Librairies indépendantes…

Il est toujours préférable de faire vivre les libraires indépendantes, c’est la raison pour laquelle je vous invite, si vous souhaitez commander mon recueil de poèmes, à privilègier le site « chez mon libraire »

https://www.chez-mon-libraire.fr/livre/9782322577866-memoires-filantes-recueil-de-poemes-eric-nedelec/?fbclid=IwY2xjawPwJwNleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEen7PMNeU5Yr_E2F6HmFweEhkBnp2Fm1a3-DJmnrdIKC5O4OBeMaiBvJzsJsk_aem_QjBhtnyWh3PZAi9DQBOvWQ

    Sous les drapeaux du parler beau…

    Il est grand temps de mettre les haines en sourdine

    On essaiera ensemble de rappeler le silence

    Sous les drapeaux du parler beau

    Il faudra essuyer les traces des grises peurs

    Mettre le haut sourire au garde à vous

    On écoutera les mots du vieux poète dégradé

    Il nous dira de brûler les armes

    Au pied mauve d’un mât aux rimes hautes

    Les poches s’empliront des cailloux semés

    Il y a longtemps sur le long chemin

    On retrouvera l’odeur épaisse et mouillée

    D’un papier froissé par le trop de larmes versées

    Du bout des doigts glacés

    On fleurera la fine paume retrouvée

    D’un visage apaisé

    Il sera temps enfin d’aimer…

    L’invitation, version intégrale…

    « Ce qu’il faudrait c’est déplacer les villes à la campagne ! » La première fois que Jules a entendu cette ineptie, c’était il y a plus de quarante ans, en 1974. Il était en classe de terminale et leur jeune professeur d’économie avait décidé, une fois par mois, d’organiser des débats, sur les thèmes d’actualité qui revenaient à l’occasion de l’élection présidentielle. L’écologie, la défense de l’environnement (on parlait alors plutôt de la seule pollution) apparaissaient pour la première fois sur la scène médiatique, notamment grâce à un candidat que les Français découvraient, un agronome original : René Dumont.

    Dans sa classe, le débat n’était pas de haut niveau. C’était toujours les mêmes qui prenaient la parole. Il s’agissait de ceux qui étaient engagés dans des mouvements politiques à droite ou au parti communiste. Les plus virulents militaient à l’extrême gauche, déjà très éparpillée entre trotskistes, maoïstes, et autres mouvances dogmatiques dont on avait du mal à saisir les subtiles différences. Guillaume était de ceux-là. Maoïste, il se présentait volontiers comme le seul dépositaire de la pensée marxiste-léniniste. Fils d’un médecin radiologue et d’une avocate, il n’était pas avare de phrases toutes faites, avait un avis sur tout et avait tendance à considérer qu’il était celui qui savait… Il parlait de la classe ouvrière et de la paysannerie comme étant le terreau de la révolution à venir, mais passait ses soirées du samedi dans une boîte de nuit luxueuse où il dépensait en alcool et autres substances ce que Jules mettait péniblement de côté en une année…

    Jules, quant à lui, restait silencieux. Il n’était pas à l’aise, et craignait toujours de dire des bêtises. Il profitait de ces moments pour se reposer et en avait besoin, car dès le lever du jour, avant de prendre le bus pour se rendre au lycée, il aidait ses parents à la ferme, sur les hauteurs de Dole. Il s’occupait des veaux et de quelques brebis.

    Printemps 2014 : ce soir, Jules est seul devant la télévision et écoute distraitement le débat qui oppose des experts de plateaux, régulièrement invités pour donner leur avis sur tout, et surtout, sur n’importe quoi. Il s’agit aujourd’hui « d’interroger » cette nouvelle crise agricole. Crise est un mot faible quand, chaque soir, s’étalent sur les écrans les images des manifestations de la journée. Le journaliste pose, enfin, une bonne question.

    • N’y a-t-il pas dans cette explosion de colère la manifestation d’un malaise existentiel, une incompréhension de plus en plus importante, une véritable fracture entre le monde des urbains et celui des ruraux ?

    Le premier à répondre est le sociologue de service : Guillaume Toubard. Il enseigne à l’institut des hautes études sociales. Il est l’auteur d’un ouvrage : « comprendre le monde paysan ». Jules lève le nez de son assiette : ce nom, cette voix, ce ton surtout, lui rappelle quelqu’un…

    Le journaliste l’invite à préciser une pensée un peu fumeuse, à faire des propositions.

    • Voyez-vous, comme je l’ai toujours dit, ce qu’il faudrait c’est déplacer la ville à la campagne. Concrètement, je propose que dans les prochaines semaines des exploitants agricoles acceptent d’accueillir des urbains afin que chacune et chacun ouvre enfin les yeux…

    Jules est stupéfait : il n’a pas changé.

    Cette émission donne la parole aux auditeurs. Jules décide d’appeler.

    Il explique à son interlocutrice que la proposition qui vient d’être faite l’intéresse. Il est prêt à accueillir Mr Toubard sur son exploitation, dès le lendemain.

    Le journaliste fait un signe aux invités. De la main gauche, il appuie sur l’écouteur qu’il a dans l’oreille.

    • On me dit en régie que nous avons en ligne un agriculteur qui souhaite réagir à cette proposition.

    Les invités s’observent. En période de crise, ils n’aiment pas ces interventions en direct qui peuvent déraper…

    • Bonjour, Jules vous nous appelez du Jura, un petit village près de Dole. Jules, nous vous écoutons.
    • Oui, bonjour, je vous écoute depuis un moment et je viens d’entendre ce qu’a proposé un de vos invités : Guillaume Toubard je crois…
    • Oui Jules, que pensez-vous de cette idée d’organiser la venue des urbains à la campagne pour mieux vous connaître, vous comprendre ?
    • Oui, ce serait la ville qui se déplace à la campagne en quelque sorte !
    • C’est cela, vous avez bien compris.
    • Eh bien écoutez, si monsieur Toubard est disponible je lui propose de prendre dès demain le premier train pour Dole. J’irai le chercher et il passera quelques jours avec moi.

    Guillaume Toubard est un peu gêné et se dit qu’il est allé un peu vite. C’est son problème : il aime tellement s’entendre parler qu’il ne mesure pas toujours la portée de ses paroles. Mais il ne veut pas perdre la face, il va montrer que ce n’était pas de la démagogie.

    • Mr Toubard, vous pouvez difficilement refuser, n’est-ce pas ?
    • C’est d’accord, je vais m’organiser. Je connais Dole, j’y ai fait toutes mes études secondaires. Je serai ravi d’y retourner. J’accepte votre proposition.

    Jules se dit que Guillaume l’aura reconnu, qu’il se souvient de son prénom.

    • Parfait, je vous dis à demain, mais je préfère vous prévenir, nous n’aurons pas le temps de visiter Dole. Dès votre arrivée, nous rejoindrons mon exploitation à une vingtaine de kilomètres sur les hauteurs.

    Hors antenne, Jules et Guillaume se sont parlé. Jules sera sur le quai avec une pancarte sur laquelle sera écrit « Guillaume ».

    Jules attend sur le quai, pancarte à la main. Lorsque les voyageurs descendent, il reconnait immédiatement Guillaume. C’est toujours la même impression qu’il dégage : celle d’être au-dessus. Jules s’est approché et a brandi sa pancarte. Guillaume, lui, ne l’a évidemment pas reconnu. Il le salue sans chaleur, comme s’il avait hâte que tout se termine.

    Pendant le trajet, Guillaume parle. Il commente ce qu’il voit, ne pose aucune question à Jules, sur son exploitation, ce qu’il produit. Comme il y a quarante ans, Jules ne dit rien. Il écoute. Ils sont arrivés à la ferme, une belle bâtisse en pierre. Jules propose à Guillaume d’aller se changer dans la chambre qu’il lui a préparée.

    • On va tout de suite se mettre au travail.  Aujourd’hui j’ai prévu un épandage de lisier.  Il faut que vous voyiez cela Guillaume.

    Guillaume enfile de vieux vêtements. Par-dessus, il met une cotte que Jules lui a prêtée. C’est un peu l’uniforme des agriculteurs modernes. Il retrouve Jules devant le hangar à matériel, en train d’atteler une tonne à lisier.

    Guillaume n’y connait rien et pour faire sérieux, il a sorti un carnet pour prendre des notes. Il s’approche. Jules le regarde des pieds à la tête. Guillaume est mal à l’aise. Ils n’ont pas vraiment pris le temps de se connaitre.

    • C’est chouette Jules, d’avoir répondu à ma proposition. Je ne m’y attendais pas. Vous savez, parfois je dis les choses rapidement sans imaginer qu’elles seront vraiment faisables ensuite. Quelle coïncidence quand même ! Vous vous rendez compte, j’ai vécu jusqu’à 18 ans à Dole et n’étais jamais venu ici.
    • Oui drôle de coïncidence !  Vous savez, mais on peut peut-être se tutoyer, le trajet qu’on vient d’effectuer, je le connais bien je le faisais tous les jours en autocar pour aller au lycée.

    Guillaume se fige. Il se souvient bien que dans sa classe il y avait des fils d’ouvriers, mais des fils de paysans ça il n’en a aucun souvenir. Il change de sujet.  

    • Tu regardes souvent cette émission ? Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je trouve qu’elle survole les sujets, elle ne va pas au fond des choses…
    • Oui tu as raison, c’est comme les débats qu’on avait au lycée. Je ne sais pas pour toi, mais dans mon établissement c’était la mode, et c’était toujours les mêmes qui parlaient… et entre nous, la plupart du temps ils étaient à côté de la plaque. Bon, assez bavardé on va y aller. Est-ce que je peux te demander de te mettre derrière ? Il faut que je recule et tu vas me guider…

    Guillaume est de plus en plus mal à l’aise mais il s’exécute.  Jules monte dans la cabine du tracteur, enclenche la marche arrière et simultanément appuie sur la manette qui déclenche l’éjection du lisier.

    Guillaume n’a rien vu venir.

    Jules descend et se confond en excuses. Guillaume est couvert de lisier, même les lunettes en sont crépies.

    • Je suis vraiment désolé, c’est la première fois que cela arrive. Attends-je vais nettoyer les verres.

    Guillaume est pétrifié. Il vient de comprendre. Jules n’a pas fait de fausse manœuvre. Il a pris un chiffon qu’il passe sur les verres.  Guillaume le distingue enfin. Jules le regarde : il est devant lui et le fixe avec un petit sourire.  

    • Alors Mr Toubard, maintenant que je vous ai enlevé la « merde » que vous aviez devant les yeux vous la voyez enfin la campagne…

    Janvier 2026

    « L’invitation » : 2

    Cette émission donne la parole aux auditeurs. Jules décide d’appeler.
    Il explique à son interlocutrice que la proposition qui vient d’être faite l’intéresse. Il est prêt à accueillir Mr Toubard sur son exploitation, dès le lendemain.
    Le journaliste fait un signe aux invités. De la main gauche, il appuie sur l’écouteur qu’il a dans l’oreille.

    – On me dit en régie que nous avons en ligne un agriculteur qui souhaite réagir à cette proposition.


    Les invités s’observent. En période de crise, ils n’aiment pas ces interventions en direct qui peuvent déraper…

    – Bonjour, Jules vous nous appelez du Jura, un petit village près de Dole. Jules, nous vous écoutons.

    – Oui, bonjour, je vous écoute depuis un moment et je viens d’entendre ce qu’a proposé un de vos invités : Guillaume Toubard je crois…

    – Oui Jules, que pensez-vous de cette idée d’organiser la venue des urbains à la campagne pour mieux vous connaître, vous comprendre ?

    – Oui, ce serait la ville qui se déplace à la campagne en quelque sorte !

    – C’est cela, vous avez bien compris.

    – Eh bien écoutez, si monsieur Toubard est disponible je lui propose de prendre dès demain le premier train pour Dole. J’irai le chercher et il passera quelques jours avec moi.


    Guillaume Toubard est un peu gêné et se dit qu’il est allé un peu vite. C’est son problème : il aime tellement s’entendre parler qu’il ne mesure pas toujours la portée de ses paroles. Mais il ne veut pas perdre la face, il va montrer que ce n’était pas de la démagogie.

    – Mr Toubard, vous pouvez difficilement refuser, n’est-ce pas ?

    – C’est d’accord, je vais m’organiser. Je connais Dole, j’y ai fait toutes mes études secondaires. Je serai ravi d’y retourner. J’accepte votre proposition.


    Jules se dit que Guillaume l’aura reconnu, qu’il se souvient de son prénom.

    – Parfait, je vous dis à demain, mais je préfère vous prévenir, nous n’aurons pas le temps de visiter Dole. Dès votre arrivée, nous rejoindrons mon exploitation à une vingtaine de kilomètres sur les hauteurs.


    Hors antenne, Jules et Guillaume se sont parlé. Jules sera sur le quai avec une pancarte sur laquelle sera écrit « Guillaume ».
    Jules attend sur le quai, pancarte à la main. Lorsque les voyageurs descendent, il reconnait immédiatement Guillaume. C’est toujours la même impression qu’il dégage : celle d’être au-dessus. Jules s’est approché et a brandi sa pancarte. Guillaume, lui, ne l’a évidemment pas reconnu. Il le salue sans chaleur, comme s’il avait hâte que tout se termine.
    Pendant le trajet, Guillaume parle. Il commente ce qu’il voit, ne pose aucune question à Jules, sur son exploitation, ce qu’il produit. Comme il y a quarante ans, Jules ne dit rien. Il écoute. Ils sont arrivés à la ferme, une belle bâtisse en pierre. Jules propose à Guillaume d’aller se changer dans la chambre qu’il lui a préparée.

    • On va tout de suite se mettre au travail. Aujourd’hui j’ai prévu un épandage de lisier. Il faut que vous voyiez cela Guillaume.

    « L’invitation », nouvelle inédite : 1

    Cela fait quelques temps que je n’ai pas publié une de mes nouvelles. En voici une que je publierai en trois parties, je l’avais proposée pour un concours sur le thème de la ruralité. Elle n’a pas été retenue, tant pis…

    « Ce qu’il faudrait c’est déplacer les villes à la campagne ! » La première fois que Jules a entendu cette ineptie, c’était il y a plus de quarante ans, en 1974. Il était en classe de terminale et leur jeune professeur d’économie avait décidé, une fois par mois, d’organiser des débats, sur les thèmes d’actualité qui revenaient à l’occasion de l’élection présidentielle. L’écologie, la défense de l’environnement (on parlait alors plutôt de la seule pollution) apparaissaient pour la première fois sur la scène médiatique, notamment grâce à un candidat que les Français découvraient, un agronome original : René Dumont.

    Dans sa classe, le débat n’était pas de haut niveau. C’était toujours les mêmes qui prenaient la parole. Il s’agissait de ceux qui étaient engagés dans des mouvements politiques à droite ou au parti communiste. Les plus virulents militaient à l’extrême gauche, déjà très éparpillée entre trotskistes, maoïstes, et autres mouvances dogmatiques dont on avait du mal à saisir les subtiles différences. Guillaume était de ceux-là. Maoïste, il se présentait volontiers comme le seul dépositaire de la pensée marxiste-léniniste. Fils d’un médecin radiologue et d’une avocate, il n’était pas avare de phrases toutes faites, avait un avis sur tout et avait tendance à considérer qu’il était celui qui savait… Il parlait de la classe ouvrière et de la paysannerie comme étant le terreau de la révolution à venir, mais passait ses soirées du samedi dans une boîte de nuit luxueuse où il dépensait en alcool et autres substances ce que Jules mettait péniblement de côté en une année…

    Jules, quant à lui, restait silencieux. Il n’était pas à l’aise, et craignait toujours de dire des bêtises. Il profitait de ces moments pour se reposer et en avait besoin, car dès le lever du jour, avant de prendre le bus pour se rendre au lycée, il aidait ses parents à la ferme, sur les hauteurs de Dole. Il s’occupait des veaux et de quelques brebis.

    Printemps 2014 : ce soir, Jules est seul devant la télévision et écoute distraitement le débat qui oppose des experts de plateaux, régulièrement invités pour donner leur avis sur tout, et surtout, sur n’importe quoi. Il s’agit aujourd’hui « d’interroger » cette nouvelle crise agricole. Crise est un mot faible quand, chaque soir, s’étalent sur les écrans les images des manifestations de la journée. Le journaliste pose, enfin, une bonne question.

    – N’y a-t-il pas dans cette explosion de colère la manifestation d’un malaise existentiel, une incompréhension de plus en plus importante, une véritable fracture entre le monde des urbains et celui des ruraux ?

    Le premier à répondre est le sociologue de service : Guillaume Toubard. Il enseigne à l’institut des hautes études sociales. Il est l’auteur d’un ouvrage : « comprendre le monde paysan ». Jules lève le nez de son assiette : ce nom, cette voix, ce ton surtout, lui rappelle quelqu’un…

    Le journaliste l’invite à préciser une pensée un peu fumeuse, à faire des propositions.

    – Voyez-vous, comme je l’ai toujours dit, ce qu’il faudrait c’est déplacer la ville à la campagne. Concrètement, je propose que dans les prochaines semaines des exploitants agricoles acceptent d’accueillir des urbains afin que chacune et chacun ouvre enfin les yeux…

    Jules est stupéfait : il n’a pas changé.

    Billet…

    Je ne supporte plus les indignations choisies, les comparaisons de l’horreur. Il y a ceux qui choisissent leurs  silences en fonction de leurs haines irrationnelles. Il y a ceux qui choisissent leurs colères en fonction des orientations de leurs lignes idéologiques.

    Quand les corps tombent, que les peuples saignent je ne supporte plus les oui mais, je ne supporte plus les leçons toutes faites, les relativismes de la lâcheté partisane. Qu’il s’agisse de victimes de bombardements aveugles, de répressions sanglantes, de terrorismes d’état, d’impérialisme abject, mon indignation est la même et je ne demande à personne de la salir.

    Mémoires filantes, suite…

    Pour celles et ceux qui souhaiteraient acheter mon recueil de poèmes : « Mémoires filantes… », il est depuis aujourd’hui accessible sur le site de la FNAC, ce qui diminue considérablement les frais d’expédition. Il est même possible de le retirer en magasin avec un délai de deux à trois semaines. Je me ferai un plaisir de vous le dédicacer à l’occasion…

    https://www.fnac.com/a22580863/Eric-Nedelec-Memoires-filantes

    Mémoires filantes, mon premier recueil…

    Je suis heureux de vous annoncer la publication de mon premier recueil de poésies. « Mémoires filantes » est une compilation de quelques-uns de mes textes, sur le thème de la mémoire, des traces que l’on retrouve, de celles qu’on veut laisser…

    Vous pouvez d’ores et déjà le commander sur le site Bod. Il sera aussi prochainement disponible en version ebook.

    https://librairie.bod.fr/memoires-filantes-eric-nedelec-9782322577866

    Mes poèmes de jeunesse…

    Aux adultes en sursis d’enfance

    Un enfant passe

    Une histoire l’attaque

    le rabote l’assoiffe et l’affame

    Le pousse

    Au supplice du sentiment d’habitude

    Devant les adultes majuscules

    Qui ont mal conjugué

    Leur verbe aimer

    Et il est tombé

    Dans un trou

    Où les ombres s’ennuient

    Par manque d’éternité

    Texte écrit en 1979…

    Billet d’humeur…

    La démocratie souffre, partout elle est touchée par le même virus, celui de l’enfermement, du rejet de l’autre, du refus du dialogue. Il n’y a plus d’ordre mondial, l’universalisme est une notion que les apôtres de la haine aigre rejettent avec dégoût. La planète brûle et pleure.

    Et pendant ce temps quelques misérables flocons de neige occupent en boucle le vide médiatique. Et oui la neige est froide, le sol est glissant, c’est l’hiver… Désolé mais j’hésite entre la honte et le dégoût.

    Flash…

    Dans ce train qui fend le gris

    J’attrape un bout de ces histoires

    Qui flottent dans les silences épais

    Elles nous parlent de ces presque rien

    Qui emplissent les mémoires en friche

    De ces faciles sourires

    Qu’on garde là bien au chaud

    A l’abri du souffle court

    Des vendeurs d’espoirs glacés

    Flash…

    Je regarde le monde derrière la vitre

    Tout va si vite

    On craint le virage à la sortie du flou

    Ralentir pour respirer

    Ralentir pour espérer

    Chevreuil affamé…

    Une fois n’est pas coutume, je partage une vidéo capturée par le piège photographique que j’ai installé dans la forêt à peine à 50 m de chez moi. Un peu d’émotion en constatant qu’elle a été tournée comme on peut le voir sur l’écran le 24 décembre à 22 h 16… A chacun son réveillon…

    L’ami chevreuil broute quelques feuilles…

    Voilier d’hier…

    …C’est un voilier qui hésite encore entre la voile d’hier, faite de bois et de cordes qui sentent la paille et la voile de demain faite de matériaux lisses, et de cordages qui sentent le plastic. C’est un bateau qui hésite, entre deux, il a du gris dans les rares couleurs que le soleil lui a laissé, un gris qui parle des marées, un gris qui parle des pluies d’hiver qui déchire le bleu de la mer. A bord sur le pont, encombré de tous ces objets qui parlent vrai tant ils sont usés, un homme se déplace lentement. Chaque chose qu’il touche semble le remercier. Il n’est pas comme les autres, il semble déjà un peu plus loin, son regard ne se disperse pas, son regard est à ce qu’il fait. Les autres, ceux qui  virevoltent sur des bateaux de catalogue ont les yeux absents, on ne les devine même pas derrière des verres de marques ou se reflètent des couleurs qui n’existent que pour les touristes canonisés.  Sur le pont, l’homme sans lunettes se prépare pour le départ. Arrivé hier soir, sans bruit, il a cherché un mouillage éloigné des autres pour ne rien dire,  pour ne pas parler d’où il vient,  pour ne pas utiliser de mots qui n’ont pas de sens pour lui. Les autres,  lorsqu’ils sont au port aiment à raconter, se raconter, l’homme au navire sans âge n’est pas de ceux-là. Il ne se mêle pas à la vie du port. Il ne les méprise pas, il lui arrive même parfois de les écouter, de s’emplir de leurs rires pour s’en faire une couverture, douillette pour la nuit. Il ne les méprise pas, mais il n’aime pas qu’on pose de questions, il n’aime pas qu’on cherche à savoir. Son histoire ne doit intéresser personne, il ne le veut pas. Il se souvient, lorsqu’il est parti, il a mis le cap vers le nord, avec le vent de face. C’était un vent coupant et lui serrait les dents, pour ne pas faiblir, pour ne pas se poser de questions. Il était parti un matin tout simplement et quand il avait posé la main sur la barre en sortant du port de Concarneau, il savait qu’il ne parlerait plus, il avait tant à faire, tant à se dire à l’intérieur…

    Mémoires…

    Je pioche de ci, de là dans ma mémoire, et je trouve parfois des traces, des bouts, des débuts livrés à eux mêmes, en voici un

    C’était un soir graisseux, comme tant d’autres. Il était imprégné de cette odeur métallurgique, si prenante, si noble. Non, vous vous trompez, pas une odeur de saleté, pas de ces odeurs aigrelettes qui est la marque de ceux qui respirent par réflexe animal. C’est l’odeur noble du métal qu’on fond, Derrière ses yeux fatigués on sent la force de celui qui vit la matière comme un prolongement de sa douleur. Rien n’est plus beau dans notre mémoire sidérurgique que ces pas lourds ouvriers qui frappent le trottoir aux premières lueurs du jour. Rien n’est plus fort que ces rencontres au détour d’une aube blafarde avec les ceux qui font notre fierté.

    Ces quelques mots écrits sur un cahier souvent ouvert à l’envers, je les retrouve ce soir, trente ans après et je souris. Je souris parce que les trottoirs sont propres, parce que les pas lourds ont disparu. J’ai l’impression d’avoir fermé définitivement Germinal…

    Petit matin d’été…

    Lever de soleil sur le Pilat : juillet 2018

    C’est un tout petit matin ordinaire,

    Dans la douce lumière qui s’éveille,

    De rimes en rimes le soleil me tire du sommeil.

    C’est un tout petit matin d’ici ,

    Les premiers rayons au jaune si  pâle

    Sur la crête s’étalent.

    Plus loin , la nuit qui s’étire  a résisté.

    Dans l’ombre fraîche du matin,

    La pénombre s’est noyée.

    Pas un bruit, pas un souffle ,

    La chaleur a tout figé.

    C’est un petit matin d’été ,

    Timidement aux portes de la beauté, il a frappé.

    C’est un matin d’été,

    Sans parler je l’ai regardé,

    Dans un sourire je l’ai aimé.

    Braises du midi…

    Georgetown, Malaisie mai 2019

    Dans le brasier d’après-midi

    La ville est assoupie,

    La chaleur écrase tout.

    Elle s’étire, lente et humide,

    Plus rien ne bouge,

    Mercure en folie.

    Les corps lourds et moites,

    Inventent des ombres

    Il se parlent de fraîcheur.

    Dans la lumière si blanche,

    Les couleurs éclatent,

    Les regards cherchent le mauve,

    Douce couleur qui apaise,

    Des rouges incandescents,

    Les souffles sont courts,

    Dans l’air, des bouquets d’épices,

    Une odeur de terre mouillé,

    C’est la Malaisie.

    Braises du midi…

    Georgetown, Malaisie mai 2019

    Dans le brasier d’après-midi

    La ville est assoupie,

    La chaleur écrase tout.

    Elle s’étire, lente et humide,

    Plus rien ne bouge,

    Mercure en folie.

    Les corps lourds et moites,

    Inventent des ombres

    Il se parlent de fraîcheur.

    Dans la lumière si blanche,

    Les couleurs éclatent,

    Les regards cherchent le mauve,

    Douce couleur qui apaise,

    Des rouges incandescents,

    Les souffles sont courts,

    Dans l’air, des bouquets d’épices,

    Une odeur de terre mouillé,

    C’est la Malaisie.

    « Sourires au conseil des ministres » : 6.

    Le premier Ministre a compris, cette fois ci il n’y a plus aucun doute le président, son président est devenu fou. Il faut qu’il fasse, qu’il tente quelque chose. Il est encore temps….

    Il n’est pas très grand, contrairement au président qui lui est un grand gaillard, mais il va le ceinturer le forcer à s’asseoir calmement, reprendre le micro et mettre un terme à cette mascarade. Il est encore possible d’arriver à temps pour la séance des questions au gouvernement.

    Les perdre dans la forêt, avec leur petit sac de pique-nique et leurs baskets ! Non mais franchement on se croirait dans une série parodique et délirante dont le seul objectif est de se moquer toujours un peu plus de nos gouvernants !

    Il a presque envie de rire tellement la situation lui semble surréaliste : le président est encore debout à expliquer en long, en large, et en travers, s qu’il va les perdre, comme s’il s’agissait de tous ses petits-enfants… Grotesque…

    Pierre, le premier ministre s’est levé presque calmement, on dirait même qu’il y a de la tendresse dans son geste, sa main tendue vers le président pour lui demander le micro. Il n’a pas le temps d’ouvrir la bouche que sa tête éclate comme une pastèque.

    Il vient de prendre une balle en pleine tête….

    La France n’a plus de premier ministre. Il a perdu la tête.

    Perdu n’est d’ailleurs pas le mot approprié pour qualifier ce qui vient de se produire. La tête du premier ministre, puisque c’est de cela dont il s’agit a littéralement éclaté. C’est le jeune secrétaire d’état, exceptionnellement invité aujourd’hui qui a tiré. Jean Marc Dourcet puisque c’est de lui dont il s’agit est à quelques mètres seulement son arme toujours pointée, dans le cas, fort peu probable d’ailleurs, où un courageux essaierait à son tour de maitriser le président.

    Ce dernier tient toujours fermement le micro la main, le coup de feu l’a interrompu et il semble contrarié.

    « C’est dommage pour Pierre, c’était quelqu’un de bien. Mais vous le savez je n’aime pas trop être interrompu quand je souhaite parler. Merci mon petit Jacques. Il faudrait peut-être que je vous nomme premier ministre. Enfin on n’en est pas encore là »

    Jean Marc, le secrétaire d’état au sport est très calme. Il faut dire qu’il fait partie de ces personnalités de la société civile que le président a souhaité intégrer dans son gouvernement. C’est un ancien champion olympique de tir au pistolet.  Le premier ministre n’était pas des plus enthousiastes mais le président a insisté, mettant en avant les qualités de concentration de cet homme.

    Dans le fond de l’Autobus, les potaches n’ont plus du tout mais alors plus du tout envie de plaisanter. Le plus difficile est de comprendre, de mettre en place au plus vite tous les mécanismes intellectuels pour analyser la situation. Tout est tellement inattendu. En silence, chacun cherche, ces derniers jours, ces dernières semaines ce qui a pu se passer, chacun essaie de se souvenir, un indice, quelque chose qui leur permettrait de comprendre ce qui est en train de se passer. Mais rien, c’est le néant pour chacun. Tous prennent conscience à cet instant précis qu’ils ne prêtent aucune attention aux autres. Quand ils se regardent c’est pour se surveiller, identifier un éventuel signe de faiblesse. Tous à cet instant comprennent que ce qu’ils n’ont pas vu c’est à quel point le président n’en pouvait plus, était épuisé. Par contre tous savent que le président ne supportait plus son premier ministre, son arrogance, sa froideur, son intelligence purement mécanique. Tous savent qu’il ne l’a pas choisi pour ses qualités humaines, pour sa capacité à le compléter, à le réguler, non il l’a choisi par calcul politique. Tous le savent mais personne ne le dit. Tout est calcul.

    Mes poèmes de jeunesse…

    Aux adultes en sursis d’enfance

    Un enfant passe

    Une histoire l’attaque

    le rabote l’assoiffe et l’affame

    Le pousse

    Au supplice du sentiment d’habitude

    Devant les adultes majuscules

    Qui ont mal conjugué

    Leur verbe aimer

    Et il est tombé

    Dans un trou

    Où les ombres s’ennuient

    Par manque d’éternité

    Texte écrit en 1979…

    Petit bonheur ferroviaire éphémère…

    En arrivant ce matin sur le quai de la gare, j’ai perçu un petit quelque chose de bizarre, d’anormal. D’abord une sensation physique : je respire… Oui c’est cela : c’est dans l’air !  La respiration est un vrai bonheur, subtil mélange de fraîcheurs et d’odeurs d’herbe coupée. Je me suis dit que dans le fond de l’air il y avait certainement un petit peu de bonheur, un tout petit peu. Alors j’ai  souri, parce que le bonheur c’est pour fabriquer du sourire,  sinon ce n’est qu’une escroquerie de plus.

    Je souris et – c’est bien cela que j’ai ressenti comme inhabituel – la première personne que j’ai croisée, une habituée comme moi, souriait aussi, d’abord seule, pour elle, comme moi, et puis j’ai bien vu qu’elle me souriait. Elle qui tous les jours serrent les dents pour ne pas risquer d’être obligé de répondre à mon regard, aujourd’hui elle me sourit. Incroyable ! Je me dis que c’est un hasard, un heureux hasard, que ce matin, enfin, elle est contente, peut-être même heureuse. Elle est contente de cette journée qui s’ouvre, contente de ce qu’elle est, de ce qu’elle fait. Tout simplement contente de vivre. Mais, je reste sur l’hypothèse du hasard.

    Quand j’arrive sur le quai je me dis que le hasard a beau bien faire les choses, là c’est quand même beaucoup, j’ai même pensé à un tournage : peut-être un film publicitaire sur le bonheur de prendre le train ou la joie d’aller travailler. Mais non je me trompe, je connais toutes ces silhouettes, je les croise tous les jours, certaines depuis des années. Et là, tout le monde sourit, il y en même qui parle, et mieux encore qui se parlent. Je n’en peux plus, ma joie déborde. Je vais enfin pouvoir dire bonjour à toutes ces compagnies du matin sans qu’elles ne se sentent agressées.

    « Bonjour, bonjour, bonjour » ! Je suis comme un rossignol,  je sautille sur le quai, je suis empli d’un incroyable bonheur ferroviaire. Sur le quai d’en face il semble que ce soit pareil. Je m’emballe, je me dis que je vais enfin pouvoir parler avec cette jeune fille qui tous les matins, depuis trois ans attend  au même endroit, qui monte avec moi dans le même compartiment qui descend dans la même gare.  Je vais lui parler, tout simplement,  elle va me répondre : je le sens,  je le sais,  je le veux.

    Je m’approche d’elle, d’abord un bonjour, puis un sourire, puis deux, ma bouche s’ouvre pour lui proposer une de ces insignifiances qui ce matin seront de vraies perles à conserver pour ce petit bonheur matinal qui nous a surpris en plein réveil. « Je, je …. »

    Et soudain, la terrible voix féminine de la SNCF, terrible voix si belle, si chaude si sensuelle, cette voix qui fige tout le monde sur le quai : « que va-t-elle annoncer, ce matin : encore du retard, une annulation, peut-être ? »  

    « Votre attention s’il vous plait : en raison de la réutilisation tardive d’un triste matériel, le bonheur que vous respirez depuis ce matin, aura une durée indéterminée, nous vous tiendrons informé de l’évolution de la situation : en cas de difficulté à poursuivre votre voyage vers la morosité ferroviaire, veuillez-vous adresser aux agents les plus tristes sur le quai »

    J’ai baissé la tête, avalé mon sourire et comme tous les matins j’ai regardé le cadran de ma montre. 

    Tu t’en foutais d’être né : -3-

    …T’es sûr qu’aimer n’est pas original

    C’est peut-être le mot qui pue

    Mais t’es sûr d’autre chose

    Parce que tu le cherches

    Tu en parles pourtant

    Comme les autres

    Mais tu t’en fous

    Ou tu fais semblant

    Comme les autres

    De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

    On dirait que t’as peur

    De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste

    Et pourtant tu ris derrière ton enterrement

    Tu ris

    Et les autres savent pas

    Que tu trembles

    Pour qui t’a tué

    Pour qui t’a oublié

    Tu trembles

    Et les autres croient qu’il n’y a qu’une réalité

    Celle de l’utile apparence

    Et pourtant tu voudrais leur dire

    Et pourtant tu voudrais craquer

    Mais tu ne dis rien

    Parce que t’as peur

    Parce que tu attends

    Parce que tu attends la fin de ton rêve

    Heureux tu l’as trouvé

    Et c’était pas mieux

    Tu veux revenir au début

    Parce que tu hais les fins

    Qui n’existent pas

    Tu veux revenir au début

    Pour que les autres sachent

    Qu’il y a autre chose

    Que tu l’as trouvé

    Déjà tu vas plus vite

    Que ton rêve

    Je crois que tu vas laisser tomber

    Pas les autres

    Eux aussi ils cherchent

    Ils te croisent

    Vite

    Toujours le rêve

    Ils sont ailleurs

    Tu les fais tien

    Et tu les oublies

    Ils sont autres

    Les couleurs ont disparu…

    Parce qu’il ne faut pas vivre que sur ses réserves, même si elles sont « copieuses », je publie ce soir un inédit, tout chaud, terminé à l’instant…

    Avalées en trois souffles de gris,

    Qu’une pluie froide dilue

    Les couleurs ont disparu.

    Goutte à goutte,

    Le ciel se pose,

    Il s’étend, s’étire,

    Prend ses aises.

    Les yeux se plissent,

    Ils cherchent le bout.

    Les yeux se plissent,

    Ils redressent les courbes.

    La route devient molle,

    Elle glisse,

    Dans les bras de la brume.

    La nuit n’est plus très loin,

    Elle attend, là-bas,

    Après le bout,

    Après le tout.  

    Tu baisses les paupières,

    Doucement,

    Petites billes de lumières,

    Étouffent l’hiver au tournant.

    Mes poèmes de jeunesse…

    Aux adultes en sursis d’enfance

    Un enfant passe

    Une histoire l’attaque

    le rabote l’assoiffe et l’affame

    Le pousse

    Au supplice du sentiment d’habitude

    Devant les adultes majuscules

    Qui ont mal conjugué

    Leur verbe aimer

    Et il est tombé

    Dans un trou

    Où les ombres s’ennuient

    Par manque d’éternité

    Texte écrit en 1979…

    Mes poèmes de jeunesse…

    Lorsque j’ai décidé d’ouvrir une nouvelle rubrique en publiant de très vieux textes, la plupart ont plus de quarante ans j’ai été tout autant frappé par les maladresses et les envolées lyriques que par la « permanence » du style…

    Ecoute,

    Ca craque petite

    Ecoute,

    Ca bouge.

    Arrête de rire petite

    Ecoute.

    Tout tremble,

    Tout se désespère.

    Vent de panique,

    Regarde petite,

    Regarde !

    Année 1977…

    Hiver frémit…

    Aux portes de l’hiver qui frémit,

    Novembre a frappé.

    Terre encore assoupie,

    Sans un mot s’est étirée.

    Rides blanches ont jailli

    Sur les sourires de l’été…

    Amies fidèles…

    Entre Brest et Le Conquet

    Entre ciel et mer

    La terre s’est avancée.

    Entre les bras des gris cotonneux,

    Raide et fière, elle s’est abandonnée.

    Amies fidèles,

    Contre vents et marées,

    Mer et terre,

    Jamais ne sont quittées.

    Amies fidèles,

    Elles se sont protégées…

    Barre d’Etel

    Barre d’Etel,  août 2016

    Fatiguée d’une si longue marée,

    Tout doucement la mer s’est assoupie.

    Entre les bras de la terre elle s’est endormie.

    Lente et longue,

    Etirée reposée,

    Dans la chair de la côte,

    Elle est entrée.

    Regarde  les gris qui se rencontrent

    Le ciel est bas, il s’approche

    Pour les entendre s’aimer.

    Entre ciel et mer,

    La terre s’est apaisée.

    Entre terre et mer,

    Le ciel a gonflé ses voiles de brume.

    Et dans la lumière qui sombre

    Engloutie par cette  fin d’après midi

    Sans un bruit, sur la rive ourlée

    D’un sable qui crisse

    Ecoute leurs pas qui glissent.

    Écoute-les, ils se sont aimés.

    Seule et triste…

    Elle est figée, blanche et fragile,

    Contre le mur de carreaux blancs et sales.

    En bas des escaliers poisseux d’une station de métro,

    Elle n’attend pas, elle est là.

    Triste et digne, son regard bleu est épuisé.

    Elle a faim, elle est seule, femme oubliée ;

    Raide de honte, elle ne dit rien,

    Immobile dans le concert des pressés.

    Je ne peux continuer, il faut que je lui offre

    Deux mots peut-être, un regard surtout

    Tout faire pour l’exister.

    Elle est une mère oubliée.

    Les talons claquent, tout s’accélère.  

    C’est le fracas d’une rame, odeur humide, grincements métalliques,

    Une grappe est sortie, une autre s’est engouffrée ;

    Et elle,  est restée

    Seule et apeurée.

    Tout doucement je me suis approchée,

    Lui ai pris les deux mains, les ai serrées

    Ses yeux se sont baissés,

    Elle ne peut me regarder

    Elle n’ose  plus exister.

    Tout doucement contre moi je l’ai serrée,  

    Tout doucement elle a pleuré.  

    Mes Everest : les mots, Jean Paul Sartre…

    Les souvenirs touffus et la douce déraison des enfances paysannes, en vain les chercherais-je en moi. Je n’ai jamais gratté la terre ni quêté des nids, je n’ai pas herborisé ni lancé des pierres aux oiseaux. Mais les livres ont été mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne ; la bibliothèque, c’était le monde pris dans un miroir ; elle en avait l’épaisseur infinie, la variété, l’imprévisibilité. Je me lançai dans d’incroyables aventures : il fallait grimper sur les chaises, sur les tables, au risque de provoquer des avalanches qui m’eussent enseveli. Les ouvrages du rayon supérieur restèrent longtemps hors de ma portée ; d’autres, à peine je les avais découverts, me furent ôtés des mains ; d’autres, encore, se cachaient : je les avais pris, j’en avais commencé la lecture, je croyais les avoir remis en place, il fallait une semaine pour les retrouver. Je fis d’horribles rencontres : j’ouvrais un album, je tombais sur une planche en couleurs, des insectes hideux grouillaient sous ma vue. Couché sur le tapis, j’entrepris d’arides voyages à travers Fontenelle, Aristophane, Rabelais : les phrases me résistaient à la manière des choses ; il fallait les observer, en faire le tour, feindre de m’éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde : la plupart du temps, elles gardaient leur secret. J’étais La Pérouse, Magellan, Vasco de Gama ; je découvrais des indigènes étranges : «Héautontimorouménos» dans une traduction de Térence en alexandrins, « idiosyncrasie » dans un ouvrage de littérature comparée. Apocope, chiasme, Parangon, cent autres Cafres impénétrables et distants surgissaient au détour d’une page et leur seule apparition disloquait tout le paragraphe. Ces mots durs et noirs, je n’en ai connu le sens que dix ou quinze ans plus tard et, même aujourd’hui, ils gardent leur opacité : c’est l’humus de ma mémoire. 

    Une journée d’automne… inédit de 1980…

    Je range, je fouille, j’ouvre de vieux cahiers et tombe parfois sur des bouts, sur des essais, parfois maladroits, un peu emphatiques, mais je suis indulgent avec celui qui écrivait il y a quarante quatre ans. Je cherche les traces, dans les mémoires du papier…

    C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

    Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

    Une journée d’automne… inédit de 1980…

    Je range, je fouille, j’ouvre de vieux cahiers et tombe parfois sur des bouts, sur des essais, parfois maladroits, un peu emphatiques, mais je suis indulgent avec celui qui écrivait il y a quarante ans. Je cherche les traces, dans les mémoires du papier…

    C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

    Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

    Il a senti la mer…

    Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

    « Sourires au conseil des ministres » : 6.

    Le premier Ministre a compris, cette fois ci il n’y a plus aucun doute le président, son président est devenu fou. Il faut qu’il fasse, qu’il tente quelque chose. Il est encore temps….

    Il n’est pas très grand, contrairement au président qui lui est un grand gaillard, mais il va le ceinturer le forcer à s’asseoir calmement, reprendre le micro et mettre un terme à cette mascarade. Il est encore possible d’arriver à temps pour la séance des questions au gouvernement.

    Les perdre dans la forêt, avec leur petit sac de pique-nique et leurs baskets ! Non mais franchement on se croirait dans une série parodique et délirante dont le seul objectif est de se moquer toujours un peu plus de nos gouvernants !

    Il a presque envie de rire tellement la situation lui semble surréaliste : le président est encore debout à expliquer en long, en large, et en travers, s qu’il va les perdre, comme s’il s’agissait de tous ses petits-enfants… Grotesque…

    Pierre, le premier ministre s’est levé presque calmement, on dirait même qu’il y a de la tendresse dans son geste, sa main tendue vers le président pour lui demander le micro. Il n’a pas le temps d’ouvrir la bouche que sa tête éclate comme une pastèque.

    Il vient de prendre une balle en pleine tête….

    La France n’a plus de premier ministre. Il a perdu la tête.

    Perdu n’est d’ailleurs pas le mot approprié pour qualifier ce qui vient de se produire. La tête du premier ministre, puisque c’est de cela dont il s’agit a littéralement éclaté. C’est le jeune secrétaire d’état, exceptionnellement invité aujourd’hui qui a tiré. Jean Marc Dourcet puisque c’est de lui dont il s’agit est à quelques mètres seulement son arme toujours pointée, dans le cas, fort peu probable d’ailleurs, où un courageux essaierait à son tour de maitriser le président.

    Ce dernier tient toujours fermement le micro la main, le coup de feu l’a interrompu et il semble contrarié.

    « C’est dommage pour Pierre, c’était quelqu’un de bien. Mais vous le savez je n’aime pas trop être interrompu quand je souhaite parler. Merci mon petit Jacques. Il faudrait peut-être que je vous nomme premier ministre. Enfin on n’en est pas encore là »

    Jean Marc, le secrétaire d’état au sport est très calme. Il faut dire qu’il fait partie de ces personnalités de la société civile que le président a souhaité intégrer dans son gouvernement. C’est un ancien champion olympique de tir au pistolet.  Le premier ministre n’était pas des plus enthousiastes mais le président a insisté, mettant en avant les qualités de concentration de cet homme.

    Dans le fond de l’Autobus, les potaches n’ont plus du tout mais alors plus du tout envie de plaisanter. Le plus difficile est de comprendre, de mettre en place au plus vite tous les mécanismes intellectuels pour analyser la situation. Tout est tellement inattendu. En silence, chacun cherche, ces derniers jours, ces dernières semaines ce qui a pu se passer, chacun essaie de se souvenir, un indice, quelque chose qui leur permettrait de comprendre ce qui est en train de se passer. Mais rien, c’est le néant pour chacun. Tous prennent conscience à cet instant précis qu’ils ne prêtent aucune attention aux autres. Quand ils se regardent c’est pour se surveiller, identifier un éventuel signe de faiblesse. Tous à cet instant comprennent que ce qu’ils n’ont pas vu c’est à quel point le président n’en pouvait plus, était épuisé. Par contre tous savent que le président ne supportait plus son premier ministre, son arrogance, sa froideur, son intelligence purement mécanique. Tous savent qu’il ne l’a pas choisi pour ses qualités humaines, pour sa capacité à le compléter, à le réguler, non il l’a choisi par calcul politique. Tous le savent mais personne ne le dit. Tout est calcul.

    Petit matin d’été…

    Lever de soleil sur le Pilat : juillet 2018

    C’est un tout petit matin ordinaire,

    Dans la douce lumière qui s’éveille,

    De rimes en rimes le soleil me tire du sommeil.

    C’est un tout petit matin d’ici ,

    Les premiers rayons au jaune si  pâle

    Sur la crête s’étalent.

    Plus loin , la nuit qui s’étire  a résisté.

    Dans l’ombre fraîche du matin,

    La pénombre s’est noyée.

    Pas un bruit, pas un souffle ,

    La chaleur a tout figé.

    C’est un petit matin d’été ,

    Timidement aux portes de la beauté, il a frappé.

    C’est un matin d’été,

    Sans parler je l’ai regardé,

    Dans un sourire je l’ai aimé.

    Braises du midi…

    Georgetown, Malaisie mai 2019

    Dans le brasier d’après-midi

    La ville est assoupie,

    La chaleur écrase tout.

    Elle s’étire, lente et humide,

    Plus rien ne bouge,

    Mercure en folie.

    Les corps lourds et moites,

    Inventent des ombres

    Il se parlent de fraîcheur.

    Dans la lumière si blanche,

    Les couleurs éclatent,

    Les regards cherchent le mauve,

    Douce couleur qui apaise,

    Des rouges incandescents,

    Les souffles sont courts,

    Dans l’air, des bouquets d’épices,

    Une odeur de terre mouillé,

    C’est la Malaisie.

    Mes Everest : les mots, Jean Paul Sartre…

    Les souvenirs touffus et la douce déraison des enfances paysannes, en vain les chercherais-je en moi. Je n’ai jamais gratté la terre ni quêté des nids, je n’ai pas herborisé ni lancé des pierres aux oiseaux. Mais les livres ont été mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne ; la bibliothèque, c’était le monde pris dans un miroir ; elle en avait l’épaisseur infinie, la variété, l’imprévisibilité. Je me lançai dans d’incroyables aventures : il fallait grimper sur les chaises, sur les tables, au risque de provoquer des avalanches qui m’eussent enseveli. Les ouvrages du rayon supérieur restèrent longtemps hors de ma portée ; d’autres, à peine je les avais découverts, me furent ôtés des mains ; d’autres, encore, se cachaient : je les avais pris, j’en avais commencé la lecture, je croyais les avoir remis en place, il fallait une semaine pour les retrouver. Je fis d’horribles rencontres : j’ouvrais un album, je tombais sur une planche en couleurs, des insectes hideux grouillaient sous ma vue. Couché sur le tapis, j’entrepris d’arides voyages à travers Fontenelle, Aristophane, Rabelais : les phrases me résistaient à la manière des choses ; il fallait les observer, en faire le tour, feindre de m’éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde : la plupart du temps, elles gardaient leur secret. J’étais La Pérouse, Magellan, Vasco de Gama ; je découvrais des indigènes étranges : «Héautontimorouménos» dans une traduction de Térence en alexandrins, « idiosyncrasie » dans un ouvrage de littérature comparée. Apocope, chiasme, Parangon, cent autres Cafres impénétrables et distants surgissaient au détour d’une page et leur seule apparition disloquait tout le paragraphe. Ces mots durs et noirs, je n’en ai connu le sens que dix ou quinze ans plus tard et, même aujourd’hui, ils gardent leur opacité : c’est l’humus de ma mémoire. 

    Il a senti la mer…

    Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

    Tu t’en foutais d’être né : -3-

    …T’es sûr qu’aimer n’est pas original

    C’est peut-être le mot qui pue

    Mais t’es sûr d’autre chose

    Parce que tu le cherches

    Tu en parles pourtant

    Comme les autres

    Mais tu t’en fous

    Ou tu fais semblant

    Comme les autres

    De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

    On dirait que t’as peur

    De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste

    Et pourtant tu ris derrière ton enterrement

    Tu ris

    Et les autres savent pas

    Que tu trembles

    Pour qui t’a tué

    Pour qui t’a oublié

    Tu trembles

    Et les autres croient qu’il n’y a qu’une réalité

    Celle de l’utile apparence

    Et pourtant tu voudrais leur dire

    Et pourtant tu voudrais craquer

    Mais tu ne dis rien

    Parce que t’as peur

    Parce que tu attends

    Parce que tu attends la fin de ton rêve

    Heureux tu l’as trouvé

    Et c’était pas mieux

    Tu veux revenir au début

    Parce que tu hais les fins

    Qui n’existent pas

    Tu veux revenir au début

    Pour que les autres sachent

    Qu’il y a autre chose

    Que tu l’as trouvé

    Déjà tu vas plus vite

    Que ton rêve

    Je crois que tu vas laisser tomber

    Pas les autres

    Eux aussi ils cherchent

    Ils te croisent

    Vite

    Toujours le rêve

    Ils sont ailleurs

    Tu les fais tien

    Et tu les oublies

    Ils sont autres

    Voilier d’hier…

    …C’est un voilier qui hésite encore entre la voile d’hier, faite de bois et de cordes qui sentent la paille et la voile de demain faite de matériaux lisses, et de cordages qui sentent le plastic. C’est un bateau qui hésite, entre deux, il a du gris dans les rares couleurs que le soleil lui a laissé, un gris qui parle des marées, un gris qui parle des pluies d’hiver qui déchire le bleu de la mer. A bord sur le pont, encombré de tous ces objets qui parlent vrai tant ils sont usés, un homme se déplace lentement. Chaque chose qu’il touche semble le remercier. Il n’est pas comme les autres, il semble déjà un peu plus loin, son regard ne se disperse pas, son regard est à ce qu’il fait. Les autres, ceux qui  virevoltent sur des bateaux de catalogue ont les yeux absents, on ne les devine même pas derrière des verres de marques ou se reflètent des couleurs qui n’existent que pour les touristes canonisés.  Sur le pont, l’homme sans lunettes se prépare pour le départ. Arrivé hier soir, sans bruit, il a cherché un mouillage éloigné des autres pour ne rien dire,  pour ne pas parler d’où il vient,  pour ne pas utiliser de mots qui n’ont pas de sens pour lui. Les autres,  lorsqu’ils sont au port aiment à raconter, se raconter, l’homme au navire sans âge n’est pas de ceux-là. Il ne se mêle pas à la vie du port. Il ne les méprise pas, il lui arrive même parfois de les écouter, de s’emplir de leurs rires pour s’en faire une couverture, douillette pour la nuit. Il ne les méprise pas, mais il n’aime pas qu’on pose de questions, il n’aime pas qu’on cherche à savoir. Son histoire ne doit intéresser personne, il ne le veut pas. Il se souvient, lorsqu’il est parti, il a mis le cap vers le nord, avec le vent de face. C’était un vent coupant et lui serrait les dents, pour ne pas faiblir, pour ne pas se poser de questions. Il était parti un matin tout simplement et quand il avait posé la main sur la barre en sortant du port de Concarneau, il savait qu’il ne parlerait plus, il avait tant à faire, tant à se dire à l’intérieur…

    Petit bonheur ferroviaire éphémère…

    En arrivant ce matin sur le quai de la gare, j’ai perçu un petit quelque chose de bizarre, d’anormal. D’abord une sensation physique : je respire… Oui c’est cela : c’est dans l’air !  La respiration est un vrai bonheur, subtil mélange de fraîcheurs et d’odeurs d’herbe coupée. Je me suis dit que dans le fond de l’air il y avait certainement un petit peu de bonheur, un tout petit peu. Alors j’ai  souri, parce que le bonheur c’est pour fabriquer du sourire,  sinon ce n’est qu’une escroquerie de plus.

    Je souris et – c’est bien cela que j’ai ressenti comme inhabituel – la première personne que j’ai croisée, une habituée comme moi, souriait aussi, d’abord seule, pour elle, comme moi, et puis j’ai bien vu qu’elle me souriait. Elle qui tous les jours serrent les dents pour ne pas risquer d’être obligé de répondre à mon regard, aujourd’hui elle me sourit. Incroyable ! Je me dis que c’est un hasard, un heureux hasard, que ce matin, enfin, elle est contente, peut-être même heureuse. Elle est contente de cette journée qui s’ouvre, contente de ce qu’elle est, de ce qu’elle fait. Tout simplement contente de vivre. Mais, je reste sur l’hypothèse du hasard.

    Quand j’arrive sur le quai je me dis que le hasard a beau bien faire les choses, là c’est quand même beaucoup, j’ai même pensé à un tournage : peut-être un film publicitaire sur le bonheur de prendre le train ou la joie d’aller travailler. Mais non je me trompe, je connais toutes ces silhouettes, je les croise tous les jours, certaines depuis des années. Et là, tout le monde sourit, il y en même qui parle, et mieux encore qui se parlent. Je n’en peux plus, ma joie déborde. Je vais enfin pouvoir dire bonjour à toutes ces compagnies du matin sans qu’elles ne se sentent agressées.

    « Bonjour, bonjour, bonjour » ! Je suis comme un rossignol,  je sautille sur le quai, je suis empli d’un incroyable bonheur ferroviaire. Sur le quai d’en face il semble que ce soit pareil. Je m’emballe, je me dis que je vais enfin pouvoir parler avec cette jeune fille qui tous les matins, depuis trois ans attend  au même endroit, qui monte avec moi dans le même compartiment qui descend dans la même gare.  Je vais lui parler, tout simplement,  elle va me répondre : je le sens,  je le sais,  je le veux.

    Je m’approche d’elle, d’abord un bonjour, puis un sourire, puis deux, ma bouche s’ouvre pour lui proposer une de ces insignifiances qui ce matin seront de vraies perles à conserver pour ce petit bonheur matinal qui nous a surpris en plein réveil. « Je, je …. »

    Et soudain, la terrible voix féminine de la SNCF, terrible voix si belle, si chaude si sensuelle, cette voix qui fige tout le monde sur le quai : « que va-t-elle annoncer, ce matin : encore du retard, une annulation, peut-être ? »  

    « Votre attention s’il vous plait : en raison de la réutilisation tardive d’un triste matériel, le bonheur que vous respirez depuis ce matin, aura une durée indéterminée, nous vous tiendrons informé de l’évolution de la situation : en cas de difficulté à poursuivre votre voyage vers la morosité ferroviaire, veuillez-vous adresser aux agents les plus tristes sur le quai »

    J’ai baissé la tête, avalé mon sourire et comme tous les matins j’ai regardé le cadran de ma montre. 

    Braises du midi…

    Georgetown, Malaisie mai 2019

    Dans le brasier d’après-midi

    La ville est assoupie,

    La chaleur écrase tout.

    Elle s’étire, lente et humide,

    Plus rien ne bouge,

    Mercure en folie.

    Les corps lourds et moites,

    Inventent des ombres

    Il se parlent de fraîcheur.

    Dans la lumière si blanche,

    Les couleurs éclatent,

    Les regards cherchent le mauve,

    Douce couleur qui apaise,

    Des rouges incandescents,

    Les souffles sont courts,

    Dans l’air, des bouquets d’épices,

    Une odeur de terre mouillé,

    C’est la Malaisie.

    Amies fidèles…

    Entre Brest et Le Conquet

    Entre ciel et mer

    La terre s’est avancée.

    Entre les bras des gris cotonneux,

    Raide et fière, elle s’est abandonnée.

    Amies fidèles,

    Contre vents et marées,

    Mer et terre,

    Jamais ne sont quittées.

    Amies fidèles,

    Elles se sont protégées…

    Contre la vitre…

    Derrière la vitre humide

    Une lueur d’un doux vert salé.

    Mémoire bleue soupir,

    Longue chevelure

    Dans le vent gris de mon navire

    Petites gouttes glissent doucement,

    Perles d’eau de pluie

    Cherchent une rime,

    Il est trop tard océan les engloutit.

    Mes Everest poétiques : le bateau ivre…

    Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
    De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
    Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
    Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

    Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
    Et rythmés lents sous les rutilements du jour,
    Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
    Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

    …Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
    Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
    L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
    Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

    Mes Everest : les mots, Jean Paul Sartre…

    Les souvenirs touffus et la douce déraison des enfances paysannes, en vain les chercherais-je en moi. Je n’ai jamais gratté la terre ni quêté des nids, je n’ai pas herborisé ni lancé des pierres aux
    oiseaux. Mais les livres ont été mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne ; la bibliothèque, c’était le monde pris dans un miroir ; elle en avait l’épaisseur infinie, la variété, l’imprévisibilité. Je me lançai dans d’incroyables aventures : il fallait grimper sur les chaises, sur les tables, au risque de provoquer des avalanches qui m’eussent enseveli. Les ouvrages du rayon supérieur restèrent longtemps hors de ma portée ; d’autres, à peine je les avais découverts, me furent ôtés des mains ; d’autres, encore, se cachaient : je les avais pris, j’en avais commencé la lecture, je croyais les avoir remis en place, il fallait une semaine pour les retrouver. Je fis d’horribles rencontres : j’ouvrais un album, je tombais sur une planche en couleurs, des insectes hideux grouillaient sous ma vue. Couché sur le tapis, j’entrepris d’arides voyages à travers Fontenelle, Aristophane, Rabelais : les phrases me résistaient à la manière des choses ; il fallait les observer, en faire le tour, feindre de m’éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde : la plupart du temps, elles gardaient leur secret. J’étais La Pérouse, Magellan, Vasco de Gama ; je découvrais des indigènes étranges : «Héautontimorouménos» dans une traduction de Térence en alexandrins, « idiosyncrasie » dans un ouvrage de littérature comparée. Apocope, chiasme, Parangon, cent autres Cafres impénétrables et distants surgissaient au détour d’une page et leur seule apparition disloquait tout le paragraphe. Ces mots durs et noirs, je n’en ai connu le sens que dix ou quinze ans plus tard et, même aujourd’hui, ils gardent leur opacité : c’est l’humus de ma mémoire. 

    Un matin pluie…

    C’est un matin pluie

    Qui ruisselle de gris.

    Avalées par une trop longue nuit,

    Les couleurs sont assoupies

    C’est un matin pluie,

    Sur un lac d’Italie.

    Aucune ride, pas un souffle de trop

    C’est le vide qui se pose.

    Ferme les yeux, il est si tôt 

    Pas un bruit mécanique,

    C’est un matin qui repose.

    Regarde le ciel, lisse et sans rose

    Regarde, sur le dos de l’eau comme il se pose.

    Tout est si calme, pas une lueur ;

    Tout est si beau

    Sans ces cent couleurs.  

    On est si bien, à attendre le temps sans heurts.

    C’est un matin  pluie,

    Écoute  ces mots qu’il nous dit.

    Ecoute c’est si beau le matin qui s’enfuit.

    « Sourires au conseil des ministres » : 6.

    Le premier Ministre a compris, cette fois ci il n’y a plus aucun doute le président, son président est devenu fou. Il faut qu’il fasse, qu’il tente quelque chose. Il est encore temps….

    Il n’est pas très grand, contrairement au président qui lui est un grand gaillard, mais il va le ceinturer le forcer à s’asseoir calmement, reprendre le micro et mettre un terme à cette mascarade. Il est encore possible d’arriver à temps pour la séance des questions au gouvernement.

    Les perdre dans la forêt, avec leur petit sac de pique-nique et leurs baskets ! Non mais franchement on se croirait dans une série parodique et délirante dont le seul objectif est de se moquer toujours un peu plus de nos gouvernants !

    Il a presque envie de rire tellement la situation lui semble surréaliste : le président est encore debout à expliquer en long, en large, et en travers, s qu’il va les perdre, comme s’il s’agissait de tous ses petits-enfants… Grotesque…

    Pierre, le premier ministre s’est levé presque calmement, on dirait même qu’il y a de la tendresse dans son geste, sa main tendue vers le président pour lui demander le micro. Il n’a pas le temps d’ouvrir la bouche que sa tête éclate comme une pastèque.

    Il vient de prendre une balle en pleine tête….

    La France n’a plus de premier ministre. Il a perdu la tête.

    Perdu n’est d’ailleurs pas le mot approprié pour qualifier ce qui vient de se produire. La tête du premier ministre, puisque c’est de cela dont il s’agit a littéralement éclaté. C’est le jeune secrétaire d’état, exceptionnellement invité aujourd’hui qui a tiré. Jean Marc Dourcet puisque c’est de lui dont il s’agit est à quelques mètres seulement son arme toujours pointée, dans le cas, fort peu probable d’ailleurs, où un courageux essaierait à son tour de maitriser le président.

    Ce dernier tient toujours fermement le micro la main, le coup de feu l’a interrompu et il semble contrarié.

    « C’est dommage pour Pierre, c’était quelqu’un de bien. Mais vous le savez je n’aime pas trop être interrompu quand je souhaite parler. Merci mon petit Jacques. Il faudrait peut-être que je vous nomme premier ministre. Enfin on n’en est pas encore là »

    Jean Marc, le secrétaire d’état au sport est très calme. Il faut dire qu’il fait partie de ces personnalités de la société civile que le président a souhaité intégrer dans son gouvernement. C’est un ancien champion olympique de tir au pistolet.  Le premier ministre n’était pas des plus enthousiastes mais le président a insisté, mettant en avant les qualités de concentration de cet homme.

    Dans le fond de l’Autobus, les potaches n’ont plus du tout mais alors plus du tout envie de plaisanter. Le plus difficile est de comprendre, de mettre en place au plus vite tous les mécanismes intellectuels pour analyser la situation. Tout est tellement inattendu. En silence, chacun cherche, ces derniers jours, ces dernières semaines ce qui a pu se passer, chacun essaie de se souvenir, un indice, quelque chose qui leur permettrait de comprendre ce qui est en train de se passer. Mais rien, c’est le néant pour chacun. Tous prennent conscience à cet instant précis qu’ils ne prêtent aucune attention aux autres. Quand ils se regardent c’est pour se surveiller, identifier un éventuel signe de faiblesse. Tous à cet instant comprennent que ce qu’ils n’ont pas vu c’est à quel point le président n’en pouvait plus, était épuisé. Par contre tous savent que le président ne supportait plus son premier ministre, son arrogance, sa froideur, son intelligence purement mécanique. Tous savent qu’il ne l’a pas choisi pour ses qualités humaines, pour sa capacité à le compléter, à le réguler, non il l’a choisi par calcul politique. Tous le savent mais personne ne le dit. Tout est calcul.

    Petite barque

    Sur la rive de l’automne

    Petite barque s’est échouée.

    Dans les bras de la lande,

    Doucement

    Elle s’est assoupie

    Seule et triste…

    Elle est figée, blanche et fragile,

    Contre le mur de carreaux blancs et sales.

    En bas des escaliers poisseux d’une station de métro,

    Elle n’attend pas, elle est là.

    Triste et digne, son regard bleu est épuisé.

    Elle a faim, elle est seule, femme oubliée ;

    Raide de honte, elle ne dit rien,

    Immobile dans le concert des pressés.

    Je ne peux continuer, il faut que je lui offre

    Deux mots peut-être, un regard surtout

    Tout faire pour l’exister.

    Elle est une mère oubliée.

    Les talons claquent, tout s’accélère.  

    C’est le fracas d’une rame, odeur humide, grincements métalliques,

    Une grappe est sortie, une autre s’est engouffrée ;

    Et elle,  est restée

    Seule et apeurée.

    Tout doucement je me suis approchée,

    Lui ai pris les deux mains, les ai serrées

    Ses yeux se sont baissés,

    Elle ne peut me regarder

    Elle n’ose  plus exister.

    Tout doucement contre moi je l’ai serrée,  

    Tout doucement elle a pleuré.  

    Un extrait de mon premier roman : « Quelques mardis en novembre »

    La pluie a cessé. Je sors. J’ai la sensation d’être en pointillé, d’émerger d’une longue nuit. J’ai envie de rentrer chez moi, par le bus. J’aime les bus, je m’y sens bien. Je trouve extraordinaire de pouvoir partager aussi intimement quelques minutes de vie dans un si petit espace. Il y a une espèce de magie dans ces moments où tout le monde s’essaye à la pensée mélancolique. On se croirait dans un colloque du silence. Chacun s’efforce d’apporter sa contribution à la construction de cette atmosphère. Personne ne semble avoir conscience qu’il ne se contente que de se déplacer, d’aller d’un point à un autre. Certains parlent, murmurent plutôt, et cela ne fait que rajouter à la solennité de l’instant. Les bribes de phrases perçues plus qu’entendues se rejoignent d’un bout à l’autre du véhicule et tissent une toile d’araignée à laquelle les pensées de chacun s’accrochent. Lorsque tout est fini, lorsqu’il faut quitter ce domaine clos, la sensation est bizarre. On se croirait débarquant dans un port inconnu, l’air entre à pleins poumons, et l’on regrette la rapidité du voyage.

    Le soleil est bas, il en est à ce niveau d’indécision que les encyclopédistes de la littérature romantique appellent le crépuscule. Pour ma part, je vois une lumière basse qui enveloppe le quartier dans une espèce de coton inconfortable. C’est une sensation multidirectionnelle, et c’est peut‑être cela qui la rend si digne. Quand une lumière est si présente, quand elle vous pénètre, quand elle vous essouffle, quand elle se subtilise à votre ouïe, qu’elle calfeutre les regards et donne aux mots qui sortent des bouches des goûts exotiques, alors, il est temps de se nouer la gorge, il est temps d’y croire à cette fameuse grandeur crépusculaire.

    J’arrive chez moi un peu après souper. Le retard, comme d’ailleurs tout ce qui émane de ma personne, ne pourra être qu’universitaire. Il aura le privilège d’être affranchi et anobli avant d’avoir pu se transformer en insouciance ou incorrection. Sur la table de la cuisine un couvert m’attend avec fierté. Ce repas que je prends seul me donne de l’importance, m’installe officiellement dans le statut de celui qui est trop occupé pour s’attarder à de basses considérations horaires. Je regarde autour de moi, tout semble être mis en place pour rimer avec simplicité et honnêteté.

    Hiver frémit…

    Aux portes de l’hiver qui frémit,

    Novembre a frappé.

    Terre encore assoupie,

    Sans un mot s’est étirée.

    Rides blanches ont jailli

    Sur les sourires de l’été…

    Mes poèmes de jeunesse…

    Lorsque j’ai décidé d’ouvrir une nouvelle rubrique en publiant de très vieux textes, la plupart ont plus de quarante ans j’ai été tout autant frappé par les maladresses et les envolées lyriques que par la « permanence » du style…

    Ecoute,

    Ca craque petite

    Ecoute,

    Ca bouge.

    Arrête de rire petite

    Ecoute.

    Tout tremble,

    Tout se désespère.

    Vent de panique,

    Regarde petite,

    Regarde !

    Année 1977…

    Les couleurs ont disparu…

    Avalées en trois souffles de gris,

    Qu’une pluie froide dilue

    Les couleurs ont disparu.

    Goutte à goutte,

    Le ciel se pose,

    Il s’étend, s’étire,

    Prend ses aises.

    Les yeux se plissent,

    Ils cherchent le bout.

    Les yeux se plissent,

    Ils redressent les courbes.

    La route devient molle,

    Elle glisse,

    Dans les bras de la brume.

    La nuit n’est plus très loin,

    Elle attend, là-bas,

    Après le bout,

    Après le tout.  

    Tu baisses les paupières,

    Doucement,

    Petites billes de lumières,

    Étouffent l’hiver au tournant.

    Extraits de mes romans : « quelques mardis en novembre »

    La pluie a cessé. Je sors. J’ai la sensation d’être en pointillé, d’émerger d’une longue nuit. J’ai envie de rentrer chez moi, par le bus. J’aime les bus, je m’y sens bien. Je trouve extraordinaire de pouvoir partager aussi intimement quelques minutes de vie dans un si petit espace. Il y a une espèce de magie dans ces moments où tout le monde s’essaye à la pensée mélancolique. On se croirait dans un colloque du silence. Chacun s’efforce d’apporter sa contribution à la construction de cette atmosphère. Personne ne semble avoir conscience qu’il ne se contente que de se déplacer, d’aller d’un point à un autre. Certains parlent, murmurent plutôt, et cela ne fait que rajouter à la solennité de l’instant. Les bribes de phrases perçues plus qu’entendues se rejoignent d’un bout à l’autre du véhicule et tissent une toile d’araignée à laquelle les pensées de chacun s’accrochent. Lorsque tout est fini, lorsqu’il faut quitter ce domaine clos, la sensation est bizarre. On se croirait débarquant dans un port inconnu, l’air entre à pleins poumons, et l’on regrette la rapidité du voyage.

    Le soleil est bas, il en est à ce niveau d’indécision que les encyclopédistes de la littérature romantique appellent le crépuscule. Pour ma part, je vois une lumière basse qui enveloppe le quartier dans une espèce de coton inconfortable. C’est une sensation multidirectionnelle, et c’est peut‑être cela qui la rend si digne. Quand une lumière est si présente, quand elle vous pénètre, quand elle vous essouffle, quand elle se subtilise à votre ouïe, qu’elle calfeutre les regards et donne aux mots qui sortent des bouches des goûts exotiques, alors, il est temps de se nouer la gorge, il est temps d’y croire à cette fameuse grandeur crépusculaire.

    J’arrive chez moi un peu après souper. Le retard, comme d’ailleurs tout ce qui émane de ma personne, ne pourra être qu’universitaire. Il aura le privilège d’être affranchi et anobli avant d’avoir pu se transformer en insouciance ou incorrection. Sur la table de la cuisine un couvert m’attend avec fierté. Ce repas que je prends seul me donne de l’importance, m’installe officiellement dans le statut de celui qui est trop occupé pour s’attarder à de basses considérations horaires. Je regarde autour de moi, tout semble être mis en place pour rimer avec simplicité et honnêteté.

    Attente ferroviaire…

    Le 25 février 2005, j’ai écrit ce texte que je viens de retrouver et que je publie en deux parties.

    L’air est glacial, coupant, comme un rasoir neuf sur une peau juvénile. Il a laissé tourner le moteur de sa voiture, encore quelques instants, pour s’emplir de cette chaleur aux senteurs mécaniques, qui donne encore pour quelques instants l’illusion du bien-être. Lorsqu’il est sorti, qu’il a claqué la portière, il a perçu comme un rétrécissement. Il est encore plein de ces sensations « ouateuses » que laissent une nuit sous une couette. Le train est annoncé dans un quart d’heure. Il attendra dans le grand hall d’accueil. Il aime ses petits moments de presque rien, où on sent chaque minute qui passe laisser sa trace grise dans la chair. Il est un habitué du lieu, mais pas de cet horaire. Il est de ceux qui entrent dans le train, avec des souliers vernis, les mains fines et l’air préoccupés. A cette heure, ce sont surtout ceux qui travaillent dur, ce sont dont les mains racontent l’histoire caleuse des chantiers. Dans la salle, ils sont six à lutter contre les courants d’air. Sept avec la femme de ménage de la gare. Elle semble hors du temps, qui passe et qu’il fait, absorbée par son entreprise de nettoyage. Elle est haute comme trois pommes et sautille pour atteindre les vitres du guichet. Elle est comme une mélodie virevoltante dans le silence glacial de l’aurore. Contre le mur, tassés les uns contre les autres, quatre hommes, épaules larges, l’œil vif. Ce sont des turcs, ils parlent entre eux doucement. Il ne semble pas souffrir du froid, on dirait que toutes leurs forces, toute leur énergie est consacrée à se donner une contenance sereine. Contre les fenêtres, un grand, bonnet vissé jusqu’aux lunettes, d’une immobilité qui s’apparente à de la pétrification. On croirait que le froid ne l’atteint pas , qu’il le contourne, qu’il hésite à le déranger dans sa raideur matinale.

    Pas une voix pour arrondir les angles du froid. Seuls les regards se croisent : on se connait, mais chaque matin on se découvre. Et dans ce simple petit matin de février, il y a comme une éruption de solennel dans ce petit espace de ce rien de tous les jours. Il est le seul à ne pas rester en place. Comme toujours, il cherche à embrasser de tous ses sens ce qui l’entoure…

    Un matin pluie…

    C’est un matin pluie

    Qui ruisselle de gris.

    Avalées par une trop longue nuit,

    Les couleurs sont assoupies

    C’est un matin pluie,

    Sur un lac d’Italie.

    Aucune ride, pas un souffle de trop

    C’est le vide qui se pose.

    Ferme les yeux, il est si tôt 

    Pas un bruit mécanique,

    C’est un matin qui repose.

    Regarde le ciel, lisse et sans rose

    Regarde, sur le dos de l’eau comme il se pose.

    Tout est si calme, pas une lueur ;

    Tout est si beau

    Sans ces cent couleurs.  

    On est si bien, à attendre le temps sans heurts.

    C’est un matin  pluie,

    Écoute  ces mots qu’il nous dit.

    Ecoute c’est si beau le matin qui s’enfuit.

    C’est l’automne à l’Ouessant…

    Pointe de Pern : Ouessant…

    C’est l’automne sur le Ponant.

    Fougères asséchées,

    Bruyères délavées,

    Les vents de l’été oublié,

    Sans mollir ont soufflé.

    C’est l’automne à Ouessant,

    La lande est rouillée.

    Petite route grise,

    T’invite jusqu’au bout.

    Regarde autour de toi,

    C’est si beau le ciel d’en bas.

    Ferme les yeux,

    Sens le sel sur tes lèvres se poser.

    Ouvre toi.

    C’est l’ouest, il te tend les bras.

    30 octobre 2019

    Il a senti la mer…

    Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

    Belle et tiède, la nuit s’est invitée…

    Île de Tioman : Malaisie mai 2019

    Doucement le soir s’est posé.

    Sans un bruit, sans un gris,

    Sur le sable si chaud,

    Épuisé,

    Il s’est allongé.

    Les souffles sont courts,

    Dans le regard, une lueur.

    Reste d’un soleil rageur.

    On ferme les yeux,

    Douce caresse,

    D’une brise,

    Qui cherche une rime,

    Avec un vent qu’on rêve frais.

    Belle et tiède,

    La nuit s’est invitée.

    D’une voix claire et reposée

    A la mer apaisée,

    Ses doux mots il a libérés

    Braises du midi…

    Georgetown, Malaisie mai 2019

    Dans le brasier d’après-midi

    La ville est assoupie,

    La chaleur écrase tout.

    Elle s’étire, lente et humide,

    Plus rien ne bouge,

    Mercure en folie.

    Les corps lourds et moites,

    Inventent des ombres

    Il se parlent de fraîcheur.

    Dans la lumière si blanche,

    Les couleurs éclatent,

    Les regards cherchent le mauve,

    Douce couleur qui apaise,

    Des rouges incandescents,

    Les souffles sont courts,

    Dans l’air, des bouquets d’épices,

    Une odeur de terre mouillé,

    C’est la Malaisie.

    Petit matin d’été…

    C’est un tout petit matin ordinaire,

    Dans la douce lumière qui s’éveille,

    De rimes en rimes le soleil me tire du sommeil.

    C’est un tout petit matin d’ici ,

    Les premiers rayons au jaune si  pâle

    Sur la crête s’étalent.

    Plus loin , la nuit qui s’étire  a résisté.

    Dans l’ombre fraîche du matin,

    La pénombre s’est noyée.

    Pas un bruit, pas un souffle ,

    La chaleur a tout figé.

    C’est un petit matin d’été ,

    Timidement aux portes de la beauté, il a frappé.

    C’est un matin d’été,

    Sans parler je l’ai regardé,

    Dans un sourire je l’ai aimé.

    Laissez mes mots en paix…

    Lève les yeux…

    Ils n’en peuvent plus tous ces mots que j’aime.

    Ils n’en peuvent plus qu’on les répande,

    Qu’on les salisse,

    Ils n’en peuvent plus de vos batailles futiles.

    Ils n’en peuvent plus d’être conjugués

    A tous les temps de vos haines ordinaires.

    On les rabote, on les assoiffe.

    On les assèche, on les ampute

    De leurs parfums,

    De leurs douceurs.

    Je vous en supplie

    Redresseurs de torts,

    Commentateurs du rien,

    Posez à terre vos lames numériques !

    Riez, respirez , soufflez !

    Et dans le silence revenu,

    Entendez

    Cette douce mélodie des mots apaisés.

    16 octobre 2019

    Barre d’Etel

    Barre d’Etel,  août 2016

    Fatiguée d’une si longue marée,

    Tout doucement la mer s’est assoupie.

    Entre les bras de la terre elle s’est endormie.

    Lente et longue,

    Etirée reposée,

    Dans la chair de la côte,

    Elle est entrée.

    Regarde  les gris qui se rencontrent

    Le ciel est bas, il s’approche

    Pour les entendre s’aimer.

    Entre ciel et mer,

    La terre s’est apaisée.

    Entre terre et mer,

    Le ciel a gonflé ses voiles de brume.

    Et dans la lumière qui sombre

    Engloutie par cette  fin d’après midi

    Sans un bruit, sur la rive ourlée

    D’un sable qui crisse

    Ecoute leurs pas qui glissent.

    Écoute-les, ils se sont aimés.

    Mes poèmes de jeunesse…

    Aux adultes en sursis d’enfance

    Un enfant passe

    Une histoire l’attaque

    le rabote l’assoiffe et l’affame

    Le pousse

    Au supplice du sentiment d’habitude

    Devant les adultes majuscules

    Qui ont mal conjugué

    Leur verbe aimer

    Et il est tombé

    Dans un trou

    Où les ombres s’ennuient

    Par manque d’éternité

    Texte écrit en 1979…

    Une journée d’automne… inédit de 1980…

    Vieux texte écrit il y a quarante ans…

    C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

    Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

    La mer est basse…

    Homme en plaine,

    Ta mer est si loin,

    Il te faut la rêver.

    Elle est là, c’est elle.

    Je l’entends.

    Dans l’arrière-pays de ta tête,

    Elle chante et danse,

    De vagues couplets aux reflets bleus.

    C’est si long,

    Toute une nuit passée,

    A pousser des cris de vent gris.

    Au matin du levant,

    Impatient,

    Homme en peine,

    Coeur à marée basse,

    Ouvre les lames de ses yeux.

    Il pleut des larmes salées,

    Sur le sable fleuri.

    Doucement, sans un bruit,

    L’homme sans haine,

    Lève son regard bleu,

    Le pose au fond du ciel endormi.

    Regarde-le,

    Il pleure une vague échouée…

    Les couleurs ont disparu…

    Parce qu’il ne faut pas vivre que sur ses réserves, même si elles sont « copieuses », je publie ce soir un inédit, tout chaud, terminé à l’instant…

    Avalées en trois souffles de gris,

    Qu’une pluie froide dilue

    Les couleurs ont disparu.

    Goutte à goutte,

    Le ciel se pose,

    Il s’étend, s’étire,

    Prend ses aises.

    Les yeux se plissent,

    Ils cherchent le bout.

    Les yeux se plissent,

    Ils redressent les courbes.

    La route devient molle,

    Elle glisse,

    Dans les bras de la brume.

    La nuit n’est plus très loin,

    Elle attend, là-bas,

    Après le bout,

    Après le tout.  

    Tu baisses les paupières,

    Doucement,

    Petites billes de lumières,

    Étouffent l’hiver au tournant.

    Braises du midi…

    Georgetown, Malaisie mai 2019

    Dans le brasier d’après-midi

    La ville est assoupie,

    La chaleur écrase tout.

    Elle s’étire, lente et humide,

    Plus rien ne bouge,

    Mercure en folie.

    Les corps lourds et moites,

    Inventent des ombres

    Il se parlent de fraîcheur.

    Dans la lumière si blanche,

    Les couleurs éclatent,

    Les regards cherchent le mauve,

    Douce couleur qui apaise,

    Des rouges incandescents,

    Les souffles sont courts,

    Dans l’air, des bouquets d’épices,

    Une odeur de terre mouillé,

    C’est la Malaisie.

    Invite ton arc en ciel…

    Soleil couchant sur l’île de Tioman, Malaisie mai 2019

    Quand surgit le soir,

    Sur l’île Île de Tioman,

    Te revient le mot firmament.

    Ouvre les yeux.

    Invite ton arc en ciel,

    Oh oui !

    Invite le à se poser.

    Sur la douce palette

    De tes paupières bleutées.

    Oublie le rayon glacial,

    Des cartes postales

    Où défilent de pâles soleils

    Lessivés, desséchés,

    Amputés des lueurs

    Qu’ils ont tentées

    D’arracher aux chaleurs

    D’une journée aux blancheurs

    Qui crépitent.

    Plus un bruit,

    Plus une ride,

    La mer s’est apaisée.

    Regarde, il est beau

    Regarde le :

    C’est le ciel d’Orient…

    Barre d’Etel

    Barre d’Etel,  août 2016

    Fatiguée d’une si longue marée,

    Tout doucement la mer s’est assoupie.

    Entre les bras de la terre elle s’est endormie.

    Lente et longue,

    Etirée reposée,

    Dans la chair de la côte,

    Elle est entrée.

    Regarde  les gris qui se rencontrent

    Le ciel est bas, il s’approche

    Pour les entendre s’aimer.

    Entre ciel et mer,

    La terre s’est apaisée.

    Entre terre et mer,

    Le ciel a gonflé ses voiles de brume.

    Et dans la lumière qui sombre

    Engloutie par cette  fin d’après midi

    Sans un bruit, sur la rive ourlée

    D’un sable qui crisse

    Ecoute leurs pas qui glissent.

    Écoute-les, ils se sont aimés.

    Tu t’en foutais d’être né : -3-

    …T’es sûr qu’aimer n’est pas original

    C’est peut-être le mot qui pue

    Mais t’es sûr d’autre chose

    Parce que tu le cherches

    Tu en parles pourtant

    Comme les autres

    Mais tu t’en fous

    Ou tu fais semblant

    Comme les autres

    De toute façon demain tu seras écrasé par un tramway

    On dirait que t’as peur

    De ne plus pouvoir te taire quand t’es triste

    Et pourtant tu ris derrière ton enterrement

    Tu ris

    Et les autres savent pas

    Que tu trembles

    Pour qui t’a tué

    Pour qui t’a oublié

    Tu trembles

    Et les autres croient qu’il n’y a qu’une réalité

    Celle de l’utile apparence

    Et pourtant tu voudrais leur dire

    Et pourtant tu voudrais craquer

    Mais tu ne dis rien

    Parce que t’as peur

    Parce que tu attends

    Parce que tu attends la fin de ton rêve

    Heureux tu l’as trouvé

    Et c’était pas mieux

    Tu veux revenir au début

    Parce que tu hais les fins

    Qui n’existent pas

    Tu veux revenir au début

    Pour que les autres sachent

    Qu’il y a autre chose

    Que tu l’as trouvé

    Déjà tu vas plus vite

    Que ton rêve

    Je crois que tu vas laisser tomber

    Pas les autres

    Eux aussi ils cherchent

    Ils te croisent

    Vite

    Toujours le rêve

    Ils sont ailleurs

    Tu les fais tien

    Et tu les oublies

    Ils sont autres

    Il a senti la mer…

    Il y a un an mon père qui m’a transmis l’amour de la mer nous quittait pour le long sommeil des absents. Je pense à lui aujourd’hui

    Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

    La mer est basse…

    Homme en plaine,

    Ta mer est si loin,

    Il te faut la rêver.

    Elle est là, c’est elle.

    Je l’entends.

    Dans l’arrière-pays de ta tête,

    Elle chante et danse,

    De vagues couplets aux reflets bleus.

    C’est si long,

    Toute une nuit passée,

    A pousser des cris de vent gris.

    Au matin du levant,

    Impatient,

    Homme en peine,

    Coeur à marée basse,

    Ouvre les lames de ses yeux.

    Il pleut des larmes salées,

    Sur le sable fleuri.

    Doucement, sans un bruit,

    L’homme sans haine,

    Lève son regard bleu,

    Le pose au fond du ciel endormi.

    Regarde-le,

    Il pleure une vague échouée…

    Mes Everest : les mots, Jean Paul Sartre…

    Les souvenirs touffus et la douce déraison des enfances paysannes, en vain les chercherais-je en moi. Je n’ai jamais gratté la terre ni quêté des nids, je n’ai pas herborisé ni lancé des pierres aux oiseaux. Mais les livres ont été mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne ; la bibliothèque, c’était le monde pris dans un miroir ; elle en avait l’épaisseur infinie, la variété, l’imprévisibilité. Je me lançai dans d’incroyables aventures : il fallait grimper sur les chaises, sur les tables, au risque de provoquer des avalanches qui m’eussent enseveli. Les ouvrages du rayon supérieur restèrent longtemps hors de ma portée ; d’autres, à peine je les avais découverts, me furent ôtés des mains ; d’autres, encore, se cachaient : je les avais pris, j’en avais commencé la lecture, je croyais les avoir remis en place, il fallait une semaine pour les retrouver. Je fis d’horribles rencontres : j’ouvrais un album, je tombais sur une planche en couleurs, des insectes hideux grouillaient sous ma vue. Couché sur le tapis, j’entrepris d’arides voyages à travers Fontenelle, Aristophane, Rabelais : les phrases me résistaient à la manière des choses ; il fallait les observer, en faire le tour, feindre de m’éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde : la plupart du temps, elles gardaient leur secret. J’étais La Pérouse, Magellan, Vasco de Gama ; je découvrais des indigènes étranges : «Héautontimorouménos» dans une traduction de Térence en alexandrins, « idiosyncrasie » dans un ouvrage de littérature comparée. Apocope, chiasme, Parangon, cent autres Cafres impénétrables et distants surgissaient au détour d’une page et leur seule apparition disloquait tout le paragraphe. Ces mots durs et noirs, je n’en ai connu le sens que dix ou quinze ans plus tard et, même aujourd’hui, ils gardent leur opacité : c’est l’humus de ma mémoire. 

    Mes poèmes de jeunesse…

    Aux adultes en sursis d’enfance

    Un enfant passe

    Une histoire l’attaque

    le rabote l’assoiffe et l’affame

    Le pousse

    Au supplice du sentiment d’habitude

    Devant les adultes majuscules

    Qui ont mal conjugué

    Leur verbe aimer

    Et il est tombé

    Dans un trou

    Où les ombres s’ennuient

    Par manque d’éternité

    Texte écrit en 1979…

    Mes poèmes de jeunesse…

    Lorsque j’ai décidé d’ouvrir une nouvelle rubrique en publiant de très vieux textes, la plupart ont plus de quarante ans j’ai été tout autant frappé par les maladresses et les envolées lyriques que par la « permanence » du style…

    Ecoute,

    Ca craque petite

    Ecoute,

    Ca bouge.

    Arrête de rire petite

    Ecoute.

    Tout tremble,

    Tout se désespère.

    Vent de panique,

    Regarde petite,

    Regarde !

    Année 1977…

    Il a senti la mer…

    Il y a un an mon père s’est endormi pour le long sommeil des absents. Je pense à lui aujourd’hui… Je lui dois mon indéfectible amour de la mer

    Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

    C’est l’automne à l’Ouessant…

    Pointe de Pern : Ouessant…

    C’est l’automne sur le Ponant.

    Fougères asséchées,

    Bruyères délavées,

    Les vents de l’été oublié,

    Sans mollir ont soufflé.

    C’est l’automne à Ouessant,

    La lande est rouillée.

    Petite route grise,

    T’invite jusqu’au bout.

    Regarde autour de toi,

    C’est si beau le ciel d’en bas.

    Ferme les yeux,

    Sens le sel sur tes lèvres se poser.

    Ouvre toi.

    C’est l’ouest, il te tend les bras.

    30 octobre 2019

    Contre la vitre…

    Derrière la vitre humide

    Une lueur d’un doux vert salé.

    Mémoire bleue soupir,

    Longue chevelure

    Dans le vent gris de mon navire

    Petites gouttes glissent doucement,

    Perles d’eau de pluie

    Cherchent une rime,

    Il est trop tard océan les engloutit.

    Amies fidèles…

    Entre Brest et Le Conquet

    Entre ciel et mer

    La terre s’est avancée.

    Entre les bras des gris cotonneux,

    Raide et fière, elle s’est abandonnée.

    Amies fidèles,

    Contre vents et marées,

    Mer et terre,

    Jamais ne sont quittées.

    Amies fidèles,

    Elles se sont protégées…

    29 octobre

    Une journée d’automne… inédit de 1980…

    Je range, je fouille, j’ouvre de vieux cahiers et tombe parfois sur des bouts, sur des essais, parfois maladroits, un peu emphatiques, mais je suis indulgent avec celui qui écrivait il y a quarante ans. Je cherche les traces, dans les mémoires du papier…

    C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

    Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

    Une journée d’automne… inédit de 1980…

    Vieux texte écrit il y a quarante ans…

    C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

    Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

    Attente ferroviaire : 1

    Le 25 février 2005, j’ai écrit ce texte que je viens de retrouver et que je publie en deux parties.

    L’air est glacial, coupant, comme un rasoir neuf sur une peau juvénile. Il a laissé tourner le moteur de sa voiture, encore quelques instants, pour s’emplir de cette chaleur aux senteurs mécaniques, qui donne encore pour quelques instants l’illusion du bien-être. Lorsqu’il est sorti, qu’il a claqué la portière, il a perçu comme un rétrécissement. Il est encore plein de ces sensations « ouateuses » que laissent une nuit sous une couette. Le train est annoncé dans un quart d’heure. Il attendra dans le grand hall d’accueil. Il aime ses petits moments de presque rien, où on sent chaque minute qui passe laisser sa trace grise dans la chair. Il est un habitué du lieu, mais pas de cet horaire. Il est de ceux qui entrent dans le train, avec des souliers vernis, les mains fines et l’air préoccupés. A cette heure, ce sont surtout ceux qui travaillent dur, ce sont dont les mains racontent l’histoire caleuse des chantiers. Dans la salle, ils sont six à lutter contre les courants d’air. Sept avec la femme de ménage de la gare. Elle semble hors du temps, qui passe et qu’il fait, absorbée par son entreprise de nettoyage. Elle est haute comme trois pommes et sautille pour atteindre les vitres du guichet. Elle est comme une mélodie virevoltante dans le silence glacial de l’aurore. Contre le mur, tassés les uns contre les autres, quatre hommes, épaules larges, l’œil vif. Ce sont des turcs, ils parlent entre eux doucement. Il ne semble pas souffrir du froid, on dirait que toutes leurs forces, toute leur énergie est consacrée à se donner une contenance sereine. Contre les fenêtres, un grand, bonnet vissé jusqu’aux lunettes, d’une immobilité qui s’apparente à de la pétrification. On croirait que le froid ne l’atteint pas , qu’il le contourne, qu’il hésite à le déranger dans sa raideur matinale.

    Pas une voix pour arrondir les angles du froid. Seuls les regards se croisent : on se connait, mais chaque matin on se découvre. Et dans ce simple petit matin de février, il y a comme une éruption de solennel dans ce petit espace de ce rien de tous les jours. Il est le seul à ne pas rester en place. Comme toujours, il cherche à embrasser de tous ses sens ce qui l’entoure…

    Mes poèmes de jeunesse…

    Aux adultes en sursis d’enfance

    Un enfant passe

    Une histoire l’attaque

    le rabote l’assoiffe et l’affame

    Le pousse

    Au supplice du sentiment d’habitude

    Devant les adultes majuscules

    Qui ont mal conjugué

    Leur verbe aimer

    Et il est tombé

    Dans un trou

    Où les ombres s’ennuient

    Par manque d’éternité

    Texte écrit en 1979…

    Mémoires…

    Je pioche de ci, de là dans ma mémoire, et je trouve parfois des traces, des bouts, des débuts livrés à eux mêmes, en voici un

    C’était un soir graisseux, comme tant d’autres. Il était imprégné de cette odeur métallurgique, si prenante, si noble. Non, vous vous trompez, pas une odeur de saleté, pas de ces odeurs aigrelettes qui est la marque de ceux qui respirent par réflexe animal. C’est l’odeur noble du métal qu’on fond, Derrière ses yeux fatigués on sent la force de celui qui vit la matière comme un prolongement de sa douleur. Rien n’est plus beau dans notre mémoire sidérurgique que ces pas lourds ouvriers qui frappent le trottoir aux premières lueurs du jour. Rien n’est plus fort que ces rencontres au détour d’une aube blafarde avec les ceux qui font notre fierté.

    Ces quelques mots écrits sur un cahier souvent ouvert à l’envers, je les retrouve ce soir, trente ans après et je souris. Je souris parce que les trottoirs sont propres, parce que les pas lourds ont disparu. J’ai l’impression d’avoir fermé définitivement Germinal…

    Gardien de mes rêves…

    A l’entrée de ma fabrique à rêves

    Se tient un gardien au visage rouillé

    Vous vous présenterez au portail de brume mauve

    L’hommne ne dira rien

    Son pays est le silence

    Il vous prendra simplement une main

    Et la branchera à la prise molle

    De son cœur marin

    Sur l’écran de son œil chagrin

    Une flaque d’océan chantera

    Une belle mélodie aux vagues enlacées…

    21 juillet

    Il a senti la mer…

    Un vieux texte que j’ai envie de partager a nouveau ce soir…

    Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

    La mer est basse…

    Homme en plaine,

    Ta mer est si loin,

    Il te faut la rêver.

    Elle est là, c’est elle.

    Je l’entends.

    Dans l’arrière-pays de ta tête,

    Elle chante et danse,

    De vagues couplets aux reflets bleus.

    C’est si long,

    Toute une nuit passée,

    A pousser des cris de vent gris.

    Au matin du levant,

    Impatient,

    Homme en peine,

    Coeur à marée basse,

    Ouvre les lames de ses yeux.

    Il pleut des larmes salées,

    Sur le sable fleuri.

    Doucement, sans un bruit,

    L’homme sans haine,

    Lève son regard bleu,

    Le pose au fond du ciel endormi.

    Regarde-le,

    Il pleure une vague échouée…

    Une journée d’automne… inédit de 1980…

    Je range, je fouille, j’ouvre de vieux cahiers et tombe parfois sur des bouts, sur des essais, parfois maladroits, un peu emphatiques, mais je suis indulgent avec celui qui écrivait il y a quarante ans. Je cherche les traces, dans les mémoires du papier…

    C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

    Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

    Inspiration

    J’ai posé mon oreille endormie

    Sur la blanche feuille

    Aux bords arrondis.

    J’écoute le chant des mots retrouvés,

    La douce mélodie glisse sur le papier

    Du bout des doigts,

    Mes si belles lettres j’ai caressées.

    Affamées par une longue traversée,

    Autour de ma table sans marges elles se sont installées…

    21 décembre

    Brumes…

    J’ai supprimé le texte que j’avais écrit tout à l’heure, je le trouvais mauvais, très mauvais même…Ça arrive : tant pis, mais comme j’aimais beaucoup la photographie, prise ce matin même, je la laisse, seule, sans texte, et me dit que pour une fois elle se suffit à elle même, n’est ce pas ?

    Dernière rime de l’été…

    Oubliée herbe folle,

    Disparu buisson rebelle.

    Seul, isolé,

    Dans un frisson salé

    Tes pas étonnés

    Épousent belle lande

    Au vert si tendre.

    Avance,

    C’est si doux.

    Écoute ce silence

    Qui imite le vent.

    Regarde,

    Derrière l’horizon fantôme,

    Une pâle lueur nous sourit.

    Dernière rime de l’été,

    Offerte à l’automne qui jaillit

    1er novembre