Il y a parfois un oiseau dans ma tête…

Il y a parfois un oiseau dans ma tête,
Un oiseau aux mille couleurs qui étouffent le gris de mes yeux,
Un oiseau qui plane au-dessus des plaines de ma mémoire.
Au matin levant, il frémit des ailes.
Les perles de rosée glissent sur la plume dorée,
Tout doucement la nuit s’est effacée.
L’oiseau dans ma tête a chanté.
Il est l’heure de réveiller les couleurs.
Au bout de mes yeux la lumière s’est étirée.
Au bord de mes yeux quelques larmes de beauté.
C’est un matin sans saison, le froid ne pique pas
Il est une caresse souriante qui imite la douce fraicheur.
Ce matin j’ai un oiseau dans la tête,
Tout doucement de la plume de mes mains

Mes Everest : Julien Green, extrait de Léviathan…

Attente ferroviaire…

Un vieux texte écrit il y a une quinzaine d’années

L’air est glacial, coupant, comme un rasoir neuf sur une peau juvénile. Il a laissé tourner le moteur de sa voiture, encore quelques instants, pour s’emplir de cette chaleur aux senteurs mécaniques, qui donne encore pour quelques instants l’illusion du bien-être. Lorsqu’il est sorti, qu’il a claqué la portière, il a perçu comme un rétrécissement. Il est encore plein de ces sensations « ouateuses » que laissent une nuit sous une couette. Le train est annoncé dans un quart d’heure. Il attendra dans le grand hall d’accueil. Il aime ses petits moments de presque rien, où on sent chaque minute qui passe laisser sa trace grise dans la chair. Il est un habitué du lieu, mais pas de cet horaire. Il est de ceux qui entrent dans le train, avec des souliers vernis, les mains fines et l’air préoccupés. A cette heure, ce sont surtout ceux qui travaillent dur, ce sont dont les mains racontent l’histoire caleuse des chantiers. Dans la salle, ils sont six à lutter contre les courants d’air. Sept avec la femme de ménage de la gare. Elle semble hors du temps, qui passe et qu’il fait, absorbée par son entreprise de nettoyage. Elle est haute comme trois pommes et sautille pour atteindre les vitres du guichet. Elle est comme une mélodie virevoltante dans le silence glacial de l’aurore. Contre le mur, tassés les uns contre les autres, quatre hommes, épaules larges, l’œil vif. Ce sont des turcs, ils parlent entre eux doucement. Il ne semble pas souffrir du froid, on dirait que toutes leurs forces, toute leur énergie est consacrée à se donner une contenance sereine. Contre les fenêtres, un grand, bonnet vissé jusqu’aux lunettes, d’une immobilité qui s’apparente à de la pétrification. On croirait que le froid ne l’atteint pas, qu’il le contourne, qu’il hésite à le déranger dans sa raideur matinale.
Pas une voix pour arrondir les angles du froid. Seuls les regards se croisent : on se connait, mais chaque matin on se découvre. Et dans ce simple petit matin de février, il y a comme une éruption de solennel dans ce petit espace de ce rien de tous les jours. Il est le seul à ne pas rester en place. Comme toujours, il cherche à embrasser de tous ses sens ce qui l’entoure…
Il n’est pas du genre à rêver que de couleurs exotiques aux senteurs de vanille. Ce matin il a l’émotion facile, et il s’emplit de ces odeurs de vrai, de ces bruits qui hésitent à dépasser le silence. Il se met alors à aimer cette salle lugubre au carrelage rafraîchi par l’air vif qui transperce les corps. Il se délecte de ce paysage humain qui raconte que la vie c’est aussi le muscle qui souffre, il aime ce quotidien qui rend ridicule les sornettes de ceux qui imaginent un monde devenu uniquement fluorescent. Là, il y a du gris, de ce gris noble et parlant qui creuse les regards et serre les gorges. Et il pense à tous ces discours qu’on dit beau, de ceux qui parlent des autres sans ne les avoir jamais croisés. Il pense à ceux qui affirment, à ceux qui concluent, à ceux qui cherchent à mettre en mot, ce qui ne peut être que vu, que ressenti.
Il se dit : « oui messieurs les penseurs, les décideurs, les chercheurs du matin tiède, quand vous rêvez, quand vous rêvez dans vos vies au relief pastel, il y en a des qui se tassent les uns contre les autres pour avoir moins froid, pour mieux se comprendre, pour mieux s’aider. Il y en a qui mettent de l’amour dans des gestes que vous analysez avec mépris, avec arrogance en les affublant du nom de compétences. Oui messieurs, il y en a qui rêve plus fort que vous, plus vrai que vous. Et quand vous retournerez dans votre confort nocturne ou que votre esprit se reposera des efforts de la veille à imaginer ce qui se passe lorsque vous n’y êtes plus, il y en a qui prendront un train un peu plus gris que le vôtre, pour vous construire un monde que vous avez oublié de comprendre

Vieille gare…

Dans cette vieille gare

Aux lourds murs

Jaunis des restes de nos mémoires  

Même le silence grinçait en s’étirant

Sur les long quais traversés

D’un air frais et fatigué

Des ombres d’hommes courbés

Se figeaient dans le matin tremblant

Pour ce long voyage…

Pour ce long voyage au pays des bruyants
Il avait commencé une provision de silences

Dans un sac à papier froissé
Quelques trous de mémoire
Sagement attendaient

Il est si bon de ne rien dire
Quand tous sur l’écran tête baissée
Rêvent de participer

Son sac à mots était empli de douceurs
Bondé de rondeurs
Pas un jour ne passait
Sans qu’il n’y plonge la main
Pour déguster un autre demain

Mes Everest, extrait de la mort heureuse de Albert Camus

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

L’été remplissait le port de clameurs et de soleil. Il était onze heures et demie. Le jour s’ouvrait par son milieu pour écraser les quais de tout son poids de chaleur. Devant les hangars de la Chambre de Commerce d’Alger, des «Schiaffino» à coque noire et cheminée rouge embarquaient des sacs de blé. Leur parfum de poussière fine se mêlait aux volumineuses odeurs de goudron qu’un soleil chaud faisait éclore. Devant une petite baraque au parfum de vernis et d’anisette, des hommes buvaient et des acrobates arabes en maillot rouge sur les dalles brûlantes tournaient et retournaient leurs corps devant la mer où bondissait la lumière. Sans les regarder, les dockers portant les sacs s’engageaient sur les deux planches élastiques qui montaient du quai sur le pont des cargos. Arrivés en haut, soudain découpés dans le ciel et sur la baie, parmi les treuils et les mâts, ils s’arrêtaient une…

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Jeudi…

Jeudi sans frime

Je dis où sont mes rimes

Jeudi déprime

Rimes en train…

Dans ce presque soir ferroviaire,

Flaque de mémoire s’est échappée.

Je la vois,

Tout va si vite.

Elle glisse sur la vitre.

L’encre noire de mon âme est noyée

Dans un trop plein de bleus.

De ce plein bleu trop salé,

Que la mer tous les jours m’a inventé.

J’entends,

J’attends.

C’est le long cri.

Long cri du souvenir de l’en dedans.

Il remonte,

Trempé jusqu’à l’os de mes mots,

Se présente à la grille rouillée de mon parc à rimes.

Sourires,

Il est si tard pour la fouille.

Les poches se vident…

Sur la table, s’étalent les vers.

« Dans la marge, vos mots coupants, vous déposerez ! »

Les lames ne franchissent pas le détecteur.

Les larmes seules sont admises.

J’ai tant de rêves qui vibrent.

Entends,

Ça résonne,

Ça bouillonne,

Ça brouillonne.

Dans ce demi-soir lunaire

Tant de voix se disputent la tribune,

Silence…

Il est temps de ne rien dire….

Rime en i

Non, non, pitié,
Pas aujourd’hui,
Je vous en supplie,
Mon rire s’est enfui.
Pas de jeu de mots,
Pas de rimes en i.
N’insistez pas, je vous le dis.
Comment ?
Dommage, me dites-vous ?
Vous aviez de bons mots ?
Et bien tant pis,
Je cède, allons-y !
Je n’en prendrai qu’un :
Je le veux bref et poli.
En avant mon ami,
Je suis tout ouïe.
Par quoi commencerez-vous ?
Comment par i ?
Paris ?
Malheur,
C’est bien ce que je dis,
Comment, que me dites-vous ?
Ce que je dis ?
Ce que je dis,
C’est jeudi…

Vivement vendredi…

Mes Everest, Colette : « Où sont les enfants ? »

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

« Où sont les enfants? » Elle surgissait, essoufflée par sa quête constante de mère-chienne trop tendre, tête levée et flairant le vent. Ses bras emmanchés de toile blanche disaient qu’elle venait de pétrir la pâte à galette, ou le pudding saucé d’un brûlant velours de rhum et de confitures. Un grand tablier bleu la ceignait, si elle avait lavé la havanaise, et quelquefois elle agitait un étendard de papier jaune craquant, le papier de la boucherie; c’est qu’elle espérait rassembler, en même temps que ses enfants égaillés, ses chattes vagabondes, affamées de viande crue…
Au cri traditionnel s’ajoutait, sur le même ton d’urgence et de supplication, le rappel de l’heure: « Quatre heures! ils ne sont pas venus goûter! Où sont les enfants ?… » « Six heures et demie! Rentreront-ils dîner? Où sont les enfants ?… » La jolie voix, et comme je pleurerais de plaisir à l’entendre… Notre seul péché, notre méfait unique…

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Carnet 9 : « Percer le mystère »

Percer le mystère…

Il n’est pas rare qu’on nous propose, de percer le mystère…Percer le mystère de la construction des grandes pyramides, percer le mystère du triangle des Bermudes, percer le mystère de l’échec de Jospin en 2002, percer le mystère de l’infini, du temps, du rien, du néant.
Percer le mystère des trous noirs… Tiens donc, quelle drôle d’idée que de vouloir percer ce que l’on ne sait pas sur un trou, noir de surcroît…Percer un trou dans un trou c’est ajouter un peu de vide autour du rien. Mais je m’égare : c’est d’ailleurs tout le mystère de l’inspiration : on a une idée, un mot vient, puis deux, ils s’enchaînent se répondent et finissent par former une phrase, puis deux et enfin un texte dont on peut légitimement dire qu’il n’a ni queue ni tête voire qu’il est un peu mystérieux.
C’est certainement ce que vous vous dites, là, dans ce bref instant un peu magique où je sais que les mots que j’écris seront lus et peut-être dits. C’est bien ce mystère que je voudrais percer, avec délicatesse je le promets, juste un petit trou, qui se verra à peine mais qui permettra de comprendre. Alors je reviendrai vers vous et vous dirai :  » ça y est c’est fait j’ai percé le mystère de l’inspiration, de l’écriture ». Et alors me direz-vous, qu’est-ce que tu as découvert ? Oh je n’ai rien découvert de bien surprenant que je ne savais déjà : vous savez c’est vraiment difficile de percer un tel mystère, et en plus pour couronner le tout je suis tombé sur un os…

Histoire de mots

J’aime les mots

Les mots doux

Les mots du bout

Les mots du début

Le mot de la fin

Les mots courts

Le mot de secours

Les mots qui riment

Les mots qui glissent

Les mots gris

Les mots qu’on oublie

Les mots bleus

Les mots de tes yeux

Les mots d’hier

Les gros mots

Les mots tordus

Les mots secs

Et par par-dessus tout

J’aime les mots longs

Et les mots polissons

Ecoute…

Ecoute petit homme,

Ecoute.

Il est si beau ce monde qui ne dit rien.

Il est si beau ce monde,

Il te parle, c’est le tien.

Regarde petit homme heureux,

Regarde ces furieux,

Fanatiques, frénétiques,

Ils ont le cœur électrique.

Ils préparent la prière,

Hymne cathodique

Aux rimes numériques,

C’est le matin du malin.

Nuques raides, regards vides,

Les impatients sont livides,

Epuisés, lessivés,

Un long sommeil les a lavés.

Ô Nuit blanche et câline,

Ne t’épuise plus à blanchir

Ces haines rances à mourir.

Semées sur l’écran creux

De leurs rêves sans bleu.

La nuit les a libérés.

Il est l’heure,

Affamés, ils attendent

La victime par eux condamnée.

Leurs mots sont prêts

Ils vibrent, affutés, aiguisés,

Ils vont frapper !

Pas un regard pour ton monde qui sourit.

Ils attendent leurs matins numériques.

Rien ne brille, rien ne bouge.

Hystériques ils cliquent, ils cliquent,

Ils cliquent.

Et ce matin, petit homme,

C’est une claque,

Une claque pour les creux.

Les écrans sont lisses et vides.

Les nouvelles du jour ?

Parties, envolées, manipulées, falsifiées ?

Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…

Le monde les voit

Il pleure de cette embolie

Il rit de cette folie

Mais cette nuit, petit homme,

Le monde a agi.

Le monde ne regrette rien

Il le fallait, il l’a fait.

C’est si simple,

Petit homme

La poubelle était pleine,

Le monde l’a vidée,

Et dehors l’a laissée

26 janvier 2020

Mes Everest, lettre de Maria Casarès à Albert Camus…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Je lis régulièrement la correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès et j’y découvre des pépites…

…La vie, par ici, continue pareille à elle-même. Aussi, je commence à être légèrement agacée par les différentes petites habitudes que je prends dans les menus détails de la journée et que je commence seulement à remarquer. Il n’y a rien au monde, je crois, qui me mette autant hors de moi, que ces « plis automatiques » qui contribuent à laisser l’esprit plus libre, peut-être, et à agir plus rapidement sans rien oublier, mais que, moi, ils m’exaspèrent dès que j’en prends conscience. Je m’amuse donc à changer l’ordre des choses : je me déshabille avant de préparer pour la nuit le lit de mon père, je prends le bain avant ou après le petit déjeuner, je change l’heure et le but de mes promenades, etc.

Hier après-midi, je suis partie à pied…

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Un air de printemps

Ça n’est pas vraiment le printemps.

Non pas vraiment

Mais il y a quelque chose

Quelque chose qu’on sent

Qu’on ressent

Qu’on attend

Qu’on pressent

Oh il faudra encore du temps

Pour que l’hiver passe aux aveux

Et nous dise enfin ce qu’il veut

Je le connais

Il va résister

Contester

Protester

Et comme il est paresseux

Chaque matin brumeux

Il jouera

Traînera

S’étirera

Et sans rien dire

Je le sais

Il partira.

J’aime le bois…

Mes Everest, Baudelaire : « l’homme et la mer »…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Homme libre, toujours tu chériras la mer!
La mer est ton miroir; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets:
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables!

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Ouvrez les fenêtres…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Ne me parlez plus de votre monde de demain!

Je vous en prie,

Ne m’en parlez plus…

Regardez,

Ouvrez vos yeux endoloris…

Et surtout, surtout,

Prenez le temps de ne rien dire.

Une à une ouvrez ces fenêtres,

Que vous aviez condamnées.

L’ailleurs vous fait peur,

Le lointain vous effraie?

Il est temps,

Il faut vous relever!

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Apprendre à se taire…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Il faudrait pourtant apprendre à se taire. Apprendre à ne rien dire. Oui, ne rien dire de ce qui sera toujours de trop. Prendre le temps de sentir, de ressentir et puis écouter, toucher, entendre, simplement. Il faudra apprendre à se confronter au silence, en apprécier la douceur. Il faudra apprendre à ne plus prendre le risque de d’abîmer les envies de sourire, de se serrer, de se retrouver et tout cela pour exister. Exister, résister, éliminer du champ de batailles de nos envies retrouvées, toutes ces paroles inutiles qui emplissent déjà de lourds silos de haines ordinaires. Il faudra éliminer tout ce bruit qui nous enterre, ce bruit qui nous fait mal. Ne plus commenter, essayer de comprendre, essayer simplement ou alors ne rien dire…

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Mes Everest poétiques, Marguerite Duras : les mains négatives…

Magnifique Marguerite Duras…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Devant l’océan
sous la falaise
sur la paroi de granit

ces mains
ouvertes

Bleues
Et noires

Du bleu de l’eau
Du noir de la nuit

L’homme est venu seul dans la grotte
face à l’océan
Toutes les mains ont la même taille
il était seul

L’homme seul dans la grotte a regardé
dans le bruit
dans le bruit de la mer
l’immensité des choses

Et il a crié

Toi qui es nommée toi qui es douée d’identitéjet’aime

Ces mains
du bleu de l’eau
du noir du ciel

Plates

Posées écartelées sur le granit gris

Pour que quelqu’un les ait vues.

Je suis celui qui appelle
Je suis celui qui appelait qui criait il y a trentemille ans

Je t’aime

Je crie que je veux t’aimer, je t’aime

J’aimerai quiconque entendra que je crie

Sur la terre vide resteront ces mains sur la paroi degranit face au fracas de l’océan

Insoutenable

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La norme et la beauté : 4

Norme : Je viens d’apprendre à l’instant, chère Beauté, qu’une fois de plus vous vous êtes égarée.

Beauté : Egarée ? Nullement, sachez chère Norme, que si je me suis posée ici, sur cette belle fleur de pissenlit, c’est parce que je le voulais, et surtout parce qu’il le fallait.

Norme : Une fleur de pissenlit ! Pourquoi pas du chiendent, ou non du trèfle, oui tiens du trèfle ! Encore une fois je me dois d’intervenir. Je vous le dis, je vous le répète : jamais, je ne dis bien jamais, vous ne devez prendre la liberté de vous poser où bon vous semble, sans au préalable ne m’en avoir parlé…

Beauté : Je vous entends, je vous entends chère Norme, mais sachez que je ne me pose jamais au hasard…Voyez-vous ce que j’aime par-dessus tout, c’est la légèreté, la douceur, la délicatesse et surtout la discrétion. Vous conviendrez que ce ne sont pas les premières qualités de toutes ces fleurs qu’habituellement vous m’imposez dans vos plans de vols.

Norme : Mais enfin Beauté, reprenez-vous, je ne vous demande pas de faire de la poésie, mais simplement d’ouvrir les yeux. Regardez autour de vous, ces jonquilles, ces roses qui éclosent. Vous ne me direz pas que ce vulgaire pissenlit mérite plus qu’elles qu’on leur rende les honneurs qu’elles méritent.

Beauté :  Je vous écoute chère Norme et je ne vous dis pas que les fleurs que vous me citez doivent être oubliées, mais voyez-vous, il est des jours, où la beauté ne vous appartient plus. Elle s’envole, elle respire, elle est libre… Alors oui, je persiste dans ma désobéissance, et, je le sais, chère Norme vous n’aurez pas à le regretter…

La norme et la beauté : 3

La norme et la beauté, n’en finissent jamais de se chamailler. Leurs désaccords sont profonds. Je vous laisse juger…

Beauté : Ce soir je suis heureuse, tellement heureuse, ce n’était pas simple mais j’y suis arrivée.

Norme : De quoi me parles-tu ? De ce gribouillis fumeux que tu es allée me poser sur cette horrible plage que je me tue à dissimuler.  

Beauté : Gribouillis fumeux, horrible plage…Chère norme, as-tu bien regardé ? Mais je m’égare…Comment la norme peut-elle simplement regarder ? Tu n’es là que pour mesurer…

Norme : Quelle impertinente ! Beauté, mais as-tu simplement regardé, ces traces que tu as laissées ?  Que va-t-on dire ? Où sont tes limites ? Quatre cheminées ! Et pourquoi pas un pétrolier !

Beauté : Un pétrolier, quelle bonne idée, et j’y ajouterai aussi un amandier, un parolier, un cabanon, un réservoir, et surtout, surtout, norme engourdie, un peu d’espoir…

Norme : Il suffit beauté, je ne peux tolérer de tels écarts, tu le sais !

Beauté : Je te comprends norme, je le sais, tu n’y es pour rien. Je te demande une simple petite faveur…

Norme : Je t’écoute beauté.

Beauté : Ferme les yeux. Pendant quelques instants, oublie ce qu’on t’a raconté. Attends bien quelques minutes et doucement, tout doucement, soulève tes lourdes paupières et là, je te promets, tu verras. Et tu vivras…

La norme et la beauté : 2

Beauté : Je vais partir, je veux partir. Je veux qu’on m’oublie. Quelques temps peut-être, ou quelques instants, je ne sais pas, mais je veux partir. Alors on se souviendra, on me réclamera. Je les entends déjà : reviens, reviens…

Norme : Je ne comprends pas ce que tu gémis. Tu veux partir c’est bien cela ?

Beauté :  Oui c’est cela, bien entendue chère norme, partir, m’envoler, m’effacer….

Norme : Je ne te comprends pas, je ne te comprends plus. Tu parles comme une enfant gâtée. Regarde, tout est ici : regarde autour de toi, tout est là :  pour réussir, pour t’imposer. Ressaisis-toi, il faut que tu poses, il faut que tu oses.

Beauté : Tu prétends que j’ai tout, ici, tout ce qu’il me faut, mais je ne vois rien, je ne sens rien. Je m’ennuie à mourir. Tout est tracé, tout est formaté : tu choisis, tu élimines, tu décides, tu juges, tu convoques, tu condamnes. Quand il faut que j’apparaisse, les couleurs sont au garde à vous, elles sont pétrifiées, ma lumière les a abandonnés, tes paysages sont figés. Pire ils sont coagulés ! Tes visages sont communs, tes regards sont vides. C’en est trop, je n’en peux plus, je reprends ma liberté.

Norme : Voilà que tu recommences avec tes délires, tes envies de gris, de flaques poisseuses. Mais que veux-tu ? Tu le sais pourtant : ce que je décide n’est pas pour t’embêter ou t’humilier. Ce n’est pas une lubie. Ce sont les autres : ils me tiennent la main, me dictent ma conduite. Tu le sais, je suis une norme, je suis LA NORME, et ne suis pas née toute seule. Moi aussi, comme toi j’ai été convoquée, moi aussi je n’ai pas de liberté.

Beauté : Eh bien, échappe-toi aussi et laisse-moi m’envoler. Les autres finiront par s’habituer.  

Norme : Mais que diront-ils ces autres si plus rien de ce qu’ils attendent n’est beau. Que diront-ils, que deviendront-ils, que ressentiront-ils ?

Beauté :  Ils feront comme nous, il faut qu’ils sortent eux aussi, il faut qu’ils bougent. Il faut qu’ils changent, que leurs regards souffrent un peu, juste un peu, pour ensuite pouvoir s’étonner…

Norme : Impossible, nous ne pouvons pas, nous n’avons pas le droit….

Beauté : C’est fini, je vous quitte, je vous abandonne, je vous laisse à vos paysages lisses et glacées,

Norme : Nous quitter, nous abandonner, pauvre folle mais pour qui te prends tu ?

Beauté : Je suis la beauté, celle dont on rêve, celle qu’on attend, celle qu’on ressent quand on est vivant, là, à l’intérieur, celle qui explose pour tos nos sens quand on espère, quand on aime….

La norme et la beauté…

Où l’on découvre que norme et beauté ont parfois un peu de mal à s’entendre, à se comprendre. Aujourd’hui nous retrouvons une norme « étonnée » pour ne pas dire irritée. Elle a convoqué une beauté libérée et l’interroge sur ses mauvaises fréquentations.
Norme : Que fais-tu ici ? Regarde autour de toi, ouvre les yeux, tu le vois bien, ici il n’y a rien que tu puisses regarder.
Beauté : Ce que je fais ici ? Mais je ne fais rien, je suis, je sens, je ressens. Et toi tu ne vois rien ? Ici je suis bien, ici je suis invitée. Alors tu vois, même pour quelques instants je vais m’installer…
Norme : Invitée ? Invitée ? Toi la beauté ? Mais regarde, ici tout est laid, qui t’aurait donc invité ?
Beauté : Du laid, du laid ? Suis-je à ce point aveuglée, que je n’ai rien vu de tout ce laid que tu as décidé de m’inventer. Moi je n’ai rien vu, et ici, tout, oui tout me plait. Toi tu restes enfermée entre les murs lisses de tes lignes droites. Regarde la douceur de ces courbes, c’est si simple, ici je suis bien.
Norme : Tu n’as rien vu et moi je n’ai rien su. Tu le sais, tu ne peux l’ignorer, jamais tu ne dois distribuer de la beauté sans que j’en sois informée. La beauté m’appartient, tu n’es que messagère.
Beauté : Oui je le sais, et je l’ai voulu, je suis venu et je ne t’ai rien dit. Peut-être pour que tu ne puisses rien abîmer. Ici vit un gris, un si beau gris oublié, il s’est souvenu de qui il était, alors il m’a appelé et sans hésiter je suis venue.
Norme : Un gris oublié ? Mais tu t’égares ma pauvre beauté. Regarde autour de toi, regarde ce que je vois, ce n’est que du terne, avec un gris qui nous désespère. Ici tout est sale, et si plein de triste.
Beauté : Mais ce que tu vois, ma pauvre, ce n’est que ce que tu crois. Ouvre les portes, aère-toi, regarde avec l’arrière de tes yeux et alors tu comprendras.
Norme : Cela suffit ! Je te le rappelle une dernière fois, tu ne peux pas décider n’importe quoi. Remballe tes couleurs, range ton gris oublié et rentre chez toi.
Beauté : Moi tu vois, c’est ce qui me plait, ici. A cette table je me sens vivante. Ici tout est riant. Regarde, ouvre-toi, tout est surprenant. Ici personne ne m’attend.
Norme : Je veux bien, mais juste quelques instants, je ne veux pas d’incidents

Contre la vitre…

Dans le compartiment, il y a cette odeur, unique, qui s’accroche aux vêtements. Une odeur de voyages, trop courts, pour que la sueur soit absorbée par les souvenirs touristiques. Une odeur de vitre propre, de soupirs fatigués, une odeur de vie qui est à la peine, pour s’approcher de ce dont on rêve quand on est la tête contre la vitre. On ressent les vibrations, et puis il y a l’humidité de l’haleine qui fait comme un voile. Le voyage contre la vitre peut commencer, les yeux qui se ferment et le skaï devient cuir sauvage. Les néons ferroviaires sont des reflets de lune sur l’eau, pas un son, pas une voix qui ne troublent le rien d’un songe qui cherche son issue. Comme une musique, comme une mélodie. Et le couple d’en face, si vieux, si bons, qui posent leurs yeux sur la main de l’autre, pour signifier leur amour. Ils sont si beaux, si vrais, avec des souvenirs en réserve, pour chaque aiguillage, des regards croisés. Le front fait corps contre la vitre, les vibrations se font plus douces, le couple est comme un bouquet. Plus loin des jeunes filles rient, elles sont heureuses, heureuses de leurs sens, de ce qu’elles disent, de ce qu’elles montrent aux regards des peureux du bonheur. Elles batifolent, de mots en mots, d’histoires banales en tranches de vie. Et leurs rires nous réchauffent dans ce temps qui ne fait que passer.

Onfkkk…

Envie de republier cette micro nouvelle… Peut-être parce qu’il y a encore de la neige…

Il neigeait fort depuis plusieurs heures. Le silence prenait de plus en plus de place, tout était étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’était l’empire du coton. Il n’était pas sorti, préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pulls et manteau. Bref il hibernait. Parfois il tirait un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout était simple.
Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui ployant sous le poids de cette neige lourde n’ont pas résisté. Non ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….
Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par les ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Il va sortir. Pour voir, pour entendre.
Il met beaucoup de temps à s’habiller, il n’est pas pressé de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige. Il n’a pas peur. Pourquoi aurait-il peur ?
Il est à l’extérieur, il fait le tour de la maison, pas très rapidement, il s’enfonce, le son des bottes quand il lève la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche est magnifique, c’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens s’il devait l’écrire il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « Onfkkkkk ».
Il a fait le tour. Derrière chez lui, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…
La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.
« Onfkkkk », une mouette s’est envolée quand il s’est avancé. Elle a ri de tout ce blanc, il l’a regardé planer. Il est bien, il est rentré.

La mer est dans la ville…

Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville, est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

Petit bonheur ferroviaire

Je vous propose tout au long de ce week-end de retrouver quelques unes de mes micronouvelles, mais aussi de simples textes en prose… Un peu de prose pour la pause…

En arrivant ce matin sur le quai de la gare, j’ai perçu un petit quelque chose de bizarre, d’anormal. D’abord une sensation physique : je respire… Oui c’est cela : c’est dans l’air ! La respiration est un vrai bonheur, subtil mélange de fraîcheurs et d’odeurs d’herbe coupée. Je me suis dit que dans le fond de l’air il y avait certainement un petit peu de bonheur, un tout petit peu. Alors j’ai souri, parce que le bonheur c’est pour fabriquer du sourire, sinon ce n’est qu’une escroquerie de plus.
Je souris et – c’est bien cela que j’ai ressenti comme inhabituel – la première personne que j’ai croisée, une habituée comme moi, souriait aussi, d’abord seule, pour elle, comme moi, et puis j’ai bien vu qu’elle me souriait. Elle qui tous les jours serrent les dents pour ne pas risquer d’être obligé de répondre à mon regard, aujourd’hui elle me sourit. Incroyable ! Je me dis que c’est un hasard, un heureux hasard, que ce matin, enfin, elle est contente, peut-être même heureuse. Elle est contente de cette journée qui s’ouvre, contente de ce qu’elle est, de ce qu’elle fait. Tout simplement contente de vivre. Mais, je reste sur l’hypothèse du hasard.
Quand j’arrive sur le quai je me dis que le hasard a beau bien faire les choses, là c’est quand même beaucoup, j’ai même pensé à un tournage : peut-être un film publicitaire sur le bonheur de prendre le train ou la joie d’aller travailler. Mais non je me trompe, je connais toutes ces silhouettes, je les croise tous les jours, certaines depuis des années. Et là, tout le monde sourit, il y en même qui parle, et mieux encore qui se parlent. Je n’en peux plus, ma joie déborde. Je vais enfin pouvoir dire bonjour à toutes ces compagnies du matin sans qu’elles ne se sentent agressées.
« Bonjour, bonjour, bonjour » ! Je suis comme un rossignol, je sautille sur le quai, je suis empli d’un incroyable bonheur ferroviaire. Sur le quai d’en face il semble que ce soit pareil. Je m’emballe, je me dis que je vais enfin pouvoir parler avec cette jeune fille qui tous les matins, depuis trois ans attend au même endroit, qui monte avec moi dans le même compartiment qui descend dans la même gare. Je vais lui parler, tout simplement, elle va me répondre : je le sens, je le sais, je le veux.
Je m’approche d’elle, d’abord un bonjour, puis un sourire, puis deux, ma bouche s’ouvre pour lui proposer une de ces insignifiances qui ce matin seront de vraies perles à conserver pour ce petit bonheur matinal qui nous a surpris en plein réveil. « Je, je … »
Et soudain, la terrible voix féminine de la SNCF, terrible voix si belle, si chaude si sensuelle, cette voix qui fige tout le monde sur le quai : « que va-t-elle annoncer, ce matin : encore du retard, une annulation, peut-être ? »
« Votre attention s’il vous plait : en raison de la réutilisation tardive d’un triste matériel, le bonheur que vous respirez depuis ce matin, aura une durée indéterminée, nous vous tiendrons informé de l’évolution de la situation : en cas de difficulté à poursuivre votre voyage vers la morosité ferroviaire, veuillez-vous adresser aux agents les plus tristes sur le quai »
J’ai baissé la tête, avalé mon sourire et comme tous les matins j’ai regardé le cadran de ma montre.

Il manquait un voyageur

Je publie à nouveau cette micronouvelle qui a remporté le prix des lecteurs en 2020 sur le site short-édition

Ce sont trois informaticiens, ou techniciens, de ces hommes qui m’impressionnent parce qu’ils arrivent à réfléchir en trois dimensions. Tout le long du trajet, dans ce « carré » que je partage avec eux, ils parlent une autre langue, presque une langue de signes. Ils rient, ils sont bien dans leurs anecdotes technologiques. Ils mettent du sourire et du bonheur dans les codes, dans les chiffres. Il y a du soleil dans leurs langages obscurs. Je ne comprends, ce n’est pas grave, je les écoute avec délice. Ils ont de la passion, elle déborde dans ce compartiment monotone et j’aime ça. Ils ne jouent pas, ils ne forcent pas, ils disent, ils racontent, et ils vivent.
Le plus près de moi est massif, il a les mains lourdes, les doigts épais. Je ne l’imagine pas devant un clavier, mais plus devant un sac de ciment, un arbre à abattre. Il est fort, sa voix résonne, il est calme, il aime la vie.
Silencieux, mais attentif, depuis le début du trajet je me décide à parler. Peut-être parce que je me sens bien, que cela me semble naturel de parler à ceux qui sont proches. Comment peut-on presque se toucher et ne rien se dire ? Il n’est jamais simple d’entrer dans une conversation, il ne faut pas donner le sentiment d’être indiscret, d’avoir écouté. Les réactions peuvent parfois être surprenantes. Tout cela je le savais, tout cela je l’avais déjà expérimenté mais tant pis, je me suis lancé.
« Euh, excusez-moi, je vous écoute depuis un petit moment, et je ne comprends rien à ce que vous dites, vous êtes dans quoi au juste ? »
Le plus jeune des trois, celui qui est en face de moi, a semblé abasourdi par cette question. Il m’a regardé avec étonnement, presque avec effroi, comme si je venais d’entrer par surprise dans sa chambre à coucher, juste au moment où il allait se glisser sous les draps. Les deux autres l’ont regardé, m’ont regardé : le plus bavard des trois, celui qui il y a quelques minutes ponctuait toutes ses explications de grands éclats de rires, s’est figé instantanément dans un silence glaçant. J’étais gêné, presque pétrifié. Le doux balancement du compartiment dans une longue courbe prise à grande vitesse, me donnait presque la nausée. J’allais ouvrir la bouche pour m’excuser, leur dire que j’étais désolé de les avoir dérangés quand le plus grand des trois, celui que j’admirais il y a quelques instants, se tourne vers moi et me dit simplement.
« Tu veux savoir, dans quoi on est, et ben c’est simple là pour le moment et pour encore deux heures on est dans le train, dans ce compartiment, avec toi, mais sinon tu sais on n’est dans rien, on ne travaille pas, on ne travaille plus. On est ensemble parce qu’on va à l’enterrement d’un ami, notre ami, c’était le quatrième, celui qui était avec nous, d’habitude, là, à ta place. On était quatre, quatre techniciens, on aimait vraiment ce qu’on faisait, et puis la boîte a fermé, elle nous a virés. Lui, il n’a pas supporté, il s’est suicidé…Il s’appelait Jules. C’était la semaine dernière, alors on est tellement triste, qu’on fait comme avant, on parle, on rit, et tu vois tu nous as réveillé et là on pense à lui… »

Rêves…

Comme tous les matins, Il prend le train. Comme tous les matins, il sort son livre, prend son casque et invite Léo Ferré, à l’accompagner dans sa lecture ferroviaire. Camus sous les yeux, Ferré dans les oreilles : le trajet devient voyage. Quelques minutes passent, et les compagnons de « route », tout doucement s’effacent.
Ce matin-là, il lui semble pourtant, dès le début que quelques détails ont changé. Il ne pourrait dire lesquels mais quand il a posé le pied dans le compartiment, cherchant sa place habituelle (il aime les rites, il en a besoin pour s’envoler), il lui a semblé qu’aucun des visages ne lui étaient familiers. Curieux, cela fait quinze ans qu’il fait ce trajet, sensiblement aux mêmes heures, et tout le monde se connaît, ou plutôt tout le monde se reconnait, prenant évidemment grand soin à ne rien se dire pour ne pas prendre le risque de percer toutes ces petites bulles dans lesquelles chacun s’est enfermé.
Il s’assied, sort son casque, s’énervant au passage sur les nœuds qui comme toujours ont profité de la nuit pour se former. Il sort un livre de poche. De poche parce qu’il ne faut pas trop se charger. Il commence sa lecture.
Évidemment il s’agit de Camus. C’est l’étranger qu’il a choisi ce matin dans le rayon dédié à son maître absolu. Il l’ouvre, au hasard, et de toute façon sait qu’en quelques secondes il sera transporté. Il commence sa lecture : c’est le passage où Meursault est sur la plage et le drame va se produire ….
« C’est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent… » Il lève les yeux, pour reprendre son souffle : chaque mot est une vibration intérieure qui le secoue. Autour de lui les visages sont pâles, on devine l’angoisse… Il n’y prête pas attention. Il continue.
« Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s’est tendu et j’ai crispé ma main sur le revolver… » Il s’arrête, le souffle court. Il comprend que ce sont des gouttes de sueur qui tombent sur la page. « La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. »
Le train s’est arrêté, brusquement, il ne comprend pas tout de suite ce qui se passe. C’est la police ferroviaire, elle a surgi dans le compartiment. Ils se sont approchés de lui, et ont fait signe d’enlever le casque.
• Que se passe-t-‘il ici monsieur ?
• Il ne se passe rien, je lis c’est tout…
• Mais vous ne pouvez pas, ce n’est pas possible, cela trouble le voyage des autres passagers !
Cela trouble le voyage des autres passagers. Il ne comprend pas, enfin pas tout de suite. Le policier est toujours devant lui, le regard un peu menaçant :
• Vous savez lire non ?
Il pointe une petite affichette sur laquelle est écrit :
« Compartiment non-lecteur, no reading »
Il est discipliné et demande seulement une petite faveur : celle de terminer les quelques lignes qui lui restent sur cette page.
« J’ai secoué la sueur et le soleil. J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux. Alors j’ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût. Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur… »

Mes Everest, René Char :  » dessus le sol durci… »

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Dessus le sol durci du champ à l’abandon
Où les ceps subsistaient d’une vigne déserte
Filaient une envie rose, une promesse rousse.

Sur le cadran de l’heure au lent départ,
Petit jour n’assouplit pas l’espoir
S’il ne donne la grâce aux yeux qui la dégrèvent.
Écarlate, incarnat, pourpre, ponceau, vermeil,
Ce petit jour dans mon regard
Découvrit au marcheur précédé de son chien
Que la terre pouvait seule se repétrir,
Point craintive des mains distraites,
Si délaissée des mains calleuses.

Chants de la Balandrane, 1975-1977
Newton cassa la mise en scène

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Rêve…

Comme tous les matins, Jules se lève tôt, s’habille rapidement, et visage encore barbouillé des restes de la nuit, s’en va acheter la presse. Il ne se contente pas du seul journal régional, il aime aussi les quotidiens nationaux. Jamais les mêmes, il butine, il n’aime s’enfermer dans aucune camisole, encore moins de papier. Il aime ce moment ou devant le présentoir, il hésite, il compare les unes, les titres du jour et suivant son humeur, il en choisit un ou deux, jamais les mêmes. Il paie, les plie soigneusement et accélère le pas, impatient de les étaler sur la table, tout en buvant un grand bol de café.
Trois unes l’ont attiré ce matin : la première « Ecoute l’automne », la seconde : « Le monde : une île ! » et la troisième « Elle aime la lune ». Surprenants ces titres, on ne dirait pas de l’actualité se dit-il sur le chemin du retour. Mais il n’ouvre pas les journaux, il aime ce rite matinal, qu’il ne veut pas transgresser sous prétexte de curiosité.
Jules est dans sa cuisine, le café est prêt. Il s’installe. Comme d’habitude, son bol est légèrement sur la gauche pour qu’il puisse étaler les journaux et il commence sa revue de presse. Il débute par « Elle aime la lune ». Il lit rapidement les quelques lignes qui accompagnent la photo de la une. C’est vrai que cela lui semble léger, plus doux que d’habitude. Il ouvre le journal, poursuit sa lecture : « mais qui est-elle celle qui aime la lune ? »
Bref il lit et l’impression se confirme. Sa lecture est agréable ! Il ne parvient pas à en expliquer les raisons, mais il se sent bien. Il ouvre son deuxième quotidien, « Ecoute l’automne » : mêmes impressions, douceur, bonheur, sourires. D’ailleurs il le sent parfaitement qu’il sourit. Il est bien, tellement bien qu’il s’empresse d’ouvrir le troisième : « Le monde : une île ! ». Et là, comment dire c’est l’apothéose : c’est comme le premier stade de l’ivresse, il se sent gai, insouciant avec l’envie de s’étirer en souriant. C’est ce qu’il fait d’ailleurs !
C’est dans ce mouvement qu’il aperçoit le gros titre du quotidien régional : « Catastrophe dans le monde de la presse nationale : les lettres R et les lettres S ont totalement disparu des rédactions ! ».
16 novembre 2019

Le chant du large…

Au fond de mes poches,
Quelques miettes de ciel.
Dans le creux de ma paume pressée,
J’ai pris quelques cailloux mauves.
En riant les ai semés.
Une à une, bulles légères
Sautillent, pétillent
Dans long couloir sans écume
Foule sans sillage,
N’entend pas le chant du large.

Mes Everest : Léo Ferré, le lit….

Résistance

L’homme transi est à bout

Hiver est partout

Armé jusqu’aux dents

Entré sans crier gare

Dans la chair affaissée

Du si bel et long été

Il est là

Il est l’occupant

Il faut l’accepter

Dans le silence coupant

Vous tremblez

Peuple courbé

Vous tremblez

Aveugles résignés

Pas un qui n’entend

Le cri de janvier

Réveillez vous frileux occupés

La lumière est là sur le quai

La résistance grandit

Demain nous serons libérés

Rêves…

Tout d’abord personne ne s’est aperçu de rien, et quand on ne dit personne, on doit vite reconnaître que de toute façon on ne parle pas de beaucoup. Certes, il ne s’agit pas, une fois de plus, d’affirmer que le nombre de lecteurs diminue, mais de reconnaître que la lecture est de plus en plus instrumentale, et de moins en moins viscérale. Et quand j’utilise le terme de viscéral, il est celui qui est le plus approprié. Il s’agit de cette lecture qui part de l’œil, puis prend le frais dans l’arrière-pays de la tête avant de descendre dans les tripes, et tout remuer. Cette lecture a besoin de ces mots qui vibrent, de ces mots qui caressent, qui chantent, qui surprennent, de ces mots qui essoufflent, qui apaisent…
Pourtant ce matin, comme tous les jours Jules a commencé à feuilleter ces livres qu’il aime tant. Il a tourné quelques pages, rapidement, puis a pris son temps, et s’est arrêté gorge serrée. Partout sur la page, des trous, au début d’un vers, au milieu d’une strophe, dans un titre. Des mots se sont envolées, ils ont disparu. Il pense à une plaisanterie, un canular peut-être : qui aurait pu dans la nuit prendre le temps de lui voler des mots, des mots si beaux.
Il s’attarde sur un texte d’Eluard : dans ce magnifique texte, les étoiles se sont évanouies, les fleurs se sont fanées, les paupières se sont fermées. Il poursuit ses lectures et partout des trous ont pris la place des caresses, de la douceur, de la pluie. La mer et ses vagues ont disparu, plus de vent, pas un soupir, pas un frisson. Tous les mots qu’il aiment ont été enlevés. Jules est persuadé qu’il rêve encore, il se pince pour s’éveiller. Mais rien n’y fait, les mots, ses si beaux mots se sont échappés. Où se sont-ils cachés ?
Un peu déprimé, il ouvre la radio, peut-être une explication. Jules n’aime pas la radio, parce que ce sont des sons électriques, mais ce matin il se sent seul, si seul. Il écoute, il n’est pas un habitué, il écoute avec attention, avec curiosité et doucement, tout doucement il commence à sourire. Voici ce qu’il entend : « vous êtes bien sur votre radio habituelle, mais nous prions nos auditeurs de nous pardonner, ce matin pour une raison que nous ignorons encore, beaucoup de nos mots habituels ne passe plus à l’antenne, ils ne parviennent plus à sortir de la bouche de nos chroniqueurs et journalistes ».
Jules écoute, il sourit, il est bien, tous ses mots sont là, ils ont pris la place des mots en ique, des mots en tion, des mots en eur, il est si bien, c’est comme une douce mélodie… »

Mes Everest, Louis Aragon : il n’aurait fallu…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Il n’ aurait fallu
Qu’ un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
À l’ immense été
Des choses humaines

Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire de ma vie
Un grand collier d’air

Rien qu’ un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins Une rosée
Contre mon épaule

Un front qui s’ appuie
À moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m’ a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers

Un tendre jardin
Dans l’ herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l’ ombre douce

Voir l’article original

Rêves éveillés

C’est un mardi matin du mois de novembre 2020, je crois, que tout a commencé. Ou plutôt que tout a recommencé. C’est simple. Ce matin-là, au réveil, aucun écran n’est éclairé. Et quand je dis aucun, c’est vraiment aucun.
Ecrans petits et grands,
Écrans numériques,
Écrans électroniques,
Ecrans cathodiques,
C’est le noir,
Noir sidéral,
Pas une diode,
Pas un clic,
C’est la panique ;
C’est impossible, il doit y avoir un hic. Chacun accuse : c’est la prise, c’est le câble, c’est le réseau électrique…. Au saut du lit, le premier geste est pour l’écran, vite : réveiller la machine, vite regarder, on ne sait jamais : une information importante est peut-être arrivée dans la nuit. Mais là rien, l’écran est figé, glacé, il ne réagit pas. Le doigt s’agite, le cœur palpite…
Et c’est ainsi qu’au même moment dans tout le pays des millions de personnes allument, rallument leur téléphone et rien ne se passe. Ils triturent le câble, vérifient la prise, cherchent un coupable : l’époux, l’épouse, les enfants, le chat, l’état. En quelques minutes, la panique enfle, elle s’installe, partout.
En quelques minutes… Façon de parler. Le temps est difficile à estimer, l’heure aussi, n’existe que sur des écrans : l’heure est numérique, l’heure est électronique. Ce matin l’heure n’existe plus, elle s’est échappée, elle s’est enfuie.
Le jour est levé. Les pas sont lourds, les épaules sont basses. Il faut se résoudre à prendre le petit déjeuner. Tout le monde se retrouve autour de la table, les écrans vides et gris sont posés à côté du bol, petits objets inertes. Et il se produit alors quelque chose d’incroyable, les visages se redressent, les lèvres remuent, et des sons sortent, au début ce ne sont que des grognements. Puis des mots se forment, tiens on avait oublié comme c’est joli un mot, même petit. Partout, on parle, on se parle, pour commencer la météo, et encore plus incroyable on regarde par la fenêtre. Formidable cette application, on voit le temps qu’il fait. Et tout s’accélère, des mots, puis des phrases, des conversations, des sourires.
Il est huit heures,
Partout cela bourdonne,
Parfois cela ronchonne,
Il est huit heures,
Plus un clic
Numérique, électronique,
L’heure est si belle,
Vêtue de ses plus belles aiguilles….

Mémoires…

Dans le creux poivré de tes souvenirs pour deux

Entends le sable qui crisse

Au bord de l’oeil lourd et glacé

Une larme de miel a roulé

C’est le murmure bleu

De la sève en feu

Du peuple des arbres heureux

Je ne veux plus…

Je ne veux plus
De ce silence glacé
Qui roule en pleurant
Sur la mousse verte et ventrue
Des pentes asséchées

Je ne veux plus
De ces fracas de voix
Qui brisent en crissant
Les longues et fines lames
De mes rires boisés

Lundi frileux…

C’est un lundi frileux

Tu le sens, tu l’entends,

Ton souffle sonne creux.

Tu pousses la porte

Le froid est là, vif et bleu.

Il est prêt et attend.

C’est long une nuit de feu

A se prendre au sérieux.

Il est là, nu et noir brillant,

Il te tend deux bras noueux

Prends un peu de temps et regarde le…

Tu t’en foutais d’être né : fin…

On dirait que tu cours après ceux qui te fuient
Parce qu’ils ont vu l’image
Parce qu’ils ont tourné la page
Parce qu’ils s’en foutent
Et toi tu t’essouffles à espérer
Quelquefois
Suicide-toi
Meurs un peu
Fabrique-toi une fin
Les yeux fermés
Sans les autres parce tu aurais peur
De toute façon demain tu seras peut-être écrasé par un tramway
Tu t’es peut-être trompé
Tu veux peut-être te lever de ton lits de songes
Qu’est-ce que tu attends pour enfin distribuer ton portrait
Sans le faire payer au prix de tes mots d’avenir
Qu’est-ce que tu attends pour te raconter
A ton auteur
Sans te mettre à trembler
Tu touches la vie
Comme celle que tu aimes
Tu veux la faire aimer
Tu veux qu’elle te réponde
Mais elle se tait
Parce qu’elle s’en fout
Parce qu’il est trop tard
Et toi t’es pas d’accord
Alors tu continues
Parce qu’autrement tu te ferais écraser par un tramway.

Tu t’en foutais d’être né : 5…

Tu peux être peureux
De supposer
Que finalement t’es pas là pour rien
Tu sais que l’unique ne peut exister
Sinon chez les théoriciens
Masturbateurs de cerveaux
Sinon chez les jardiniers
Du sentiment des autres
Tu ne peux pas passer ta vie à imaginer l’homme
Sans savoir s’il existe réellement
Comme les autres
Tu ne peux pas passer ta vie
A t’imaginer
Dans ton rêve
Sans savoir s’il est tien
Sans savoir s’il est réalité
Sauf peut-être pour d’autres
Pour elles
Pour eux
Veux-tu encore construire de l’amour
Parce que c’est un jeu entre deux fous
Parce qu’on invente des règles
Parce qu’on recommence
Toujours les mêmes règles
Mêmes conneries
Jamais le même prudent
Jamais le même perdant
Et de toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

Tu t’en foutais d’être né : 4

Tu veux revenir au début
Parce que tu hais les fins
Qui n’existent pas
Tu veux revenir au début
Pour que les autres sachent
Qu’il y a autre chose
Que tu l’as trouvé
Déjà tu vas plus vite
Que ton rêve
Je crois que tu vas laisser tomber
Pas les autres
Eux aussi ils cherchent
Ils te croisent
Vite
Toujours le rêve
Ils sont ailleurs
Tu les fais tien
Et tu les oublies
Ils sont autres
Tu devrais plus souvent être seul
T’es trop souvent avec lui
Il est tricheur
Parce qu’il perd souvent
Quand il veut
Il est frimeur
Parce qu’il a toujours peur
Parle lui
Dis-lui qu’on le vire
Dis-lui qu’il ne se correspond pas
Qu’il est autre
Comme ceux qu’il a créés
Comme ceux qu’il a jugés
Dis-lui qu’il est dépassé
Mais lui il s’en fout
Il le sait
Mais il faut s’aider
Parce qu’on n’est rien
Parce qu’on ne peut entendre sa raison
Parce qu’on ne peut attendre que ça passe
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

Tu t’en foutais d’être né : 3…

Tu veux pas réussir
Comme les autres
T’es sûr qu’il y a mieux
T’es sûr de trouver
T’es sûr qu’aimer n’est pas original
T’es sûr qu’aimer n’est pas original
C’est peut-être le mot qui pue
Mais t’es sûr d’autre chose
Parce que tu le cherches
Tu en parles pourtant
Comme les autres
Mais tu t’en fous
Ou tu fais semblant
Comme les autres
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
On dirait que t’as peur
De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste
Et pourtant tu ris derrière ton enterrement
Tu ris
Et les autres savent pas
Que tu trembles
Pour qui t’a tué
Pour qui t’a oublié
Tu trembles
Et les autres croient qu’il n’y a qu’une réalité
Celle de l’utile apparence
Et pourtant tu voudrais leur dire
Et pourtant tu voudrais craquer
Mais tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu attends
Parce que tu attends la fin de ton rêve
Heureux tu l’as trouvé
Et c’était pas mieux

Tu t’en foutais d’être né : 2

Et pourtant on sent que t’as peur
Pour elle
Du silence
De ses questions sans secrets
Et pourtant elle ne veut rien te dire
Et pourtant elle tue tes rêves
Et pourtant elle te tue
Parce que tu ne dis rien
Parce que tu parles avec celle qui est en toi
Parce qu’elle n’est pas celle là
Parce que c’est déjà une autre
Parce qu’elle est déjà dans le rêve d’un plus étrange que toi
Et toi tu parlais avec ton rêve
Et tu t’en foutais d’être né
Tu vois la réalité
Alors tu ne dis rien
Parce que t’as peur
Parce que tu sais qu’elle s’est échappée
Parce que tu t’es trompé
T’as encore peur
T’es un peu paumé
Je crois que tu finiras par comprendre
Que les autres t’oublieront
Parce que tu n’es que toi-même
Parce que tu n’es qu’un autre
Tu n’es que l’infime particule
D’un sentiment qui appartient
A ceux que tu n’as pas revus
A ceux qu tu n’as pas prévus

Poèmes de jeunesse : Tu t’en foutais d’être né : 1…

Un autre long texte que je republie en plusieurs fois, écrit en 1979

Tu t’en foutais d’être né
Dis tu t’en foutais
Tu rêvais pas
Ou tu t’en souviens pas
Et maintenant t’as peur
T’as peur
Et tu sais pourquoi
Le chaque jour de ta vie
Est un bagne de rêves
Et tu veux pas t’évader
De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway
Sors du foetus
Arrête de dire que t’es né
Pour ta liberté
Comprends qu’ils t’ont condamné
Comprends que le code t’a accouché
Pour que les lois puissent t’élever
T’en avais pris pour une vie
Et t’as cru t’échapper
T’as failli tout perdre parce que t’as cru être le plus fort
Arrête de dire que les autres ont tort
Parce qu’ils déracinent ton arbre de vérité
Arrête de conjuguer les autres à la troisième personne
Arrête de te déchirer sur leur indifférence
Criminelle
Un jour peut-être on parlera de toi au futur
Un jour peut-être

Les heures sont passées…

Les heures sont passées
Lentes et molles
Il est là
Raide
Seul
Dans le fond creux de ses yeux
Les restes blancs
D’une longue nuit
Pas un mot
Pas un cri
Le peuple du silence
Doucement l’engloutit

Semaine blanche…

Semaine blanche
Où les mots se sont tus
Prostrés dans un coin sombre
De mes phrases suspendues
Ils attendaient
Ce matin je les entends
Ils étirent leurs douleurs froissées
Sur la feuille pâle et glacée
Qui patiemment attendait

Poèmes de jeunesse : « avant que… » fin

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce-qu’on t’a dit
Que tu étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment
Tes mains ne sont plus des amies pour celles des autres
Ce sont déjà des armes pour ceux qu’ont les bottes
Tu sens déjà ta bouche pourrir
A s’attarder sur leurs mots de pierre
Que leur construisent des temples d’enfer…
Avant que ne meurent les victoires écorchées
Avant que ne s’entendent les discours du hasard
Tu regardes
Pour savoir
Pour l’espoir
Dans la foule pas un qui ne bouge
Pas un qui ne songe à remuer son poids de graisse
Alphabétique
Pas un qui n’oublie son anonymat
Pas un qui n’épèle son nom
Pas un pour croire qu’il y autre chose
Au dessus d’eux
Pas un qui n’ait un visage qui se reconnaît
Parce que tous attendent le lendemain
Qui suivra leur journée d’adoption
Qui passe en les tuant
Par paquets de minutes
Qu’ils ont volés à la pendule de ceux qui veulent pas
Mais qui sont morts
Pour l’instant ils ne marchent pas
Ils avancent
Mécaniques amnésiques
D’un mot qui revient
Sur toutes les lèvres pincées
Des ceux qu’on dit gagnants
Alors toi t’as plus que tes amis
Derrière d’autres fenêtres
Alors tu te dis que les leurs vont s’ouvrir
Et t’entends déjà le frémissement d’une autre foule
La foule aux visages ouverts
Alors tu joues une dernière fois à perdre l’espoir
Pour accroître ta haine
Pour que ton amour pousse
Au rythme des humains
Tu t’en fous que les fusils
Soient les croix des cimetières
Parce que toi tu veux te mettre à la fenêtre
Sans avoir la face éclaboussée
Par une flaque de calamité
Parce que toi tu veux revenir de ton voyage
Avec pour tout bagage
Le seul mot que tu auras rencontré
Parce que toi tu veux voir ce que tu as choisi
Voir deux amis se rencontrer
Voir deux années se raconter
Voir ou les hommes pleurent de joie
Voir où les enfants rient
D’avoir trop pleuré
Ailleurs
Voir les chefs mourir
Voir la beauté sans miroir
Voir des sourires sans bénéfices
Voir
Tout voir
Te voir
Novembre 1979

Poèmes de jeunesse : « avant que » 7

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu devrais réapprendre le regard
Qui fait avouer le vrai
Pour partir loin d’ici
Dans un rêve qui ne finit jamais
Partir sans visage
Amnésique
Voyager dans le creux de la vague
Que forment les désespoirs
De ceux qui restent
Parce qu’ils veulent pas
Voyager sur le trottoir d’en face
Où l’histoire s’est faite avec ces foutus
Que t’as failli rencontrer
Tu devrais voyager avec ceux que les autres oublient
Parce qu’ils sont habillés de refus
Tu devrais connaître le paysage de leur mort
Le labyrinthe de leur vie
Pour qu’eux aussi ils sachent
Que t’as peur
Que t’as peur quand t’es suivi
Par ceux qui fusillent
Les habitués de l’ombre de l’histoire
Mais il est trop tard
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Toi t’entends déjà
Les pas de la ville
Qui résonnent aux fenêtres
Des fils sans drapeaux
Le pas fasciste de la ville
Le pas creux de ceux qui t’étouffent
En vainqueur
Alors t’as peur
T’as peur parce qu’on t’a dit
Que t’étais foutu
T’as peur et pourtant tu disais que tu voulais pas finir
Ainsi
Comme les autres
Ceux qui sont en bas
Et toi tu te dis que ça ne recommencera pas
Qu’on y reviendra
Mais ils t’ont bouffé ton présent
Alors n’y crois plus
Parce que les autres ont réussi
T’étais tant sûr de toi
Quand tu leur disais qu’ils avaient tort
Mais toi tu travaillais sans filet
Et les autres ils sont en bas
Ils attendent que tu te casses la gueule
Déjà tu commences à te lamenter
Dans le musée de ton angoisse
Aïeul de ton soupir de haine
Tes yeux ne sont plus des fenêtres
Ils sont déjà des barreaux sanglants
Sur des fentes qui se ferment

Poèmes de jeunesse : « avant que… »6

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Tu te dis que ça fait déjà longtemps
Que tu ne sais plus lui parler
T’as fini par croire que tu t’étais trompé
T’as fini par vouloir accepter
Que c’était un jeu perdu d’avance pour toi
Et puis t’as reculé
T’as refusé d’y croire
T’as recommencé
Et on dirait que t’as plus peur
Et déjà t’attends
T’attends la proclamation d’une mort générale
Pour ceux qui obéissent
Et qui disent qu’ils sont seuls
T’écoutes la plainte du nombre
De ceux qui pourrissent de honte
Parce qu’ils ont perdu la force d’aimer
Et de recommencer
Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
T’aurais voulu te raconter
Parce que t’as entendu dire
Que quelqu’un finirait par parler
De ceux que tu détestais
T’aurais voulu leur parler
Pour leur dire qu’ils existent
Pour leur dire qu’ils subsistent
T’aurais voulu la mort
Qui tuera les blessures de ta croûte sénile
Parce qu’à force de vouloir t’éviter
Tu finiras par te condamner
Au repos ahurissant
Des travaux forcés
Du bagne de la ville qui étouffe
Les ceux qu’on dit poète

Poèmes de jeunesse, « avant que » 5

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard…
Tu pourrais écrire des tragédies larmoyantes
Symptômes de vie
Paresseux mensonges d’une fausse mélancolie
Tu te portes au secours d’une angoisse
Qui s’agglutine
Par plaques de paumés
Sur les regards de ceux qui naviguent
Sans tickets
Tu devrais partir sans clefs
Pour nulle part
Et pour que si tu te perds
Tu saches où aller
Tu devrais être l’instant présent
Et qui passe plus vite qu’on l’oublie
Tu devrais écrire un poème
Où la rime qui s’entend
Est un baiser qu’on espère
Tu devrais oublier les autres
Parce qu’ils ont leur ombre
Parce que tu as la tienne
On t’a dit que tu étais né
Comme les autres
Et toi tu joues au différent
Parce que tu sais que tu n’es rien
Parce que tu connais la mort
Tu l’as découverte
En l’église des paumés de l’angoisse
Où l’on ne prie pas
Mais où l’on crie qu’on a peur
Dans ce bal costumé qui n’en finit jamais
Il faut que tu assistes à la messe
Des ceux qui sont condamnés à attendre le verbe
Pour soupçonner le vrai
Ils te rajeuniront de ceux que tu ignores
Parce qu’ils savent eux aussi
Que tu les as trouvés

Poèmes de jeunesse, « avant que » 4

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Sois sûr que t’as aimé
Pour que le jour où tu animeras ton absence
Les suicidés de l’ennui
N’oublient pas que tu étais avec eux..
…Apprends à attendre
L’heure qui passe et qui suit l’autre
Sans lui ressembler
Parce qu’elle est encore plus leste
Je crois que t’as peur de finir comme les autres
Tu voudrais tant que deux plus deux
Puissent s’étonner
Tu voudrais que les indifférents brûlent
Chaque fois que tu prononces le mot
Aimer
Tu voudrais dire à ceux qui partent
Que de toute façon ils ne renoncent à rien
Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas
Qui veulent partir ailleurs
Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude
Tu voudrais prendre le train
Qui va vers une gare où la pendule
Est sans aiguilles
Parce que le chef de gare est souriant

Poèmes de jeunesse : « avant que » 3

Avant que ne s’entendent les victoires écorchées
Avant que ne meurent les discours du hasard
Sois sûr que t’as aimé
Pour que le jour où tu animeras ton absence
Les suicidés de l’ennui
N’oublient pas que tu étais avec eux..
…Apprends à attendre
L’heure qui passe et qui suit l’autre
Sans lui ressembler
Parce qu’elle est encore plus leste
Je crois que t’as peur de finir comme les autres
Tu voudrais tant que deux plus deux
Puissent s’étonner
Tu voudrais que les indifférents brûlent
Chaque fois que tu prononces le mot
Aimer
Tu voudrais dire à ceux qui partent
Que de toute façon ils ne renoncent à rien
Parce qu’ils rencontreront des gens là-bas
Qui veulent partir ailleurs
Pour ne pas mourir d’une overdose de solitude
Tu voudrais prendre le train
Qui va vers une gare où la pendule
Est sans aiguilles
Parce que le chef de gare est souriant

Il est l’heure du couchant…

Sur la lame grise

D’un horizon fuyant

Une larme a glissé

Il est l’heure du couchant

A mon triste cadran

Poèmes de jeunesse…

Un souffle
De vie.
Pour longtemps.
Deux sourires,
Soudain.
En format souvenir.
Une joie,
Qui cogne
Aux fenêtres d’un civilisé du retard.
Rapide,
Un regard qui dure.
Deux regards qui tremblent
Et ils comptent
Sur leurs échiquiers intérieurs
Les fous qui leur jouent
Un hymne de mots
Pour un soir
Qui dure
Et ils trouvent ensemble
La route des autres
Et ils s’aiment
Vite

Poèmes de jeunesse…

Parce que c’était triste sans mensonges
Il était né sur un papier qui attendra la poubelle
Il avait vécu sur une croûte de vie qu’avait produite
L’histoire du malheur de ses frères
Qu’il ne rencontrerait jamais
Parce qu’eux aussi, ils se sentaient si seuls
Qu’ils oublient parfois d’en regarder
Ailleurs…

Mes Everest. Et basta, Léo Ferré

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

J’écris beaucoup en ce moment, mon quatrième roman,et je noircis des carnets…Pour m’accompagner dans mon inspiration j’écoute Ferré, notamment Et Basta, certains passages sont d’une puissance sans pareil…

La solitude est une configuration particulière du mec : une large tache d’ombre pour un soleil littéraire
La solitude c’est encore de l’imagination
C’est le bruit d’une machine à écrire
J’aimerais autant écrire sur des oiseaux chantant dans les matins d’hiver
J’ai rendez-vous avec les fantômes de la merde
Les jours de fête, je les maudis, cette façon de sucre d’orge donné à sucer aux pauvres gens, et qui sont d’accord avec ça et on retournera lundi pointer
Je vois des oranges dans ce ciel d’hiver à peine levé
Le soleil, quand ça se lève, ça ne fait même pas de bruit en descendant de son lit. Ça ne va pas à son bureau, ni traîner Faubourg Saint-Honoré et quand ça y…

Voir l’article original 106 mots de plus

J’ai la mer au bord des yeux…

Silence pluvieux,
J’ai la mer au bord des yeux.
Dans le loin bleu
De mes mémoires salées,
Deux ailes se sont envolées.
Vent d’hier,
Sur les vagues les a posées.
Explose l’écume,
S’envolent perles de brume.
Regarde la mer belle.
Sur la plume de tes mots
A la feuille amarrée,
Mer a chanté,
Mer a soufflé.

Poèmes de jeunesse…

Aux adultes en sursis d’enfance
Un enfant passe
Une histoire l’attaque
Le rabote l’assoiffe et l’affame
Le pousse
Au supplice du sentiment d’habitude
Devant les adultes majuscules
Qui ont mal conjugué
Leur verbe aimer
Et il est tombé
Dans un trou
Où les ombres s’ennuient
Par manque d’éternité

Mes Everest : Albert Camus , l’exil et le royaume…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

…Des guirlandes d’étoiles descendaient du ciel noir au-dessus des palmiers et des maisons. Elle courait le long de la courte avenue, maintenant déserte, qui menait au fort. Le froid, qui n’avait plus à lutter contre le soleil, avait envahi la nuit ; l’air glacé lui brûlait les poumons. Mais elle courait, à demi aveugle dans l’obscurité. Au sommet de l’avenue, pourtant, des lumières apparurent, puis descendirent vers elle en zigzaguant. Elle s’arrêta, perçut un bruit d’élytres et, derrière les lumières qui grossissaient, vit enfin d’énormes burnous sous lesquels étincelaient des roues fragiles de bicyclettes. Les burnous la frôlèrent ; trois feux rouges surgirent dans le noir derrière elle, pour disparaître aussitôt. Elle reprit sa course vers le fort. Au milieu de l’escalier, la brûlure de l’air dans ses poumons devint si coupante qu’elle voulut s’arrêter. Un dernier élan la jeta malgré elle sur la terrasse, contre le parapet qui lui…

Voir l’article original 58 mots de plus

Lourdes pierres noires…

Dans le fonds asséché de mon puits à rêves bleus
De lourdes pierres noires emplissent le vide de ma page blanche
Mots fleurs, mots ciels, mots vagues
Tous sont écrasés
Ils se tordent le cou pour inventer le chant
Des rimes en rires
Ils se tordent le cou pour s’échapper
De l’humide étreinte du nœud coulant qui les étouffe

Poèmes de jeunesse…

Ecoute,
Ça craque petite
Ecoute,
Ça bouge.
Arrête de rire petite
Ecoute.
Tout tremble,
Tout se désespère.
Vent de panique,
Regarde petite,
Regarde !

Poèmes de jeunesse…

Parce que c’était triste sans mensonges
Il était né sur un papier qui attendra la poubelle
Il avait vécu sur une croûte de vie qu’avait produite
L’histoire du malheur de ses frères
Qu’il ne rencontrerait jamais
Parce qu’eux aussi, ils se sentaient si seuls
Qu’ils oublient parfois d’en regarder
Ailleurs…

Mes Everest : Bernard Lavilliers, le stéphanois…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

On n’est pas d’un pays, mais on est d’une ville
Où la rue artérielle limite le décor
Les cheminées d’usine hululent à la mort
La lampe du gardien rigole de mon style
La misère écrasant son mégot sur mon coeur
A laissé dans mon sang sa trace indélébile
Qui a le même son et la même couleur
Que la suie des crassiers, du charbon inutile

Les forges de mes tempes ont pilonné les mots
J’ai limé de mes mains le creux des évidences
Les mots calaminés crachent des hauts fourneaux
Mes yeux d’acier trempés inventent le silence
Je me saoule à New York et me bats à Paris
Je balance à Rio et ris à Montréal
Mais c’est quand même ici que poussa tout petit
Cette fleur de grisou à tige de métal

On n’est pas d’un pays mais on est d’une ville
Où la rue artérielle limite le décor

Voir l’article original 15 mots de plus

Le ciel que tu veux…

Baisse les yeux
Je t’en prie
Ne moque pas ce beau bleu
Oh oui je sais l’ami
Le ciel que tu veux
N’est pas encore sorti
Il ne l’ose plus ce presque heureux
Regarde-le il sourit
Insolentes façades aimez-le, chantez-le
Cet air vif qui m’éblouit

Poèmes de jeunesse…

Je vais republier quelques uns de mes poème de jeunesse pour la plupart écrits entre 1977 et 1981

Aux adultes en sursis d’enfance
Un enfant passe
Une histoire l’attaque
Le rabote l’assoiffe et l’affame
Le pousse
Au supplice du sentiment d’habitude
Devant les adultes majuscules
Qui ont mal conjugué
Leur verbe aimer
Et il est tombé
Dans un trou
Où les ombres s’ennuient
Par manque d’éternité

Parlez moi de la mer…

Déjà publié, mais j’aime tellement ce texte…

Je n’en peux plus du bruit de la peur,

Je n’en veux pas de la suie grasse de vos haines,

Je n’en veux plus des complaintes aux rimes dures.

Parlez moi de la mer, je vous en prie.

Où sont les vagues,

Où sont-elles?

Entendez le vent,

Il pleure, vous dis-je,

On l’oublie,

Il est seul, il appelle.

J’entends son chant qui ondule,

Mes yeux se ferment,

Petites larmes coulent.

Vagues amères,

Douces et belles,

Sur les rives de mes lèvres muettes

Ont répondu, ô vent, à ton appel.

Parlez moi de la mer je vous en prie…

Le soir glisse doucement…

Le soir glisse tout doucement, il vient de l’Ouest chargé de cette douceur qui le font espoir
Le soir avance, le lac l’attend, repu de cette journée où chaque ride de l’eau est comme un sourire
Un sourire pour dire à la mer, si loin, que dans les regards qui se posent sur cette surface apaisée
Il y a comme un air marin
Le soir descend des montagnes,
On respire dans l’air qui descend les fleurs des sommets
Pas un bruit de moteur, pas un cri mécanique, le silence est simple
Il est venu avec le soir, les yeux se ferment, le souffle est profond
Dans la tête et dans les corps le lac s’est invité
L’oiseau s’est posé, le temps s’est ralenti
Maintenant il faut rentrer, les yeux vont se fermer, tout est apaisé

L’usine a fermé…

L’usine a fermé,
Pas un homme pour cisailler l’épaisseur du silence
Pas un homme pour entailler la longue surface de gris
La broussaille avance, les cheminées ne rêvent plus
D’atteindre de leurs soupirs métalliques un ciel au bleu oublié
Le monstre s’est affalé, les cris sont avalés
Ne reste plus qu’une odeur de terre
Une odeur de terre orpheline des fers qui l’ont abîmée
Muette de la rouille qui la faisait chanter
Ne reste plus qu’un chant d’oiseau, c’est beau
Ne reste plus qu’un soupir de trop

Tous les murs sont achevés…

Il est déjà tellement tard
Plus rien n’est à commencer
Tous les murs sont achevés
Les regards se sont affadis
Les épaules sont entrées
Le visage est affalé

Pourtant

Pourtant il faudrait
Il faudrait ouvrir des fenêtres
Laisser entrer des éclats de rêves mauves et bleutés
Et soudain redresser le menton
Bomber le torse
Et contempler en riant
Le souvenir d’un arbre lointain

Au bout d’une nuit paisible…

Les mots ne coulent pas
Et s’accrochent en crissant
Sur la rive rêche
D’une aride mémoire
Vieil homme ne tremble pas
Il parle calmement
De l’apaisante fin
D’une longue nuit paisible…

Dans ma mémoire de papier…

Dans ma mémoire de papier, une feuille blanche
Qui pleure, larmes de mots gris
J’entends la tempête à l’intérieur,
Le vent coule dans mes veines.
Dans mon ordre intérieur,
Pas une ligne droite, pas un battement de cil
Dans le désordre de mon cœur
Des sourires aux courbes bleues
Des mains qui se posent,
Les doigts qui s’effleurent,
Dans la bouillie de mes rêves
Tout est joie qui se pose

Poème de jeunesse…

Un texte écrit il y a quarante trois ans

C’est le soir comme tous les jours

Un homme se meurt

Ou il périt noyé dans l’océan

De tortures

Un homme aime

Ou il pleure sur sa compagne

Finale

Point à la ligne

Un homme naît

Ou il crie parce qu’il ne connait

Personne

Pas même en rêve

Un homme tue

Ou triche contre ses règles

Très propre

Bien baptisé

Un homme hurle

Il a peur

Alors il écrit

Tout droit

Au cœur

Peut-être

Le vieil homme est endormi…

Un texte pour mon père , avec une photo d’un des lieux de son enfance. Je pense à lui ce soir très fort,

Un vieil homme au regard gris

Ferme les yeux

Il ne fixe plus le haut du mât

De ses vies passées

Les draps noirs de sa mémoire fripée

Dans la brume de nos larmes se sont emmêlés

Pas un qui ne claque

Pas un qui n’appelle

Le vieil homme est endormi

Il ne reçoit plus le chant des cargos

Dans le blues de son regard qui s’éteint

Les vents de l’Ouest se sont abîmés

N’oublie pas…

Janvier 2015, janvier 2022, sept ans après on n’oublie pas les victimes de Charlie Hebdo

Dans l’hiver bleu
De ta mémoire encombrée
N’oublie pas
Les lourdes traces
Que la haine a laissées.
Dans les flammes ocres
De tes souvenirs douloureux
N’oublie pas
Les douces braises
Que l’humanité a attisées.
Sur la route mauve
De ta liberté écartelée
N’oublie pas
Les regards effarés
Des plumes qui se sont envolées…

Le tribunal académique entre M et N

Le tribunal académique s’est réuni ce matin en sa forme plénière et consultative. Il vient, en effet, d’être saisi par un grand nombre de citoyens, et a rendu un avis important, difficile, mais ô combien urgent.
Pour cette occasion, exceptionnelle, un collège de jurés a été constitué. Sa composition est, convenons- en un peu particulière. Y siègent : un poète, une militaire, un adolescent, une militante, un amoureux éconduit, un clown au chômage, une dresseuse d’ours, un cruciverbiste, et une religieuse défroquée…
Revenons aux faits : depuis quelques temps deux mots, et non des moindres, posent un problème. Deux mots qui, si on n’y prête garde, pourraient se ressembler. Il suffit d’ailleurs de les entendre. Deux mots, aussi, qui lorsqu’on écrit sur une feuille de papier un peu verglacée peuvent déraper…

Le président du tribunal résume en quelques mots la décision qui vient d’être rendue.
« Mesdames et Messieurs les jurés, chères et chers collègues, nous nous sommes réunis ce matin pour examiner, vous le savez : Haine et Aime… Les débats ont été animés mais sans haine et c’est cela que j’aime. »
« Aime et Haine vous le savez, vous le constatez, sont proches à l’oreille, ils le sont aussi à l’écrit et nous ne devons plus courir le risque qu’ils soient confondus… »

« A l’oreille, donc, les deux mots sont si proches qu’on les croirait, tout droit, sortis de l’alphabet. M est devant N, c’est un fait. Mais pouvons-nous, acceptons-nous d’en dire autant de Aime et de Haine. Cette promiscuité est nauséabonde, préjudiciable et disons le « inacceptable ». En conséquence nous exigeons, que N soit isolé et relégué à la place qu’il mérite et qui lui revient, en dernière position après le Z. Décision exécutable immédiatement. »

« L’autre problème est le risque de dérapage à l’écrit. Certes nous conviendrons que ce n’est pas courant, mais le collège des jurés souhaite ne prendre aucun risque. Qu’un distrait oublie le H de haine et que la main tremble et ajoute une jambe au n et le mal est fait. Les deux mots doivent, c’est impératif être séparés, distingués. En conséquence, le tribunal décide que quiconque décide d’utiliser ou d’écrire le mot haine doit, au préalable, adresser une demande écrite au collège des jurés qui à compter de ce jour devient un jury permanent. Cette demande devra indiquer les raisons pour lesquels le demandant envisage d’utiliser ce mot. Les jurés ont précisé que cette demande devrait être adressé sur une feuille de papier fleuri, et que la police utilisée serait le colibri… Le demandant sera ensuite convoqué et devra sous contrôle et avec le sourire écrire 100 fois le mot AIME..

C’est le matin qui siffle…

Dans le bout de nuit

Qu’il te reste à inventer,

Tu te cognes aux angles secs

D’ombres épaisses.

Elles avalent le son de feutre

De ton pas glissant.

Pas un chant, pas un souffle,

C’est le matin qui siffle.

Le silence est lourd

Des mots doux qu’il retient ;

Il traîne avec lui

Des restes de rêves,

Images brèves d’un monde enfoui

Au fond du ciel sombre

D’une mémoire endormie.

Tu avances, à tâtons,

Ta main se pose,

Longue caresse,

Sur la peau de papier.

Ton cahier est là,

Il est seul,

Sourires

Il attend.

Carnets : 6 , le froid me transperce…

Le froid me transperce !

Oui c’est vrai, ce soir il fait froid, très froid même, un froid vif qui vous traverse de part en part. Si vous suivez mes chroniques vous savez certainement que je suis déjà affublé de nombreux petits trous de mémoire. Croiriez- vous pour autant que ce satané froid perçant choisisse de s’engouffrer dans ces nombreuses cavités dont d’ailleurs je ne me souviens jamais où elles se situent ? Non, ce serait trop simple et quand la bise du soir se lève elle préfère achever le travail et me voici transformé en passoire. Il faudrait surement que je me raisonne et que je serre les dents mais le souci est qu’elles claquent. Elles claquent et si je m’écoutais je n’aurai qu’une hâte c’est prendre mes  cliques et mes claques pour rejoindre un pays sans hiver. Que nenni me dit-on ! Dans ces pays la chaleur est si lourde qu’elle vous assommera et si vous n’y prêtez garde vous conduira au fond du trou. Tout cela est, vous en conviendrez, bien compliqué : entre le froid qui me troue, la mémoire qui se troue et l’envie de soleil qui m’attire j’hésite, je tâtonne. Et comme je suis quelqu’un qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot, je m’agite et je fais les cent pas : le plus important étant bien entendu de ne pas rester cloué sur les deux mains dans les poches.

Mais savez-vous, il fait si froid que j’aime profondément le trou noir et chaud de mes poches percées.

Le trou noir : tiens donc…

J’ai trempé ma plume dans l’encre de ses yeux…

Déjà republié, mais qu’importe j’aime beaucoup ce texte…

Homme marche en riant,

Deux trois miettes de nuit

Attendent au silence montant.

Sur le chemin, Homme est arrêté.

En plein vol, un mot a attrapé.

Sur les lignes de sa main,

Doucement l’a posé.

Toute la journée,

Homme a poli,

Homme a aimé

Mot rond aux lettres repliées.

Quand le soir est arrivé,

Souriant, Homme l’a libéré.

Mot doux s’est envolé.

Il chantait, il dansait, il planait.

Si gai, dans l’air léger,

Sur un fil d’encre bleue,

En sifflant il s’est posé.

Homme est reparti

Et dans le soir fredonnant,

J’ai trempé ma plume

Dans la lumière de ses yeux.

4 janvier 2020

Ombres

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

S’il te reste un peu d’espoir

Plonge dans cette belle flaque d’ombre

Tu entendras le noir murmure

Du monde qui s’est endormi

Voir l’article original

Saint-Etienne…

Au fond du trou de mémoire

Des hommes mécaniques

La ville est endormie

L’acier ne chante plus

La grand’rue étire son brillant

N’oublie pas nous dit-elle

C’était hier

Nous nous aimions tant

Mes voeux

Et en 2022 rimons encore

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Il faut bien sacrifier à la tradition, alors je le fais à ma façon

« Dans le rêve pour demain que nous avons ouvert en 2021, cherchons ! Cherchons ensemble ! Cherchez avec moi ! Oui, cherchons ces douces rimes qui nous relieront et que nous relirons. Rimes pour se rencontrer, rimes pour se rapprocher, rimes pour espérer. »

Voir l’article original

Première inspiration…

Retour sur ma première inspiration 2021

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

C’est ma toute première inspiration depuis un long silence, ma première inspiration de l’année

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Page blanche et dure

Allongée sur le sol gris et mou

D’une fin de nuit

Epaisse

Gluante

J’entends le cri plaintif des articulations

Rouillées à l’humide des dernières pluies

Le muscle des voyelles est douloureux

Celui des consonnes est contracté

Allongé

Les yeux fermés

J’attends la marée des mots bleus

Mardi 5 janvier 2021

Voir l’article original

Pirouette…

Je vous souhaite

Je nous souhaite

Je me souhaite

Je souhaite

Une année ni bonne, ni belle

Non, ce que je souhaite

C’est une année pleine de rimes en ouette

N’est ce pas que ce serait chouette ?

Carnets : 3, j’ai un trou de mémoire…

J’ai un trou de mémoire…

J’ai un trou de mémoire… Curieuse non cette expression ? Pour ma part, j’ai plutôt l’impression quand je suis confronté à ce problème de trou qu’il s’agit plutôt d’un trou DANS la mémoire. Comme s’il s’agissait d’un panier percé. Et au bout du compte si on réfléchit un peu un trou ce n’est rien ou plutôt ce n’est que du rien, qu’un peu de vide autour de tout, d’un tout ou du plein pour ne pas dire du pain parce qu’un trou dans le pain ce n’est rien ou trois fois rien. Mais revenons à nos moutons : un trou de mémoire ne serait finalement rien ou presque rien. Et le presque est ici important : il rappelle que très souvent au bord du trou il y a un tas : le tas composé de ce qui a été extrait du trou avant qu’il ne devienne trou. Si je poursuis mon raisonnement je me dis que finalement tout est là, au bord, et qu’il suffit de chercher, de trier et alors on retrouvera bien quelque chose, pour combler le trou.

Je me relis et je me dis que tout cela n’est peut-être pas si clair, qu’il manque quelque chose, qu’il y a comme on le dit parfois un trou dans la raquette. Tout cela est bien complexe et plus j’avance plus je me dis que la solution est probablement au fond du trou.

Mais c’est une autre histoire

Carnets : 2, j’irai au bout de mes rêves…

J’irai au bout de mes rêves…

J’irai au bout de mes rêves. En voilà une bonne, une belle idée qu’on ne peut que partager. Mais…. Car il y a un mais : qu’y aura-t-il t’il au bout ? Je serai tenté de dire où de penser qu’au bout il y a le réveil et la dure loi de la réalité. De cette réalité propre au matin : une réalité raide, enkylosée ou ankylosante. Je ne sais quel ordre choisir. Et puis le bout, c’est la fin. Arriver au bout c’est terminer, achever, conclure, mettre un point final. Et s’agissant des rêves, ceux que je fais, qu’il me reste à faire, ceux que j’ai oubliés, ceux que je rêve de commencer, s’agissant d’eux je ne veux pas mais surtout pas aller au bout.

Non,décidément non, je ne veux pas aller au bout mes rêves. Je veux plutôt les poursuivre…

Poursuivre ses rêves : tiens donc qu’elle drôle d’idée ! Peut-être une nouvelle page de ce nouveau carnet.

La faim d’écrire

La faim d’écrire est forte, très forte, peut-être trop forte. Le garde-manger est plein, il déborde, il dégouline, de mots, de phrases déjà prêtes, qui attendent simplement la chaude caresse de la feuille que je leur ouvrirai.
Je n’ai pas besoin de les garder au frais. Ils se conservent très bien, mais sont peut-être trop nombreux. Je ne sais lequel choisir. J’ouvre la porte de la réserve. J’entends d’abord comme un murmure : « il est là, c’est lui, il va me choisir, c’est mon tour ». Ils attendent patiemment tous ces mots que j’aime. Certains sont couchés, bien à plat, à l’abri des regards mauvais, ce sont mes grands crus. Je reconnais libellule, il est seul, couvert de poussière, cela fait bien longtemps qu’il vieillit, peut-être trop ; il faudra que je me décide à en faire quelque chose. Au-dessus, mes préférés tout une rangée de flacons, de balbutiements, de mauves. Les casiers de brumes et de gris sont presque vides ; j’en ai peut-être trop consommé ces derniers temps. Dans le placard du fond j’ai stocké quelques phrases, toutes faites, toutes fraîches, mais je ne l’ouvre pas, je ne veux pas qu’elles s’échappent, il n’est pas encore temps, je dois chercher, encore, le menu, et tous les magnifiques plats qui le composeront. Je referme la porte de ma réserve, doucement pour ne pas éveiller les endormis, celles et ceux vers qui je ne vais jamais, parce que je les ai oubliés. Demain, peut-être je les retrouverai…
Peut-être.

Ecoute petit homme…

Ecoute petit homme,
Ecoute.
Il est si beau ce monde qui ne dit rien.
Il est si beau ce monde,
Il te parle, c’est le tien.

Regarde petit homme heureux,
Regarde ces furieux,
Fanatiques, frénétiques,
Ils ont le cœur électrique.

Ils préparent la prière,
Hymne cathodique
Aux rimes numériques,
C’est le matin du malin.

Nuques raides, regards vides,
Les impatients sont livides,
Epuisés, lessivés,
Un long sommeil les a lavés.

Ô Nuit blanche et câline,
Ne t’épuise plus à blanchir
Ces haines rances à mourir.
Semées sur l’écran creux
De leurs rêves sans bleu.

La nuit les a libérés.
Il est l’heure,
Affamés, ils attendent
La victime par eux condamnée.
Leurs mots sont prêts
Ils vibrent, affutés, aiguisés,
Ils vont frapper !

Pas un regard pour ton monde qui sourit.
Ils attendent leurs matins numériques.

Rien ne brille, rien ne bouge

Hystériques ils cliquent, ils cliquent
Ils cliquent,
Et ce matin, petit homme,
C’est une claque,
Une claque pour les creux.
Les écrans sont lisses et vides.

Les nouvelles du jour ?
Parties, envolées, manipulées, falsifiées ?
Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…

Le monde les voit
Il pleure de cette embolie
Il rit de cette folie

Mais cette nuit, petit homme,
Le monde a agi.
Le monde ne regrette rien
Il le fallait, il l’a fait.

C’est si simple,
Petit homme
La poubelle était pleine,
Le monde l’a vidée,
Et dehors l’a laissée.

Cours, vole…

Quand le monde est si bruyant,
Qu’il couvre même le vent,
Quand les regards sont de travers
Que les yeux se noient dans le triste amer


N’entre pas dans l’arène,
N’aiguise pas tes lames numériques
Fais comme tes pères
Et rêve d’Amérique


Il faut que tu marches jusqu’au bout
Là-bas, si loin
Ou l’île se blottit
Dans les bras de l’océan


Si tu ne peux pas partir,
Tête haute
Marche jusqu’aux souvenirs
Prends le chemin le plus malin


Cours, vole, rêve, espère,
Souris de cet air qui te fouette

Mais ne laisse pas gagner
La fanfare des maudits
Laisse-les s’agiter, vociférer,


Demain tu verras
Ils seront oubliés

Un ragoût de nuages

Semaine blanche…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Semaine blanche
Où les mots se sont tus
Prostrés dans un coin sombre
De mes phrases suspendues
Ils attendaient
Ce matin je les entends
Ils étirent leurs douleurs froissées
Sur la feuille pâle et glacée
Qui patiemment attendait

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Réveils…

Sur une page endormie

De mon cahier du matin

J’ai laissé traîner

De longues traces de ciel

Derrière les marges sombres

D’un lointain horizon

J’entends le réveil bougon

De brumes en bataillon

Il est enfin venu ce temps me dis-je

Enfin venu ce temps du nuage

Où au bord de la feuille sage

Douce et jolie rime se fige

Mémoires ferroviaires…

Sur une rive de fausses pierres

D’une gare oubliée

Un homme seul

Un rêve bleu s’est inventé

Il parle sans rien dire

Au peuple des absents

Presque marins abîmés

Dans le fracas d’un dernier train

Il surgissent en glissant

Sur la crête salée

D’une vague de fer

Editions des embruns

Avis de tempête sort aujourd’hui en librairie, j’ai le plaisir d’y retrouver un de mes textes….

https://editions-des-embruns.jimdosite.com/?fbclid=IwAR1abuI5fTI5BRBxsuGQ1MN3CQHnromja9p3lHdtRlUXCZ61VifXrfTfazY

Déraille…

Sur ces deux lignes d’acier

Je rêve d’écrire

Poète forgeron

Qui essaie la plume légère

Trempée d’encre métallique

Dans la marge de pierre

Les mots glissent en grinçant

Mes Everest, Peter Handke : le recommencement…

Avatar de Eric NedelecLes mots d'Eric

Voilà pour le vieil homme. – Mais moi, à la fin de ce récit, et dussé-je mourir aujourd’hui même, je me vois maintenant au milieu de ma vie, je contemple le soleil du printemps sur ma feuille blanche, je repense à l’automne et à l’hiver, et j’écris : Narration, mon Saint des Saints, rien n’est plus que toi de ce monde, rien n’est plus juste que toi. Narration, patronne du Guerrier Lointain, ma maîtresse. Narration, le plus spacieux de tous les véhicules, char céleste. Œil de la narration reflète-moi, car toi seul sais me reconnaître et me rendre justice. Bleu du ciel, descends jusqu’à l’abîme par la narration. Narration, musique de la sympathie, fais-nous grâce, donne-nous la grâce et sanctifie-nous. Narration, mélange fraîchement les caractères, parcours de ton souffle les successions de mots, assemble-toi en écriture et trace dans le tien notre dessin à tous. Narration, recommence, c’est-à-dire renouvelle …

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Mémoires ferroviaires…

Entre les longs silences

Des dernières secondes qui s’étirent

J’entends les pas lourds

De fragiles impatiences

Le temps est à l’attente

Sur les quais des souvenirs métalliques

J’entends les chœurs des hommes blessés

Neige

On ouvre ses volet et oh

Première neige est là

L’œil plissé d’un reste de sommeil  

S’ouvre en grand

Ce matin est si blanc

Oh il a neigé

Flocons légers

Se posent sans un bruit

Chut rien ne bouge

La nuit continue au dedans

Il fait si chaud

Dans le creux des rêves d’enfant