Matinales…

Il reste un pli de sommeil

Sur le lourd drap de cette nuit d’hiver

L’œil plisse

Le regard glisse

C’est le chant du beau matin

Mes Everest : voir, Jacques Brel…

Voir la rivière gelée
Vouloir être un printemps
Voir la terre brûlée
Et semer en chantant
Voir que l’on a vingt ans
Vouloir les consumer
Voir passer un croquant
Et tenter de l’aimer

Voir une barricade
Et la vouloir défendre
Voir périr l’embuscade
Et puis ne pas se rendre
Voir le gris des faubourgs
Vouloir être Renoir
Voir l’ennemi de toujours
Et fermer sa mémoire

Voir que l’on va vieillir
Et vouloir commencer
Voir un amour fleurir
Et s’y vouloir brûler
Voir la peur inutile
La laisser aux crapauds
Voir que l’on est fragile
Et chanter à nouveau

Voilà ce que je vois
Voilà ce que je veux
Depuis que je te vois
Depuis que je te veux.

Tempête

C’est un jour de grand vent

Derrière l’humide vitre de mes grises inspirations

Branches cassées feuilles froissées

Oh froide douleur de mes mots aspirés

Oiseaux légers sur la fine ligne

De mes lèvres asséchées

Je tremble et vous entends

Vous hurlez en chœur

Un long cri d’innocent abandonné

Il est loin le souffle du bel été

Ils sont loin mes mots vagues

Aux longues rimes salées

Il

Mes Everest : Henri Michaux

Un vol d’oiseaux fonce sur la vallée

D’une bourrasque du ciel

d’un gros orage lenticulaire

l’escadrille surgit

Il y a un énorme blanc

dessus

dessous

de côté

partout

le blanc de deuil

Des arbres affairés cherchent leurs branches arrachées qui

    éclatent

des arbres affolés

des arbres comme des systèmes nerveux ensanglantés

mais pas d’êtres humains dans ce drame

l’homme modeste ne dit pas je suis malheureux

l’homme modeste ne dit pas

nous souffrons

les nôtres

les nôtres meurent

le peuple est sans abri

il dit nos arbres souffrent

Henri Michaux

À distance

Mercure de France, 1996

Flash…

Dans le décharnement solitaire

De l’arbre contraint à la nudité automnale

Il y a toute la violence d’une lente agonie

Comme un cri de douleur retenue

Comme un cri de couleur disparue

La sève figée entre les maigres bras

D’une brume fragile

Attend des demains

Paisibles et fleuris

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater, tous les murs sont debout…suite et fin….

Il ne voyait plus que des cartes d’identité

Et il avait vendu la sienne

Au satyre des bois

Il avait commencé à temporiser des gouttes d’horreur

A jouer une mélodie du malheur

Avec des cordes pendues

Pour des oreilles d’adoption

Qui se cramponnent sur les murs de sa cellule d’apparence

Il avait attrapé la maladie

Similitude de sa ressemblance

Comme les autres

Il était comme les autres

Quand il vit son miroir devenir la foule

Des solitaires qui se tenaient par le bout du sourire

Il eut peur

Il se vit nu

Vieux

Au milieu d’une mare aux cloportes

Il se sentait différent

Et se voyait identique

Il en mourut

Et les autres le lui pardonnèrent

Parce qu’eux aussi ils mourront

Avant qu’on ne l’oublie

Dans le cercle restreint

Des ceux qui le voyaient

S’enflammer sur la négation

Des ratés

Sur la lâcheté

Des entraîneurs de foire à sexualité

Il avait écrit des pleines pages

Du même mot

En rêvant à elle

Et sa répétition

Devenait

Un sanglot entrecoupé

De crachats

A la face

Des faux indifférents

Qui lui avaient offerts des lauries

Il n’avait jamais dit au revoir

Il disait Adieu

Pour montrer qu’il avait peur

Comme les autres

Et il en était mort

Comme les autres…

Ecrit pendant l’année 1979

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout : 5

Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience

Lui grattait la mémoire

Aux vues de la crasse géographique

Pour empailler le regard officiel

Des touristes canonisés

Il aimait une de celles

Que les autres haïssaient

Parce qu’elle ne ressemblait

A personne

Sinon à l’ombre qui s’accrochait à elle

Comme sa misère

Il aimait sans définitions

Il aimait sans projets

Il aimait

Et c’était vrai

Et tant pis pour les ceux qui restaient

A attendre qu’il craque

Et il haïssait les égoutiers de l’amour

Il voulait oublier les romantiques d’imitation

Anachroniques

Il était de ceux qui découvrait

Il était de ceux qui attendaient…

Un jour il m’a semblé plus vieux que jamais

Deux béquilles lui tenaient la main

Il ne rencontrait plus personne…

Mes Everest, Andrée Chedid…

Tu es radeau dans l’éclaircie

Tu es silence dans les villes

Tu es debout

Tu gravites

Tu es rapt d’infini

Mais tel que je suis

que j’écris que je tremble

Je te sais parfois

refroidi de toi-même

quand les fables et le sel t’ont quitté!

Je te sais
Tantôt mutilé
Tantôt espace
Tantôt épave
Ou illumination

Je te sais

disloqué par les parcelles du monde

Mais je te sais

De face

Dans la forge de ton feu.

Poèmes de jeunesse : il n’y a plus rien à rater, tous les murs sont debout..4

Il traversait les rues

Comme on entonne un cantique

De travers

Et ça les faisait rire

Il avait choisi de ne pas se déguiser

Et les autres le sifflaient

Manequin

Il nourrissait son désespoir

A grands coups de musique qui crient

Qu’elles ont peur de ne pas être entendues

Il avait rencontré des gens

D’un jour

Qui lui promettaient la gratuité

Des regards

Et qui se firent bagnards

Dans les supermarchés

Où sont empilées des plaques d’hypocrisie

Pour isoler leurs murs de solitude

Egoïstes

Il parlait des autres comme je parle de toi

Avec des mots lames de rasoir

Qui tranchaient la peur

Des ceux qui subsistent

Dans les ombres des encapés

Du verbe

Il lançait des signes

A ceux qui attendaient

Comme lui

Le quelque chose qui aura toujours

Un retard d’habitude

Il ne voyageait pas pour

S’encylopédiser

Il était trop triste

Pour apprendre le faux

Qui enrichit

Les amputés du verbe

Il voyageait parce qu’un chemin d’impatience

Lui grattait la mémoire

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater, tous les murs sont debout », 3

…Et on t’a dit que les morts étaient tranquilles

Et toi t’as vu qu’ils pleuraient

Et toi t’as dit

Il n’y a plus rien à rater

Tous les murs sont debout

On t’a dit de ne plus regarder

Que les silhouettes de similitude

Et toi tu as scié des arbres de vérité

On t’a dit de ne plus regarder les autres

Et toi tu l’as rencontré

Il avait le ciel au niveau du front

Des yeux lui servaient de nuages

Pour barrer la route à la lumière

Atomique

Qui dispersait la poussière

De son reste d’apparence

Ses mains lui pendaient aux bras

Comme deux points d’interrogation

Il avait enveloppé sa tristesse dans un drap de dégoût

Et les autres lui vomissaient de la mauvaise haine

Qui les avaient attachés dans l’antiquité de leurs regards

Paroissiaux

Il était habillé de l’indifférence similitude

Qui le faisait ressembler

A ceux qui passent leur route pour n’y plus revenir

Sa barbe datait de la dernière guerre

Celle qui n’avait pas eu lieu

Parce qu’il l’avait rêvée

Le jour où tous parlaient de paix

Il avait voulu se faire baptiser

Par les enfants de la rue aux rats niés

Qui s’en foutaient

De leurs pères et de ceux des autres

Parce qu’ils n’en avaient qu’un

La misère qui ne les guidait même plus

Et il est devenu le fou du village

L’amazonien du caniveau

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout : 2

…Ceux qui rêvaient

Dans l’ailleurs d’un autre pays…

Déjà une vague de désespoir

Toujours une marée de misère

Neige éternelle

Calaminée par le crachat d’une ville tuberculeuse

Où s’ennuient par milliers

Par grappes d’angoissés

Des vendeurs d’horizons

Au rabais

A l’étalage de leur mort

Grappe d’avenirs

Ils se comptent par solitude

Déjà…

On sent le regard d’une foule

Qui se meurtrit de bizarreries

Regards placardés

Sur les singes aux bouquins

Cacahuètes culturelles

Cage de mots

D’où on entend toujours une musique

Qui vrillerait le souffle

Des bouffeurs de chrono

Tout vacille

Quille…

Ton camarade suivant est mort

D’avoir été trop jeune

Pour savoir qu’il fallait vivre

Un pied devant l’autre

Qui suit

Indifférent

Et on t’a dit de regarder ta route

Qui mène tout droit

Où elle est toujours allée

Comme les autres

Et toi t’as vu

Et toi tu savais

Alors t’as trouvé

Encore…

Poèmes de jeunesse : « il n’y a plus rien à rater tous les murs sont debout… » 1

Un texte, très long, écrit en 1980 que je republie en quatre ou cinq parties….

Je l’aurai rencontré un jour de mensonge

Un jour comme tant d’autres

Je l’aurai rencontré le jour où l’on pouvait partir

Pour d’autres villes

Je l’aurai rencontré dans ce port sans bateau

Dans ce port sans eau

Dans ce trop long canal où coulent des compromis

Pour rêver

Rêver

Où l’on traîne le regard

Avec une liasse de souvenirs identiques

Avec une liasse de remords

A imprimer

Avec l’énergie du cafard

Enjoliveur de mode

Pour les mélancoliques du soir sans muses…

Déjà des caves aux fenêtres de l’ombre

Enfumées

Vident leurs morts

Vivent leur mort

Banale

Hivernale

Pleins à craquer des affreux qui comptent

Sur leurs doigts seringues

Les intervalles de leurs soupirs

Mécaniques

Pour minuter

Leur éternel motif d’impatience

Pour le trop bref retour de ceux qu’ils rêvaient…

Mars 1980

Amies fidèles…

Entre Brest et Le Conquet

Entre ciel et mer

La terre s’est avancée.

Entre les bras des gris cotonneux,

Raide et fière, elle s’est abandonnée.

Amies fidèles,

Contre vents et marées,

Mer et terre,

Jamais ne sont quittées.

Amies fidèles,

Elles se sont protégées…

Mes Everest… Albert Camus

J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j’admire les paysages, j’applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n’est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m’offense, je m’étonne à peine. Puis j’oublie et souris à qui m’outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j’aime. Que faire si je n’ai de mémoire que pour une seule image ? On me somme enfin de dire qui je suis. « Rien encore, rien encore… »

L’été. « La mer au plus près ». Gallimard

J’attends… Inédit…

Je suis d’une grammaire oubliée
Je conjugue le verbe attendre
A tous les temps de l’impatience
J’écoute aux portes des sourires croisées
J’y entends le chant secret des absents
Je cherche des traces d’amitiés
Les arrime aux belles et rondes rimes
Sur la rive mauve de mes basses marées
Ô vous qui ne me voyez
J’attends
Oui j’attends vous le savez
Un signe de la main
A ceux qui se baissent pour pleurer

Matinales…

Au carrefour des impatiences

J’attends serein le signe de belle vie

Il est si bon l’espoir aux rires lointains

Dans ma réserve aux beaux futurs

Je n’ai plus assez de soleils matin

Et si on partait…

Pour faciliter la lecture je publie, en entier, cette nouvelle…

« ET SI ON PARTAIT… »

C’est un mardi matin, un mardi de novembre que tout a commencé. Ou plutôt que tout a recommencé. Ces derniers jours, l’automne avait fini par rendre l’âme et l’hiver avait pris le relais.

Louis est de mauvaise humeur ! Non pas qu’il redoute le mauvais temps mais parce qu’il s’attend à supporter l’éternelle ritournelle de sa compagne quand les premiers froids arrivent. C’est écrit d’avance :  Marie, son épouse va vouloir bouger, va vouloir partir… Alors il se dit que la meilleure méthode pour éviter un débat qu’il sait perdu d’avance, c’est de ne rien dire, ou très peu. Bref, il va prendre les devants : il va bougonner, ronchonner, râler. C’est un spécialiste et n’a besoin ni d’échauffement, ni même de prétextes.

  • Fini, terminé, je crois que je suis blasé, je pense avoir fait le tour, je ne veux plus bouger d’ici. Et puis je dois l’avouer, je crois que je deviens sensible aux discours des écologistes. La couche d’ozone. Le carbone. Et puis de toute façon je n’ai pas…

Il est assis, ou plutôt avachi dans son fauteuil favori, dans un état de semi-somnolence certes, mais l’œil suffisamment vif pour indiquer qu’il est prêt à en découdre. Inquiet, il observe du coin de l’œil Marie. Il la connait par cœur. Depuis quarante ans, il a eu le temps de l’observer et il est désormais capable au mot près de deviner ce qu’elle va dire rien qu’en observant sa position sur le canapé, sa manière de remuer les lèvres, de tourner les pages. Il sait interpréter les silences, les croisements de bras, de jambes, les clignements de paupière. Elle est assise en face de lui avec, dans les mains, la dernière brochure qu’elle a reçue le matin même vantant avec le renfort de moultes photos l’exotisme de nombreuses destinations, de la Bourgogne à la Malaisie.

Avec son bougonnement casanier, ses sourcils broussailleux froncés, il pense avoir bien anticipé la question récurrente qu’il pressent imminente.

Marie lève les yeux et le regarde furtivement :

  • Qu’est-ce que tu bougonnes encore, je n’entends pas ce que tu dis.
  • Rien je ne dis rien, je n’ai pas envie de….
  • Et si on partait en Malaisie ?

Et voilà c’est parti ! Louis lève les yeux au ciel. Il se redresse un peu et commence à prendre une longue inspiration comme un enfant qu’on a surpris en train de faire une bêtise. Marie a compris. Elle n’a pas envie d’entrer dans une nouvelle polémique et lui dire qu’il devient pénible à toujours refuser ce qu’elle propose. Il faut qu’elle ruse, qu’elle le surprenne, qu’elle le prenne au piège car elle le connait bien ; il est du style à toujours commencer par dire qu’il ne veut pas, qu’il n’est pas d’accord et il finit par accepter, par se laisser faire.

Elle sait surtout qu’ils vieillissent tous les deux, et il est probable que tout deviendra bientôt plus difficile.

Le débat que Louis attend de pied ferme n’arrive finalement pas et il est surpris. Il est même inquiet. Il se demande ce qui lui arrive, elle est peut-être malade ou alors tout simplement elle ne le supporte plus. Et comme il est un peu parano, il s’attend même à ce qu’elle lui apprenne qu’elle va partir sans lui…

Marie pose la brochure dans le porte-revues et jette un coup d’œil par la fenêtre. Les premiers flocons volettent. Elle le regarde en soupirant.

  • Eh bien tu vois, je vais t’étonner moi aussi je crois que je n’ai plus envie de tout ça. Ce qu’il faudrait, c’est trouver quelque chose de simple et original, et surtout qui nous surprenne totalement…

Louis, soulagé s’est radouci et le masque de bougonneur a disparu.

  • Oui, tu as raison, un voyage en terre inconnue quoi, un endroit où personne n’est jamais allé…
  • Ou que personne n’a jamais vraiment regardé…

Curieusement, Louis se sent motivé. Ça lui plait. Une terre inconnue, un endroit où l’homme n’est jamais allé, une espèce d’Amérique moderne. En fait, ce dont il rêve, là dans un fauteuil, c’est d’être comme Marco-Polo ou Christophe Colomb. Original et ambitieux, mais à soixante-quatre ans, sans fortune personnelle, sans compétence de navigateur au long cours, comment trouver une terre inconnue ?  

Marie sent que cela va être difficile mais elle va réfléchir, elle va trouver.  

La nuit est un peu agitée pour Louis.  Ses rêves sont emplis de voyages tous plus loufoques les uns que les autres.

Marie est levée. C’est inhabituel. Elle est déjà habillée et entre brusquement dans la chambre où Louis feint un réveil difficile.

  • Tu es prêt ? On s’en va ?
  • Mais on va où ?
  • Je ne sais pas on verra, on va aller à l’aéroport et on choisira au hasard.  Qu’est-ce que tu en penses ?
  • Mais chérie, si on prend l’avion on est certain de ne pas aller vers l’inconnu. Si un avion va quelque-part, c’est qu’on y est déjà allé. Et c’est pareil pour le train, pour la voiture. Aujourd’hui pour partir il faut savoir où on va. Et puis de toute façon la météo n’est pas terrible…

Louis vient d’ouvrir les volets. En effet, il neige fort depuis plusieurs heures. Le silence prend de plus en plus de place, tout est étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’est l’empire du coton. Louis n’a pas envie de sortir préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pull et manteau.

Il va poursuivre son hibernation. Parfois, il tire un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout est simple. Marie ne tardera pas à oublier ses projets…

Louis agit comme si de rien n’était, il prend le temps d’allumer une belle flambée.

Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui, ployant sous le poids de cette neige lourde, n’ont pas résisté. Non, ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….

Il appelle Marie

  • Ecoute Marie…

Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici en montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Ils vont sortir. Pour voir, pour entendre.

Ils mettent beaucoup de temps à s’habiller, pas pressés de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige.

Ils sont à l’extérieur, ils font le tour de la maison, pas très rapidement, ils s’enfoncent. Le son des bottes quand ils lèvent la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche, est magnifique. C’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens, s ’il devait l’écrire, il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « onfk ». Qu’est-ce que tu en penses Marie ?

Ils ont fait le tour. Derrière leur maison, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois, on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…

La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.

« Onfk ! » Incroyable une mouette vient de s’envoler. Elle s’était posée sur la neige fraîche. Il s’est avancé, il y a encore les traces de ses pattes.

  • Viens voir Marie !

Au-dessus d’eux la mouette plane, on dirait qu’elle rit. Marie s’est approchée, elle frissonne un peu. Louis s’est accroupi, il gratte la neige, juste à l’endroit où la mouette s’est posée. Regarde Marie, il y a un message. Elle se penche au-dessus de son épaule, elle le voit déplier un papier,

  • Tiens Marie, lis, lis ce qu’elle nous a écrit…

Elle saisit le bout de papier en souriant. Louis ne se retourne pas.

  • Allez Marie, je t’écoute, qu’est-ce que tu lis ?

Marie prend sa plus belle voix.

  • C’est amusant mon Louis, je lis : « Bienvenue en terre inconnue ! ».

Louis s’est redressé, il secoue les quelques flocons qui se sont accumulés sur sa veste, il regarde Marie tendrement.

  • Viens Marie, on rentre…   

Et si on partait… fin

Louis vient d’ouvrir les volets. En effet, il neige fort depuis plusieurs heures. Le silence prend de plus en plus de place, tout est étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’est l’empire du coton. Louis n’a pas envie de sortir préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pull et manteau.

Il va poursuivre son hibernation. Parfois, il tire un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout est simple. Marie ne tardera pas à oublier ses projets…

Louis agit comme si de rien n’était, il prend le temps d’allumer une belle flambée.

Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui, ployant sous le poids de cette neige lourde, n’ont pas résisté. Non, ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….

Il appelle Marie

  • Ecoute Marie…

Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici en montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Ils vont sortir. Pour voir, pour entendre.

Ils mettent beaucoup de temps à s’habiller, pas pressés de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige.

Ils sont à l’extérieur, ils font le tour de la maison, pas très rapidement, ils s’enfoncent. Le son des bottes quand ils lèvent la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche, est magnifique. C’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens, s ’il devait l’écrire, il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « onfk ». Qu’est-ce que tu en penses Marie ?

Ils ont fait le tour. Derrière leur maison, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois, on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…

La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.

« Onfk ! » Incroyable une mouette vient de s’envoler. Elle s’était posée sur la neige fraîche. Il s’est avancé, il y a encore les traces de ses pattes.

  • Viens voir Marie !

Au-dessus d’eux la mouette plane, on dirait qu’elle rit. Marie s’est approchée, elle frissonne un peu. Louis s’est accroupi, il gratte la neige, juste à l’endroit où la mouette s’est posée. Regarde Marie, il y a un message. Elle se penche au-dessus de son épaule, elle le voit déplier un papier,

  • Tiens Marie, lis, lis ce qu’elle nous a écrit…

Elle saisit le bout de papier en souriant. Louis ne se retourne pas.

  • Allez Marie, je t’écoute, qu’est-ce que tu lis ?

Marie prend sa plus belle voix.

  • C’est amusant mon Louis, je lis : « Bienvenue en terre inconnue ! ».

Louis s’est redressé, il secoue les quelques flocons qui se sont accumulés sur sa veste, il regarde Marie tendrement.

-Viens Marie, on rentre… 

Premier prix dans un concours de nouvelles…

Ravi d’apprendre que j’ai remporté le premier prix du concours de nouvelles 2024 organisé par l’Académie des Sciences et Belles-Lettres de Mâcon, pour un texte que j’avais intitulé  » l’horaire des marées ». Dés que possible je publierai ou partagerai ce texte sur mon blog…

Matinales…

C’est un matin au souffle court

Sa nuit entière à chercher le rêve bleu

A l’horizon des demains qui se ressemblent

Il respire le reste de nos espoirs

Mes Everest, Stefan Zweig

La jeune fille

Aujourd’hui, je ne peux trouver le repos…

La faute sans doute à cette nuit d’été.

Le parfum des tilleuls éclos

Pénètre par le battant écarté.

Oh, toi mon cœur ! Si maintenant il venait

-Ma mère depuis longtemps est allée se coucher-

Et dans ses bras te prenait…

Toi mon faible cœur…Jusqu’où te laisseras-tu aller ?

Cordes d’argent-1901-

Et si on partait… 2

Elle sait surtout qu’ils vieillissent tous les deux, et il est probable que tout deviendra bientôt plus difficile.

Le débat que Louis attend de pied ferme n’arrive finalement pas et il est surpris. Il est même inquiet. Il se demande ce qui lui arrive, elle est peut-être malade ou alors tout simplement elle ne le supporte plus. Et comme il est un peu parano, il s’attend même à ce qu’elle lui apprenne qu’elle va partir sans lui…

Marie pose la brochure dans le porte-revues et jette un coup d’œil par la fenêtre. Les premiers flocons volettent. Elle le regarde en soupirant.

  • Eh bien tu vois, je vais t’étonner moi aussi je crois que je n’ai plus envie de tout ça. Ce qu’il faudrait, c’est trouver quelque chose de simple et original, et surtout qui nous surprenne totalement…

Louis, soulagé s’est radouci et le masque de bougonneur a disparu.

  • Oui, tu as raison, un voyage en terre inconnue quoi, un endroit où personne n’est jamais allé…
  • Ou que personne n’a jamais vraiment regardé…

Curieusement, Louis se sent motivé. Ça lui plait. Une terre inconnue, un endroit où l’homme n’est jamais allé, une espèce d’Amérique moderne. En fait, ce dont il rêve, là dans un fauteuil, c’est d’être comme Marco-Polo ou Christophe Colomb. Original et ambitieux, mais à soixante-quatre ans, sans fortune personnelle, sans compétence de navigateur au long cours, comment trouver une terre inconnue ?  

Marie sent que cela va être difficile mais elle va réfléchir, elle va trouver.  

La nuit est un peu agitée pour Louis.  Ses rêves sont emplis de voyages tous plus loufoques les uns que les autres.

Marie est levée. C’est inhabituel. Elle est déjà habillée et entre brusquement dans la chambre où Louis feint un réveil difficile.

  • Tu es prêt ? On s’en va ?
  • Mais on va où ?
  • Je ne sais pas on verra, on va aller à l’aéroport et on choisira au hasard.  Qu’est-ce que tu en penses ?
  • Mais chérie, si on prend l’avion on est certain de ne pas aller vers l’inconnu. Si un avion va quelque-part, c’est qu’on y est déjà allé. Et c’est pareil pour le train, pour la voiture. Aujourd’hui pour partir il faut savoir où on va. Et puis de toute façon la météo n’est pas terrible…

Matinales…

Oh reste encore je t’en prie

Il y a encore tant à voir

Tant de rires à cueillir

Dans les draps parfumés de fraîches prairies

Tant de douces brumes

Accrochées aux boucles de mes mots

Tant de larmes rosées

Perles perdues aux fils tendus

De mes silences aux gorges serrées

Tant de vagues noyées de bleus

Tant de feuilles aux longues lignes gorgées

D’une belle encre au mauve oublié

Oh oui je reste

Jusqu’à l’unique loin matin

Je rêve encore et pose ces quelques mots

Dans le creux de ton soleil câlin

Mes Everest, Françoise Delcarte

Françoise Delcarte (1936-1995) est une poétesse belge.
Sa biographie qu’elle jugeait dénuée d’intérêt tient toute dans ce qu’elle a écrit. 

Entre offense et pardon, le poème injurie. Il est sable, il est saison, pont jeté sur nos vivres. Le poème n’est, ne sera jamais qu’une seconde défalquée. Née d’un phénomène nerveux mais aussi résultante d’un équilibre interne autrement violé.

Dans le va-et-vient quotidien du temps, le poème enregistre des hausses et des baisses de tempèrature, se les inocule et trace alors une courbe dont tous les points sont jonction, équilibre mesure.

Il ne s’agit pas d’un miracle, pas plus d’ailleurs que d’une preuve par neuf quelconque, mais plutôt d’un contrepoint organique, lequel se rapprocherait finalement d’une syntaxe musicale. Là peut-être y aurait-il l’ébauche d’un sens à donner au mot « poésie »?

Quant à moi, je ne prétends encore qu’aux termes qui, eux, sont « poèmes ».

Et si on partait…

Je participe à beaucoup de concours de nouvelles. Il m’est même arrivé d’en remporter. En voici une, qui n’a malheureusement pas été retenue, que je vais publier en quatre parties. I s’agissait d’un concours avec un thème imposé : ici il s’agissait de « voyage en terre inconnue »

C’est un mardi matin, un mardi de novembre que tout a commencé. Ou plutôt que tout a recommencé. Ces derniers jours, l’automne avait fini par rendre l’âme et l’hiver avait pris le relais.

Louis est de mauvaise humeur ! Non pas qu’il redoute le mauvais temps mais parce qu’il s’attend à supporter l’éternelle ritournelle de sa compagne quand les premiers froids arrivent. C’est écrit d’avance :  Marie, son épouse va vouloir bouger, va vouloir partir… Alors il se dit que la meilleure méthode pour éviter un débat qu’il sait perdu d’avance, c’est de ne rien dire, ou très peu. Bref, il va prendre les devants : il va bougonner, ronchonner, râler. C’est un spécialiste et n’a besoin ni d’échauffement, ni même de prétextes.

  • Fini, terminé, je crois que je suis blasé, je pense avoir fait le tour, je ne veux plus bouger d’ici. Et puis je dois l’avouer, je crois que je deviens sensible aux discours des écologistes. La couche d’ozone. Le carbone. Et puis de toute façon je n’ai pas…

Il est assis, ou plutôt avachi dans son fauteuil favori, dans un état de semi-somnolence certes, mais l’œil suffisamment vif pour indiquer qu’il est prêt à en découdre. Inquiet, il observe du coin de l’œil Marie. Il la connait par cœur. Depuis quarante ans, il a eu le temps de l’observer et il est désormais capable au mot près de deviner ce qu’elle va dire rien qu’en observant sa position sur le canapé, sa manière de remuer les lèvres, de tourner les pages. Il sait interpréter les silences, les croisements de bras, de jambes, les clignements de paupière. Elle est assise en face de lui avec, dans les mains, la dernière brochure qu’elle a reçue le matin même vantant avec le renfort de moultes photos l’exotisme de nombreuses destinations, de la Bourgogne à la Malaisie.

Avec son bougonnement casanier, ses sourcils broussailleux froncés, il pense avoir bien anticipé la question récurrente qu’il pressent imminente.

Marie lève les yeux et le regarde furtivement :

  • Qu’est-ce que tu bougonnes encore, je n’entends pas ce que tu dis.
  • Rien je ne dis rien, je n’ai pas envie de….
  • Et si on partait en Malaisie ?

Et voilà c’est parti ! Louis lève les yeux au ciel. Il se redresse un peu et commence à prendre une longue inspiration comme un enfant qu’on a surpris en train de faire une bêtise. Marie a compris. Elle n’a pas envie d’entrer dans une nouvelle polémique et lui dire qu’il devient pénible à toujours refuser ce qu’elle propose. Il faut qu’elle ruse, qu’elle le surprenne, qu’elle le prenne au piège car elle le connait bien ; il est du style à toujours commencer par dire qu’il ne veut pas, qu’il n’est pas d’accord et il finit par accepter, par se laisser faire.

La suite demain…

Inspiration…

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Page blanche et dure

Allongée sur le sol gris et mou

D’une fin de nuit

Epaisse

Gluante

J’entends le cri plaintif des articulations

Rouillées à l’humide des dernières pluies

Le muscle des voyelles est douloureux

Celui des consonnes est contracté

Allongé

Les yeux fermés

J’attends la marée des mots bleus

Mardi 5 janvier 2021

Aprés la pluie…

Après les pluies de moites haines

On s’envase dans les marais de l’ignoble

Les pas sont si lourds que les visages se courbent

Vers les bas-fonds des ragots numériques

Mais il viendra le temps où les mots rouleront en paix

Entre les lignes ils se parleront d’une voix basse

Ils déposeront leurs armes sans rimes dans les marges

Il viendra le temps des brumes mauves

Qui inventent des sourires de papier

Au bas des pages de nos histoires d’aimer.

1 décembre

Mes Everest : « la tristesse », Léo Ferré…

La Tristesse a jeté ses feux rue d’ Amsterdam
Dans les yeux d’une fille accrochée aux pavés
Les gens qui s’en allaient dans ce Paris de flamme
Ne la regardaient plus, elle s’était pavée
La Tristesse a changé d’hôtel et vit en face
Et la rue renversée dans ses yeux du malheur
Ne sait plus par quel bout se prendre et puis se casse
Au bout du boulevard comme un delta majeur

La Tristesse…

C’est un chat étendu comme un drap sur la route
C’est ce vieux qui s’en va doucement se casser
C’est la peur de t’ entendre aux frontières du doute
C’est la mélancolie qu’a pris quelques années
C’est le chant du silence emprunté à l’automne
C’est les feuilles chaussant leurs lunettes d’hiver
C’est un chagrin passé qui prend le téléphone
C’est une flaque d’eau qui se prend pour la mer

La Tristesse…

La Tristesse a passé la main et court encore
On la voit quelquefois traîner dans le quartier
Ou prendre ses quartiers de joie dans le drugstore
Où meurent des idées découpées en quartiers
La Tristesse a planqué tes yeux dans les étoiles
Et te mêle au silence étoilé des années
Dont le regard lumière est voilé de ces voiles
Dont tu t’en vas drapant ton destin constellé

La Tristesse…

C’est cet enfant perdu au bout de mes caresses
C’est le sang de la terre avorté cette nuit
C’est le bruit de mes pas quand marche ta détresse
Et c’est l’imaginaire au coin de la folie
C’est ta gorge en allée de ce foulard de soie
C’est un soleil bâtard bon pour les rayons  » X « 
C’est la pension pour Un dans un caveau pour trois
C’est un espoir perdu qui se cherche un préfixe

Le désespoir…

Ne regarde pas comme les autres…

Ne regarde pas comme les autres.

Les autres…N’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracée, choisis ton chemin. Et si on te répond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forêt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux, qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues. S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, réponds-leur que leur imagination est en panne, fatiguée, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crêtes des sapins qu’on est trompé par son obsession du réel convenu.

Cette imagination-là n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naïf qui fabriquent du magique pour empêcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie préfabriquée qui fabrique des rêves à la chaîne, des rêves qui sont toujours les mêmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Tu dois leur dire que les arbres tu les vois comme des arbres et pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou tout autres monstres qu’on veut entrer de force dans les têtes pour que les peurs soient identiques.

Tu ne dois pas être comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends quand ils bougent dans le vent tu dois dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : ils font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer. Tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste de le dire, c’est injuste pour les arbres d’abord, et puis pour la mer surtout, c’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prétendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue avec leurs mots à eux, avec les mots qui ont été fabriqués par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs…

Toi tu dois dire que la mer existe ici, dans ces forêts d’altitude, tu dois dire qu’elle est là, derrière ce vent, comme une mémoire……

Matinales…

Sur les ocres feuilles du lent automne

J’écris sans rires ni rimes

Une belle et longue plainte

Les mots que je trempe dans une encre de mauve pluie

Glissent sous les lourds pas de ma veuve plume

Depuis l’envol du bel et bleu été

18 novembre

Mes Everest, Nathalie Sarraute

Je suis dans ma chambre, à ma petite table devant la fenêtre. Je trace des mots avec ma plume trempée dans l’encre rouge… je vois bien qu’ils ne sont pas pareils aux vrais mots des livres… ils sont comme déformés, comme un peu infirmes… En voici un tout vacillant, mal assuré, je dois le placer… ici peut-être… non, là… mais je me demande… j’ai dû me tromper… il n’a pas l’air de bien s’accorder avec les autres, ces mots qui vivent ailleurs.., j’ai été les chercher loin de chez moi et je les ai ramenés ici, mais je ne sais pas ce qui est bon pour eux, je ne connais pas leurs habitudes…
Les mots de chez moi, des mots solides que je connais bien, que j’ai disposés, ici et là, parmi ces étrangers, ont un air gauche, emprunté, un peu ridicule… on dirait des gens transportés dans un pays inconnu, dans une société dont ils n’ont pas appris les usages, ils ne savent pas comment se comporter, ils ne savent plus très bien qui ils sont…
Et moi je suis comme eux, je me suis égarée, j’erre dans des lieux que je n’ai jamais habités… je ne connais pas du tout ce pâle jeune homme aux boucles blondes, allongé près d’une fenêtre d’où il voit les montagnes du Caucase… Il tousse et du sang apparaît sur le mouchoir qu’il porte à ses lèvres… Il ne pourra pas survivre aux premiers souffles du printemps… Je n’ai jamais été proche un seul instant de cette princesse géorgienne coiffée d’une toque de velours rouge d’où flotte un long voile blanc… Elle est enlevée par un djiguite sanglé dans sa tunique noire… une cartouchière bombe chaque côté de sa poitrine…je m’efforce de les rattraper quand ils s’enfuient sur un coursier… « fougueux »… je lance sur lui ce mot… un mot qui me paraît avoir un drôle d’aspect, un peu inquiétant, mais tant pis… ils fuient à travers les gorges, les défilés, portés par un coursier fougueux… ils murmurent des serments d’amour.., c’est cela qu’il leur faut… elle se serre contre lui… Sous son voile blanc ses cheveux noirs flottent jusqu’à sa taille de guêpe…
Je ne me sens pas très bien auprès d’eux, ils m’intimident.., mais ça ne fait rien, je dois les accueillir le mieux que je peux, c’est ici qu’ils doivent vivre.., dans un roman… dans mon roman, j’en écris un, moi aussi, et il faut que je reste ici avec eux… avec ce jeune homme qui mourra au printemps, avec la princesse enlevée par le djiguite… et encore avec cette vieille sorcière aux mèches grises pendantes, aux doigts crochus, assise auprès du feu, qui leur prédit… et d’autres encore qui se présentent…
Je me tends vers eux… je m’efforce avec mes faibles mots hésitants de m’approcher d’eux plus près, tout près, de les tâter, de les manier… Mais ils sont rigides et lisses, glacés… on dirait qu’ils ont été découpés dans des feuilles de métal clinquant… j’ai beau essayer, il n’y a rien à faire, ils restent toujours pareils, leurs surfaces glissantes miroitent, scintillent… ils sont comme ensorcelés.
À moi aussi un sort a été jeté, je suis envoûtée, je suis enfermée ici avec eux, dans ce roman, il m’est impossible d’en sortir…
Et voilà que ces paroles magiques… « Avant de se mettre à écrire un roman, il faut apprendre l’orthographe » … rompent le charme et me délivrent.

Extrait de « l’enfance »

Flash…

Parfois à l’angle d’un jour sans relief

Il y a une belle histoire qui s’échappe

Des griffes des tristes charognards

Ils n’ont pas eu le temps de souffler leur venin

Ils n’ont pas eu le temps d’abîmer la belle fossette

D’un sourire matin

Ils sont trop occupés à enfiler des perles de haine

Qu’ils offriront aux oreilles dociles

Belle histoire s’est échappée

Regarde, Ecoute petit homme

Elle est accrochée

Elle frissonne sur le fil d’un prochain baiser

28 novembre

Mémoires…

Entends le mot à mot

Du vieux mur de pierres

Écoute cette histoire d’hier

Écoute ces chants du lève tôt

Avance et ne dis rien

Ne sèche plus tes larmes

Ton rire vit le dernier drame

Tout est fini il ne sera plus demain

Matinales

J’ai lu la dernière page de ta mémoire gravée
Au recto de ta longue vie
Tant de fois racontée
Je vois un champ de rires
Au rose si léger
Une à une
Les fleurs de papier se sont envolées
Au verso quelques lignes ont noirci
Et pleurent en glissant
Tes derniers mots aux rimes inachevées

Trois fois rien…

Trois fois rien

Me dites-vous ?

Oui trois fois rien,

Et c’est tout !

Cela suffit pour mon peu de bonheur…

Non vous dis-je !

Ce n’est pas assez,

Vous le regretterez…

Oh non, rien de plus,

Je vous en prie !

Pas de rose,

Plus de mauves,

Laissez les bleus en paix.

Je n’ai besoin que de terres grises

Pour écrire mes rêves bariolés.

Reflets… Inédit

Nez en l’air à rêver

Tu as posé le pied

Dans une flaque de nuit

La ville au gris éclaboussé

Te sourit de ses mille larmes

Aux flammes du soir brillant

Le matin s’est levé…

Sur l’eau, quelques rides de lumières,

Le matin léger s’étire sur le fleuve.

Au loin la rumeur de la ville,

Comme un bruit qui s’éveille.

On s’étire, le silence se respire.

Il fait frais, on sourit.

Le jour se lève.

C’est beau,

La nuit s’est retirée,

Discrètement, le port l’a avalée.

Le soleil est là, on le sent.

On l’entend.

Chaque couleur s’est préparée,

Dans le matin léger,

Ses ailes lissées le fleuve a déployé.

Mes Everest, Paul Verlaine…

Ariettes oubliées…3

II pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville:
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un cœur qui s’ennuie Ô le chant de la pluie!

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi! nulle trahison?…
Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine!

Flash…

Je gratte le fond de ma boîte à mémoire

Je tombe sur une flaque de flou

Un bout de brume

Un cargo ridé de rouille

Un reste de vent du large

C’est si beau c’est si bon

Le long flux du fil perdu

26 novembre

Matinales…

Ils ont réglé leur réveil chagrin

A l’heure du regard matin

Jour de plus

Jour de rien

Dans les sombres arrières salles

D’un monde si vieux

Qu’il pleure toutes les larmes mauves

De son corps affaibli

J’entends la bruine de mille pluies

Ils ont réglé leur réveil matin

A l’heure des regards chagrins

Mes Everest, Paul Verlaine…

Ariettes oubliées, 2

Je devine, à travers un murmure.
Le contour subtil des voix anciennes
Et dans les lueurs musiciennes.
Amour pâle, une aurore future!

Et mon âme et mon cœur en délires
Ne sont plus qu’une espèce d’œil double
Où tremblote à travers un jour trouble
L*ariette. hélas! de toutes lyres!

O mourir de cette mort seulette

Que s’en vont, — cher amour qui t’épeures.

Balançant jeunes et vieilles heures!

O mourir de cette escarpolette!

Flash…

Dans les presque nuits mauves

L’oeil flou de l’espoir de paix

Il n’est plus possible d’attendre

Les heures graves ont empli mon rêve

Goutte à goutte les larmes de silence ont séché

Matinale venteuse…

Vent de novembre réveille matin docile

Aux quatre coins du ciel des nuages s’étirent

Regarde-les gonfler de plaisir

Regarde-les s’emplir d’un flot de rires

Voiles légères gonflent et se courbent

Ne riez pas Ô maris secoués

Les hommes de terre redoutent la tempête

Mes Everest : Paul Verlaine…

Ariettes oubliées : 1

C’est l’extase langoureuse.
C’est la fatigue amoureuse,
C’est tous les frissons des bois
Parmi l’étreinte des brises,
C’est, vers les ramures grises,
Le chœur des petites voix.

Ô le frêle et frais murmure!
Cela gazouille et susurre,
Cela ressemble au cri doux
Que l’herbe agitée expire…
Tu dirais, sous l’eau qui vire.
Le roulis sourd des cailloux.

Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante
C’est la nôtre, n’est-ce pas?
La mienne, dis, et la tienne.
Dont s’exhale l’humble antienne
Par ce tiède c soir, tout bas?

Flash…

Le chemin le plus court qui conduit à la poésie ?

Je ne sais pas

Pour ma part c’est au choix

Je flotte entre les courbes de deux mots

Je bondis entre vers et rime

Je saute

Je sursaute

Je colle l’oreille au dos doux d’une feuille de papier

J’entends un vague clapotis

A moins que ce ne soit un cliquetis

Je caresse les longues jambes de mots longs qui s’affaissent

Un point endormi soudain se lève

L’heure est venue mon bel ami

De conjuguer tes principes passés

A tous les temps décomposés

Mémoires…

Je me souviens, c’était il y a quarante deux ans. Quarante ans, une vie qui s’ajoute, des vies qu’on ajoute… Et les traces, toutes ces traces, celles que l’on suit, celles que l’on laisse. Je les aime ces traces, les marques du passé. On croit qu’on oublie et puis…Et puis on se croise sur le chemin des souvenirs posés, on se surprend, le cœur bat, il est le même. Il est là… C’est lui l’homme, le jeune homme que j’étais, je suis le même. Je devine les mots, mes mots, eux aussi sont les mêmes, légers, prêts pour l’envol. Regarde je les attrape, ils attendaient, là, tout la haut, dans le ciel, entre mauves et solitudes…

Barre d’Etel

Barre d’Etel,  août 2016

Fatiguée d’une si longue marée,

Tout doucement la mer s’est assoupie.

Entre les bras de la terre elle s’est endormie.

Lente et longue,

Etirée reposée,

Dans la chair de la côte,

Elle est entrée.

Regarde  les gris qui se rencontrent

Le ciel est bas, il s’approche

Pour les entendre s’aimer.

Entre ciel et mer,

La terre s’est apaisée.

Entre terre et mer,

Le ciel a gonflé ses voiles de brume.

Et dans la lumière qui sombre

Engloutie par cette  fin d’après midi

Sans un bruit, sur la rive ourlée

D’un sable qui crisse

Ecoute leurs pas qui glissent.

Écoute-les, ils se sont aimés.

Matinales…

La nuit est entrée dans un dernier soupir

La lente agonie des noirceurs aux angles mous

Réveille les absents enfouis dans les draps humides de l’oubli

Il ne nous reste plus qu’à ouvrir les yeux

Pour aimer la ronde des belles couleurs

24 novembre

Perdre le nord…

Perdre le nord…

Le problème avec celles et ceux dont on dit avec pitié, condescendance, ou inquiétude qu’ils ont perdu le nord c’est qu’à ma connaissance, ils ne le savent pas et surtout on ne le leur dit pas.
S’ils le savaient peut-être le chercheraient-ils, ou mieux, peut-être essaieraient-ils de le retrouver ou plus tôt de le trouver. Car retrouver quelque chose cela signifie que ce n’est pas la première fois ni qu’on le trouve, ni qu’on l’a perdu. Cela signifie donc qu’ils l’ont déjà perdu (au moins une fois) puis retrouvé et donc qu’ils savent sinon où il est tout au moins où le chercher…
Mais vous conviendrez avec moi que si on sait où il faut chercher ce qu’on a perdu, c’est qu’on ne l’a pas vraiment perdu.
Et lorsqu’on est perdu l’essentiel est de se retrouver (surtout si on sait pas vraiment ni où on est, voire même où on habite ) et comment le faire si on est désorienté, si on a perdu la boussole….Tout cela, il faut en convenir est bien compliqué et une fois encore j’ai peur de vous perdre, voire de vous avoir déjà perdu. Et vous perdre cela je ne le voudrai pas, car j’ai mis quand même un peu de temps à vous trouver, que je voudrais bien vous garder, à moins que vous ne considériez, peut-être, que je suis complétement à l’ouest…

Seule et triste…

Elle est figée, blanche et fragile,

Contre le mur de carreaux blancs et sales.

En bas des escaliers poisseux d’une station de métro,

Elle n’attend pas, elle est là.

Triste et digne, son regard bleu est épuisé.

Elle a faim, elle est seule, femme oubliée ;

Raide de honte, elle ne dit rien,

Immobile dans le concert des pressés.

Je ne peux continuer, il faut que je lui offre

Deux mots peut-être, un regard surtout

Tout faire pour l’exister.

Elle est une mère oubliée.

Les talons claquent, tout s’accélère.  

C’est le fracas d’une rame, odeur humide, grincements métalliques,

Une grappe est sortie, une autre s’est engouffrée ;

Et elle,  est restée

Seule et apeurée.

Tout doucement je me suis approchée,

Lui ai pris les deux mains, les ai serrées

Ses yeux se sont baissés,

Elle ne peut me regarder

Elle n’ose  plus exister.

Tout doucement contre moi je l’ai serrée,  

Tout doucement elle a pleuré.  

Mes Everest : Albertine Sarrazin

Chaque page de la Traversière renferme des trésors. Le talent de Albertine Sarrazin est inouï et me laisse sans voix… Dans ce passage Albertine évoque son arrivée à Alès.

…Ma ville à moi est déserte, les rues sont mouillées, le néon zigzague dans les flaques du caniveau : une ville de mines défuntes dont le poussier colle encore aux maisons, avec par-ci par là des poussées de béton, des grappes de vitrines jeunes, des vendeurs de bouquets, des adolescents agglutinés autour d’une mobylette ; une ville qui recommence sur une province morte.

Il y a parfois un oiseau dans ma tête…

Il y a parfois un oiseau dans ma tête,

Un oiseau aux mille couleurs qui étouffent le gris de mes yeux,

Un oiseau qui plane au-dessus des plaines de ma mémoire.

Au matin levant, il frémit des ailes.

Les perles de rosée glissent sur la plume dorée,

Tout doucement la nuit s’est effacée.

L’oiseau dans ma tête a chanté.

Il est l’heure de réveiller les couleurs.

Au bout de mes yeux la lumière s’est étirée.

Au bord de mes yeux quelques larmes de beauté.

C’est un matin sans saison, le froid ne pique pas

Il est une caresse souriante qui imite la douce fraicheur.

Ce matin j’ai un oiseau dans la tête,

Tout doucement de la plume de mes mains

Des mots se sont envolés.

Flash…

Et si l’on ne se disait rien
Se croiser et se sourire
Se parler et se souvenir
Et si l’on se disait tout
Se rencontrer et s’étonner
Se séduire et s’aimer
Et si l’on se disait demain
Se rêver et se promettre
S’espérer et s’oublier
Souffrir dans un souffle
Seul et perdu
Dans la foule des absents

A l’ouest de vos mémoires encombrées…

Pointe de Pern

Ici, un bout de ce monde habité,

Terre déchiquetée,

Vagues emmêlées,

Hommes de l’intérieur

Retournez vous !

A l’ouest de vos mémoires encombrées,

Il y a le vent.

Vent qui souffle sur vos nuques.

Vent qui s’engouffre

Derrière vos yeux étonnés.

Avancez encore un peu,

Tendez votre oreille

Entendez son chant,

Il vous murmure

Toutes ces histoires oubliées

Demain…

Il reste si peu de temps

Pour ne plus rien dire

Pour ne plus mentir

Pour étouffer les cris du pire

Et on se tiendra par un bout de rien

On soufflera des mots doux au vent chagrin

On prendra le premier verre du bon voisin

On sifflera la lente mélodie du doux demain

Ouvre les yeux homme courbé

Ouvre les yeux le monde s’est figé

Il atteint l’agonie de la pleine marée

Regarde la dernière vague de haine s’est affaissé

20 novembre

Flash…

Entre les lourdes plaques des silences imposés

Se glisse une feuille froissée au vent des murmures

Entends le chant de la mer

Il roule des vagues malines

Sur les rives englouties

De nos rides enfouies

Flash…

Chaque jour passe lisse et long

Fidèles nous t’attendons

Ô pleine mer des longs frissons

Viens il est l’heure

Entre mes bras oublie tes vieilles peurs

Oui viens ô mer de mes passions

Je te prends d’une vague main

Et tu entres dans la danse touffue

De nos rondes brumes

Aux écumes joufflues

Matinales…

J’ai posé le pied sur une terre inconnue

Les rires sont longs

Les peurs sont blanches

Les aubes grises ouvrent un oeil mauve

C’est le chant bleu

De mon soleil heureux

La ronde des bonnes nouvelles

« Epidémie de mauvais foi : un vaccin est annoncé !

Ce journal est un de mes préférés, il ne paraît que très peu : rarement plus d’une fois par semaine. Il faut dire que sa ligne éditoriale est originale. En effet, on peut lire en première page, sous le titre, en petit caractère : « journal ironique et sarcastique à la parution sporadique ». Et justement le titre de ce journal en dit long sur l’esprit de la rédaction : « On dit, j’écris, tu lis ». Nous conviendrons que le titre n’est pas accrocheur mais ce n’est justement pas l’intention de la rédaction que d’accrocher. Bref un journal que j’aime et le titre de ce soir m’intrigue.

L’Agence Nationale de Lutte Contre les Contradictions annonce la mise sur le marché d’ici quelques jours d’un vaccin qui devrait sans nul doute ralentir considérablement l’épidémie de mauvais foi qui sévit depuis de nombreuses années et qui ces dernières semaines a pris des proportions alarmantes.  Ce sont chaque jour des centaines de milliers de cas qui sont dépistés. Rappelons brièvement les symptômes : tout commence généralement par une manifestation d’indignation, qui amène les malades à répéter inlassablement : « c’est scandaleux, il faudrait, il aurait fallu ». Les plus gravement atteints ajoutent parfois : « on aurait dû ». Passé ce premier stade que les spécialistes présentent comme celui de l’incubation, suit une longue période de léthargie, de bougonnerie, que certains appellent la phase du râlage passif.

Le troisième stade apparaît quand une solution a été trouvée au problème qui a provoqué la maladie. Il est le plus critique : c’est cette phase qu’on appelle celle de la mauvaise foi. Les malades grognent encore mais cette fois cela se traduit par des : « c’est n’importe quoi, on ne devrait pas, il ne fallait pas, je ne le ferai pas ». Et quand le médecin explique au malade qu’ils sont atteints de mauvaise foi, ceux-ci répondent évidemment que ce n’est pas possible, qu’ils n’ont jamais changé d’avis, que de toute façon ils ont raison et que rien ne va mais qu’il ne faut rien changer. Bref à ce stade tout le monde comprendra que la situation est désespérée.

Mais aujourd’hui bonne nouvelle l’ANLCC a mis au point un vaccin. Ce vaccin est très simple, il s’agit dès les premiers troubles d’écouter avant chaque journal télévisé un enregistrement de vent marin, de chants d’oiseaux, et de battements de cœurs amoureux… Et ce, pendant toute la durée de la crise de mauvaise foi…

La ronde des bonnes nouvelles

Erreur sytème…

Ma décision est prise : aujourd’hui je ne vais pas perdre de temps à chercher une bonne nouvelle. C’est à la fois ridicule, très fatigant mais surtout déprimant. En effet, convenons-en, ce qui est le plus extraordinaire quand on cherche, c’est lorsqu’on trouve.

Non, aujourd’hui je vais choisir une autre méthode, faire confiance au hasard, ou à la chance et je vais attendre patiemment que bonne nouvelle vienne à moi.

Au moment du petit déjeuner, je suis tendu, pensant un peu naïvement que c’est au petit matin que les bonnes nouvelles sont annoncées.

Mais rien… Si, une seule chose est à noter :  je renverse ma tasse de café, encore très chaud sur la magnifique chemise blanche que j’ai mise pour l’occasion. On ne peut quand même pas accueillir une bonne nouvelle vêtu d’un vieux polo grenat qui pluche…

Le matin passe :  rien. Ce n’est pourtant pas faute de tout mettre en œuvre pour que le hasard remplisse sa mission. Pour être clair je me comporte comme un hyper actif, je surfe littéralement, sur tout ce qui passe, sur tout ce que j’entends, que je vois, que je pressens, que je suppose, mais évidemment, je ne provoque rien :  il ne se passe rien !  

L’après-midi s’étire : rien, toujours rien !  Pas la moindre bonne nouvelle et encore pire, une succession de petites tracasseries me font dire que ce n’est pas mon jour, que je n’ai pas de chance. Quand le soir arrive et qu’il va être temps de clore, enfin, cette journée somme toute assez banale, un peu dépité et déçu je finis par prendre la décision, comme tous les jours, de chercher, de fouiller.

Je m’installe devant mon ordinateur que j’ai d’ailleurs malmené toute la journée, je bouge légèrement la souris. J’entends alors un de ces horribles sons numériques. Sur l’écran est affiché le message suivant :

Erreur fatale : ouvrez votre panneau de configuration et procédez à une analyse de votre système

J’ouvre le fameux panneau et comme je suis obéissant je procède à l’analyse de mon système…

On me dit de sauvegarder le journal de cette opération. Je m’exécute. Je sauvegarde le journal de cette opération. Je l’enregistre ; et une fois n’est pas coutume je l’imprime

La page sort de l’imprimante. Une seule phrase est écrite, plus d’une centaine de fois

« Mauvais nouvelle : votre mémoire est saturée vous devez procéder à un nettoyage et éliminer les fichiers inutiles »

La ronde des bonnes nouvelles…

On fait une omelette en cassant les œufs

Pour une raison que j’ignore encore, je me lève ce matin avec une furieuse envie d’omelette. Et pour une raison que j’ignore encore plus, j’ai à peine posé le pied à terre, au pied de mon lit, que j’entends cette phrase qui tourne en boucle à l’intérieur de la tête : « on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs ».

Etrange : j’ai dû rêver d’omelette, ou d’œufs, ou d’œufs cassés. Je ne me souviens plus mais ce que je sais c’est qu’il va me falloir, en casser des œufs justement. En casser deux ou peut-être trois car j’ai grand faim. Une faim de loup gris.

Mais en moi-même, je ne peux m’empêcher de trouver ce dicton, cette morale plutôt quand même un peu sentencieuse. Comme si l’omelette que j’aime tant était la conséquence d’un véritable acte criminel contre les éléments qui la composent. J’entre dans la cuisine, ouvre la porte du frigo et saisissant trois magnifiques œufs frais je déclame à la cantonade : « pour me faire une omelette je vais casser trois œufs ».

Je prends le premier des œufs, je l’approche du bord du bol pour le casser et soudain j’hésite, et me dis :  « si j’essayais moi justement de faire une omelette sans casser les œufs. Après tout je n’en peux plus de toutes ces morales déguisées derrière des dictons populaires. »

Je me saisis des deux autres œufs et les pose délicatement avec le troisième au fond de mon bol, je prends un fouet et je commence à battre consciencieusement mes trois œufs. « On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs ! »

Ça tourne en boucle dans ma tête. Je remue, ça remue et ça me remue. Mais les œufs résistent, ils ont la coquille dure, ils roulent, ils s’entrechoquent. Rien ne se passe. Mon envie d’omelette est toujours là. J’accélère le mouvement et d’un coup d’un seul les trois œufs se brisent.

Me voici tout bête devant mon bol à ânonner : « ça c’est une bonne nouvelle : pour faire une omelette il faut casser les œufs »

La ronde des bonnes nouvelles…

J’aurais aimé, au moins aujourd’hui deviser, enfin, sur une vraie bonne nouvelle : celle qui m’aurait annoncé la défaite de Donal Trump. Et bien non je suis encore obligé de me rabattre sur mes rêves, ou fantasmes, sait-on jamais…

Il y a un loup sur mon terrain…

Ah je m’en souviendrai du 7 novembre…Comme tous les matins, j’ouvre en grand la fenêtre de ma chambre. Il fait frais et j’aime cette sensation après une nuit toujours un peu agitée. La lumière me réveille et l’air vif me fouette. Au milieu de la pelouse, assis, le dos à la fenêtre : un loup. Un grand loup gris. Je sais que c’est un loup, ses oreilles pointues ne trompent pas. Il est assis et regarde droit devant lui, enfin me semble-t-il. Je me racle la gorge discrètement. Il se retourne, lève la tête et me regarde… Oui je le confirme, définitivement, c’est un loup : un grand loup même.

Il me regarde. Je le regarde. On se regarde.

Et comment dire, je ne me pose aucune question… C’est simple, il y a un loup sur mon terrain et ça ne me gêne pas ; au contraire…Comment a-t-il pu entrer ? Je l’ignore. Qui est -il, d’où vient-il ? Cela ne m’intéresse pas. Ce que je vois, ce que je sais, ce que je sens même, c’est qu’on va bien s’entendre tous les deux. Il m’attend, j’en suis sûr. Quand il a tourné la tête pour me regarder, il n’était même pas étonné, ni effrayé et encore moins effrayant. Je referme la fenêtre, je m’habille, avec un sourire d’enfant qui ne me quitte pas. Je bois un café en vitesse, parce que je suis quand même un peu impatient et je sors…

Et au moment où je ferme la porte, je crie un peu fort (il faut quand même que  les endormis profitent de ma joie)  : « je sors, je vais donner à manger au loup ! »

La ronde des bonnes nouvelles…

Instauration d’une journée nationale sans râler

En ouvrant mon journal ce matin dont, au passage, la qualité du papier se dégrade de plus en plus, ce qui a pour conséquence de noircir les doigts, j’ai malencontreusement renversé ma tasse de café.

La journée commence vraiment mal, ai-je failli dire…Non, en fait, oui je l’avoue je l’ai dit !

Et ce d’autant plus qu’il n’y avait plus de lait, que le pain était sec, que le chat miaulait sans raisons apparentes, que la chaudière ne voulait pas démarrer, qu’évidemment il pleuvait et que j’avais perdu mon parapluie et égaré les clés de ma voiture. Voiture qui ne démarrera certainement pas lorsque j’aurai retrouvé les clés si j’en crois le texto laissé par le voisin : « vous avez laissé vos phares allumés ». Texto que je ne découvre que maintenant étant donné que je ne savais plus où était mon portable. Bref il me semble que toutes les conditions sont quand même réunies pour que je m’autorise, un tout petit peu, à râler.

Et me voici donc à feuilleter mon journal imbibé de café froid (oui mon micro-onde est en panne et du fait de la panne de la chaudière je n’ai pas d’eau chaude et comme hier en voulant réparer une vieille lampe de chevet j’ai fait un mauvais branchement j’ai provoqué un court-circuit et grillé la cafetière). Bref je feuillette et que lis-je en gros caractères gras ? 

« Le 2 novembre devient la journée nationale sans râler ». La décision a été prise à la suite d’une pétition adressée au président de la république par un florilège de professions victimes régulières des râleurs. Il s’agit notamment des professeurs, des garagistes, des plombiers, des facteurs, des météorologues j’en passe et bien d’autres…

Et comment dire, j’ai terminé la lecture de mon journal en me disant : « oh après tout, il n’y a pas de quoi râler… »

Carnets, 13 : « il m’a lancé un regard… »

Photo : Alice Nédélec

Je vous assure, il m’a lancé un regard, franchement je m’en remets difficilement. Lancer un regard, ce ne doit quand même pas être des plus simples, il faut évidemment savoir viser, car lancer un regard sans savoir vers qui l’envoyer c’est un peu comme un coup d’épée dans l’eau. Encore qu’un coup d’épée dans l’eau a au moins deux vertus celle de faire de provoquer des remous (même si on ne veut pas dans ce cas précis faire de vague) et celle de trancher dans le vif, surtout s’il s’agit d’eau courante. Mais revenons à nos moutons, revenons à ce regard lancé, et qui semble t’il a atteint sa cible (puisque la personne victime du jet prétend qu’on lui a lancé un regard), est ce que ce regard est vif, acéré, aiguisé, perçant même. Imaginons les dégâts provoqués par un regard qui en plus d’avoir été lancé est aussi perçant. La personne, appelons-là la victime, risque de se retrouver comme le disait Corneille « percée jusqu’au fond du cœur d’une atteinte imprévue » …. En conclusion, ce que je crois c’est qu’un regard n’est jamais lancé au hasard, à l’aveugle dirions-nous car il faut être clair une fois lancé le regard ne peut revenir en arrière, ce n’est pas un boomerang et le lanceur doit autant que possible avoir les yeux en face des trous s’il ne veut pas rater sa cible.

Matinales…

Il me reste quelques lignes à remplir

Sur la page de ma belle nuit

J’y pose quelques mots craquants

Et les rires bleus du matin frileux

S’invitent à la table des endormis

13 novembre…

Vagues…

Vagues

« Une vague, les vagues, une déferlante… » Je crois que c’en est trop, je n’en peux plus et allez je vous le dis j’ai du mal avec ces mots, ces mots que j’aime, qui sont abîmés, salis, trahis plusieurs fois par jour. Oh bien sûr je connais plus que tout autre le pouvoir des mots, de ce qu’ils évoquent, de ce qu’ils convoquent, de ce qu’ils invoquent. Mais il y a des jours où je n’en peux plus de voir, d’entendre toutes ces vagues épidémiques et numériques, se répandre sans retenue dans la longue plaine de mes inspirations. Je vous en prie laissez les vagues dans l’océan, laissez la mer nous enivrer de son flux, de son reflux, laissez les déferlantes à la tempête. Un peu d’effort je vous en prie cherchez dans votre dictionnaire de l’angoisse cathodique d’autres mots, d’autres images, laissez les courbes en paix, ne cherchez pas d’autres rimes aux graphiques.

Et je vous suggère d’essayer la retenue, le silence, et peut-être d’aller marcher au bord de cette mer que vous voudriez me voler…

Matinales

J’ai lu la dernière page de ta mémoire gravée
Au recto de ta longue vie
Tant de fois racontée
Je vois un champ de rires
Au rose si léger
Une à une
Les fleurs de papier se sont envolées
Au verso quelques lignes ont noirci
Et pleurent en glissant
Tes derniers mots aux rimes inachevées

Dialogue inspiré…

Je ne trouve pas l’inspiration…

Comment tu ne trouves pas ? Explique-moi, je t’en prie… Tu prétends que tu ne trouves pas ? Admettons, je veux bien, mais cela signifie, enfin je l’espère, que tu as cherché, et probablement cherches-tu encore !

Oui c’est cela, je cherche, je cherche… Et ne trouve rien…

Étonnant tout de même : je te connais…Il t’en faut si peu : un train qui passe, une flaque d’eau sur un quai, un rayon de lumière derrière une vitre grise, une vague qui grossit et d’un coup, d’un seul, tu as la main qui tremble et le regard qui luit…

Oui je le sais, tu as raison. Je crois comprendre ce qui m’arrive. Je ne dois plus chercher. Il faut que je sois saisi, surpris. Les trains sont loin, toutes les marées sont basses. La lumière elle-même est étonnée de toute cette lenteur, et le ciel, ce ciel tellement étonné qu’on se mette à le regarder…

Et bien tu vois, tu as trouvé, tu es inspiré…

Oui c’est vrai, mais où sont les rimes, où sont les vers, les images, les…

Mais comment tu ne les vois pas, tu ne les entends pas ?

Non je t’en prie dis-moi ?

Chut, ne dis rien, le silence est la rime d’aujourd’hui…

Mes Everest : les mots, Jean Paul Sartre…

Les souvenirs touffus et la douce déraison des enfances paysannes, en vain les chercherais-je en moi. Je n’ai jamais gratté la terre ni quêté des nids, je n’ai pas herborisé ni lancé des pierres aux oiseaux. Mais les livres ont été mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne ; la bibliothèque, c’était le monde pris dans un miroir ; elle en avait l’épaisseur infinie, la variété, l’imprévisibilité. Je me lançai dans d’incroyables aventures : il fallait grimper sur les chaises, sur les tables, au risque de provoquer des avalanches qui m’eussent enseveli. Les ouvrages du rayon supérieur restèrent longtemps hors de ma portée ; d’autres, à peine je les avais découverts, me furent ôtés des mains ; d’autres, encore, se cachaient : je les avais pris, j’en avais commencé la lecture, je croyais les avoir remis en place, il fallait une semaine pour les retrouver. Je fis d’horribles rencontres : j’ouvrais un album, je tombais sur une planche en couleurs, des insectes hideux grouillaient sous ma vue. Couché sur le tapis, j’entrepris d’arides voyages à travers Fontenelle, Aristophane, Rabelais : les phrases me résistaient à la manière des choses ; il fallait les observer, en faire le tour, feindre de m’éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde : la plupart du temps, elles gardaient leur secret. J’étais La Pérouse, Magellan, Vasco de Gama ; je découvrais des indigènes étranges : «Héautontimorouménos» dans une traduction de Térence en alexandrins, « idiosyncrasie » dans un ouvrage de littérature comparée. Apocope, chiasme, Parangon, cent autres Cafres impénétrables et distants surgissaient au détour d’une page et leur seule apparition disloquait tout le paragraphe. Ces mots durs et noirs, je n’en ai connu le sens que dix ou quinze ans plus tard et, même aujourd’hui, ils gardent leur opacité : c’est l’humus de ma mémoire. 

Tribunal académique…

Ce matin il y a procès au tribunal académique. Quelques mots sont là, coupables de coalition. Le président du tribunal, vient d’appeler automne à la barre.

Il lit l’acte d’accusation :

« Automne, nom commun, vous comparaissez devant cette cour pour le délit de haute trahison. A plusieurs reprises, vous avez été vu, entendu en compagnie des mots suivants : joyeux, bleu, heureux, doux, roux, bucolique et « cerise » sur le gâteau, mou.

Eu égard à la loi du 13 novembre 1912, stipulant qu’automne ne peut être vu qu’en compagnie de gris, morne, triste, venteux, mélancolique, et violon, vous êtes donc en infraction grammaticale, syntaxique et surtout lexicale.

En conséquence et en vertu des pouvoirs alphabétiques qui me sont donnés, je vous condamne à trois ans de travaux forcés. Messieurs les gardiens de la rime, je vous en prie, veuillez accompagner le prévenu… »

« Affaire suivante ! »  

Poèmes de jeunesse : « flash »

Feuille blanche

Nuit blanche

L’Avoriaz du papier

Dans une seconde

De demi-silence

Se grouperont

Des sur-mots

Février 1980

Retrouvons, la Norme et la Beauté, qui, une fois encore se déchirent…

Norme : Je viens d’apprendre à l’instant, chère Beauté, qu’une fois de plus vous vous êtes égarée.

Beauté : Egarée ? Nullement, sachez chère Norme, que si je me suis posée ici, sur cette belle fleur de pissenlit, c’est parce que je le voulais, et surtout parce qu’il le fallait.

Norme : Une fleur de pissenlit ! Pourquoi pas du chiendent, ou non du trèfle, oui tiens du trèfle ! Encore une fois je me dois d’intervenir. Je vous le dis, je vous le répète : jamais, je dis bien jamais, vous ne devez prendre la liberté de vous poser où bon vous semble, sans au préalable ne m’en avoir parlé…

Beauté : Je vous entends, je vous entends chère Norme, mais sachez que je ne me pose jamais au hasard…Voyez-vous ce que j’aime par-dessus tout, c’est la légèreté, la douceur, la délicatesse et surtout la discrétion. Vous conviendrez que ce ne sont pas les premières qualités de toutes ces fleurs qu’habituellement vous m’imposez dans vos plans de vols.

Norme : Mais enfin Beauté, reprenez-vous, je ne vous demande pas de faire de la poésie, mais simplement d’ouvrir les yeux. Regardez autour de vous, ces jonquilles, ces roses qui éclosent. Vous ne me direz pas que ce vulgaire pissenlit mérite plus qu’elles qu’on leur rende les honneurs qu’elles méritent.

Beauté :  Je vous écoute chère Norme et je ne vous dis pas que les fleurs que vous me citez doivent être oubliées, mais voyez-vous, il est des jours, où la beauté ne vous appartient plus. Elle s’envole, elle respire, elle est libre… Alors oui, je persiste dans ma désobéissance, et , je le sais,  chère Norme vous n’aurez pas à le regretter…

28 mars

Et encore la norme et la beauté…

Plage des Laurons, Martigues

La norme et la beauté, n’en finissent jamais de se chamailler. Leurs désaccords sont profonds. Je vous laisse juger…

Beauté : Ce soir je suis heureuse, tellement heureuse, ce n’était pas simple mais j’y suis arrivée.

Norme : De quoi me parles-tu ? De ce gribouillis fumeux que tu es allée me poser sur cette horrible plage que je me tue à dissimuler.  

Beauté : Gribouillis fumeux, horrible plage…Chère norme, as-tu bien regardé ? Mais je m’égare…Comment la norme peut-elle simplement regarder ? Tu n’es là que pour mesurer…

Norme : Quelle impertinente ! Beauté, mais as-tu simplement regardé, ces traces que tu as laissées ?  Que va-t-on dire ? Où sont tes limites ? Quatre cheminées ! Et pourquoi pas un pétrolier !

Beauté : Un pétrolier, quelle bonne idée, et j’y ajouterai aussi un amandier, un parolier, un cabanon, un réservoir, et surtout, surtout, norme engourdie, un peu d’espoir…

Norme : Il suffit beauté, je ne peux tolérer de tels écarts, tu le sais !

Beauté : Je te comprends norme, je le sais, tu n’y es pour rien. Je te demande une simple petite faveur…

Norme : Je t’écoute beauté.

Beauté : Ferme les yeux. Pendant quelques instants, oublie ce qu’on t’a raconté. Attends bien quelques minutes et doucement, tout doucement, soulève tes lourdes paupières et là, je te promets, tu verras. Et tu vivras…

Retrouvons la norme et la beauté…

Retrouvons la norme et la beauté qui ne parviennent pas à s’entendre, elles s’étaient déjà expliquées il y a quelques temps sur ce blog…

https://wordpress.com/block-editor/post/lesmotsderic.blog/1237

Beauté : Je vais partir, je veux partir. Je veux qu’on m’oublie. Quelques temps peut-être, ou quelques instants, je ne sais pas, mais je veux partir. Alors on se souviendra, on me réclamera. Je les entends déjà : reviens, reviens…

Norme : Je ne comprends pas ce que tu gémis. Tu veux partir c’est bien cela ?

Beauté :  Oui c’est cela, bien entendue chère norme, partir, m’envoler, m’effacer….

Norme : Je ne te comprends pas, je ne te comprends plus. Tu parles comme une enfant gâtée. Regarde, tout est ici : regarde autour de toi, tout est là :  pour réussir, pour t’imposer. Ressaisis-toi, il faut que tu poses, il faut que tu oses.

Beauté : Tu prétends que j’ai tout, ici, tout ce qu’il me faut, mais je ne vois rien, je ne sens rien. Je m’ennuie à mourir. Tout est tracé, tout est formaté : tu choisis, tu élimines, tu décides, tu juges, tu convoques, tu condamnes. Quand il faut que j’apparaisse, les couleurs sont au garde à vous, elles sont pétrifiées, ma lumière les a abandonnés, tes paysages sont figés. Pire ils sont coagulés ! Tes visages sont communs, tes regards sont vides. C’en est trop, je n’en peux plus, je reprends ma liberté.

Norme : Voilà que tu recommences avec tes délires, tes envies de gris, de flaques poisseuses. Mais que veux-tu ? Tu le sais pourtant : ce que je décide n’est pas pour t’embêter ou t’humilier. Ce n’est pas une lubie. Ce sont les autres : ils me tiennent la main, me dictent ma conduite. Tu le sais, je suis une norme, je suis LA NORME, et ne suis pas née toute seule. Moi aussi, comme toi j’ai été convoquée, moi aussi je n’ai pas de liberté.

Beauté : Eh bien, échappe-toi aussi et laisse-moi m’envoler. Les autres finiront par s’habituer.  

Norme : Mais que diront-ils ces autres si plus rien de ce qu’ils attendent n’est beau. Que diront-ils, que deviendront-ils, que ressentiront-ils ?

Beauté :  Ils feront comme nous, il faut qu’ils sortent eux aussi, il faut qu’ils bougent. Il faut qu’ils changent, que leurs regards souffrent un peu, juste un peu, pour ensuite pouvoir s’étonner…

Norme : Impossible, nous ne pouvons pas, nous n’avons pas le droit….

Beauté : C’est fini, je vous quitte, je vous abandonne, je vous laisse à vos paysages lisses et glacées,

Norme : Nous quitter, nous abandonner, pauvre folle mais pour qui te prends tu ?

Beauté : Je suis la beauté, celle dont on rêve, celle qu’on attend, celle qu’on ressent quand on est vivant, là, à l’intérieur, celle qui explose pour tos nos sens quand on espère, quand on aime….

La Norme et la Beauté…

Où l’on découvre que norme et beauté ont parfois un peu de mal à s’entendre, à se comprendre. Aujourd’hui nous retrouvons une norme « étonnée » pour ne pas dire irritée. Elle a convoqué une beauté libérée et l’interroge sur ses mauvaises fréquentations.

Norme : Que fais-tu ici ? Regarde autour de toi, ouvre les yeux, tu le vois bien, ici il n’y a rien que tu puisses regarder.

Beauté : Ce que je fais ici ? Mais je ne fais rien, je suis, je sens, je ressens. Et toi tu ne vois rien ? Ici je suis bien, ici je suis invitée. Alors tu vois, même pour quelques instants je vais m’installer…

Norme : Invitée ? Invitée ? Toi la beauté ? Mais regarde, ici tout est laid, qui t’aurait donc invité ?

Beauté : Du laid, du laid ? Suis-je à ce point aveuglée, que je n’ai rien vu de tout ce laid que tu as décidé de m’inventer. Moi je n’ai rien vu, et ici, tout, oui tout me plait. Toi tu restes enfermée entre les murs lisses de tes lignes droites. Regarde la douceur de ces courbes, c’est si simple, ici je suis bien.

Norme : Tu n’as rien vu et moi je n’ai rien su. Tu le sais, tu ne peux l’ignorer, jamais tu ne dois distribuer de la beauté sans que j’en sois informée. La beauté m’appartient, tu n’es que messagère.

Beauté : Oui je le sais, et je l’ai voulu, je suis venu et je ne t’ai rien dit. Peut-être pour que tu ne puisses rien abîmer. Ici vit un gris, un si beau gris oublié, il s’est souvenu de qui il était, alors il m’a appelé et sans hésiter je suis venue.

Norme : Un gris oublié ? Mais tu t’égares ma pauvre beauté. Regarde autour de toi, regarde ce que je vois, ce n’est que du terne, avec un gris qui nous désespère. Ici tout est sale, et si plein de triste.

Beauté : Mais ce que tu vois, ma pauvre, ce n’est que ce que tu crois. Ouvre les portes, aère-toi, regarde avec l’arrière de tes yeux et alors tu comprendras.

Norme : Cela suffit ! Je te le rappelle une dernière fois, tu ne peux pas décider n’importe quoi. Remballe tes couleurs, range ton gris oublié et rentre chez toi.

Beauté : Moi tu vois, c’est ce qui me plait, ici. A cette table je me sens vivante. Ici tout est riant. Regarde, ouvre-toi, tout est surprenant. Ici personne ne m’attend.

Norme : Je veux bien, mais juste quelques instants, je ne veux pas d’incidents.

Une journée d’automne… inédit de 1980…

Je range, je fouille, j’ouvre de vieux cahiers et tombe parfois sur des bouts, sur des essais, parfois maladroits, un peu emphatiques, mais je suis indulgent avec celui qui écrivait il y a quarante quatre ans. Je cherche les traces, dans les mémoires du papier…

C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

Flash…

Et les mots se rebelleront. Lorsqu’on voudra les utiliser pour haïr, ou ne rien dire, lorsqu’on les abîmera en leur ajoutant des adjectifs inutiles, ils resteront à quai, ils ne se formeront plus. Ce sera la grève des mots.

Et quand on les obligera à cohabiter avec des mots creux, des mots vides, des mots en ique, ils se tairont et retrouveront tranquillement leurs longues nuits.

Les mots sont fatigués. Laissez les se reposer.

Mes Everest. Noces, Albert Camus…

 » Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L’odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. A peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village et s’ébranle d’un rythme sûr et pesant pour aller s’accroupir dans la mer. »

Réaction…

  • Bonjour cher ami est ce que nous pourrions avoir votre réaction ?
  • Une réaction, mais à quel sujet ?
  • Peu importe, ce n’est pas le sujet qui est important, ce qui nous intéresse ce sont les réactions…
  • Mais voyons, je ne peux pas réagir si je ne connais pas de quoi il s’agit, ou qui agit. Je vous rappelle que dans réaction il y a action !
  • Eh bien vous pourriez réagir sur ceux qui ne réagissent jamais. Oui c’est bien ça : qu’en pensez-vous ?
  • Eh bien écoutez si certains ne réagissent pas c’est peut-être qu’il est parfois inutile de réagir…
  • Comment inutile ? Mais vous plaisantez, plus il y a de réactions, plus ça réagit ?
  • Et ?
  • Eh bien c’est formidable non, cela prouve qu’on aime le débat ?
  • Vous trouvez qu’une réaction qui en entraîne une autre, c’est un débat, moi j’appellerai plutôt cela une impasse, ou plutôt une boucle… Oui c’est cela, une boucle, on finit toujours par revenir au début tout en étant persuadé qu’on a avancé.
  • Et que proposez vous ?
  • Rien, ou plutôt je propose de prendre le temps. Une action c’est une pâte, il faut attendre qu’elle lève, ou pas, il faut observer, ajuster, comprendre, compléter. Bref il faut réfléchir.
  • Mais ce sera trop tard…
  • Trop tard pour quoi ?
  • Je ne sais pas, c’est juste une réaction que j’ai à ce que vous dites !
  • Et vous voudriez que je réagisse ?
  • Oh oui, s’il vous plaît ! Une petite réaction…

6 novembre

Cours, vole, rêve, espère…

Quand le monde est si bruyant,
Qu’il couvre même le vent,
Quand les regards sont de travers
Que les yeux se noient dans le triste amer
N’entre pas dans l’arène,
N’aiguise pas tes lames numériques
Fais comme tes pères
Et rêve d’Amérique
Il faut que tu marches jusqu’au bout
Là-bas, si loin
Ou l’île se blottit
Dans les bras de l’océan
Si tu ne peux pas partir,
Tête haute
Marche jusqu’aux souvenirs
Prends le chemin le plus malin
Cours, vole, rêve, espère,
Souris de cet air qui te fouette

Mais ne laisse pas gagner
La fanfare des maudits
Laisse-les s’agiter, vociférer,
Demain tu verras
Ils seront oubliés

A table !

Il est des mots que j’aime inviter

J’ouvre en grand la porte de mon inspiration

Papillons aux l légers

Ils entrent sans bruit

S’installent autour de la table

Et prennent un premier vers de silence

Enivrés de mes belles rimes

Les voici qui babillent

Ils sont tous là

Brume et flacon

Douce et féline

Charme et mauve

Flou et fauve

Heureux de se retrouver

Heureux de s’ajouter

Ils se racontent en riant

Le poème de demain

5 novembre

Poèmes de jeunesse : « Ecoute Petite… »

Ecoute

Ça craque petite

Ecoute

Ça bouge

Arrête de rire petite

Ecoute

Tout tremble

Tout se désespère

Vent de panique

Regarde petite

Regarde

Février 1978

Poèmes de jeunesse : « peut-être… »

Je continue de fouiller mes archives et là, j’ai trouvé ce petit texte sur une feuille volante, écrit à la plume, je pense qu’il date de 1979…

C’est le soir comme tous les jours

Un homme se meurt

Ou il périt noyé dans l’océan

De tortures

Un homme aime

Ou il pleure sur sa compagne

Finale

Point à la ligne

Un homme naît

Ou il crie parce qu’il ne connait

Personne

Pas même en rêve

Un homme tue

Ou triche contre ses règles

Très propre

Bien baptisé

Un homme hurle

Il a peur

Alors il écrit

Tout droit

Au cœur

Peut-être

Mes Everest, Christian Bobin

La chambre de lecture est nue, peu faite pour recevoir. Point de ce luxe qui éparpille la vue, fragmente le silence du dedans. Chambre obscure ou flotte pourtant une lumière qui n’est pas celle du jour. Dans un instant, viendra y tournoyer les poussière des ailes de mourir, de naître et d’aimer, il suffira pour cela d’un livre heureux, d’une abeille noire et blanche : d’un rien.

Seul sur le bord de la fenêtre, ce panier de mots et de violettes fraîches, à peine entamé.

Flaques…

On a tous un rêve de flaques

Longue et large

Petite mer des belles amitiés

Comme l’enfant insouciant

Au rire parfum d’océan

Les deux pieds joints

Tu sautes avec la jolie joie

Oui celle qui éclabousse

On rit on pleure

Il pleut on s’ébroue

Gouttes de pluie perlent de lui

Larmes salées parlent d’une si belle

Et je sème une suite de cailloux

Pour nos lendemains un peu fous

Mes Everest : Samuel Beckett

« que ferais-je… »

que ferais-je sans ce monde sans visage
sans questions
où être ne dure qu’un instant où chaque instant
verse dans le vide dans l’oubli d’avoir été
sans cette onde où à la fin
corps et ombre ensemble s’engloutissent
que ferais-je sans ce silence gouffre des murmures
haletant furieux vers le secours vers l’amour
sans ce ciel qui s’élève
sur la poussière de ses lests
que ferais-je je ferais comme hier comme aujourd’hui
regardant par mon hublot si je ne suis pas seul
à errer et à virer loin de toute vie
dans un espace pantin
sans voix parmi les voix
enfermées avec moi

Une journée d’automne… inédit de 1980…

Je range, je fouille, j’ouvre de vieux cahiers et tombe parfois sur des bouts, sur des essais, parfois maladroits, un peu emphatiques, mais je suis indulgent avec celui qui écrivait il y a quarante ans. Je cherche les traces, dans les mémoires du papier…

C’était une journée d’automne qui se terminait par petites flaques, sur le pavé gluant. Plus rien n’avait l’odeur du neuf. Dans chaque grain de poussière, dans chaque molécule de vie, un parfum de moisissure tirait des larmes aux passants du soir. Dans les yeux de ceux qui se croisaient, il y avait cette lueur de désespoir, si vraie, si dure, si fatidique, si irréversible. Comme si…

Comme si la destinée de chacun était contenue dans ce bruit, sourd et continu, bruit qui m’arrache encore des larmes tant il est dur de se sentir glisser sur des pentes où l’amour n’existe plus que par pointillés jaunâtres. Le ronflement de l’alentour produisait comme un halo de brouillard, mais il m’étouffait plus que n’importe quel autre, il m’étouffait en dedans, il me bouffait mon printemps qui à cette heure-ci n’était pourtant encore qu’inscrit en marge, en attente de frénésie, en attente d’irréel…

Mes Everest, Cécile Sauvage…

Mélancolie, ô ma colombe

A l’œil tendre, à la plume grise,

Toi qui me suis quand le jour tombe

Vers l’étang que la lune irise ; 

Toi qui becquètes mon bras frêle

Comme une sœur encore mutine

Et dont le baiser me rappelle

L’ongle pointu d’une main fine.

Je suis née au milieu du jour,

La chair tremblante et l’âme pure,

Mais ni l’homme ni la nature

N’ont entendu mon chant d’amour.

Depuis, je marche solitaire,

Pareille à ce ruisseau qui fuit

Rêveusement dans les fougères

Et mon cœur s’éloigne sans bruit.

Ciels…

Sous les sourires froissés

D’un nuage ivre de mauvais gris

J’attends seul et titubant

Le vent de la page

Qui se lève et me frissonne

Flash d’automne…

Dans l’eau trouble de l’automne

Le reflet ocre d’une lumière fatiguée

D’un si long été à étirer ses longues marées

Peu à peu l’horizon s’efface sous la gomme

D’une lourde brume sous le ciel abandonné

Flash…

C’est inquiétant voyez vous… Le monde se fait beau et il ne pense même pas à bien faire. Il sait qu’on ne le verra pas, il sait que ses couleurs ne seront pas comprises, il sait que l’humanité a la nuque courbée. Mais il essaie. Il appelle : j’existe dit-il, ouvrez les portes de votre fabrique à sourires !

Rien ! Le silence…Un silence mou sans le moindre espoir de rimes…

Carnets 12…

Réfléchir avant d’agir…

Oui bien sûr, je suis d’accord, il faut réfléchir avant d’agir mais ce que je voudrais savoir c’est à partir de quand je puis considérer qu’il ne faut plus réfléchir et qu’il faut agir. Que se passe t’il si je réfléchis trop, ou à l’inverse pas assez ? Qui me le dit et comment je le sais ? Et admettons d’une part que je réfléchisse tout le temps avant d’agir et admettons que réfléchir est une action, cela signifie-t’-il que je réfléchis toujours avant de réfléchir ? Mais alors à quoi faut-il que je réfléchisse avant de réfléchir ? A rien me dites-vous ? Mais si je ne réfléchis à rien comment puis-je agir ?

Ouille j’ai mal à la tête

Matinales…

Je, tu, il, elle, on, vous, ils

Sur la page blanche de mes chaque matin

Je cherche

Je cherche

Qui va parler

A qui m’adresser

Que et quoi vous dire

Ce dont je ne doute pas

C’est le comment

Je choisis dans ma boîte à plumes

La fine et belle encore endormie

Je la lisse et la trempe dans les encres grises

De mes restes de nuit

Entends la qui crisse en glissant

Sur la première ligne de ton jour qui sourit

Flash…

Derrière la ligne flou de mes rêves salés

On devine une terre à inventer

Elle étire ses longues plaines

Jusqu’à la promesse d’un sommet oublié

J’ai pris la route sans cartes ni papier

Ou vas-tu m’a-t-on demandé ?  

Je marche et ne sais où j’irai

Il est si beau ce bout de blanche brume

Demain peut-être j’y glisserai

Une fine page aux mots légers…

29.10.2024

Belle et bleue…

Rêvons

Ô oui rêvons du risque de joie

Belle et bleue

Elle roule sur la vitre de mes oublis

Simple joie

Jaillit dans le soudain

Du tendresse matin

Regarde elle brûle et brille

Au coin mauve

D’un œil qui glisse sur nos restes de larmes

Odeurs de lilas

Aux angles durs des rancœurs de l’hiver

Rondissent en fleurant

Elle est là

Sautillante

Frissonnante

Fondue dans le brise chagrin

Du lourd glaciers de nos mémoires pour demain

Matinales..

Il arrive que le temps soit à la contemplation

Simple inattendue fraîche

Elle débarque sans crier sur les rives des matins communs

Et les soupirs de l’impatience sont apaisés

O

Il a senti la mer…

Il a mis le pied sur le quai et ce qu’il a tout de suite senti, très fort, c’est l’air. Il l’a senti sur sa peau, il l’a senti entrer en lui, partout, par tous les pores. Alors il s’est arrêté, et il a compris que la mer dans la ville, dans cette ville est partout. L’air qu’on respire n’est pas le même, il est parfumé, avec juste cette sensation d’humide qui ne glace pas le sang mais qui donne le sourire. Oui, elle est là la différence, c’est dans l’air ! C’est un sourire qui caresse, doux comme le premier chant d’oiseau à la fin de l’hiver, on ouvre la fenêtre, on respire : la vie est partout et on sourit. Il n’est là que depuis cinq minutes. Il ouvre les yeux, son cœur bat, très fort, les autres il ne les voit plus. Il est sorti de la gare et il avance, il sent, il reconnaît il comprend tous ces récits de la mer qui commencent là, au port. Les mouettes d’abord, leurs cris ne sont pas beaux, mais leurs cris le bouleversent. Elles l’appellent, elles le savent nouveau. Il avance. Tout est si beau : une lumière de fin d’après-midi, un soleil déclinant qui laissent traîner quelques couleurs ; la moindre pierre est étincelle, et les flaques d’eau graisseuse belles comme des toiles de maître. Le port est encore loin mais il le comprend déjà, il perçoit les cliquetis, cocktails de bruits symphoniques. Les bruits, la lumière les odeurs qui racontent la vie qui les a faites. Il voudrait courir pour être au plus vite au port, mais aussi prendre le temps, entrer comme un navire, calme, glissant, apaisant, masse métallique qui se pose le long du quai.

Matinales…

Il suffit je ne me lève plus a dit le jour somnolent
Mais ce n’est pas possible tu es condamné
A répondu une nuit tremblante et pressée d’engloutir
Le trou de lumière par elle creusé
Encore un effort je t’en prie
Le jour s’est tourné et retourné
Il a râlé
Au pied du lit de pierre a posé un pied puis deux
Et s’est levé l’œil mauvais
Sur un ton sec et irrité à la nuit a répondu
C’est bon une fois encore je le fais
Je le fais pour toi
Tu me fais tant pitié

23 décembre

Poèmes de jeunesse : « la révolte »

La révolte était devenue

Une autre décoration de combats intellectuels

Pour le snobisme

De ceux qui flirtaient avec l’angoisse

Du pauvre

Qu’ils achetaient

Chez les bradeurs d’inhumanité

Qui vendent

Du sourire aux enchères du sentiment

Et qui cultivent des jardins d’utilité

Des jardins de pitié

Pour le botin du beau monde

Qui pissent leur ba ba quotidien

En rotant la nuit qu’ils ont volée

Aux autres

Aux angoissés

Aux vrais

L’uniforme de leur porcherie

Leur fait peur

Parce qu’ils se sentent loin

Parce qu’ils se sentent loin

Alors ils trichent

Ils se déguisent

Ils prostituent la vérité

En l’obligeant à coucher

Avec ceux qui l’ont déjà tuée

En l’oubliant

Ils s’écologisent le dimanche

En se confessant à la rivière

Qu’ils assassinent à petites semaines

Mais y savent pas

Eux ils comptent

Eux ils produisent…

Juin 1980

Matinales…

Il est des matins roux
Qui emplissent de rêves
Les fonds de faille
De nuits ocres aux angles droits
Ils posent légers
De douces caresses
Sur nos joues creusées

27octobre