
C’est un matin barbouillé
Repue d’un lourd gris huilé
La nuit mauvaise s’est retirée
La lumière à marée basse oubliée
Nous attend entre les plis du ciel froissé
Lumière est à marée basse

C’est un matin barbouillé
Repue d’un lourd gris huilé
La nuit mauvaise s’est retirée
La lumière à marée basse oubliée
Nous attend entre les plis du ciel froissé
Lumière est à marée basse

Le printemps n’attend plus
Les arbres gardent au chaud de leurs mémoires gelées
Une verte virgule pour leurs phrases transies
Les hommes fripés étirent leurs membres engourdis
Sur leurs joues
L’air fleuri est une douce caresse
12 avril

A l’heure molle des impatiences cadencées
J’entends parfois le cri de l’oiseau noir
Il pleure une curiosité engloutie
Au fond du gouffre numérique
Visages courbés
Nuques raides
Regards polis de vides
Ils ont effacé
D’un doigt qui glisse sur le verre appauvri
Les derniers chants qu’ils prennent pour des cris
Pas un signe pour lui
Oiseau noir ce matin est encore seul
Je lève les yeux
Je sais qu’il me voit qu’il m’attend
Oiseau noir du matin
Tu es mon réveil chagrin
12 avril
Quel livre pourriez-vous relire sans vous lasser ?

Comment ne pas choisir ce compagnon de toute ma route littéraire, de tout mon chemin humaniste. Je l’ai lu, le relis, le relirai et je frissonne toujours autant à la lecture de certains passages.

Il est des rivières qui coulent en riant
Et toi l’ami perdu sur les rives de l’ennui
Écoute le chant de l’eau
Laisse le te traverser
Laisse te raconter
Cette belle histoire des neiges d’en haut
Tu verras les mille couleurs pétillantes
Qui attendent le frisson de ton œil attendri
11 avril

C’est un matin au gris surpris
Je ne l’attendais plus
Au creux d’une nuit de songes soleil
Je riais à n’en plus rêver
De ces rideaux levés sur des mots enfants
Mots pirouette
Mots cabrioles
Qui bondissent rougissent
Te tiennent d’une main épuisée du sucre interdit
Je ne l’entendais plus
Ce long cri de ce toujours dernier jour
Enfoui sous les draps d’une mémoire oubliée
11 avril 2023

Rêve à finir
C’est une guerre où les hommes périront
Systématisés
Calcinés
Par l’addition
D’une angoisse planétaire
Qui les fait
Terreurs

Je voudrais écrire une histoire des regards
Regards croisés
Regards posés
Regard aimés
Regards secrets
Qui entrent dans la chair de nos silences
Nous murmurent des entre-mots oubliés
Aux ailes rondes et fripées
Et nous chantent la douce mélodie
Des amours attendues
2 avril









C’est un matin qui sent le sud
Au bord d’un rêve d’ocre sable
Une fenêtre ouvre son œil taquin
Entends le doux chant berbère
De la ville au lointain désert
26 mars 2023
La place vibre et crie
Au soleil envolé
Une lente fraîcheur s’est invitée
Elle glisse et charme en riant
Les longues tresses des épices endormies…
27 mars
Les couleurs cherchent leur nom
Entre ocre et rouille
Vert et olive
Le village accroche mon regard
Lassé de bleus sans histoires
27 mars…
A toi l’ami du si loin
Je t’écris de cette vieille terre
Regarde ces longues traces de mémoires
Les couleurs s’y inventent des heureux
A L’encre de leurs yeux
Qui fleure bon le miel épais
Je trace cette lettre à la plume de mon rire bleu
Si tu la reçois
N’ouvre pas
Ne dis rien
Entends le doux chant de ce loin désert…
28 mars
Sur la première ligne j’écris un presque vers
Sa rime rousse épouse le désert
Belle, je l’attrape au bond
Elle fleure bon le sel d’une vie d’hier
Pas de bruits inutiles
Il est beau ce silence qui m’existe
29 mars
Dans l’angle bleu de ma mémoire lointaine
Repose une longue mélodie andalouse
Je l’entends qui appelle les absents
Dans la chaleur qui épuise
Ses dernières cartouches de lueur
Elle est là drapée de mauve nuit
Me tend la main
Larmes éternelles
Au bord d’une jeunesse infinie
30 mars

Dans l’angle bleu de ma mémoire lointaine
Repose une longue mélodie andalouse
Je l’entends qui appelle les absents
Dans la chaleur qui épuise
Ses dernières cartouches de lueur
Elle est là drapée de mauve nuit
Me tend la main
Larmes éternelles
Au bord d’une jeunesse infinie
30 mars

Sur la première ligne j’écris un presque vers
Sa rime rousse épouse le désert
Belle, je l’attrape au bond
Elle fleure bon le sel d’une vie d’hier
Pas de bruits inutiles
Il est beau ce silence qui m’existe
29 mars

A toi l’ami du si loin
Je t’écris de cette vieille terre
Regarde ces longues traces de mémoires
Les couleurs s’y inventent des heureux
A L’encre de leurs yeux
Qui fleure bon le miel épais
Je trace cette lettre à la plume de mon rire bleu
Si tu la reçois
N’ouvre pas
Ne dis rien
Entends le doux chant de ce loin désert…
28 mars

Les couleurs cherchent leur nom
Entre ocre et rouille
Vert et olive
Le village accroche mon regard
Lassé de bleus sans histoires
27 mars…

La place vibre et crie
Au soleil envolé
Une lente fraîcheur s’est invitée
Elle glisse et charme en riant
Les longues tresses des épices endormies…
27 mars

Cest un matin qui sent le sud
Au bord d’un rêve d’ocre sable
Une fenêtre ouvre son œil taquin
Entends le doux chant berbère
De la ville au lointain désert
26 mars 2023

Le monde est à terre.
Pâle d’ennui,
Il chante à mots bas.
Entends ce long murmure,
Dans le souffle de mes bras.
Il s’étire jusqu’à demain.
Enroulés dans un lourd drap de brume,
Nos enfants chagrins
Pleurent au large.
Leurs cris se glissent.
Entre les plis de ton visage…

Je reviens d’une longue absence
Et j’ai vu
Dans l’arrière-pays de ma tête
Sur une corde tendue de silence
Pendre quelques loques grises
Elles claquent et se froissent
Sous le souffle mauvais
Des tempêtes aux mots durs
Qu’on voudrait oublier
Je reviens d’une longue absence
Et j’ai entendu
Le rire sautillant d’un enfant
Il est là
Il attend
La brume s’est levée
Nos mains se sont tendues
L’espoir renaît

Il y a parfois un oiseau dans ma tête,
Un oiseau aux mille couleurs qui étouffent le gris de mes yeux,
Un oiseau qui plane au-dessus des plaines de ma mémoire.
Au matin levant, il frémit des ailes.
Les perles de rosée glissent sur la plume dorée,
Tout doucement la nuit s’est effacée.
L’oiseau dans ma tête a chanté.
Il est l’heure de réveiller les couleurs.
Au bout de mes yeux la lumière s’est étirée.
Au bord de mes yeux quelques larmes de beauté.
C’est un matin sans saison, le froid ne pique pas
Il est une caresse souriante qui imite la douce fraicheur.
Ce matin j’ai un oiseau dans la tête,
Tout doucement de la plume de mes mains

Souviens toi c’était hier.
C’était dans ce vieux pli du passé,
Que tu as tant de fois étiré.
C’était hier,
Et toi tu disais :
« Il n’y a plus rien à rater
Tous les murs sont debout »
C’était hier,
Et le ciel se souvient,
Regarde,
Dans le coin de ton œil,
Il y a une ride de pierre
Qui rime en riant
Ce vieux reste de bleu

Sous les sourires froissés
D’un nuage ivre de mauvais gris
J’attends seul et titubant
Le vent de la page
Qui se lève et me frissonne

Il m’arrive parfois d’aller à la recherche d’une belle d’une vraie trace de joie dans l’armoire à souvenirs. En voilà une : une joie animale, forte. Elle réchauffe le cœur et le corps. Elle ne réveille pas mon inspiration, mais elle stimule ma respiration…

Rêvons
Ô oui rêvons du risque de joie
Belle et bleue
Elle roule sur la vitre de mes oublis
Simple joie
Jaillit dans le soudain
Du tendresse matin
Regarde elle brûle et brille
Au coin mauve
D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes
Odeurs de lilas
Aux angles durs des rancœurs de l’hiver
Rondissent en fleurant
Elle est là
Sautillante
Frissonnante
Fondue dans le brise chagrin
Du lourd glacier de nos mémoires pour demain
13 mars 2023

Prendre le temps
Ne rien dire
Regarder
Te regarder
Dans ce presque sommeil
Voyageuse inconnue
Quel est ce rêve qui apaise ton visage
J’aime ce souffle de silence
On lit sur tes lèvres
Comme deux ailes légères
Dansant et frisonnant
Dans le soir ferroviaire
Dans le Ter 10 mars…

Je cherche dans le fond humide de ma réserve à mots, un verbe qui pourrait survivre sans complément, sans adverbe, sans tous ces parasites qui au mieux affadissent au pire empoisonnent l’essence première du mot, cette saveur originelle qui lorsqu’elle fut la première fois utilisée suffisait, exprimait à elle seule ce qui était ressenti, c’est-à-dire vu, entendu, touché, goûté.
Ces mots verbes existent je le sais, je les cherche, je les traque. Mais il y a aussi ceux que la grammaire a décidé d’entrer dans la catégorie des noms communs. A-t-on pris le temps de s’interroger sur la signification de ce commun, qu’on ajouter pour désigner ce qui pourtant désigne à lui seul l’essentiel. Peut-être s’agit-il d’une juste opposition au qualificatif propre. Serait-ce la propreté ou la propriété qu’on veut opposer au commun, au collectif. Il y aurait donc le mot qui appartient à un seul et ce qui est à tous ; pourquoi pas ! Mais le commun peut aussi être vu comme le banal, comme le courant, qui n’a aucune aspérité, aucune singularité. Ne dit-on pas d’un vin qu’il est commun pour éviter de dire qu’il n’est pas bon…
Le vin, le ciel, le vent, la brume, le mauve, l’amour, que de noms communs qui dans ma réserve occupent une place singulière…
10 mars 2023

Dans le vide de mes mémoires enfouies
Parfois le frisson d’une ride
Grossie au souffle des rires d’hier
Je pose le lourd bagage d’une nuit de grises vagues
Des angoisses gravées à l’épaisse lame
De la peur attendent dans la longue plaine
De l’homme seul à la tête baissée
J’arrive au carrefour de ces souvenirs
Aux douces couleurs qui caressent
J’hésite un instant
Mon regard cherche le chemin de l’apaisant
Je le vois il est là
Au pied de cet autre matin impatient
8 mars

J’ai plongé la main,
Dans le fond mauve de ma poche à sourires.
Il y restait quelques miettes d’air marin ;
Dans le doux creux de ma paume de cire
J’entends, elles chuchotent un chant câlin.
Ô si beaux ces mots loin du pire.
Lavés, salés, à ma bouche les ai portés, comme le bon pain.
Les yeux j’ai fermés : la mer est entrée, elle a tant à me dire…

Ce qui me manque lorsque je n’écris pas ?
C’est simple
C’est le frisson,
Oui je sais
Ce ne sont qu’ombres noires ou bleues
Dissipées sur la longue plaine blanche
De mes inspirations
C’est si peu
Et pourtant je frissonne
Oui je frissonne
Là à l’instant
Regarde ma main
Elle tremble comme une feuille
Mon cœur s’affole
J’ai le souffle court les lèvres sèches
Les yeux emplis des buées de l’intérieur
Oui je frissonne
De bonheur de douleur
Les mots passent se posent
Je les entends
Je les écris
Tu les lis
Et je vois
Tu frissonnes

Mais où êtes vous donc l’ami
Voici plusieurs jours qu’on ne vous entend
Nous nous inquiétons vous le savez
Vos mots nous manquent
Dans le soir frissonnant
Il nous réchauffe en murmurant
Pas de souci je suis là
La pâte de mes mots repose
Je veille sur elle
Avant qu’elle ne lève
Demain peut-être
J’étirerai je pétrirai
Et sur le feu doux de mes émotions
Doucement je la poserai
Et elle chantera
Je le sais…
1 mars

C’est le jour de la feuille blanche
Affamé je me suis invité
A la table des bien nourris
Au régime des lettres arrondies
Autour tous les ventrus
Les repus de verbes académiques
Le menu du jour est sinistre
Fade comme un jour sans pain
En entrée un vague sonnet
Le plat de résistance ne dit rien
On me dit sans rire que c’est du réchauffé
Où sont les rires
Ou sont les mots que j’aime
Les flacons flocons blasons
Les nénuphars et tintamarres
Les balbuzards
Où sont les boucles et plumes
Les ailes et doubles l
Je n’en peux plus
Je quitte ce banquet de rimes en rôt
27 février

Face à face
En février, la vie était à l’arrêt.
Les oiseaux volaient à contrecœur et l’âme
raclait le paysage comme un bateau
se frotte au ponton où on l’a amarré.
Les arbres avaient tourné le dos de ce côté.
L’épaisseur de la neige se mesurait aux herbes mortes.
Les traces de pas vieillissaient sur les congères.
Et sous une bâche, le verbe s’étiolait.
Un jour, quelque chose s’approcha de la fenêtre;
Le travail s’arrêta, je levai le regard.
Les couleurs irradiaient. Tout se retournait.
Nous bondîmes l’un vers l’autre, le sol et moi.

On dirait que tu m’oublies lui dit l’océan
T’oublier ?
Mais comment le pourrais je ?
Tu es là je le sais
Au bout de ce vide bétonné
J’entends tes vagues qui frottent
Le fragile quai de mes attentes de brume
Au coin de mon œil plissé
L’ombre tressée de tes embruns salées
J’entends dans le loin de tes silences embués
Les restes de nos étreintes enflammées
24 février

Non ne lève pas les yeux
Ils te fabriquent du demain noir
Oiseaux lourds
Accrochés aux branches maigres et nues
D’un arbre qui attend un bel envol bleu

Incroyable, ils se parlent !
Que tu dis-tu ? J’ai bien entendu ? Ils se parlent ! Tu me dis qu’ils se parlent ? Tu divagues…Ils ne peuvent pas se parler, c’est impossible ! Se parler, se parler, mais je rêve. Pour se dire quoi ? Oui, c’est ça, que se disent t’ils ? Est-ce que tu les as entendus ? C’est grave, il faut qu’on prévienne. Il va se passer quelque chose, tu te rends compte. Parce que s’ils se parlent, cela veut dire qu’ils ont levé la tête, qu’ils se regardent, qu’ils se voient…
Ecoute je te le dis, je crois que j’ai peur…

J’ai soudain faim
Je coupe une belle tranche de rire
Dans une tourte à la croûte chatouilleuse
Je croque et craque
Le chant doux de la mie
Glisse dans le creux de mon oreille
Une rime à la miette dorée
22 février

Au tableau noir du rêve attendu
Tu écris les mots songes
Restes d’une longue et blanche nuit
La craie crisse et glisse
Au bout de cette ligne tracée
A l’encre grise de ton insomnie
Lettres légères rimes rondes
Se noient dans la marge profonde
D’une mémoire abîmée
Viens je t’invite à entrer dans ma soute à sourires
Tu y trouveras
Des flacons des flocons
Des grues à plumes
Des grues à grumes
De belles oranges
Une feuille fripée
Une étoile étonnée
Une langue étoffée
Et tant de rires d’enfants

Un mot, un seul
Je le cherche
Il te parlera de cette lumière
De cette douceur qui polit le silence
Et te fabrique un sourire apaisé
Un mot un seul
Je le cherche
21 février

Trou de lumière
Pour nuit au souffre court
Larmes d’un fade soir à éviter
Une à une sur une paupière fatiguée
Perles de rire se sont enroulées

« L’histoire que tu vis, celle de chaque jour, est simple, donc incompréhensible. Aucun livre n’en fait mention, aucune lanterne de papier ne l’éclaire. Regarde. L’essentiel est dans ce que tu oublies et qui se tient devant toi. C’est par l’infime que tu trouveras l’infini, par ce calme regard sur l’ombre bleue, peinte sur une tasse de porcelaine blanche.
L’âme, sans doute, est imprégnée de cette couleur, ainsi que de lambeaux de vieux français et de chants anonymes, éternels…

J’ai feuilleté
Le livre blanc et glacé
De mes mémoires frisonnées
Au bord d’une marge abandonnée
Deux ou trois lettres froissées
Racontent en riant
Ce si long chemin
Vers leurs rêves de beauté

Souviens-toi du matin qui brillait
A l’est de ta nuit en friche
Le clin d’œil rosé
D’un soleil chagrin
Doucement il te prend la main
Il est bon d’aimer
A l’aube mauve des souvenirs mauvais

Que vas-tu écrire ce matin ?
Oh si peu, tu verras…
Dans ma réserve de doux frissons,
Sans un bruit,
Sur la pointe de mes vers affaissés j’irai chercher
Quelques mots pressés au presque rien
De mes sourires en rime d’aurore.
Sur la longue page blanche
De mes lourds crève-matin
Je les étends sur le fil de mes rêves à finir

De détail en détail
A l’heure du réveil près du nid de la terre
Un rayon de soleil creuse un trou pour la mer
Trempée d’aube une feuille ourle le paysage
Naïve comme un œil oublieux du visage
Et le jour d’aujourd’hui saisissant les dormeurs
Rejette dans la nuit leurs ombres de dormeurs

Ecrire sur des pages de ciel bleu,
Voir les mots blanchis d’angoisse.
Ne pas finir, en petite note
Dans un coin triste
D’une marge grise.
Les entendre se poser,
Un par un.
Feuilles d’ange,
Regarde-les,
Doux, légers,
Ils roulent, entre tes lèvres.
Ecoute les.
Douce mélodie,
Aux syllabes arrondies
Ils planent et flottent
Sous la grand-voile
De ton rêve
Aux rimes oubliées.
Il est l’heure,
Invite-les,
Là, tout bas
Entre main et feuille
Dans l’entre-deux pâle et mauve
D’une douce poésie
Qui caresse l’horizon.
26 septembre 2019

Tout d’abord personne ne s’est aperçu de rien, et quand on ne dit personne, on doit vite reconnaître que de toute façon on ne parle pas de beaucoup. Certes, il ne s’agit pas, une fois de plus, d’affirmer que le nombre de lecteurs diminue, mais de reconnaître que la lecture est de plus en plus instrumentale, et de moins en moins viscérale. Et quand j’utilise le terme de viscéral, il est celui qui est le plus approprié. Il s’agit de cette lecture qui part de l’œil, puis prend le frais dans l’arrière-pays de la tête avant de descendre dans les tripes, et tout remuer. Cette lecture a besoin de ces mots qui vibrent, de ces mots qui caressent, qui chantent, qui surprennent, de ces mots qui essoufflent, qui apaisent…
Pourtant ce matin, comme tous les jours Jules a commencé à feuilleter ces livres qu’il aime tant. Il a tourné quelques pages, rapidement, puis a pris son temps, et s’est arrêté gorge serrée. Partout sur la page, des trous, au début d’un vers, au milieu d’une strophe, dans un titre. Des mots se sont envolées, ils ont disparu. Il pense à une plaisanterie, un canular peut-être : qui aurait pu dans la nuit prendre le temps de lui voler des mots, des mots si beaux.
Il s’attarde sur un texte d’Eluard : dans ce magnifique texte, les étoiles se sont évanouies, les fleurs se sont fanées, les paupières se sont fermées. Il poursuit ses lectures et partout des trous ont pris la place des caresses, de la douceur, de la pluie. La mer et ses vagues ont disparu, plus de vent, pas un soupir, pas un frisson. Tous les mots qu’il aiment ont été enlevés. Jules est persuadé qu’il rêve encore, il se pince pour s’éveiller. Mais rien n’y fait, les mots, ses si beaux mots se sont échappés. Où se sont-ils cachés ?
Un peu déprimé, il ouvre la radio, peut-être une explication. Jules n’aime pas la radio, parce que ce sont des sons électriques, mais ce matin il se sent seul, si seul. Il écoute, il n’est pas un habitué, il écoute avec attention, avec curiosité et doucement, tout doucement il commence à sourire. Voici ce qu’il entend : « vous êtes bien sur votre radio habituelle, mais nous prions nos auditeurs de nous pardonner, ce matin pour une raison que nous ignorons encore, beaucoup de nos mots habituels ne passe plus à l’antenne, ils ne parviennent plus à sortir de la bouche de nos chroniqueurs et journalistes ».
Jules écoute, il sourit, il est bien, tous ses mots sont là, ils ont pris la place des mots en ique, des mots en tion, des mots en eur, il est si bien, c’est comme une douce mélodie… »

Pas de clef à la poésie
Pas de ciel
Pas de fond
Pas de nid
Pas de nom
Ni lieu
Ni but
Ni raison
Aucune borne
Aucun fortin
Aucun axe
Aucun grain
Mais ce souffle
Qui s’infiltre
Dans l’étoffe des âmes
Pour délier leurs saisons :
Peuple d’hirondelles
Au regard pénétrant
A la vue déployée.

Ce qui est triste et surtout dangereux dans ce monde qui n’est déjà plus celui du demain mais celui du jamais c’est qu’on ne parle plus, on ne se parle plus.
On ne se parle plus parce qu’on ne sait plus on ne veut plus s’écouter. Les mots qui sortent de votre bouche et qui essaient alors avec cette fière humilité de s’assembler pour former une pensée, de formuler un avis, un point de vue voire même d’exprimer une conviction ne sont plus écoutés, ils sont simplement entendus comme un bruit de plus dans cette monstrueuse cacophonie médiatique.
Ils sont alors immédiatement passés au gros tamis des réactions claniques qui s’estiment supérieures parce qu’elles sont persuadées d’être nourries d’idéologies qui ne sont rien d’autres que des dogmes.
On ne cherche pas qui tu es lorsque tu parles mais on s’intéresse à ce que tu es pour t’enfermer dans une cage ou une pensée différente devient la preuve d’une trahison. On cherche à te dire à qui tu appartiens où à qui tu dois désormais appartenir. C’est ainsi qu’aujourd’hui se construit le soit disant débat politique. Lorsque je formule des idées lorsque j’exprime des convictions que j’ai pris le temps de construire avec exigence et respect je suis immédiatement renvoyé dans des périmètres idéologiques que je combat pourtant de la même manière depuis toujours. C’est par exemple ce qui se produit lorsque je parle de ma vision de la laïcité.
En conséquence et ce post est une rare exception je me tais et je m’épanouis dans l’expression poétique qui pour quelques temps est préservée…

Un souffle
De vie.
Pour longtemps.
Deux sourires,
Soudain.
En format souvenir.
Une joie,
Qui cogne
Aux fenêtres d’un civilisé du retard.
Rapide,
Un regard qui dure.
Deux regards qui tremblent
Et ils comptent
Sur leurs échiquiers intérieurs
Les fous qui leur jouent
Un hymne de mots
Pour un soir
Qui dure
Et ils trouvent ensemble
La route des autres
Et ils s’aiment
Vite

Ecoute petit homme,
Ecoute.
Il est si beau ce monde qui ne dit rien.
Il est si beau ce monde,
Il te parle, c’est le tien.
Regarde petit homme heureux,
Regarde ces furieux,
Fanatiques, frénétiques,
Ils ont le cœur électrique.
Ils préparent la prière,
Hymne cathodique
Aux rimes numériques,
C’est le matin du malin.
Nuques raides, regards vides,
Les impatients sont livides,
Epuisés, lessivés,
Un long sommeil les a lavés.
Ô Nuit blanche et câline,
Ne t’épuise plus à blanchir
Ces haines rances à mourir.
Semées sur l’écran creux
De leurs rêves sans bleu.
La nuit les a libérés.
Il est l’heure,
Affamés, ils attendent
La victime par eux condamnée.
Leurs mots sont prêts
Ils vibrent, affutés, aiguisés,
Ils vont frapper !
Pas un regard pour ton monde qui sourit.
Ils attendent leurs matins numériques.
Rien ne brille, rien ne bouge
Hystériques ils cliquent, ils cliquent
Ils cliquent,
Et ce matin, petit homme,
C’est une claque,
Une claque pour les creux.
Les écrans sont lisses et vides.
Les nouvelles du jour ?
Parties, envolées, manipulées, falsifiées ?
Que va-t-on devenir, on est seul, isolés…
Le monde les voit
Il pleure de cette embolie
Il rit de cette folie
Mais cette nuit, petit homme,
Le monde a agi.
Le monde ne regrette rien
Il le fallait, il l’a fait.
C’est si simple,
Petit homme
La poubelle était pleine,
Le monde l’a vidée,
Et dehors l’a laissée.

Dans la réserve glacée
De mes idées noires
J’ai choisi un vieux reste
D’angoisses ressassées
Dans un bouillon clair
De rires rentrés
Je les ai laissé mijoter
Un lourd couvercle
Patinée de mémoires enfumées
Sur le ragoût
J’ai posé
Et dans le lent soir rosé
Une fleur de printemps
Sur la flamme j’ai saupoudrée

Vitesse glisse
Vitre grise
Regard s’échappe
Je l’attrape
Il brille de mille yeux
Vite si vite
Et le vide
Tu restes seul
Et vibres
Pâle et plaqué
Contre ce mur rond
D’une mémoire de papier
9 février

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;
La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

A quoi pensent les oiseaux ?
A rien me dites-vous ?
Ils n’en n’ont pas l’utilité,
C’est si simple ils se contentent de voler !
De voler certes,
Mais aussi de crier, de piailler,
De jacasser, de croasser,
De tourbillonner de planer,
De siffler,de souffler,
Et bien sûr ils nous voient,
Pauvres du tout en bas
Écrasés,effacés,
Courbés,oubliés,
C’est bien je vous crois…
Et que disent-ils de nous ?
Ô si peu,
Ils n’ont pas besoin de nous…
8 février

Derrière la fenêtre givrée
Un timide restant de lune
Trace traînante
D’une longue nuit aux heures aiguisées
Dans le presque silence du matin qui attend
J’attends un signe des vivants

Pourquoi tant de trains, de rails, de gares sombres, de lumières au jaune blafard. Et bien je vais être sincère : j’aime ça, profondément, intensément. C’est tout et simplement déjà beaucoup. Ô vous pourriez répondre que c’est un peu facile que j’ai besoin de fabriquer de la mélancolie ou de pousser celle que je peux parfois avoir en moi. Et après tout, pourquoi pas ? Je l’assume. Il serait certes plus facile de se contenter de ces images à l’académisme convenu et surtout confortable. Mais non, à cela je ne parviens pas. Mes inspirations doivent prendre le chemin de l’émotion. Pour surgir, pour picoter le bord des yeux, oui, elles attendent le train, elles aiment le métal qui gémit, les odeurs que fabrique la vitesse électrique.
Et quand la gorge commence à serrer, quand on comprend que les larmes sont sur le chemin, on se dit alors qu’il faut y aller, se laisser porter et dériver sur ce long fleuve ferré…
6 février

Non, décidément je ne parviens pas à rester sans écrire. Ô bien sûr, il m’arrive de traverser un long désert poétique. Ma boussole s’affole à chercher l’oasis des rimes. Les rives mauves tapissées de mots aux ombres courbes se sont éloignées. Alors je ne cherche plus, je marche sur cette longue feuille sèche où mes pas glissent en crissant. Je tourne alors les yeux vers tous les arrières pays de mes rêves inachevés. Je souris en entendant coulis, clapotis et cliquetis qui emplissent en dansant ce bel et blond flacon…
6 février

Ecrire sur des pages de ciel bleu,
Voir les mots blanchis d’angoisse.
Ne pas finir, en petite note
Dans un coin triste
D’une marge grise.
Les entendre se poser,
Un par un.
Feuilles d’ange,
Regarde-les,
Doux, légers,
Ils roulent, entre tes lèvres.
Ecoute les.
Douce mélodie,
Aux syllabes arrondies
Ils planent et flottent
Sous la grand-voile
De ton rêve
Aux rimes oubliées.
Il est l’heure,
Invite-les,
Là, tout bas
Entre main et feuille
Dans l’entre-deux pâle et mauve
D’une douce poésie
Qui caresse l’horizon.
26 septembre 2019

Souviens-toi c’était hier
Le temps était aux rires
Nous levions les yeux
De noirs oiseaux se moquaient
Des hommes d’en bas aux rêves arrachées
Souviens-toi nous nous parlions
Je vivais tu existais
Il attendait elle espérait
Tes mots s’envolaient
Ils étaient beaux ils étaient doux
Entre mes doigts ils se caressaient
Souviens-toi le ciel nous observait
2 février

Entre les bras d’un jour finissant
J’entends le chant mauve
D’une longue nuit qui m’attend

Rien ne sort
C’est le calme plat
Pas une rime pas une ride
A la surface d’une mer sans brume
Page blanche
Nuit grise
Demain peut-être

Dans l’arrière jour de mes nuits blanches
J’ai creusé le trou de ma mémoire oublié
Dans le fond endormi
Sur un bord de molle dune
Petits mots aux teintes passées
Dansent en giguant la ronde des guenilles
Ils vont ils roulent ils vrillent
Mots d’hier j’entends vos rires d’enfants
Crépies de mauve brune
Douces caresses se posent
Sur le long mur blanc
De ma moite insomnie
Tout est fini
Sur la feuille froissée d’un passé retrouvé
Sans un pli présent rassuré s’est endormi…
Je pense souvent à mon père…

Je pense souvent à l’absence
Qui reste ce peut-être
Trou de brume où jaillit un bel horizon mauve
Si loin du gouffre noir
De ta lourde disparition
Seules les pierres blanches semées
Sur le long chemin de nos mémoires encombrées
Unissent leurs froides solitudes
Pour combler les fissures où sifflent les vents de l’oubli
30 janvier
Envie de republier cette micro nouvelle… Peut-être parce qu’il y a encore de la neige…

Il neigeait fort depuis plusieurs heures. Le silence prenait de plus en plus de place, tout était étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’était l’empire du coton. Il n’était pas sorti, préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pulls et manteau. Bref il hibernait. Parfois il tirait un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout était simple.
Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui ployant sous le poids de cette neige lourde n’ont pas résisté. Non ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….
Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par les ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Il va sortir. Pour voir, pour entendre.
Il met beaucoup de temps à s’habiller, il n’est pas pressé de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige. Il n’a pas peur. Pourquoi aurait-il peur ?
Il est à l’extérieur, il fait le tour de la maison, pas très rapidement, il s’enfonce, le son des bottes quand il lève la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche est magnifique, c’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens s’il devait l’écrire il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « Onfkkkkk ».
Il a fait le tour. Derrière chez lui, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…
La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.
« Onfkkkk », une mouette s’est envolée quand il s’est avancé. Elle a ri de tout ce blanc, il l’a regardé planer. Il est bien, il est rentré.

Fantastique
Le mot est là
Somnambule
Depuis six mois
Tout se remonte
Mécanique
Existante
Absolue
Pour la noirceur
D’une virginité
Epuisée
De son silence
De papier
Aligné

Au fond de mes poches,
Quelques miettes de ciel.
Dans le creux de ma paume pressée,
J’ai pris quelques cailloux mauves.
En riant les ai semés.
Une à une, bulles légères
Sautillent, pétillent
Dans long couloir sans écume
Foule sans sillage,
N’entend pas le chant du large.

Lorsque l’attente frise le bitume
J’entends la lame bleue des impatiences
Qui s’aiguise à la pierre de ton regard
Il n’est jamais loin le doux froissement
Des étoffes de nos embrassades
Tout est dans le presque fini
Il me reste à refermer l’angle de nos peurs
26 janvier

Dans l’arrière jour de mes nuits blanches
J’ai creusé le trou de ma mémoire oublié
Dans le fond endormi
Sur un bord de molle dune
Petits mots aux teintes passées
Dansent en giguant la ronde des guenilles
Ils vont ils roulent ils vrillent
Mots d’hier j’entends vos rires d’enfants
Crépies de mauve brune
Douces caresses se posent
Sur le long mur blanc
De ma moite insomnie
Tout est fini
Sur la feuille froissée d’un passé retrouvé
Sans un pli présent rassuré s’est endormi…
28 juillet

Homme d’en bas,
Regarde le visage de l’océan.
Sur son front salé,
C’est la tempête qu’on lit.
Les rides se sont creusées,
Le regard s’est assombri.
De belles longues vagues blanches,
Entrent dans les terres usées
Elles s’étirent en criant,
Et offrent leurs bouquets d’écume
Aux récifs abandonnés.
Regarde les qui entrent dans la danse.
Écoute les !
Elles chantent avec le vent
Ferme les yeux,
Laisse entrer l’ocean.
C’est la tempête à Ouessant

Enroulés dans le dernier rêve de la nuit qui s’éteint,
Protégés par leurs souvenirs d’océan,
Regarde bien les enfants d’Ouessant.
Dans leurs regards prudents,
Il y a comme un bouquet de vent.

Le jour se lève me dites-vous ?
Était-il donc endormi ?
Comment ?
Assoupi, simplement…
Tiens donc…
Étrange, n’est-ce pas ?
Je n’ai rien vu.
J’ai cherché, vous dis-je.
J’ai cherché sans un bruit,
Me perdant
Jusqu’aux bords mauves
De votre trop longue nuit
Et ne l’ai point rencontré.
Vous doutez ?
C’est tant pis :
Je n’irai plus déranger
Les belles couleurs de votre ennui…

J’absorbe une tâche d’ennui
Avec l’épais buvard d’un début de nuit
Dans la marge un début de cri
Et toi tu n’entends rien
Inlassablement tu écris

Derrière la vitre des lointains ennuis
La ville grince et plie son haut mur de nuit
Seule à rire dans un presque soir qui rôde
Elle invente des traces d’ocres chaudes
A la fenêtre verte des mémoires abîmées
Je respire une longue bouffée de houle salée
J’aime republier certains de mes textes, tout simplement parce que lorsque je les relis j’éprouve toujours la même émotion.

Je n’en peux plus du bruit de la peur,
Je n’en veux pas de la suie grasse de vos haines,
Je n’en veux plus des complaintes aux rimes dures.
Parlez-moi de la mer, je vous en prie.
Où sont les vagues,
Où sont-elles ?
Entendez le vent,
Il pleure, vous dis-je,
On l’oublie,
Il est seul, il appelle.
J’entends son chant qui ondule,
Mes yeux se ferment,
Petites larmes coulent.
Vagues amères,
Douces et belles,
Sur les rives de mes lèvres muettes
Ont répondu, ô vent, à ton appel.
Parlez-moi de la mer je vous en prie…

Écoutez peuple des riants
C’est la marée lasse du soir tombant
Partout le bruit des roulettes
Sur le chemin des partants
On se presse on s’attend on s’éprend
Ils sont loins nos beaux rires d’enfants
18 janvier

Il est tôt pour déchirer le silence
Tu t’es posé en bordure de nuit
Levant une main au passage des impatients
Pas un ne comprend ton signe
Ils filent ils roulent ils glissent
Là-bas vers ce rien gluant
Qu’ils cliquent en rêvant
Il est trop tard
Ils sont déjà loin
Demain peut-être sera le jour des aimants
18 janvier

A la frontière d’un lointain souvenir
J’ai présenté de faux papiers
Hier oubliés au fond d’une poche
Ils dormaient là depuis le bel été
Un gardien à l’œil amnésique
Doucement les a depliés
Je ne vois rien, dit-il
Votre mémoire est froissée
Vous ne pouvez entrer
J’en suis désolé
Il n’y a rien ici pour vous retenir
Triste et perdu j’ai reculé
Ce n’est rien j’aurai essayé
Il est trop tard pour vous raconter
Je retourne là-bas au bord du si loin
Je vous laisse à vos peurs noires
Je vous écrirai d’une plume légère
La belle histoire de l’homme aux cent mémoires
16 janvier

Il y a bien longtemps que norme et beauté ne s’étaient rencontrées. Il est vrai que l’une comme l’autre avaient pris soin sur les injonctions de la police sanitaire de prendre et surtout de garder de la distance. Mais ce qui devait arriver arriva et les deux rivales ont fini par se retrouver. La norme dont on sait déjà qu’elle aime tout contrôler a donc pris la décision de convoquer la beauté.
– Gardez vos distances beauté ou alors restez masqué. En aucun cas vous ne devez me contaminer.
– Ne vous inquiétez pas je resterai masquée et ainsi vous n’aurez pas à supporter mon sourire bucolique…
– Bien, ceci étant dit chère beauté, encore une fois quel besoin aviez vous d’aller vous compromettre en ce lieu que je vous ai déjà interdit. Un parking de supermarché, et pourquoi pas un immeuble désaffecté quand on y est ?
-Voyez vous madame la norme, contrairement à vous je n »ai aucun problème avec ces lieux dont on dit, je le sais, qu’ils sont laids. Je ne les méprise pas et surtout je ne les oublie pas et quand je le peux, je veux dire quand vous êtes occupée à rédiger vos règles académiques et surtout à les contrôler, voyez vous, moi je vis : tout simplement. J’ouvre les yeux, et quand je sens que mon cœur est léger, je cherche s’il me reste un peu de ces belles couleurs que vous gardez enfermées.
-Je vous entends, l’intention est bonne et je ne nie pas que vous faites ce que vous pouvez, mais à l’avenir quand vous vous égarerez dans un supermarché, je vous en prie faites une détour au rayon beauté !

Je n’aime pas beaucoup les mots qui raclent la gorge
Et abîment le lit tranquille de mes rêves mauves
Mots en gr br tr dr fr pr
Ils chantent si peu
S’il le faut je les adoucis
D’une goutte d’aile
D’un souffle au bleu léger
D’une larme de brume
Et lorsque ma plume s’accroche en crissant
Aux marges raides de vos règles mécaniques
Je souris et m’envole en rimant
11 janvier

Pardonne moi ô mer oubliée
Pardonne moi il est long et gris
Ce temps abandonné aux vagues ennuis
Tu es là rassure-toi
Rime sableuse de mes insomnies
J’entends ton roulis
Dans le creux de mes houles nocturnes
Il ondule et glisse en sifflant
Ne crains rien tu sais je t’entends
Le chant mauve de ton écume
Se pose doucement sur la tendre plaine de mes encres apaisées

J’ai un trou de mémoire…
J’ai un trou de mémoire… Curieuse non cette expression ? Pour ma part, j’ai plutôt l’impression quand je suis confronté à ce problème de trou qu’il s’agit plutôt d’un trou DANS la mémoire. Comme s’il s’agissait d’un panier percé. Et au bout du compte si on réfléchit un peu un trou ce n’est rien ou plutôt ce n’est que du rien, qu’un peu de vide autour de tout, d’un tout ou du plein pour ne pas dire du pain parce qu’un trou dans le pain ce n’est rien ou trois fois rien. Mais revenons à nos moutons : un trou de mémoire ne serait finalement rien ou presque rien. Et le presque est ici important : il rappelle que très souvent au bord du trou il y a un tas : le tas composé de ce qui a été extrait du trou avant qu’il ne devienne trou. Si je poursuis mon raisonnement je me dis que finalement tout est là, au bord, et qu’il suffit de chercher, de trier et alors on retrouvera bien quelque chose, pour combler le trou.
Je me relis et je me dis que tout cela n’est peut-être pas si clair, qu’il manque quelque chose, qu’il y a comme on le dit parfois un trou dans la raquette. Tout cela est bien complexe et plus j’avance plus je me dis que la solution est probablement au fond du trou.
Mais c’est une autre histoire

J’ai posé une oreille distraite
Au creux d’un rire étouffé
Le temps du silence s’est invité
J’attends
Quelques gouttes de rien
Roulent en vibrant sur une ligne sans fin
Il est trop tard des larmes sont montées
Elles cherchent un chemin vers une lande sans brumes
9 janvier

C’était une bien drôle de semaine… Lorsque j’ai repris le travail ce lundi matin j’ai eu soudain cette sensation étrange : celle de l’effacement progressif. J’ai en effet atteint la dernière ligne droite, celle au bout de laquelle je peux distinguer de plus en plus nettement l’autre ligne : celle d’arrivée. Dans six mois ma vie professionnelle connaîtra son terme. Sensation étrange assez difficile à décrire ou à expliquer. A commencer par ces images un peu impropres que celles de la ligne droite ou de la ligne d’arrivée. Je ne crois ni à l’une ni à l’autre et surtout elles ne correspondent ni à ce que je suis, ni à ce que je crois. Quelle tristesse, même pour une brève durée, qu’une vie (qu’elle soit professionnelle ou personnelle) soit droite. Non, je vous en prie vous toutes et tous qui m’accompagnez pour ces derniers mois trouvez moi des virages, des sursauts, des imprévus, des étonnements. Car la vie, celle que j’aime et continuerai d’aimer doit être ronde, sinueuse, pleine de courbes. Et surtout surtout pas de ligne d’arrivée pour s’entendre dire que c’est fini…

Je vous assure, il m’a lancé un regard, franchement je m’en remets difficilement. Lancer un regard, ce ne doit quand même pas être des plus simples, il faut évidemment savoir viser, car lancer un regard sans savoir vers qui l’envoyer c’est un peu comme un coup d’épée dans l’eau. Encore qu’un coup d’épée dans l’eau a au moins deux vertus celle de faire de provoquer des remous (même si on ne veut pas dans ce cas précis faire de vague) et celle de trancher dans le vif, surtout s’il s’agit d’eau courante. Mais revenons à nos moutons, revenons à ce regard lancé, et qui semble t’il a atteint sa cible (puisque la personne victime du jet prétend qu’on lui a lancé un regard), est ce que ce regard est vif, acéré, aiguisé, perçant même. Imaginons les dégâts provoqués par un regard qui en plus d’avoir été lancé est aussi perçant. La personne, appelons-là la victime, risque de se retrouver comme le disait Corneille « percée jusqu’au fond du cœur d’une atteinte imprévue » …. En conclusion, ce que je crois c’est qu’un regard n’est jamais lancé au hasard, à l’aveugle dirions-nous car il faut être clair une fois lancé le regard ne peut revenir en arrière, ce n’est pas un boomerang et le lanceur doit autant que possible avoir les yeux en face des trous s’il ne veut pas rater sa cible.

Mémoire rouillée par des rafales de vieux chagrin
Abandonnée à la casse des souvenirs inutiles
Je ne t’ai pas oublié tu verras tu viendras
A la table fleurie de mes rêves pour demain

Regarde petit
Regarde le sommet de ce rire couchant
Fier de tes boucles d’enfant
Écoute petit
Écoute l’entre deux du silence impatient
Le drap fripé de la nuit se tire et t’attend
Ne te brûle pas aux flammes des crieurs du pire
Résiste à leurs infâmes soupirs
Tu es si léger tu vaincras je le sais

Il nous reste tant à dire
Avec ces si jolis mots aux rondeurs sucrés
Sur la table quelques miettes oubliées
Racontent ces belles histoires
Qui craquent dans un bouquet de rires frais

J’ai sauté l’épais mur des haines communes
Le vert mou d’une prairie m’amortit
Ma main caresse cette terre oubliée
Pas de bruits inutiles
Pas de foule qui souffle sur les braises de nos colères
Ils sont loin les bavardages gluants
Ici tout se sent et s’entend
Tout se tait
On se regarde étonnés
On écoute apaisés
C’est fini tout est oublié
4 janvier

Ce soir sur mon trajet passant dans une allée bordée d’arbres j’ai entendu des oiseaux chanter. Étaient-ils gais, impatients, affamés je ne saurai le dire mais ce qui est certain c’est qu’ils m’ont poussé à lever la tête, à ralentir le pas et finalement à sourire. C’est déjà bien ! Quel beau métier que celui d’oiseau !

Je, tu, il, elle, on, vous, ils
Sur la page blanche de mes chaque matin
Je cherche
Je cherche
Qui va parler
A qui m’adresser
Que et quoi vous dire
Ce dont je ne doute pas
C’est le comment
Je choisis dans ma boîte à plumes
La fine et belle encore endormie
Je la lisse et la trempe dans les encres grises
De mes restes de nuit
Entends la qui crisse en glissant
Sur la première ligne de ton jour qui sourit
3 janvier

Ce que je te souhaite toi qui me lis
Ce que je te souhaite ô toi qui me vis
C’est une belle tranche de vie
Croquante ou craquante
Tu la verras riante
Au bord du matin brillant
Au bord de tes lèvres elle pétille et ruisselle
Dans ta chaude aube de miel
Écoute elle ondule pour se rendre belle

La nuit est là
Épaisse
Lourde
Elle pèse sur tes jambes
Qui cherchent le frais
Entre les plis du drap bleuté
Rien n’y fait
La nuit t’oppresse
Tes yeux se serrent
Ta gorge est sèche
Tu voudrais une douce brise
Un chant d’oiseau
Des rires d’enfants
Rien n’y fait
La nuit est là…

Mémoires de vieilles pierres figées
Odeur d’un vieux lichen fripé
Souvenirs d’un village endormi au creux du frêle été
Pas à pages il faut avancer dans les marges effacées
Juillet 2021

Ecoute le doux silence frissonnant
C’est le murmure du jour levant
Il te chuchote en souriant
Ces quatre rimes dans le vent
26 décembre

Il suffit je ne me lève plus a dit le jour somnolent
Mais ce n’est pas possible tu es condamné
A répondu une nuit tremblante et pressée d’engloutir
Le trou de lumière par elle creusé
Encore un effort je t’en prie
Le jour s’est tourné et retourné
Il a râlé
Au pied du lit de pierre a posé un pied puis deux
Et s’est levé l’œil mauvais
Sur un ton sec et irrité à la nuit a répondu
C’est bon une fois encore je le fais
Je le fais pour toi
Tu me fais tant pitié
23 décembre

Courbé, visage fermé
Je portais encore sur les épaules rentrées
L’infâme poids d’une nuit
Au sommeil délabré
Impatient, le pas traînant
J’ai tiré le long rideau de ma lourde insomnie
Le beau matin est arrivé
Dans un fragile bleuté
De bords mauves éclairés
22 décembre

J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j’admire les paysages, j’applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n’est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m’offense, je m’étonne à peine. Puis j’oublie et souris à qui m’outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j’aime. Que faire si je n’ai de mémoire que pour une seule image ? On me somme enfin de dire qui je suis. « Rien encore, rien encore… »
L’été. « La mer au plus près ». Gallimard

Au carrefour des impatiences
J’attends serein le signe de belle vie
Il est si bon l’espoir aux rires lointains
Dans ma réserve aux beaux futurs
Je n’ai plus assez de soleils matin

Il préférait les mots qui à leur simple prononciation évoquent un goût, une odeur, une forme, une sensation, une situation. Il avait commencé, depuis quelques temps, une collection de mots. Il trouvait certains mots épais, d’autres bruyants ou goûteux, comme un vin vieux qui reste longtemps en bouche… Il ne cherchait rien de précis, se laissait guider par ses sens. Il lui arrivait parfois de répéter un de ces mots, à voix haute, de s’en délecter, de le mâchouiller, de l’écouter. Puis il l’inscrivait sur un cahier qu’il feuilletait quelquefois, un sourire satisfait aux lèvres. Comme un vinophile qui plonge régulièrement dans les profondeurs de sa cave pour ausculter quelques bouteilles. Dans sa collection, il y avait les mots flacon, poisseux, balbuzard, vrille, cramoisi, taffetas, tapioca…
C’était une collection inutile, qu’il ne montrait pas. Les autres n’entendaient pas les mêmes mélodies. Il en avait parlé à Armand, une fois, mais il n’avait pas été convaincu. C’était un peu tôt, il aurait fallu, pour qu’il puisse apprécier les saveurs de ces mots, attendre quelques années de plus.
Au bout du compte, Marc s’était laissé convaincre et avait conclu que ce serait la meilleur façon d’utiliser intelligemment le micro ordinateur familial. On avait donc choisi la colonie Internet avec des arrière pensées éducatives. C’est encore une fois « on » qui impose sa loi. On a choisi. On. Le fameux « on » pronom personnel impersonnel de la troisième personne du singulier. Il est singulier, ce pronom qui se permet de prendre la place d’un seul ou d’une multitude. Il est singulier ce pronom qui regroupe parfois sous son anonyme dictature des foules énormes.
Et tout le monde est content. Ou plutôt on est content. Tant pis, si le fils ou la fille préférée aurait souhaité une colonie dominante chasse aux escargots, ou apprentissages des chants d’oiseaux. Armand, lui, n’avait pas eu la sensation d’être manipulé. Bien au contraire. On avait envoyé le formulaire d’inscription le jour même.
Armand, n’a pas eu à regretter. D’une part, l’activité l’a passionné et d’autre part cela lui a permis d’élargir le groupe qu’il avait constitué avec Fanny et Virginie l’année précédente. Ils se sont rapidement retrouvés à six dans les mêmes activités. Hormis leur attirance pour Internet et la lecture de romans d’aventure, ils ont en commun de détester la plage. Surtout quand il faut se déplacer en groupe. Et plus encore, quand le groupe doit marcher en rangs serrés. Quant aux baignades, elles se déroulent à l’intérieur d’un parc que les spécialistes de l’animation aquatique appellent un périmètre. Il faut entrer dans l’eau quand l’animateur l’a décidé et en sortir quand le coup de sifflet du maître nageur a retenti. Armand et les siens sont allergiques à tous ces jeux stupides qu’on leur propose continuellement dans le but de les éduquer dans la joie et la bonne humeur. Ils sont exaspérés par les animateurs couvrant le bruit des vagues avec leurs cris stupides et par les animatrices qui n’ont d’yeux que pour les abdominaux du maître nageur, toujours entre deux sommeils. Depuis le temps, ils connaissent tous les rites des colonies. Aujourd’hui ils n’aspirent qu’à être tranquille.
Ce qu’ils préfèrent, c’est qu’on sollicite leur avis. Le premier jour, le directeur adjoint, chargé de la pédagogie et des équipes de grands, explique que cette année on a décidé – tiens, encore le on – de les éduquer à la citoyenneté. Comme la plupart ignorent le sens de ce terme, il a expliqué qu’être citoyen dans une colonie c’est pouvoir choisir…

A l’ouest de mes mémoires salées
L’écume de tes mots
Douce caresse
Rime tendresse
Ta trace est là
Trait de lumière
Perce l’ombre creuse
De ton absence
Je souris et t’entends
Tu es là à ne rien dire
Vague fleur séchée
Sur la crête de ton océan

Le froid me transperce !
Oui c’est vrai, ce soir il fait froid, très froid même, un froid vif qui vous traverse de part en part. Si vous suivez mes chroniques vous savez certainement que je suis déjà affublé de nombreux petits trous de mémoire. Croiriez- vous pour autant que ce satané froid perçant choisisse de s’engouffrer dans ces nombreuses cavités dont d’ailleurs je ne me souviens jamais où elles se situent ? Non, ce serait trop simple et quand la bise du soir se lève elle préfère achever le travail et me voici transformé en passoire. Il faudrait surement que je me raisonne et que je serre les dents mais le souci est qu’elles claquent. Elles claquent et si je m’écoutais je n’aurai qu’une hâte c’est prendre mes cliques et mes claques pour rejoindre un pays sans hiver. Que nenni me dit-on ! Dans ces pays la chaleur est si lourde qu’elle vous assommera et si vous n’y prêtez garde vous conduira au fond du trou. Tout cela est, vous en conviendrez, bien compliqué : entre le froid qui me troue, la mémoire qui se troue et l’envie de soleil qui m’attire j’hésite, je tâtonne. Et comme je suis quelqu’un qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot, je m’agite et je fais les cent pas : le plus important étant bien entendu de ne pas rester cloué sur les deux mains dans les poches.
Mais savez-vous, il fait si froid que j’aime profondément le trou noir et chaud de mes poches percées.
Le trou noir : tiens donc…