
Dans le silence épais du matin nu
Un homme seul écrit
Les mots sont las
Et s’étirent doucement
La nuit les a alourdis
Des rêves qu’on oublie
Homme n’est plus seul
Je le vois
Il écrit

Dans le silence épais du matin nu
Un homme seul écrit
Les mots sont las
Et s’étirent doucement
La nuit les a alourdis
Des rêves qu’on oublie
Homme n’est plus seul
Je le vois
Il écrit

Il n’ aurait fallu
Qu’ un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne
Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
À l’ immense été
Des choses humaines
Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire de ma vie
Un grand collier d’air
Rien qu’ un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins Une rosée
Contre mon épaule
Un front qui s’ appuie
À moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m’ a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers
Un tendre jardin
Dans l’ herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l’ ombre douce

Silence pluvieux,
J’ai la mer au bord des yeux.
Dans le loin bleu
De mes mémoires salées,
Deux ailes se sont envolées.
Vent d’hier,
Sur les vagues les a posées.
Explose l’écume,
S’envolent perles de brume.
Regarde la mer belle.
Sur la plume de tes mots
A la feuille amarrée,
Mer a chanté,
Mer a soufflé.
Un texte que je pense avoir déjà publié mais que j’illustre autrement…

Quand le monde est si bruyant,
Qu’il couvre même le vent,
Quand les regards sont de travers
Que les yeux se noient dans le triste amer
N’entre pas dans l’arène,
N’aiguise pas tes lames numériques
Fais comme tes pères
Et rêve d’Amérique
Il faut que tu marches jusqu’au bout
Là-bas, si loin
Ou l’île se blottit
Dans les bras de l’océan
Si tu ne peux pas partir,
Tête haute
Marche jusqu’aux souvenirs
Prends le chemin le plus malin
Cours, vole, rêve, espère,
Souris de cet air qui te fouette
Mais ne laisse pas gagner
La fanfare des maudits
Laisse-les s’agiter, vociférer,
Demain tu verras
Ils seront oubliés

Sous les sourires froissés
D’un nuage ivre de mauvais gris
J’attends seul et titubant
Le vent de la page
Qui se lève et me frissonne

Sillage noir
Au recueil du couchant sonore
A chaque étage de nue
La nuit retrouve, oublie son nom
Il n’est de similitude
Il n’est que solitude
Partant qu’hurlement et loup
L’amour qui s’était assoupi
Comme la mer sous une vague
Garde un visage de momie
Et parle une langue de sable
Le bâton de rosier, 1926
Je commence aujourd’hui une petite série de textes mettant en scène des ciels habités…

Regarde petit homme
Il est l’heure d’être heureux
Oh oui je le veux
Regarde petit homme
Prends le temps
Il est si loin
Le long jour où s’abîment
Tous ces souffles de « je »
Ouvre et lève les yeux
Ne t’arrête pas au ciel si bleu
Regarde petit homme
Je suis là tout en haut
Je t’attends empli de beau
Sur les hauteurs d’une mémoire pour deux.

Vous écrivez me dites-vous
Écrire oui peut-etre
C’est vrai
Je le concède volontiers
J’aime à tracer quelques signes
Sur un lit de douces feuilles
Mais voyez-vous cher ami
Il m’arrive aussi de chercher ces si beaux mots
Qui chanteront sur le long fil de mes lignes mauves.

Ombre est là
Fraîche
Fragile
Entre les murs blanchis
Au lourd soleil de midi
Fière et paisible
Elle joue des épaules
Regarde moi dit-elle
A l’homme courbée
Regarde moi
Je t’attends

Derrière le long bruit sourd
Des nouvelles du monde
J’entends le souffle d’un vent lourd
Il chuchote en glissant ses larmes rondes
Il est encore loin le temps des oublis
Regarde, souris, je te prends la main
Chargé des derniers restes de tes nuits
Doucement je te chante demain

En suivant la trace floue d’une histoire d’hier
J’ai glissé sur la flaque du doux présent
A tâtons je marche en riant vers le noir heureux
Où brille l’ombre de tes cheveux
Je souffre de l’oubli des ces presque rien
J’attends serein
J’entends chagrin
Un long soupir sec
Il étale en claquant
Des larmes au bleu coupant
Qui abîment en roulant
Les bords mous du chemin des gisants
Comme je l’ai déjà indiqué, j’écris beaucoup en ce moment, à l’ancienne, sur un carnet, avec un bon vieux stylo Bic, dont les arêtes abîment mes phalanges. Mais l’écriture est une souffrance. Je le sais. J’écris mais je prends aussi le temps de lire, et je ne résiste pas au besoin de partager sur ce blog le choc que j’ai ressenti en lisant ce roman de Rebecca Lighieri.
Je ne suis pas doué pour les notes de lecture, les critiques de livre, je ne peux simplement vous dire que j’ai été secoué comme rarement. Ce roman est exceptionnel, bouleversant, éblouissant il m’a marqué, et je sens déjà qu’il laissera des traces. A ne rater sous aucun prétexte. Vraiment…


Oh gentils bavards
Qui avaient posé
Petite pierre sèche sur le vieux mur
De ma mémoire fatiguée
Je n’oublie pas vous savez
Rien n’a disparu
Tout est endormi
Ces trous de silence ne vous disent rien
Regardez
Sans rien espérer
Il y a des brumes mauves
Qui se lèvent derrière le ciel de l’oubli
Douces caresses d’un soleil argenté
Ne dites rien
Je vous en prie
Je suis tellement fatigué
30 août 2021

Sur la longue piste de mes souvenirs légers
Un bouquet de ciels bleutés
Doucement s’est posé
Dans un silence à peine froissé
Vers les feuilles à proses
Je me suis approché
Une à une réveillées
Pages sans rimes
Sous le vent des mots
Se sont envolées

…Des guirlandes d’étoiles descendaient du ciel noir au-dessus des palmiers et des maisons. Elle courait le long de la courte avenue, maintenant déserte, qui menait au fort. Le froid, qui n’avait plus à lutter contre le soleil, avait envahi la nuit ; l’air glacé lui brûlait les poumons. Mais elle courait, à demi aveugle dans l’obscurité. Au sommet de l’avenue, pourtant, des lumières apparurent, puis descendirent vers elle en zigzaguant. Elle s’arrêta, perçut un bruit d’élytres et, derrière les lumières qui grossissaient, vit enfin d’énormes burnous sous lesquels étincelaient des roues fragiles de bicyclettes. Les burnous la frôlèrent ; trois feux rouges surgirent dans le noir derrière elle, pour disparaître aussitôt. Elle reprit sa course vers le fort. Au milieu de l’escalier, la brûlure de l’air dans ses poumons devint si coupante qu’elle voulut s’arrêter. Un dernier élan la jeta malgré elle sur la terrasse, contre le parapet qui lui pressait maintenant le ventre. Elle haletait et tout se brouillait devant ses yeux. La course ne l’avait pas réchauffée, elle tremblait encore de tous ses membres. Mais l’air froid qu’elle avalait par saccades coula bientôt régulièrement en elle, une chaleur timide commença de naître au milieu des frissons. Ses yeux s’ouvrirent enfin sur les espaces de la nuit.

Sur les eaux troubles d’un fleuve assagi
Vieil homme pleure un ciel qu’on oublie
Sur la face molle du miroir brisé
Le long des vertes rives de nos mémoires touffues
Il a perdu la trace de nos enfances mauves

Vieil homme se souvient
Dans le feu intérieur de son regard bleu
Un fond de mémoire brûle de mille yeux
Vieil homme s’est assoupi
Dans un coin gris de ses souvenirs asséchés
Une larme s’est envolée
Un bref extrait, brut, sans passer par la case correction du roman que j’écris en ce moment…

…Sa mère est coiffeuse, elle a un petit salon pour des habituées, une clientèle de fidèles, de ces femmes qui vont chez la coiffeuse comme leurs hommes vont au café. La différence c’est qu’eux ils y sont tous les jours et le soir quand ils rentrent, ils ne regardent ni leurs femmes, ni leurs enfants. Ils ne regardent rien. Leurs yeux sont rougis par l’ennui et l’alcool. Jeanne admire sa mère, elle l’admire mais ne parvient pas à suivre le chemin qu’elle aime lui tracer. Sa fille. Sa fille Jeanne. Quand elle est née, quand elle a vu le noir de ses cheveux, elle a dit : je suis heureuse, elle reprendra le salon….
Je les aime toujours…

J’aime les mots
Les mots doux
Les mots du bout
Les mots du début
Le mot de la fin
Les mots courts
Le mot de secours
Les mots qui riment
Les mots qui glissent
Les mots gris
Les mots qu’on oublie
Les mots bleus
Les mots de tes yeux
Les mots d’hier
Les gros mots
Les mots tordus
Les mots secs
Et par par-dessus tout
J’aime les mots longs
Et les mots polissons

Écrire à l’encre douce
D’un rêve de longue nuit
Un mot du matin
Sur la marge mauve
D’un ciel de papier
Tremper sa plume à souvenirs
Dans le creux de sa mémoire séchée
Laisser une trace de rire
Sur la lointaine page
Du livre à finir

Écrire à l’encre douce
D’un rêve de longue nuit
Un mot du matin
Sur la marge mauve
D’un ciel de papier
Tremper sa plume à souvenirs
Dans le creux de sa mémoire séchée
Laisser une trace de rire
Sur la lointaine page
Du livre à finir
Il y a une an je publiais cette photo de pages blanches. Aujourd’hui paradoxalement les pages se sont noircies mais mon blog est un peu vide… Je suis totalement absorbé par l’écriture de mon quatrième roman.

Sur les pages blanches
D’une histoire qui gémit
Il y a une ligne de vie
Regarde
Elle attend
Les plus beaux de tes mots
Dont la rime est une aile
Douce et fleurie
Elle se pose sur la lame de vos peurs

Il y a ceux qui savent
Et ne disent rien
Mais n’en pensent pas moins
Il y a ceux qui ne savent pas
Mais en disent trop
Il y a ceux qui croient savoir
Ceux qui ne croient pas ceux qui savent
Ceux très rares
Qui croient ceux qui savent
Ceux qui disent qu’on ne sait rien
Ceux qui en savent plus
Que ceux qui savent
Ceux qui en savent autant
Que ceux qui ne savent rien
Mais qui n’en pensent pas moins
Et en disent beaucoup trop
Ceux qui pensent qu’il faudrait que
Ceux qui ne pensent pas qu’il faudrait
Ceux qui disent
Qu’il ne faudrait pas penser
Comme ceux qui pensent
Qu’il faut peut-être un peu penser
Ceux qui disent
Oui mais
Et sont si sûrs d’eux
Qu’ils répondent
« Mais oui »
Quand ceux qui doutent disent
« Oui mais »
Il y a ceux qui
Ceux qui
Ceux
Et…
Voir l’article original 24 mots de plus

Tous les jours je cherche
Je cherche le mot parfait
Je veux qu’il frissonne
Quand on le chante
Je veux qu’il fremisse
Quand dans l’oreille on le glisse
Je veux qu’il vole à tire d’aile
Quand on souffle sur ses ailes
Je veux qu’il s’efface dans un pas de danse
Quand page blanche noircit ses marges de silence
Je le cherche
Je l’attends
J’avais écrit ce texte il y a un an à l’occasion de l’incendie qui a ravagé les contours de Martigues. L’histoire malheureusement se répète…

Ô terre brûlée
Entends le chant de la braise
C’est le blues des oliviers
Il souffre en crissant
Dans le peuple des cendres
Hommes épargnés
Vos larmes sont grises
Sur la face sud de nos étés
Mots secs et noircis
S’envolent
Au pays des chagrins de suie

C’était une lumière d’un presque soir d’été
Dans la poche intérieure de ma veste aux couleurs insolentes
Je sentais les chaudes miettes
D’un doux festin aux rires lointains
Les yeux rivés sur la bouillie bleue du ciel heureux
Je marchais
Oh oui je marchais
Semant tout le long des chaumes chaudes
Mes vieilles pages d’enfance
Un vieux, très vieux texte que je republie

» Les souvenirs c’est du présent discutable »

Homme pressé sur un banc s’est assis
Il regarde en souriant
Le temps qui file en grinçant
Homme pressé pour un instant s’est libéré

…Anton se souvient de ce que son père, Marcel, lui expliquait. Sur le beau. Sur le vrai. Tout petit déjà il l’accompagnait dans ses incroyables déambulations. C’est pendant ces longues promenades que Marcel a expliqué à Anton. L’essentiel c’est ne rien dire, s’arrêter, écouter, sentir sans penser, sans chercher ni à expliquer, ni à faire des liens avec ce qui a déjà été écrit ou dit. Ne pas suivre la direction qui indique le beau, le bon. Ce qu’il faut Anton c’est ressentir, chercher l’existence. Le beau n’appartient à personne et il n’appartient à personne de désigner ce qui est beau. Et tu vois Anton, ce mot, je crois même qu’il est préférable de l’éviter. Comme tous ces mots qui ont le défaut d’avoir un contraire. Est-ce-que tu as déjà remarqué Anton que lorsque les mots ont un contraire, un opposé, quand tu prononces l’un c’est à l’autre que tu penses…

Mémoires de vieilles pierres figées
Odeur d’un vieux lichen fripé
Souvenirs d’un village endormi au creux du frêle été
Pas à pages il faut avancer dans les marges effacées
Juillet 2021
Orages de juillet, un vieux texte déjà publié en 2019

Un nuage de pluie
Caresse le dos gris
Des mémoires perdues
De mes rires détachés.
J’ai toujours, endormies,
Au fond d’un panier bercé
Trois gouttes dorées
De vieilles histoires d’antan
Qui se roulent en chantant
Dans une flaque de soleils oubliés
Il y a un an, la pluie, déjà, encore, toujours… Mémoires…

Derrière la vitre d’un jour d’ici
J’attrape les gouttes de temps
Temps qui glisse
Temps qui plisse
Le regard est blotti
Entre les bras de fer
Qui s’étirent vers la mer
Sa route est si longue
Son chemin est si loin
Il se souvient
Dans le train qui coule vers le sud
Un presque homme est assoupi
Il rêve seul
Ses compagnons de nuit avalés
Regarde
Il pose le front sur le froid de la vitre
Entends ce qu’il reste d’histoire
Enfoui
Dans les plis d’acier d’une infinie nuit ferroviaire
Tu y trouveras quelques miettes sans frimes
De cette belle mémoire
Qui te souffle ses rimes…
30 juillet

Souviens toi me dis-tu
Souviens toi
C’était peut-être hier
Ou bien plus loin
Ailleurs
A l’adresse flou du temps fini
Tu étais seul
Je t’observai
Tout le long de ton chemin
Je t’ai vu
Tu as semé
Treize petits mots
Oh oui si petits
Une syllabe chacun
Parfois deux
Et sans te retourner
Tu es parti
Oh tu sais
Je t’ai suivi
Chaque mot j’ai cueilli
Dans mon sac à demain
Sans rien dire les ai glissés
Et vois-tu mon ami
Prends ce bouquet
Aux rimes fleuris
Il est toi
Je te le donne
Il était temps
Je te le rend
Quelques textes sur la mémoire que j’avais publiés l’année dernière…
La mémoire, ma mémoire me tracasse en ce moment, un deuxième texte sur ce thème

Dans l’arrière jour de mes nuits blanches
J’ai creusé le trou de ma mémoire oublié
Dans le fond endormi
Sur un bord de molle dune
Petits mots aux teintes passées
Dansent en giguant la ronde des guenilles
Ils vont ils roulent ils vrillent
Mots d’hier j’entends vos rires d’enfants
Crépies de mauve brune
Douces caresses se posent
Sur le long mur blanc
De ma moite insomnie
Tout est fini
Sur la feuille froissée d’un passé retrouvé
Sans un pli présent rassuré s’est endormi…
28 juillet
Souvenirs…

N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Pour ce presque rien
Qu’on cache sous le tapis
D’une mémoire aux rimes rondes
Rondes et fleuries
N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Ce quelque chose
Que le peuple des autres
Abandonne sur le quai
Pour un voyage sans détours
N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Celui qu’on oublie tout de suite
Pour ne pas avoir à l’apprivoiser
Sentez-vous l’odeur que la peur avait enterrée
Entendez -vous le cri du métal
Il est frappé de soleil.
C’est un beau soir qui sent le hier
Dans la salle d’attente de mes souvenirs ferroviaires
Un train vient d’entrer…
30 juin

« Écrire. Je ne peux pas.
Personne ne peut.
Il faut le dire, on ne peut pas.
Et on écrit.
C’est l’inconnu qu’on porte en soi écrire, c’est ça qui est atteint. C’est ça ou rien.
On peut parler d’une maladie de l’écrit.
Ce n’est pas simple ce que j’essaie de dire là, mais je crois qu’on peut s’y retrouver, camarades de tous les pays.
Il y a une folie d’écrire qui est en soi-même, une folie d’écrire furieuse mais ce n’est pas pour cela qu’on est dans la folie. Au contraire.
L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire, on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité.
C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible…
Voir l’article original 112 mots de plus

Posée sur le cœur doré
D’une fleur au rose vibrant
Butine abeille appliquée
Demain sur le pain chaud et craquant
Des hivers enrhumés
Rouleront les vagues sucrées du miel d’été
Et dans la blanche et fraîche mie
Tu croqueras une belle bouchée du bel été
Une fois n’est pas coutume, voici le texte d’une intervention que j’ai faite la semaine dernière au Ministère de la Justice, à l’occasion de la remise des prix du concours d’écriture organisé en prison par la fondation M6

Bonjour à toutes et à tous,
L’Agence Nationale de Lutte contre l’illettrisme que je représente aujourd’hui est ravie, une nouvelle fois, d’être associée à cette cérémonie de remise des prix. Nous sommes ravis d’être à vos côtés, ici, au ministère de la Justice, en compagnie du ministère de l’Education nationale, tous deux membres fondateurs du GIP ANLCI ; c’est une façon concrète d’illustrer ce que signifie « se réunir pour mieux agir ».
Quelques mots, un petit mot m’avez-vous demandé. Il arrive fréquemment lorsque nous sommes, lorsque je suis sollicité pour des occasions de ce type qu’on nous demande de dire un mot, un petit mot. C’est une formule, une façon un peu délicate de dire qu’il faut que l’intervention soit brève. Et ce matin lorsque j’ai préparé ce mot, ce petit mot, qui je vous l’assure n’excédera pas cinq minutes, je me suis interrogé. Si je n’avais qu’un mot, un seul, à choisir pour exprimer ce que j’ai à dire, quel serait-il ?
Difficile ! Mais j’ai essayé et c’est le mot révélateur qui est apparu. REVELATEUR parce que j’ai été dans ma jeunesse un photographe amateur et que j’ai connu la magie du développement en laboratoire. Je me souviens de ce moment unique ou la feuille de papier vierge de toute expression, plongée dans le révélateur laisse apparaître tout doucement une image, une photographie. Oui c’est le mot qui me convient, qui nous convient. Les mots sont et peuvent être révélés.
Ces mots, les mots sont nos compagnons de route. Ils sont souvent enfouis au fond de chacun d’entre nous. Il faut qu’ils sortent, il faut qu’ils jaillissent, qu’ils se réveillent, qu’ils se révèlent. Et c’est la magie de ces ateliers d’écriture. Comme le sourcier avec sa baguette, l’enseignante ou l’enseignant aide à réveiller et à révéler ce que vous avez au fond, à l’intérieur de vous. Les mots sont alors dits, puis ils sont écrits et enfin ils sont lus. Et demain ils seront lus et relus, à nouveau. Ils seront alors devenus une trace. J’en profite d’ailleurs pour affirmer que l’écriture et la lecture sont intimement liées et que l’annonce faite par le Président de la République que la grande cause nationale de l’été 2021 à l’été 2022 serait la lecture est une invitation qui nous est faite à toutes et à tous à valoriser les actions de ce type.
Alors oui pour certaines et certains c’est difficile, plus difficile, les mots sont là, mais ils sont rebelles, parfois impossibles à saisir, à maîtriser à apprivoiser. C’est la situation dans laquelle se trouvent 2 500 000 personnes dans notre pays. Il faut des outils, des leviers pour les rendre accessibles, pour qu’un jour ils puissent se poser sur une feuille de papier, ou sur un écran, et être utilisés.
Parmi les différentes catégories de ce concours, il y a celle des débutants et c’est à vous et à vos enseignantes et enseignants que je m’adresse aujourd’hui. Si le parcours pour donner vie à ces mots est plus difficile, plus long, parfois semé d’embûches, au bout le résultat est le même. Nous sommes à l’ANLCI attachés à ce que ne soient jamais oubliés, celles et ceux qui souffrent de ne pouvoir mettre en mot, cette musique intérieure. Nous sommes attachés avec nos partenaires, avec les administrateurs du GIP à ce que des solutions soient proposées pour que demain nous puissions embarquer avec nous tout un peuple de lecteurs. Parmi ces solutions il y a les ateliers d’écriture, avec ce travail formidable des intervenantes et intervenants de l’Education nationale, de l’Administration pénitentiaire. Ce travail qui réveille et révèle ces talents que chacune et chacun d’entre vous a en lui.
Chaque texte est unique, chaque texte témoigne du travail accompli : il le révèle, il vous révèle pour que les émotions puissent tranquillement se poser sur une feuille de papier ou sur un écran.
C’est ce que vous avez réalisé M……….. avec votre texte qui obtient le troisième prix de cette catégorie débutant. Nous vous en félicitons et vous invitons à considérer que cette dernière fois qui était le thème de cette année marque le début d’une aventure où les mots occuperont une place centrale.
Eric NEDELEC
Directeur adjoint de l’ANLCI

…Le bonheur je ne sais pas ce que c’est, et puis je ne veux pas le décrire, je ne veux pas l’encadrer avec des mots qui seront de toute façon, un jour ou l’autre enfermés dans un dictionnaire. Le bonheur, tu le vois bien Anton, il arrive, là, comme ça, sans rien dire, c’est un soir, à Narvik. On marche, nos mains se tiennent, et le bonheur est là, comment veux-tu trouver un mot pour en parler, comment veux-tu le décrire ?

Fenêtre ouverte
J’entends le chant crissant
D’un rail de métal gisant
Ville endormie
Matin vague
Sur une rive d’ocres
Empêtrés
Fenêtre ouverte
J’attrape le souffle lointain
Des océans voisins

La nuit était lourde, épaisse,
Des plaques d’air poisseux s’empilaient
Le lit s’enfonçait dans la vase molle de ma mémoire
Je cherchais le chemin pour me conduire au début
Sur les bas-côtés de mon rêve éveillé
De mauvaises ronces se sont réveillées
Mon pas est lent
J’ai le souffle court
Tous les cailloux que j’avais semés
Sont enfoncés dans le sable gris
Je me bats contre un vent mauvais
Il souffle de tous côtés
Et s’engouffre dans le couloir de l’oubli

Ce soir j’ai le verbe sec
Je cherche le mot plume
Il passera sous le bras de la rime en rire
Chatouilleux le mot de la fin
S’envolera à tire voyelle
Bavarder avec l’ami hirondelle
10 juillet

Le temps est au matin gris
Les regards glissent
Sur la vitre de nos ennuis
Le temps est aux regards gris
Le matin se plisse
Sur la vitre de nos mardis

Dans le double fond de mes souvenirs à partager
J’ai nourri de mes rires bleus
Les racines des arbres à mémoire
Et dans un souffle d’été
Deux feuilles se sont envolées

La mer est là
Elle s’est invitée
Dans la morne plaine
Des écrans bleutés
Elle veut me dire
Assez
Je n’en peux plus de vos rimes tristes
Je veux qu’on les oublie
Je n’en veux plus de votre Amérique
Qu’on enferme en un clic
Moi j’attends le chant du vent
Je le veux là
Tout contre moi
L’écume des mots s’envolent
Et se pose sur tes lèvres salées
7 juillet

Écrire les couleurs de l’été
Écrire les fureurs de mes colères rentrées
Écrire les peurs d’une longue nuit de craie
Écrire un mot doux qui frissonne
Écrire une belle lettre ronde et noire
Écrire sur les lignes grises de ta mémoire
Écrire sans un bruit dans le silence de papier d’un matin froissé…
Troisième republication du jour…

C’était une longue nuit,
De celle que fatigué
Vite, on oublie.
J’ai grimpé dans le dernier wagon
De ce rêve bleu
Affalée sur le quai.
Un enfant triste est assis contre la vitre humide.
Il me regarde :
Où étais-tu hier ?
Je t’attendais tu le sais…
Tu n’es pas venu,
J’ai tourné la page.
J’etais si seul,
Oh si seul tu sais…
Et j’ai tenté de pleurer,
Mais le rêve a poursuivi
Son chemin jusqu’à demain.
Aide moi je t’en prie,
Aide moi,
Je ne veux pas que tout soit fini…
6 juillet

Au bout d’une nuit agitée
Matin se dresse
Il est là mur épais
Il impose son long soupir
Son crépi est lézardé
Les rêves mauves n’ont pas tenu
Tout est prêt pour le laid
Et soudain
Main dans la main
Dans le creux d’un chant oublié
Je les vois
Ils sont deux
Et se sont aimés
C’était il y a un an…

Homme pressé
Je le vois tu trepignes
Je l’entends tu t’indignes
Un instant écoute moi
Dans le monde que tu inventeras
Il ne faudra rien oublier
Ni le gris ni la pluie
Ni la peur ni la sueur
Ni l’acier ni la saleté
Prends garde homme pressé
Dans les sillons serrés de tes rêves de demain
N’oublie rien
Oh oui je t’en prie
Prends garde à semer
Quelques graines oubliées
De ce monde que nous avons tant aimé
2 juillet
Mon travail d’écriture avance, environ 150 pages déjà noircies, avec lorsque je me relis, toujours à voix haute pour entendre la musique des mots, des frissons que j’ai envie de partager, même si le travail est loin d’être achevé…

…Marcel et Jeanne sont restés plusieurs années à Narvik. Anton ne sait pas exactement ce qu’ils y ont fait. Vous êtes restés combien de temps là-bas ? Et la réponse, toujours la même…Plusieurs années. Comme s’il ne fallait pas compter, mesurer, encadrer. Le temps ne doit pas se mesurer Anton, le temps c’est de la vie qui passe, c’est de la vie qui enfle, de la vie qui souffre, de la vie qui rit, s’enflamme et parfois disparaît. Et cela ne se mesure pas. Dès que tu poses la question combien, tout est fini Anton, tu es fini, tu as fini. La mémoire qu’il nous reste de là-bas n’est pas gradué, elle est pleine, entière, avec des rondeurs, des zones un peu floues…
Je suis très heureux de ce joli poème que ma petite fille m’a écrit. Elle sait bien ce qui me touche


Sur une ronde palette de couleurs oubliées
Qu’un gris hiver sans joie ni fin a endormi
J’ai trouvé une goutte bleue d’été au rire joli
Au bord de l’eau d’un vert voilé
J’ai tissé le lent demain du si bel été
J’ai presque terminé mon nouveau roman, alors je me suis dit, tiens pourquoi pas proposer un extrait, comme ça, brut, un extrait pas retravaillé, un extrait que j’aime… Il y en aura peut-être d’autres.

… Je suis arrivée à l’heure de la journée que je préfère, ces heures de mai, qui s’étirent dans la douceur avec de la lumière plein les poches. Je suis arrivée dans ce bref moment où tout va se mélanger, se confondre. On est dans l’entre deux. Les arbres, mes arbres, tremblent à peine. Je sais qu’ils me voient, je sais qu’ils me sentent. Je suis sorti, je les écoute, j’entends ce qu’ils me disent. Et j’écris, je suis assise sur une pierre, elle est recouverte de mousse, j’ai sorti le cahier, le gros, celui où je raconte, celui où je me raconte. Je le pose bien à plat sur les genoux que j’ai serrés. J’aime le bruit que font les pages quand un souffle les soulève. Je pense aux arbres, au papier. Et j’écris quelques mots de plus. Je suis essoufflée, ce n’est pas le vélo, ce n’est pas la course pour venir jusqu’ici. Je suis essoufflée parce que je respire, je suis essoufflée parce que j’existe…
Parmi les pauses lecture que je m’accorde pendant mon chantier d’écriture, il y a eu ce magnifique roman de Grégoire Delacourt. L’extrait que je vous propose est comment dire d’une intensité poétique qui me provoque des vibrations.

/… Sa famille.
Des cultivateurs dans le Cambrésis. Vingt hectares de lecture fourragère. Quelques bêtes. Des nuits de peu d’heures, des mains usées, des ongles noirs, comme des griffes, la peau tannée, un vieux cuir craquelé. Jamais de vacances, jamais de premier mai parfumé au muguet ; la terre, toujours, la terre exigeante, capricieuse ; et la mer, une fois, une seule, pour mes sept ans, a-t-il précisé, mais pas vraiment la mer, une plage plutôt, celle des Argales, à Rieulay, du sable fin au bord d’un lac artificiel sur un ancien terril ; mes parents n’avaient pas voulu me décevoir : ils avaient dit qu’il n’y avait pas de vagues ce jour là, une histoire de lune, de planètes, je ne sais plus, et je les avais bien crus, bien que l’eau ne soit pas salée, ah ça ! disait mon père à propos du sel, ça dépend des courants, des marées et même de la lune, André, c’est très compliqué, tu sais, tout ce bazar, et plus tard j’ai compris qu’ils avaient voulu m’écrire une histoire unique, m’enseigner que l’imagination fait advenir tous les voyages, exhausse toutes les enfances. Ils ne se plaignaient jamais, ni du gel ni des pluies qui pourrissaient tout ; ils sillonnaient et façonnaient la terre comme des sculpteurs, comme des amants ; ils lui parlaient, ils la remerciaient les jours de grande récoltes , la consolaient lorsque le froid la fendillait et la gerçait ; ils aimaient que le temps marque les choses. Ils attendaient les printemps comme on attend un pardon. /…

Sur le tableau noir de mes désirs d’écriture
J’ai tracé quelques lettres de brumes
Des mots bleus se sont envolés
A tire ligne jusqu’au bord d’une blanche feuille
Que j’avais attendue
Une phrase est là, en suspens
Une autre aussi qui l’attend
Je les regarde heureux
Elle se sont aimées
Avec mon consentement

Plus de 80 pages écrites, pour l’instant pas de difficulté, les mots bouillonnent, les phrases coulent, et je tiens la barre. Le personnage principal, Anton, se dessine de plus en plus, à travers le chapitre consacré à son père et celui, en cours, à sa mère, on comprend, on le comprend. La transmission est là, un héritage des émotions. Comprendre d’où l’on vient, l’alchimie de la rencontre, du peut-être hasard, et pages après pages, l’écriture pose une trace, de ces belles traces qui sentent bon la vie.

Sur la pente raide d’un chemin creux
Je presse le pas vers un sommet ivre de bleu
J’avance
Le souffle court d’un rire qu’on empêche
J’attends
Crissement d’une caresse rêche
Je frissonne
Longue et verte vague à l’âme
Se jette en pleurant
Sur la rive molles de mes nuits blanches
Une longue promenade, hier, à quelques minutes de chez moi au dessus de Saint-Etienne, et quelques photos qui annoncent la tempête de la nuit. Un intermède poétique pour respirer un peu

Derrière le tendre vert des collines alanguies
J’entends le vent qui bruit
Sans un cri
Un reste de pli bleu
Couvre ronde larme de si peu
Sur le bord gris de tes yeux bleus

Fenêtre ouverte
Sur le rond silence bleu
Du matin frileux
J’attends les mots blancs
Qui frappent sur les vitres endormies
J’entends la pointe dure du stylo
Elle crisse et glisse
Sur ma belle feuille fripée
De sa longue nuit agitée
6 mai

Et soudain j’ai cessé de compter…
Fatigué, essoré,
Tout contre moi,
Je l’ai serré,
Ce doux soir bleu abîmé.
Et tête dans les nuages,
Je l’ai laissé me rêver…
9 mai

Quelques nouvelles de mon manuscrit. J’avance d’un pas sûr et volontaire, déjà plus de soixante dix pages sont noircies, les personnages prennent toute leur place, et je sens qu’ils commencent à se sentir bien, chaque matin quand j’ouvre le carnet moleskine, ils se retrouvent. Anton bien sûr, mais ces derniers jours Marcel beaucoup. On a même aperçu dans le coin d’une feuille Louis et Maria, les parents de Marcel. La première partie s’achève sur une porte qui s’ouvre. Sur le pas de cette porte, il y a Jeanne. Jeanne qui attend, Jeanne qui m’attend. Il faut que je vous laisse, je ne peux pas la laisser, là, sur le palier…
Il y a un an…

L’homme est courbé,
Son dur regard racle le sol.
Lever les yeux?
Il ne le veut pas,
Il ne le peut plus.
L’homme est triste,
Il marche
Sur le fil gris de la peur.
Il tire sur les manches de la douleur,
Soudain,
Merle siffle;
L’homme déplie un bout de sourire,
Essuie la buée de ses larmes bleues,
Bouée est là, ronde et fleurie.
Elle est pour lui
Il la serre,
Tout est fini.
24 avril

Lorsque j’écris, sur le papier, avec un stylo-bille des plus commun, je ressens très fort la sensation de l’écriture. C’est un acte physique, qui laisse des traces. Et je me souviens alors de cette toute première phrase que j’avais écrite il y a quarante trois ans lorsque je décidai d’écrire un roman, mon premier roman, première pierre d’un chantier qui ne s’est jamais fermé, même dans les pires moments, ceux où l’inspiration est ballottée dans les intempéries de la vie.
Je me souviens, j’avais 19 ans et j’écrivais : « J’ai la tête qui bourdonne, les mains moites. Mes jointures gardent en mémoire les arêtes du stylo. »
En ce moment, presque tous les soirs mes doigts gardent en mémoire les arêtes de mon stylo.
Quand j’écris, j’ai une « playlist » qui m’accompagne, et sur cette playlist en bonne place il y a Yves Simon

Mots d’amour qui s’envolent
Tous les jours cajolent
Des visages fatigués, meurtris, démodés,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.
Tout au bout de la mer
L’autoroute s’est fermée,
Une vieille Strudebaker
La nuit s’est crashée,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.
Dans ces aérogares
Où nos amours s’égarent,
Les rêves n’ont pas de fin,
Pas de fin.
Romans inachevés,
Des mots glissés froissés
Sous la lune de l’hiver,
Des baisers volés,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.
Que deviennent les visages
Des passantes passées,
De la seule qu’a compté,
Jamais oubliée.
Un parking sous la neige,
Bagnoles prises au piège,
Dans la nuit passe un train,
Trop tard pour demain,
Ma jeunesse s’enfuit
Ma jeunesse s’enfuit
Et la vie aussi.

Les mots sont là, ils coulent, c’est un flot ininterrompu. Toutes les digues ont sauté. Je retrouve l’excitation de l’inspiration qui ne se contient plus. Je marche, j’écris, je dors, je rêve, j’écris. Les pages se noircissent, et l’épaisseur de l’encre qui sèche sur le papier produit comme un craquement. Mais ce n’est pas une feuille morte. J’aime tant que de la vie pensée vienne se poser sur le papier. C’est une magie dont je ne me lasse pas. L’histoire que j’écris avance, à grand pas, les personnages ont pris place, pas encore toute leur place, mais ils sont là, je commence à m’habituer à leur présence. Vous connaissez certains d’entre eux, j’ai à plusieurs reprises posé quelques bribes sur ce blog. Leurs contours se dessinent, je les aime, et redoute déjà le moment où la fin approchera. Mais le chemin est encore long…
J’écris beaucoup en ce moment, mon quatrième roman,et je noircis des carnets…Pour m’accompagner dans mon inspiration j’écoute Ferré, notamment Et Basta, certains passages sont d’une puissance sans pareil…

La solitude est une configuration particulière du mec : une large tache d’ombre pour un soleil littéraire
La solitude c’est encore de l’imagination
C’est le bruit d’une machine à écrire
J’aimerais autant écrire sur des oiseaux chantant dans les matins d’hiver
J’ai rendez-vous avec les fantômes de la merde
Les jours de fête, je les maudis, cette façon de sucre d’orge donné à sucer aux pauvres gens, et qui sont d’accord avec ça et on retournera lundi pointer
Je vois des oranges dans ce ciel d’hiver à peine levé
Le soleil, quand ça se lève, ça ne fait même pas de bruit en descendant de son lit. Ça ne va pas à son bureau, ni traîner Faubourg Saint-Honoré et quand ça y traîne, dans le Faubourg, tout le monde s’en rengorge. Tu parles ! Ni rien de ces choses banales que les hommes font qu’ils soient de la haute ou qu’ils croupissent dans le syndicat. Le soleil, quand ça se lève, ça fait drôlement chier les gens qui se couchent tôt le matin
Quant à ceux qui se lèvent, ils portent leur soleil avec eux, dans leur transistor.
Le chien dort sous ma machine à écrire. Son soleil, c’est moi
Son soleil ne se couche jamais… Alors il ne dort que d’un œil
C’est pour ça que les loups crient à la lune. Ils se trompent de jour

Ne chantez pas la Mort, c’est un sujet morbide
Le mot seul jette un froid, aussitôt qu’il est dit
Les gens du « show-business » vous prédiront le « bide »
C’est un sujet tabou… Pour poète maudit
La Mort!
La Mort!
Je la chante et, dès lors, miracle des voyelles
Il semble que la Mort est la sœur de l’amour
La Mort qui nous attend, l’amour que l’on appelle
Et si lui ne vient pas, elle viendra toujours
La Mort
La Mort…
La mienne n’aura pas, comme dans le Larousse
Un squelette, un linceul, dans la main une faux
Mais, fille de vingt ans à chevelure rousse
En voile de mariée, elle aura ce qu’il faut
La Mort
La Mort…
De grands yeux d’océan, une voix d’ingénue
Un sourire d’enfant sur des lèvres carmin
Douce, elle apaisera sur sa poitrine nue
Mes paupières brûlées, ma gueule en parchemin
La Mort
La Mort…
« Requiem » de Mozart et non « Danse Macabre »
(Pauvre valse musette au musée de Saint-Saëns!)
La Mort c’est la beauté, c’est l’éclair vif du sabre
C’est le doux penthotal de l’esprit et des sens
La Mort
La Mort…
Et n’allez pas confondre et l’effet et la cause
La Mort est délivrance, elle sait que le Temps
Quotidiennement nous vole quelque chose
La poignée de cheveux et l’ivoire des dents
La Mort
La Mort…
Elle est Euthanasie, la suprême infirmière
Elle survient, à temps, pour arrêter ce jeu
Près du soldat blessé dans la boue des rizières
Chez le vieillard glacé dans la chambre sans feu
La Mort
La Mort…
Le Temps, c’est le tic-tac monstrueux de la montre
La Mort, c’est l’infini dans son éternité
Mais qu’advient-il de ceux qui vont à sa rencontre?
Comme on gagne sa vie, nous faut-il mériter
La Mort
La Mort…
La Mort?…

Oui c’est parti…Cela couvait depuis plusieurs mois, peut-être plus. J’ai entamé cette première étape, que je trouve personnellement très jouissive, celle de l’écriture manuscrite, avec un bon vieux Bic cristal de ce qui sera mon quatrième roman. J’ai pris beaucoup de temps en amont pour travailler le plan, les personnages. Pendant quelques semaines je vais noircir le magnifique papier de ce gros carnet Moleskine, habité par cette histoire qui a déjà pris possession de mon intérieur… Je serai peut-être moins présent, comme c’était d’ailleurs le cas ces derniers temps pendant la gestation, encore que… J’aurai certainement besoin de respirations poétiques…

Ne regarde pas comme les autres.
Les autres…N’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracée, choisis ton chemin. Et si on te répond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forêt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux, qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues. S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, réponds-leur que leur imagination est en panne, fatiguée, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crêtes des sapins qu’on est trompé par son obsession du réel convenu.
Cette imagination-là n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naïf qui fabriquent du magique pour empêcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie préfabriquée qui fabrique des rêves à la chaîne, des rêves qui sont toujours les mêmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Tu dois leur dire que les arbres tu les vois comme des arbres et pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou tout autres monstres qu’on veut entrer de force dans les têtes pour que les peurs soient identiques.
Tu ne dois pas être comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends quand ils bougent dans le vent tu dois dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : ils font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer. Tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste de le dire, c’est injuste pour les arbres d’abord, et puis pour la mer surtout, c’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prétendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue avec leurs mots à eux, avec les mots qui ont été fabriqués par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs…
Toi tu dois dire que la mer existe ici, dans ces forêts d’altitude, tu dois dire qu’elle est là, derrière ce vent, comme une mémoire……

Cheval de bois
N’en peut plus de tourner
Du manège des enfermés
D’un bond joyeux
Il s’est échappé
Dans la danse des échevelés
Il est entré

C’était une si lente nuit pâle
Lourde de trop longues heures
Pâles et poisseuses
Derrière les fenêtres aux rêves fermés
Pas un un chant
Plus un cri
Un silence dur et coupant
Brise un espoir qui s’envole

Je n’entends pas le long cri
De l’arbre nu à en pleurer
Entre tes bras desséchés
Je me ferai feuille blanche
Pour t’entendre espérer

Quand l’arbre gris
De mes peurs enfouies
Étire dans un ciel sans vie
Les maigres noeux de ses bras secs
J’entends le souffle court
De mes courses éperdues
Sur les routes rondes et fleuries
De ma belle île de brume bleue

L’air est vif et coupant
Les dernières larmes
D’une nuit aux souffles agités
Se figent en glissant
Les éclats de rire
Du petit matin glacé
Se sont brisés en frissonnant

Le printemps craintif fuit devant nous. Il rajeunit d’heure en heure et se referme feuille à feuille, fleur à fleur, à mesure que nous regagnons le Nord. A l’ombre plus grêle des haies, les pâquerettes d’avril ont reparu, et les dernières violettes décolorées…L’azur plus pâle, l’heure plus courte, une humidité acide de l’air créent l’illusion de rajeunir et de remonter le temps…
Colette, La vagabonde 1910
C’était il y a un an, rien n’a changé, enfin presque…

C’est une guerre me dites-vous ?
Oui vous avez raison !
De ma fenêtre ouverte,
Je distingue le champ de bataille…
Le combat a débuté,
Le printemps est bien là,
Il est sur le front.
En première ligne, il envoie des troupes d’élite…
Fleurs blanches légères,
Doux pétales envolés…
La victoire est proche…
11 avril

J’ai posé le doigt
Sur la lune molle
De la vitre brûlée
Loin du soleil rageur
Un oiseau s’est posé
Ses ailes de velours
Battent doucement du cil
25 avril
Voici le texte que les éditions des embruns ont retenu pour leur ouvrage « Avis de tempête »

Homme d’en bas,
Regarde le visage de l’océan.
Sur son front salé,
C’est la tempête qu’on lit.
Les rides se sont creusées,
Le regard s’est assombri.
De belles longues vagues blanches,
Entrent dans les terres usées
Elles s’étirent en criant,
Et offrent leurs bouquets d’écume
Aux récifs abandonnés.
Regarde les qui entrent dans la danse.
Écoute les !
Elles chantent avec le vent
Ferme les yeux,
Laisse entrer l’ocean.
C’est la tempête à Ouessant
2 novembre 2019

Entre les rides
Des espoirs déçus
Un bouquet de couleur
Une larme bleue
Douce lueur
Sur ces quelques fleurs
Oublie les rires mauvais
Va, cours
Rêve
Creuse là
Oui
Ici
Tout au fond de la poche
Tu trouveras
Les dernières miettes
De l’arbre heureux…

Dans le soir de ses yeux
Je lis la dernière phrase
D’une histoire fanée
Tant de fois racontée
Ses mots sont lourds et glacés
Je les pose sans rien dire
Dans le creux lisse
De mes mains de papier
Dans le noir de ses cheveux
Douce main glisse en frisant
Les dernières boucles de rires envolés
C’est la longue nuit des errants séparés

Regarde
Oh oui regarde
Lève les yeux
Oublie
L’ombre épaisse des mauvais rêves
De tes nuits agitées
Glisse
Penche-toi en riant
A la fenêtre des absents
Regarde
Oh oui regarde
La lumière est si belle
Elle s’étire doucement
Entre les tendres bras
Du matin des amants
Ecoute
Oh oui écoute
Tu l’entends te dire
Je t’attends…
30 mars 2021

Au fond de la nuit la plus nue
Pas trace de village sur la houle
Je n’ai qu’à prendre ta main
Pour changer le cours de tes rêves
Embellie ton haleine malmenée par la rixe
Tous les sentiers qui te dévêtent
Ont dans le lierre de mon corps
Perdu leurs chiens leurs carillons
La tige émoussée de l’étoile
Fait palpiter ton sexe ému
A mille lieues vierges de nous
Nous restons sourds à l’agneau noir
A toute goutte d’eau d e pieuvre
Nous avons ouvert le lit
A la pierre creuse du jour en quête de sang
De résistance

Un vieil homme au regard gris
Ferme les yeux
Il ne fixe plus le haut du mât
De ses vies passées
Les draps noirs de sa mémoire fripée
Dans la brume de nos larmes se sont emmêlés
Pas un qui ne claque
Pas un qui n’appelle
Le vieil homme est endormi
Il ne reçoit plus le chant des cargos
Dans le blues de son regard qui s’éteint
Les vents de l’Ouest se sont abîmés
Très heureux que mon poème ait été retenu par les éditions des embruns…


C’était l’heure des sans amis
Penché vers un presque rien
Je voulais prendre ce chemin
Et rêvais d’y rencontrer les hommes
Aux doux regard paisibles
Qui rêvent de lendemains
Aux bords ronds et malins
J’ai marché jusqu’au dernier bout
Lointain
Oh si lointain
Elle était là
Seule et perdue
Vêtue d’une longue trainée de brume
Elle attendait en souriant
Je te savais
Tu le sais
Entre tes larges marges inventées
Je t’avais inventé

Il faut que cesse la peur
Oui il le faut
Regarde
Le monde est si beau
Je l’entends
Il me le dit
Mais n’en peut plus
De ce long naufrage organisé
Où les hommes sont courbés
Regarde
Ils se sont perdus
Dans les bas-fonds
De leurs écrans maléfiques
Ils ont oublié la beauté des lueurs noires
Regarde
Le ciel est si seul
Et pleure ses couleurs effacées
Le monde n’en veut plus
Les hommes ont abandonné
Et creusent leurs sillons
Ils labourent en se taisant
Le lourd soc
Aiguisé a la pierre de la peur
Entre en criant dans le ventre de la terre
Il faut que cesse la peur
La mer se fait lointaine
Ils l’ont noyée
Sous l’horizon du désespoir
25 août

Il est l’heure de la lumière,
Il me reste un bout de rêve mauve.
Infime miette dans un bol de rire noir,
Laissée là, douce et croquante
Par une nuit rassasiée.
Au creux du silence du matin qui gémit,
J’avance tête baissée,
Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.
3 mai
Ecrire…

Dans la réserve glacée
De mes idées noires
J’ai choisi un vieux reste
D’angoisses ressassées
Dans un bouillon clair
De rires rentrés
Je les ai laissé mijoter
Un lourd couvercle
Patinée de mémoires enfumées
Sur le ragoût
J’ai posé
Et dans le lent soir rosé
Une fleur de printemps
Sur la flamme j’ai saupoudrée