
Rien ne sort
C’est le calme plat
Pas une rime pas une ride
A la surface d’une mer sans brume
Page blanche
Nuit grise
Demain peut-être

Rien ne sort
C’est le calme plat
Pas une rime pas une ride
A la surface d’une mer sans brume
Page blanche
Nuit grise
Demain peut-être

Dans l’arrière jour de mes nuits blanches
J’ai creusé le trou de ma mémoire oublié
Dans le fond endormi
Sur un bord de molle dune
Petits mots aux teintes passées
Dansent en giguant la ronde des guenilles
Ils vont ils roulent ils vrillent
Mots d’hier j’entends vos rires d’enfants
Crépies de mauve brune
Douces caresses se posent
Sur le long mur blanc
De ma moite insomnie
Tout est fini
Sur la feuille froissée d’un passé retrouvé
Sans un pli présent rassuré s’est endormi…
Je pense souvent à mon père…

Je pense souvent à l’absence
Qui reste ce peut-être
Trou de brume où jaillit un bel horizon mauve
Si loin du gouffre noir
De ta lourde disparition
Seules les pierres blanches semées
Sur le long chemin de nos mémoires encombrées
Unissent leurs froides solitudes
Pour combler les fissures où sifflent les vents de l’oubli
30 janvier
Envie de republier cette micro nouvelle… Peut-être parce qu’il y a encore de la neige…

Il neigeait fort depuis plusieurs heures. Le silence prenait de plus en plus de place, tout était étouffé, amorti, pas le moindre craquement. C’était l’empire du coton. Il n’était pas sorti, préférant la chaleur de la cheminée, à l’avance épuisé à l’idée d’enfiler chaussettes, bottes, pulls et manteau. Bref il hibernait. Parfois il tirait un peu le rideau, pour constater l’avancée du blanc. C’est tout. Tout était simple.
Soudain un long craquement, comme un journal qu’on déchire. Il regarde le feu, ce n’est pas d’ici que cela vient. Cela craque de plus en plus, cela crépite même. Il y a peut-être des branches qui ployant sous le poids de cette neige lourde n’ont pas résisté. Non ce qui est curieux c’est que cela craque tout doucement, puis cela s’accélère. En fait ça grince, comme quand on est sur un port et que le vent s’engouffre dans les mâts. Comme quand on est en mer….
Il reste là, devant les braises, toujours intrigué par les ces sons qui tanguent et qui roulent. Il faudrait qu’il aille voir. Il pense à la mer et sourit. Il sourit pour se moquer de lui-même : être capable d’entendre la mer, même ici montagne… Certes ce n’est pas très haut, mais c’est la montagne quand même. Il va sortir. Pour voir, pour entendre.
Il met beaucoup de temps à s’habiller, il n’est pas pressé de se confronter à ce qui ressemble de plus en plus à une tempête de neige. Il n’a pas peur. Pourquoi aurait-il peur ?
Il est à l’extérieur, il fait le tour de la maison, pas très rapidement, il s’enfonce, le son des bottes quand il lève la jambe et qu’elles s’extirpent de la couche de neige fraîche est magnifique, c’est un son épais, un son qu’on pourrait écrire. Tiens s’il devait l’écrire il écrirait « onfk ». Oui c’est bien ça « Onfkkkkk ».
Il a fait le tour. Derrière chez lui, c’est une forêt avec de grands sapins. Une fois on lui a dit ou il a lu quelque part que ces sapins ont le tronc si droit qu’autrefois on venait les couper pour en faire des mâts. Des mâts pour les bateaux de la marine royale…
La mer, toujours la mer… Il faudrait qu’il arrête de la voir partout. Il est devant la forêt. Les mâts sont dressés. Ils sont noirs dans le soir qui tombe. Les branches si blanches font de belles voiles. Quand ils ferment les yeux, il sent les embruns qui lui fouettent le visage. Il est bien, c’est salé.
« Onfkkkk », une mouette s’est envolée quand il s’est avancé. Elle a ri de tout ce blanc, il l’a regardé planer. Il est bien, il est rentré.

Fantastique
Le mot est là
Somnambule
Depuis six mois
Tout se remonte
Mécanique
Existante
Absolue
Pour la noirceur
D’une virginité
Epuisée
De son silence
De papier
Aligné

Au fond de mes poches,
Quelques miettes de ciel.
Dans le creux de ma paume pressée,
J’ai pris quelques cailloux mauves.
En riant les ai semés.
Une à une, bulles légères
Sautillent, pétillent
Dans long couloir sans écume
Foule sans sillage,
N’entend pas le chant du large.

Lorsque l’attente frise le bitume
J’entends la lame bleue des impatiences
Qui s’aiguise à la pierre de ton regard
Il n’est jamais loin le doux froissement
Des étoffes de nos embrassades
Tout est dans le presque fini
Il me reste à refermer l’angle de nos peurs
26 janvier

Dans l’arrière jour de mes nuits blanches
J’ai creusé le trou de ma mémoire oublié
Dans le fond endormi
Sur un bord de molle dune
Petits mots aux teintes passées
Dansent en giguant la ronde des guenilles
Ils vont ils roulent ils vrillent
Mots d’hier j’entends vos rires d’enfants
Crépies de mauve brune
Douces caresses se posent
Sur le long mur blanc
De ma moite insomnie
Tout est fini
Sur la feuille froissée d’un passé retrouvé
Sans un pli présent rassuré s’est endormi…
28 juillet

Homme d’en bas,
Regarde le visage de l’océan.
Sur son front salé,
C’est la tempête qu’on lit.
Les rides se sont creusées,
Le regard s’est assombri.
De belles longues vagues blanches,
Entrent dans les terres usées
Elles s’étirent en criant,
Et offrent leurs bouquets d’écume
Aux récifs abandonnés.
Regarde les qui entrent dans la danse.
Écoute les !
Elles chantent avec le vent
Ferme les yeux,
Laisse entrer l’ocean.
C’est la tempête à Ouessant

Enroulés dans le dernier rêve de la nuit qui s’éteint,
Protégés par leurs souvenirs d’océan,
Regarde bien les enfants d’Ouessant.
Dans leurs regards prudents,
Il y a comme un bouquet de vent.

Le jour se lève me dites-vous ?
Était-il donc endormi ?
Comment ?
Assoupi, simplement…
Tiens donc…
Étrange, n’est-ce pas ?
Je n’ai rien vu.
J’ai cherché, vous dis-je.
J’ai cherché sans un bruit,
Me perdant
Jusqu’aux bords mauves
De votre trop longue nuit
Et ne l’ai point rencontré.
Vous doutez ?
C’est tant pis :
Je n’irai plus déranger
Les belles couleurs de votre ennui…

J’absorbe une tâche d’ennui
Avec l’épais buvard d’un début de nuit
Dans la marge un début de cri
Et toi tu n’entends rien
Inlassablement tu écris

Derrière la vitre des lointains ennuis
La ville grince et plie son haut mur de nuit
Seule à rire dans un presque soir qui rôde
Elle invente des traces d’ocres chaudes
A la fenêtre verte des mémoires abîmées
Je respire une longue bouffée de houle salée
J’aime republier certains de mes textes, tout simplement parce que lorsque je les relis j’éprouve toujours la même émotion.

Je n’en peux plus du bruit de la peur,
Je n’en veux pas de la suie grasse de vos haines,
Je n’en veux plus des complaintes aux rimes dures.
Parlez-moi de la mer, je vous en prie.
Où sont les vagues,
Où sont-elles ?
Entendez le vent,
Il pleure, vous dis-je,
On l’oublie,
Il est seul, il appelle.
J’entends son chant qui ondule,
Mes yeux se ferment,
Petites larmes coulent.
Vagues amères,
Douces et belles,
Sur les rives de mes lèvres muettes
Ont répondu, ô vent, à ton appel.
Parlez-moi de la mer je vous en prie…

Écoutez peuple des riants
C’est la marée lasse du soir tombant
Partout le bruit des roulettes
Sur le chemin des partants
On se presse on s’attend on s’éprend
Ils sont loins nos beaux rires d’enfants
18 janvier

Il est tôt pour déchirer le silence
Tu t’es posé en bordure de nuit
Levant une main au passage des impatients
Pas un ne comprend ton signe
Ils filent ils roulent ils glissent
Là-bas vers ce rien gluant
Qu’ils cliquent en rêvant
Il est trop tard
Ils sont déjà loin
Demain peut-être sera le jour des aimants
18 janvier

A la frontière d’un lointain souvenir
J’ai présenté de faux papiers
Hier oubliés au fond d’une poche
Ils dormaient là depuis le bel été
Un gardien à l’œil amnésique
Doucement les a depliés
Je ne vois rien, dit-il
Votre mémoire est froissée
Vous ne pouvez entrer
J’en suis désolé
Il n’y a rien ici pour vous retenir
Triste et perdu j’ai reculé
Ce n’est rien j’aurai essayé
Il est trop tard pour vous raconter
Je retourne là-bas au bord du si loin
Je vous laisse à vos peurs noires
Je vous écrirai d’une plume légère
La belle histoire de l’homme aux cent mémoires
16 janvier

Il y a bien longtemps que norme et beauté ne s’étaient rencontrées. Il est vrai que l’une comme l’autre avaient pris soin sur les injonctions de la police sanitaire de prendre et surtout de garder de la distance. Mais ce qui devait arriver arriva et les deux rivales ont fini par se retrouver. La norme dont on sait déjà qu’elle aime tout contrôler a donc pris la décision de convoquer la beauté.
– Gardez vos distances beauté ou alors restez masqué. En aucun cas vous ne devez me contaminer.
– Ne vous inquiétez pas je resterai masquée et ainsi vous n’aurez pas à supporter mon sourire bucolique…
– Bien, ceci étant dit chère beauté, encore une fois quel besoin aviez vous d’aller vous compromettre en ce lieu que je vous ai déjà interdit. Un parking de supermarché, et pourquoi pas un immeuble désaffecté quand on y est ?
-Voyez vous madame la norme, contrairement à vous je n »ai aucun problème avec ces lieux dont on dit, je le sais, qu’ils sont laids. Je ne les méprise pas et surtout je ne les oublie pas et quand je le peux, je veux dire quand vous êtes occupée à rédiger vos règles académiques et surtout à les contrôler, voyez vous, moi je vis : tout simplement. J’ouvre les yeux, et quand je sens que mon cœur est léger, je cherche s’il me reste un peu de ces belles couleurs que vous gardez enfermées.
-Je vous entends, l’intention est bonne et je ne nie pas que vous faites ce que vous pouvez, mais à l’avenir quand vous vous égarerez dans un supermarché, je vous en prie faites une détour au rayon beauté !

Je n’aime pas beaucoup les mots qui raclent la gorge
Et abîment le lit tranquille de mes rêves mauves
Mots en gr br tr dr fr pr
Ils chantent si peu
S’il le faut je les adoucis
D’une goutte d’aile
D’un souffle au bleu léger
D’une larme de brume
Et lorsque ma plume s’accroche en crissant
Aux marges raides de vos règles mécaniques
Je souris et m’envole en rimant
11 janvier

Pardonne moi ô mer oubliée
Pardonne moi il est long et gris
Ce temps abandonné aux vagues ennuis
Tu es là rassure-toi
Rime sableuse de mes insomnies
J’entends ton roulis
Dans le creux de mes houles nocturnes
Il ondule et glisse en sifflant
Ne crains rien tu sais je t’entends
Le chant mauve de ton écume
Se pose doucement sur la tendre plaine de mes encres apaisées

J’ai un trou de mémoire…
J’ai un trou de mémoire… Curieuse non cette expression ? Pour ma part, j’ai plutôt l’impression quand je suis confronté à ce problème de trou qu’il s’agit plutôt d’un trou DANS la mémoire. Comme s’il s’agissait d’un panier percé. Et au bout du compte si on réfléchit un peu un trou ce n’est rien ou plutôt ce n’est que du rien, qu’un peu de vide autour de tout, d’un tout ou du plein pour ne pas dire du pain parce qu’un trou dans le pain ce n’est rien ou trois fois rien. Mais revenons à nos moutons : un trou de mémoire ne serait finalement rien ou presque rien. Et le presque est ici important : il rappelle que très souvent au bord du trou il y a un tas : le tas composé de ce qui a été extrait du trou avant qu’il ne devienne trou. Si je poursuis mon raisonnement je me dis que finalement tout est là, au bord, et qu’il suffit de chercher, de trier et alors on retrouvera bien quelque chose, pour combler le trou.
Je me relis et je me dis que tout cela n’est peut-être pas si clair, qu’il manque quelque chose, qu’il y a comme on le dit parfois un trou dans la raquette. Tout cela est bien complexe et plus j’avance plus je me dis que la solution est probablement au fond du trou.
Mais c’est une autre histoire

J’ai posé une oreille distraite
Au creux d’un rire étouffé
Le temps du silence s’est invité
J’attends
Quelques gouttes de rien
Roulent en vibrant sur une ligne sans fin
Il est trop tard des larmes sont montées
Elles cherchent un chemin vers une lande sans brumes
9 janvier

C’était une bien drôle de semaine… Lorsque j’ai repris le travail ce lundi matin j’ai eu soudain cette sensation étrange : celle de l’effacement progressif. J’ai en effet atteint la dernière ligne droite, celle au bout de laquelle je peux distinguer de plus en plus nettement l’autre ligne : celle d’arrivée. Dans six mois ma vie professionnelle connaîtra son terme. Sensation étrange assez difficile à décrire ou à expliquer. A commencer par ces images un peu impropres que celles de la ligne droite ou de la ligne d’arrivée. Je ne crois ni à l’une ni à l’autre et surtout elles ne correspondent ni à ce que je suis, ni à ce que je crois. Quelle tristesse, même pour une brève durée, qu’une vie (qu’elle soit professionnelle ou personnelle) soit droite. Non, je vous en prie vous toutes et tous qui m’accompagnez pour ces derniers mois trouvez moi des virages, des sursauts, des imprévus, des étonnements. Car la vie, celle que j’aime et continuerai d’aimer doit être ronde, sinueuse, pleine de courbes. Et surtout surtout pas de ligne d’arrivée pour s’entendre dire que c’est fini…

Je vous assure, il m’a lancé un regard, franchement je m’en remets difficilement. Lancer un regard, ce ne doit quand même pas être des plus simples, il faut évidemment savoir viser, car lancer un regard sans savoir vers qui l’envoyer c’est un peu comme un coup d’épée dans l’eau. Encore qu’un coup d’épée dans l’eau a au moins deux vertus celle de faire de provoquer des remous (même si on ne veut pas dans ce cas précis faire de vague) et celle de trancher dans le vif, surtout s’il s’agit d’eau courante. Mais revenons à nos moutons, revenons à ce regard lancé, et qui semble t’il a atteint sa cible (puisque la personne victime du jet prétend qu’on lui a lancé un regard), est ce que ce regard est vif, acéré, aiguisé, perçant même. Imaginons les dégâts provoqués par un regard qui en plus d’avoir été lancé est aussi perçant. La personne, appelons-là la victime, risque de se retrouver comme le disait Corneille « percée jusqu’au fond du cœur d’une atteinte imprévue » …. En conclusion, ce que je crois c’est qu’un regard n’est jamais lancé au hasard, à l’aveugle dirions-nous car il faut être clair une fois lancé le regard ne peut revenir en arrière, ce n’est pas un boomerang et le lanceur doit autant que possible avoir les yeux en face des trous s’il ne veut pas rater sa cible.

Mémoire rouillée par des rafales de vieux chagrin
Abandonnée à la casse des souvenirs inutiles
Je ne t’ai pas oublié tu verras tu viendras
A la table fleurie de mes rêves pour demain

Regarde petit
Regarde le sommet de ce rire couchant
Fier de tes boucles d’enfant
Écoute petit
Écoute l’entre deux du silence impatient
Le drap fripé de la nuit se tire et t’attend
Ne te brûle pas aux flammes des crieurs du pire
Résiste à leurs infâmes soupirs
Tu es si léger tu vaincras je le sais

Il nous reste tant à dire
Avec ces si jolis mots aux rondeurs sucrés
Sur la table quelques miettes oubliées
Racontent ces belles histoires
Qui craquent dans un bouquet de rires frais

J’ai sauté l’épais mur des haines communes
Le vert mou d’une prairie m’amortit
Ma main caresse cette terre oubliée
Pas de bruits inutiles
Pas de foule qui souffle sur les braises de nos colères
Ils sont loin les bavardages gluants
Ici tout se sent et s’entend
Tout se tait
On se regarde étonnés
On écoute apaisés
C’est fini tout est oublié
4 janvier

Ce soir sur mon trajet passant dans une allée bordée d’arbres j’ai entendu des oiseaux chanter. Étaient-ils gais, impatients, affamés je ne saurai le dire mais ce qui est certain c’est qu’ils m’ont poussé à lever la tête, à ralentir le pas et finalement à sourire. C’est déjà bien ! Quel beau métier que celui d’oiseau !

Je, tu, il, elle, on, vous, ils
Sur la page blanche de mes chaque matin
Je cherche
Je cherche
Qui va parler
A qui m’adresser
Que et quoi vous dire
Ce dont je ne doute pas
C’est le comment
Je choisis dans ma boîte à plumes
La fine et belle encore endormie
Je la lisse et la trempe dans les encres grises
De mes restes de nuit
Entends la qui crisse en glissant
Sur la première ligne de ton jour qui sourit
3 janvier

Ce que je te souhaite toi qui me lis
Ce que je te souhaite ô toi qui me vis
C’est une belle tranche de vie
Croquante ou craquante
Tu la verras riante
Au bord du matin brillant
Au bord de tes lèvres elle pétille et ruisselle
Dans ta chaude aube de miel
Écoute elle ondule pour se rendre belle

La nuit est là
Épaisse
Lourde
Elle pèse sur tes jambes
Qui cherchent le frais
Entre les plis du drap bleuté
Rien n’y fait
La nuit t’oppresse
Tes yeux se serrent
Ta gorge est sèche
Tu voudrais une douce brise
Un chant d’oiseau
Des rires d’enfants
Rien n’y fait
La nuit est là…

Mémoires de vieilles pierres figées
Odeur d’un vieux lichen fripé
Souvenirs d’un village endormi au creux du frêle été
Pas à pages il faut avancer dans les marges effacées
Juillet 2021

Ecoute le doux silence frissonnant
C’est le murmure du jour levant
Il te chuchote en souriant
Ces quatre rimes dans le vent
26 décembre

Il suffit je ne me lève plus a dit le jour somnolent
Mais ce n’est pas possible tu es condamné
A répondu une nuit tremblante et pressée d’engloutir
Le trou de lumière par elle creusé
Encore un effort je t’en prie
Le jour s’est tourné et retourné
Il a râlé
Au pied du lit de pierre a posé un pied puis deux
Et s’est levé l’œil mauvais
Sur un ton sec et irrité à la nuit a répondu
C’est bon une fois encore je le fais
Je le fais pour toi
Tu me fais tant pitié
23 décembre

Courbé, visage fermé
Je portais encore sur les épaules rentrées
L’infâme poids d’une nuit
Au sommeil délabré
Impatient, le pas traînant
J’ai tiré le long rideau de ma lourde insomnie
Le beau matin est arrivé
Dans un fragile bleuté
De bords mauves éclairés
22 décembre

J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j’admire les paysages, j’applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n’est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m’offense, je m’étonne à peine. Puis j’oublie et souris à qui m’outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j’aime. Que faire si je n’ai de mémoire que pour une seule image ? On me somme enfin de dire qui je suis. « Rien encore, rien encore… »
L’été. « La mer au plus près ». Gallimard

Au carrefour des impatiences
J’attends serein le signe de belle vie
Il est si bon l’espoir aux rires lointains
Dans ma réserve aux beaux futurs
Je n’ai plus assez de soleils matin

Il préférait les mots qui à leur simple prononciation évoquent un goût, une odeur, une forme, une sensation, une situation. Il avait commencé, depuis quelques temps, une collection de mots. Il trouvait certains mots épais, d’autres bruyants ou goûteux, comme un vin vieux qui reste longtemps en bouche… Il ne cherchait rien de précis, se laissait guider par ses sens. Il lui arrivait parfois de répéter un de ces mots, à voix haute, de s’en délecter, de le mâchouiller, de l’écouter. Puis il l’inscrivait sur un cahier qu’il feuilletait quelquefois, un sourire satisfait aux lèvres. Comme un vinophile qui plonge régulièrement dans les profondeurs de sa cave pour ausculter quelques bouteilles. Dans sa collection, il y avait les mots flacon, poisseux, balbuzard, vrille, cramoisi, taffetas, tapioca…
C’était une collection inutile, qu’il ne montrait pas. Les autres n’entendaient pas les mêmes mélodies. Il en avait parlé à Armand, une fois, mais il n’avait pas été convaincu. C’était un peu tôt, il aurait fallu, pour qu’il puisse apprécier les saveurs de ces mots, attendre quelques années de plus.
Au bout du compte, Marc s’était laissé convaincre et avait conclu que ce serait la meilleur façon d’utiliser intelligemment le micro ordinateur familial. On avait donc choisi la colonie Internet avec des arrière pensées éducatives. C’est encore une fois « on » qui impose sa loi. On a choisi. On. Le fameux « on » pronom personnel impersonnel de la troisième personne du singulier. Il est singulier, ce pronom qui se permet de prendre la place d’un seul ou d’une multitude. Il est singulier ce pronom qui regroupe parfois sous son anonyme dictature des foules énormes.
Et tout le monde est content. Ou plutôt on est content. Tant pis, si le fils ou la fille préférée aurait souhaité une colonie dominante chasse aux escargots, ou apprentissages des chants d’oiseaux. Armand, lui, n’avait pas eu la sensation d’être manipulé. Bien au contraire. On avait envoyé le formulaire d’inscription le jour même.
Armand, n’a pas eu à regretter. D’une part, l’activité l’a passionné et d’autre part cela lui a permis d’élargir le groupe qu’il avait constitué avec Fanny et Virginie l’année précédente. Ils se sont rapidement retrouvés à six dans les mêmes activités. Hormis leur attirance pour Internet et la lecture de romans d’aventure, ils ont en commun de détester la plage. Surtout quand il faut se déplacer en groupe. Et plus encore, quand le groupe doit marcher en rangs serrés. Quant aux baignades, elles se déroulent à l’intérieur d’un parc que les spécialistes de l’animation aquatique appellent un périmètre. Il faut entrer dans l’eau quand l’animateur l’a décidé et en sortir quand le coup de sifflet du maître nageur a retenti. Armand et les siens sont allergiques à tous ces jeux stupides qu’on leur propose continuellement dans le but de les éduquer dans la joie et la bonne humeur. Ils sont exaspérés par les animateurs couvrant le bruit des vagues avec leurs cris stupides et par les animatrices qui n’ont d’yeux que pour les abdominaux du maître nageur, toujours entre deux sommeils. Depuis le temps, ils connaissent tous les rites des colonies. Aujourd’hui ils n’aspirent qu’à être tranquille.
Ce qu’ils préfèrent, c’est qu’on sollicite leur avis. Le premier jour, le directeur adjoint, chargé de la pédagogie et des équipes de grands, explique que cette année on a décidé – tiens, encore le on – de les éduquer à la citoyenneté. Comme la plupart ignorent le sens de ce terme, il a expliqué qu’être citoyen dans une colonie c’est pouvoir choisir…

A l’ouest de mes mémoires salées
L’écume de tes mots
Douce caresse
Rime tendresse
Ta trace est là
Trait de lumière
Perce l’ombre creuse
De ton absence
Je souris et t’entends
Tu es là à ne rien dire
Vague fleur séchée
Sur la crête de ton océan

Le froid me transperce !
Oui c’est vrai, ce soir il fait froid, très froid même, un froid vif qui vous traverse de part en part. Si vous suivez mes chroniques vous savez certainement que je suis déjà affublé de nombreux petits trous de mémoire. Croiriez- vous pour autant que ce satané froid perçant choisisse de s’engouffrer dans ces nombreuses cavités dont d’ailleurs je ne me souviens jamais où elles se situent ? Non, ce serait trop simple et quand la bise du soir se lève elle préfère achever le travail et me voici transformé en passoire. Il faudrait surement que je me raisonne et que je serre les dents mais le souci est qu’elles claquent. Elles claquent et si je m’écoutais je n’aurai qu’une hâte c’est prendre mes cliques et mes claques pour rejoindre un pays sans hiver. Que nenni me dit-on ! Dans ces pays la chaleur est si lourde qu’elle vous assommera et si vous n’y prêtez garde vous conduira au fond du trou. Tout cela est, vous en conviendrez, bien compliqué : entre le froid qui me troue, la mémoire qui se troue et l’envie de soleil qui m’attire j’hésite, je tâtonne. Et comme je suis quelqu’un qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot, je m’agite et je fais les cent pas : le plus important étant bien entendu de ne pas rester cloué sur les deux mains dans les poches.
Mais savez-vous, il fait si froid que j’aime profondément le trou noir et chaud de mes poches percées.
Le trou noir : tiens donc…

Il est l’heure de la lumière,
Il me reste un bout de rêve mauve.
Infime miette dans un bol de rire noir,
Laissée là, douce et croquante
Par une nuit rassasiée.
Au creux du silence du matin qui gémit,
J’avance tête baissée,
Tirant sur le long fil de ce songe qui sourit.

Au matin qui s’ennuie,
Fleuve ne frissonne plus,
Sans un flot, lisse et nu
Fleuve entre dans la ville.
Si loin le chant de la source,
Si loin la caresse blanche
De l’eau claire qui jaillit.
Tout est oublié,
Fleuve se laisse aller,
Entre deux rives rêches
Sa mémoire de brume mauve,
Il a abandonné.

Chaque jour passe lisse et long
Fidèles nous t’attendons
Ô pleine mer des longs frissons
Viens il est l’heure
Entre mes bras oublie tes vieilles peurs
Oui viens ô mer de mes passions
Je te prends d’une vague main
Et tu entres dans la danse touffue
De nos rondes brumes
Aux écumes joufflues

Dans le bout de nuit
Qu’il te reste à inventer,
Tu te cognes aux angles secs
D’ombres épaisses.
Elles avalent le son de feutre
De ton pas glissant.
Pas un chant, pas un souffle,
C’est le matin qui siffle.
Le silence est lourd
Des mots doux qu’il retient ;
Il traîne avec lui
Des restes de rêves,
Images brèves d’un monde enfoui
Au fond du ciel sombre
D’une mémoire endormie.
Tu avances, à tâtons,
Ta main se pose,
Longue caresse,
Sur la peau de papier.
Ton cahier est là,
Il est seul,
Sourires
Il attend.

Sur le quai de mes attentes ferroviaires
L’éphémère de nos vies pressées
Trace en sifflant
Le signe flou des sombres impatiences
J’entends dans le froid brillant
De longs soupirs d’absents
Il est trop tard
Pour attraper le dernier train des vivants…
8 décembre

Dans le décharnement solitaire
De l’arbre contraint à la nudité automnale
Il y a toute la violence d’une lente agonie
Comme un cri de douleur retenue
Comme un cri de couleur disparue
La sève figée entre les maigres bras
D’une brume fragile
Attend des demains
Paisibles et fleuris
7 décembre

On ouvre ses volet et oh
Première neige est là
L’œil plissé d’un reste de sommeil
S’ouvre en grand
Ce matin est si blanc
Oh il a neigé
Flocons légers
Se posent sans un bruit
Chut rien ne bouge
La nuit continue au dedans
Il fait si chaud
Dans le creux des rêves d’enfant

De moment en moment
Pourquoi ce chemin plutôt que cet autre ? Où mène-t-il pour me solliciter si fort ? Quels arbres et quels amis sont vivants derrière l’horizon de ces pierres, dans le lointain miracle de la chaleur ? Nous sommes venus jusqu’ici car là où nous étions ce n’était plus possible. On nous tourmentait et on allait nous asservir. Le monde, de nos jours, est hostile aux Transparents. Une fois de plus, il a fallu partir … Et ce chemin, qui ressemblait à un long squelette, nous a conduit à un pays qui n’avait que son souffle pour escalader l’avenir. Comment montrer, sans les trahir, les choses simples dessinées entre le crépuscule et le ciel ? Par la vertu de la vie obstinée, dans la boucle du Temps artiste, entre la mort et la beauté.

Dans la mémoire d’une ville grise
La lampe des mineurs brûle et brille
Ils se souviennent
Entre pleurs et sueurs
Un trou de vieilles lumières
6 décembre
Un vieux texte écrit il y a une quinzaine d’années

L’air est glacial, coupant, comme un rasoir neuf sur une peau juvénile. Il a laissé tourner le moteur de sa voiture, encore quelques instants, pour s’emplir de cette chaleur aux senteurs mécaniques, qui donne encore pour quelques instants l’illusion du bien-être. Lorsqu’il est sorti, qu’il a claqué la portière, il a perçu comme un rétrécissement. Il est encore plein de ces sensations « ouateuses » que laissent une nuit sous une couette. Le train est annoncé dans un quart d’heure. Il attendra dans le grand hall d’accueil. Il aime ses petits moments de presque rien, où on sent chaque minute qui passe laisser sa trace grise dans la chair. Il est un habitué du lieu, mais pas de cet horaire. Il est de ceux qui entrent dans le train, avec des souliers vernis, les mains fines et l’air préoccupés. A cette heure, ce sont surtout ceux qui travaillent dur, ce sont dont les mains racontent l’histoire caleuse des chantiers. Dans la salle, ils sont six à lutter contre les courants d’air. Sept avec la femme de ménage de la gare. Elle semble hors du temps, qui passe et qu’il fait, absorbée par son entreprise de nettoyage. Elle est haute comme trois pommes et sautille pour atteindre les vitres du guichet. Elle est comme une mélodie virevoltante dans le silence glacial de l’aurore. Contre le mur, tassés les uns contre les autres, quatre hommes, épaules larges, l’œil vif. Ce sont des turcs, ils parlent entre eux doucement. Il ne semble pas souffrir du froid, on dirait que toutes leurs forces, toute leur énergie est consacrée à se donner une contenance sereine. Contre les fenêtres, un grand, bonnet vissé jusqu’aux lunettes, d’une immobilité qui s’apparente à de la pétrification. On croirait que le froid ne l’atteint pas, qu’il le contourne, qu’il hésite à le déranger dans sa raideur matinale.
Pas une voix pour arrondir les angles du froid. Seuls les regards se croisent : on se connait, mais chaque matin on se découvre. Et dans ce simple petit matin de février, il y a comme une éruption de solennel dans ce petit espace de ce rien de tous les jours. Il est le seul à ne pas rester en place. Comme toujours, il cherche à embrasser de tous ses sens ce qui l’entoure…
Il n’est pas du genre à rêver que de couleurs exotiques aux senteurs de vanille. Ce matin il a l’émotion facile, et il s’emplit de ces odeurs de vrai, de ces bruits qui hésitent à dépasser le silence. Il se met alors à aimer cette salle lugubre au carrelage rafraîchi par l’air vif qui transperce les corps. Il se délecte de ce paysage humain qui raconte que la vie c’est aussi le muscle qui souffre, il aime ce quotidien qui rend ridicule les sornettes de ceux qui imaginent un monde devenu uniquement fluorescent. Là, il y a du gris, de ce gris noble et parlant qui creuse les regards et serre les gorges. Et il pense à tous ces discours qu’on dit beau, de ceux qui parlent des autres sans ne les avoir jamais croisés. Il pense à ceux qui affirment, à ceux qui concluent, à ceux qui cherchent à mettre en mot, ce qui ne peut être que vu, que ressenti.
Il se dit : « oui messieurs les penseurs, les décideurs, les chercheurs du matin tiède, quand vous rêvez, quand vous rêvez dans vos vies au relief pastel, il y en a des qui se tassent les uns contre les autres pour avoir moins froid, pour mieux se comprendre, pour mieux s’aider. Il y en a qui mettent de l’amour dans des gestes que vous analysez avec mépris, avec arrogance en les affublant du nom de compétences. Oui messieurs, il y en a qui rêve plus fort que vous, plus vrai que vous. Et quand vous retournerez dans votre confort nocturne ou que votre esprit se reposera des efforts de la veille à imaginer ce qui se passe lorsque vous n’y êtes plus, il y en a qui prendront un train un peu plus gris que le vôtre, pour vous construire un monde que vous avez oublié de comprendre

C’est un lundi frileux
Tu le sens, tu l’entends,
Ton souffle sonne creux.
Tu pousses la porte
Le froid est là, vif et bleu.
Il est prêt et attend.
C’est long une nuit de feu
A se prendre au sérieux.
Il est là, nu et noir brillant,
Il te tend deux bras noueux
Prends un peu de temps et regarde le…

Imagine
Inspire respire
Soupir
Les rimes nous rapprochent du pire
Je cherche sans fin
Des rimes inconnues
Rimes exclues de l’académisme poétique
Rimes en rire
Rimes en larmes
Rimes en brumes
Rimes en peur
Rimes pour rêver
Rimes en mer
Rimes amères
Je cherche
Il faut que tu m’aides
Toi qui me lis
Toi qui me vis
2 décembre

Quand vient le soir,
Quand tombent les premières gouttes de nuit.
Quand les fenêtres se ferment,
Quand les regards se taisent,
Quand les mots se font rares et lents,
Alors,
Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué,
Et sur les façades à la blancheur inventée
On aperçoit quelques trous de lumière.
Entends-les, ils scintillent,
Entends-les, ils t’invitent à rentrer…

Sur une page endormie
De mon cahier du matin
J’ai laissé traîner
De longues traces de ciel
Derrière les marges sombres
D’un lointain horizon
J’entends le réveil bougon
De brumes en bataillon
Il est enfin venu ce temps me dis-je
Enfin venu ce temps du nuage
Où au bord de la feuille sage
Douce et jolie rime se fige

Il reste des miettes de nuit
A la table des croqueurs du levant
Le regard se plisse
Les ombres froissées glissent
Il est l’heure du regard brillant
1 décembre

Ils ont réglé leur réveil chagrin
A l’heure du regard matin
Jour de plus
Jour de rien
Dans les sombres arrières salles
D’un monde si vieux
Qu’il pleure toutes les larmes mauves
De son corps affaibli
J’entends la bruine de mille pluies
Ils ont réglé leur réveil matin
A l’heure des regards chagrins

Ecoute moi
Oui toi
Il faut que tu bouges
Ouvre les yeux
Sors de ton cirque à clique
Sens la douce caresse de tes cils
Souviens toi tu es vivant
Non tu ne rêves pas
Tu ne le sais plus
Tu ne le peux plus
C’est pour toi que je parle
Homme enfoui
Homme englouti
Homme avalé
Homme digéré
Referme ta bible numérique
Essaie
Essaie tu verras
Pense
Regarde
Le monde est là
Il t’observe
Il attend et t’espère
Il a pris ses belles couleurs
C’est pour toi elles brillent
Ecoute moi
Oui écoute moi
Il faut que tu résistes
29 novembre

Matin brouillard
La nuit est en sursis
Dans le droit devant
D’un virage futur
Ecoute
Long et lent
Le souffle glissant
Des souvenirs abîmés

Où courent-ils hommes du soir
Vite…
Immobile tu ne dis rien
Vide…
Tu penses et passes
Rêve…
Pas un regard à offrir
Raide…
Un sourire à éclairer
Oubli…
Une larme à partager
Demain…
Peut-être
28 novembre
Je ne prends plus le train, tout au moins plus aussi souvent, mais j’aime à relire mes sensations ferroviaires passées…

L’attente est en marge
Des pages aux lignes humides
Dans l’ombre claire des visages courbés
Des traces molles du dimanche insomniaque
28 novembre

Flash
J’ai tiré le rideau noir de mes lointains souvenirs
Sourires en fleurs
Pleurs en pire
Lumières mauves sur la scène
Regarde et lève-toi
Elles te saluent les traces
Du bel hier

Ici, un bout de ce monde habité,
Terre déchiquetée,
Vagues emmêlées,
Hommes de l’intérieur
Retournez vous !
A l’ouest de vos mémoires encombrées,
Il y a le vent.
Vent qui souffle sur vos nuques.
Vent qui s’engouffre
Derrière vos yeux étonnés.
Avancez encore un peu,
Tendez votre oreille
Entendez son chant,
Il vous murmure
Toutes ces histoires oubliées
30 octobre

C’est l’automne sur le Ponant.
Fougères asséchées,
Bruyères délavées,
Les vents de l’été oublié,
Sans mollir ont soufflé.
C’est l’automne à Ouessant,
La lande est rouillée.
Petite route grise,
T’invite jusqu’au bout.
Regarde autour de toi,
C’est si beau le ciel d’en bas.
Ferme les yeux,
Sens le sel sur tes lèvres se poser.
Ouvre toi.
C’est l’ouest, il te tend les bras.
30 octobre 2019

Derrière la vitre humide
Une lueur d’un doux vert salé.
Mémoire bleue soupir,
Longue chevelure
Dans le vent gris de mon navire
Petites gouttes glissent doucement,
Perles d’eau de pluie
Cherchent une rime,
Il est trop tard océan les engloutit.

Entre ciel et mer
La terre s’est avancée.
Entre les bras des gris cotonneux,
Raide et fière, elle s’est abandonnée.
Amies fidèles,
Contre vents et marées,
Mer et terre,
Jamais ne sont quittées.
Amies fidèles,
Elles se sont protégées…
29 octobre

La chambre de lecture est nue, peu faite pour recevoir. Point de ce luxe qui éparpille la vue, fragmente le silence du dedans. Chambre obscure ou flotte pourtant une lumière qui n’est pas celle du jour. Dans un instant, viendra y tournoyer les poussière des ailes de mourir, de naître et d’aimer, il suffira pour cela d’un livre heureux, d’une abeille noire et blanche : d’un rien.
Seul sur le bord de la fenêtre, ce panier de mots et de violettes fraîches, à peine entamé.

Ce soir la fatigue m’anesthésie. Je suis en panne de rimes et de rires. Je tente bien d’attraper quelques mots légers mais ils sont mous et glissent entre mes doigts. Je crois qu’il est inutile d’insister. Le temps est au rien. J’écoute mon refrain ferroviaire. Cela suffit pour ce soir.

Dans le peuple de l’aube
Pas un qui ne bouge
Sur la table basse
De la nuit qui s’achève
Quelques restes de silence
Une odeur de café
Charme les papilles endormies
Battement d’ailes
Les paupières s’étirent
C’est un matin qui sourit

Chut
Mes mots sont endormis
J’entends le chant creux
De leurs rires bleus
Silence
Froisse feuille blanche
Oublié au coin d’un rêve fané
J’attends
Au verso d’une longue histoire
Qui s’écrit
Tant de lettres oubliées
J’écoute
Elles claquent des dents
Dans le souffle étonné
D’un vieux papier glacé

Silence pluvieux,
J’ai la mer au bord des yeux.
Dans le loin bleu
De mes mémoires salées,
Deux ailes se sont envolées.
Vent d’hier,
Sur les vagues les a posées.
Explose l’écume,
S’envolent perles de brume.
Regarde la mer belle.
Sur la plume de tes mots
A la feuille amarrée,
Mer a chanté,
Mer a soufflé.

Au sommet de nos peurs bétonnées
Doucement
A tâtons
Nous cherchons
Ce vieux bout de brume
Que belle brune
En rêvant a soulevé…

Insomnie te traîne
Au bout d’une presque nuit.
Abandonne les draps froissés,
Force la porte
De la boîte à souvenirs.
Si loin le chemin des écoliers,
Lumière pâle de jaune salie.
L’odeur remonte.
Elle parle d’une ville d’acier.
Entends,
Les mains frissonnent.
Regarde,
Lumières aux rimes belles
29 novembre

Quand vient le soir,
Quand tombent les premières gouttes de nuit.
Quand les fenêtres se ferment,
Quand les regards se taisent,
Quand les mots se font rares et lents,
Alors,
Alors, la ville fronce ses sourcils de béton fatigué,
Et sur les façades à la blancheur inventée
On aperçoit quelques trous de lumière.
Entends-les, ils scintillent,
Entends-les, ils t’invitent à rentrer…

Le ciel ?
Bleu, dites-vous ?
Un instant, je vous prie :
Je lève les yeux…
Silence…
Je cherche les mots :
Des beaux, des doux,
Des qui font du bien.
Où sont-ils ?
Perdus ?
Abîmés, oubliés, échappés,
Sur ma marge rouge
Un ou deux,
Se sont posés.
Regarde :
Ville brille et brûle.
Entends son chant fauve,
Voix brisée aux éclats de nuit
Elle les a attrapés.
Revenez, gémit-elle.
Je vous en prie,
Prenez ma main…
Allons,
Doucement,
Nous serons si bien.
A deux,
Il est déjà demain…
10 décembre 2019

Sur l’eau, quelques rides de lumières,
Le matin léger s’étire sur le fleuve.
Au loin la rumeur de la ville,
Comme un bruit qui s’éveille.
On s’étire, le silence se respire.
Il fait frais, on sourit.
Le jour se lève.
C’est beau,
La nuit s’est retirée,
Discrètement, le port l’a avalée.
Le soleil est là, on le sent.
On l’entend.
Chaque couleur s’est préparée,
Dans le matin léger,
Ses ailes lissées le fleuve a déployé.

Ses mains se posent.
A plat, fines et légères
Ses mains reposent, ailes d’ange
Autour le silence
La douceur s’impose
Sur ses doigts mon regard se pose,
Longs pétales, d’un regard je les effeuille
C’est beau ces yeux d’ailleurs
Sur la peau, ils effleurent,
Quand la lumière faiblit,
Quand les derniers rayons sont suspendus
C’est beau cette main, entre ombre et lueur
Je ferme les yeux, sa main est fleur
Les doigts se touchent
Un frisson m’entoure
J’aime ses mains,
Elles lisent en moi

Le ciel ?
Bleu, dites-vous ?
Un instant, je vous prie :
Je lève les yeux…
Silence…
Je cherche les mots :
Des beaux, des doux,
Des qui font du bien.
Où sont-ils ?
Perdus ?
Abîmés, oubliés, échappés,
Sur ma marge rouge
Un ou deux,
Se sont posés.
Regarde :
Ville brille et brûle.
Entends son chant fauve,
Voix brisée aux éclats de nuit
Elle les a attrapés.
Revenez, gémit-elle.
Je vous en prie,
Prenez ma main…
Allons,
Doucement,
Nous serons si bien.
A deux,
Il est déjà demain…

Ville nouvelle,
Pousse et grandit.
Jour après jour,
Ville pose ses lignes.
Pures et droites,
Arêtes sans ailes,
Pour faire les belles
Se croisent et s’emmêlent.
Longues, effilées,
Regarde-les,
Au bord du bleu s’arrimer.
Ciel fait ce qu’il peut,
Sort une vieille palette de bois creux.
Gratte, frotte
Sort un pinceau de plume
Attrape quelques perles de brume
Les invite dans ses filets
Pâles pétales
D’un souffle étalé…

Tout va si vite
Vert s’étire en fonçant
Rêve bleu s’en est allé

Silence pluvieux,
J’ai la mer au bord des yeux.
Dans le loin bleu
De mes mémoires salées,
Deux ailes se sont envolées.
Vent d’hier,
Sur les vagues les a posées.
Explose l’écume,
S’envolent perles de brume.
Regarde la mer belle.
Sur la plume de tes mots
A la feuille amarrée,
Mer a chanté,
Mer a soufflé.

Dans le bout de nuit
Qu’il te reste à inventer,
Tu te cognes aux angles secs
D’ombres épaisses.
Elles avalent le son de feutre
De ton pas glissant.
Pas un chant, pas un souffle,
C’est le matin qui siffle.
Le silence est lourd
Des mots doux qu’il retient ;
Il traîne avec lui
Des restes de rêves,
Images brèves d’un monde enfoui
Au fond du ciel sombre
D’une mémoire endormie.
Tu avances, à tâtons,
Ta main se pose,
Longue caresse,
Sur la peau de papier.
Ton cahier est là,
Il est seul,
Sourires
Il attend.

Vieil homme se souvient
Dans le feu intérieur de son regard bleu
Un fond de mémoire brûle de mille yeux
Vieil homme s’est assoupi
Dans un coin gris de ses souvenirs asséchés
Une larme s’est envolée

Dans ma réserve à émotions,
Dorment quelques ports,
Aux couleurs métalliques.
Pas une voile, pas un visage buriné.
Dans ma réserve à poésie,
Tant de terres oubliées,
Tant de beautés condamnées.
De mots en mots,
J’accoste sur des rives étonnées,
Je cueille les couleurs abandonnées.
Une à une, je les inspire,
Feuille à feuille,
Elles peuplent ma mémoire de papier

Un mot, un seul, mot absolu, mot qui se vit, qui se dit, se lit, s’écrit, s’entend, se transmet. Je le cherche, je l’attends, je sais qu’il existe, qu’il se cache, là sous la lourde pierre de paroles déjà dites, redites, répétées, rabâchées, remâchées jusqu’à l’amer noyau du convenu, de l’attendu. Il est là, il existe dans le quelque part d’une vibration qui me secoue quand toutes les cordes de mes sens osent leurs mélodies. Je le trouve parfois, il me tend les bras : viens, approche, entends ce que je suis, ce que je te dis. Mes yeux se ferment. Mot s’envole vers un autre demain…

Dans ce presque soir ferroviaire,
Flaque de mémoire s’est échappée.
Je la vois,
Tout va si vite.
Elle glisse sur la vitre.
L’encre noire de mon âme est noyée
Dans un trop plein de bleus.
De ce plein bleu trop salé,
Que la mer tous les jours m’a inventé.
J’entends,
J’attends.
C’est le long cri.
Long cri du souvenir de l’en dedans.
Il remonte,
Trempé jusqu’à l’os de mes mots,
Se présente à la grille rouillée de mon parc à rimes.
Sourires,
Il est si tard pour la fouille.
Les poches se vident…
Sur la table, s’étalent les vers.
« Dans la marge, vos mots coupants, vous déposerez ! »
Les lames ne franchissent pas le détecteur.
Les larmes seules sont admises.
J’ai tant de rêves qui vibrent.
Entends,
Ça résonne,
Ça bouillonne,
Ça brouillonne.
Dans ce demi-soir lunaire
Tant de voix se disputent la tribune,
Silence…
Il est temps de ne rien dire….

Dans ce presque soir ferroviaire,
Flaque de mémoire s’est échappée.
Je la vois,
Tout va si vite.
Elle glisse sur la vitre.
L’encre noire de mon âme est noyée
Dans un trop plein de bleus.
De ce plein bleu trop salé,
Que la mer tous les jours m’a inventé.
J’entends,
J’attends.
C’est le long cri.
Long cri du souvenir de l’en dedans.
Il remonte,
Trempé jusqu’à l’os de mes mots,
Se présente à la grille rouillée de mon parc à rimes.
Sourires,
Il est si tard pour la fouille.
Les poches se vident…
Sur la table, s’étalent les vers.
« Dans la marge, vos mots coupants, vous déposerez ! »
Les lames ne franchissent pas le détecteur.
Les larmes seules sont admises.
J’ai tant de rêves qui vibrent.
Entends,
Ça résonne,
Ça bouillonne,
Ça brouillonne.
Dans ce demi-soir lunaire
Tant de voix se disputent la tribune,
Silence…
Il est temps de ne rien dire….

Pour le vendredi,
Une recette osée je vous ai préparée.
Une marmite à mots,
Sur le feu j’ai posé,
Quelques mots piquants,
Dans son fond beurré,
Doucement j’ai fait revenir,
Une fois dorés
Le feu j’ai baissé.
Hum….
Ça grésille,
Ça pétille,
Ça frétille,
Les mots sont à points,
C’est le moment,
Il faut pimenter…
Pour commencer :
Un souffle de vent,
Trois pincées de brumes,
Et bien sûr, j’allais l’oublier :
Un chant d’oiseau…
Fou l’oiseau,
De préférence évidemment…
Remuez délicatement…
Ne brusquez pas les mots,
Soyez prudent, je vous en prie…
Fermez les yeux,
Sentez,
Ouvrez les yeux,
Ressentez.
Rien ne monte ?
Tout est plat ?
Allez, on y va !
C’est vendredi,
Il faut oser.
Arrosez le tout,
De ce doux vin mauve
Que vous gardez en réserve
Depuis lundi.
Et,
Laissez mijoter…
Jusqu’au samedi…

Regards fuyants
Sur le quai de l’impatience
Pas un qui ne t’entend
Ô flaque qui claque
J’écoute
Ta rime en pluie éclabousse
A pleines gouttes
Un éclat de rire
Au doux reflet chantant
16 novembre

Non, non, pitié,
Pas aujourd’hui,
Je vous en supplie,
Mon rire s’est enfui.
Pas de jeu de mots,
Pas de rimes en i.
N’insistez pas, je vous le dis.
Comment ?
Dommage, me dites-vous ?
Vous aviez de bons mots ?
Eh bien tant pis,
Je cède, allons-y !
Je n’en prendrai qu’un :
Je le veux bref et poli.
En avant mon ami,
Je suis tout ouïe.
Par quoi commencerez-vous ?
Comment par i ?
Paris ?
Malheur,
C’est bien ce que je dis,
Comment, que me dites-vous ?
Ce que je dis ?
Ce que je dis,
C’est jeudi…
Vivement vendredi…

Trois fois rien
Me dites-vous ?
Oui trois fois rien,
Et c’est tout !
Cela suffit pour mon peu de bonheur…
Non vous dis-je !
Ce n’est pas assez,
Vous le regretterez…
Oh non, rien de plus,
Je vous en prie !
Pas de rose,
Plus de mauves,
Laissez les bleus en paix.
Je n’ai besoin que de terres grises
Pour écrire mes rêves bariolés.
Première inspiration d’une longue semaine blanche…Ecrire pour se nettoyer…

C’est un silence épais
Un silence de grasse suie
Que je suis seul à la trace
A la sortie du virage de cette longue nuit
J’ai voulu prendre le pouls de ton impatience fleurie
Sous la fine peau de ton poignet
Ton cœur a vibré
Mon sourire a décroché
Un vieux reste d’un rose lendemain
Au bout de mon doigt s’est accroché
J’aurai tant voulu
Tant voulu
Ne rien dire
Ne pas abîmer le vide heureux
De ce fragile braise matin
Qui couve sous le feu

Ce fut une belle journée…
Une belle journée, dites-vous ?
Vous m’en voyez étonné,
Point de soleil,
Un ciel si mou…
Je regrette, vous vous trompez !
C’est mon mercredi :
Il sautille,
Il frétille,
Il grésille,
Regardez, souriez,
Prenez le temps,
Enroulez vos droites lignes !
Les mots d’hier ne mordent plus.
C’est mercredi,
Vos rimes s’épuisent,
Elles pleurent une pause.
C’est un jour adouci,
Pour les mots endormis.
Ecoutez le vent des rires :
Il souffle en roulant.
Plumes s’envolent,
Au coin d’un ciel d’enfant.
Ce fut une belle journée
Le grand père s’est amusé…
19 février 2020

C’est au soir tombant que vous le verrez
L’homme au sourire pendu
A la corde raide de ses souvenirs engloutis
Il attend
Perdu en bord de mémoire
Le dernier retour de cette lointaine mer
Vidée
Epuisée
Par ses longues caresses salées
Abîmées dans le gouffre de ses yeux affaissés

A nous deux mon mardi :
Tu m’attendais,
Oh oui, je le sais !
Non, ne nie pas !
Je suis sorti,
Je l’ai senti…
Partout, je te le dis,
Oui, partout,
Tout fleurait si bon le mardi.
Tu étais là,
Droit comme un i,
Fier de tes demi-gris.
Ton œil clignait :
Je l’entendais me dire :
Regarde homme d’hier,
Regarde, sans un bruit,
J’ai le bord qui luit.
Prends-le, écoute-le,
Il brille pour toi.
Oh oui, mon rond mardi,
Je te le dis,
Un instant, je me suis arrêté…
Contre mon oreille
J’ai glissé une boule de ta douce pluie,
Et, fermant les yeux,
Je les ai entendues,
Ces larmes de nuit…
Une à une, elles ont coulé
Gouttes sans plis,
Sur ton visage ont souri…
Allez, petite figure imposée cette semaine : sept jours, sept textes. On commence évidemment par lundi…
Pas facile…

Sur le chemin du retour,
J’ai croisé un poète clandestin…
Holà, coquin !
Hé, ho,
Homme de mots !
Vous perdez vos rimes…
Oh, certes ce n’est pas un crime,
Encore moins de la frime.
Mais je dois vous le dire,
C’est aujourd’hui lundi…
Le temps est gris,
Et je suis un peu fatigué.
Et n’ai pas envie de livrer bataille,
Ni avec une canaille,
Ni avec le rail.
Alors, tout doux mon brave,
Ramassez vos mots à terre…
Dans votre poche trouée,
Bien au frais, gardez les,
Et ce soir, à la lune tombante,
Frottez les d’un doux chiffon
Imbibé d’essence de Rimbaud.
Et, demain sur le quai,
Revenez,
Je vous attendrai.
17 février

Dans la fin de l’été déclinant,
Traces d’un automne impatient.
Humidité à l’odeur si épaisse,
Froid nouvel arrivant,
Incapable d’être cinglant,
Timide,
Il essaie de s’inviter,
A la table mauve d’une aube,
Aux couleurs délavées.
Plus une trace de lumière.
Les objets sont gavés d’ombres qui les étouffent.
Des gens passent,
Sourires en berne,
Ils traînent les restes du bel été
Qu’on ne veut abandonner.
Pas un qui ne rit,
Plus un qui ne vit.
Automne colonisateur,
Feuilles jamais sèches, piétinées
Restent collées,
Tristes, sous le pied.
Tout se traîne, se désespère.
La mer est habillée de gris,
Ne pas froisser le ciel si bas
Il pourrait la gober.
Demain sera mieux,
Demain sera heureux.

Allongée sur le dos, feuille blanche repose sur le bureau.
Pas un bruit, pas un pli, il est si tôt.
Quelques miettes de nuit au bord du papier se sont glissées.
Dos brisé, regard embué, des griffes de ses draps il s’est échappé.
Emportant avec lui, petits paquets de mots froissés qu’il a tant aimé rêver.
Sur feuille blanche son regard a posé.
Tremblant et crispé, de ses doigts glacés la surface du papier il a caressé.
Blanche et fragile, feuille lisse, dans sa mémoire de papier a puisé.
Quelques mots elle a retrouvé, une à une, les lettres se sont formées.
Sur feuille blanche un souffle est passé.
Page blanche en est étonnée, et de plaisir a vibré.
Derrière la vitre, la lumière s’est invitée.
Douce et légère, la pièce a inondé.
Elle et lui, feuille blanche, matin gris.
Seuls dans la nuit qui disparaît, lentement l’angoisse est effacée.
Goutte à goutte les mots se sont rencontrés.
Sur feuille blanche ils se sont aimés.
Une à une, les lignes se sont formées.
Sur la rive de papier, les larmes ont échoué.
La blancheur est assoupie. Feuille blanche est agitée.
De rides en rides, vois les mots qui divaguent.
Et dans la ville endormie, à tire d’ailes de papier, un sourire s’est envolé.
C’est mon soleil, il est levé.

C’est un matin barbouillé
Repue d’un lourd gris huilé
La nuit mauvaise s’est retirée
La lumière à marée basse oubliée
Nous attend entre les plis du ciel froissé
Lumière est à marée basse

J’ai un arbre dans la tête,
Et,
Quand vient la nuit
Sur ses branches nouées
Reposent mes rêves du bel été
Regarde,
Ecoute,
Ils sont légers, ils sont beaux,
Ces songes qu’on dit vers
Balancent en riant
Au bout de leurs branches.
Dans la lumière du soir tombant,
Fleurissent des mots d’amour
Longues rimes enivrantes,
Qu’on effeuille en dormant.
26 mai…