où il écrit beaucoup, peut-être trop. Bref, ça le « travaille ». Il a peur. Ce n’est même pas la peur d’être mauvais.  Non le pire pour lui serait d’être moyen, dans cet entre-deux un peu mou.  Son angoisse est de ne pas réussir à poser sur le papier tout ce qu’il entend dans ce qu’il appelle souvent l’arrière-pays de sa tête. Ne pas écrire quelque chose de banal, à côté de la plaque. Il faut des idées, les rassembler et surtout, surtout, trouver un fil conducteur.

Un fil conducteur, ou une lumière. Une belle lumière.

Alors il écrit. Les feuilles sont là, lisses et blanches. Il les caresse, les sent. Il respire.

Et l’inspiration jaillit. Au début quelques larmes, et puis un long sanglot, une rivière, un torrent. Les idées coulent sur le papier. Les mots, des phrases, des souvenirs, des images, des personnages, des caractères, des inventions, des convictions.

Et la lumière encore, toujours…

Tout cela fait un joli fatras. Fatras, il est beau ce mot. Mais il y a encore mieux : il y a taffetas. Le taffetas que forment les tas de feuilles. Tas de feuilles posés ici ou là, traces de ses inspirations.

C’était le premier mardi de novembre : le trois pour être précis. Fatiguée elle s’est levée pour aller se coucher, s’est arrêtée au milieu de l’escalier de la mezzanine et brusquement s’est retournée avec un sourire mi ironique mi inquiet.

  • Eh papa n’oublie pas, mais vous connaissez la suite…

Et là, il a eu comme un moment de panique. Une bouffée d’angoisse.

La nouvelle, sa nouvelle, les papiers, les feuilles. J’ai écrit, c’est fini. Oui presque fini mais, les feuilles, oui les feuilles, où sont-elles ? Où sont-elles passées ? Où se sont-elles envolées ?

J’aurai dû écrire sur un carnet, pas sur des feuilles volantes. Curieuse cette expression : feuilles volantes… Il pense aux feuilles mortes ; elles s’accrochent, elles résistent, et puis elles tombent ou s’envolent. On est en novembre, ce mois si gris où les feuilles tremblent, tremblent et meurent.

On est en novembre. C’est aussi le mois où les feuilles blanches se remplissent.

Où se sont-elles envolées ces feuilles volantes ?

Arrivée dans sa chambre, elle sourit. Un joli, un vrai sourire intérieur qui brille sur le visage comme une petite flamme. Elle aime taquiner : son papa, les autres. Elle le fait toujours avec légèreté et ce magnifique sourire intérieur qui se devine derrière le miroir des yeux.

Avant de se coucher, elle s’astreint à quelques rites immuables, indispensables. Des rites qu’on ne croirait réservés qu’à celles et ceux dont on trouve qu’ils sont un peu raides, un peu rigides mais certainement pas à la saltimbanque de la famille.

Mais qu’on le veuille ou non les artistes, et c’est une artiste, une artiste de la lumière, sont des personnes organisées, ordonnées.

Chaque soir il y a de façon immuable une liste de choses à faire. Parmi celles-ci, ce soir, justement, elle a prévu de relire ce magnifique texte sur les artistes. Un texte de Léo Ferré. Léo Ferré un artiste. Peut-être le plus grand.

Les artistes,

Ils vous tendent leurs mains et vous donnent le bras

Vous les laissez passer, ils ne sont pas à vous

Les artistes

Ils sont le clair matin dans vos nuits des tempêtes

Ils sont le soleil noir de vos étés d’hiver

Ils chantent dans la nuit à vos tempes muettes

Ils plantent la Folie au fond de vos galères !

Au fond de l’armoire…

Il y a un an …

Les mots d'Eric

Dans mon placard à rêves heureux,

Sous une pile de linge bleu,

J’ai trouvé deux vieilles feuilles blanches.

Tendres et belles,

A l’automne, endormies,

Sur leurs peaux pas un pli.

Doucement je les ai libérées.

Dans l’armoire au parfum ciré,

Elles se sont étirées.

Chantent les mots ronds,

Dansent les points pour les i,

Sur feuilles qui pétillent,

C’est une symphonie.

Petit nuage de poussière,

Deux moineaux étonnés

Sur une branche se sont posées

16 janvier

Voir l’article original

Mes Everest, Tahar Ben Jelloun : « quel oiseau ivre »

Quel oiseau ivre naîtra de ton absence

toi la main du couchant mêlée à mon rire

et la larme devenue diamant

monte sur la paupière du jour

c’est ton front que je dessine

dans le vol de la lumière

et ton regard

s’en va

sur la vague retournée

un soir de sable

mon corps n’est plus ce miroir qui danse

alors je me souviens

tu te rappelles

toi l’enfant née d’une gazelle

le rêve balbutiait en nous

son chant éphémère

le vent et l’automne dans une petite solitude

je te disais

laisse tes pieds nus sur la terre mouillée

une rue blanche

et un arbre

seront ma mémoire

donne tes yeux à l’horizon qui chante

ma main

suspend la chevelure de la mer

et frôle ta nuque

mais tu trembles dans le miroir de mon corps

nuage

ma voix

te porte vers le jardin d’arbres argentés

c’était un printemps ouvert sur le ciel

il m’a donné une enfant

une enfant qui pleure

une étoile scindée

et mon désir se sépare du jour

je le ramasse dans une feuille de papier

et je m’en vais cacher la folie

dans un roc de solitude

Homme de moins que rien…

En réaction à un « fait » d’actualité…

Homme de moins que rien

Visage mou

Regard moite

Poisseux d’ aigres sueurs

S’incruste entre les rires innocents

Homme de moins que rien

Expire le mauvais parfum

De la suffisance des quelques siens

Il était de ces bavards inutiles

Qui encombre les salons

Homme de moins que rien

Creuse en soufflant

Un gras sillon de silences aigris

Ils étaient tant à le suivre

Roses fanées à la boutonnière

Oublieux de ses arrogances

Dans ce monde aux sourires sucrés

Ignobles, infâmes

Ont repris en cœur

L’hymne gris de leurs violences cachées  

Mes Everest, Jules Supervielle : encore frissonnant …

Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Dis lui…

Il y a un an…

Les mots d'Eric

Un peu en panne sèche, je reviens avec ce court texte, inspiré par la douleur que je ressens quand je commets l’erreur de passer un peu trop de temps sur les réseaux sociaux, fossoyeurs des mots, de mes mots….

Monde bleu s’est effacé

Au soir tombant

Tremblant, il a reculé.

Tête basse,

Dans un long bout de vide

Seul et triste

Il s’est retiré

Entends la plainte de monde bleu,

Quelques larmes

Sur ses rides ont coulé

Entends-le qui appelle:

Oh mots, oh mes mots

Vous m’avez abandonné…

Oh mots, oh mes mots,

Que vous a-t-on fait,

Qui vous a sali,

Que vous a-t-on promis?

Homme sans haine,

Tu es seul aussi,

Réponds à monde bleu,

Dis-lui que tu viens,

Dis-lui que tu résistes,

Dis lui…

13 janvier

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Blues…

Un vieil homme au regard gris

Ferme les yeux

Il ne fixe plus le haut du mât

De ses vies passées

Les draps noirs de sa mémoire fripée

Dans la brume de nos larmes se sont emmêlés

Pas un qui ne claque

Pas un qui n’appelle

Le vieil homme est endormi

Il ne reçoit plus le chant des cargos

Dans le blues de son regard qui s’éteint

Les vents de l’Ouest se sont abîmés

C’est le matin qui siffle…

Il y a un an…

Les mots d'Eric

Dans le bout de nuit

Qu’il te reste à inventer,

Tu te cognes aux angles secs

D’ombres épaisses.

Elles avalent le son de feutre

De ton pas glissant.

Pas un chant, pas un souffle,

C’est le matin qui siffle.

Le silence est lourd

Des mots doux qu’il retient;

Il traîne avec lui

Des restes de rêves,

Images brèves d’un monde enfoui

Au fond du ciel sombre

D’une mémoire endormie.

Tu avances, à tâtons,

Ta main se pose,

Longue caresse,

Sur la peau de papier.

Ton cahier est là,

Il est seul,

Sourires

Il attend.  

10 janvier

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J’ai trempé ma plume dans la lumière de ses yeux…

Ce fut je crois un de mes plus beaux textes de l’année 2020

Les mots d'Eric

Homme marche en riant,

Deux trois miettes de nuit

Attendent au silence montant.

Sur le chemin, Homme est arrêté.

En plein vol, un mot a attrapé.

Sur les lignes de sa main,

Doucement l’a posé.

Toute la journée,

Homme a poli,

Homme a aimé

Mot rond aux lettres repliées.

Quand le soir est arrivé,

Souriant, Homme l’a libéré.

Mot doux s’est envolé.

Il chantait, il dansait, il planait.

Si gai, dans l’air léger,

Sur un fil d’encre bleue,

En sifflant il s’est posé.

Homme est reparti

Et dans le soir fredonnant,

J’ai trempé ma plume

Dans la lumière de ses yeux.

4 janvier 2020

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N’oublie pas…

Chaque année je publie ce texte que j’avais écrit pour que nous gardions toujours en mémoire la tuerie de Charlie Hebdo

Dans l’hiver bleu

De ta mémoire encombrée

N’oublie pas

Les lourdes traces

Que la haine a laissées.

Dans les flammes ocres

De tes souvenirs douloureux

N’oublie pas

Les douces braises

Que l’humanité a attisées.

Sur la route mauve

De ta liberté écartelée

N’oublie pas

Les regards effarés

Des plumes qui se sont envolées…