Flash…

Tout va si vide me dites vous ?

Vide vite tout se confond

Oui j’entends ce que vous me dites

Un trou dans une traversƩe de silence

Votre temps ne s’Ć©coute pas

Le mieux est une goutte mauve

Regardez si vous le pouvez

Vous la verrez

Elle roule sur la lisse vitre

De mes rêves en délit de tristesse

25 avril

Flash…

Au vieux mur de nos mƩmoires

Perdues sur le long fil

De rires assƩchƩs

J’ai pendu une flaque dorĆ©e

Plume lƩgre au jaune envolƩ

Regarde au coin de sa rime

J’entends un beau vent d’Ć©tĆ©

24 avril

Silence pluvieux…

Silence pluvieux,
J’ai la mer au bord des yeux.
Dans le loin bleu
De mes mƩmoires salƩes,
Deux ailes se sont envolƩes.
Vent d’hier,
Sur les vagues les a posƩes.
Explose l’écume,
S’envolent perles de brume.
Regarde la mer belle.
Sur la plume de tes mots
A la feuille amarrƩe,
Mer a chantƩ,
Mer a soufflƩ.

Entre larmes et mers…

Entre larmes et mers

Brune ou brumes

Belles ou bleues

Roulent perles de vie

Sueur salƩe de simples bonheurs

Corps et cœurs envahis

On aime

On frissonne

Ne retiens rien mon fils

Hier

Demain

Toujours

Petit homme est lĆ 

De trace en trace

Il suivra

MƩmoires

La nuit est lĆ 

Ɖpaisse

Lourde

Elle pĆØse sur tes jambes

Qui cherchent le frais

Entre les plis du drap bleutƩ

Rien n’y fait

La nuit t’oppresse

Tes yeux se serrent

Ta gorge est sĆØche

Tu voudrais une douce brise

Un chant d’oiseau

Des rires d’enfants

Rien n’y fait

La nuit est là…

MĆ©moires…

Dans l’angle mort d’une histoire en pointillĆ©
J’ai trouvĆ© un vieux reste de lumiĆØre figĆ©e
Le bavard au cœur creux
Sans rien dire l’a abandonnĆ©
Dans l’onde dodue
Des ronds de mes rires bleus
Je l’ai jetĆ© pour un dernier souvenir ricochet

MĆ©moires…

Le monde pleure doucement
Dans le creux des longues larmes
Roulent des gouttes d’ennui
Sur la vitre sale du hier sans fin
J’ai grattĆ© de mon ongle rongĆ© d’impatience
Une vieille trace de mƩmoire

Flash…

Je voudrais raconter l’histoire de l’invisible inconnu

Oublié derrière la vitre de mon regard fuyant

Magie d’un instant rĆ©vĆ©lĆ©

sur la feuille d’acier d’une blanche vitesse

Nous ne savons rien l’un de l’autre

J’ai traversĆ© sans le vouloir

Le peut-ĆŖtre calme couloir

D’une journĆ©e de rires aux larmes

Il est tard et loin le peut-etre signe d’une main

Que je serre entre deux brumes de mƩmoire

Flash…

Un soir de presque rien

Au dernier soleil tombƩ

Seuls et affamƩs

Nous avons pris le temps de contempler

Ɣ je vous rassure

C’Ć©tait si peu

Un simple clin d’œil

Au dernier rose souffle

D’un ciel qui se retire

Sur la pointe bleue de ses brumes fanƩes

Matinales…

Derrière la vitre de mon voyage ferré

Je lis l’histoire de silence enfermĆ©s

Les mots se grisent au vent flou

De mes mers emmurƩes

J’entends les soupirs blasĆ©s

De l’inconnue vite croisĆ©e

OubliƩe

EvaporƩe

Page tournƩe

MƩmoire froissƩe

14 avril Ā 

Il a senti la mer…

Il y a un an mon pĆØre qui m’a transmis l’amour de la mer nous quittait pour le long sommeil des absents. Je pense Ć  lui aujourd’hui

Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, trĆØs fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrĆŖtĆ©, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le mĆŖme, il est parfumĆ©, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est lĆ  la diffĆ©rence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau Ć  la fin de l’hiver, on ouvre la fenĆŖtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est lĆ  que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, trĆØs fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaĆ®t il comprend tous ces rĆ©cits de la mer qui commencent lĆ , au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumiĆØre de fin d’aprĆØs-midi, un soleil dĆ©clinant qui laissent traĆ®ner quelques couleurs ; la moindre pierre est Ć©tincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maĆ®tre. Le port est encore loin mais il le comprend dĆ©jĆ , il perƧoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumiĆØre les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour ĆŖtre au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse mĆ©tallique qui se pose le long du quai.

Matin froissƩ

C’est un matin barbouillĆ©

Repue d’un lourd gris huilĆ©

La nuit mauvaise s’est retirĆ©e

La lumière à marée basse oubliée

Nous attend entre les plis du ciel froissƩ

Lumière est à marée basse

Flash…

Le printemps n’attend plus

Les arbres gardent au chaud de leurs mƩmoires gelƩes

Une verte virgule pour leurs phrases transies

Les hommes fripƩs Ʃtirent leurs membres engourdis

Sur leurs joues

L’air fleuri est une douce caresse

12 avril

Matinales…

A l’heure molle des impatiences cadencĆ©es

J’entends parfois le cri de l’oiseau noir

Il pleure une curiositƩ engloutie

Au fond du gouffre numƩrique

Visages courbƩs

Nuques raides

Regards polis de vides

Ils ont effacƩ

D’un doigt qui glisse sur le verre appauvri

Les derniers chants qu’ils prennent pour des cris

Pas un signe pour lui

Oiseau noir ce matin est encore seul

Je lĆØve les yeux

Je sais qu’il me voit qu’il m’attend

Oiseau noir du matin

Tu es mon rƩveil chagrin

12 avril

L’Ć©tranger

Quel livre pourriez-vous relire sans vous lasser ?

Comment ne pas choisir ce compagnon de toute ma route littĆ©raire, de tout mon chemin humaniste. Je l’ai lu, le relis, le relirai et je frissonne toujours autant Ć  la lecture de certains passages.

Flash…

Il est des riviĆØres qui coulent en riant

Et toi l’ami perdu sur les rives de l’ennui

Ɖcoute le chant de l’eau

Laisse le te traverser

Laisse te raconter

Cette belle histoire des neiges d’en haut

Tu verras les mille couleurs pƩtillantes

Qui attendent le frisson de ton œil attendri

11 avril

Matinales…

C’est un matin au gris surpris

Je ne l’attendais plus

Au creux d’une nuit de songes soleil

Je riais Ć  n’en plus rĆŖver

De ces rideaux levƩs sur des mots enfants

Mots pirouette

Mots cabrioles

Qui bondissent rougissent

Te tiennent d’une main Ć©puisĆ©e du sucre interdit

Je ne l’entendais plus

Ce long cri de ce toujours dernier jour

Enfoui sous les draps d’une mĆ©moire oubliĆ©e

11 avril 2023

En route vers la bibliothĆØque

Ā« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! Ā». Ce matin Jules s’est levĆ© en sueur.

Ā« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! Ā».

Ces paroles ne le quittent pas. Elles sont là, elles résonnent, ou plutÓt elles chantent au fond de son crâne douloureux.

Jules ne se souvient que trĆØs rarement de ses rĆŖves. Mais ce matin, il sait, il sent. Il est certain que ce sont des paroles qu’il a entendues cette nuit, dans son sommeil.  Il lui semble mĆŖme reconnaĆ®tre cette voix. Une voix douce et gaie. Il faut dire que Jules vit seul, et dĆ©bute sa journĆ©e, comme il l’a finie : dans le silence. C’est pour cette raison qu’il aime tant la compagnie de cette voix, comme une caresse qui le rĆ©conforte.

Tous les matins depuis dix jours il prend le temps de faire le tour de son appartement avec ce nĆ©cessaire regard d’explorateur, comme s’il dĆ©couvrait Ć  chaque fois, un territoire inconnu. Oh ce n’est pas trĆØs grand, mais il a suffisamment d’imagination pour s’inventer Ć  chacune de ses tournĆ©es des aventures nouvelles. Il s’attend toujours Ć  ĆŖtre surpris, Ć  dĆ©couvrir, qui sait, un coin encore vierge, dans une des quatre piĆØces de son logement. IntĆ©rieurement il sourit de sa naĆÆvetĆ© : comme si les lois de la gĆ©omĆ©trie pouvaient Ć  la faveur de ce confinement ĆŖtre bouleversĆ©es. Ce serait incroyable que je sois le premier Ć  dĆ©couvrir que dans certains rectangles, on peut trouver un cinquiĆØme coin. Pauvre Jules, il est seul et ne sait plus quoi inventer pour s’aĆ©rer, pour s’obliger Ć  ne pas rester enfermĆ© entre ces quatre murs. Quatre murs ? Il faudra peut-ĆŖtre que je recompte se dit-il ?

Ā« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! Ā».

Toujours ce refrain qu’il entend, petite voix dĆ©sormais familiĆØre. Il a mĆŖme l’impression qu’elle se rapproche dĆ©sormais

AprĆØs avoir traversĆ© le long couloir – sans faire de pause s’il vous plait- Jules se trouve dĆ©sormais devant sa bibliothĆØque.

Jules commence par un long moment d’admiration, presque de la contemplation. Il est vrai qu’il a un cĆ“tĆ© maniaque qu’il assume totalement ; il ne se passe pas journĆ©e, en pĆ©riode normale, sans qu’il ne caresse les dos alignĆ©s de ses trĆØs nombreux livres, il les bouge parfois lĆ©gĆØrement, souffle sur le dessus, persuadĆ© que la poussiĆØre s’est encore invitĆ©e et va coloniser les pages.

Jules aime les livres, nous l’aurons compris. Et depuis le dĆ©but de cet enferment imposĆ©, Jules accomplit son rite plusieurs fois dans la journĆ©e. Nous ne sommes pas loin reconnaissons le de l’obsession.

Bref, Jules aprĆØs la longue traversĆ©e du couloir sombre et aride est lĆ , raide et rigide, plantĆ©e devant les rayons de sa bibliothĆØque. Une belle bibliothĆØque, bien fournie car Jules nous l’aurons compris aime les livres.

Ā« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! Ā». La voix semble se rapprocher.

Jules aime les livres bien sĆ»r, mais Jules aime les oiseaux aussi, il est mĆŖme passionnĆ©, il aime les observer, les Ć©couter, et surtout, Jules aime quand ils s’envolent… Nous aurons donc compris que comme Jules aime les livres et qu’il aime aussi les oiseaux, Jules a beaucoup, mais alors beaucoup de livres sur les oiseaux.

Ā« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! Ā».

Et d’un coup, d’un seul Jules comprend. Les livres, les oiseaux, la fenĆŖtre toujours fermĆ©e. Jules saisit un de ces magnifiques livres, qu’il aime tant feuilleter. Celui qu’il tient est un livre sur les oiseaux de mer, il le sort dĆ©licatement, caresse amoureusement la couverture et l’ouvre, lentement, trĆØs lentement…

Ā« Je n’en peux plus, je ne veux plus, je veux m’échapper, je veux prendre l’air et m’envoler ! Ā».

25 mars 2020

Carnets : 15, les jours rallongent…

Les jours rallongent…


Oui, c’est vrai, je le constate aujourd’hui encore, les jours rallongent. Pourquoi d’ailleurs ne pas se contenter de dire qu’ils sont plus longs où qu’ils s’allongent (mĆŖme si comme moi vous aurez constatĆ© que les jours, ou plutĆ“t les journĆ©es continuent Ć©ternellement d’avoir 24 heures…). Pourquoi ajouter une fois de plus ce prĆ©fixe rĆ©pĆ©titif qui racle la gorge. Vous remarquerez d’ailleurs que je n’ai pas parlĆ© de rajouter, parce que convenons-en, un ajout est bien suffisant et ne prenons pas le risque de sombrer dans le bĆ©gaiement. Rallonger, allonger, je m’interroge : aprĆØs tout une allonge ou une rallonge ce n’est pas exactement la mĆŖme chose. Quand on me parle d’allonge j’étire le bras et je pense aux boxeurs, et quand on me parle de rallonge je cherche une prise et je vois un cĆ¢ble Ć©lectrique. Ce cĆ¢ble qu’on ajoute quand le cordon est trop court et qu’on veut Ć©clairer avec une torche par exemple, un peu plus loin, lĆ  où il fait sombre. Et en effet dans ce cas on ne peut que constater que grĆ¢ce Ć  la rallonge on allonge le jour ou tout au moins on l’éloigne un peu, mais par contre on ne parvient pas Ć  le faire durer plus longtemps car il arrive toujours un moment ou tout devient trop long (comme ce texte d’ailleurs ), un peu comme un long jour sans fin.
Mais une fois de plus je m’égare et la nuit bien qu’elle soit moins longue est dĆ©jĆ  tombĆ©e.
Tiens tiens voilĆ  autre chose, la nuit est tombĆ©e…

Où l’on comprend pourquoi Marcel, le pĆØre d’Anton, aime les bateaux…

A Limoges il n’y a rien qui rappelle la mer, alors Marcel est allĆ© dans la plus grande librairie et il a tout achetĆ©. Tout ce qui posait des mots sur la mer, sur les vents sur l’ocĆ©an, sur les bateaux, petits, grands, Ć  voiles, Ć  moteur. Il s’est plongĆ© dans les dictionnaires, a avalĆ© des centaines de pages, pour s’emplir le cerveau de ce vocabulaire ou les mots assemblĆ©s forment comme une nouvelle langue. Il a jouĆ© avec poupes et proues avec drisses et focs et Ć  chaque dĆ©couverte se sentait plus proche du matin ou il partirait. MĆŖme le calcul des courants l’a passionnĆ©, il s’est procurĆ© de vieux fascicules achetĆ©s chez un antiquaire où les pages sont pleines de ces flĆØches qui grossissent avec les marĆ©es et qui se mettent soudain Ć  danser sur le papier pour fabriquer un tourbillon. Il a rĆŖvĆ© Ć  feuilleter les catalogues de navire, de toutes sortes. Au lycĆ©e alors que les autres parlent de l’équipe de basket de Limoges lui s’enflamme Ć  dĆ©crire le dernier cargo sorti des chantiers naval de Saint Nazaire. Les autres le regardent AVEC un sourire qui en dit long sur ce qu’ils pensent de son Ć©tat mental. Il passe le bac sans passion, pour l’avoir, pour ĆŖtre de l’autre cĆ“tĆ© de la rive. Passer le bac pour traverser, il aime cette image que ses copains ne comprennent pas parce qu’ils ne s’intĆ©ressent qu’aux voitures, aux motos, vĆ©hicules au mĆ©tal triste qui ne raconte rien quand il est immobile. Marcel explique qu’une voiture, quand il y a du vent elle ne grince pas, alors qu’un bateau, n’est jamais vide, n’est jamais sans vie, il est toujours dans le frĆ©missement. Le bac en poche, Marcel a pris le train, il ira chercher du travail sur un bateau n’importe lequel. Il est arrivĆ© Ć  La Rochelle, en dĆ©but d’aprĆØs-midi, trĆØs vite s’est approchĆ© du port et lĆ  il a demandĆ© comment faire pour monter sur un bateau, on a cru qu’il voulait visiter, mais il a rĆ©pondu qu’il n’était pas touriste. Il voulait vivre sur un bateau. A cĆ“tĆ© de lui un homme au regard plissĆ© lui a donnĆ© le nom d’un navire et de son capitaine : c’est un cargo, il doit partira du port de La Palisse le lendemain pour l’Afrique, pour charger du bois exotique.  Il manque des matelots, il peut tenter sa chance. Ils se sourient, ils se comprennent.

Où l’on dĆ©couvre que Anton entend la mer dans les sapins…

…Un jour, c’était peut-ĆŖtre Ć  la table de la cantine de son lycĆ©e Marcel a dit comme Ƨa, sans prĆ©venir, Ā« si plus tard j’ai un fils je voudrais qu’il atteigne l’impossible et qu’il parvienne Ć  l’incroyable Ā» …

Impossible, incroyable, Anton est nĆ© avec ces deux mots gravĆ©s en lui. Il est nĆ© avec…

Pour atteindre l’impossible, Marcel disait qu’il faut commencer Ć  regarder le monde avec les yeux de l’intĆ©rieur, ceux qui ne sont pas abĆ®mĆ©s, par la morale, la connerie, l’ambition et surtout par le regard des autres. Le regard qui juge. Marcel l’a expliquĆ© Ć  Anton, trĆØs jeune : Ā« ne regarde pas comme les autres, n’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracĆ©e, choisis ton chemin Ā». Ā« Et si on te rĆ©pond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forĆŖt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues Ā». Ā« S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, dis-leur que c’est leur imagination qui est en panne, qui est fatiguĆ©e, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crĆŖtes des sapins qu’on s’est trompĆ© Ā».

Ā« L’imagination qu’ils te proposent n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naĆÆf qui fabriquent du magique pour empĆŖcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie prĆ©fabriquĆ©e qui fabrique des rĆŖves Ć  la chaĆ®ne, toujours les mĆŖmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Toi tu dois leur dire que les arbres tu les vois bien comme des arbres, pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou autres monstres qu’on veut entrer de force dans les tĆŖtes pour que toutes les peurs soient identiques. Toi tu ne dois pas ĆŖtre comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends, quand ils bougent dans le vent, tu dois te dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : il font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer, tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste , c’est injuste pour les arbres d’abord, pour la mer surtout ! C’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, et qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prĆ©tendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue, avec leurs mots Ć  eux, avec des mots fabriquĆ©s par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs… Ā»

Ā« Toi tu dois dire que la mer elle existe, ici, dans ces forĆŖts d’altitude, tu dois te dire qu’elle est lĆ , par ce vent, comme une mĆ©moire…… Ā»

Ou l’on apprend que le pĆØre d’Anton se prĆ©nomme Marcel…

Anton se souvient de ce que son pĆØre lui expliquait sur le beau, sur le vrai. Tout petit dĆ©jĆ  il l’accompagnait dans ses dĆ©ambulations incroyables. C’est au cours de ces longues promenades que Marcel a montrĆ© Ć  Anton que l’essentiel c’est de ne rien dire, de s’arrĆŖter, d’écouter, de sentir sans penser, sans chercher Ć  expliquer, Ć  faire des liens avec ce qui a dĆ©jĆ  Ć©tĆ© dit ou Ć©crit, pour indiquer ce qu’il est bon, ce qu’il est bien d’aimer, de regarder, de ressentir. Marcel disait que le beau n’appartient Ć  personne, et surtout il n’appartient Ć  personne de dĆ©signer ce qui est beau, et que mĆŖme ce mot il fallait l’éviter, comme beaucoup d’autres d’ailleurs parce que ce sont des mots qui ne se dĆ©finissent que par rapport Ć  d’autres mots, au regard de leurs contraires qu’on leur oppose. Marcel n’aimait pas affirmer que quelque chose Ć©tait beau. Il prĆ©fĆ©rait ne rien dire, et si on lui posait la question, il ne rĆ©pondait pas, c’était inutile, c’était du temps perdu. Il aimait la vie, il aimait les sensations que la vie vous propose tout autour de vous, il n’aimait pas comparer, mesurer. Il disait parfois qu’on ne le lui demandait jamais pourquoi il respirait, donc il ne voyait pas pourquoi on l’interrogerait sur tout autre sujet en lien avec la vie, et tout ce qu’il y a autour. La seule rĆ©ponse Ć  laquelle il consentait c’était : Ā« j’existe Ā». C’est tout, et c’est amplement suffisant.

Histoires d’Anton: Anton embarque…

…Anton est en avance. Sur le quai, l’ombre que laisse le cargo sur le sol poisseux est si Ć©paisse qu’on la croirait couverte d’une bĆ¢che graisseuse. Il est seul, sa gorge se serre, face Ć  ce mur de mĆ©tal qui dans quelques heures l’abritera. Il aime cette odeur, elle n’existe nulle part ailleurs. C’est un savant mĆ©lange de toutes ces matiĆØres qu’on hĆ©site Ć  marier parce que les lois de la physique ne veulent pas les rĆ©unir. Le fer, cette chair que la terre offre aux hommes pour qu’ils aillent sur l’eau sur d’immenses bĆ¢timents. Le fer, la mer, tout Ć  l’heure il sera Ć  bord, il touchera, il sentira et il sourira. L’homme qui lui a promis d’embarquer, croisĆ© la veille sur le vieux port vient d’arriver. Il lui fait signe de le suivre, ils franchissent ensemble la coupĆ©e. Ils sont Ć  l’intĆ©rieur du monstre d’acier, l’homme marche vite, Anton peine un peu, il n’a pas l’habitude, tout est nouveau, les coursives sont Ć©troites, il faut baisser la tĆŖte pour franchir les portes. Ils arrivent dans le carrĆ© des officiers, l’homme est un des leurs, il prĆ©sente sa derniĆØre trouvaille. « C’est un jeune homme de Limoges, il veut naviguer… » Ils se regardent et sourient. On lui explique que c’est l’habitude de ce cargo, prendre un jeune, comme lui, pour voir, pour l’aider. Il ne sera affectĆ© Ć  aucune touche en particulier, un peu le factotum ou le bouche trou quoi. Anton serre les dents, c’est sa maniĆØre Ć  lui de ne pas laisser Ć©chapper sa joie…

Note pour mon quatriĆØme manuscrit : disparaĆ®tra certainement dans la version finale…

Chuuuuint…

Anton se souvient quand ils ont pris la voiture avec Marcel son pĆØre. Il Ć©tait trĆØs tĆ“t quand ils sont entrĆ©s sur l’A7. Ils ont roulĆ© prĆØs de deux heures sans rien dire avec simplement le bruit du moteur et les chuintements des autres voitures, plus rapides, et qui vous doublent en produisant ce souffle, chuuuinnt, si caractĆ©ristique quand la vitre est lĆ©gĆØrement ouverte. Ce bruit, Marcel dit que c’est un chuintement. C’est vrai que c’est un mot qui va bien, parce que si on ouvre la vitre plus grand, c’est pas pareil Ƨa ne chuinte plus, c’est autre chose, un autre son qu’on ne retient pas, qu’on n’arrive pas Ć  capturer dans sa mĆ©moire pour en faire un joli mot.

Il se souvient. Ils se sont arrĆŖtĆ©s sur une aire, il faisait chaud, il y avait le bruit des camions et on entendait les premiĆØres cigales. L’A7 c’est le sud et le sud c’est les cigales. Le sud : l’air est sec, les cigales vibrent, les chuintements se gravent dans la mĆ©moire, les camions rugissent au loin. Anton regarde Marcel qui s’étire dans un sourire. Ils sont sortis de la voiture, sans rien dire, parce que dans ces moments-lĆ , il ne faut rien dire pour ne pas prendre le risque d’abĆ®mer ce qui va entrer en vous. Ils sont sortis et il y a eu le claquement simultanĆ© des deux portiĆØres, bruit de mĆ©tal et de cuir, enfin il pense que le cuir c’est ce bruit lĆ  que Ƨa fait. Ils ont marchĆ© quelques dizaines de mĆØtres et maintenant les odeurs prennent toute la place dans la machine Ć  Ć©motions.

Les odeurs sur une aire d’autoroute : il y a l’essence bien sĆ»r, le caoutchouc un peu chaud aussi, un mĆ©lange qui se marie avec les bruits qu’on entend. Marcel et Anton sont bien mais ne le disent pas, ils le savent, le comprennent sans se regarder, c’est Ć©crit dans le silence tranquille qui s’est posĆ© entre eux. Anton a quand mĆŖme levĆ© la tĆŖte, son regard a croisĆ© celui de Marcel, et aujourd’hui Anton se souvient. C’est ce jour-lĆ , il avait une dizaine d’annĆ©es, qu’il a commencĆ© Ć  comprendre ce que c’était qu’être un autre, ĆŖtre diffĆ©rent, il a compris que c’est accepter de se jeter dans les bras de l’émotion, entiĆØrement, sans rĆ©flĆ©chir, sans s’interdire, y compris dans ces moments et ces lieux que tous ceux qui discourent sur le bonheur, sur le beau rejettent et abandonnent sur les rives bleues de leur vie. 

Ces marcheurs de rĆŖve vous vendent des plages blanches, des couchers de soleil et soudain vous ĆŖtes lĆ  sur une aire d’autoroute, un peu aprĆØs MontĆ©limar. Votre voiture n’a pas d’acajou, les siĆØges sentent la chaleur, mais quand vous sortez, lĆ , avec votre pĆØre, votre pĆØre cet incroyable personne qui vous a ditĀ : « pas d’interdit, ne retiens pas, laisse-toi aller, ne trie pas tes Ć©motionsĀ Ā». Et les Ć©motions entrent Ć  plein bouillons. Bien sĆ»r une voix bien-pensante est lĆ  pour vous rappeler que ce n’est pas normal, ridicule mĆŖme. Mais vous vous moquez, vous laissez entrer et Ƨa fait comme une vague et c’est la premiĆØre fois que Anton s’est ditĀ : « ça y est j’ai compris, je suis un autre… »

Extrait de mon quatriĆØme manuscrit en cours d’Ć©criture

Cri…

RĆŖve Ć  finir
C’est une guerre où les hommes pĆ©riront
SystƩmatisƩs
CalcinƩs
Par l’addition
D’une angoisse planĆ©taire
Qui les fait
Terreurs

Mes Everest, Albert Camus : « la peste »

Je relis la peste de Albert Camus, ce passage est sublime…

Le front de mer de Oran dans les annƩes 60

Les fleurs sur les marchĆ©s n’arrivaient plus en boutons, elles Ć©clataient dĆ©jĆ  et, aprĆØs la vente du matin, leurs pĆ©tales jonchaient les trottoirs poussiĆ©reux. On voyait clairement que le printemps s’était extĆ©nuĆ©, qu’il s’était prodiguĆ© dans les milliers de fleurs Ć©clatant partout Ć  la ronde et qu’il allait maintenant s’assoupir, s’écraser lentement sous la double pesĆ©e de la peste et de la chaleur. Pour tous nos concitoyens, ce ciel d’étĆ©, ces rues qui pĆ¢lissaient sous les teintes de la poussiĆØre et de l’ennui, avaient le mĆŖme sens menaƧant que la centaine de morts dont la ville s’alourdissait chaque jour. Le soleil incessant, ces heures au goĆ»t de sommeil et de vacances, n’invitaient plus comme auparavant aux fĆŖtes de l’eau et de la chair. Elles sonnaient creux au contraire dans la ville close et silencieuse. Elles avaient perdu l’éclat cuivrĆ© des saisons heureuses. Le soleil de la peste Ć©teignait toutes les couleurs et faisait fuir toute joie.

Regards…

Je voudrais Ʃcrire une histoire des regards

Regards croisƩs

Regards posƩs

Regard aimƩs

Regards secrets

Qui entrent dans la chair de nos silences

Nous murmurent des entre-mots oubliƩs

Aux ailes rondes et fripƩes

Et nous chantent la douce mƩlodie

Des amours attendues

2 avril

Retour de Marrakech, compilations

C’est un matin qui sent le sud

Au bord d’un rĆŖve d’ocre sable

Une fenĆŖtre ouvre son œil taquin

Entends le doux chant berbĆØre

De la ville au lointain dƩsert

26 mars 2023

La place vibre et crie

Au soleil envolƩ

Une lente fraĆ®cheur s’est invitĆ©e

Elle glisse et charme en riant

Les longues tresses des Ć©pices endormies…

27 mars

Les couleurs cherchent leur nom

Entre ocre et rouille

Vert et olive

Le village accroche mon regard

LassƩ de bleus sans histoires

27 mars…

A toi l’ami du si loin

Je t’Ć©cris de cette vieille terre

Regarde ces longues traces de mƩmoires

Les couleurs s’y inventent des heureux

A L’encre de leurs yeux

Qui fleure bon le miel Ʃpais

Je trace cette lettre Ć  la plume de mon rire bleu

Si tu la reƧois

N’ouvre pas

Ne dis rien

Entends le doux chant de ce loin dĆ©sert…

28 mars

Sur la premiĆØre ligne j’Ć©cris un presque vers

Sa rime rousse Ʃpouse le dƩsert

Belle, je l’attrape au bond

Elle fleure bon le sel d’une vie d’hier

Pas de bruits inutiles

Il est beau ce silence qui m’existe

29 mars

Dans l’angle bleu de ma mĆ©moire lointaine
Repose une longue mƩlodie andalouse
Je l’entends qui appelle les absents
Dans la chaleur qui Ʃpuise
Ses derniĆØres cartouches de lueur
Elle est lƠ drapƩe de mauve nuit
Me tend la main
Larmes Ʃternelles
Au bord d’une jeunesse infinie


30 mars