En suivant la trace floue d’une histoire d’hier J’ai glissé sur la flaque du doux présent A tâtons je marche en riant vers le noir heureux Où brille l’ombre de tes cheveux Je souffre de l’oubli des ces presque rien J’attends serein J’entends chagrin Un long soupir sec Il étale en claquant Des larmes au bleu coupant Qui abîment en roulant Les bords mous du chemin des gisants
Comme je l’ai déjà indiqué, j’écris beaucoup en ce moment, à l’ancienne, sur un carnet, avec un bon vieux stylo Bic, dont les arêtes abîment mes phalanges. Mais l’écriture est une souffrance. Je le sais. J’écris mais je prends aussi le temps de lire, et je ne résiste pas au besoin de partager sur ce blog le choc que j’ai ressenti en lisant ce roman de Rebecca Lighieri.
Je ne suis pas doué pour les notes de lecture, les critiques de livre, je ne peux simplement vous dire que j’ai été secoué comme rarement. Ce roman est exceptionnel, bouleversant, éblouissant il m’a marqué, et je sens déjà qu’il laissera des traces. A ne rater sous aucun prétexte. Vraiment…
Sur la longue piste de mes souvenirs légers Un bouquet de ciels bleutés Doucement s’est posé Dans un silence à peine froissé Vers les feuilles à proses Je me suis approché Une à une réveillées Pages sans rimes Sous le vent des mots Se sont envolées
…Des guirlandes d’étoiles descendaient du ciel noir au-dessus des palmiers et des maisons. Elle courait le long de la courte avenue, maintenant déserte, qui menait au fort. Le froid, qui n’avait plus à lutter contre le soleil, avait envahi la nuit ; l’air glacé lui brûlait les poumons. Mais elle courait, à demi aveugle dans l’obscurité. Au sommet de l’avenue, pourtant, des lumières apparurent, puis descendirent vers elle en zigzaguant. Elle s’arrêta, perçut un bruit d’élytres et, derrière les lumières qui grossissaient, vit enfin d’énormes burnous sous lesquels étincelaient des roues fragiles de bicyclettes. Les burnous la frôlèrent ; trois feux rouges surgirent dans le noir derrière elle, pour disparaître aussitôt. Elle reprit sa course vers le fort. Au milieu de l’escalier, la brûlure de l’air dans ses poumons devint si coupante qu’elle voulut s’arrêter. Un dernier élan la jeta malgré elle sur la terrasse, contre le parapet qui lui pressait maintenant le ventre. Elle haletait et tout se brouillait devant ses yeux. La course ne l’avait pas réchauffée, elle tremblait encore de tous ses membres. Mais l’air froid qu’elle avalait par saccades coula bientôt régulièrement en elle, une chaleur timide commença de naître au milieu des frissons. Ses yeux s’ouvrirent enfin sur les espaces de la nuit.
Un bref extrait, brut, sans passer par la case correction du roman que j’écris en ce moment…
…Sa mère est coiffeuse, elle a un petit salon pour des habituées, une clientèle de fidèles, de ces femmes qui vont chez la coiffeuse comme leurs hommes vont au café. La différence c’est qu’eux ils y sont tous les jours et le soir quand ils rentrent, ils ne regardent ni leurs femmes, ni leurs enfants. Ils ne regardent rien. Leurs yeux sont rougis par l’ennui et l’alcool. Jeanne admire sa mère, elle l’admire mais ne parvient pas à suivre le chemin qu’elle aime lui tracer. Sa fille. Sa fille Jeanne. Quand elle est née, quand elle a vu le noir de ses cheveux, elle a dit : je suis heureuse, elle reprendra le salon….
Il y a une an je publiais cette photo de pages blanches. Aujourd’hui paradoxalement les pages se sont noircies mais mon blog est un peu vide… Je suis totalement absorbé par l’écriture de mon quatrième roman.
…Anton se souvient de ce que son père, Marcel, lui expliquait. Sur le beau. Sur le vrai. Tout petit déjà il l’accompagnait dans ses incroyables déambulations. C’est pendant ces longues promenades que Marcel a expliqué à Anton. L’essentiel c’est ne rien dire, s’arrêter, écouter, sentir sans penser, sans chercher ni à expliquer, ni à faire des liens avec ce qui a déjà été écrit ou dit. Ne pas suivre la direction qui indique le beau, le bon. Ce qu’il faut Anton c’est ressentir, chercher l’existence. Le beau n’appartient à personne et il n’appartient à personne de désigner ce qui est beau. Et tu vois Anton, ce mot, je crois même qu’il est préférable de l’éviter. Comme tous ces mots qui ont le défaut d’avoir un contraire. Est-ce-que tu as déjà remarqué Anton que lorsque les mots ont un contraire, un opposé, quand tu prononces l’un c’est à l’autre que tu penses…
N’avez-vous jamais vibré pour du simple Pour ce presque rien Qu’on cache sous le tapis D’une mémoire aux rimes rondes Rondes et fleuries N’avez-vous jamais vibré pour du simple Ce quelque chose Que le peuple des autres Abandonne sur le quai Pour un voyage sans détours N’avez-vous jamais vibré pour du simple Celui qu’on oublie tout de suite Pour ne pas avoir à l’apprivoiser Sentez-vous l’odeur que la peur avait enterrée Entendez -vous le cri du métal Il est frappé de soleil. C’est un beau soir qui sent le hier Dans la salle d’attente de mes souvenirs ferroviaires Un train vient d’entrer…
« Écrire. Je ne peux pas. Personne ne peut. Il faut le dire, on ne peut pas. Et on écrit. C’est l’inconnu qu’on porte en soi écrire, c’est ça qui est atteint. C’est ça ou rien. On peut parler d’une maladie de l’écrit. Ce n’est pas simple ce que j’essaie de dire là, mais je crois qu’on peut s’y retrouver, camarades de tous les pays. Il y a une folie d’écrire qui est en soi-même, une folie d’écrire furieuse mais ce n’est pas pour cela qu’on est dans la folie. Au contraire. L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire, on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité. C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible…
Une fois n’est pas coutume, voici le texte d’une intervention que j’ai faite la semaine dernière au Ministère de la Justice, à l’occasion de la remise des prix du concours d’écriture organisé en prison par la fondation M6
Bonjour à toutes et à tous, L’Agence Nationale de Lutte contre l’illettrisme que je représente aujourd’hui est ravie, une nouvelle fois, d’être associée à cette cérémonie de remise des prix. Nous sommes ravis d’être à vos côtés, ici, au ministère de la Justice, en compagnie du ministère de l’Education nationale, tous deux membres fondateurs du GIP ANLCI ; c’est une façon concrète d’illustrer ce que signifie « se réunir pour mieux agir ». Quelques mots, un petit mot m’avez-vous demandé. Il arrive fréquemment lorsque nous sommes, lorsque je suis sollicité pour des occasions de ce type qu’on nous demande de dire un mot, un petit mot. C’est une formule, une façon un peu délicate de dire qu’il faut que l’intervention soit brève. Et ce matin lorsque j’ai préparé ce mot, ce petit mot, qui je vous l’assure n’excédera pas cinq minutes, je me suis interrogé. Si je n’avais qu’un mot, un seul, à choisir pour exprimer ce que j’ai à dire, quel serait-il ? Difficile ! Mais j’ai essayé et c’est le mot révélateur qui est apparu. REVELATEUR parce que j’ai été dans ma jeunesse un photographe amateur et que j’ai connu la magie du développement en laboratoire. Je me souviens de ce moment unique ou la feuille de papier vierge de toute expression, plongée dans le révélateur laisse apparaître tout doucement une image, une photographie. Oui c’est le mot qui me convient, qui nous convient. Les mots sont et peuvent être révélés. Ces mots, les mots sont nos compagnons de route. Ils sont souvent enfouis au fond de chacun d’entre nous. Il faut qu’ils sortent, il faut qu’ils jaillissent, qu’ils se réveillent, qu’ils se révèlent. Et c’est la magie de ces ateliers d’écriture. Comme le sourcier avec sa baguette, l’enseignante ou l’enseignant aide à réveiller et à révéler ce que vous avez au fond, à l’intérieur de vous. Les mots sont alors dits, puis ils sont écrits et enfin ils sont lus. Et demain ils seront lus et relus, à nouveau. Ils seront alors devenus une trace. J’en profite d’ailleurs pour affirmer que l’écriture et la lecture sont intimement liées et que l’annonce faite par le Président de la République que la grande cause nationale de l’été 2021 à l’été 2022 serait la lecture est une invitation qui nous est faite à toutes et à tous à valoriser les actions de ce type. Alors oui pour certaines et certains c’est difficile, plus difficile, les mots sont là, mais ils sont rebelles, parfois impossibles à saisir, à maîtriser à apprivoiser. C’est la situation dans laquelle se trouvent 2 500 000 personnes dans notre pays. Il faut des outils, des leviers pour les rendre accessibles, pour qu’un jour ils puissent se poser sur une feuille de papier, ou sur un écran, et être utilisés. Parmi les différentes catégories de ce concours, il y a celle des débutants et c’est à vous et à vos enseignantes et enseignants que je m’adresse aujourd’hui. Si le parcours pour donner vie à ces mots est plus difficile, plus long, parfois semé d’embûches, au bout le résultat est le même. Nous sommes à l’ANLCI attachés à ce que ne soient jamais oubliés, celles et ceux qui souffrent de ne pouvoir mettre en mot, cette musique intérieure. Nous sommes attachés avec nos partenaires, avec les administrateurs du GIP à ce que des solutions soient proposées pour que demain nous puissions embarquer avec nous tout un peuple de lecteurs. Parmi ces solutions il y a les ateliers d’écriture, avec ce travail formidable des intervenantes et intervenants de l’Education nationale, de l’Administration pénitentiaire. Ce travail qui réveille et révèle ces talents que chacune et chacun d’entre vous a en lui. Chaque texte est unique, chaque texte témoigne du travail accompli : il le révèle, il vous révèle pour que les émotions puissent tranquillement se poser sur une feuille de papier ou sur un écran. C’est ce que vous avez réalisé M……….. avec votre texte qui obtient le troisième prix de cette catégorie débutant. Nous vous en félicitons et vous invitons à considérer que cette dernière fois qui était le thème de cette année marque le début d’une aventure où les mots occuperont une place centrale. Eric NEDELEC Directeur adjoint de l’ANLCI
…Le bonheur je ne sais pas ce que c’est, et puis je ne veux pas le décrire, je ne veux pas l’encadrer avec des mots qui seront de toute façon, un jour ou l’autre enfermés dans un dictionnaire. Le bonheur, tu le vois bien Anton, il arrive, là, comme ça, sans rien dire, c’est un soir, à Narvik. On marche, nos mains se tiennent, et le bonheur est là, comment veux-tu trouver un mot pour en parler, comment veux-tu le décrire ?
La nuit était lourde, épaisse, Des plaques d’air poisseux s’empilaient Le lit s’enfonçait dans la vase molle de ma mémoire Je cherchais le chemin pour me conduire au début Sur les bas-côtés de mon rêve éveillé De mauvaises ronces se sont réveillées Mon pas est lent J’ai le souffle court Tous les cailloux que j’avais semés Sont enfoncés dans le sable gris Je me bats contre un vent mauvais Il souffle de tous côtés Et s’engouffre dans le couloir de l’oubli
Mon travail d’écriture avance, environ 150 pages déjà noircies, avec lorsque je me relis, toujours à voix haute pour entendre la musique des mots, des frissons que j’ai envie de partager, même si le travail est loin d’être achevé…
…Marcel et Jeanne sont restés plusieurs années à Narvik. Anton ne sait pas exactement ce qu’ils y ont fait. Vous êtes restés combien de temps là-bas ? Et la réponse, toujours la même…Plusieurs années. Comme s’il ne fallait pas compter, mesurer, encadrer. Le temps ne doit pas se mesurer Anton, le temps c’est de la vie qui passe, c’est de la vie qui enfle, de la vie qui souffre, de la vie qui rit, s’enflamme et parfois disparaît. Et cela ne se mesure pas. Dès que tu poses la question combien, tout est fini Anton, tu es fini, tu as fini. La mémoire qu’il nous reste de là-bas n’est pas gradué, elle est pleine, entière, avec des rondeurs, des zones un peu floues…
J’ai presque terminé mon nouveau roman, alors je me suis dit, tiens pourquoi pas proposer un extrait, comme ça, brut, un extrait pas retravaillé, un extrait que j’aime… Il y en aura peut-être d’autres.
… Je suis arrivée à l’heure de la journée que je préfère, ces heures de mai, qui s’étirent dans la douceur avec de la lumière plein les poches. Je suis arrivée dans ce bref moment où tout va se mélanger, se confondre. On est dans l’entre deux. Les arbres, mes arbres, tremblent à peine. Je sais qu’ils me voient, je sais qu’ils me sentent. Je suis sorti, je les écoute, j’entends ce qu’ils me disent. Et j’écris, je suis assise sur une pierre, elle est recouverte de mousse, j’ai sorti le cahier, le gros, celui où je raconte, celui où je me raconte. Je le pose bien à plat sur les genoux que j’ai serrés. J’aime le bruit que font les pages quand un souffle les soulève. Je pense aux arbres, au papier. Et j’écris quelques mots de plus. Je suis essoufflée, ce n’est pas le vélo, ce n’est pas la course pour venir jusqu’ici. Je suis essoufflée parce que je respire, je suis essoufflée parce que j’existe…
Parmi les pauses lecture que je m’accorde pendant mon chantier d’écriture, il y a eu ce magnifique roman de Grégoire Delacourt. L’extrait que je vous propose est comment dire d’une intensité poétique qui me provoque des vibrations.
/… Sa famille.
Des cultivateurs dans le Cambrésis. Vingt hectares de lecture fourragère. Quelques bêtes. Des nuits de peu d’heures, des mains usées, des ongles noirs, comme des griffes, la peau tannée, un vieux cuir craquelé. Jamais de vacances, jamais de premier mai parfumé au muguet ; la terre, toujours, la terre exigeante, capricieuse ; et la mer, une fois, une seule, pour mes sept ans, a-t-il précisé, mais pas vraiment la mer, une plage plutôt, celle des Argales, à Rieulay, du sable fin au bord d’un lac artificiel sur un ancien terril ; mes parents n’avaient pas voulu me décevoir : ils avaient dit qu’il n’y avait pas de vagues ce jour là, une histoire de lune, de planètes, je ne sais plus, et je les avais bien crus, bien que l’eau ne soit pas salée, ah ça ! disait mon père à propos du sel, ça dépend des courants, des marées et même de la lune, André, c’est très compliqué, tu sais, tout ce bazar, et plus tard j’ai compris qu’ils avaient voulu m’écrire une histoire unique, m’enseigner que l’imagination fait advenir tous les voyages, exhausse toutes les enfances. Ils ne se plaignaient jamais, ni du gel ni des pluies qui pourrissaient tout ; ils sillonnaient et façonnaient la terre comme des sculpteurs, comme des amants ; ils lui parlaient, ils la remerciaient les jours de grande récoltes , la consolaient lorsque le froid la fendillait et la gerçait ; ils aimaient que le temps marque les choses. Ils attendaient les printemps comme on attend un pardon. /…
Sur le tableau noir de mes désirs d’écriture J’ai tracé quelques lettres de brumes Des mots bleus se sont envolés A tire ligne jusqu’au bord d’une blanche feuille Que j’avais attendue Une phrase est là, en suspens Une autre aussi qui l’attend Je les regarde heureux Elle se sont aimées Avec mon consentement
Plus de 80 pages écrites, pour l’instant pas de difficulté, les mots bouillonnent, les phrases coulent, et je tiens la barre. Le personnage principal, Anton, se dessine de plus en plus, à travers le chapitre consacré à son père et celui, en cours, à sa mère, on comprend, on le comprend. La transmission est là, un héritage des émotions. Comprendre d’où l’on vient, l’alchimie de la rencontre, du peut-être hasard, et pages après pages, l’écriture pose une trace, de ces belles traces qui sentent bon la vie.
Sur la pente raide d’un chemin creux Je presse le pas vers un sommet ivre de bleu J’avance Le souffle court d’un rire qu’on empêche J’attends Crissement d’une caresse rêche Je frissonne Longue et verte vague à l’âme Se jette en pleurant Sur la rive molles de mes nuits blanches
Une longue promenade, hier, à quelques minutes de chez moi au dessus de Saint-Etienne, et quelques photos qui annoncent la tempête de la nuit. Un intermède poétique pour respirer un peu
Derrière le tendre vert des collines alanguies J’entends le vent qui bruit Sans un cri Un reste de pli bleu Couvre ronde larme de si peu Sur le bord gris de tes yeux bleus
Fenêtre ouverte Sur le rond silence bleu Du matin frileux J’attends les mots blancs Qui frappent sur les vitres endormies J’entends la pointe dure du stylo Elle crisse et glisse Sur ma belle feuille fripée De sa longue nuit agitée
Quelques nouvelles de mon manuscrit. J’avance d’un pas sûr et volontaire, déjà plus de soixante dix pages sont noircies, les personnages prennent toute leur place, et je sens qu’ils commencent à se sentir bien, chaque matin quand j’ouvre le carnet moleskine, ils se retrouvent. Anton bien sûr, mais ces derniers jours Marcel beaucoup. On a même aperçu dans le coin d’une feuille Louis et Maria, les parents de Marcel. La première partie s’achève sur une porte qui s’ouvre. Sur le pas de cette porte, il y a Jeanne. Jeanne qui attend, Jeanne qui m’attend. Il faut que je vous laisse, je ne peux pas la laisser, là, sur le palier…
Lorsque j’écris, sur le papier, avec un stylo-bille des plus commun, je ressens très fort la sensation de l’écriture. C’est un acte physique, qui laisse des traces. Et je me souviens alors de cette toute première phrase que j’avais écrite il y a quarante trois ans lorsque je décidai d’écrire un roman, mon premier roman, première pierre d’un chantier qui ne s’est jamais fermé, même dans les pires moments, ceux où l’inspiration est ballottée dans les intempéries de la vie. Je me souviens, j’avais 19 ans et j’écrivais : « J’ai la tête qui bourdonne, les mains moites. Mes jointures gardent en mémoire les arêtes du stylo. » En ce moment, presque tous les soirs mes doigts gardent en mémoire les arêtes de mon stylo.
Quand j’écris, j’ai une « playlist » qui m’accompagne, et sur cette playlist en bonne place il y a Yves Simon
Mots d’amour qui s’envolent Tous les jours cajolent Des visages fatigués, meurtris, démodés, Ma jeunesse s’enfuit Ma jeunesse s’enfuit Et la vie aussi.
Tout au bout de la mer L’autoroute s’est fermée, Une vieille Strudebaker La nuit s’est crashée, Ma jeunesse s’enfuit Ma jeunesse s’enfuit Et la vie aussi.
Dans ces aérogares Où nos amours s’égarent, Les rêves n’ont pas de fin, Pas de fin. Romans inachevés, Des mots glissés froissés Sous la lune de l’hiver, Des baisers volés, Ma jeunesse s’enfuit Ma jeunesse s’enfuit Et la vie aussi.
Que deviennent les visages Des passantes passées, De la seule qu’a compté, Jamais oubliée.
Un parking sous la neige, Bagnoles prises au piège, Dans la nuit passe un train, Trop tard pour demain, Ma jeunesse s’enfuit Ma jeunesse s’enfuit Et la vie aussi.
Les mots sont là, ils coulent, c’est un flot ininterrompu. Toutes les digues ont sauté. Je retrouve l’excitation de l’inspiration qui ne se contient plus. Je marche, j’écris, je dors, je rêve, j’écris. Les pages se noircissent, et l’épaisseur de l’encre qui sèche sur le papier produit comme un craquement. Mais ce n’est pas une feuille morte. J’aime tant que de la vie pensée vienne se poser sur le papier. C’est une magie dont je ne me lasse pas. L’histoire que j’écris avance, à grand pas, les personnages ont pris place, pas encore toute leur place, mais ils sont là, je commence à m’habituer à leur présence. Vous connaissez certains d’entre eux, j’ai à plusieurs reprises posé quelques bribes sur ce blog. Leurs contours se dessinent, je les aime, et redoute déjà le moment où la fin approchera. Mais le chemin est encore long…
J’écris beaucoup en ce moment, mon quatrième roman,et je noircis des carnets…Pour m’accompagner dans mon inspiration j’écoute Ferré, notamment Et Basta, certains passages sont d’une puissance sans pareil…
La solitude est une configuration particulière du mec : une large tache d’ombre pour un soleil littéraire La solitude c’est encore de l’imagination C’est le bruit d’une machine à écrire J’aimerais autant écrire sur des oiseaux chantant dans les matins d’hiver J’ai rendez-vous avec les fantômes de la merde Les jours de fête, je les maudis, cette façon de sucre d’orge donné à sucer aux pauvres gens, et qui sont d’accord avec ça et on retournera lundi pointer Je vois des oranges dans ce ciel d’hiver à peine levé Le soleil, quand ça se lève, ça ne fait même pas de bruit en descendant de son lit. Ça ne va pas à son bureau, ni traîner Faubourg Saint-Honoré et quand ça y traîne, dans le Faubourg, tout le monde s’en rengorge. Tu parles ! Ni rien de ces choses banales que les hommes font qu’ils soient de la haute ou qu’ils croupissent dans le syndicat. Le soleil, quand ça se lève, ça fait drôlement chier les gens qui se couchent tôt le matin Quant à ceux qui se lèvent, ils portent leur soleil avec eux, dans leur transistor. Le chien dort sous ma machine à écrire. Son soleil, c’est moi Son soleil ne se couche jamais… Alors il ne dort que d’un œil C’est pour ça que les loups crient à la lune. Ils se trompent de jour
Ne chantez pas la Mort, c’est un sujet morbide Le mot seul jette un froid, aussitôt qu’il est dit Les gens du « show-business » vous prédiront le « bide » C’est un sujet tabou… Pour poète maudit La Mort! La Mort! Je la chante et, dès lors, miracle des voyelles Il semble que la Mort est la sœur de l’amour La Mort qui nous attend, l’amour que l’on appelle Et si lui ne vient pas, elle viendra toujours La Mort La Mort…
La mienne n’aura pas, comme dans le Larousse Un squelette, un linceul, dans la main une faux Mais, fille de vingt ans à chevelure rousse En voile de mariée, elle aura ce qu’il faut La Mort La Mort… De grands yeux d’océan, une voix d’ingénue Un sourire d’enfant sur des lèvres carmin Douce, elle apaisera sur sa poitrine nue Mes paupières brûlées, ma gueule en parchemin La Mort La Mort…
« Requiem » de Mozart et non « Danse Macabre » (Pauvre valse musette au musée de Saint-Saëns!) La Mort c’est la beauté, c’est l’éclair vif du sabre C’est le doux penthotal de l’esprit et des sens La Mort La Mort… Et n’allez pas confondre et l’effet et la cause La Mort est délivrance, elle sait que le Temps Quotidiennement nous vole quelque chose La poignée de cheveux et l’ivoire des dents La Mort La Mort…
Elle est Euthanasie, la suprême infirmière Elle survient, à temps, pour arrêter ce jeu Près du soldat blessé dans la boue des rizières Chez le vieillard glacé dans la chambre sans feu La Mort La Mort… Le Temps, c’est le tic-tac monstrueux de la montre La Mort, c’est l’infini dans son éternité Mais qu’advient-il de ceux qui vont à sa rencontre? Comme on gagne sa vie, nous faut-il mériter La Mort La Mort…
Oui c’est parti…Cela couvait depuis plusieurs mois, peut-être plus. J’ai entamé cette première étape, que je trouve personnellement très jouissive, celle de l’écriture manuscrite, avec un bon vieux Bic cristal de ce qui sera mon quatrième roman. J’ai pris beaucoup de temps en amont pour travailler le plan, les personnages. Pendant quelques semaines je vais noircir le magnifique papier de ce gros carnet Moleskine, habité par cette histoire qui a déjà pris possession de mon intérieur… Je serai peut-être moins présent, comme c’était d’ailleurs le cas ces derniers temps pendant la gestation, encore que… J’aurai certainement besoin de respirations poétiques…
Les autres…N’écoute pas ce qu’ils te disent, sors de leur route toute tracée, choisis ton chemin. Et si on te répond que ce n’est pas possible d’entendre la mer lorsque tu es dans la forêt, ne dis rien, ferme les yeux et plains les, eux, qui n’entendent pas les arbres qui s’essaient au bruit des vagues. S’ils te disent que c’est ton imagination qui te joue des tours, réponds-leur que leur imagination est en panne, fatiguée, dis-leur que c’est quand on ne veut pas voir ce qui est vrai, quand on ne veut pas entendre le bruit des vagues qui secouent les crêtes des sapins qu’on est trompé par son obsession du réel convenu.
Cette imagination-là n’est pas la tienne, tu n’en veux pas de ces artifices pour enfant naïf qui fabriquent du magique pour empêcher d’aller ailleurs, de choisir d’autres chemins, tu n’en veux pas de cette mythologie préfabriquée qui fabrique des rêves à la chaîne, des rêves qui sont toujours les mêmes, depuis longtemps, et pour tout le monde. Tu dois leur dire que les arbres tu les vois comme des arbres et pas comme de vieilles femmes aux doigts crochus ou tout autres monstres qu’on veut entrer de force dans les têtes pour que les peurs soient identiques.
Tu ne dois pas être comme les autres. Les arbres tu dois les voir arbres et la mer que tu entends quand ils bougent dans le vent tu dois dire que c’est la mer. Tu ne dois pas dire : ils font comme la mer, c’est comme la mer, j’ai l’impression d’entendre la mer. Tu ne dois pas dire cela parce que c’est injuste de le dire, c’est injuste pour les arbres d’abord, et puis pour la mer surtout, c’est comme si tu disais que la mer n’existe pas, qu’elle est ailleurs, plus loin, toujours plus loin, qu’elle n’appartient qu’à ceux qui prétendent qu’ils l’ont vue, qu’ils l’ont entendue avec leurs mots à eux, avec les mots qui ont été fabriqués par d’autres pour dire que la mer existe, ici, et pas ailleurs…
Toi tu dois dire que la mer existe ici, dans ces forêts d’altitude, tu dois dire qu’elle est là, derrière ce vent, comme une mémoire……
L’air est vif et coupant Les dernières larmes D’une nuit aux souffles agités Se figent en glissant Les éclats de rire Du petit matin glacé Se sont brisés en frissonnant
Le printemps craintif fuit devant nous. Il rajeunit d’heure en heure et se referme feuille à feuille, fleur à fleur, à mesure que nous regagnons le Nord. A l’ombre plus grêle des haies, les pâquerettes d’avril ont reparu, et les dernières violettes décolorées…L’azur plus pâle, l’heure plus courte, une humidité acide de l’air créent l’illusion de rajeunir et de remonter le temps…
Il est déjà tellement tard Plus rien n’est à commencer Tous les murs sont achevés Les regards se sont affadis Les épaules sont entrées Le visage est affalé
Pourtant
Pourtant il faudrait Il faudrait ouvrir des fenêtres Laisser entrer des éclats de rêves mauves et bleutés Et soudain redresser le menton Bomber le torse Et contempler en riant Le souvenir d’un arbre lointain
Regarde Oh oui regarde Lève les yeux Oublie L’ombre épaisse des mauvais rêves De tes nuits agitées Glisse Penche-toi en riant A la fenêtre des absents Regarde Oh oui regarde La lumière est si belle Elle s’étire doucement Entre les tendres bras Du matin des amants Ecoute Oh oui écoute Tu l’entends te dire Je t’attends…
Au fond de la nuit la plus nue Pas trace de village sur la houle Je n’ai qu’à prendre ta main Pour changer le cours de tes rêves Embellie ton haleine malmenée par la rixe
Tous les sentiers qui te dévêtent Ont dans le lierre de mon corps Perdu leurs chiens leurs carillons La tige émoussée de l’étoile Fait palpiter ton sexe ému A mille lieues vierges de nous Nous restons sourds à l’agneau noir A toute goutte d’eau d e pieuvre Nous avons ouvert le lit A la pierre creuse du jour en quête de sang De résistance
C’était l’heure des sans amis Penché vers un presque rien Je voulais prendre ce chemin Et rêvais d’y rencontrer les hommes Aux doux regard paisibles Qui rêvent de lendemains Aux bords ronds et malins J’ai marché jusqu’au dernier bout Lointain Oh si lointain Elle était là Seule et perdue Vêtue d’une longue trainée de brume Elle attendait en souriant Je te savais Tu le sais Entre tes larges marges inventées Je t’avais inventé
Au printemps au printemps Et mon cœur et ton cœur Sont repeints au vin blanc Au printemps au printemps Les amants vont prier Notre-Dame du bon temps Au printemps Pour une fleur un sourire un serment Pour l’ombre d’un regard en riant
Toutes les filles Vous donneront leurs baisers Puis tous leurs espoirs Vois tous ces cœurs Comme des artichauts Qui s’effeuillent en battant Pour s’offrir aux badauds Vois tous ces cœurs Comme de gentils mégots Qui s’enflamment en riant Pour les filles du métro
Au printemps au printemps Et mon cœur et ton cœur Sont repeints au vin blanc Au printemps au printemps Les amants vont prier Notre-Dame du bon temps Au printemps Pour une fleur un sourire un serment Pour l’ombre d’un regard en riant
Tout Paris Se changera en baisers Parfois même en grand soir Vois tout Paris Se change en pâturage Pour troupeaux d’amoureux Aux bergères…
J’ai commencé depuis lundi le journal poétique de cette terrible période, parce que je sais par expérience que les mémoires sont molles et qu’il est nécessaire de garder une trace…
On le disait homme du passé Plus rien n’est comme avant, homme dépassé Plus rien me dites-vous Permettez-moi de rire et d’en douter Je ne veux pas de ce monde sans ce soleil taquin Je ne veux pas de vos vies enfermées Dans un rectangle aux angles numériques Je n’en veux pas de vos matins incolores Sans cette douce lumière qui caresse Les restes mauves de la longue nuit Je n’en veux pas de vos morales hygiéniques Je n’en veux pas de vos peurs organisées Moi je suis un homme du toujours J’aime que mon souffle brise l’ombre du silence J’aime tous les rires de rien J’aime le chant de mes mots doux Qui dansent sur le papier J’aime le parfum de ces histoires d’hier Qui caressent mes lendemains Vous me disiez homme du passé Je vous ai déjà oubliés