
Chemin de fer,
Chemin de terre,
Je cherche la rime qui rit
Ne bouge plus chemin de mer
Aux prochaines marées du vieil hiver
J’écrirai dans la marge de tes vagues oublis

Chemin de fer,
Chemin de terre,
Je cherche la rime qui rit
Ne bouge plus chemin de mer
Aux prochaines marées du vieil hiver
J’écrirai dans la marge de tes vagues oublis

Joue le jeu.
Menace le travail encore plus.
Ne sois pas le personnage principal.
Cherche la confrontation.
Mais n’aie pas d’intention.
Evite les arrière-pensées.
Ne tais rien.
Sois doux et fort.
Sois malin, interviens et méprise la victoire.
N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant.
Sois ébranlable.
Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond,
prends soin de l’espace
et considère chacun dans son image.
Ne décide qu’enthousiasmé.
Echoue avec tranquillité.
Surtout aie du temps et fais des détours.
Laisse-toi distraire.
Mets-toi pour ainsi dire en congé.
Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau.
Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil.
Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus,
penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne,
fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur,
apaise le conflit de ton rire.
Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton…
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Le tribunal académique revient.
Enfin, me direz-vous !
Il était temps, il y a du pain sur la planche…Et puisqu’il est question de planches autant dire qu’elles ont été nombreuses à avoir été savonnées pendant cette longue vacance. Mais ne nous aventurons pas sur ces terrains glissants de la médisance et du quand dira-t ’on.
Oui, car là est l’essentiel : le tribunal académique revient. C’est simple il était en travaux. Certains, dont on dit qu’ils ont la langue bien pendue prétendent que ce ravalement de façade n’était qu’un prétexte et qu’en vérité, il a fallu remettre de l’ordre de la cave au grenier.
Les dossiers se sont empilés, on craint même que certains ne soient oubliés, enterrés.
Mais aujourd’hui, c’est la séance de rentrée. Tout a changé, même le président. L’ancien était dépassé, débordé, dépité, déprimé et surtout désabusé.
Sur le bureau tout neuf de ce président tout nouveau, une haute pile de dossiers. Ils sont tous considérés comme urgents ! Comment faire ? Juger en suivant l’ordre alphabétique ? Ce serait injuste et déprimant même si reconnaissons-le ce serait une méthode tout à fait académique. Le nouveau président, ne souhaite pas s’attaquer pour ses débuts à ce gros morceau qu’est « Amazone et ses dérivés ». Il réfléchit quelques instants et décide que ce sera le hasard qui tranchera. D’une pichenette il fait basculer la pile. Le nouveau président sourit de sa facétie : « elle tombe la pile ». Bref les dossiers qui ne forment plus qu’un tas en vrac, sont brassés, éparpillés, aux quatre coins du vaste bureau.
Le président du tribunal ferme les yeux, pivote à plusieurs reprises sur son magnifique siège, et ce jusqu’à exécuter plusieurs tours complets. La nausée n’est pas très loin ! Il a juste eu le temps de saisir un premier dossier.
Sur la magnifique chemise bleue, on peut lire, en grosses lettres rouges : vague(s)
Le président prend la journée pour étudier les éléments. Il s’agit d’une plainte déposée à quatre reprises par un vague collectif de citoyens (le collectif national des amis de la tempête : le CNAT) ; Une plainte pour usurpation d’identité, doublée quelques mois après par une plainte pour utilisation abusive de marque déposée).
C’est une belle affaire que voilà… C’est décidé, demain elle sera jugée.
A suivre
Une autre recette publiée l’année dernière…

Ce soir c’est fête,
Ce soir, j’offre une recette
Simple et léger
Vrai, authentique
Seul, unique
Voici le flan au nuage d’été.
Sur un fond de ciel étonné
Vous disposerez sans les étirer
Deux ou trois fines couches
De ce beau nuage blanc
Que vous aurez saupoudrées
De mille larmes rondes et salées.
Dans le four l’enfermerez,
Au double tour de votre sac à malice,
Toute une nuit vous oublierez
Et au petit matin enlevé
A pleine bouchées vous le chanterez

Tu t’es pris les pieds dans le lourd tapis de la nuit,
Assis au bord de ton lit
Entre tes mains, ta tête tu as pris.
Souviens-toi, nous étions vivants,
Tu riais, je parlais, insouciant.
Sur nos lèvres séchées par le vent,
Dansaient les mots taquins,
Sautillaient les mots malins,
Coulaient les mots chagrins.
Dans un coin reculé,
De notre hier oublié,
Je t’entends, je te vois, tu es resté.
26 mars 2020

Jours de lenteur, jours de pluie,
Jours de miroirs brisés et d’aiguilles perdues,
Jours de paupières closes à l’horizon des mers,
D’heures toutes semblables, jours de captivité,
Mon esprit qui brillait encore sur les feuilles
Et les fleurs, mon esprit est nu comme l’amour,
L’aurore qu’il oublie lui fait baisser la tête
Et contempler son corps obéissant et vain.
Pourtant j’ai vu les plus beaux yeux du monde,
Dieux d’argent qui tenaient des saphirs dans leurs mains,
De véritables dieux, des oiseaux dans la terre
Et dans l’eau, je les ai vus.
Leurs ailes sont les miennes, rien n’existe
Que leur vol qui secoue ma misère,
Leur vol d’étoile et de lumière (1)
Leur vol de terre, leur vol de pierre
Sur les flots de leurs ailes,
Ma pensée soutenue par la vie et la mort

Le poète s’appuie, durant le temps de sa vie, à quelque arbre, ou mer, ou talus, ou nuage d’une certaine teinte, un moment, si la circonstance le veut. Il n’est pas soudé à l’égarement d’autrui. Son amour, son saisir, son bonheur ont leur équivalent dans tous les lieux où il n’est pas allé, où jamais il n’ira, chez les étrangers qu’il ne connaîtra pas. Lorsqu’on élève la voix devant lui, qu’on le presse d’accepter des égards qui retiennent, si l’on invoque à son propos les astres, il répond qu’il est du pays d’à côté, du ciel qui vient d’être englouti.
Le poète vivifie puis court au dénouement.
Au soir, malgré sur sa joue plusieurs fossettes d’apprenti, c’est un passant courtois qui brusque les adieux pour être là quand le pain sort du four.

« C’est si souvent le soir dans ses yeux
Que j’en perds mon matin… »
C’est deux vers je les écrivais il y a plus de quarante ans avec toute la tendre maladresse de l’apprenti poète qui cherche les bonnes formules pour que le mélange des mots puisse se déguster longtemps après. C’est le cas aujourd’hui. Je déguste et je me souviens.
Un extrait brut, sans correction, de mon manuscrit. J’arrive au terme de ce long chemin…Encore quelques semaines et je passerai du papier à l’écran.

Marcel on ne le sait que trop aimait les avions, les cargos, mais il aimait les ours aussi, les haches, les enclumes, le bruit de la pluie sur la tôle ondulée et par dessus tout l’arc en ciel que fabrique l’huile dans les flaques d’eau…

Dans l’eau trouble de l’automne
Le reflet ocre d’une lumière fatiguée
D’un si long été à étirer ses longues marées
Peu à peu l’horizon s’efface sous la gomme
D’une lourde brume sous le ciel abandonné
12 novembre 2020

L’été racle ses fonds de tiroirs
Il en sort quelques miettes oubliées
Qu’il disperse en riant
Entre les rides de brume
D’un automne hésitant
Dans le loin qui s’étire au couchant
De lourdes vagues à l’écume bleutée
Traînent leurs âmes glacées
Dans le triste fond de la belle vallée
Que nous avons tant aimée

Sur le vieux chemin des écoliers
Je cherche les ombres d’enfants
Qui s’étirent en sautillant
Je cherche le son craquant
Du tas de feuilles rousses
Qu’on piétine en riant
Raide et lisse la rue s’ennuie
Pas un chant
Pas un cri
Quelques clics sous des visages courbés
Une longue ride dans ma marge de papier

Derrière les barreaux d’une mauvaise nuit enfermée
Douce lueur cherche un chemin.
Entre les lourds draps froissés
Les corps brisés attendent le matin.
Dans les bleus pâles de leurs insomnies
Ils trempent une plume au mauve soupir.
Sur la page noire des demains qu’il supplient
Dans un souffle, mots se posent : ils respirent.
14 novembre : 7 h 00

Au sommet de nos peurs bétonnées
Doucement
A tâtons
Nous cherchons
Ce vieux bout de brume
Que belle brune
En rêvant a soulevé…

Dernière fraise de l’été
Ne veut pas abdiquer
Entêtée
Novembre
L’effroi
Fraise retient fort
Son souffle
Fraise rougit
Et moi je souris

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Une belle et ronde marmite vous choisirez
Sur le bord d’une fenêtre
Tournée vers l’ouest
Délicatement vous la poserez
Vous l’oublierez
Vous rêverez
Quand le silence aura mijoté
Débordé
Vous la retrouverez
La ramènerez
Sur le feu doux et impatient
Quelques mots doux et sucrés
Vous aurez épelés
Au fond de la casserole vous les jetterez
Votre bouquet de rimes épicées
Vous ajouterez
Couvrez
Chantez
Salez
Sautez
Et pour finir
Servez
Oui j’allais oublier
D’un vin blond au souffle long et coquin
Vous l’arroserez

Sur la peau blanche de mes espoirs
J’écris les mots pour demain
Dans un bouquet de rires enfouis
Je trempe ma plume épuisée
Sur le papier au grain glacé
Une boucle aux bords bleutés
Je trace en pleurant
Ces mots que j’aime
Pour toi
Pour nous
Je les lie
Main dans la main
Loin du hier de nos ennuis
Ils s’envolent
A tire d’ailes
Entre les bras du couchant
Regarde-les
Ils s’enfuient
Regarde-les
Nous sommes en vie
24 novembre

Entends le c’est l’heure
Il chante Matin
Il chante et secoue nos vieilles peurs
Automne taquin
Est en pleine lueur
Il rit du gris malin
Pris main dans le sac à couleurs
A plusieurs reprises déjà j’ai publié, avec son autorisation bien sûr, un poème de ma petite fille Lisa. Avec sa maîtrise grandissante de l’écriture, elle produit beaucoup, elle apprend à jouer avec les mots et leurs musiques, elle fait des essais et elle mes les offre de temps en temps.

Dis-moi des merveilles
Sur l’herbe au clair de lune
D’un cerf-volant qui brille
En été
Au soir de la nuit
Sur la route tes yeux pleurent
Dans le ciel
Avec l’abeille
Qui soulève tes merveilles
Avec l’aimable autorisation de Lisa Moine, 8 ans

Sur ma palette d’Automne
Douces feuilles aux larmes rousses
Roulent en plissant
Sur un tendre vert
D’un champ oublié
Dans l’été finissant

Douce paupière
De brume
Se ferme
Sur l’oeil roux
D’un automne
Ivre de lumière

Prose ou vers
La question se pose
Pour ma part
A ce choix je m’oppose
Tout est dans le mot
Tout est dans l’émotion
Les mots, l’émotion
Ressentir, l’écrire
Et lire pour te dire
Peu importe la rime,
Quand les mots chantent, j’ai un cœur qui bat

A la une de mon journal des bonnes nouvelles ce soir, ce titre accrocheur : « Epidémie de mauvais foi : un vaccin est annoncé !
Ce journal est un de mes préférés, il ne paraît que très peu : rarement plus d’une fois par semaine. Il faut dire que sa ligne éditoriale est originale. En effet, on peut lire en première page, sous le titre, en petit caractère : « journal ironique et sarcastique à la parution sporadique ». Et justement le titre de ce journal en dit long sur l’esprit de la rédaction : « On dit, j’écris, tu lis ». Nous conviendrons que le titre n’est pas accrocheur mais ce n’est justement pas l’intention de la rédaction que d’accrocher. Bref un journal que j’aime et le titre de ce soir m’intrigue.
L’Agence Nationale de Lutte Contre les Contradictions annonce la mise sur le marché d’ici quelques jours d’un vaccin qui devrait sans nul doute ralentir considérablement l’épidémie de mauvais foi qui sévit depuis de nombreuses années et qui ces dernières semaines a pris des proportions alarmantes. Ce sont chaque jour des centaines de milliers de cas qui sont dépistés. Rappelons brièvement les symptômes : tout commence généralement par une manifestation d’indignation, qui amène les malades à répéter inlassablement : « c’est scandaleux, il faudrait, il aurait fallu ». Les plus gravement atteints ajoutent parfois : « on aurait dû ». Passé ce premier stade que les spécialistes présentent comme celui de l’incubation, suit une longue période de léthargie, de bougonnerie, que certains appellent la phase du râlage passif.
Le troisième stade apparaît quand une solution a été trouvée au problème qui a provoqué la maladie. Il est le plus critique : c’est cette phase qu’on appelle celle de la mauvaise foi. Les malades grognent encore mais cette fois cela se traduit par des « c’est n’importe quoi, on ne devrait pas, il ne fallait pas, je ne le ferai pas ». Et quand le médecin explique au malade qu’ils sont atteints de mauvaise foi, ceux-ci répondent évidemment que ce n’est pas possible, qu’ils n’ont jamais changé d’avis, que de toute façon ils ont raison et que rien ne va mais qu’il ne faut rien changer. Bref à ce stade tout le monde comprendra que la situation est désespérée.
Mais aujourd’hui bonne nouvelle l’ANLCC a mis au point un vaccin. Ce vaccin est très simple, il s’agit dès les premiers troubles d’écouter avant chaque journal télévisé un enregistrement de vent marin, de chants d’oiseaux, et de battements de cœurs amoureux… Et ce pendant toute la durée de la crise de mauvaise foi…

Le soir arrive, et pas la moindre bonne nouvelle à vous proposer.
Non désolé je me trompe : il y en a une et elle est lourde de sens. Comme je n’avais pas le temps tout occupé que j’étais à faire (mon dieu que je n’aime pas ce verbe) plein de choses (faire et maintenant chose, comment dire, je suis un peu à court de munitions) dans le cadre de mon activité professionnelle (un peu mieux comme formulation non ?) de me distraire j’ai… Bon je crois que je me perds, et cette phrase devient impossible.
Reprenons donc le fil : oui c’est cela, j’ai une bonne nouvelle, une vraie bonne nouvelle. Comme je n’ai pas eu le temps ni d’écouter la radio, ni de lire des journaux, ni de consulter le web et bien je n’ai rien lu, rien su, rien entendu de ce qui s’était passé aujourd’hui, ni de ce qui ne s’était pas passé et je vais vous faire un aveu : qu’est ce que je me sens mieux… Et ça c’est une bonne nouvelle !

« Je ne me souviens de rien, rien de ce qui s’est passé ni hier, ni les jours précédents. »
L’homme chez qui nous sommes aujourd’hui est, à vrai dire, un cas un peu particulier. Chaque soir, lorsqu’il s’endort, comme beaucoup il pense à la journée qui vient de se terminer. Tout y passe : ce qu’il a fait, qu’il n’a pas fait alors qu’il aurait dû le faire, ce qu’il a dit, qu’il n’a pas dit, qu’il aurait du ou pu dire, ce qu’il n’aurait pas dû dire. Sont aussi passés en revue les autres, celles et ceux qu’il a vus, avec qui il a parlé, celles et ceux qu’il n’a pas vu et qu’il aurait aimé voir.
Et généralement après cet inventaire il s’endort. Enfin c’est ce qu’il suppose car c’est au moment précis où il décide de s’attarder sur tout ce qui dans la journée lui a donné le sourire, l’a rendu sinon heureux au moins optimiste que ses yeux se ferment.
Quand on connaît la profession de cet homme, on se dit qu’il a ou qu’il aurait indéniablement tout pour être heureux : cet homme est chasseur.
Oui je sais, dès l’instant où à la fin de la phrase précédente vous avez lu ce mot « chasseur », vous avez (ne mentez pas je le devine) froncé le sourcil, serré les mâchoires et vous vous êtes dit : « chasseur, chasseur, non mais je rêve comme si le fait d’être chasseur pouvait donner le sourire, rendre heureux ». Il déraille complétement l’Eric…
Mais vous voilà donc pris au piège que je vous ai tendu : oui bien sûr cinq lignes plus haut que celle-ci j’ai écrit, je cite : « cet homme est chasseur ». Mais voyez-vous, je n’ai pas fini ma phrase, et alors que je vous devine tendu, circonspect, voire (et je le comprends tout à fait) un peu lassé de ces longueurs, je vous invite à un peu de patience. Oui cet homme est chasseur. Mais il n’est pas un chasseur ordinaire, (je le concède, encore un qualificatif auquel on s’attendait). Il est un chasseur unique en son genre : il est un chasseur de bonnes nouvelles. Ah évidemment maintenant que je l’ai écrit, vous vous dites que vous en doutiez, que c’est trop facile que mes ficelles sont trop grosses. Grand bien vous fasse, je vous accorde complétement le droit d’arrêter là votre lecture, quant à moi il faut que je poursuive et que je revienne à mes débuts.
Alors oui revenons à notre homme, celui qui tous les matins se lèvent en disant : «je ne me souviens de rien, rien de ce qui s’est passé ni hier, ni les jours précédents ». Cet homme est donc, nous l’avons compris un chasseur de bonnes nouvelles. Nous ne savons que peu de chose sur son employeur si ce n’est qu’il s’agit d’un petit homme, au regard vif qu’on peut parfois rencontrer sur les marchés.
Evidemment quand nous l’avons interrogé, nous lui avons demandé en quoi consistait ce travail, son travail. Tout en nous laissant sa carte, il nous répond après avoir marqué un temps d’arrêt que c’est simple : il passe ses journées, toutes ses journées, dehors, seul, et il chasse. Il marche, il guette, il attend, il se poste à des endroits stratégiques (qu’il a du mal à définir) afin de débusquer ce gibier tant recherché : la bonne nouvelle.

Ma décision est prise : aujourd’hui je ne vais pas perdre de temps à chercher une bonne nouvelle. C’est à la fois ridicule, très fatigant mais surtout déprimant. En effet, convenons-en, ce qui est le plus extraordinaire quand on cherche, c’est lorsqu’on trouve.
Non, aujourd’hui je vais choisir une autre méthode, faire confiance au hasard, ou à la chance et je vais attendre patiemment que bonne nouvelle vienne à moi.
Au moment du petit déjeuner, je suis tendu, pensant un peu naïvement que c’est au petit matin que les bonnes nouvelles sont annoncées.
Mais rien… Si, une seule chose est à noter : je renverse ma tasse de café, encore très chaud sur la magnifique chemise blanche que j’ai mise pour l’occasion. On ne peut quand même pas accueillir une bonne nouvelle vêtu d’un vieux polo grenat qui pluche…
Le matin passe : rien. Ce n’est pourtant pas faute de tout mettre en œuvre pour que le hasard remplisse sa mission. Pour être clair je me comporte comme un hyper actif, je surfe littéralement, sur tout ce qui passe, sur tout ce que j’entends, que je vois, que je pressens, que je suppose, mais évidemment, je ne provoque rien : il ne se passe rien !
L’après-midi s’étire : rien, toujours rien ! Pas la moindre bonne nouvelle et encore pire, une succession de petites tracasseries me font dire que ce n’est pas mon jour, que je n’ai pas de chance. Quand le soir arrive et qu’il va être temps de clore, enfin, cette journée somme toute assez banale, un peu dépité et déçu je finis par prendre la décision, comme tous les jours, de chercher, de fouiller.
Je m’installe devant mon ordinateur que j’ai d’ailleurs malmené toute la journée, je bouge légèrement la souris j’entends alors un de ces horribles sons numériques. Sur l’écran est affiché le message suivant :
Erreur fatale : ouvrez votre panneau de configuration et procédez à une analyse de votre système
J’ouvre le fameux panneau et comme je suis obéissant je procède à l’analyse de mon système…
On me dit de sauvegarder le journal de cette opération. Je m’exécute. Je sauvegarde le journal de cette opération je l’enregistre, et une fois n’est pas coutume l’imprime
La page sort de l’imprimante. Une seule phrase est imprimée plus d’une centaine de fois
« Mauvais nouvelle : votre mémoire est saturée vous devez procéder à un nettoyage et éliminer les fichiers inutiles »

Souviens toi c’était hier.
C’était dans ce vieux pli du passé,
Que tu as tant de fois étiré.
C’était hier,
Et toi tu disais :
« Il n’y a plus rien à rater
Tous les murs sont debout »
C’était hier,
Et le ciel se souvient,
Regarde,
Dans le coin de ton œil,
Il y a une ride de pierre
Qui rime en riant
Ce vieux reste de bleu

Ce matin, une fois encore, j’ai une furieuse envie de bonnes nouvelles. Je dirai même qu’une seule me suffirait. Par réflexe, ou dans un sursaut d’espoir j’ouvre ma boîte aux lettres. Elle est presque vide… Je dis presque, en effet, parce que perdu tout au fond, plié en quatre, un simple papier. Ce n’est même pas un prospectus, non une simple feuille arrachée à un cahier à spirales. Curieux, je la déplie.
En gros caractères manuscrits, voici ce que je lis :
Aujourd’hui sur la place du village entre 10 h 00 et 13 h 00 ouverture d’une boutique éphémère ! Tristes, déprimés, pessimistes, venez à nous, nous vous rendrons le sourire !
Curieux vraiment. Une boutique éphémère, ici dans mon village…Je ne sais pas encore si c’est une bonne nouvelle, mais ça au moins le mérite d’être un peu « excitant » …
Evidemment à dix heures sonnantes et trébuchantes je suis sur la place. En guise de boutique éphémère je reconnais le stand de l’autre jour, celui derrière lequel toujours aussi pétillant trône le petit homme sans âge au regard bleu vif. Je suis seul et tranquille : j’entame la conversation.
Publié il y a un an : presque…

Enfin une prise, ça y est, je la tiens ; c’est ma première, ma vraie première et elle est belle ! Une semaine que j’ai jeté ma ligne pour pêcher cette fameuse bonne nouvelle. Et rien, ou pas grand-chose, ou trois fois rien, ou si peu. Bref je me préparais aujourd’hui encore à rentrer bredouille.
Oui c’est vrai depuis plusieurs jours je sentais bien un petit frétillement, il venait d’Amérique, mais je préférais rester prudent et attendre une annonce officielle, pour ferrer ma proie, et ne plus la laisser s’échapper.
Oui bien sûr vous me répondrez que j’ai quand même réussi à faire entrer dans ma ronde de bonnes nouvelles, un chat, un loup gris, trois œufs, à éliminer le mardi et à interdire de râler. Mais je vais faire un aveu : ce soir j’avais vraiment mais alors vraiment envie et besoin d’une vraie bonne nouvelle. Et j’espère ne pas me trumper…
Oui je sais c’est un jeu de mot un peu facile, mais tant pis, ce n’est pas souvent, et je promets que je ne recommencerai, je ne voudrais pas prendre le risque de faire un bide…
Hum je crois que je vais aller prendre un apéro…

La nuit est là
Épaisse
Lourde
Elle pèse sur tes jambes
Qui cherchent le frais
Entre les plis du drap bleuté
Rien n’y fait
La nuit t’oppresse
Tes yeux se serrent
Ta gorge est sèche
Tu voudrais une douce brise
Un chant d’oiseau
Des rires d’enfants
Rien n’y fait
La nuit est là…

Bon, autant le dire tout de suite, ce n’est pas la grande forme. Où sont les bonnes nouvelles, où se dissimulent-elles ? J’ai beau éplucher tout l’actualité : je ne trouve rien à me mettre sous la dent. Ça commence à devenir déprimant. Je vais finir, comme beaucoup, à tout voir en noir, à avoir des idées noires et pourquoi pas à broyer du noir. Il faut que je m’aère pour me détendre un peu. Je complète mon attestation sur laquelle je coche que je sors pour des courses de première nécessité.
Je n’ai besoin de rien mais après tout on verra bien, je tomberai peut-être sur du nécessaire dont j’ignorai l’existence. C’est jour de marché, je trouverai bien quelque chose.
J’arrive sur la petite place du village. Tout au fond, à l’abri du seul arbre un petit stand que je ne connaissais pas. Il n’y a aucun client. Je m’approche, le banc est vide. Rien, il n’y a plus rien. Je suis curieux : mais quel était donc ce « nécessaire » que ce petit homme sans âge au regard vif avait à proposer pour que dès 9 h 30 tout ait été vendu. Je l’interroge.
C’était il y a un an, presque…

« On fait les omelettes en cassant les œufs »
Pour une raison que j’ignore encore, je me lève ce matin avec une furieuse envie d’omelette. Et pour une raison que j’ignore encore plus, j’ai à peine posé le pied à terre, au pied de mon lit, que j’entends cette phrase qui tourne en boucle à l’intérieur de la tête : « on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs ».
Etrange : j’ai dû rêver d’omelette, ou d’œufs, ou d’œufs cassés. Je ne me souviens plus mais ce que je sais c’est qu’il va me falloir, en casser des œufs justement. En casser deux ou peut-être trois car j’ai grand faim. Une faim de loup gris.
Mais en moi-même, je ne peux m’empêcher de trouver ce dicton, cette morale plutôt quand même un peu sentencieuse. Comme si l’omelette que j’aime tant était la conséquence d’un véritable acte criminel contre les éléments qui la composent. J’entre dans la cuisine, ouvre la porte du frigo et saisissant trois magnifiques œufs frais je déclame à la cantonade : « pour me faire une omelette je vais casser trois œufs ».
Je prends le premier des œufs, je l’approche du bord du bol pour le casser et soudain j’hésite, et me dis : si j’essayais moi justement de faire une omelette sans casser les œufs. Après tout je n’en peux plus de toutes ces morales déguisée derrière des dictons populaires.
Je me saisis des deux autres œufs et les pose délicatement avec le troisième au fond de mon bol, je prends un fouet et je commence à battre consciencieusement mes trois œufs. « On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs ! »
Ça tourne en boucle dans ma tête. Je remue, ça remue et ça me remue. Mais les œufs résistent, ils ont la coquille dure, ils roulent, ils s’entrechoquent. Rien ne se passe. Mon envie d’omelette est toujours là. J’accélère le mouvement et d’un coup d’un seul les trois œufs se brisent.
Me voici tout bête devant mon bol à ânonner : « ça c’est une bonne nouvelle : pour faire une omelette il faut casser les œufs »

Souviens-toi
C’était il y a quelques hiers
Souviens-toi
Tu marchais le regard haut
Au midi du vivre beau
L’ombre de ton rire joli
Sur le mur aux angles fleuris
En glissant prenait la pose
Belle image pour le demain qu’on ose…

J’ai rencontré l’homme sans histoires
En équilibre sur une ligne de conduite
Il n’a rien dit rien fait
Rien qui ne trahisse ses penchants
Droit comme un i
Sur un fil il a marché
Au bout de son trajet il s’est exclamé
» Tournez la page et tenez vous sage, je vais vous raconter… »

Au loup…
J’aurais aimé, au moins aujourd’hui deviser sur, enfin, une vraie bonne nouvelle : celle qui m’aurait annoncé la défaite de Donal Trump. Et bien non je suis encore obligé de me rabattre sur mes rêves, ou fantasmes, sait-on jamais…
Ah je m’en souviendrai du 4 novembre…Comme tous les matins, j’ouvre en grand la fenêtre de ma chambre. Il fait frais et j’aime cette sensation après une nuit toujours un peu agitée. La lumière me réveille et l’air vif me fouette. Au milieu de la pelouse, assis le dos à la fenêtre : un loup, un grand loup gris. Je sais que c’est un loup, ses oreilles pointues ne trompent pas. Il est assis et regarde droit devant lui, enfin me semble-t-il. Je me racle la gorge discrètement. Il se retourne, lève la tête et me regarde… Oui je le confirme, définitivement, c’est un loup, un grand loup même.
Il me regarde. Je le regarde. On se regarde.
Et comment dire, je ne me pose aucune question ; c’est simple, il y a un loup sur mon terrain, et ça ne me gêne pas, au contraire…Comment a-t ’il pu entrer, je l’ignore, qui est -il, d’où vient-il cela ne m’intéresse pas. Ce que je vois, ce que je sais, ce que je sens même, c’est qu’on va bien s’entendre tous les deux. Il m’attend, j’en suis sûr, quand il a tourné la tête pour me regarder, il n’était même pas étonné, ni effrayé et encore moins effrayant. Je referme la fenêtre, je m’habille, avec un sourire d’enfant qui ne me quitte pas. Je bois un café en vitesse, parce que quand même je suis un peu impatient et je sors…
Et au moment où je ferme la porte, je crie un peu fort (il faut quand même que les endormis profitent de ma joie) : « je sors, je vais donner à manger au loup ! »
Micro nouvelle écrite le 4 novembre 2020

Une disparition attendue…
Ce matin le réveil est un peu difficile. Il faut dire que rares sont les nuits calmes et sereines sans tous ces mauvais rêves que pour se protéger on répugne à appeler cauchemars. Le réveil est un véritable supplice. Je me traîne jusqu’à la cuisine tout en marmonnant : « s’il faisait beau, au moins je pourrais prendre mon café dehors ». Mais bien sûr il pleut, nous sommes le trois novembre, comment peut-il en être autrement. Et en plus pour couronner le tout, c’est mardi. Un mardi de novembre. Je marmonne, il faudrait que je me bouge…
J’allume la radio avec le petit espoir d’entendre quelque chose d’engageant, d’encourageant : une bonne nouvelle quoi ?
J’appuie sur le bouton. Grésillement. Et puis une info : un flash info comme on le dit. Et c’est vrai qu’en guise de flash on ne peut faire mieux. Je dois le dire : j’ai sursauté et me suis cru sur la station qui passe en boucle toute la journée les mêmes sketches. Je vérifie. Non pas d’erreur je suis bien sur France Imper.
« … Sur recommandation du tribunal académique et après consultation du conseil insurrectionnel, le gouvernement a décidé de présenter demain mercredi un projet de loi à l’assemblée, portant modification du calendrier, avec pour principale réforme, l’élimination pure et simple du mardi… »
Eliminé le mardi : disparu, envolé… Je n’écoute pas les commentaires qui suivent cette annonce avec notamment un premier débat opposant les défenseurs du mardis aux avocats de tous les autres jours et particulièrement celui du dimanche dont on dit qu’il a usé de toutes ses relations pour préserver ce jour sacré qui semblait lui aussi être condamné…
Et voici que je me redresse, que je bombe presque le torse de satisfaction : quel bonheur de savoir qu’on est en train de peut-être vivre son dernier mardi de novembre…

Dans la boîte en fer blanc des mots oubliés
J’ai plongé une main prête à danser
C’était rond c’était doux
Comme blanche mie d’un pain chaud
Je les sens
Ils frétillent
Je les entends
Ils babillent
Mots d’hier
Mots d’hiver
Ils se griment
Ils se riment
Et quand viendra le triste novembre
Pétales d’été aux mers parfumés
Derrière les tristes silences
De tes yeux enfermés
Je te les soufflerai
Je poursuis mes republications, pour mes nouveaux abonnés qui n’ont pas eu l’occasion de découvrir l’année dernière cette ronde des bonnes nouvelles…

Instauration de la journée nationale sans râler.
En ouvrant mon journal ce matin dont, au passage, la qualité du papier se dégrade de plus en plus, ce qui a pour conséquence de noircir les doigts, j’ai malencontreusement renversé ma tasse de café.
La journée commence vraiment mal, ai-je failli dire…Non, en fait, oui je l’avoue je l’ai dit !
Et ce d’autant plus qu’il n’y avait plus de lait, que le pain était sec, que le chat miaulait sans raisons apparentes, que la chaudière ne voulait pas démarrer, qu’évidemment il pleuvait et que j’avais perdu mon parapluie et égaré les clés de ma voiture. Voiture qui ne démarrera certainement pas lorsque j’aurai retrouvé les clés si j’en crois le texto laissé par le voisin : « vous avez laissé vos phares allumés ». Texto que je ne découvre que maintenant étant donné que je ne savais plus où était mon portable. Bref il me semble que toutes les conditions sont quand même réunies pour que je m’autorise, un tout petit peu, à râler.
Et me voici donc à feuilleter mon journal imbibé de café froid (oui mon micro-onde est en panne et du fait de la panne de la chaudière je n’ai pas d’eau chaude et comme hier en voulant réparer une vieille lampe de chevet j’ai fait un mauvais branchement j’ai provoqué un court-circuit et grillé la cafetière). Bref je feuillette et que lis-je en gros caractères gras ?
« Le 2 novembre devient la journée nationale sans râler ». La décision a été prise à la suite d’une pétition adressée au président de la république par un florilège de professions victimes régulières des râleurs. Il s’agit notamment des professeurs, des garagistes, des plombiers, des facteurs, des météorologues j’en passe et bien d’autres…
Et comment dire, j’ai terminé la lecture de mon journal en me disant : « oh après tout, il n’y a pas de quoi râler… »
Je publie à nouveau un an après quelques uns de ces textes que j’avais écrits il y a un an dans une période où les bonnes nouvelles étaient très rares…
Ce matin à la une de mon journal rêvé des bonnes nouvelles:

Contre toute attente et alors que sur tous les plateaux de télévision, ont été invités les plus grand spécialistes, locaux, régionaux et nationaux en matière de zoologie, de sociologie animale, de psychologie féline, tout le monde, sans exception, après avoir observé attentivement, la photographie présentée à la une de cet article a affirmé – certes après quelques réflexions profondes (mais silencieuses) -: «oui il s’agit bien d’un chat, nous vous le confirmons sans ambiguïté!» Il faut bien l’appeler chat, car c’est un chat!
Bien sur quelques journalistes friands de polémiques ont bien tenté d’introduire le doute.
«Oui, admettons qu’il s’agisse d’un chat, mais ne pensez-vous pas que votre rapidité inhabituelle à désigner comme chat, cet animal ne soit de nature à stigmatiser cet animal en l’enfermant dans une catégorie animalière qui disons-le, est aussi constitué d’éléments perturbants et…
Voir l’article original 22 mots de plus

Il est enfin venu
Le matin des mille éclats
J’attends le premier train pour le rire
Au mur gris l’espiègle horloge rattrape en sifflant
Une dernière heure qui s’enfuie
Le trajet est lisse et long
Comme l’étoffe qu’on déplie
Pas un arrêt pour lennui
On roule je vibre
On file je rêve
Frissons
Sur la vitre molle d’un vieux souvenir
Mes mots roulent en rimant
C’était il y a deux ans, presque hier, une éternité…

Sous le lourd drap froissé
D’une nuit de rêves oubliés
Une ombre pâle s’est retirée
Douce lueur se pose et peur s’enfuit
C’est le matin qui jaillit
Au creux d’un souffle d’ennuis…

Derrière la vitre des lointains ennuis
La ville grince et plie son haut mur de nuit
Seule à rire dans un presque soir qui rôde
Elle invente des traces d’ocres chaudes
A la fenêtre verte des mémoires abîmées
Je respire une longue bouffée de houle salée

Entre les bras d’un jour finissant
J’entends le chant mauve
D’une longue nuit qui m’attend

Marcel avait décidé un jour de ne plus utiliser le conditionnel. Il n’aimait pas, il n’aimait plus ce temps. Il n’aimait pas cette idée d’exprimer l’envie d’une action tout en la soumettant à une condition.
Et quand ses amis du lycée s’exprimaient, Marcel trouvait qu’ils utilisaient trop le conditionnel. Il leur disait qu’utiliser le conditionnel c’est assortir une envie, un besoin, un rêve même d’une menace sur son existence, c’est le condamner à errer plus ou moins longtemps sur le chemin du flou, de l’incertain du peut-être…

Derrière la vitre de mes mémoires envolées
Les traces inclinées de vies couleur d’acier
Ont coulé sur le laminoir usé
De vieilles joues creusées
Le métal ne chante plus
Il ne le peut plus
Je pose le front contre le souvenir glacé des hivers heureux
J’entends l’écho des souliers ferrés
Des hommes au matin pressé

Elle est si longue
La nuit noire des verts de peur
Partout un bas bruit
Recouvre
D’une épaisse laideur
La cage ouverte de nos sourires
Elle était si lourde
La nuit noire des verts de peur
Dans ma boîte à mots endormis
J’ai pris mes plus lettres arrondies
Une à une elles se sont assemblées
Pour former ce long cri
Entendez ce qu’il vous dit
Eloignez- vous des ombres de peur
Elle est si douce la longue nuit blanche
De mes mots gris qui cherchent une lueur
4 octobre

Il y a un trou de mémoire bleue
Dans le ciel chargé des souvenirs gris
De tous ceux qui furent tant heureux
C’était hier
Oh je le sais
C’est si vieux
Et si peu
Mais ne dis rien je t’en prie
Lève toi et ouvre les yeux

Ces chutes de bois sonore qui ne lui parvenaient pas, il les entendait, de seconde en seconde, dans les battements de son sang; il savait à la fois que, chez lui, il guérirait, et qu’il allait mourir, que sur la grappe d’espoirs qu’il était, le monde se refermerait, bouclé par ce chemin de fer comme par une corde de prisonnier; que rien dans l’univers, jamais, ne compenserait plus ses souffrances passées ni ses souffrances présentes : être un homme, plus absurde encore qu’être un mourant… De plus en plus nombreuses, immenses et verticales dans la fournaise de midi, les fumées des Moïs fermaient l’horizon comme une gigantesque grille : chaleur, fièvre, charrette, aboiements, ces traverses jetées là-bas comme des pelletées sur son corps, se confondaient avec cette grille de fumées et la puissance de la forêt, avec la mort même, dans un emprisonnement surhumain, sans espoir. Les chiens maintenant hurlaient d’un bout à l’autre de la vallée; d’autres, derrière les collines, répondaient; les cris emplissaient la forêt jusqu’à l’horizon, comblant de leur profusion les espaces libres entre les fumées. Prisonnier, encore enfermé dans le monde des hommes comme dans un souterrain, avec ces menaces, ces feux, cette absurdité semblable aux animaux des caves. A côté de lui, Claude qui allait vivre, qui croyait à la vie comme d’autres croient que les bourreaux qui vous torturent sont des hommes : haïssable. Seul. Seul avec la fièvre qui le parcourait de la tête au genou, et cette chose fidèle posée sur sa cuisse : sa main.
Il l’avait vue plusieurs fois ainsi, depuis quelques jours : libre, séparée de lui. Là, calme sur sa cuisse, elle le regardait, elle l’accompagnait dans cette région de solitude où il plongeait avec une sensation d’eau chaude sur toute la peau. Il revient à la surface une seconde, se souvint que les mains se crispent quand l’agonie commence. Il en était sûr. Dans cette fuite vers un monde aussi élémentaire que celui de la forêt, une conscience atroce demeurait : cette main était là, blanche, fascinante, avec ses doigts plus hauts que la paume lourde, ses ongles accrochés aux fils de la culotte comme les araignées suspendues à leurs toiles par le bout de leurs pattes sur les feuilles chaudes; devant lui dans le monde informe où il se débattait, ainsi que les autres dans les profondeurs gluantes. Non pas énorme : simple, naturelle, mais vivante comme un œil. La mort, c’était elle.

Sur l’eau, quelques rides de lumières,
Le matin léger s’étire sur le fleuve.
Au loin la rumeur de la ville,
Comme un bruit qui s’éveille.
On s’étire, le silence se respire.
Il fait frais, on sourit.
Le jour se lève.
C’est beau,
La nuit s’est retirée,
Discrètement, le port l’a avalée.
Le soleil est là, on le sent.
On l’entend.
Chaque couleur s’est préparée,
Dans le matin léger,
Ses ailes lissées le fleuve a déployé.

Pourquoi que je vis
Pour la jambe jaune
D’une femme blonde
Appuyée au mur
Sous le plein soleil
Pour la voile ronde
D’un pointu du port
Pour l’ombre des stores
Le café glacé
Qu’on boit dans un tube
Pour toucher le sable
Voir le fond de l’eau
Qui devient si bleu
Qui descend si bas
Avec les poissons
Les calmes poissons
Ils paissent le fond
Volent au-dessus
Des algues cheveux
Comme zoizeaux lents
Comme zoizeaux bleus
Pourquoi que je vis
Parce que c’est joli
Un tout petit extrait de mon nouveau roman. Chantier encore en cours : les fondations ont été coulées, les murs porteurs sont en place…

…Écoute Anton, écoute ce que j’ai écrit. Marcel je ne te connaissais pas, si peu, cette semaine j’ai compris pourquoi les autres sourient quand tu parles. J’ai compris, je crois, qui tu étais Marcel. J’ai aimé quand tu as marché, presque sans rien dire, à côté de moi. Tu avais simplement envie de partager de l’existence, de cette véritable existence qui entre en vous, à la nuit tombée, quand les fenêtres se ferment, quand les rires s’éloignent. Tu avais envie de me dire que tu étais bien, là, avec moi, ce soir, et puis tu n’as rien dit, tu t’es tu, parce que c’est mieux ainsi. J’avais la même sensation que lorsque j’entre dans la forêt. Je ne parviens pas à la décrire. Marcel je crois que je comprends ce que tu veux dire lorsque tu parles de l’incroyable, de l’impossible. J’ai l’impression que je l’ai un peu touché ce soir…
Un tout petit extrait de mon nouveau roman. Chantier encore en cours : les fondations ont été coulées, les murs porteurs sont en place…

…Écoute Anton, écoute ce que j’ai écrit. Marcel je ne te connaissais pas, si peu, cette semaine j’ai compris pourquoi les autres sourient quand tu parles. J’ai compris, je crois, qui tu étais Marcel. J’ai aimé quand tu as marché, presque sans rien dire, à côté de moi. Tu avais simplement envie de partager de l’existence, de cette véritable existence qui entre en vous, à la nuit tombée, quand les fenêtres se ferment, quand les rires s’éloignent. Tu avais envie de me dire que tu étais bien, là, avec moi, ce soir, et puis tu n’as rien dit, tu t’es tu, parce que c’est mieux ainsi. J’avais la même sensation que lorsque j’entre dans la forêt. Je ne parviens pas à la décrire. Marcel je crois que je comprends ce que tu veux dire lorsque tu parles de l’incroyable, de l’impossible. J’ai l’impression que je l’ai un peu touché ce soir…

Au premier hibou de service, à Orly, je me tire, c’est sûr. Je n’ai pas le temps de vous expliquer pourquoi, mais c’est ainsi. Moi, les oiseaux de nuit, je les mets à mon heure, les fuseaux horaires, je m’en arrange. Sur mon hibou 747 je pars en vacances, et mes vacances c’est Demain. Demain, c’est la mort aux lèvres et le sourire de la Joconde rentrée dans le poing de Vinci.
Demain c’est la seule idée valide que je vous concède. Vos constitutions, vos morales, votre café au lait du matin, vos chemises échancrées qui plissent sur le pressing, le premier à gauche, dans votre quartier, tout ce qui vous muselle, tout ce que vous adorez, tout ce qui est votre mort quotidienne, tout cela, pour moi, c’est terminé.
Sur les lacs, des chevaux mangent des fleurs fanées, et leurs photos ses reflétant dans les eaux tristes leur reviennent à leurs museaux tout embrumés. Demande-donc une douzaine de chevaux à ton fleuriste.
Demain ? Un mot, un fauteuil désossé, une chanson parlée d’une voix mesurée au métronome des grands vents du nord battant sur la chaussée d’une ville perdue, une fille extasiée dans un coin de porte et se signant à l’approche du voleur de filles, une lettre postée trop tôt et que le collecteur du courrier à Paris, à 17 h 30, ne voudra pas te rendre parce qu’il ne te connaît pas, le tube d’aspirine que tu manges en te grattant la tête et en cherchant de côté un regard fraternel, cette bouteille d’eau minérale qui ne vient même pas de la terre, cette auto qui dérape et qui engorge l’autoroute.
Demain ? Au premier hibou de service, à Orly, je me tire, je deviens moins un. Rien. Je suis Rien.
Le mec que tu regardes, ce soir, sur la scène, ce mec aux cheveux blancs, avec sa tête qui ressemble à un trapèze, n’est pas là.
Les chansons qu’il chante, tout ce qui t’arrive dans les yeux et les oreilles, tout cela a été fait, dit, et redit depuis longtemps.
Le mec que tu regardes, c’est de l’illusion.
Demain, c’est la mort figurée. On vous la vend, cette mort figurée on vous vend cet artiste pâli sous des projecteurs réglés, soumis. On vous vend par petits paquets, par petits fauteuils, à des prix acceptables, un artiste qui s’est vendu pour un prix accepté.
L’argent c’est le sourire du désespoir.
Demain ,c’est aussi le désespoir. Alors, Demain tu seras riche, mon camarade. Car ce que je te donne n’a pas de prix.
Accepte-moi comme je t’accepte.
Demain, je t’aime.

Roulés en boule au pied du lit
Les restes d’une longue nuit froissée
Assis sur le bord du vide assoupi
L’homme cherche le fil à tirer

Trois fois rien
Me dites-vous ?
Oui trois fois rien,
Et c’est tout !
Cela suffit pour mon peu de bonheur…
Non vous dis-je !
Ce n’est pas assez,
Vous le regretterez…
Oh non, rien de plus,
Je vous en prie !
Pas de rose,
Plus de mauves,
Laissez les bleus en paix.
Je n’ai besoin que de terres grises
Pour écrire mes rêves bariolés.

Larmes au bord des yeux
Rouges braises d’une tristesse étoilée,
La pluie est à l’intérieur,
D’émotions le trop plein est empli.
Et déverse des flaques de gris.
De chaque couleur il est l’ennemi.
Tu attends le soleil qui fige la surface.
Voile de lueurs,
Apaisent ombres de l’intérieur.
Demain,
Dans le peut-être du futur apaisé
Petite flamme bleue
Danse et luit,
Douce lumière scintille,
Et rit au fond de tes yeux.

Bout de ciel enfermé
Quadrilatère sans sommets
La somme de tes côtés
N’en finit plus d’augmenter
Géométrie du presque bleu
Poésie des angles heureux

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;
La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

J’étais las
Bras ballants
Nuque courbée
Sur le quai je marchais
Attentif aux petits riens
Qui emplissent de mauvais silences
Les derniers souffles d’une journée sans fin
Dans le fond d’une poche
Juste pour m’occuper
J’ai plongé une main
Oh ce n’était qu’un geste de rien
Et bien mes amis
Je vous l’assure
C’est un sable si fin si frais que j’ai caressé
Qu’au coin de mon œil une vague a coulé
27 septembre

Vieil homme est seul
A pas lents et trainants
Du haut mur du passé
Il s’est approché
Son oreille fatiguée
Sur la pierre il a posé
Le doux murmure des rêves oubliés
Sur son vieux corps s’est écoulé
Oeil éclairé vieil homme sourit
Il le sait
Il le sent
Dans un pli de mémoire
Il entend le chant de la mer
Qui jamais ne s’oublie
27 septembre

La ville…
Qu’est-ce que tu crois ?
La ville…
J’imagine
J’imagine des coins perdus
Et qu’on ne réclame jamais…
C’est là où je vais
C’est là où je suis
La ville…
Qu’est-ce que tu crois ?
Les feux rouges… Il y en a partout
Verts… des fois quand ils donnent…
Il y a des feux rouges dans les lits aussi…
Le vert ? Je connais… dans les plaines de mon plumard à moi…
La ville…
Qu’est-ce que tu crois ?
Paris ? Milan ? Liège ? Los Angelès ? Buenos Aires ?
Avec le championnat de la torture ?
Et du foot-ball ?
La ville ?
Un théâtre… des coulisses… une loge… un robinet
Du noir dans la salle
Avec des gens beaucoup beaucoup…
Des gens de la ville bien sûr ?
Qu’est-ce que tu crois ?
Un hôtel aussi métaphysique
De préférence insonorisé
Avec simplement le silence armé ou américain…
Qu’est-ce que tu crois ?
Monaco? Las Vegas du pauvre
Des avions mordorés qui passent des fois
Au-dessus de chez nous ici en Toscane…
Ça me rappelle à ton bon souvenir…
Et des fois les avions ils crient au secours
N’importe où sur la mer sur les montagnes sur les villes…
Alors les feux rouges pâlissent…
La ville ?
Qu’est-ce que tu crois ?

En marchant vers un vieux jour qui sourit
J’ai glissé sur une vieille larme oubliée
La chute est rude mais sans folie
En riant me suis relevé
Ce n’est rien ai-je dit
Le monde est laid
Tout empêtré de ma nuit
J’avoue, je l’avais oublié

N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Pour ce presque rien
Qu’on cache sous le tapis
D’une mémoire aux rimes rondes
Rondes et fleuries
N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Ce quelque chose
Que le peuple des autres
Abandonne sur le quai
Pour un voyage sans détours
N’avez-vous jamais vibré pour du simple
Celui qu’on oublie tout de suite
Pour ne pas avoir à l’apprivoiser
Sentez-vous l’odeur que la peur avait enterrée
Entendez -vous le cri du métal
Il est frappé de soleil.
C’est un beau soir qui sent le hier
Dans la salle d’attente de mes souvenirs ferroviaires
Un train vient d’entrer…
30 juin 2020

Dans le silence épais du matin nu
Un homme seul écrit
Les mots sont las
Et s’étirent doucement
La nuit les a alourdis
Des rêves qu’on oublie
Homme n’est plus seul
Je le vois
Il écrit

Il n’ aurait fallu
Qu’ un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne
Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
À l’ immense été
Des choses humaines
Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire de ma vie
Un grand collier d’air
Rien qu’ un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins Une rosée
Contre mon épaule
Un front qui s’ appuie
À moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m’ a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers
Un tendre jardin
Dans l’ herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l’ ombre douce

Silence pluvieux,
J’ai la mer au bord des yeux.
Dans le loin bleu
De mes mémoires salées,
Deux ailes se sont envolées.
Vent d’hier,
Sur les vagues les a posées.
Explose l’écume,
S’envolent perles de brume.
Regarde la mer belle.
Sur la plume de tes mots
A la feuille amarrée,
Mer a chanté,
Mer a soufflé.
Un texte que je pense avoir déjà publié mais que j’illustre autrement…

Quand le monde est si bruyant,
Qu’il couvre même le vent,
Quand les regards sont de travers
Que les yeux se noient dans le triste amer
N’entre pas dans l’arène,
N’aiguise pas tes lames numériques
Fais comme tes pères
Et rêve d’Amérique
Il faut que tu marches jusqu’au bout
Là-bas, si loin
Ou l’île se blottit
Dans les bras de l’océan
Si tu ne peux pas partir,
Tête haute
Marche jusqu’aux souvenirs
Prends le chemin le plus malin
Cours, vole, rêve, espère,
Souris de cet air qui te fouette
Mais ne laisse pas gagner
La fanfare des maudits
Laisse-les s’agiter, vociférer,
Demain tu verras
Ils seront oubliés

Sous les sourires froissés
D’un nuage ivre de mauvais gris
J’attends seul et titubant
Le vent de la page
Qui se lève et me frissonne

Sillage noir
Au recueil du couchant sonore
A chaque étage de nue
La nuit retrouve, oublie son nom
Il n’est de similitude
Il n’est que solitude
Partant qu’hurlement et loup
L’amour qui s’était assoupi
Comme la mer sous une vague
Garde un visage de momie
Et parle une langue de sable
Le bâton de rosier, 1926
Je commence aujourd’hui une petite série de textes mettant en scène des ciels habités…

Regarde petit homme
Il est l’heure d’être heureux
Oh oui je le veux
Regarde petit homme
Prends le temps
Il est si loin
Le long jour où s’abîment
Tous ces souffles de « je »
Ouvre et lève les yeux
Ne t’arrête pas au ciel si bleu
Regarde petit homme
Je suis là tout en haut
Je t’attends empli de beau
Sur les hauteurs d’une mémoire pour deux.

Vous écrivez me dites-vous
Écrire oui peut-etre
C’est vrai
Je le concède volontiers
J’aime à tracer quelques signes
Sur un lit de douces feuilles
Mais voyez-vous cher ami
Il m’arrive aussi de chercher ces si beaux mots
Qui chanteront sur le long fil de mes lignes mauves.

Ombre est là
Fraîche
Fragile
Entre les murs blanchis
Au lourd soleil de midi
Fière et paisible
Elle joue des épaules
Regarde moi dit-elle
A l’homme courbée
Regarde moi
Je t’attends

Derrière le long bruit sourd
Des nouvelles du monde
J’entends le souffle d’un vent lourd
Il chuchote en glissant ses larmes rondes
Il est encore loin le temps des oublis
Regarde, souris, je te prends la main
Chargé des derniers restes de tes nuits
Doucement je te chante demain

En suivant la trace floue d’une histoire d’hier
J’ai glissé sur la flaque du doux présent
A tâtons je marche en riant vers le noir heureux
Où brille l’ombre de tes cheveux
Je souffre de l’oubli des ces presque rien
J’attends serein
J’entends chagrin
Un long soupir sec
Il étale en claquant
Des larmes au bleu coupant
Qui abîment en roulant
Les bords mous du chemin des gisants
Comme je l’ai déjà indiqué, j’écris beaucoup en ce moment, à l’ancienne, sur un carnet, avec un bon vieux stylo Bic, dont les arêtes abîment mes phalanges. Mais l’écriture est une souffrance. Je le sais. J’écris mais je prends aussi le temps de lire, et je ne résiste pas au besoin de partager sur ce blog le choc que j’ai ressenti en lisant ce roman de Rebecca Lighieri.
Je ne suis pas doué pour les notes de lecture, les critiques de livre, je ne peux simplement vous dire que j’ai été secoué comme rarement. Ce roman est exceptionnel, bouleversant, éblouissant il m’a marqué, et je sens déjà qu’il laissera des traces. A ne rater sous aucun prétexte. Vraiment…


Oh gentils bavards
Qui avaient posé
Petite pierre sèche sur le vieux mur
De ma mémoire fatiguée
Je n’oublie pas vous savez
Rien n’a disparu
Tout est endormi
Ces trous de silence ne vous disent rien
Regardez
Sans rien espérer
Il y a des brumes mauves
Qui se lèvent derrière le ciel de l’oubli
Douces caresses d’un soleil argenté
Ne dites rien
Je vous en prie
Je suis tellement fatigué
30 août 2021

Sur la longue piste de mes souvenirs légers
Un bouquet de ciels bleutés
Doucement s’est posé
Dans un silence à peine froissé
Vers les feuilles à proses
Je me suis approché
Une à une réveillées
Pages sans rimes
Sous le vent des mots
Se sont envolées

…Des guirlandes d’étoiles descendaient du ciel noir au-dessus des palmiers et des maisons. Elle courait le long de la courte avenue, maintenant déserte, qui menait au fort. Le froid, qui n’avait plus à lutter contre le soleil, avait envahi la nuit ; l’air glacé lui brûlait les poumons. Mais elle courait, à demi aveugle dans l’obscurité. Au sommet de l’avenue, pourtant, des lumières apparurent, puis descendirent vers elle en zigzaguant. Elle s’arrêta, perçut un bruit d’élytres et, derrière les lumières qui grossissaient, vit enfin d’énormes burnous sous lesquels étincelaient des roues fragiles de bicyclettes. Les burnous la frôlèrent ; trois feux rouges surgirent dans le noir derrière elle, pour disparaître aussitôt. Elle reprit sa course vers le fort. Au milieu de l’escalier, la brûlure de l’air dans ses poumons devint si coupante qu’elle voulut s’arrêter. Un dernier élan la jeta malgré elle sur la terrasse, contre le parapet qui lui pressait maintenant le ventre. Elle haletait et tout se brouillait devant ses yeux. La course ne l’avait pas réchauffée, elle tremblait encore de tous ses membres. Mais l’air froid qu’elle avalait par saccades coula bientôt régulièrement en elle, une chaleur timide commença de naître au milieu des frissons. Ses yeux s’ouvrirent enfin sur les espaces de la nuit.

Sur les eaux troubles d’un fleuve assagi
Vieil homme pleure un ciel qu’on oublie
Sur la face molle du miroir brisé
Le long des vertes rives de nos mémoires touffues
Il a perdu la trace de nos enfances mauves

Vieil homme se souvient
Dans le feu intérieur de son regard bleu
Un fond de mémoire brûle de mille yeux
Vieil homme s’est assoupi
Dans un coin gris de ses souvenirs asséchés
Une larme s’est envolée
Un bref extrait, brut, sans passer par la case correction du roman que j’écris en ce moment…

…Sa mère est coiffeuse, elle a un petit salon pour des habituées, une clientèle de fidèles, de ces femmes qui vont chez la coiffeuse comme leurs hommes vont au café. La différence c’est qu’eux ils y sont tous les jours et le soir quand ils rentrent, ils ne regardent ni leurs femmes, ni leurs enfants. Ils ne regardent rien. Leurs yeux sont rougis par l’ennui et l’alcool. Jeanne admire sa mère, elle l’admire mais ne parvient pas à suivre le chemin qu’elle aime lui tracer. Sa fille. Sa fille Jeanne. Quand elle est née, quand elle a vu le noir de ses cheveux, elle a dit : je suis heureuse, elle reprendra le salon….
Je les aime toujours…

J’aime les mots
Les mots doux
Les mots du bout
Les mots du début
Le mot de la fin
Les mots courts
Le mot de secours
Les mots qui riment
Les mots qui glissent
Les mots gris
Les mots qu’on oublie
Les mots bleus
Les mots de tes yeux
Les mots d’hier
Les gros mots
Les mots tordus
Les mots secs
Et par par-dessus tout
J’aime les mots longs
Et les mots polissons

Écrire à l’encre douce
D’un rêve de longue nuit
Un mot du matin
Sur la marge mauve
D’un ciel de papier
Tremper sa plume à souvenirs
Dans le creux de sa mémoire séchée
Laisser une trace de rire
Sur la lointaine page
Du livre à finir

Écrire à l’encre douce
D’un rêve de longue nuit
Un mot du matin
Sur la marge mauve
D’un ciel de papier
Tremper sa plume à souvenirs
Dans le creux de sa mémoire séchée
Laisser une trace de rire
Sur la lointaine page
Du livre à finir
Il y a une an je publiais cette photo de pages blanches. Aujourd’hui paradoxalement les pages se sont noircies mais mon blog est un peu vide… Je suis totalement absorbé par l’écriture de mon quatrième roman.

Sur les pages blanches
D’une histoire qui gémit
Il y a une ligne de vie
Regarde
Elle attend
Les plus beaux de tes mots
Dont la rime est une aile
Douce et fleurie
Elle se pose sur la lame de vos peurs

Il y a ceux qui savent
Et ne disent rien
Mais n’en pensent pas moins
Il y a ceux qui ne savent pas
Mais en disent trop
Il y a ceux qui croient savoir
Ceux qui ne croient pas ceux qui savent
Ceux très rares
Qui croient ceux qui savent
Ceux qui disent qu’on ne sait rien
Ceux qui en savent plus
Que ceux qui savent
Ceux qui en savent autant
Que ceux qui ne savent rien
Mais qui n’en pensent pas moins
Et en disent beaucoup trop
Ceux qui pensent qu’il faudrait que
Ceux qui ne pensent pas qu’il faudrait
Ceux qui disent
Qu’il ne faudrait pas penser
Comme ceux qui pensent
Qu’il faut peut-être un peu penser
Ceux qui disent
Oui mais
Et sont si sûrs d’eux
Qu’ils répondent
« Mais oui »
Quand ceux qui doutent disent
« Oui mais »
Il y a ceux qui
Ceux qui
Ceux
Et…
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Tous les jours je cherche
Je cherche le mot parfait
Je veux qu’il frissonne
Quand on le chante
Je veux qu’il fremisse
Quand dans l’oreille on le glisse
Je veux qu’il vole à tire d’aile
Quand on souffle sur ses ailes
Je veux qu’il s’efface dans un pas de danse
Quand page blanche noircit ses marges de silence
Je le cherche
Je l’attends
J’avais écrit ce texte il y a un an à l’occasion de l’incendie qui a ravagé les contours de Martigues. L’histoire malheureusement se répète…

Ô terre brûlée
Entends le chant de la braise
C’est le blues des oliviers
Il souffre en crissant
Dans le peuple des cendres
Hommes épargnés
Vos larmes sont grises
Sur la face sud de nos étés
Mots secs et noircis
S’envolent
Au pays des chagrins de suie

C’était une lumière d’un presque soir d’été
Dans la poche intérieure de ma veste aux couleurs insolentes
Je sentais les chaudes miettes
D’un doux festin aux rires lointains
Les yeux rivés sur la bouillie bleue du ciel heureux
Je marchais
Oh oui je marchais
Semant tout le long des chaumes chaudes
Mes vieilles pages d’enfance